Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), décembre 2020 – janvier 2021
Par Françoise Besson | Photo: ldd
Luc met ces mots dans la bouche de l’ange, celui qui se manifeste aux bergers, leur causant une grande frayeur: «Aujourd’hui vous est né le Sauveur, voilà à quel signe vous le reconnaîtrez…»
Qu’est-ce qui vaut la peine que ces hommes harassés de fatigue, endormis près du feu sous la grande voute du ciel, se lèvent et se mettent en route ? Un roi avec son armée et ses sujets, ses richesses et ses trésors ? Rien de tout cela chez Luc, ni de présents qui symbolisent l’identité et la mission de ce Christ, point de coffrets ni d’or, point d’étrangers à genoux prosternés en adoration, mais, comme avait dit l’ange : la scène presque banale d’une naissance, un couple, un nouveau-né et quelques autres personnes qui seront ébahies quand les bergers parleront ! Les voilà qui racontent ce qui s’est passé, ce qu’ils ont entendu des envoyés de Dieu, et tous s’étonnent…
Car devant eux, ils n’ont qu’un signe dans lequel se manifeste tout l’amour de Dieu pour son peuple : la vie nouvelle qui commence avec tout son possible, son bagage d’avenir, sa présence dérisoire, lumière minuscule face à tout ce qui assombrit le ciel d’Israël en ces temps d’occupation et de détresse…
Et, ne l’oublions pas, car cela fait partie du signe aussi, il y a l’amour rayonnant d’une mère, d’un père, devant cet enfant qui est le leur. De cet amour, nous en avons été parfois baignés, traversés de lumière, nous en avons été témoins au travers de parents émerveillés devant leur bébé qui vient combler leur attente, remplir leur vie à ras bord… Voilà la venue du Messie comme Luc nous la présente : la vie et l’amour comme signes que Dieu sauve.
Dans nos nuits d’angoisse, de solitude, d’ennui, de non-sens, un signe parfois nous est donné : c’est Noël chaque fois que surgit la nouveauté de la vie, un espoir, un possible, un bagage d’avenir là où tout semblait impasse et mort prochaine… Et aussi l’amour, comme celui de Marie et Joseph, cet amour bouleversant qui réchauffe, illumine, remet debout ce qui était à terre…
Les anges et leur armée céleste battent moins la campagne que du temps de ce récit… Et même s’ils le faisaient, serions-nous capables de les entendre au milieu du vacarme de ce monde ? Mais aujourd’hui encore, la vie reprend parfois quand plus personne ne mise sur elle, et dans le regard des enfants de Dieu que nous sommes, l’amour peut rayonner, réconforter, redonner confiance…
Pour que le Royaume prenne place dans nos vies, il nous faut reconnaître toute vie dans sa nouveauté, tout amour nous venant de Dieu à travers ceux et celles qui nous entourent, puis, comme les bergers, nous laisser traverser par la louange et repartir en rendant grâce sur les chemins de nos vies quotidiennes… Notre monde a tant besoin de bonnes nouvelles…
« La Bible ouverte de la nuit vibre de feux multiples, l’esprit a reçu des yeux pour voir et le coeur un flot d’amour pour adorer. A travers les feuillages, l’espérance palpite avec l’oiseau qui tangue et les millions d’étoiles. » (Philippe Delaveau)
