Comme son nom l’indique, la rubrique « vu d’ailleurs » qui colle au titre cette fois-ci, nous permet de nous déplacer un peu. Un peu poétique, au gré des vents et des nuages, les textes de Valérie nous emmènent là où on se dit « Y a rien à voir »… C’est vite vu… En route !
PAR VALÉRIE PIANTA | PHOTOS : MARION PERRAUDIN, PEXELS.COM
Voir depuis ailleurs que depuis soi-même. Voir d’ailleurs que depuis les réseaux sociaux. Voir d’ailleurs que depuis les embrouillaminis et les compromis qui permettent de rester politiquement correct ou de sauver la face. On va de crise en crise, de contradiction en contradiction, de guerre en guerre, mais la vie continue. On ne change pas grand-chose à notre manière d’envisager l’avenir, de voir le présent, de jeter un coup d’œil en arrière. Les réseaux sociaux effectuent ce travail pour les gens, et on se laisse plus ou moins porter par les vagues d’informations.
Vu d’ailleurs… Je me disais que si j’étais une de ces vaches qui broutent paisiblement pour quelques jours encore à côté de ma maison avant de retrouver l’étable pour les longs mois d’hiver, je serais peut-être comme elle : brouter ce qui se présente sous mon nez, sans regarder plus loin que le bout de mes cornes ; penser juste à opérer un petit demi-tour quand je tombe sur le fil électrique qui m’empêche d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, tout cela sans cesser de ruminer. Mais comment peut-on ruminer autant, d’ailleurs ? Vu depuis le pré, la vie ainsi semble plus simple, moins compromettante.
Mais vu depuis l’autre côté de l’enclos, cette manière de « fonctionner » sans devenir vraiment acteur de sa vie, deviendrait vite ennuyeuse. Passer sa vie à ruminer au sens figuré du terme est aussi peu intéressant que ruminer au sens propre. On ne peut pas passer son existence à digérer. A un moment donné, ne faut-il pas aller de l’avant, goûter du neuf ? Oser, quoi ! C’est peut-être ce que Boris Cyrulnik, le célèbre écrivain psychiatre français, appelle la résilience…
Vu d’ailleurs, je me disais que je pourrais être comme ces écharpes de brouillard qui traînent le long des montagnes et s’y accrochent mollement mais de façon tenace… Traîner le long de ces problèmes qui deviennent des montagnes, sans réussir, à moins d’un grand coup de vent, à ouvrir le panorama sur une vraie lumière, un horizon nouveau.
Mais pour une belle vue d’avion, il faut affronter les vents contraires et accepter le risque de devenir autre chose qu’un nuage lourd et stagnant. Se laisser défaire pour faire place à un ciel coloré.
Vu d’ailleurs, je pourrais me décentrer un peu de ce à quoi je semble être si attachée : mes principes, mes peurs, mes regrets, mes faux rêves… Tout ce qui m’empêche de décoller, pour me laisser élever comme une montgolfière grâce à la flamme de la foi qui n’est pas grand-chose d’autre qu’une confiance placée dans le Très-Haut qui vient me chercher « Très-Bas » pour m’embarquer dans sa nacelle. Se défaire aussi de l’armure qui protège pour aller son chemin ! Vu d’ailleurs que depuis les murs de la forteresse que l’on construit pour se protéger des autres, de soi, des tentations, des échecs, des doutes ou des remises en question, c’est envisager un chemin de liberté sur lequel cueillir des fleurs de joie… Entre autres.
En cette fin d’année , si nous nous préparions à prendre des chemins de traverse ?
