
A l’Institut Philanthropos, Vincent Aubin a entamé sa deuxième rentrée en tant que directeur. Il entend relever les défis auxquels ce lieu est confronté dans une optique de continuité, tout en suivant sa propre voie.
Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer
L’Institut Philanthropos a eu ses années fastes avec un grand nombre d’étudiants, puis les inscriptions ont baissé. A quoi attribuez-vous cela ?
On remarque une certaine désaffection des jeunes pour les années de césure et de volontariat. Les « années pour Dieu » étaient pourtant un passage quasi obligé pour les jeunes chrétiens, il y a dix à quinze ans. Aujourd’hui, l’inquiétude généralisée des jeunes face à l’avenir les pousse à privilégier la sécurité d’un emploi et d’un revenu. Malgré ce contexte difficile, l’Institut se maintient, contrairement à de nombreuses autres structures proposant des formations similaires qui ont dû fermer.
Pensez-vous que les accusations portées à l’encontre de la communauté Eucharistein peuvent être, en partie, responsables de ce « désamour » ?
N’étant pas présent à l’époque, j’admets mon ignorance sur le fond de l’affaire et je ne peux pas non plus évaluer son impact. Ce qui est positif est que la communauté Eucharistein, comme tant d’autres, a pu travailler sur son histoire et sa gouvernance. En arrivant à l’Institut, j’ai tenu à rendre visite à la communauté, en Valais, et j’ai été merveilleusement accueilli. Je suis heureux de tout le bien qui a été fait, et des rapports apaisés et cordiaux que nous maintenons.
Aujourd’hui, vous cherchez à rejoindre les jeunes qui reviennent à l’Eglise. Quelles sont vos pistes pour y parvenir ?
Ce que nous offrons en termes de formation répond évidemment aux besoins d’une partie des jeunes qui se tournent vers l’Eglise. Notre meilleure publicité repose sur le témoignage des anciens de Philanthropos, car la très large majorité des étudiants arrive à l’Institut par cet intermédiaire-là. En complément, nous assurons une présence sur des forums et des salons, comme lors des JMJ de Payerne, pour créer des points de contact.
Certains observateurs parlent de l’Institut comme d’un bastion du catholicisme « tradi ». Est-ce que ce qualificatif – fondé ou non – vous semble séduisant pour les jeunes que vous cherchez à atteindre ?
Les jeunes ont besoin aujourd’hui, surtout ceux qui reviennent à la foi, de quelque chose de consistant, structuré et qui n’a pas peur de dire ce qu’il est. J’accepte ce qualificatif s’il évoque une formation de qualité, fidèle à l’enseignement de l’Eglise et à une belle liturgie. En revanche, si cette étiquette suggère un bastion d’entre soi, un groupe de catholiques de droite se regardant avec contentement et jugeant le reste du monde, cela ne correspond pas du tout à notre réalité. Une des richesses de l’Institut est au contraire de permettre à un jeune de découvrir la joyeuse variété des visages de l’Eglise.
D’un autre côté, une année à Philanthropos a un coût élevé, ce qui peut favoriser un certain entre-soi…
Le coût de la scolarité est comparable à celui d’une année en établissement privé avec hébergement et ne doit en aucun cas être une raison pour se priver de cette année. C’est pourquoi un travail conséquent est mené par l’Institut pour trouver des donateurs prêts à financer des bourses. Il y a ainsi environ un quart de boursiers dans chaque promotion. Si un jeune est motivé, on trouve toujours une solution, la Providence y veille !
Lors de votre nomination, votre prédécesseur a parlé du « meilleur vin pour la fin »…
Sauf que ce n’est pas la fin, à peine le début ! Blague à part, je souhaite continuer à cultiver un lieu où des personnes extraordinaires, aux profils très variés, collaborent et s’enrichissent mutuellement. Je rêve que l’institut, tel un bon vin, révèle l’harmonie de tous les parfums – les grappes – qui ont contribué au rayonnement de Philanthropos. Ce sera la vraie maturité.
Philanthropos dites-vous?

Situé à Bourguillon, sur la colline surplombant Fribourg, l’Institut Européen d’Etudes Anthropologiques (IEEA) a été fondé en 2004 à l’initiative d’un groupe d’intellectuels et universitaires catholiques suisses et français, dont Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein. Plus connu sous le nom de Philanthropos, l’Institut a pour vocation de proposer à de jeunes adultes une formation approfondie et pluridisciplinaire sur la personne humaine. La philosophie et la théologie sont ainsi mises en rapport avec les différents domaines de la littérature, des sciences humaines et des religions non chrétiennes. La formation se déroule sur une année et repose sur trois piliers : intellectuel (études), fraternel (vie communautaire) et spirituel (vie de foi). S’ajoute à cela une formation artistique, centrée autour du théâtre et du chant. Partenaire de l’Université de Fribourg, les étudiants au bénéfice d’un cursus à Philanthropos peuvent faire valoir leurs acquis dans la poursuite d’études universitaires.
Bio express
Vincent Aubin est né à Paris en 1968. Agrégé de philosophie, il a notamment enseigné à l’EMD, école de management à Marseille, ainsi qu’à l’Institut de relations publiques et de communication (IRCOM) à Lyon. Depuis 2012, il a formé les étudiants de Philanthropos en doctrine sociale de l’Eglise et en philosophie.




























