Depuis l’Antiquité, nous construisons des dômes. Les plus anciens vestiges sont des huttes circulaires en os de mammouth en Ukraine (19000 av. J.-C.) ; viennent ensuite, au Proche-Orient et sur la bassin Méditerranéen, les premières formes massives couvrant des tombes et des huttes. Puis la Grèce Antique et l’Empire romain parachèvent ce type de construction par l’introduction de temples circulaires et l’utilisation du béton romain pour des structures hémisphériques impressionnantes, comme le Panthéon (126 ap. J.-C.) ; à Byzance, la cathédrale Sainte-Sophie (VIe siècle) est un chef-d’œuvre utilisant des dômes sur pendentifs (les pendentifs permettent de faire reposer une coupole circulaire sur quatre piliers autour d’un espace de plan carré (toujours cette question de la quadrature du cercle et du nombre π – voir L’Essentiel dejanvier 2026) pour passer d’une base carrée à un cercle ; enfin, au Moyen Age et à la Renaissance, les dômes deviennent centraux dans les églises, comme le dôme de Florence (Brunelleschi) et Saint-Pierre de Rome (Michel-Ange).
Un dôme se définit comme une structure hémisphérique ou polygonale reposant sur un plan circulaire ou parfois polygonal, conçue pour couvrir un espace sans appuis intermédiaires. Cette caractéristique en fait un choix privilégié pour les édifices religieux, culturels, scientifiques ou institutionnels.
En construisant un dôme, on cherche à répartir les charges de manière homogène afin d’assurer la stabilité de l’ensemble. La géométrie joue ici un rôle fondamental : la forme courbe permet de transformer les forces verticales en poussées latérales, transférées vers les murs porteurs ou les piliers. La mise en œuvre débute généralement par l’élévation d’un tambour, base cylindrique ou polygonale sur laquelle repose le dôme. Vient ensuite le coffrage ou l’assemblage de la structure porteuse, suivi du remplissage ou du coulage selon le matériau choisi.
Mais en introduisant la notion du cercle et du nombre π, le dôme possède une forte portée symbolique. Il évoque le ciel, l’unité et la perfection géométrique. Sa construction représente ainsi la rencontre entre savoir-faire, innovation et expression artistique, faisant du dôme une forme architecturale intemporelle et fascinante.
Femme engagée et dynamique, Laetitia Willommet est au service de l’Eglise depuis 1993. Officiellement à la retraite, elle a gardé un petit mandat au secteur des Coteaux du Soleil (Chamoson-Ardon-Vétroz-Conthey).
Par Véronique Benz | Photos : DR, Laetitia Willommet
« A l’époque, nous allions dans les écoles donner les cours de religion. J’ai vécu le passage de la catéchèse confessionnelle à l’histoire biblique, puis de l’histoire biblique aux cours d’éthique et de culture religieuse. » Laetitia Willommet a été catéchiste, puis responsable du Service diocésain du catéchuménat. En 2010, elle a été engagée sur le secteur des Coteaux du Soleil. Depuis 2021, elle est coordinatrice du secteur. Elle fait partie de l’équipe de rédaction du journal local depuis 2018. « Aujourd’hui, c’est Romaine Carrupt qui est la responsable de notre magazine. Je rédige quelques textes et je fais la coordination du magazine avec l’équipe pastorale et Saint-Augustin. »
Laetitia Willommet avoue se plaire dans son secteur des Coteaux du Soleil. Cependant, les obstacles ne manquent pas. Laetitia cite notamment les différents scandales liés aux abus, la baisse des vocations sacerdotales, l’absence de relève pour les agents pastoraux et les bénévoles. « Des difficultés majeures que nous vivons dans l’espérance. Il y a également la vie d’équipe, avec les bonnes et les mauvaises nouvelles. L’objectif, c’est d’avancer ensemble dans le respect de chacun. »
En ce qui concerne la communication, Laetitia souligne que le problème principal est la diminution du nombre d’abonnés. « Les désabonnements suite à l’entrée au home et aux décès, ne sont pas compensés par des nouveaux venus. Nous travaillons sur le projet de l’application MyChurch. Nous espérons que cela va contrebalancer le manque d’abonnement à L’Essentiel. » Car, bien évidemment, le souci est de rejoindre les gens, afin de pouvoir les informer de la vie de l’Eglise locale.
Laetitia parle de ses collaborateurs avec enthousiasme et bienveillance. « Chaque étape de mon engagement me ramène au Christ. Préparer une réunion, mener une équipe pastorale, écrire pour le magazine paroissial, rencontrer des prêtres ou des collègues. Travailler en Eglise c’est avoir comme « collègue » principal le Christ et comme outil de travail la Bible. C’est à la fois exigeant et vivifiant ! »
Les collègues de rédaction de Laetitia planchent sur une édition de L’Essentiel des Coteaux du Soleil.
Pouvez-vous nous partager un souvenir marquant de votre jeunesse ?
Je me rappelle de la JRC (Jeunesse rurale chrétienne). Dans l’élan de Vatican II, nous animions des messes avec des guitares électriques et des batteries. Nous vivions de belles célébrations.
Quel est votre moment préféré de la journée ou de la semaine ?
Lorsque j’enseignais au CO, mon jour préféré était celui où j’avais les classes les plus faciles à gérer. Maintenant, mon jour préféré, c’est aujourd’hui.
Quel est votre principal trait de caractère ?
Je suis très empathique. J’ai une grande capacité d’écoute et j’ai aussi le souci que les gens se sentent bien quand ils sont ensemble.
Un livre que vous avez particulièrement apprécié ?
J’ai beaucoup aimé les deux livres de Pip Williams, La collectionneuse de mots oubliés et La relieuse d’Oxford qui nous plongent dans l’Angleterre du début du XXe siècle et de la réalisation du premier dictionnaire d’Oxford.
Des personnes qui vous inspirent ?
J’ai toujours été touchée par les personnes qui œuvraient pour la paix et la non-violence comme Gandhi, Mandela, Sœur Emmanuelle. J’ai travaillé avec des chanoines du Grand-Saint-Bernard qui étaient de belles personnes. J’ai appprécié le pape François pour son humilité et ses propos envers toutes les couches de la société.
Une citation biblique qui vous anime ?
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. […] Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jean 1, versets 1 et 14)
Laetitia Willommet
• Laetitia Willommet, 65 ans, est engagée en Eglise depuis 1993, après la formation Fame.
• Elle a aussi un diplôme de consultante en psychoéducation et un brevet fédéral de formatrice d’adultes.
• Divorcée et maman de deux jeunes adultes.
• Elle habite Charrat, petit village proche de Martigny.
• Elle aime la lecture et la musique classique. Elle pratique la peinture méditative abstraite.
Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin
Des livres
Le Messie Marie-Noëlle Thabut
Les juifs attendent encore le Messie, les chrétiens l’ont trouvé : c’est Jésus de Nazareth. Mais est-ce si évident ? La Bible évoque en effet la figure du Messie en termes qu’il convient d’éclairer. Quelles étaient les attentes des hommes de la Bible ? A partir de quand et de quelle manière ont-ils commencé à parler d’un Messie ? Pourquoi les chrétiens ont-ils identifié Jésus de Nazareth avec le Messie qu’ils attendaient ? A partir de sa connaissance des textes bibliques, Marie-Noëlle Thabut répond à toutes ces questions.
Née dans une famille juive en Allemagne, Edith Stein (1891-1942) va faire deux rencontres bouleversantes au cours de sa vie. La philosophie d’une part, à travers une quête de vérité. La foi chrétienne ensuite, qui va l’amener à se convertir après une lecture passionnée de la vie de sainte Thérèse d’Avila. S’ensuit alors un parcours qui va la conduire jusqu’au Carmel, choix vécu comme un drame intérieur et familial, sa mère n’acceptant pas la conversion de sa fille au christianisme. Tout en s’étant convertie au christianisme, elle n’a jamais voulu se désolidariser du peuple juif et a partagé avec lui jusqu’au bout l’expérience tragique de la Shoah.
Connaître et comprendre le judaïsme, le christianisme et l’islam Isabelle Lévy
Pourquoi un juif se couvre-t-il dans une synagogue alors qu’un chrétien se découvre dans une église ? Pourquoi est-il interdit de consommer du porc ? Sur quels principes reposent la circoncision et le baptême ? En répondant à près de 200 questions, Isabelle Lévy explique avec clarté les origines, l’histoire, les dogmes, les croyances, les rites, les pratiques des trois religions monothéistes et en expose avec clarté les convergences et les divergences. Elle aborde également de nombreux thèmes en résonance avec l’actualité, tels l’euthanasie, l’interruption de grossesse ou le don d’organes.
Histoire de Jérusalem Vincent Lemire – Christophe Gaultier
L’histoire de Jérusalem pour la première fois racontée dans une BD exceptionnelle. Il y a 4000 ans, Jérusalem était une petite bourgade isolée, perchée sur une ligne de crête entre la Méditerranée et le désert. Aujourd’hui, c’est une agglomération de presque un million d’habitants, qui focalise les regards et attire les visiteurs du monde entier. Berceau du judaïsme, du christianisme et de l’islam, elle est aujourd’hui une capitale spirituelle pour plus de la moitié de l’humanité.
En 10 chapitres, acteurs et témoins, toutes celles et tous ceux qui ont arpenté Jérusalem au fil des siècles racontent ce mille-feuille d’influences composites. Rien n’est inventé : scènes et dialogues proviennent de plus de 200 sources publiées et d’archives inédites.
Je ne connaissais pas cette histoire, mais elle est édifiante. Flavius Josèphe rapporte qu’Hérode Antipas, le tétrarque de Galilée mêlé au procès de Jésus, est, après être tombé en disgrâce, exilé à Lugdunum en Gaule.
Cet épisode apparemment secondaire change la carte mentale : la Méditerranée n’est plus un mur mais un couloir. Si un prince judéen peut finir à Lyon, il n’est pas absurde qu’une disciple comme Marie-Madeleine, selon la tradition provençale, puisse accoster en Camargue avant de se retirer à la Sainte-Baume.
En quelque sorte, le terreau était déjà fertile. Ainsi, de même que la Judée et Gaule sont liées géographiquement, entre synagogue et Eglise, ce n’est pas une rupture nette, mais une continuité : le christianisme est un palimpseste. Il réécrit, il interprète, il efface pour mieux affirmer sa nouveauté, mais sous l’encre fraîche demeurent les lettres anciennes.
Le judaïsme est la plus ancienne des trois grandes religions monothéistes. Le christianisme et l’islam, qui lui sont postérieurs, s’y réfèrent partiellement. Ces religions sont dites abrahamiques, car elles trouvent leur origine dans la figure d’Abraham. Juifs, chrétiens et musulmans sont ainsi «frères dans la foi».
Par Paul Martone | Photos : DR, Unsplash
L’éthique judéo-chrétienne, fondée sur les Dix Commandements, reste à la base de nombreuses démocraties modernes et le christianisme a adopté maintes pratiques issues du judaïsme. Il est dès lors d’autant plus tragique que les Juifs soient encore persécutés par leurs « frères dans la foi ».
L’histoire compte de nombreux incidents et agressions antisémites, culminant avec la Shoah (la catastrophe), l’assassinat systématique de six millions de Juifs. Aujourd’hui, l’antisémitisme connaît une recrudescence, alimentée notamment par certains milieux musulmans – influencés par les sourates 5 et 6 du Coran présentant les Juifs comme « tombés sous la colère de Dieu » – ou par des chrétiens égarés. En 2024, 221 incidents antisémites ont été recensés en Suisse allemande et italienne.1
L’antisémitisme est un péché
« Il est honteux que des chrétiens n’aient pas voulu reconnaître pendant des siècles le lien étroit avec le judaïsme et aient alimenté, avec des pseudothéologies, une haine des Juifs souvent mortelle. A cet égard, le pape Jean-Paul II a expressément demandé pardon lors de l’Année jubilaire 2000 ».2 Le Concile Vatican II (1962–1965) avait déjà clairement affirmé que les Juifs, en tant que peuple, ne peuvent pas être tenus collectivement responsables de la mort de Jésus sur la croix. L’antisémitisme contredit la foi chrétienne et doit être définitivement surmonté. L’Eglise catholique « rejette toute forme d’antijudaïsme et d’antisémitisme et condamne sans ambiguïté les propos de haine contre les Juifs et le judaïsme comme un péché contre Dieu. » (Pape François)
Jésus n’a pas été le premier catholique de l’histoire, mais est né, a vécu, est mort et est ressuscité en tant que Juif. Les Juifs et les chrétiens sont des frères et sœurs unis dans la foi en un seul Dieu et par un riche héritage spirituel commun.
Des règles et des rites
« On ne peut aimer que ce que l’on connaît » est un proverbe souvent utilisé en allemand pour exprimer que la familiarité et la connaissance d’une personne ou d’une chose constituent une base importante pour l’affection, ou du moins le respect mutuel. Examinons donc de plus près quelques règles et rites de la religion juive.
Illustration d’un dialogue entre Moïse et Pierre, dont les sources de la foi sont communes.
Le Dieu d’Israël
Comme les chrétiens, les Juifs croient en un seul Dieu, appelé Yahvé. Dieu a donné ce nom propre à Moïse, afin que ses enfants puissent l’appeler ainsi pour être sauvés. Ce nom est si grand et si sacré que les Juifs évitent de le prononcer, par respect et révérence. A la place, ils utilisent souvent des termes comme Adonaï (mon Seigneur) ou HaShem (le Nom). Cette pratique trouve ses racines dans le deuxième commandement : « Tu ne prononceras pas le nom de l’Eternel, ton Dieu, en vain. » (Deutéronome 5, 11)
La Torah
La Bible hébraïque, appelée Tanakh, se compose de trois parties principales : la Torah, qui signifie « enseignement » ou « instruction », les Prophètes et les Ecrits.3 La Torah est le livre central et la source religieuse du judaïsme. Selon la tradition, elle a été révélée à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï. Les chrétiens connaissent ces récits à travers l’Ancien Testament. La Torah est si importante pour les Juifs qu’ils la lisent intégralement chaque année lors des offices religieux.
La Torah est le livre central et la source religieuse du judaïsme.
La circoncision
« Tu te circonciras de la chair de ton prépuce. Ce sera le signe de l’alliance entre moi et toi. » (Gn 17, 10) La coutume de la circoncision des garçons (Brit Mila), huit jours après leur naissance, fait référence à cette exigence de Dieu envers Abraham. La personne circoncise porte le signe indélébile d’appartenance à Dieu et à Israël. Même sous le nazisme, des familles ont continué à la pratiquer malgré les risques évidents. Aujourd’hui, elle est réalisée par un mohel, spécialiste formé, dans des conditions médicales. Les filles sont intégrées à la communauté par leur lignée maternelle, leur nom étant annoncé à la synagogue au premier Sabbat suivant leur naissance.
Le Sabbat
Le septième jour de la semaine est considéré comme un jour durant lequel aucune activité ne doit être exercée, car Dieu a créé le monde en six jours et s’est reposé le septième. Dès lors, l’homme doit aussi se reposer ce jour-là et se souvenir de Dieu. Le Sabbat est probablement le plus grand cadeau des Juifs au monde. « Fête de la liberté humaine, le Sabbat permet de respirer, il annule la division du monde en maîtres et serviteurs. » (Youcat no 362) Il existe de nombreuses façons de célébrer le Sabbat comme un symbole de la connexion avec Dieu. Il permet aux croyants de se recentrer sur l’essentiel, laissant de côté le quotidien pour une journée.
Code vestimentaire
Dans le judaïsme, il y a des vêtements typiques pour certaines occasions. Les règles vestimentaires pour la vie quotidienne ne concernent que les Juifs très orthodoxes.
Les hommes juifs portent sur la tête une petite calotte ronde appelée kippa, qui exprime la révérence envers Dieu. Pour les juifs orthodoxes, le port de la kippa est une obligation à vie qui s’applique tout au long de la journée. Beaucoup de Juifs réformés ne la portent que pour la prière ou lors d’occasions spéciales, d’autres pas du tout. Ils la considèrent comme un symbole d’appartenance et de respect, et non comme une obligation.
Les hommes juifs portent sur la tête une petite calotte ronde appelée kippa, qui exprime la révérence envers Dieu.
Au matin, les Juifs, y compris les libéraux, revêtent un tallit (châle de prière) blanc et attachent aux bras ou au front, par des lanières en cuir, les tefillin (phylactères). Ces capsules contiennent des manuscrits tirés de la Torah.
Les femmes des courants très pieux dissimulent leur corps sous une jupe longue et des blouses ou pulls à manches longues et à col haut et elles couvrent leurs cheveux, surtout si elles sont mariées.
Les hommes de la branche orthodoxe stricte se reconnaissent à leurs longues tresses sur les tempes, une longue barbe, des vêtements noirs et un haut chapeau.
Les lois alimentaires
Plusieurs règles alimentaires particulières sont basées sur la Torah. Les aliments doivent être casher (purs, permis). Seuls certains mammifères, qui sont à la fois ruminants et ont des sabots fendus, sont autorisés à la consommation. Toute volaille est casher, sauf les rapaces. Les poissons sont permis s’ils ont des écailles et des nageoires. Les poissons carnivores, fruits de mer et crustacés ne sont pas casher. La consommation de sang est strictement interdite, car selon la conception juive, l’âme de l’animal réside dans le sang. Les animaux doivent ainsi être saignés avant d’être consommés. La méthode juive d’abattage, le shechita, le garantit.
La consommation conjointe de produits laitiers et de viande est interdite.
1 La Suisse romande n’était pas incluse dans cette enquête. 2 Catéchisme de l’Eglise Catholique pour les adolescentes et les jeunes. 3 Recueil varié de livres comprenant des poèmes (psaumes, proverbes), des écrits sapientiaux (Job, Ecclésiaste), des récits historiques (Ruth, Esther) et d’autres textes.
Sans les Ecritures saintes du peuple juif, à savoir notre Ancien Testament, nous, chrétien(ne)s, serions privé(e)s de nos racines. Nous sommes le rameau nouveau greffé sur l’antique olivier (Romains 11, 16-24).
Comme le dit le document de la Commission biblique pontificale à ce propos, la nation d’Israël est la « cousine » des Eglises chrétiennes. Nous descendons d’Abraham et de Moïse, nos pères dans la foi et dans la loi d’amour. Jésus est le fils de David, le grand roi selon le cœur de Dieu. Elie le prophète préfigure Jean le Baptiste et annonce comme toutes les autres voix prophétiques la venue du Messie.
Plus nous connaissons le Premier Testament, et notamment les figures féminines, Eve, l’épouse d’Adam, Sarah, Rebecca et Rachel, les femmes des patriarches, Anne, la mère du petit Samuel, la veuve de Sarepta à laquelle Elie est envoyé, etc., plus nous nous préparons le cœur à accueillir Marie, la nouvelle Eve, et à la saluer avec Elisabeth et Zacharie comme la « femme bénie entre toutes », la Mère du Sauveur.
A l’heure où, hélas, le pays du Christ est à feu et à sang, de Gaza à Jérusalem, de Cisjordanie au Liban, il est indispensable de nous réapproprier notre trésor commun. C’est pour cette raison que l’ensemble des Facultés de théologie chrétiennes, telle celle bilingue de Fribourg, comportent des chaires d’Ancien Testament et de connaissance du milieu biblique, et offrent des cours d’hébreu (et d’araméen, la langue de Jésus, les deux idiomes dans lesquels le Premier Testament a été rédigé, avec en plus quelques écrits en grec dits « deutérocanoniques », c’est-à-dire appartenant au « deuxième canon »).
L’Université fribourgeoise se targue de compter un prestigieux musée « Bible et Orient », dans lequel sont exposés des objets provenant des civilisations entourant Israël, lesquelles ont profondément marqué la mentalité du peuple élu.
Ainsi, profitons des voyages en « Terre promise » pour nous imprégner des lieux où la sainte Famille a évolué et mieux parvenir par ce biais à nous représenter le cadre des textes scripturaires. Et continuons de travailler ensemble, juifs, chrétiens et musulmans, à ce qu’advienne le shalom, la paix définitive de Jérusalem, la cité de la réconciliation qui n’aura pas de fin.
Cette Année Sainte nous aura rappelé, à Rome, au Saint-Bernard, ou comme ici à Valère, l’essentiel de notre vie chrétienne.
Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Pierre-Yves Maillard, vicaire général du diocèse de Sion, est l’auteur de cette carte blanche.
Par Pierre-Yves Maillard, vicaire général du diocèse de Sion Photos : cath.ch, DR
A mesure que l’Année Sainte s’est déroulée, son thème aussi, voulu par le pape François, s’est déployé : « Pèlerins d’espérance. » Et chacun de ces deux mots s’est révélé, précisément en lien avec l’autre, comme la parfaite définition de la mission de l’Eglise en ce temps.
L’espérance, on l’a dit, se distingue de l’espoir. Elle n’est pas le vague sentiment que « tout ira bien ». Pour Bernanos, elle est « une détermination héroïque de l’âme et sa plus haute forme est le désespoir surmonté… On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance ». Dans le monde tourmenté qui est le nôtre, comment mieux dire la force toujours actuelle du message chrétien ? Le pape Benoît XVI l’avait bien expliqué dans son encyclique « Spe Salvi » : l’espérance n’est pas l’apanage des faibles, ni la qualité de ceux qui fuient la complexité de notre temps pour chercher refuge en l’au-delà. Au contraire : l’espérance est le contraire de la naïveté ; elle est la force de s’engager, ici et maintenant, et malgré toutes les épreuves de notre temps, car elle sait que celui-ci s’inscrit précisément dans une perspective d’éternité qui lui confère déjà un sens infini.
Pour espérer, il faut donc marcher. A la recherche de quelque chose, le pèlerin est toujours en quête de Quelqu’un. Il sait que la bienfaisante démarche du départ lui donnera de remettre à leurs justes distances, certaines par rapprochement, d’autres par éloignement, tous les éléments où risquait de l’installer son existence désespérée. On a besoin des routes de pèlerinages pour nous rappeler que tout chemin peut conduire à Dieu. On a besoin de temps particuliers pour nous souvenir que tout temps peut être consacré. Cette Année Sainte nous aura rappelé, à Rome ou à Valère, au Saint-Bernard ou à Fully, l’essentiel de notre vie chrétienne dans l’extrême concision de cette formule : « Pèlerins d’espérance. » Que cela continue de donner vie à notre chemin.
Le centuple est la quantité 100 fois plus grande de ce qui est évoqué. L’expression est traditionnellement employée pour signifier la prodigalité de Dieu, qui n’est pas à la mesure humaine. Jésus lui-même a fait cette promesse : « En vérité, je vous le dis, nul n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l’Evangile, qui ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle (Marc 10, 23-30). Cette expression signifie faire preuve d’une grande générosité.
Par Véronique Benz
Humour
Un jeune homme venait tout juste d’obtenir son permis de conduire. Il demande donc à son père s’ils pouvaient discuter ensemble de l’utilisation de la voiture familiale…
Son père l’amène dans son bureau et lui propose le marché suivant : « Tu améliores ton rendement scolaire, tu étudies la Bible et tu te fais couper les cheveux. Ensuite, nous parlerons de la voiture. » Un mois plus tard, le garçon revient à la charge et, encore, son père l’amène dans son bureau. « Mon fils, je suis très fier de toi. Ça va beaucoup mieux à l’école ; tu t’es concentré sur la Bible plus que je ne l’aurais cru, mais tu ne t’es pas fait couper les cheveux. » Le jeune réplique : « Tu sais, papa, j’ai réfléchi à cela… Samson avait les cheveux longs… Moïse avait les cheveux longs… Noé avait les cheveux longs… et Jésus avait les cheveux longs. » Et du tac au tac, le père réplique : « Et ils se déplaçaient à pied ! »
Jean Winiger prépare son spectacle à la paroisse Saint-Joseph à Genève.
Mal-aimé en son temps, Maurice Zundel jouit aujourd’hui d’une aura internationale hors des clivages confessionnels. Adeptes des personnages hauts en couleur, l’acteur Jean Winiger nous donne à goûter, le temps d’un « seul en scène », toute la portée de la pensée du prêtre neuchâtelois.
Par Myriam Bettens | Photo :Jean-Claude Gadmer
Rousseau, de Foucauld et maintenant Zundel : vous avez une inclination pour les personnages hauts en couleur… Hauts en couleur et hauts dans leur spiritualité ! Zundel dit une chose à la fois étrange et très juste : « Le corps ne devient lui-même qu’en déployant la dimension mystique qui le personnifie. » Chez tous les grands, il y a une part de mysticisme, même s’ils ne sont pas croyants ou d’une autre religion. Je m’intéresse à eux, car notre monde va mal et ils ont des réponses pour notre temps.
Justement, cinquante ans après la disparition du théologien neuchâtelois, sa pensée est on ne peut plus actuelle… Oui, parce qu’il n’évacue, en tant que prêtre, théologien et mystique, aucune de nos difficultés. Il parle de l’avortement, des passions, des puissants, des excès du pouvoir. Comment ne pas être « foutu en l’air » par le monde tel qu’il est aujourd’hui, par le mal que l’on subit chaque jour ? Maurice Zundel a des réponses à nos questionnements et inquiétudes. En cela, il est très moderne.
Qui est Maurice Zundel pour vous ? C’est un mystique. Réaliste… réaliste des problèmes du monde et en même temps empathique. Il aime vraiment la nature humaine. Pour moi, c’est celui qui m’a sauvé d’un deuil terrible. J’étais au fond du trou. Lors d’une visite chez un ami, on m’a offert le livre S’émerveiller, dédicacé par Marc Donzé. J’y ai trouvé tout de suite les réponses à tout mon mal. Maurice Zundel est devenu un ami qui me soutient, me sauve et me redonne l’envie d’une foi autre que celle dont j’ai hérité. Une foi que j’expérimente au fur et à mesure de mes actes.
Comment l’avez-vous « rencontré » ? Je ne le connaissais pas il y a une année et demie, avant ce deuil et ce livre. Une amie très chère s’est donné la mort avec Exit. Ça a été affreux, terrible pour moi. Je suis ensuite entré en contact avec Marc Donzé et j’ai commencé à lire, à lire tout ce que je pouvais sur Zundel. Autant vous dire que cela représente une quarantaine d’ouvrages !
Dans cette pièce, vous parlez au nom de Maurice Zundel, mais il y a aussi beaucoup de vous… Si je me contentais de jouer Zundel, cela serait comme s’il prêchait. J’ai voulu atteindre un public qui, comme moi, éprouve le doute dans sa foi. Donc au lieu de faire parler Zundel, je le questionne.
Est-ce que Zundel réconcilie les gens avec Dieu ? Il les bouleverse en tout cas. Il arrive à entrer dans l’univers d’un athée, d’un agnostique et même d’un croyant de la même manière. Il les questionne, mais répond aussi aux interrogations qui surgissent. C’est en cela qu’il est très fort !
Maurice Zundel est-il un « désapprentissage » du Dieu auquel nous avons appris à croire ? Oui ! Il ne nous parle pas seulement de foi, mais d’un Dieu proche de nous, en nous et donc de la possibilité d’un retour à un Dieu possible.
Jean Winiger est né en février 1945, dans le canton de Fribourg. Il est comédien, acteur, écrivain et metteur en scène. Très vite attiré par les planches, il partagera sa vie entre Fribourg et Paris. Bien qu’un temps attiré par la vie religieuse, il se ravisera. L’acteur, comme le prêtre, se fait toujours le porte-voix d’autrui, que cela soit Dieu ou un autre.
Le 1er novembre 2025, le pape Léon XIV a décerné à John Henry Newman le titre de « docteur de l’Eglise universelle ». Une raison suffisante pour commencer aujourd’hui une série visant à faire connaître les 38 docteurs de l’Eglise et à puiser dans leurs œuvres de quoi fortifier notre foi.
Qu’est-ce qu’un docteur de l’Eglise ?
A quelques exceptions près, les 38 docteurs de l’Eglise sont des personnes qui ont été officiellement canonisées par l’Eglise et dont les enseignements sont reconnus comme particulièrement fiables, profonds et importants, pour tous les temps.
Prêtre anglican
John Henry Newman (1801-1890) est considéré comme l’un des théologiens chrétiens les plus importants du XIXe siècle. Il a ouvert la voie à la théologie moderne et a également influencé la conception de la foi comme un dialogue quotidien « de cœur à cœur » avec le Christ. Il fut d’abord prêtre de l’Eglise anglicane. En 1845, il se convertit au catholicisme et fut ordonné prêtre catholique à Rome en 1847. Newman fut un écrivain prolifique et son œuvre couvre un large éventail de sujets théologiques. Léon XIII le nomma cardinal en 1879. Il a été canonisé en 2019.
Foi et conscience
Pour Newman, la conscience personnelle guidée par la voix de Dieu était déterminante dans les décisions religieuses. Cette voix se trouvait dans la Bible et dans l’Eglise catholique. Il accordait une grande importance à la formation de la conscience : « Je souhaite […] des personnes qui connaissent leur religion, qui connaissent leur propre point de vue, qui savent ce à quoi elles adhèrent et ce qu’elles s’abstiennent de faire, qui connaissent si bien leur profession de foi qu’elles peuvent en rendre compte, qui ont une connaissance historique suffisante pour savoir défendre leur religion. »
Chaque être humain doit obéir à sa conscience, « dont la voix l’appelle toujours à aimer, à faire le bien et à s’abstenir du mal ». La pensée de Newman sur la conscience, l’éducation et le développement de la doctrine ecclésiastique représente une Eglise qui se confronte à la modernité sans s’y conformer. Sa voix a un effet à la fois fédérateur et exhortatif, ce qui la rend particulièrement actuelle aujourd’hui.
La mémoire de John Henry Newman est célébrée le 11 août.
Le nombre π est un nombre irrationnel (il n’est pas une fraction de deux nombres comme 2/3 ou 3/4), infini et non périodique, il décrit à la fois la simplicité géométrique du cercle et la complexité profonde des structures numériques. Il est identifié dès l’Antiquité : les Egyptiens et les Babyloniens l’approchaient déjà à l’aide de méthodes empiriques, tandis qu’Archimède fut le premier à établir un encadrement rigoureux de sa valeur en utilisant des polygones inscrits et circonscrits conduisant à la nature infinie de ce nombre.
Selon la méthode d’Archimède, si Pn est le périmètre d’un polygone régulier à n côtés inscrit dans un cercle de rayon 1, alors :
Cette nature infinie du nombre π nous fascine à tel point que chaque 14 mars (14 mars c’est aussi 3.14 qui sont les trois premiers chiffres du nombre π), les mathématiciens du monde entier célèbrent le PI Day avec des compétitions de mémorisation notamment. Cette fascination provient du contraste entre sa définition simple – le rapport entre la circonférence d’un cercle et son diamètre – et l’infinie richesse que recèle son développement décimal.
Ainsi, π incarne l’idée qu’une notion élémentaire peut ouvrir sur un univers illimité. Il rappelle que même les formes les plus familières dissimulent des profondeurs que nous n’aurons jamais la possibilité d’explorer complètement. L’Ancien et le Nouveau Testament n’évoquent pas le nombre π, mais le contraste entre simplicité et infini y est cependant très présent. Dans les Evangiles, la rencontre entre simplicité et infini traverse chaque page. Jésus parle avec des mots accessibles, empruntés au quotidien : une graine, un berger, un enfant, un repas partagé. Derrière ces images familières se déploie une profondeur qui souvent nous dépasse : une graine de moutarde devient signe du Royaume, une parabole révèle un mystère, un geste de compassion suggère un amour sans limites. Ainsi, l’infini se laisse toucher dans ce qui paraît ordinaire.
La roue est un cercle qui nous emmène « vers l’infini et au-delà ! ».
« Mon engagement est animé par le désir de tisser des liens entre foi, culture et communication, afin de contribuer à une société plus ouverte et solidaire », relève Constanţa Golovatiuc. Elle travaille depuis deux ans comme aumônière au Centre fédéral pour requérants d’asile de la Gouglera à Giffers.
Par Véronique Benz Photos : Constanţa Golovatiuc
Constanţa Golovatiuc exerce sa mission au sein d’une équipe composée de quatre personnes : elle comme catholique, un aumônier protestant et deux collègues musulmans. « Nous formons une équipe soudée, convaincue que le contact et le dialogue sont essentiels pour favoriser le vivre ensemble », souligne-t-elle.
« Mon service commence dès que je descends du bus et que je marche vers le centre, car sur le chemin, je rencontre souvent des requérants d’asile avec qui je discute. Lorsque j’arrive, je côtoie les assistants, les membres de l’équipe de sécurité et les requérants présents au centre. Il y a des jours où mon bureau est rempli de personnes qui souhaitent me parler, de nombreux enfants viennent également. Je les laisse dessiner pendant que je me m’entretiens avec leurs parents. »
La mission de Constanţa consiste avant tout dans l’écoute et l’accompagnement. « Il nous arrive parfois de prier ensemble. Les échanges peuvent durer de quinze minutes à deux heures : chaque histoire de vie est unique, complexe et souvent bouleversante. Aucune journée ne ressemble à une autre. »
Ouvrant son cahier de souvenirs, Constanţa me partage ses rencontres. Derrière chaque requérant d’asile, il y a une histoire, un visage, une espérance. « Au fil du temps, j’ai découvert leurs pays et leur contexte politique, leurs traditions, mais aussi les sacrifices consentis pour arriver en Suisse. Beaucoup n’ont pas choisi de quitter leur pays, mais ont fui pour survivre. Pour bon nombre d’entre eux, le chemin a été long et éprouvant. Je l’avoue, il y a des moments où je ne peux pas retenir mes larmes et je pleure avec eux. »
Constanţa reçoit dans son bureau des personnes de toutes confessions, ainsi que des requérants d’asile convertis au christianisme qui se sont fait baptiser ou qui ont commencé à étudier la Bible en secret dans leur pays d’origine.
« J’essaie de créer un espace de dialogue et de confiance. Chaque personne est accueillie dans sa singularité, quelles que soient son origine, sa religion ou son histoire. »
Constanţa éprouve de nombreuses joies. « Voir les gens retrouver un peu de quiétude, se sentir écoutées et soutenues sont autant d’objets de satisfaction et d’espérance. Accueillir l’autre, c’est ouvrir notre cœur à la présence de Dieu lui-même. Même si le chemin de l’accueil est parfois exigeant, c’est une source de bénédiction et de joie. Nous sommes appelés par l’Evangile à être auprès de ces personnes et de les aider. »
Dessins des jeunes enfants migrants qui viennent à l’aumônerie.
Un souvenir marquant de votre enfance
Vers l’âge de 10-11 ans, j’ai chanté pour la première fois dans la chorale de l’église, ce qui m’a fait découvrir la joie du chant et la beauté de la liturgie. Cette expérience a nourri ma foi et marqué le début de mon engagement spirituel. J’ai commencé à aller régulièrement à l’église. Je devais me lever tôt le dimanche matin. Une fois, mon père a demandé à ma mère pourquoi je partais si tôt à l’église et elle lui a répondu en plaisantant que j’avais les clefs de l’église.
Votre moment préféré de la journée ou de la semaine
Chaque jour est un don de Dieu. C’est pourquoi je n’ai pas de préférence particulière pour le matin ou le soir ni pour un jour précis de la semaine. Pour moi, chaque instant est précieux et porteur de sens, car il est offert par Dieu. « Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. » (1 Thessaloniciens 5, 18)
Votre principal trait de caractère
Je dirais que je suis polyvalente, créative, flexible, inspirée, ouverte à la nouveauté.
Votre livre préféré
La 25e Heure, de Constantin Virgil Gheorghiu.
Une personne qui vous inspire
Mes parents ont été des exemples de vie pour moi : ma mère Sofia par sa persévérance et mon père Constantin par sa sagesse.
Constanţa Golovatiuc
• Constanţa Golovatiuc est originaire de Roumanie.
• Elle est arrivée en Suisse en 2007 pour étudier.
• Elle a fait un master en théologie, avec un accent particulier sur la liturgie.
• Elle a également fait des études en lettres, mass-médias et communication et en didactique universitaire.
• Cette passionnée de langues et de culture aime les voyages, les livres et les plantes.
Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin
Des livres
Une chance pour vos talents – Vivre le coaching dans l’Eglise Ludovic Lécuru
Ce livre s’adresse à toute personne en responsabilité dans l’Eglise (prélats, curés, vicaires, religieux, diacres, laïcs) engagée dans la transmission de la foi, la santé, l’éducation, l’enseignement, la communication, la conversion pastorale. Le coaching est un mot qui n’est ni latin ni français. Défini par la Société française de coaching comme « l’accompagnement, limité dans le temps, de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leur savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnels », celui-ci peut tout à fait aider à mieux vivre individuellement et collectivement la mission de l’Eglise, en favorisant le développement des talents et de pratiques plus adaptées.
De la peur à la paix, de la paix à l’audace : voilà le chemin que nous fait emprunter toute vraie rencontre personnelle avec Dieu. La vie, si bonne malgré ses difficultés, si belle dans sa diversité et sa multiplicité en dépit des tragédies, nous interpelle et nous convie. Voici un livre qui vous armera d’espérance, qui vous réconciliera avec le réel et qui vous montrera une voie de liberté. Des perles de sagesse à méditer aux moments douloureux comme aux heures heureuses.
« Comme il y a un or du temps, il y a un or du caractère, c’est l’attention. » Mieux qu’une démonstration, Robert Redeker opte pour une expérience, celle de l’attention, par laquelle son intériorité se dévoile à l’homme. Contre le mensonge de la réduction de l’homme à sa seule extériorité, se dresse le fait de l’attention spirituelle. Elle atteste l’existence de ce que notre siècle a cru devoir renier : la vérité, l’intériorité, l’âme, Dieu, l’homme, la beauté et la bonté.
Un livre sonore pour apprendre aux enfants de jolis bénédicités, ou comment exprimer leur joie et leur gratitude avant ou après le repas. A la fois visuel, tactile et auditif, ce livre sonore plaira dès l’âge d’un an, grâce aux mélodies faciles à retenir et chantées par des enfants. Par ses illustrations tendres et colorées, il participe à l’éveil à la foi. Rapidement, l’enfant connaîtra par cœur plusieurs bénédicités connus qui l’accompagneront durant toute l’enfance.
Il était une fois un roi, qui avait trois fils. Le roi prenait de l’âge et souhaitait mettre les jeunes princes à l’épreuve. Il voulait que le plus sage d’entre eux hérite de son royaume.
Il appela donc ses trois fils et leur dit : « Voici une pièce d’argent pour chacun de vous. Achetez de quoi remplir entièrement la salle du trône, d’ici ce soir. »
L’ainé parti et passa près d’un champ où on moissonnait. La paille trainait inutilisée, le fils du roi se dit : « Avec cette paille inutile, je remplirai sans problème la salle du trône. » Avec les ouvriers, il transporta les bottes de paille jusqu’au château, mails ils ne parvinrent à remplir la salle que jusqu’à mi-hauteur.
Un peu plus tard, le deuxième fils rentra, accompagné de marchands qui conduisaient de lourds chars tirés par des bœufs. Arrivés dans la cour du château, ils déchargèrent une multitude de sacs étonnamment légers : le prince avait l’intention de remplir la salle du trône de plumes. Pendant plusieurs heures, les marchands et les serviteurs vidèrent les sacs : les dernières plumes touchaient les lustres pendus au plafond. Le deuxième fils se tourna vers son père, triomphant : « Tu peux me donner le pouvoir du royaume. Il n’est pas encore le soir, mais j’ai déjà rempli la salle. »
Son père répondit : « Ce n’est pas encore le soir, et il reste de l’espace dans cette salle. J’attendrai encore. »
Enfin, à la nuit tombée, le plus jeune fils revint. Il se plaça au centre de la salle du trône, que l’on venait de vider de ses plumes. Le jeune homme posa une bougie sur le sol et l’alluma. Sa lueur éclairait la salle jusque dans les moindres recoins. Le père dit alors : « Toi, tu seras mon héritier. Tes frères ont dépensé leur pièce d’argent pour remplir la salle avec des choses inutiles. Mais toi, il ne t’a même pas fallu une pièce pour la remplir de lumière. Et tu as choisi pour cela la chose dont les gens ont le plus besoin. »
Le Synode lancé par le pape François pour apprendre à faire Eglise autrement s’est poursuivi sous Léon XIV. D’ailleurs, l’équipe du Secrétariat en charge des Synodes a rencontré le Pontife nouvellement élu dans les premiers jours de son ministère officiel. Pour bien montrer qu’il y aura continuité. Car c’est dans la durée, et la persévérance, que les fruits, dont les semences ont été plantées par François, germeront.
De notre côté en Région, nous avons lancé l’idée des Tables du Partage en 2025 : après le 13 février – les paroissien.ne.s venu.e.s à Chêne ont pu donner leur avis sur la vie ecclésiale locale –, le 27 mai – toujours à Chêne et cette fois, pour répondre par une Lettre à l’évêque sur sa propre Lettre du Carême 2025 – et le 9 octobre, sur le bénévolat ou, mieux, les bénévoles –, nous réitérons pour le 17 février 2026 dès 18h toujours à Chêne, sur le thème : confession, réconciliation, relecture de vie.
L’EP se réjouit d’organiser et d’animer ces soirées qui nous permettent de nous rencontrer autrement et de partager nos idées, nos envies, nos déceptions, nos attentes… Même si on entend encore parfois la critique, non, Monsieur le curé en titre ne décide pas tout seul de l’orientation de la pastorale régionale…
Certes, ce sont les mêmes qui viennent, pourrait-on conclure. Pour nous, ce sont celles et ceux qui ont envie de faire Eglise autrement et d’avancer malgré tout.
Oui, c’est peu productif dans le fond (remarque entendue…). Pour nous, c’est VOUS donner l’occasion de vous exprimer, notamment pour qu’on ne nous dise plus que nous ne sommes pas écouté.e.s, entendu.e.s, compris.e.s. Et vous donner l’occasion de NOUS exprimer, écouter, entendre et comprendre, à nous, l’EP installée officiellement le 16 novembre 2025.
L’un des challenges de la dernière Table était, pour celles et ceux présent.e.s, de prendre contact avec une personne de l’assemblée dominicale qu’elle ne connaît pas, pour s’intéresser à elle et se faire mieux connaître elle-même d’un ou d’une autre. Alors, défi relevé ?
Devenir adulte dans la foi ne consiste pas, comme le rappelait l’Evangile du 12 décembre, à rester coincé dans ses frustrations et ses contradictions – « on joue de la flûte et vous ne dansez pas, on joue des lamentations et vous ne pleurez pas ! » – mais bien à se réjouir de ce qui est – la réalité est toujours plus tenace que l’idée, voire l’idéologie – et d’oser sortir de ses ornières. La sobriété de Jean le Baptiste fit qu’on le traita de fou ; le bon-vivant qu’était Jésus provoqua l’insulte, « glouton et ivrogne » et ami des pécheurs…
La Table du Partage se veut aussi un moment convivial : raclette, crêpes, ragoût sont aussi des occasions pour « compagnoner », partager son pain (et plus !). Sans parler, à chaque fois, de l’efficacité et la discrétion des bénévoles en cuisine et au service. Tiens, faire Eglise autrement, et si c’était aussi comme ça !
Par Sylvie Vasey Photos : F. Monnin, Frère Nicolas-Jean Porret
Les messes Rorate, célébrées avant la fin de la nuit, éclairées à la seule lueur des bougies, portent en elles quelque chose de mystérieux : un esprit de veille, de silence habité, alors que le monde dort encore.
La tradition du petit-déjeuner monastique a plus de vingt ans, née grâce à la Fraternité laïque dominicaine, qui en a longtemps assuré la responsabilité. Aujourd’hui encore, dominicains ou non, les bénévoles mettent la main à la pâte, heureux d’être réunis pour une même mission de service fraternel.
La veille, les tables sont dressées pour être accueillantes : assiettes, tasses, couverts, confitures, sucre, serviettes de couleur et, bien sûr, les bougies. Et déjà, la joie du moment qui approche se fait sentir.
Après le réveil, bien avant l’aube, certains vont chercher le pain. D’autres illuminent l’église. Les uns coulent le café, coupent le pain, disposent beurre et crème à café. Enfin, il y a ceux qui assurent une surveillance de chaque instant : avec toutes ces bougies…
Peu avant 6 heures, l’église resplendit, portée par la lumière douce et dansante des lumignons. C’est comme irréel, si beau, qu’on en a le souffle coupé. Les premiers paroissiens arrivent en silence. Et la messe commence, recueillie et profonde.
A son terme, les paroissiens sont invités à descendre dans la salle apprêtée. Les bénévoles sourient, servent, accompagnent. Une douce musique accompagne discrètement le petit-déjeuner, qui se prend en silence.
A 7 heures 30, l’aube pointe. Les paroissiens reprennent leur journée. En paix.
Et nous, bénévoles de l’aurore, nous asseyons enfin, pour partager notre petit-déjeuner. On rit, on souffle, on savoure. Mission accomplie. Notre disponibilité, jointe à celle de ceux qui prennent ensuite le relais pour la vaisselle et les rangements, aura offert à la communauté un moment unique de calme, de fraternité et de lumière. Un aperçu, peut-être, de celle qui, un jour, surgit dans la merveilleuse Nuit de Bethléem. Rendez-vous en décembre 2026 !
Le dimanche 23 novembre dès 17 heures, l’église St-Jo est plongée dans la pénombre où ne luisent que quelques spots amenés pour la circonstance : Jean Winiger va dialoguer avec la pensée et les écrits de Maurice Zundel, sur le lieu même où, jeune vicaire (1919-1925), Maurice Zundel a commencé sa vie de prêtre.
Une centaine de personnes s’est déplacée malgré le temps plus que maussade ; l’étincellement des propos et de la réflexion de Zundel, mis intelligemment en scène par Lorianne Cherpilllod, se révèle dans le jeu de ce comédien romand qui incarne les grands – Rousseau, de Gaulle, Charles de Foucauld…
Une heure et demie après, l’on ressort avec de la substance pour réfléchir, relire, se réapproprier sa liberté de croyant.e pour laquelle Zundel, un peu avant l’heure, avait plaidé à temps et à contretemps.
Un extrait de la tirade finale : « Révélations nouvelles, horizons inattendus ! » Joie d’exister ! Zundel, quand tu dis « Un regard de toi m’entretient davantage que toute la sagesse du monde », tu me parles de Julia (ndlr. ex-compagne du comédien), Quand tu dis « La volupté, le jardin interdit où il serait si bon de se détendre, si ce n’était défendu », tu me rends libre sans tabous. Je pourrais espérer aimer encore quand tu dis « La tendresse, l’affleurement mystérieux d’une Présence infinie ». Quand tu dis « Dans le silence où l’âme se recueille résonne une voix plus forte que toutes les voix de la terre », je peux concevoir un monde sans horreurs, massacres et génocides. Et sans guerres quand tu dis « Il n’y a pas de victoire que celle où le vaincu devient un frère ».
Le cardinal Journet est un des rares prélats catholiques à avoir laissé son nom dans la région genevoise, mais peu se souviennent du théologien engagé dont l’influence a marqué les milieux intellectuels et artistiques de son époque. A l’occasion du cinquantenaire de sa mort, l’historien Philippe Chenaux a réparé cet oubli en publiant une biographie.
Par Myriam Bettens Photos : Wikimedia Commons, Myriam Bettens
« Vous m’avez fait aimer le cardinal Journet… mais avec quelques précautions », glisse un auditeur avec un demi-sourire. Philippe Chenaux admet volontiers que « l’ecclésiologie du cardinal Journet est quelque peu datée, néanmoins son regard sur les questions sociales reste une source d’inspiration plus que pertinente ». Le professeur émérite d’histoire de l’Eglise moderne et contemporaine à l’Université pontificale du Latran est venu présenter, mi-novembre, à l’église du Sacré-Cœur, le livre qu’il a consacré au prélat genevois.
« Charles Journet a été, avec son ami le philosophe Jacques Maritain, et dans la fidélité à leur maître commun, saint Thomas d’Aquin, l’une des grandes voix de la résistance intellectuelle et spirituelle au totalitarisme et de la lutte contre l’antisémitisme. » L’historien déplore toutefois que l’œuvre du théologien soit si méconnue. Cependant, un « héritage journétien » inattendu demeure perceptible dans la succession des évêques du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), ses successeurs étant, pour la plupart, ses disciples. Cela perpétue « une lignée thomiste », suppose Philippe Chenaux.
Par ses travaux antérieurs, le professeur émérite a été amené à intervenir plusieurs fois sur la pensée et l’œuvre de Charles Journet. Il a décidé d’en faire une synthèse en forme de biographie intellectuelle et politique. Pour brosser le portrait de cette figure genevoise de premier plan, l’historien s’est appuyé sur diverses sources, incluant les archives privées du cardinal ainsi que les diocésaines et vaticanes ; ses écrits, qui représentent « vingt-et-un volumes, dont douze sont parus ! » ; d’abondantes correspondances, notamment avec son ami Maritain ; et des témoignages de ceux qui l’ont connu.
Une conférence dense, qui a mis en lumière la voix souvent discordante du futur cardinal Journet face aux totalitarismes (fascisme, nazisme, communisme), dans un climat politique et religieux préférant caresser les belligérants dans le sens du poil. Car l’abbé n’entendait pas se laisser museler par la censure, pas même celle de son évêque, avec qui il aura maille à partir. Philippe Chenaux évoque son indéfectible engagement pour faire disparaître tout antijudaïsme dans le christianisme, son influence lors du Concile Vatican II ou son rôle moins connu de défenseur de l’art moderne sacré.
Cet homme d’une extraordinaire érudition, spécialiste de l’ecclésiologie, notamment à travers son chef-d’œuvre, L’Eglise du Verbe incarné, considérait que « la vocation du théologien n’est pas seulement d’approfondir la science de la foi, elle est aussi de témoigner de cette doctrine dans les affaires du monde afin de rendre celui-ci […] plus conforme aux valeurs de l’Evangile ». Son engagement dans l’histoire de son temps traduit sa conception du rôle de théologien, car pour reprendre ses propres termes, « au principe de ce témoignage, il y a la certitude proprement chrétienne que notre monde est digne d’amour ».
Philippe Chenaux, Charles Journet, un théologien engagé dans les combats de son temps, Editions Desclée de Brouwer, Paris, 2025, 336 p.
Philippe Chenaux avec la couverture de son livre en arrière-plan.
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