
Une journée d’hiver comme les autres à Saint-Maurice. Le soleil qui illumine de ses rayons les sommets enneigés ne semble pas atteindre l’imposante abbaye vieille de plus de 1500 ans. Vêtu de la traditionnelle soutane noire, ayant troqué le rochet blanc pour la croix pectorale, le chanoine Alexandre Ineichen avance à ma rencontre. Le nouveau Père-Abbé a reçu la bénédiction abbatiale le 19 mars dernier, jour de la fête de saint Joseph.

Par Véronique Benz | Photos : Olivier Roduit
Né en 1967 à Berne, Alexandre Ineichen a vécu toute sa jeunesse dans le Chablais, entre Monthey et Ollon. Il est originaire de Suisse allemande par son papa et du Gros-de-Vaud par sa maman.
Détendu, d’aspect jovial, il parle ouvertement. A sa manière de s’exprimer, on devine l’ancien enseignant et à sa façon de soupeser les mots le recteur fraîchement retraité.
Alexandre Ineichen a fait ses études à Saint-Maurice. « Mes parents étaient catholiques, j’ai fait ma première communion et ma confirmation, mais c’est à l’adolescence que j’ai redécouvert la foi en Jésus Christ. Deux questions m’habitaient : devenir religieux et me mettre au service de l’Eglise. » Pour répondre à cet appel du Seigneur, il cherche un peu partout pour finalement réaliser que tout était là sous ses yeux. « Les chanoines de Saint-Maurice ont la particularité, ce ne sont pas les seuls, d’associer ce double aspect de vie religieuse et de vie sacerdotale. Nous vivons au sein d’une communauté tout en nous engageant au service de l’Eglise comme prêtre. »
En 1988, sa maturité en poche, Alexandre Ineichen entre au noviciat chez les chanoines de Saint-Maurice. Il prononce ses premiers vœux en 1989 et est ordonné prêtre le 21 mai 1994.
Il étudie la théologie, les mathématiques et la physique à l’Université de Fribourg. A partir de 1996, il commence à enseigner au collège de l’Abbaye les maths, la physique, l’éthique et la culture religieuse. Il a travaillé quelque temps à l’internat, puis il fut prorecteur et recteur depuis 2007.
Alexandre Ineichen est un chanoine heureux. « La prière et l’étude remplissent une existence, même s’il y a parfois des hauts et des bas. Puis il y a l’apostolat dans lequel nous avons beaucoup de joies : mariages, baptêmes, etc. Pour moi, il fut également réjouissant de participer à la vie du collège. » Le chanoine relève que dans cette vie apostolique, il y a des échecs. « Nous aimerions faire mieux, différemment. Il faut reconnaître que c’est souvent les rapports humains qui sont compliqués. » Pour Alexandre Ineichen, c’est justement au cœur des difficultés que nous trouvons quelque chose d’enrichissant.
L’Abbé, un artisan d’unité
Quel est le rôle de l’Abbé ? « Il s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs. Un autre élément essentiel : l’Abbé fait l’unité. L’abbaye est à la fois un lieu de vie, un lieu de prière et une PME. » L’Abbé Ineichen doit créer des liens entre toutes ces réalités. Il est également le visage de la communauté à l’extérieur.
Alexandre Ineichen avoue ne pas être un révolutionnaire dans l’âme. « Pour moi le plus important est de réussir à amener chaque membre de la communauté, les gens qui travaillent avec nous et ceux qui viennent nous rencontrer, à s’épanouir. Je ne suis pas Abbé pour dire ce qu’il faut faire, mais plutôt pour susciter les charismes et surtout pour permettre à chacun de développer ce qu’il est réellement. C’est la fameuse phrase d’Augustin : « Deviens ce que tu es. » L’Abbé doit être le facilitateur de cette expression-là. »
Bâtir l’unité dans la confiance, voilà le challenge du nouvel Abbé de Saint-Maurice.

Un souvenir marquant de votre enfance ?
Mes meilleurs souvenirs d’enfance sont les vacances chez ma grand-maman dans le Gros-de-Vaud.
Votre moment préféré de la journée ?
Je suis un lève-tôt. J’apprécie ce moment, tôt le matin, où tout est calme et paisible.
Votre principal trait de caractère ?
Je pense que c’est la fidélité, la loyauté.
Votre livre préféré ?
Je lis énormément. J’aime me perdre dans les grands récits classiques comme Dostoïevski ou Soljenitsyne.
Une personne qui vous inspire ?
Emmanuel Levinas que j’ai eu comme professeur à l’université ainsi que certains chanoines que j’ai eus comme enseignants ou confrères.
Votre prière préférée ?
L’Office divin est la prière par excellence. Chaque jour, je découvre les psaumes. Je trouve qu’ils ont une richesse et une profondeur très importantes.

























