Le meilleur vin pour la fin

A l’Institut Philanthropos, Vincent Aubin a entamé sa deuxième rentrée en tant que directeur. Il entend relever les défis auxquels ce lieu est confronté dans une optique de continuité, tout en suivant sa propre voie.
Vincent Aubin est agrégé de philosophie. Il vient d’entamer sa deuxième rentrée en tant que directeur de Philanthropos.

A l’Institut Philanthropos, Vincent Aubin a entamé sa deuxième rentrée en tant que directeur. Il entend relever les défis auxquels ce lieu est confronté dans une optique de continuité, tout en suivant sa propre voie.

Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer

L’Institut Philanthropos a eu ses années fastes avec un grand nombre d’étudiants, puis les inscriptions ont baissé. A quoi attribuez-vous cela ?
On remarque une certaine désaffection des jeunes pour les années de césure et de volontariat. Les « années pour Dieu » étaient pourtant un passage quasi obligé pour les jeunes chrétiens, il y a dix à quinze ans. Aujourd’hui, l’inquiétude généralisée des jeunes face à l’avenir les pousse à privilégier la sécurité d’un emploi et d’un revenu. Malgré ce contexte difficile, l’Institut se maintient, contrairement à de nombreuses autres structures proposant des formations similaires qui ont dû fermer.

Pensez-vous que les accusations portées à l’encontre de la communauté Eucharistein peuvent être, en partie, responsables de ce « désamour » ?
N’étant pas présent à l’époque, j’admets mon ignorance sur le fond de l’affaire et je ne peux pas non plus évaluer son impact. Ce qui est positif est que la communauté Eucharistein, comme tant d’autres, a pu travailler sur son histoire et sa gouvernance. En arrivant à l’Institut, j’ai tenu à rendre visite à la communauté, en Valais, et j’ai été merveilleusement accueilli. Je suis heureux de tout le bien qui a été fait, et des rapports apaisés et cordiaux que nous maintenons.

Aujourd’hui, vous cherchez à rejoindre les jeunes qui reviennent à l’Eglise. Quelles sont vos pistes pour y parvenir ?
Ce que nous offrons en termes de formation répond évidemment aux besoins d’une partie des jeunes qui se tournent vers l’Eglise. Notre meilleure publicité repose sur le témoignage des anciens de Philanthropos, car la très large majorité des étudiants arrive à l’Institut par cet intermédiaire-là. En complément, nous assurons une présence sur des forums et des salons, comme lors des JMJ de Payerne, pour créer des points de contact.

Certains observateurs parlent de l’Institut comme d’un bastion du catholicisme « tradi ». Est-ce que ce qualificatif – fondé ou non – vous semble séduisant pour les jeunes que vous cherchez à atteindre ?
Les jeunes ont besoin aujourd’hui, surtout ceux qui reviennent à la foi, de quelque chose de consistant, structuré et qui n’a pas peur de dire ce qu’il est. J’accepte ce qualificatif s’il évoque une formation de qualité, fidèle à l’enseignement de l’Eglise et à une belle liturgie. En revanche, si cette étiquette suggère un bastion d’entre soi, un groupe de catholiques de droite se regardant avec contentement et jugeant le reste du monde, cela ne correspond pas du tout à notre réalité. Une des richesses de l’Institut est au contraire de permettre à un jeune de découvrir la joyeuse variété des visages de l’Eglise.

D’un autre côté, une année à Philanthropos a un coût élevé, ce qui peut favoriser un certain entre-soi…
Le coût de la scolarité est comparable à celui d’une année en établissement privé avec hébergement et ne doit en aucun cas être une raison pour se priver de cette année. C’est pourquoi un travail conséquent est mené par l’Institut pour trouver des donateurs prêts à financer des bourses. Il y a ainsi environ un quart de boursiers dans chaque promotion. Si un jeune est motivé, on trouve toujours une solution, la Providence y veille !

Lors de votre nomination, votre prédécesseur a parlé du « meilleur vin pour la fin »…
Sauf que ce n’est pas la fin, à peine le début ! Blague à part, je souhaite continuer à cultiver un lieu où des personnes extraordinaires, aux profils très variés, collaborent et s’enrichissent mutuellement. Je rêve que l’institut, tel un bon vin, révèle l’harmonie de tous les parfums – les grappes – qui ont contribué au rayonnement de Philanthropos. Ce sera la vraie maturité.

Philanthropos dites-vous?

L’institut propose une formation sur la personne humaine.

Situé à Bourguillon, sur la colline surplombant Fribourg, l’Institut Européen d’Etudes Anthropologiques (IEEA) a été fondé en 2004 à l’initiative d’un groupe d’intellectuels et universitaires catholiques suisses et français, dont Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein. Plus connu sous le nom de Philanthropos, l’Institut a pour vocation de proposer à de jeunes adultes une formation approfondie et pluridisciplinaire sur la personne humaine. La philosophie et la théologie sont ainsi mises en rapport avec les différents domaines de la littérature, des sciences humaines et des religions non chrétiennes. La formation se déroule sur une année et repose sur trois piliers : intellectuel (études), fraternel (vie communautaire) et spirituel (vie de foi). S’ajoute à cela une formation artistique, centrée autour du théâtre et du chant. Partenaire de l’Université de Fribourg, les étudiants au bénéfice d’un cursus à Philanthropos peuvent faire valoir leurs acquis dans la poursuite d’études universitaires.

Bio express

Vincent Aubin est né à Paris en 1968. Agrégé de philosophie, il a notamment enseigné à l’EMD, école de management à Marseille, ainsi qu’à l’Institut de relations publiques et de communication (IRCOM) à Lyon. Depuis 2012, il a formé les étudiants de Philanthropos en doctrine sociale de l’Eglise et en philosophie.

Thérèse de Lisieux

Sainte Thérèse de Lisieux (également appelée Thérèse de l’Enfant-Jésus ou la « petite » Thérèse) mena une vie extrêmement retirée et devint rapidement célèbre après sa mort – et l’est restée jusqu’à aujourd’hui.

Par Paul Martone | Photo : DR

Sainte Thérèse de Lisieux (également appelée Thérèse de l’Enfant-Jésus ou la « petite » Thérèse) mena une vie extrêmement retirée et devint rapidement célèbre après sa mort – et l’est restée jusqu’à aujourd’hui.

Elle est née en 1873 à Alençon, fille de Louis Martin et de Zélie Guérin. Le couple a été canonisé en 2015. Dès l’âge de 15 ans, Thérèse a pu entrer à Lisieux dans le strict ordre des Carmélites, où plusieurs de ses sœurs vivaient déjà en tant que religieuses. En 1888, elle prononça ses vœux. Elle considérait son cheminement de foi et de vie religieuse comme un chemin d’abandon total et confiant au Dieu miséricordieux. Elle aspirait à la sanctification du quotidien et misait sur les petits gestes de foi de la vie de tous les jours – son « petit chemin » d’amour, sur lequel elle trouvait Dieu « même au milieu des casseroles ». 

A certains égards, elle est peut-être plus proche de nos contemporains qu’on ne le pense. Elle a connu l’enfer de l’éloignement de Dieu et s’est sentie de plus en plus souvent abandonnée par Lui dans la clôture. Au sein de sa communauté religieuse, elle se heurtait aux autres et était constamment humiliée par la mère supérieure. Elle a sombré dans la dépression et souffrait de plus en plus souvent d’anxiété. Thérèse n’est pas la seule à avoir vécu cela : d’autres saints et mystiques ont eux aussi fini par consacrer entièrement leur vie à Dieu après avoir traversé des crises de foi. Thérèse est elle aussi restée fidèle à son « petit chemin ». Jésus ne s’était-il pas senti abandonné de la même manière sur la croix ?

Thérèse de l’Enfant-Jésus est décédée le 30 septembre 1897. Elle a été canonisée en 1925 et proclamée docteure de l’Eglise en 1997. Son journal a été publié sous le titre Histoire d’une âme. Il s’est immédiatement vendu à des millions d’exemplaires et a influencé d’innombrables personnes dans leur cheminement de foi et de vie.

Inspirés par elle, les chrétiens pourraient passer d’une « société de performance morale » à « une communauté mystique marquée par l’amour de Dieu ». Son message : seul l’amour compte. Sa fête est le 1er octobre.

Un robot-confesseur

La publication de l’encyclique du pape Léon XIV Magnifica Humanitas nous interpelle sur les bienfaits et les menaces de la technologie. Dans ce contexte, que penser de l’expérience menée à Lucerne pendant deux mois, fin 2024, consistant à installer un robot-confesseur ?

Par Pierre Guillemin | Photo : DR

La publication de l’encyclique du pape Léon XIV Magnifica Humanitas nous interpelle sur les bienfaits et les menaces de la technologie. Dans ce contexte, que penser de l’expérience menée à Lucerne pendant deux mois, fin 2024, consistant à installer un robot-confesseur ? 

Piloté par une Intelligence Artificielle, installé dans un confessionnal pendant environ deux mois en 2024, ce « Deus in Machina » pouvait dialoguer dans une centaine de langues et répondait aux questions posées à partir du Nouveau Testament et d’instructions théologiques. Plus de 900 conversations ont eu lieu, ce qui permet de disposer de nombreux retours d’expérience intéressants scientifiquement. 

Ainsi, l’échange avec une machine « empathique » a été vécu comme quelque chose de spirituel. Il semble aussi que bon nombre de ceux qui ont tenté l’expérience, et annonçant qu’ils n’avaient pas la foi, se sont sentis plus à l’aise devant une machine en posant des questions sur la mort, la culpabilité, la solitude ou Dieu, plutôt qu’en dialoguant avec un prêtre.

Toutefois, l’outil, aussi perfectionné soit-il, porte en lui-même sa propre limite fondamentale à savoir : l’intelligence artificielle ne croît pas en Dieu. La machine fournit des réponses qui sont certes pertinentes dans la majorité des cas, mais elles peuvent aussi se révéler superficielles ou fausses.

Surtout, et c’est certainement sur ce point que l’expérience est digne d’intérêt : « Des humains peuvent réellement se sentir écoutés par quelque chose qui ne les écoute pas au sens humain du terme. » Mais, si une personne ressort réellement apaisée après avoir parlé à une intelligence artificielle, cette expérience spirituelle est-elle moins « réelle » parce que son interlocuteur était une machine ? Dans ce sens, la machine, en tant qu’outil, ouvre peut-être la voie à une réflexion sur le contenu, le déroulement d’une confession.

Fondamentalement, la machine ne peut répondre à la question : où est la signification du pardon ? Comment une machine qui ne croît pas en Dieu et encore moins à l’amour de Dieu pourrait-elle pardonner ? Par-dessus tout, la machine ne donne aucune absolution.

Le Rosaire vivant, une œuvre d’Eglise pour aujourd’hui

Posat, petit village de la campagne fribourgeoise, est surtout connu pour être le lieu d’origine du bienheureux Apollinaire Morel et pour les célèbres poulets au panier de son restaurant. C’est aussi là que vit Concetta Di Cicco, qui anime depuis plus de dix ans les groupes du Rosaire vivant dans le canton de Fribourg.

Par Véronique Benz | Photos : DR

Posat, petit village de la campagne fribourgeoise, est surtout connu pour être le lieu d’origine du bienheureux Apollinaire Morel et pour les célèbres poulets au panier de son restaurant. C’est aussi là que vit Concetta Di Cicco, qui anime depuis plus de dix ans les groupes du Rosaire vivant dans le canton de Fribourg.

« Nous avons reçu cette mission au Foyer de Charité de Marthe Robin », raconte Concetta Di Cicco. « Une Valaisanne distribuait des flyers présentant le Rosaire vivant. Elle m’a demandé si j’acceptais de le promouvoir dans le canton de Fribourg. » Profondément attachée à la Vierge Marie depuis son enfance, Concetta accepte ce défi avec enthousiasme. Lorsqu’elle s’engage, aucun groupe du Rosaire vivant n’existe encore dans le canton de Fribourg. En Valais, en revanche, cette chaîne de prière est implantée depuis plus de vingt ans et compte déjà plusieurs groupes. Aujourd’hui, quatre groupes sont actifs à Fribourg, fruit d’un patient travail de témoignage et de proximité.

Prière et communion

Mais qu’est-ce que le Rosaire vivant ? « C’est une chaîne de prière composée de vingt personnes. Chacune s’engage à prier chaque jour une dizaine de chapelet, c’est-à-dire un Notre Père, dix Je vous salue Marie et un Gloire au Père, en méditant l’un des vingt mystères du Rosaire : joyeux, lumineux, douloureux ou glorieux. Ainsi, chaque jour, l’ensemble des mystères est médité par le groupe. »

Cette initiative remonte au XIXe siècle. Elle est née grâce à Pauline Jaricot, qui eut l’intuition de répartir la prière du Rosaire entre plusieurs personnes afin de la rendre plus accessible. En quelques années, plus d’un million de fidèles rejoignent cette œuvre. Elle résumait son intuition par cette image parlante : « Quinze charbons : un seul est bien allumé, trois ou quatre le sont à demi, et les autres non. Rapprochons-les, c’est un brasier ! » Reconnu par le pape Pie IX en 1877, le Rosaire vivant demeure aujourd’hui une véritable œuvre d’Eglise.

Prière et fraternité

Pour Concetta Di Cicco, le Rosaire est une prière simple, à la portée de tous. « Nous prions en communion avec les autres membres du groupe et avec toutes les personnes qui vivent cette démarche à travers le monde. Nous portons les intentions de chacun, celles de l’Eglise et celles du monde. Le Rosaire vivant unit la prière et la fraternité. »

Cette communion spirituelle est devenue pour elle une véritable famille. Lorsqu’elle évoque le Rosaire vivant, son visage s’illumine. Elle partage volontiers les nombreuses rencontres et les amitiés nées au fil des années.

« Grâce au Rosaire vivant, j’ai rencontré beaucoup de personnes. J’ai eu l’occasion de voyager et de faire de magnifiques découvertes. »

Chaque année, elle organise un pèlerinage destiné aux membres des différents groupes, mais ouvert à toute personne désireuse d’y participer. Son souhait est simple : faire découvrir la beauté de cette prière. « Chaque fois que j’en ai l’occasion, j’en parle. Mais je ne force jamais personne. Chacun est libre. »

Une chose apparaît avec évidence au fil de son témoignage : dans le chemin de foi de Concetta Di Cicco, la Vierge Marie occupe une place toute particulière et conduit constamment vers son Fils.

« Je souhaite que tous les croyants, avec la Vierge, marchent résolument sur la voie de la sainteté, en tenant le regard fixé sur Jésus et en méditant, avec le chapelet, les mystères du Salut », saint Jean-Paul II, audience générale du 29 octobre 2003.

Pour tout renseignement : Concetta Di Cicco, 079 488 53 95, concetta.di@hotmail.fr

Dans son jardin, Concetta a une grotte dédiée à la Vierge.

Un souvenir marquant de votre enfance

Mon arrivée en Suisse, à l’âge de huit ans, comme fille d’immigrés italiens. Je me souviens aussi que, depuis toute petite, j’ai toujours aimé la Vierge Marie.

Votre moment préféré de la journée 

Chaque jour, vers 16 heures, je prends une vingtaine de minutes pour me recueillir et prier le Rosaire.

Votre principal trait de caractère

Je suis une personne joviale et ouverte, mais je sais aussi défendre mes convictions.

Votre livre préféré

J’apprécie particulièrement les biographies de saints.

Une personne qui vous inspire

Toutes les personnes que je rencontre m’inspirent d’une manière ou d’une autre. Je pense tout spécialement à Louisette Amaro, l’infirmière de Marthe Robin.

Votre prière préférée 

L’Angélus.

Concetta Di Cicco

• Mariée à Jean-Marc, Concetta est maman de deux enfants adultes et grand-maman d’une petite-fille.

• Originaire de Sicile, elle est arrivée en Suisse à l’âge de huit ans.

• Après plus de vingt ans comme collaboratrice à la CSS Assurance, elle a poursuivi son parcours professionnel comme secrétaire de direction au Centre catholique de radio et télévision à Lausanne jusqu’à son départ à la retraite.

En librairie – octobre 2026

Démo[n]cratiquement vôtre est la suite de Tactique du diable. Dans l’essai qui lui a donné son nom, C. S. Lewis présente son argumentaire sous la forme d’un discours tenu par un démon à ses disciples.

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Démo[n]cratiquement vôtre
C .S. Lewis

Démo[n]cratiquement vôtre est la suite de Tactique du diable. Dans l’essai qui lui a donné son nom, C. S. Lewis présente son argumentaire sous la forme d’un discours tenu par un démon à ses disciples. C’est un texte subtil qui évoque la situation du monde et les risques qu’il court, aujourd’hui encore. L’auteur y explore comment une compréhension erronée de l’égalité démocratique peut mener à une forme de dictature encore plus insidieuse, car elle ne découle pas d’un dirigeant, mais plutôt de la volonté populaire. Qui blâmer quand on est soi-même responsable de la tyrannie ?

Editions Empreinte Temps Présent

Acheter pour 26.90 CHF

Le diable dans ses œuvres
Jean-Baptiste Edart

Toute l’œuvre du diable consiste à tromper, tenter, blesser l’homme pour qu’il se perde. Si l’enjeu final est manifeste, il est cependant complexe de déterminer et classifier la nature de son pouvoir, surtout lorsqu’on cherche à rendre compte de la frontière entre la tentation, action ordinaire du démon, et son action extraordinaire dont la possession est la plus connue. A cette frontière se trouve ce qui est souvent dénommé un « lien ». Quelle réalité ce terme recouvre-t-il ? Comment rendre compte théologiquement de cette métaphore ? C’est à ces questions et bien d’autres que l’auteur s’efforce de répondre.

Editions Artège

Acheter pour 37.20 CHF

Explique-moi… le Notre Père
Dieu avec nous

Notre Père, qui es aux cieux…
Ces mots accompagnent les chrétiens du monde entier au quotidien. Mais qui nous les a transmis ? Quelle est leur signification ? Phrase après phrase, grâce à un vocabulaire simple adapté à leur âge (4-7 ans), les jeunes lecteurs découvriront le sens de cette prière fondamentale, transmise par Jésus à ses disciples.

Editions Emmanuel Jeunesse

Acheter pour 14.90 CHF

Le combat spirituel
Sœur Emmanuel Maillard – Laurence Chartier

La vie chrétienne n’est pas un chemin facile ! Au contraire, nous allons y rencontrer toutes sortes de pièges, d’embûches et d’illusions séductrices pour nous détourner de la vie de prière et de l’union à Dieu. Heureusement, nous disposons de nombreuses armes pour mener ce bon combat, par exemple la Parole de Dieu, le jeûne, les prières des saints, la présence de la Vierge Marie. Les autrices nous apprennent à identifier ces armes et à les utiliser contre les obstacles intérieurs et extérieurs qui visent à nous détourner de Dieu. Ainsi armés, nous pourrons nous engager dans ce combat dont l’enjeu est notre liberté, et nous avancerons avec la grâce de Dieu vers la paix et le bonheur qu’il veut nous donner en abondance.

Editions des Béatitudes (EdB)

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Mois de la Mission, bienvenue à Jean-Baptiste

Connaissez-vous Madagascar, cette belle île de l’océan Indien ? Elle fait partie du continent africain. Son histoire remonte à 4000 ans environ et sa géologie est un vrai trésor. Faune et flore surabondent. Cette île est attirante.
Le Père Jean-Baptiste au garage…

Par Astrid Belperroud | Photos : DR

Connaissez-vous Madagascar, cette belle île de l’océan Indien ? Elle fait partie du continent africain. Son histoire remonte à 4000 ans environ et sa géologie est un vrai trésor. Faune et flore surabondent. Cette île est attirante. Les Portugais sont les premiers Européens à s’installer sur l’ile suivis par les Français. Le Royaume de Madagascar est instauré au début du XIXe siècle puis l’indépendance sera signée le 26 juin 1960. Mais côté politique… chut pas un mot, tout est tellement triste ! Tant de beautés et de richesses opposées à une intense pauvreté humaine et des conflits divers.

Mais sur cette île est né notre ami Jean-Baptiste le 5 avril 1973, troisième d’une fratrie de 11 enfants, il sera d’abord commerçant ambulant puis prendra la direction du séminaire en 1993 pour être ordonné prêtre le 1er octobre 2006. De 2014 à 2021 Jean Baptiste rejoint Paris pour suivre des études de droit canon, il en ressortira avec un master et une capacité en doctorat. C’est durant cette période que nous (Thierry Schelling et Astrid Belperroud) avons rencontré JB. Il venait chaque été dans notre UP de Renens-Bussigny prendre le bon air suisse. Merci à Père Serafin, de la communauté malgache de Renens, de nous avoir mis en contact. 

C’est avec un immense plaisir que nous accueillons pour ce mois de la mission, notre ami JB à Saint-Joseph et sur notre UP : 

• pour nous permettre de le rencontrer autour de sa mission ; 

• pour lui permettre un repos mental (il rayonne sur un immense territoire avec beaucoup de responsabilités diocésaines, mais aussi directeur de deux écoles) et reprendre des forces ;

• pour lui fêter son jubilé ;

• pour le soutenir (stand à la fin des messes).

Il présidera des messes à Saint-Joseph et participera à deux Tables de partage avec la Pastorale des Milieux ouverts organisées les lundis 5 et 12 octobre de 12h à 14h à la paroisse protestante de Montbrillant.

Venez le rencontrer 😊

Plus d’info : astrid.belperroud@cath-ge.ch

Enfants construisant leur avenir…

La tentation de l’innocence

Quand nous pensons aux tentations, spontanément nous vient à l’esprit ce trio incontournable de tout bon roman policier : l’argent, le sexe et le pouvoir.
Les tentations du Christ, Cathédrale Notre-Dame, Grenoble (aularge.eu).

PAR CLAUDE AMSTUTZ | PHOTO : DR

Quand nous pensons aux tentations, spontanément nous vient à l’esprit ce trio incontournable de tout bon roman policier : l’argent, le sexe et le pouvoir. Facile me direz-vous, de se savoir détachés de ses finances, peu concernés par la concupiscence, ni enclins à des ambitions sans limite, bref : enracinés dans l’Evangile. A priori un sans-faute qui, pourtant, peut nous faire basculer, malgré tout et avec une infinité de nuances dans cette autre tentation subtile : celle de l’innocence ou, autrement dit, de l’angélisme.

Une première ombre sur ce tableau idyllique : si nous accomplissons une action charitable, c’est bien sûr très bien. Le Christ par ailleurs nous ouvre la voie : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » (Mt 10, 8) Mais en ce qui nous concerne, quelle raison nous pousse à laisser libre cours à cette générosité ? N’est-ce pas, parfois, par présomption ? J’ai besoin d’être reconnu par mes pairs. Par duplicité ? Je prends de l’ascendant sur les autres. Par orgueil ? Mon savoir et mon intelligence ne peuvent en faire moins. Voire, le plus fréquemment, par besoin… d’amour et de reconnaissance ? Donc, rares sont nos actions totalement désintéressées à travers une foule de circonstances qui, à des degrés divers – si nous avons l’honnêteté de nous y confronter – sont peu ou prou éloignées des exigences évangéliques ! 

Sainte Thérèse d’Avila, toujours clairvoyante devant les travers humains – les siens inclus – , nous remet en chemin, sans jugement de valeur, mais en soulignant la juste mesure de nos comportements : celui qui est véritablement humble, doute toujours de ses propres vertus ; il lui semble même que celles qu’il découvre dans le prochain sont plus solides et plus profondes que les siennes (le chemin de perfection).

Un autre voile peut altérer notre tableau : chaque jour, nous sommes confrontés à des actualités douloureuses qui secouent notre planète et nous laissent impuissants et démunis. Les dommages collatéraux des territoires en guerre, la misère ou les catastrophes naturelles peuvent nous dégager de toute responsabilité. Le diable se cachant dans les détails, cette autre tentation de l’innocence n’est-elle pas, là aussi, mise à mal ? Abdiquer – donc pécher contre l’espérance – cela résonne-t-il comme très chrétien ? 

Pour conclure, sur cette même tentation, figure à une bonne place sur l’échelle pernicieuse de l’innocence, la banalisation des biens quotidiens reçus de Dieu et des autres. Saint Bernard de Clairvaux a bien saisi cette ingratitude humaine, présente dans nos milieux professionnels, en famille ou en balade, et même… dans nos paroisses : nous en voyons bien de nos jours un certain nombre qui demandent à Dieu, avec assez d’instance, ce qui leur manque, mais on n’en voit qu’un bien petit nombre qui semblent reconnaissants des bienfaits qu’ils ont reçus (contre le vice détestable de l’ingratitude).

Décourageants, ces aveux de faiblesse ? Si peu en vérité… Croyants, nous ressemblons à une icône dont le Christ miséricordieux, patiemment et avec joie, corrige sans se lasser les imperfections, pour autant que Son Esprit nous habite et que nous Lui faisions confiance !

50 ans, ça se commémore!

Au début du XIXe siècle, Puplinge faisait partie de la commune de Ville-la-Grand, tout comme Presinge et Juvigny. Par le traité de Turin (16 mars 1816), Presinge et Puplinge furent attribuées à Genève qui décida qu’elles ne formeraient qu’une seule commune.
Installation de l’EP pour la Région Voie Verte en novembre 2025.

Par Etienne Schmelzer * | Photos : DR

Au début du XIXe siècle, Puplinge faisait partie de la commune de Ville-la-Grand, tout comme Presinge et Juvigny. Par le traité de Turin (16 mars 1816), Presinge et Puplinge furent attribuées à Genève qui décida qu’elles ne formeraient qu’une seule commune. 

Cependant, leurs habitants n’avaient aucune envie de cohabiter et les divergences furent nombreuses. Le 9 novembre 1850 le Grand Conseil vota une loi sur la division de la commune de Presinge en deux, qui correspondait à l’acte constitutif de la commune de Puplinge. Toutefois, Puplinge ne disposant d’aucun édifice religieux ni de cimetière, devait se déplacer à Chêne-Thônex pour assister à la messe. En 1838, la paroisse de Chêne-Thônex demanda au Conseil d’Etat que Puplinge soit détachée, avec comme raison que l’église était fréquemment remplie outre mesure par la population nombreuse dudit village !

Le Conseil d’Etat s’y refusa, notamment parce que les Puplingeois ne voulaient pas se rendre à Presinge ! En 1855, une convention financière fut signée : Puplinge versera Fr. 50.– par an pour l’entretien de l’église et du cimetière de Chêne-Thônex !

La Commune n’étant, déjà à l’époque, pas riche, cela invita les élus à réfléchir ainsi : cet investissement ne serait-il pas mieux utilisé pour y édifier un cimetière chez soi. Ce sera chose faite en 1862 avec l’aide de l’Etat ; dès lors, les Puplingeois n’eurent plus à parcourir les 4 kilomètres pour enterrer leurs morts : une chapelle funéraire fut aménagée dans une salle inutilisée de l’école (actuelle Salle des Mariages de la Mairie), mais les autres activités religieuses, dont le catéchisme, se firent toujours à Thônex. En 1868 un vicaire de Chêne-Thônex est nommé pour desservir Puplinge, pas pour longtemps, Kulturkampf oblige !

En 1894, la paroisse de Puplinge fut rattachée à celle de Presinge par décision de l’Evêque de Lausanne, avec obligation pour son curé de célébrer à Puplinge également ! Dès 1907 les offices se tinrent donc dans une ancienne grange des Chartreux à la rue de Graman. Cependant, l’abbé Henri Michel desservant la paroisse, se plaignit du manque de piété de ses ouailles : qui plus est, il devait se rendre à Puplinge à bicyclette pour une assistance très maigre…

De 1907 à 1964, les célébrations eurent lieu dans la première chapelle ; en 1964, celle-ci, trop petite, voit un baraquement en bois transporté de la Queue-d’Arve à Puplinge, et posé sur l’emplacement du terrain de basket actuel. Cette baraque était dédiée à saint Michel Archange lorsqu’elle trônait à la Jonction : elle sera bénie sous le vocable du Bon Pasteur. 

Entre-temps, de 1950 et 1969, Puplinge passa de petit village rural à une agglomération mi-rurale mi-citadine ; de nouveaux bâtiments locatifs furent construits. Qui dit nouveaux habitants, dit plus d’enfants et l’obligation de construire une nouvelle école (1977) arriva rapidement. Dès 1969, le grand marchandage des terrains s’opéra : un terrain pour la prison, un terrain à construire au centre du village, un terrain agricole sont déclassés (Frémis, Pré-Marquis, Plein-Champs) en zone de développement.

La paroisse n’y échappa pas : dès 1973, elle échangea son terrain avec sa chapelle en bois contre un nouveau pour une nouvelle église qui sera livrée clés en main ! Elle fut construite en 1975 par le Consortium Honegger sur des plans de l’Architecte Claude Marteau. Juillet, pose de la première pierre ; bénédiction, le 6 octobre 1976.

C’est l’église du Bon Pasteur telle que nous la connaissons, avec son mobilier liturgique œuvre du sculpteur genevois André Bücher, son acoustique appréciée des musiciens à un tel point qu’elle est aujourd’hui la base du « Festival Puplinge Classique ».

Ce n’est pas tout à fait la fin de l’histoire, car devant l’église sur ce qu’est la Place Rose actuelle, auraient dû être construits des immeubles… Des oppositions et bien des négociations plus tard, la commune racheta la surface pour Fr. 220’000.– et offrit cette Place comme centre de toutes nos activités importantes.

En 1994, grâce à un apport généreux de la commune, le Bon Pasteur peut enfin construire un campanile inauguré le 7 mars 1995. La petite cloche en « mi » sonne l’Angélus et la grande en « do » les heures.

Si Puplinge n’a jamais eu vraiment de curé résidentiel, une cure demeure à Presinge, mais depuis 19… n’abrite plus que notre secrétaire paroissiale… 

Désormais, Puplinge et Presinge conciliées, nous sommes fières d’être une Paroisse dynamique, active dans la Région Voie verte avec une communauté vivante et engagée ! Vive ses 50 ans !

* Je remercie Hanjörg Roth qui, dans son ouvrage Histoire des communes de Presinge et Puplinge m’a donné le matériel nécessaire à l’écriture de cet article.

Eglise du Bon Pasteur à Puplinge.

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Huit ans après l’incendie qui a ravagé l’église du Sacré-Cœur à Genève, le bâtiment a retrouvé une nouvelle vie. Un livre retrace l’aventure hors norme de cette « renaissance » et raconte comment une catastrophe est devenue l’occasion de réinventer le lieu.
Philippe Fleury tenant l’ouvrage fraîchement sorti de presse.

Huit ans après l’incendie qui a ravagé l’église du Sacré-Cœur à Genève, le bâtiment a retrouvé une nouvelle vie. Un livre retrace l’aventure hors norme de cette « renaissance » et raconte comment une catastrophe est devenue l’occasion de réinventer le lieu.

Par Myriam Bettens 
Photos : Philippe fleury / ECR, Service d’incendie et de secours (SIS)

Les portes du Sacré-Cœur franchies, on ne peut manquer d’admirer les marbres installés sur le sol du lieu de culte. Différents tons ont été choisis pour élaborer les motifs, dont de l’orange. « Est-ce une bizarrerie de souhaiter du marbre pour le sol d’un édifice religieux ? », s’interroge Philippe Fleury. Ce qui semblait aller de soi pour le président du conseil de la paroisse du Sacré-Cœur a été considéré comme une extravagance du point de vue patrimonial. Entre obstacles administratifs et normes à respecter, la reconstruction du Sacré-Cœur n’a rien eu d’une promenade de santé. 

Il y a huit ans, l’incendie qui avait ravagé le bâtiment n’avait laissé debout « que ses murs extérieurs ». Paradoxalement, cet événement, vécu de prime abord comme une catastrophe, est devenu, Philippe Fleury en est convaincu, une chance pour le bâtiment. « Jamais une transformation d’une telle ampleur n’aurait été entreprise. Ça a été la chance du Sacré-Cœur », résume-t-il. Aujourd’hui, l’édifice a été entièrement repensé et accueille, en plus du lieu de culte, des activités et des espaces qui en font un endroit singulier. Restaurant, bureaux, salles de conférence et salle des fêtes cohabitent avec l’église. Un concept qui « n’a pas d’équivalent en Europe ». Même après cette renaissance, le Sacré-Cœur n’a pas été épargné par les épreuves. Vitres brisées, difficultés administratives, bataille pour le financement et, récemment, profanation du tabernacle : le parcours aura décidément été semé d’embûches. « Notre chemin est pavé de gravier », lance-t-il, une pointe d’ironie dans la voix.

Toutefois, se remémorer de tels souvenirs n’assombrit en rien la fierté des promoteurs du projet, Philippe Fleury en tête. Pour mesurer le chemin parcouru et « ne pas laisser cette histoire disparaître », un ouvrage collectif retraçant l’aventure hors norme de cette reconstruction vient de paraitre. L’église Sacré-Cœur à Genève : l’histoire d’une reconstruction. De l’incendie de 2018 à l’inauguration du 31 mai 2024, se veut à l’image du bâtiment qu’il raconte : « beau, riche en illustrations et attentif aux détails ». Les textes et les photographies ont ainsi été rassemblés au fil des années, jusqu’à l’achèvement des derniers espaces. Le Cercle du Sacré-Cœur, situé au sous-sol et terminé quelques mois avant la parution de l’ouvrage, a notamment pu être photographié pour figurer dans ses pages.

L’ouvrage entend être plus qu’un simple témoignage de chantier. Il est bien entendu question des étapes de la « renaissance » du bâtiment et de la manière de regarder autrement un lieu marqué par son histoire, mais aussi de rendre hommage à toutes les mains qui ont porté cette tâche « titanesque » et de relever les nombreux gestes de solidarité qui ont durablement marqué les esprits.

Vue de la toiture après l’incendie.

A mettre dans toutes les mains

Le livre, L’église Sacré-Cœur à Genève : l’histoire d’une reconstruction.
De l’incendie de 2018 à l’inauguration du 31 mai 2024,
Editions Saint-Augustin, 2026, 188 p.,
est disponible à la vente directement aux éditions ou à l’église du Sacré-Cœur.

Se laisser tenter

Lorsque je repense à l’ancienne traduction française du Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation », je me dis qu’on l’a échappé belle ! Le risque était grand de demander à Dieu de faire de nous des chrétiens sous cloche, préservés de toute épreuve, de tout désir, de toute aspérité.
Malgré ses tentatives, ce n’est pas le diable qui a poussé Jésus au désert, mais bien l’Esprit.

Par Pascal Ortelli
Photo : DR

Lorsque je repense à l’ancienne traduction française du Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation », je me dis qu’on l’a échappé belle ! Le risque était grand de demander à Dieu de faire de nous des chrétiens sous cloche, préservés de toute épreuve, de tout désir, de toute aspérité.

La tentation n’est pas une anomalie, mais une composante de notre condition humaine. Nous sommes des êtres incarnés et de désir. Tant mieux, car c’est souvent à travers l’épreuve que Dieu nous rencontre. N’oublions pas que ce n’est pas le diable qui a poussé Jésus au désert, mais bien l’Esprit. La sainteté ne consiste donc pas à vivre hors du réel, mais à le traverser avec Lui sans s’y perdre.

« Ne nous laisse pas entrer en tentation », prie-t-on dans la nouvelle traduction, plus proche du sens biblique. Il y a là l’assurance de ne pas succomber à une foi « Bisounours » et de rester solidement greffé au Seigneur. A nous d’oser nous laisser tenter ou plutôt… attirer par l’Aimant.

Dieu, le tentateur?

Que signifie la demande du Notre Père: «Ne nous laisse pas entrer en tentation»?

Que signifie la demande du Notre Père: «Ne nous laisse pas entrer en tentation»?

Dans son livre Jésus de Nazareth, Benoît XVI distingue l’épreuve de la tentation.

Par Paul Martone | Photos: Unsplash, DR

Jusqu’à il y a quelques années, nous priions dans le Notre Père : « Et ne nous soumets pas à la tentation. »

En 2017, le pape François a estimé que cette traduction n’était pas satisfaisante. Selon lui, ce n’est pas Dieu qui pousse l’être humain à la tentation : « Un père ne fait pas cela ; un père aide aussitôt son enfant à se relever. » Dans plusieurs langues, cette demande a depuis été reformulée et se lit désormais : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation. » Dans les pays germanophones, en revanche, les évêques allemands s’en tiennent à la traduction traditionnelle, car celle-ci est, selon eux, plus précise tant sur le plan théologique que linguistique.

Une traduction imparfaite

Il est important de bien comprendre le propos du Pape, car cette phrase prête effectivement à confusion. Il s’agit toutefois de la traduction littérale, qui correspond au texte que le Vatican lui-même a promulgué comme norme, la Nova Vulgata.

Quelle version correspond à l’intention de Jésus ? Dieu nous soumet-il vraiment à la tentation ?

Il ne s’agit nullement de dire que Dieu voudrait nous pousser à faire le mal. « Que personne, devant la tentation, ne dise : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut pas être tenté par le mal et il ne tente lui-même personne. » (Jc 1, 13) Dieu veut, au contraire, nous en délivrer. Nous lui demandons de ne pas nous laisser emprunter le chemin qui conduit au péché. Nous sommes engagés dans un combat « entre la chair et l’Esprit ». C’est pourquoi cette demande du Notre Père implore l’Esprit de discernement et de force (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC), n° 2846).

Le théologien juif Pinchas Lapide a fait remarquer que le problème disparaît presque entièrement lorsqu’on retraduit cette phrase en hébreu. Le verbe hébreu הביא correspondant peut signifier non seulement « conduire » ou « amener », mais aussi « laisser venir » ou « laisser entrer ». C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il est encore employé aujourd’hui dans les synagogues, par exemple dans la prière du soir : « Ne me laisse pas tomber sous le pouvoir du péché, ni sous celui de la faute, ni sous celui de la tentation. »

Si Jésus a utilisé ce verbe, il ne pouvait vouloir dire qu’une chose : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation ! » La formulation « Ne nous soumets pas à la tentation » pourrait donc provenir du fait que le traducteur grec a simplement retenu le sens le plus courant du terme hébreu.

Les diverses formes de la tentation

Saint Augustin porte un regard positif sur la tentation lorsqu’il écrit : « Celui qui n’est pas tenté n’est pas éprouvé ; celui qui n’est pas éprouvé ne progresse pas. » (Youcat, n° 525)

Cependant, personne ne devrait s’exposer volontairement et avec naïveté au danger de la tentation. Le Catéchisme distingue clairement entre « être tenté » et « consentir à la tentation » (CEC, n° 2847).

Jusqu’à notre dernier souffle, notre existence demeure un combat contre des tentations qui prennent des formes très diverses. Il y a la tentation de l’orgueil. Il y a la tentation de nuire ou de détruire la réputation d’autrui par des paroles mensongères ou des rumeurs. Il existe des tentations d’ordre sexuel, aujourd’hui omniprésentes. D’autres concernent des réalités plus profondes, susceptibles de détruire durablement la personne : la tentation d’amasser des richesses de manière insatiable, quitte à écraser les autres pour parvenir à ses fins. Enfin, il y a la tentation originelle : vouloir être comme Dieu.

Une décision du cœur

Parce que l’être humain est libre, il peut être tenté ; il lui appartient alors d’assumer cette liberté avec responsabilité. Pour résister à la tentation, une décision du cœur est nécessaire, car c’est dans le cœur que résident le bien et le mal. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur… Nul ne peut servir deux maîtres. » (Mt 6, 21-24)

Par le baptême et la confirmation, nous avons reçu l’Esprit Saint. C’est lui que nous voulons suivre et dont nous désirons vivre.

Dieu ne permettra pas que nous soyons soumis à des tentations dépassant nos forces : « Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Au moment de la tentation, il préparera le moyen d’en sortir pour que vous puissiez y résister. » (1 Co 10, 13)

Pourquoi existe-t-il des tentations ?

Pourquoi Dieu permet-il que nous soyons confrontés à la tentation ?

Dans le premier volume de son ouvrage Jésus de Nazareth, le pape Benoît XVI distingue l’épreuve de la tentation : « Pour parvenir à la maturité, pour passer d’une piété superficielle à une communion toujours plus profonde avec la volonté de Dieu, l’homme a besoin de l’épreuve. De même que le jus du raisin doit fermenter pour devenir un vin noble, l’homme a besoin de purifications et de transformations. Elles comportent un risque : celui de la chute. Mais elles constituent les chemins indispensables pour parvenir à soi-même et à Dieu. L’amour est toujours un processus de purification, de renoncement et de transformation douloureuse de soi ; c’est ainsi qu’il devient le chemin de la maturité. » (Jésus de Nazareth, t. I, p. 197)

Il est cependant réconfortant de savoir que Dieu ne concède au mal qu’un pouvoir limité. Nous ne sommes donc jamais abandonnés sans défense.

Que faire ?

Jésus lui-même a vaincu le tentateur dans le désert. Plus tard, au jardin des Oliviers, il a également affronté son angoisse mortelle dans la prière.

Si Jésus, le Fils de Dieu, a trouvé dans la prière la force de lutter contre la tentation, il nous montre clairement le chemin à suivre. La prière est le meilleur moyen de combattre la tentation.

L’histoire de l’Eglise en offre d’innombrables exemples. Beaucoup de saints ont traversé de grandes épreuves et connu de profondes tentations. Même lorsqu’ils étaient plongés dans les plus grandes obscurités de la foi, ils sont restés fidèles à la prière, jusqu’au jour où la lumière de Dieu est de nouveau apparue au terme de leur nuit.

Il en va de même pour nous : il est essentiel de demeurer fidèles à la prière, même lorsqu’elle devient difficile.

Le pape Benoît XVI a souligné lui aussi l’importance de cette fidélité. A propos de la sixième demande du Notre Père, il écrit : « En disant à Dieu : « Ne nous laisse pas entrer en tentation », nous lui disons en réalité : « Je sais que les épreuves me sont nécessaires pour que mon être soit purifié. Si tu permets ces épreuves, si, comme pour Job, tu accordes au Malin une certaine liberté, alors souviens-toi, je t’en prie, de la limite de mes forces. N’aie pas trop confiance en moi. Ne repousse pas trop loin les frontières dans lesquelles je peux être tenté. Et lorsque cela devient trop lourd pour moi, demeure proche de moi par ta main protectrice. » » (Jésus de Nazareth, t. I, p. 198)

Dieu demeure le Mystère, le Tout-Autre. La prière qu’il nous a donnée et l’image de Dieu qu’elle exprime demandent toujours à être expliquées. Mais cette tâche incombe à la catéchèse et à la prédication.

A Bucarest en 2019, le pape François a commenté le Notre Père devant les orthodoxes. Il développe une lecture montrant que la tentation consiste notamment à se détourner des autres.
La prière est le chemin qui permet de résister à la tentation.

Dieu ne tente personne (Jacques 1, 13-15)

C’est par notre désordre intérieur que nous sommes tentés, pas par le Seigneur. « Que nul, s’il est éprouvé, ne dise : "C’est Dieu qui m’éprouve." Dieu ne tente personne, chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l’attire et le leurre. » (Jacques 1, 13-14)
A Massa et à Mériba, la nation sainte avait mis le Très-Haut au défi pour savoir si oui ou non, il se maintiendrait au milieu des siens et répondrait à leurs revendications en leur attribuant de l’eau.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

C’est par notre désordre intérieur que nous sommes tentés, pas par le Seigneur. « Que nul, s’il est éprouvé, ne dise : « C’est Dieu qui m’éprouve. » Dieu ne tente personne, chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l’attire et le leurre. » (Jacques 1, 13-14) Le désir humain centré sur lui-même agit comme une force d’engendrement qui conçoit la rupture avec Dieu et le péché parvenu lui-même à son terme enfante en nous la mort (Jacques 1, 15).

Si nous nous laissons libérer du mal et nous nous attachons à Dieu, nous fructifierons pour la sainteté, c’est-à-dire pour la relation d’amitié avec le Seigneur et, finalement, nous entrerons dans la plénitude de la vie éternelle. « Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais dans le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Romains 6, 23)

C’est toujours l’homme qui tente Dieu, ainsi que le peuple d’Israël l’avait fait à Massa et à Mériba dans la traversée du désert. La nation sainte avait mis le Très-Haut au défi pour savoir si oui ou non, il se maintiendrait au milieu des siens et répondrait à leurs revendications en leur attribuant de l’eau (Exode 17, 1-7).

L’être humain se détourne de Dieu et manque cruellement de confiance en son Sauveur. Il se met à le provoquer pour tester la fiabilité divine à l’aune de ses désirs déviés. Alors que Dieu ne saurait vouloir le mal ! Dans le Notre Père, nous demandons au Père de ne pas nous laisser entrer en tentation, de ne pas tomber dans le péché et de nous délivrer du mal. Pour nous remettre la récompense de sa présence : Heureux l’homme qui supporte l’épreuve ! Sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment (Jacques 1, 12).

Heureusement, Dieu reste fidèle : en fin de compte, aucune tentation à laquelle nous succombons ne dépasse la mesure humaine. Jamais il ne permet que nous soyons tentés au-delà de nos possibilités. Et quand nous tombons dans la séduction du mal, il nous octroie la force d’en sortir (1 Corinthiens 10, 12-13). A l’exemple du Fils qui a résisté aux traquenards du Diabolos (Matthieu 4, 1-11 et parallèles).

Nous éviter de céder

Grâce à Paul VI « Et ne nos inducas in tentationem », vous vous rappelez ?
La prière du Notre Père, en hébreu. Jusqu’au Concile, on la récitait… en latin.

Par Thierry Schelling | Photo : DR

Grâce à Paul VI

« Et ne nos inducas in tentationem », vous vous rappelez ? On priait le Notre Père en latin jusqu’au Concile – même si, depuis quelques années, cette langue morte revient sur le devant de la scène liturgique ! – et personne ne se demandait ce que « inducas » pouvait signifier…

En 1966, le tutoiement à Dieu et le « ne nous laissez pas succomber à la tentation » sont adoptés par la bienheureuse adaptation de la liturgie selon saint Paul VI. Un peu rude ? Qu’à cela ne tienne, on change et écourte en « ne nous soumets pas ». Toujours dans cette grande réforme du regard de l’Eglise vis-à-vis du monde qu’a été le Concile.

Pape François

Arrive le 3 décembre 2017 où l’on est invité, et ce aussi avec nos sœurs et frères d’autres Eglises francophones, à adopter le « ne nous laisse pas entrer en tentation ». Comme un retour à l’esprit de 1966 ? Dieu ne tente pas, mais on peut Le prier pour nous éviter de céder… Dieu ne nous éprouve pas pour nous faire chuter, mais accompagne tous nos détours pour nous inspirer le chemin droit.

Aux origines

Mais que dit le texte des Evangiles ? « μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς » translitéré « mē eisenénkēis hēmâs », d’un verbe qui dit « amener vers, mener à ». Donc l’idée qui vient de l’Ancien Testament où Dieu conduit son peuple y compris dans les affres de la vie pour l’éprouver, y est simplement reprise… Or, avec le Christ et 2000 ans de maturation théologique des croyant.e.s, la précision que « la vie » nous tente, et que Dieu peut nous éviter de « succomber » est plus adéquat spirituellement avec un Dieu appelé Père, Mère…

Le mariage, un chemin de grâce

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Anne-Claire Rivollet, représentante de l’évêque pour les couples et les familles du diocèse de LGF, est l’auteure de cette carte blanche.

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Anne-Claire Rivollet, représentante de l’évêque pour les couples et les familles du diocèse de LGF, est l’auteure de cette carte blanche.

Par Anne-Claire Rivollet
Photos : ECR, Unsplash

Au début de l’été, j’ai rencontré un couple marié civilement depuis 16 ans, qui demandait le sacrement du mariage. Cette demande m’a émue : qu’est-ce qui les motive à faire cette démarche maintenant ? Qu’attendent-ils du sacrement ? Grâce à cette rencontre, toute ma perception du sacrement du mariage a été « rénovée » !

Choisir de placer son couple au cœur de la vie de Dieu Père, Fils et Esprit est une démarche à faire en tout temps. Le sacrement ne vient pas « combler » un manque, mais accomplir une histoire humaine par l’accueil de la Grâce divine.

La démarche de ce couple est une perle pour nous, Eglise : elle nous confirme qu’il ne faut pas juger, mais demeurer veilleurs et confiants de l’action de Dieu dans les liens d’Amour. 

La vocation matrimoniale est l’objet de la rencontre des présidents de conférence épiscopale avec le pape Léon à Rome. Depuis toujours, le mariage est une convention sociale, mais il est temps que nous, croyants, nous réinvestissions cette union et en fassions un lieu de témoignage. « Valoriser l’amour conjugal et familial comme un moteur essentiel pour l’évangélisation et l’action pastorale » est un des cinq thèmes de la réunion romaine.

Depuis 10 ans déjà, lors de la publication de l’exhortation Amoris Laetitia par le pape François, l’Eglise insiste sur cette vocation matrimoniale. Les Pastorales des couples et des familles de votre canton ont de nombreuses propositions pour déployer cette vocation et accompagner les couples dans leurs démarches.

A l’instar du document préparatoire pour la rencontre au Vatican, n’oublions pas que l’Amour de Dieu se dit à travers les liens qui unissent hommes et femmes de tous les temps. A chacun-e de faire le pas d’accueillir chaque « couple en union de fait » vers un discernement de l’Amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

Car oui, nous le croyons : Dieu a un projet d’Amour pour chacun.e, quelle que soit son histoire relationnelle.

Jeunes, humour et mot de la Bible – octobre 2026

« Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses », page "Jeunes, humour et mot de la Bible" d'octobre 2026 par Marie-Claude Follonier

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Accoucher dans la douleur

Cette expression rappelle la parole que Dieu adresse à Adam et Eve après leur désobéissance, les sommant de quitter le jardin d’Eden. Jusqu’alors, ils y vivaient paisiblement, sans connaître la moindre difficulté. En punition de leur faute, Dieu condamne l’homme au travail pour assurer sa subsistance et la femme à accoucher dans la douleur pour donner la vie. Aujourd’hui, cette expression est utilisée pour une tâche que l’on a de la peine à achever.

Par Véronique Benz

Humour

Dans une paroisse où j’ai vécu comme vicaire, il y a sur le mur de la cure un anneau d’attache. Un passant intrigué a demandé quelle était son utilité. C’est le croque-mort de la commune qui lui a répondu : « Mon bon Monsieur, c’est une boucle qui servait, dans l’ancien temps, à attacher le cheval durant les offices de sépulture. A la fin de l’office, on détachait le cheval et on l’attelait au corbillard, style diligence. Il conduisait le défunt, suivi des participants à la messe, jusqu’au cimetière qui se situait à 600 mètres de l’église. Mon bon Monsieur, vous me croirez ou vous ne me croirez pas, mais j’ai gardé un étalon qui a accompli cette tâche pendant presque 10 ans. Pour vous dire, il était si habitué, qu’au cimetière, il pleurait avec la famille ! »

Par Calixte Dubosson

Jeunes, humour et mot de la Bible – septembre 2026

Chaque rentrée est un nouveau départ, page "Jeunes, humour et mot de la Bible" de septembre 2026 par Marie-Claude Follonier

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Un chameau

Faire passer un chameau par le chas (le trou) d’une aiguille signifie entreprendre une chose difficile, voire impossible. « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. » (Mc 10, 25 ; Mt 19, 24 ; Lc 18, 25) 

Jésus dit cela au jeune homme riche qui souhaite obtenir la vie éternelle, mais qui refuse de distribuer ses biens aux pauvres pour le suivre. Ce n’est donc pas la richesse en soi qui condamne son possesseur, mais l’attachement de ce dernier aux biens matériels.

Par Véronique Benz

Humour

Un agent de l’inspection vétérinaire s’arrête dans une ferme pour inspecter s’il n’y a pas de culture illégale. Le fermier l’accueille, mais lui conseille de ne pas aller dans un champ à côté de l’étable. L’officier sort son badge et le montre fièrement au fermier en lui disant que celui-ci lui permet d’aller partout et qu’il ira dans le champ. Quelques minutes plus tard le fermier entend des cris et des hurlements et aperçoit l’inspecteur courir à toute allure, pourchassé par Ferdinand, le taureau. A chaque enjambée, le taureau gagne du terrain sur l’inspecteur, et avant qu’il se rende à la clôture, le taureau l’aura sûrement rattrapé. Sur ce, le fermier laisse tomber ses outils et court vers la clôture et se met à crier à l’inspecteur : « Votre badge, montrez-lui votre badge ! »

Par Calixte Dubosson

Au pied de la lettre

Le bibliste Thomas Römer insiste sur la nécessité d’entretenir et d’enseigner une distance critique envers la Bible. Loin de s’émouvoir de cette « désacralisation » du texte, il estime que cette lecture ne remet nullement en cause les fondements de la foi.

Le bibliste Thomas Römer insiste sur la nécessité d’entretenir et d’enseigner une distance critique envers la Bible. Loin de s’émouvoir de cette « désacralisation » du texte, il estime que cette lecture ne remet nullement en cause les fondements de la foi.

Thomas Römer a publié La Bible qu’est-ce que ça change en 2025 aux Editions Labor et Fides.

Par Myriam Bettens | Photos : Collège de France, DR

Certains s’émeuvent de la manière dont vous désacralisez la Bible…
Cela arrive assez souvent (rires). Certains lecteurs ont un rapport immédiat aux récits bibliques, imaginant que les événements se sont déroulés exactement comme décrits. Je ne cherche pas à brusquer les gens gratuitement, mais à apporter un éclairage critique indispensable, surtout dans le contexte sociopolitique actuel, où la Bible est utilisée à tort et à travers. L’historicité même des faits relatés dans certains récits bibliques n’était pas l’enjeu principal des auteurs et cela peut déranger certaines personnes aujourd’hui.

Les détracteurs de la lecture historico-critique1, dont vous êtes un disciple, estiment qu’elle met en péril les fondements de la foi…
On en revient à la question du rapport entre foi et historicité des événements. Bien que les historiens puissent légitimement chercher à distinguer le factuel du non-factuel, on ne peut pas mesurer la valeur d’un texte à son historicité. Cela ne signifie pas pour autant que la Bible soit une pure invention née à partir de rien. Même les récits mythiques contiennent des « traces de mémoire ».

Justement, pourquoi cette absence de « vérité » historique dans la Bible pose autant problème ?
Cela pose surtout problème à des milieux chrétiens littéralistes, qui ont une vision positiviste de la Bible. C’est-à-dire que ce qui est vrai doit être historique. Faut-il vraiment croire à des événements absurdes sur le plan historique, pour défendre l’historicité de la Bible ? La « vérité » du texte se trouve-t-elle réellement là ?

Où se trouve la « vérité » du texte pour vous ?
C’est une vérité liée à la question du sens et de l’identité religieuse ou philosophique lorsqu’on se trouve face à ces textes.

Peut-on aller jusqu’à dire que cette absence de certitudes fait les affaires des courants littéralistes ?
Ils prétendent prendre la Bible à la lettre, mais une lecture littéraliste intégrale est impossible, car elle impliquerait d’adopter des pratiques telles que la polygamie ou l’esclavage. Les littéralistes opèrent une sélection des textes qui les arrangent, ignorant les uns et exhumant les autres selon les besoins du débat. L’existence même de quatre Evangiles, avec leurs divergences, est un signal que les auteurs bibliques cherchaient à restituer une réalité complexe par différentes perspectives. Cette pluralité fait partie intégrante du judaïsme au travers de la tradition talmudique de discussion permanente du texte et je plébiscite cela.

En voulant absolument prouver l’historicité des textes, n’expulse-t-on pas Dieu de la Bible ?
Les approches qui tentent de « sauver » la Bible en cherchant des explications « rationalisantes » aux événements rapportés desservent le texte. Cela sous-entend, sans le dire, sortir Dieu de la Bible. Ces tentatives n’acceptent pas ce que l’on appelle le miracle et ne rendent pas justice au texte biblique qui veut justement insister sur quelque chose qui contre toutes les évidences.

1 La méthode historico-critique est une approche scientifique pour étudier les textes anciens, notamment la Bible. Elle vise à replacer les écrits dans leur contexte culturel d’origine et à analyser de manière critique les étapes de leur production.

Caïn-caha

Le mariage de Caïn demeure, entre autres, l’un des récits les plus débattus de la Bible. Où Caïn aurait-il pu trouver à se marier alors qu’il était supposément seul avec sa famille sur terre ? Débat « typiquement moderne » selon Thomas Römer. Le mythe n’obéit pas à une logique de cohérence factuelle, mais se concentre sur le fait que Caïn, meurtrier originel, est protégé par Dieu et qu’une descendance lui est assurée pour que la civilisation puisse naître. L’apparition d’une femme n’est mentionnée que comme un élément narratif nécessaire pour répondre à cette question. Vouloir expliquer ce que le texte laisse implicite, c’est passer à côté de la véritable portée du mythe, qui est de fournir une réflexion profonde sur la survie de l’humanité malgré sa part de violence.

Bio express

Thomas Römer est exégète, philologue et bibliste suisse d’origine allemande. Professeur d’Ancien Testament à l’Université de Genève, puis de Lausanne, il occupera ce poste durant près de trente ans. Il a été nommé en 2007 au Collège de France et il y occupe la chaire Milieux bibliques. En 2019, il devient le premier « non-Français » à qui l’on attribue la charge d’administrateur du Collège.

Hildegarde de Bingen

« Une maîtresse de théologie très estimée » et « une grande connaisseuse des sciences naturelles et de la musique ». C’est ainsi que le pape Benoît XVI décrivait Hildegarde, qu’il avait proclamée docteur de l’Eglise en 2012.
Retable de la chapelle Saint-Roch de Bingen, Allemagne.

Par Paul Martone | Photo : Wikipédia

« Une maîtresse de théologie très estimée » et « une grande connaisseuse des sciences naturelles et de la musique ». C’est ainsi que le pape Benoît XVI décrivait Hildegarde, qu’il avait proclamée docteur de l’Eglise en 2012. Il rendait ainsi hommage à une femme qui avait acquis une position exceptionnelle au XIIe siècle. 

On conserve aujourd’hui encore des lettres dans lesquelles elle ne mâchait pas ses mots et osait même exhorter évêques et empereurs. Hildegarde fut très vite considérée comme la « prophétesse allemande ». Par son œuvre vaste, elle a offert un aperçu varié des domaines de la pensée religieuse, politique, scientifique, médicale et sociale de l’époque. Dans son ouvrage Scivias (Connais les chemins), elle décrit les visions qu’elle a eues dès sa plus tendre enfance. Elle a développé une théologie dans laquelle la vision du monde et celle de l’homme sont indissociables de l’image de Dieu. Son ouvrage Physica, qui contient des recettes pour rester en bonne santé, revêt aussi une grande importance. 

Il s’agit d’un ouvrage majeur de médecine et d’histoire naturelle qui décrit les vertus curatives des plantes, des animaux, des pierres et des métaux. Il allie observations empiriques et théologie chrétienne de la création, et a profondément marqué la médecine monastique ainsi que la conception médiévale de la nature. Dans son ouvrage médical Causae et Curae, Hildegarde décrit les maladies et donne des conseils pour leur traitement. Le conseil essentiel d’Hildegarde est de faire preuve de modération afin de rétablir l’harmonie entre les fonctions du corps. Outre ses livres théologiques, Hildegarde s’est également illustrée comme poétesse de chants. 

Née en 1098, elle entra (à huit ans) dans une abbaye bénédictine sur le Disibodenberg, où elle prononça plus tard ses vœux. En 1136, Hildegarde fut élue abbesse. Son couvent étant devenu trop petit, la communauté put s’installer en 1150 dans un couvent sur le Rupertsberg, face à la ville de Bingen, où elle mourut le 17 septembre 1179. Le jour de sa mort est également le jour de sa fête religieuse.

Maurice Marie Jean Potron

Maurice Marie Jean Potron, né en 1872, entre dans la Compagnie de Jésus à la fin du XIXe siècle et développe très tôt une double vocation : l’enseignement scientifique et la réflexion sociale.
Portrait de Maurice Marie Jean Potron au Polytechinque.

Par Pierre Guillemin
Photo : DR

Maurice Marie Jean Potron, né en 1872, entre dans la Compagnie de Jésus à la fin du XIXe siècle et développe très tôt une double vocation : l’enseignement scientifique et la réflexion sociale. Mathématicien de formation, il obtient son doctorat en mathématiques en juin 1904, il enseigne notamment les mathématiques dans plusieurs établissements jésuites, tout en poursuivant des recherches originales sur les liens entre production, répartition des richesses et organisation économique.

A une époque où l’économie demeure largement descriptive, celui que l’on connait aussi comme l’abbé Potron introduit des méthodes algébriques et matricielles pour analyser les interdépendances entre secteurs de production. Il cherche à comprendre comment une économie peut satisfaire les besoins de l’ensemble de la société tout en respectant les principes de justice sociale défendus par la doctrine sociale de l’Eglise. Inspiré par l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, elle-même influencée notamment par les travaux de l’Union de Fribourg, et par les débats sur la question ouvrière, il concilie efficacité économique et exigence morale.

Dans les années 1910 et 1920, Potron élabore ainsi des modèles mathématiques décrivant les échanges entre branches industrielles. Potron s’intéresse notamment aux conditions permettant un équilibre général de la production et à la manière dont les revenus peuvent être distribués sans provoquer de déséquilibres économiques majeurs.

Cependant, ses recherches restent longtemps confidentielles. Publiées dans des revues spécialisées ou sous forme de notes internes, elles ne rencontrent qu’un écho limité de son vivant. A sa mort, en 1942, son œuvre tombe presque dans l’oubli.

Il faut attendre les années 2000 pour qu’un groupe d’historiens de la pensée économique redécouvre ses écrits. Cette redécouverte révèle l’originalité et la modernité de ses intuitions. Les chercheurs soulignent alors que Potron avait anticipé plusieurs outils fondamentaux de l’économie mathématique contemporaine. Aujourd’hui, il apparaît comme une figure non seulement pionnière, mais aussi majeure, à la croisée des sciences exactes, de l’économie et de la réflexion sociale chrétienne.

Un éternel actif

« Je suis un hyperactif administratif, dur, mais juste. » C’est ainsi que se définit Alexandre Bersier, président du Conseil de la paroisse Saint-Laurent dans la Broye fribourgeoise. Cet homme qui mène de front de multiples projets a une foi très personnelle, mais très profonde, qui l’incite à mettre les autres au cœur de ses journées.
Alexandre Bersier.

« Je suis un hyperactif administratif, dur, mais juste. » C’est ainsi que se définit Alexandre Bersier, président du Conseil de la paroisse Saint-Laurent dans la Broye fribourgeoise. Cet homme qui mène de front de multiples projets a une foi très personnelle, mais très profonde, qui l’incite à mettre les autres au cœur de ses journées.

Par Véronique Benz | Photos : André Bise, DR

« Dans la société actuelle, dès que vous êtes passionné, que vous avez une certaine éducation et formation et que vous êtes un peu carré, vous êtes tout de suite perçu comme quelqu’un de dur. » Alexandre Bersier est un planificateur. « J’apprécie la conduite, j’aime bien créer des choses, les mettre en place, puis une fois que ça tourne, je me retire. » Cet homme passionné par ce qu’il entreprend a un besoin vital d’être constamment actif. « J’ai la chance d’avoir une femme magnifique et deux enfants compréhensifs. Si je n’avais pas cette stabilité familiale, je ne pourrais pas faire ce que je fais. Je leur en suis vraiment très reconnaissant », avoue-t-il. Alexandre Bersier n’aime pas les vacances, il en prend rarement. « Je me nourris des choses que je réalise. »

La paroisse une PME

« Au départ, je crois que j’ai choqué les gens en leur disant que je gérais la paroisse comme une PME. » Alexandre Bersier explique que la paroisse Saint-Laurent est le fruit de la fusion de 12 anciennes paroisses. « Nous avons 50 bâtiments, dont 15 églises et 9700 paroissiens. »

Le président du Conseil de paroisse reconnaît prier tous les matins et tous les soirs, même s’il ne va pas nécessairement à l’église. Le Conseil de paroisse n’a pas la tâche de s’occuper de la pastorale. « Le Conseil de paroisse met les conditions-cadres, mais c’est à l’équipe pastorale de se consacrer à la pastorale. » Il cite l’exemple des Conseils de communauté. « Nous constatons que les gens se fatiguent. Certains membres ont plus de 80 ans. Ils sont très bien pour aider à préparer la Fête-Dieu ou d’autres manifestions, mais par contre pour ce qui est d’ordre administratif, ou de l’entretien, cela devient difficile. Nous n’avons plus le choix, nous devons professionnaliser. » Pour Alexandre Bersier, il n’est pas facile de trouver le juste équilibre entre les personnes âgées qui ont de la peine à faire bouger les choses et les jeunes qui vivent dans l’immédiateté. « A quelle vitesse aller pour faire avancer la paroisse ? Comment se remettre en question sans tout casser ? » Il constate qu’il faut accompagner le changement, car il est inévitable. « Les gens me disent qu’autrefois, toutes les églises étaient magnifiquement fleuries. Evidemment, à l’époque, tout était gratuit, il y avait des fleurs dans tous les jardins. Actuellement, il n’y a presque plus de bénévolat, il y a des jetons de présence partout. Nous payons presque tout le monde et si nous ne le faisons pas il y a risque que des personnes arrêtent. Je conçois que pour les plus anciens, c’est difficilement compréhensible ! » La société change, me confie-t-il. 

« Une de mes joies est d’avancer pas à pas. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus imposer, il faut convaincre. » Il relève aussi la diversité de l’engagement et les belles personnes avec lesquelles il travaille, des professionnels de qualité. Quoi qu’il entreprenne, c’est la passion qui fait vibrer Alexandre Bersier.

La Collégiale Saint-Laurent d’Estavayer-le-lac, bâtiment emblématique de la paroisse Saint-Laurent.

Un souvenir marquant de votre enfance ?

Je n’ai pas de souvenir marquant. Mon enfance a été pour moi le formatage de ma personnalité. Mon père m’a inculqué les principes et les valeurs qui ont forgé ma vie.

Votre moment préféré de la journée ?

Ma journée débute à 5h30 et se termine à 21h. J’aime particulièrement le matin. J’ai mes petites habitudes, je lis les journaux, je regarde mes mails, je programme ma journée.

Votre principal trait de caractère ?

Je suis un hyperactif administratif dur, mais juste. Je suis quelqu’un d’hyper passionné par ce qu’il fait.

Un livre que vous aimez ?

Je ne lis pas beaucoup.

Une personne qui vous inspire ?

Je ne m’identifie à personne. Ce qui m’inspire, ce sont les principes.

Votre prière préférée ?

Mon Dieu ! Je me couche ! Si je m’endors, je vous recommande mon corps, si je trépasse je vous recommande mon âme. Je prends Dieu pour mon Père, la sainte Vierge pour ma Mère. Les quatre saints évangélistes sont au quatre coins de mon lit pour me protéger contre mes ennemis. J’embrasse la croix du divin Sauveur pour la vie et l’éternité. Sainte Marie Mère de Dieu priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.

Alexandre Bersier

• Alexandre Bersier a 54 ans, il est marié et papade deux enfants adultes.

• Il a cinq brevets fédéraux.

• Fondé de pouvoir à la Mobilière depuis 28 ans, il est coprésident des commerçants d’Estavayer-le-Lac. Lieutenant-Colonel à l’armée, il est dans l’Etat-major de la patrouille des glaciers. Il est également Gouverneur de la Confrérie de Saint-Eloi.

• Membre du Conseil de paroisse Saint-Laurent, il y a été durant deux ans responsable des finances avant de reprendre la présidence.

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