Le crépuscule des dieux

Woke, voilà un terme en vogue ! Utilisé à toutes les sauces, on ne parvient toutefois pas si bien à le définir, si ce n’est qu’il a une connotation plutôt péjorative. A bien y regarder, il ressemble étrangement à un puritanisme… sans théologie.

Par Myriam Bettens | Photos : AdobeStock, Unsplash, DR

Force est de constater que si ce mot n’est pas celui de l’année, il est au moins celui de ces dernières années. Le terme woke désigne en anglais le fait d’être éveillé, conscient et en alerte face aux inégalités. Plus que toute autre occurrence issue du vocabulaire identitaire, ce terme décrit bien les affrontements politiques et culturels entre une gauche « progressiste » et une droite « conservatrice ». Outre l’aspect politique patent que ce terme revêt, les détracteurs de la « culture woke » – à la fois pour dénoncer et mettre en garde contre son importation sous nos cieux – ont tendance à recourir au lexique religieux dans leur critique. De la simple comparaison jusqu’à, parfois, l’assimilation.

La paresse intellectuelle comme vertu

L’utilisation de l’analogie religieuse comme outil d’analyse de faits sociaux dans le registre des sciences humaines et sociales n’est pas nouvelle. Déjà en 1941, le philosophe et sociologue français Raymond Aron proposait l’expression de « religion séculière »1. Mais on peut se demander si, ici, l’analogie religieuse est propre à nous aider à saisir le phénomène du wokisme en lui-même. Or, dans un essai sur les limites de l’analogie religieuse2, la sociologue française Nathalie Heinich pointait le risque d’un tel procédé, qui, « par un effet d’aspiration, tire vers « le religieux » tout ce qui, de près ou de loin, y ressemble, sans que ne soit jamais discutée la pertinence d’une telle assimilation ».

Pour reprendre ses termes, « l’effet d’aspiration » produit une certaine paresse intellectuelle. Dans ce cas précis, le wokisme n’est plus analysé pour lui-même, mais uniquement par le prisme du religieux. Cette comparaison induit aussi un transfert des attributs de la religion – renvoyant l’image d’un christianisme dans sa version la plus fondamentaliste – au mouvement woke. L’intolérance, le refus du dialogue, le fanatisme ou encore le dogmatisme deviennent alors des qualificatifs de la culture woke. En outre, cette analogie a pour conséquence d’inciter à penser qu’il existe une unité, une vision, voire un programme au sein du wokisme, alors qu’il demeure tout au plus un mouvement.

Dans sa diversité, le wokisme demeure tout au plus un mouvement.

Une rhétorique de saturation

Ce qui devrait rester un outil au service d’une démonstration en devient la fin et « le problème avec l’analogie religieuse n’est pas qu’elle soit fausse, mais bien qu’elle ne soit jamais fausse »3. Les caractéristiques apparentées au religieux de la culture woke – moins pour comparer que pour dénoncer – et son assimilation à une nouvelle religion sont toujours opérées sur le mode de l’évidence. L’exemple le plus emblématique se trouve dans La religion woke 4 de Jean-François Braunstein. Les militants « prêchent », leurs actions sont « des rites » et ils sont conduits par un ensemble de « textes sacrés » regroupés en « missels ». C’est ce procédé rhétorique de saturation du texte au moyen du lexique religieux qui finit par conférer à la culture woke sa dimension religieuse ! Par contre, aucune trace du pourquoi le wokisme serait une religion. Le Mystère se trouve peut-être là… 

Il est vrai que la sémantique invite à franchir le pas par son appellation même. Le terme woke [ndlr. éveillé] évoque les vagues de Réveil religieux qui ont marqué toute l’histoire des Etats-Unis depuis le XVIIIe siècle. Si l’éveil peut être une caractéristique de la religion, celle-ci n’en a pas l’exclusivité. Rappelons le philosophe Kant se félicitant d’avoir été « réveillé de son sommeil dogmatique » par son homologue écossais Hume, ou encore les thèses conspirationnistes reprenant à leur compte la thématique de l’éveil. Si un rapprochement semble tout à fait légitime, une assimilation ne l’est en revanche pas.

La couverture du numéro de mai 2019 du magazine Valeurs actuelles, assimilant les revendications féministes à une « inquisition ».

Une « quasi-religion » civile

Dans une longue analyse5 réalisée pour l’Institut Religioscope de Fribourg, l’historien Olivier Moos avance qu’« un certain nombre d’auteurs ont utilisé le modèle du Great Awakening [ndlr. Grand Réveil] pour analyser le phénomène woke à la manière d’un surgissement culturel et révolutionnaire, comme l’émergence d’une nouvelle « religion civile », ou encore la manifestation d’un post-protestantisme débarrassé de sa théologie ». Il souligne que « le wokisme fonctionne à la manière d’un système de croyances, mais n’est pas pour autant une religion. […] Une partie des idées et des attitudes adoptées par les militances progressistes reproduisent des croyances et des comportements que l’on observe plus couramment dans certains groupes religieux fondamentalistes ». 

Il cite l’obsession de la pureté et du péché, la certitude de jouir d’une infaillibilité morale, la condamnation de l’hérésie ou encore l’autorité indiscutable des écritures. Le wokisme, tout comme les systèmes religieux, offre à ses adeptes un système interprétatif de la société, avec ses normes, ses valeurs et ses dogmes. « Ayant émergé dans un univers culturel profondément influencé par le protestantisme, il n’est pas surprenant que de nombreuses valeurs et pratiques woke puissent reproduire, inconsciemment, des éléments de cet héritage. Cependant, les intellectuels de cette mouvance revendiquent de produire du savoir et de l’expertise, et non du spirituel. » En d’autres termes, il manque au wokisme sa dimension proprement métaphysique. 

Eveil et crépuscule

Le chercheur fribourgeois reconnaît que « tant les comportements des activismes qu’une partie du corpus de la Social Justice prêtent aisément le flanc à une analogie religieuse » en transférant la sensibilité morale du protestantisme dans le champ politique « alors que le cadrage métaphysique s’est étiolé ». Cela a « entraîné non seulement une moralisation de la politique, mais aussi une érosion de la frontière entre cette dernière et le religieux ». Il déplore l’absence de « garde-fous théologiques » dans ce mouvement. A l’image d’un « corpus théologique, qui se serait construit à travers des siècles d’affinage et de conciles, procurant ainsi un cadre normatif à des notions de justice, de péché ou de rédemption. Ces idées, libérées de leur cadre et réintroduites dans une religiosité révolutionnaire, risquent l’emballement ». Le Royaume des Cieux ne demeurerait alors plus que l’ambition d’établir en ce monde une société parfaitement égalitaire, « quels qu’en soient les coûts ».

1 Raymond Aron, L’avenir des religions séculières, in Raymond Aron, Une histoire du XXe siècle. Une anthologie, Paris, Plon, 1996.
2 Nathalie Heinich, Des limites de l’analogie religieuse, Archives de sciences sociales des religions, n° 158, 2012, pp. 157-177.
3 Eric Maigret, Du mythe au culte… ou de Charybde en Scylla ? Le problème de l’importation des concepts religieux dans l’étude des publics des médias, in Philippe Le Guern (dir.), Les cultes médiatiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002, pp. 97-110.
4 Jean-François Braunstein, La religion woke, Paris, Grasset, 2022.
5 Olivier Moos, The Great Awokening : réveil militant, justice sociale et religion, sur www.religion.info/2020/12/31/great-awokening-reveil-militant-justice-sociale-et-religion

Le militantisme en faveur de la justice sociale était historiquement porté par les communautés religieuses avant d’être recyclé par le giron politique.

Il est dix foi(s)

Cette année, les Rendez-vous Cinéma IL EST UNE FOI de l’Eglise catholique romaine de Genève fêtent dix ans d’existence. Pour célébrer cet anniversaire, le festival invite les spectateurs à explorer le thème de la beauté, du 30 avril au 4 mai, aux Cinémas du Grütli.

Andrej Tarkovski rendra hommage à son père lors d’un spectacle multimodal unique en son genre.

Par Myriam Bettens | Photos : DR

« La beauté comme principe de vie exclut toute utilisation de celle-ci comme outil de tromperie ou de domination. Car ceci est la laideur même, le mal », écrit François Cheng dans Cinq méditations sur la Beauté. Beauté et vérité sont donc intimement liées et contiennent, en germe, un chemin spirituel authentique. Elle renvoie donc autant à une réalité physique qu’à un ailleurs qui la transcende. Or, les réflexions sur la beauté peuvent sembler un exercice difficile à accomplir, car la dimension subjective passe pour être la règle.

Les Rendez-vous Cinéma IL EST UNE FOI de l’Eglise catholique romaine à Genève tenteront de l’explorer dans sa dimension physique, mais aussi immatérielle, afin de mieux comprendre les défis liés à sa quête. « La question est cruciale, tant la beauté est liée avec le désir et le goût de vivre. »

La beauté comme principe de vie

« Dans un monde où le beau est souvent réduit à l’aspect esthétique, à la surface et à l’apparence, la 10e édition des Rendez-vous Cinéma de l’ECR braque le projecteur sur l’expérience spirituelle qui jaillit de la rencontre avec la Beauté. » Vingt films et dix débats au programme de cette 10e édition, déclinés sous plusieurs angles afin de mieux saisir comment s’incarne le concept souvent abstrait de beauté.

Une première escale mènera dans le monde de l’art, « véhicule par excellence de l’absolu », où il sera question de retranscription du sacré à travers la peinture d’icônes, de poésie ou encore de musique pouvant mener à la transcendance. Le parcours se poursuivra au travers de la beauté qui se révèle dans la nature avec la thématique du réenchantement du monde, à la capacité à être touché par l’harmonie et la simplicité du quotidien, en passant par le bouleversement occasionné par la rencontre solennelle avec le cycle de la vie et de la mort. D’autres expressions, parfois surprenantes, de la beauté sont à découvrir durant ce festival.

Un contenu éthique profond

La clôture de cette édition anniversaire se tiendra, le dimanche 4 mai, au Conservatoire de musique de Genève avec un spectacle multimodal d’Andrej Tarkovsky « d’un contenu éthique profond ». Ce concert rendra hommage à son père, le cinéaste russe Andreï Tarkovsky. La performance du Duo Gazzana alternera entre lectures, avec l’acteur Samuel Labarthe comme récitant, et pièces musicales inspirées des films du metteur en scène disparu. Des projections vidéo comprenant des scènes des films Andreï Tarkovsky ainsi que des images inédites et des documents issus des archives familiales
feront partie intégrante de la représentation.

La beauté s’affiche

L’affiche de cette 10e édition a choisi l’artichaut pour représenter la beauté intérieure, « comme le cœur d’un artichaut. Elle demande d’aller au-delà des premières impressions pour découvrir ce qui se cache sous la surface ». Représenté en porcelaine blanche pour ajouter une dimension de pureté et de finesse, le rebord des feuilles est souligné d’un liseré doré pour rappeler l’art du kintsugi japonais. Cette technique consiste à réparer les pièces en céramique brisées en appliquant de l’or sur les cassures de l’objet. Cet art illustre que « la fragilité et les cicatrices font partie de l’histoire d’un objet » et que « la beauté ne réside pas seulement dans la perfection ». Plus d’informations sur ilestunefoi.ch

Eveillés avec le Ressuscité (Romains 13, 11-14)

Le terme « éveillé » (woke en anglais) est l’un des verbes utilisés pour évoquer la résurrection du Christ, peinte ici par Raphaël.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

Figurez-vous que le terme « éveillé » (woke en anglais) est l’un des verbes utilisés pour évoquer la résurrection du Christ, à côté de « se lever » (Marc 16, 9, anistemi, qui donne le prénom « Anastasie »). Jésus-Christ « s’est éveillé d’entre les morts » (Matthieu 28, 6-7, egeirô, au parfait egregoreka, que nous retrouvons dans « Grégoire »).

Puisque nous participons de la résurrection du Christ depuis notre baptême, nous avons toutes et tous à nous éveiller de notre sommeil et à nous lever. C’est ce à quoi nous exhorte Paul dans la parénèse (exhortation) au terme de sa lettre aux Romains, dans laquelle il compare le baptême à une mise au tombeau et un relèvement vers la vie (6, 1-11) : « L’heure est venue de vous arracher du sommeil, la nuit est avancée, le jour est arrivé. » (Romains 13, 11a.12a)

Il s’agit donc pour nous toutes et tous de vivre en éveillé(e)s et en illuminé(e)s, peu importe notre position par rapport à ladite idéologie woke. « Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière », précise l’apôtre des nations (13, 12b).

Au fond, évoluer en chrétiens, c’est nous revêtir du Seigneur Jésus-Christ comme on passe un habit (blanc, pascal) et nous débarrasser des convoitises de la chair (13, 14). C’est nous conduire comme il convient en plein jour, en totale dignité, sans disputes ni jalousies, sans débauche ni luxure, sans orgies ni ripailles (13, 13).

Quels que soient la couleur de notre peau, notre genre, notre orientation sexuelle, notre appartenance raciale, notre parti politique, le Ressuscité nous invite tous et toutes sans exception à le suivre sur les chemins de la vie et de la vérité. « Eveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts et sur toi luira le Christ », ajoute Paul dans une autre de ses grandes épîtres (Ephésiens 5, 14b). 

Comportons-nous donc en fils et filles de lumière, en portant des fruits de bonté, de justice et d’authenticité. Discernons ce qui plaît au Seigneur. Ne prenons plus aucune part aux œuvres stériles des ténèbres, qui se commettent en cachette. Ou plutôt dénonçons-les pour mener une existence dans la sagesse et la raison. Tirons parti de la période présente, examinons la volonté du Seigneur, gardons la persévérance. A tout propos, chantons des psaumes, des hymnes et des cantiques, louons le Seigneur et rendons-lui grâce (Ephésiens 5, 8-20) !

Réveil des consciences

Par Thierry Schelling
Photo : unsplash

Woke. A l’origine, ce terme veut dénoncer les inégalités sociales et raciales dont souffre la population afro-américaine ; débordant les USA, il a suscité des réactions en Europe et dans l’Eglise de Rome. Et son premier réflexe, plutôt conservateur, est d’y amalgamer une autre question de société : la théorie du genre, rejetée comme dommageable à la société, à la famille et aux dogmes bibliques sur la différence des sexes : « Aujourd’hui, dit le Pape, le plus affreux danger est l’idéologie du genre, qui efface les différences. » Donne-t-il de l’eau au moulin des Traditionnalistes d’Ecône qui n’hésitent pas à le décrire comme « un Pape woke » ?

Pour un jésuite, cette dénonciation est peu… ignatienne car saint Ignace forme ses adeptes à « trouver Dieu en toute chose »… On peut être déçu, dès lors, du glissement du terme vers le domaine hautement hot de la sexualité humaine. Et ce d’autant plus que la crise monumentale des abus dans ses rangs a fait perdre à l’Eglise toute crédibilité en la matière. Quant aux problèmes sociétaux, l’Eglise a encore de quoi dénoncer.

Wake up !

Tout récemment (février 2025), écrivant aux évêques étasuniens à la suite de l’investiture de D. Trump, le Pape rappelle que « tous les fidèles chrétiens et les personnes de bonne volonté sont appelés à considérer la légitimité des normes et des politiques publiques à la lumière de la dignité de la personne et de ses droits fondamentaux, et non l’inverse ». Certes, réagissant aux mesures de déportation de migrants, le Pape continue : « Les chrétiens savent très bien que ce n’est qu’en affirmant l’infinie dignité de tous que notre identité de personnes et de communautés atteint sa maturité. » Ainsi, il exhorte à un réveil des consciences contre toute forme de discrimination en raison de ses origines et/ou statut sociétal, rappelant qu’« un authentique état de droit se vérifie précisément dans le traitement digne que toutes les personnes méritent, en particulier les plus pauvres et les plus marginalisés. » Non, Monsieur La Fontaine, « la raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure » !

La résilience spirituelle au garde à vous

En juin 2024, la Fribourgeoise Nida Errahmen Ajmi a concrétisé un rêve en accédant à la fonction de capitaine-aumônier. Elle devient ainsi la première femme de confession musulmane à occuper cette fonction dans l’armée suisse.

Par Myriam Bettens | Photos :Jean-Claude Gadmer

Aujourd’hui, vous êtes capitaine-aumônier, qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre les rangs de l’armée, puis de l’aumônerie ?
Cela s’est fait en deux temps. J’ai d’abord rejoint l’armée en tant que soldat du train. Beaucoup de recrues éprouvent des tensions dues au travail d’adaptation qu’il faut fournir en début de service. Je les ai aussi ressenties, mais ne savais pas vers qui me tourner. Ma lieutenant a su me conseiller, puis j’ai découvert qu’il existait une aumônerie. En 2019, j’ai réalisé que je serais certainement plus utile dans les rangs de l’aumônerie, de par ma sensibilité au spirituel, le fait d’être Romande et femme. Malgré cela, j’ai dû attendre de pouvoir me former théologiquement, mais aussi une évolution structurelle de l’armée. La postulation n’était ouverte alors qu’aux aspirants des deux Eglises officielles. En plus, le seul insigne existant était la croix.

Le règlement de l’armée stipule que la liberté de foi et de conscience est garantie, mais que son exercice ne doit pas interférer avec le reste. Qu’est-ce que cela implique concrètement ?
L’armée est une institution qui forme à la défense. Nous sommes en temps de paix, mais la crise peut arriver à tout moment, comme cela a été le cas avec le Covid. Pour cette raison, la mission doit primer sur tout le reste. En pratique, une recrue pour qui la participation à la messe est importante ne souhaitera peut-être pas être de garde le dimanche. Quant aux militaires musulmans, les questions peuvent porter sur la manière d’accomplir les cinq prières quotidiennes ou le Ramadan. Nous cherchons avec eux comment exercer leur foi sans entraver la bonne marche du service. Par ailleurs, lorsque certaines pratiques sont rigides au point de la mettre en péril, nous devons aussi questionner la « compatibilité » de la recrue avec le service militaire. C’est rare, mais cela arrive.

Le Conseil fédéral souhaite introduire une journée d’information obligatoire pour les femmes à l’armée. La démarche vise à faire progresser « l’égalité des chances »…
J’ai une certaine réserve par rapport à ce discours-là. La démarche est louable, mais ce n’est pas, à mon sens, par l’armée que l’égalité va progresser dans le monde civil. Pour cela, la Confédération devrait investir d’autres domaines, tels que la maternité et le marché de l’emploi. Le manque crée le besoin et, ce n’est pas un secret, l’armée est en recherche d’effectifs. Maintenant, ce n’est pas une mauvaise chose, car cela signifie qu’il faut faire de la place pour les femmes et leur fournir des services appropriés. Ensuite, le savoir-faire acquis à l’armée peut souvent s’exporter dans le civil.

Une étude publiée en octobre 2024 par la Confédération montre que les femmes souffrent encore de discrimination à l’armée. Comment changer cette « culture d’entreprise » ?
Rien d’étonnant dans ce rapport. L’institution militaire et ses structures sont formées de personnes qui viennent du civil en important leurs conceptions. Tant qu’il y aura de la discrimination dans le civil, il y en aura aussi à l’armée. Cependant, elle prône une politique de tolérance zéro à cet égard. Elle est efficace jusqu’à un certain point, car il subsiste malgré tout des tensions invisibles. C’est là que les aumôniers trouvent leur place. Par la foi qui les habite, ils peuvent apporter une certaine lumière et ce quelque chose permet d’apaiser, de déjouer l’invisible… par l’invisible.

Bio express

Nida Errahmen Ajmi a grandi à Fribourg. Suissesse d’origine tunisienne, elle est titulaire d’un Bachelor en sciences de l’information et de la communication de l’Université de Neuchâtel et d’un master en sciences des religions à l’Université de Fribourg. Responsable de la communication pour ATD Quart Monde, elle est aussi coordinatrice de la formation « Pratiquer l’accompagnement spirituel musulman dans les institutions publiques » et collabore avec le Centre Suisse Islam et Société (CSIS) sur un projet concernant la diversité et l’orientation des jeunes musulmans en Suisse.

Nida Errahmen Ajmi a grandi à Fribourg.

Statue de la Vierge à l’Enfant, église Notre-Dame de la Prévôté, Moutier, Jura

Il se dégage de la statue une forme de douceur et de simplicité.

Par Amandine Beffa | Photo : Jean-Claude Gadmer

L’église Notre-Dame de la Prévôté a été construite entre 1963 et 1967. C’est l’architecte bâlois Herman Baur qui est chargé de sa réalisation. Il a figuré parmi les sociétaires du Groupe Saint-Luc. Il n’est donc pas étonnant qu’il pense l’édifice comme une œuvre d’art totale. Le bâtiment n’est pas uniquement fonctionnel, mais sa construction a une portée symbolique. Elle indique la direction du ciel, invitant à s’élever, à dépasser le visible.

Sous la tribune d’orgue se trouve une statue de la Vierge Marie. Elle a été réalisée par le sculpteur tessinois Pierino Selmoni. Ce n’est pas la première collaboration de l’artiste avec Herman Baur. 

Contrairement à ce qui était parfois pratiqué au dix-neuvième siècle, la sculpture n’a pas été choisie sur catalogue. Elle a été pensée en lien avec l’architecture du lieu. Selmoni est sensible au dialogue entre matière et lumière. Le contraste des formes avec le reste de l’édifice n’est pas un hasard. Marie est tout en rondeur sous la tribune aux lignes si prononcées. La couleur chaude de la pierre ressort face au gris du béton. Il se dégage de la statue une forme de douceur et de simplicité. Des caractéristiques que nous attribuons généralement à la Mère de Dieu. Si l’œuvre est figurative, on décèle des influences cubistes. Le courant est marqué par des inspirations venues du continent africain. On peut penser à certaines sculptures de femmes. La maternité est un des thèmes de prédilection du sculpteur. 

Contrairement aux représentations auxquelles nous pouvons être habitués, l’Enfant n’est pas présenté face au visiteur. Il semble installé sur les genoux de sa mère, la tête relevée vers son visage. Nous ne sommes ni dans l’abstraction, ni dans le réel. L’espace des bras et du cœur est large, comme s’il y avait de la place pour plus d’un enfant. Comme s’il y avait de la place pour chacun de nous.


L’agroforesterie en Suisse

Par Pierre Guillemin | Photo : DR

L’agroforesterie combine les pratiques agricoles et forestières. Cette méthode de culture offre des avantages multiples : la diversification des cultures, l’amélioration de la biodiversité et une meilleure résilience face aux changements climatiques. 

En Suisse, où les paysages sont variés, l’agroforesterie permet d’optimiser l’utilisation des terres tout en préservant l’environnement. Cette forme d’utilisation des terres est en fait connue depuis des siècles, sous la forme des pâturages boisés jurassiens, des châtaigneraies au Tessin ou des vergers haute-tige classiques qui façonnent le paysage agricole en de nombreux endroits. 

En incluant des haies, des bandes boisées, des arbres intégrés aux cultures et aux pâturages, les systèmes agroforestiers contribuent à la protection des sols contre l’érosion, en améliorent la fertilité, et offrent des habitats pour la faune. Par exemple, lorsque l’on mesure la biomasse (c’est-à-dire la masse totale d’organismes vivants comme les plantes, les animaux, les champignons, les bactéries, dans un lieu déterminé à un moment donné) par hectare de systèmes agroforestiers, on observe une augmentation significative de cette densité de biomasse par rapport à des processus de cultures et d’élevages plus « classiques ». 

La Confédération helvétique inclut l’agroforesterie dans ses réflexions de la future politique agricole et alimentaire de la Suisse. Un rapport publié en juillet 2024 conclut : « L’agroforesterie contribue grandement à la résilience de l’agriculture et à son respect de l’environnement. Elle représente par conséquent un pas important dans la transition vers une agriculture plus durable. »

Si l’agroforesterie en Suisse trouve un écho favorable, ce n’est pas nouveau pour nous, chrétiens. Sainte Thérèse de Lisieux nous rappelait dans son Cantique de Céline :

[…] J’aimais les champs de blé, la plaine
J’aimais la colline lointaine
Oh ! Dans ma joie je respirais à peine
En moissonnant avec mes sœurs
Les fleurs.
J’aimais à cueillir les herbettes
Les bluets… toutes les fleurettes
Je trouvais le parfum des violettes
Et surtout celui des coucous
Bien doux…
J’aimais la pâquerette blanche
Les promenades du dimanche
Les petits oiseaux chantant sur la branche
Et l’azur toujours radieux
Des Cieux. […]

La vie en chantant…

Evelyne Mettraux à côté de son lectionnaire grégorien.

« Mes parents m’ont dit que j’avais chanté avant d’avoir su parler ! », relève Evelyne Mettraux. Ce qui est certain, c’est que cette paroissienne d’Echallens qui a aujourd’hui 86 ans, chante depuis plus de 70 ans. Toute sa vie tourne autour de la musique… Notre entretien sera d’ailleurs ponctué de quelques chants fredonnés avec bonheur !

Texte et photos par Véronique Benz

Le léger accent d’Evelyne Mettraux trahit son origine jurassienne, même si par mariage elle l’est aussi (de Villars-le-Terroir). « J’ai toujours baigné dans la musique, je fais partie d’une famille de musiciens et de chanteurs. Mes grands-parents faisaient de la musique, mon papa instituteur était chef de chœur, ma maman chantait des opérettes », avoue Evelyne Mettraux. Depuis 1957, elle participe souvent à la Semaine romande de musique et de liturgie à Saint-Maurice. C’est d’ailleurs lors d’une de ces rencontres qui ne s’appelaient pas encore ainsi, qu’elle fait la connaissance de Gabriel, son époux. « J’ai rencontré mon mari en 1957, à Saint-Maurice. C’était la première fois que la Semaine romande de musique et de liturgie se faisait là, car avant, elle avait lieu à Estavayer-le-Lac. »

Elle se marie en 1960 à La Neuveville. Evelyne Mettraux a fait partie du chœur du théâtre de Mézière, de celui d’Echallens que son mari dirigeait. « Quand on chante les deux, il faut quelqu’un à la maison. Heureusement, j’avais ma belle-mère qui a cessé de chanter pour venir garder mes enfants. »

En 1989, son époux décède subitement. « A peine mon mari était-il enterré que l’on me demandait de reprendre la direction de la chorale. Je n’avais jamais dirigé, mais j’étais musicienne. Dans ma vie, il n’y a que la musique ! », relève Evelyne Mettraux.

Preuve de cette affirmation, le magnifique lectionnaire grégorien qui est déposé sur un lutrin près de la cheminée. Evelyne Mettraux tourne délicatement les pages et entonne quelques notes.

En me montrant le piano trois-quarts de queue qui trône dans le salon, elle se remémore avec nostalgie les cours qu’elle a donnés. « J’ai enseigné le piano durant de nombreuses années. » Parmi la kyrielle d’élèves qu’elle a eue, elle se souvient de Jean-David Waeber « qui brille » en Valais et de Damien Savoy. « Je les ai eus petits, je suis fière de ce qu’ils sont devenus », avoue-t-elle avec un brin d’admiration dans la voix.

Evelyne Mettraux a encore des contacts avec certains de ses anciens élèves. Elle évoque un élève qui avait composé des morceaux de musique durant la maladie de sa maman. Lors de la célébration de ses funérailles, il les a joués à l’orgue. « C’était émouvant ! »

Elle est heureuse de chanter le dimanche à la messe. Parfois, elle remplace la directrice. Les chorales sont pour Evelyne Mettraux une seconde famille. « J’ai toujours chanté et je chante encore. Ce soir, j’ai répétition ! »

Tous les vendredis matin, Evelyne participe à la messe à Echallens. « Je fais la sacristine, la lectrice et l’animatrice chantre. Je vais également porter la communion. Il y a des personnes âgées qui comptent sur moi, notamment une ancienne chanteuse qui a 96 ans. Nous chantons ensemble. Je dois m’accrocher de temps en temps : elle dérape…», dit-elle en souriant. « Chanter est la plus belle chose que nous puissions faire. En chantant, on ne voit pas passer les années ! »

Piano trois-quarts de queue trônant dans le salon d’Evelyne Mettraux.

Un souvenir marquant
J’ai été très émue de reprendre la direction du chœur que dirigeait mon mari, après son décès. Lorsque je me suis retrouvée pour la première fois devant les chanteurs, j’avais l’impression de ne pas avoir d’habits. J’étais intimidée, mais ils m’ont fait confiance. 

Vos moments préférés de la semaine
J’aime aller le mardi à la répétition.
J’apprécie aussi le mercredi à midi lorsque toute ma famille vient manger à la maison. 

Votre principal trait de caractère
Je suis assez gaie. La musique, ça apporte tout. 

Une musique que vous avez particulièrement aimée
J’apprécie particulièrement le grégorien. 
Mais dans une vie de chant, il y a une quantité de pièces de musique que l’on aime.

Une personne qui vous inspire
De nombreuses personnes m’ont inspirée, dont mon mari qui avait une forte personnalité, Robert Mermoud chef de chœur et compositeur et les jeunes chefs de chœur fribourgeois. 

Une prière que vous aimez
La prière d’abandon de Charles de Foucauld.

Evelyne Mettraux

• Née en 1939, aux Pommerats (Saignelégier). 
Elle a grandi en Ajoie.

• Après une maturité commerciale, elle travaille pour l’entreprise Corbat à Vendlincourt, qui a réalisé des poutres pour la restauration de Notre-Dame de Paris.

• Veuve, elle a trois enfants, cinq petites-filles et deux arrière-petits-fils.

• Elle fut professeure de piano et directrice du chœur de la paroisse d’Echallens de 1989 à 2014.

• Elle chante tous les jours et fait encore partie du chœur d’Echallens.

En librairie – avril 2025

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Un homme libre peut-il croire en Dieu ?
Charles Pépin

Charles Pépin pose des questions essentielles dans ce petit livre lumineux ! La foi est-elle un choix ? Si l’on est instinctivement tenté de penser que l’athéisme ne peut être que la seule condition de la liberté, est-ce que ce ne serait finalement pas le fait de croire en Dieu qui témoignerait le plus de notre libre-arbitre ? Ou bien la liberté de l’homme ne résiderait-elle pas justement dans le fait de douter aussi bien de l’existence de Dieu que de son inexistence ?

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Libres propos sur l’Eglise
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Dans un dialogue sans concession, parfois mordant, Mgr David Macaire, archevêque de Fort-de-France et Christian Venard, ancien aumônier militaire, tentent de dessiner les contours de l’Eglise de demain. Il résulte de leur rencontre un échange libre, franc et sans détour. Ce face-à-face est l’occasion de cerner les conditions d’exercice de leurs différents ministères, comme la mission des laïcs dans l’Eglise. Plus largement, tous les phénomènes récents y sont évoqués : qu’il s’agisse du nombre croissant de prêtres ou d’évêques en burn-out, de la diminution des vocations comme de la nette augmentation du nombre de ceux, issus de tous milieux, qui se tournent vers l’Eglise en aspirant au sacré et à se rapprocher de Dieu.

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Saint Damien de Molokaï
Vivier Jean-François et Salvo

Cette bande dessinée brosse le portrait de Frère Damien qui était un jeune Belge qui partit en mission à Hawaï à seulement 24 ans. Après plusieurs années à évangéliser une partie de « La grande île », une mission particulière lui fut proposée : se rendre sur l’île de Molokaï pour assurer une présence chrétienne aux côtés des malades de la lèpre. En effet, une épidémie se propageait depuis plusieurs années et les malheureux malades étaient exclus de la société et abandonnés sur cette île. Ce qui devait n’être qu’une mission temporaire dura plus de quinze ans, jusqu’à ce que la maladie emporte Damien lui-même. Entre-temps, le monde entier s’était ému et passionné pour cet homme qui avait poussé la charité jusqu’à vivre au milieu des malades.

Editions Plein Vent

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Prendre soin de son âme avec les premiers chrétiens

Aux premiers siècles du christianisme, des hommes et des femmes se sont retirés dans le désert. Nourries par une pratique de la méditation, du silence et de la contemplation, leurs paroles résonnent encore aujourd’hui. Parmi ces premiers chrétiens, d’autres ont cherché, comme saint Augustin, à décrire au plus près les élans qui traversaient leur âme. Ils nous offrent des guides au quotidien pour lire et découvrir en nous des potentialités insoupçonnées. En fin d’ouvrage, un carnet invite chacun, quel que soit son chemin, à poursuivre la méditation sur ces sagesses universelles.

Editions J’ai lu

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Pour commander

Croire – donner son cœur

Par l’abbé Paul Martone
Photo : unsplash

Dans un ancien catéchisme, à la question de savoir ce que signifie « croire », on peut lire : « Croire, c’est tenir fermement pour vrai ce que Dieu nous a révélé et ce que l’Eglise nous apprend à croire. » Cette réponse est loin d’être fausse aujourd’hui encore, seulement, une telle foi est-elle utile et solide ? Je pense que croire est plus que tenir fermement quelque chose pour vrai, même si je n’en suis pas moi-même convaincu à 100 %.

Lorsque je crois quelqu’un, je lui donne mon cœur, car le mot latin « credere » (croire) est dérivé de « cor dare » (donner son cœur). Il en résulte que la foi est d’abord une relation personnelle. Je fais confiance à quelqu’un que j’aime. C’est la foi en un Toi que nous appelons Dieu. La foi n’est donc pas d’abord l’adhésion à des vérités de foi, mais une relation personnelle et confiante avec Dieu. Le pape Benoît a dit à juste titre dans une homélie : « Ce en quoi nous croyons est important, mais celui en qui nous croyons est encore plus important. » Si je crois en Dieu, je peux lui confier toute ma vie. Je peux lui donner mon cœur, car Dieu n’a pas seulement ouvert son propre cœur pour nous depuis longtemps, mais il nous l’a offert. Je peux compter sur lui face à toutes les épreuves, entre ses mains mon cœur est bien gardé. Dieu, je crois et c’est pourquoi je te donne mon cœur.

Une proposition…

… Pour que la faim ne soit plus un paradoxe

Alors que d’après un rapport des Nations Unies de 2022 plus de 828 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, la sécurité alimentaire reste un défi crucial pour l’avenir de l’humanité. Cette table ronde propose une réflexion approfondie sur les enjeux du droit à l’alimentation, en intégrant des perspectives globales et locales. 

La Campagne œcuménique de Carême organise une table ronde autour du « paradoxe de la faim », le mercredi 2 avril à 18h30 à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), Chemin Eugène-Rigot 2, 1202 Genève.

Cette table ronde explorera notamment :

– Le droit à l’alimentation comme droit humain fondamental et les obligations des Etats pour garantir ce droit, avec l’expertise de Christophe Golay, Senior Research Fellow à l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains à Genève.

– L’agroécologie comme solution durable face aux défis alimentaires et climatiques, avec un focus sur la République démocratique du Congo, présenté par Germain Nyembo Kasendue. Il est économiste spécialisé en agriculture, Coordinateur des programmes d’Action de carême en République Démocratique du Congo.

– La discussion mettra en lumière des initiatives concrètes, des solutions durables et des synergies possibles entre différents acteurs pour garantir un avenir où chacun aura accès à une alimentation suffisante, saine et durable.

… Pour « écouter » sainte Thérèse

Spectacle musical, Sainte-Thérèse : Ma petite voix, autour des textes de sainte Thérèse, écrit, interprété et mis en scène par Mathilde Lemaire.

Le jeudi 3 avril à 20h à l’église Sainte-Thérèse. Durée 1h20

Ce spectacle musical fait suite à la sortie en mars 2017 chez le Label ADF-Bayard d’un album autour de 13 poèmes de sainte Thérèse de Lisieux, interprétés par la chanteuse Mathilde Lemaire et le pianiste Bertrand Lemaire.

Ce spectacle propose plusieurs chants de l’album en fil rouge avec d’autres œuvres de variété et sacrées de compositeurs français contemporains de Thérèse (Fauré, Gounod, Saint-Saëns, etc.), des chants en partage avec le public, des lectures de poèmes et des anecdotes sur la vie de Thérèse Martin. Un diaporama de photo illustratif et quelques surprises musicales et visuelles seront aussi proposées.

Credo: tu ne crois pas si bien dire!

« Dis-moi comment tu crois, je te dirai qui est ton Dieu. » Une façon d’inviter la foule de demandeurs de sacrements – appelés catéchumènes – à exprimer leur propre credo tout en décortiquant les deux officiels, celui de Nicée-Constantinople et le Symbole des Apôtres. Et leur relecture ne corrobore pas toujours la doctrine officielle. Mais les comprend-on vraiment bien dans le détail ?

Par Thierry Schelling | Photos : DR

Ils seraient 150 credo parmi les Eglises historiques mais c’est le Grand 1 Credo appelé « de Nicée-Constantinople » dont toutes fêtent, en 2025, les 1700 ans de profession solennelle. Cette pluralité a toujours été de mise dans l’histoire de l’Eglise et les Ecritures nous révèlent des traits étonnants sur les premières professions de foi !

Evangiles

Dans les Evangiles, les premiers à croire en Jésus comme Fils de Dieu sont… les mauvais esprits ! (cf. Mc 1, 24 ; Lc 4, 34) Intéressant. Chez Matthieu, le diable se joue même de cette appellation : « Si tu es Fils de Dieu. » (cf. Mt 4, 3.5) Jésus et Satan à part égale ?

Puis arrivent ce que d’aucuns appellent « les païens » et, parmi eux, les pires ennemis des Juifs de l’époque : les Romains ! « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu », dit le centurion au pied de la Croix (cf. Mt 27, 54). Un Romain, donc, comme ce centenier au serviteur malade (cf. Mt 8 5ss). Pareil pour les Samaritains qui tiennent une bonne place dans l’art de professer leur foi en Jésus Messie et Fils de Dieu (cf. le splendide dialogue entre Jésus et la Samaritaine, ch. 4 de Jean).

Enfin, pour en rajouter une couche, les nombreux malades guéris par Jésus l’invoquent comme « Seigneur » : lépreux, épileptiques, possédés et… des femmes connotées « pécheresses » (cf. Lc 7, 36ss) ou étrangères (Syro-phénicienne, cf. Mc 7, 24-30).

En résumé, les premiers à professer la divinité du Christ ne sont pas ses disciples ni ses pères (sa famille le traite de fou !) ni ses pairs (Barabbas est préféré au « roi des Juifs »…), mais des parias dont le credo est repris dans les Ecritures !

Paul

Quelques années avant la parution des évangiles, Paul a déjà réfléchi, mûri, réécrit pour ainsi dire son credo juif à l’aune de l’événement Jésus-Christ. Cela nous vaut de splendides pages dans ses Lettres où il décline Jésus en de multiples articles de foi : nouvel Adam ; unique médiateur entre Dieu et les hommes sans égard de leurs origines, langues, cultures ; image du Dieu invisible, etc. Sans parler de la Lettre aux Hébreux qui explicite le passage du Messie juif au Sauveur universel.

Ce foisonnement permet-il aux Evangélistes de transmettre la foi en Jésus Fils de Dieu émise par des gens hors sérail aux générations futures sans un tri ? Comme le dit de lui Albert Schweitzer, « Paul est le protecteur de l’intelligence dans le christianisme ». Et cette intelligence est polymorphe et évolutive. C’est aussi un effet de la Pentecôte, cet éclatement de l’ethnocentrisme vers l’universalité transculturelle de la Bonne Nouvelle. D’où la pluralité des récits de déclamation de la nouvelle foi, peut-être…

Premiers credo

Si les credo abondent, les « hérésies » pullulent également, non sans raison : articuler intellectuellement, et avec les catégories philosophiques de l’époque, l’Incarnation du Dieu invisible en un homme bien visible, peut bien susciter des volumes théologiques à la qualité variable, qui résultent parfois même en des conflits déstabilisateurs d’une ville, d’une région… Et les politiques sont conscients du danger d’insécurité. Dès lors, un empereur, Constantin Ier, convoque le premier concile de l’Eglise, en 325, à Nicée, pour décider d’un dogme commun pour tous les chrétiens d’Occident comme d’Orient ; et c’est un autre empereur, Théodose, qui convoque à Constantinople en 381, le deuxième concile, pour compléter l’affirmation théologique sur l’Incarnation de Dieu en Jésus. L’orthodoxie au service de l’ordre, en quelque sorte. Et de nouveau l’aspect évolutif : on comprend de mieux en mieux, mais lentement…

C’est ainsi que le Credo dit de Nicée-Constantinople, devient l’unique credo fédérateur des Eglises officielles. Il est rappelé dans chaque concile qui suivra. Il servira d’outil d’excommunication des erronés qui s’entêtent à ne pas vouloir changer leurs opinions. Mais il permettra aussi aux catéchumènes de travailler et d’adhérer à une foi aux articles explicites. 

D’ailleurs, l’essor des chrétiens – favorisé par l’édit de Thessalonique (380) qui proclame le christianisme nicéen comme unique religion d’Etat – va diversifier le mode de confesser sa foi en inventant, par exemple, le questions-réponses (« Crois-tu en Dieu le Père… ? ») après le rejet du Menteur, pour le baptême. L’accent est mis sur la démarche personnelle : l’emploi du je va d’ailleurs même remplacer le « Nous croyons… » des origines dans le Grand Credo. 

L’autre credo, le court appelé Symbole des Apôtres et qui serait un produit de Rome du IIe siècle, n’en est pas pour autant ignoré ; il devient – après la séparation Catholiques-Orthodoxes (1054) – l’apanage de l’Occident papal, côte à côte avec Nicée-Constantinople… L’ère œcuménique (débutée fin du XIXe siècle) verra le Grand s’universaliser et être utilisé dans les contrées slaves et latines (portugaise, hispanophone, italienne…) alors que l’usage du Symbole va plutôt dominer dans la Francophonie et les terres germaniques et anglophones – allez savoir pourquoi.

Aggiornamento

Assez surprenant, les scissions ecclésiales – Occident et Orient, Réforme et Contre-Réforme, etc. – n’ont pas amoindri la primauté du Grand. Même si d’aucuns appellent à l’amender ou à le récrire 2. Tout comme le Notre Père a été modifié il y a quelques années, des expressions comme « consubstantiel », « engendré non pas créé », ou l’emploi de mots comme « personnes » ou « substance » pour la Trinité, appartiennent à une époque philosophique révolue aujourd’hui ; de fait, ces mots peuvent même prêter à confusion : trois personnes est-il égal à trois divinités du coup ?

Un exemple récent pour illustrer cela : Paul VI, le 30 juin 1968, prononce son credo du Peuple de Dieu pour clore la solennelle Année de la foi. Il rappelle à l’audience du mercredi 30 octobre de la même année, qu’il ne s’agit pas de modifier le Credo, mais de le récrire pour continuer à le rendre toujours plus accessible – l’esprit du concile Vatican II souffle encore…

En conclusion, un (ou deux) credo(s) officiel(s) a/ont été réalisé(s) grâce à la réflexion de dissidents théologiques et pastoraux. Si jadis on les éliminait, aujourd’hui, on a tout à gagner à les écouter : ces « hérétiques » ont une parcelle de vérité s’ils sont bienveillants dans leur démarche. Et qui possède la vérité pleine ? « Je suis la vérité », a dit le Christ, et pas « J’ai la vérité, la voici lyophilisée ! ». D’ailleurs, l’étymologie du mot « hérésie » est celle de « choix, préférence, inclination ». Oui, la foi est aussi une question d’inclination… Qui plus est, accueillir la part de mécréance en moi ne permet-il pas de… mieux croire ?

1 Dans le sens de « plus long » que le Symbole des Apôtres.
2 Cf. https://www.hoegger.org/article/commemorer-le-concile-de-nicee-le-debut-dun-nouveau-depart/ (consulté le 21 janvier 2025).

Constantin (à droite) a convoqué le concile de Nicée en 325. Théodose (à gauche) convoquera celui de Constantinople en 381.

Symbole des Apôtres

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur ; 
qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie, 
a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ;
le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints,
à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.
Amen.

Grand Credo : symbole de Nicée-Constantinople

Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant,
créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible,
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé, consubstantiel au Père ;
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ;
Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;
il a parlé par les prophètes.
Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.
Amen.

Le prix de l’indignation

Les événements meurtriers sont en augmentation en occident selon les chiffres de la Global Terrorism Database (GTD).

Le nombre d’événements violents à visée politique ou idéologique est en augmentation dans le monde depuis plusieurs années. Lors d’une conférence au Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC), le criminologue Ahmed Ajil a tenté de décortiquer les mécanismes à l’œuvre dans le processus de radicalisation vers la violence.  

Ahmed Ajil.

Par Myriam Bettens | Photos : GTD, DR

Voiture-béliers, attaques à l’arme blanche, fusillades… Ces événements meurtriers sont en augmentation en occident selon les chiffres de la Global Terrorism Database (GTD), une banque de données recensant tous les faits de terrorisme dans le monde de 1970 à 2020. Ces actes meurtriers sont souvent menés sous couvert de justification religieuse ou idéologique, mais qu’est-ce qui pousse ces individus à la radicalisation vers la violence ?

Cette interrogation a fait l’objet des recherches d’Ahmed Ajil, docteur en criminologie à l’Université de Lausanne. Pour essayer de décortiquer les mécanismes qui mènent à la violence, il est allé à la rencontre de djihadistes, d’anciens d’Al-Qaïda, mais aussi de simples militants, en Suisse, au Canada et au Liban. Il était l’invité, courant février, du Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) pour une conférence publique dans le cadre de la formation Divers-Cités, qui a pour but de « renforcer les compétences en médiation et en communication interculturelle, essentielles pour des interactions respectueuses et avisées dans des contextes de pluralité religieuse ».

Du positif dans la radicalité

« Le sujet est complexe, il faut donc garder certaines nuances », lance d’emblée Ahmed Ajil. Le conférencier, aussi chercheur à l’Université de Lausanne et spécialiste des questions de contre-terrorisme, de radicalisation et des violences politico-idéologiques en lien avec le monde arabe, affirme encore : « La radicalisation est un phénomène positif. La société a besoin de radicaux, car c’est souvent ces personnes qui changent le cours de l’histoire. Ce qui est problématique, c’est lorsqu’on instrumentalise une cause pour des intérêts idiosyncratiques ». Ses recherches de terrain ont démontré « le profond sentiment d’injustice » à la racine de toute mobilisation. Cette dernière passe par trois phases clés : l’identification, l’appropriation et la responsabilisation face à cette injustice. Toutefois, Ahmed Ajil décrit l’engagement vers la violence comme une étape ultérieure à celle de la mobilisation, qui requiert des facteurs additionnels de types contextuels, une disponibilité biographique et un « certain goût pour la radicalité ».

La religion ne fait pas tout

Pour le criminologue, la religion joue, certes, un rôle dans le passage à la violence. Elle apporte aux acteurs de ces violences un lexique religieux de légitimation, une identité et une mémoire collective, ainsi qu’une sacralisation des actes commis. Or, Ahmed Ajil souligne la dialectique constante entre le domaine politique et le religieux. D’ailleurs, il déplore une tendance à séparer ces deux pôles pour ne prendre en compte que le facteur religieux, alors que l’aspect politique est souvent le déclencheur de toute mobilisation. Egalement actif dans la recherche sur le contre-terrorisme, le conférencier estime aussi que cette lutte se focalise trop sur la prévention de l’acte lui-même. « On va chercher des signaux faibles d’une radicalisation potentielle et les personnes ou les groupes le plus facilement associés avec ces phénomènes-là [les communautés musulmanes, ndlr.] payent le prix d’un «  surplus de sécurité  » ». De plus, « cela réduit l’espace pour l’expression de l’indignation. Les gens ne s’engagent plus, car dès que l’on se mobilise dans un registre politique – avec en plus une identité musulmane – cela devient suspect. »

«Fais grandir notre foi» (Marc 9, 24)

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

Les 1700 ans du Credo de Nicée pourraient nous donner l’impression que notre foi est bien assurée. Nous la proclamons tous les samedis-dimanches. Nous sommes ainsi portés par la Tradition de l’Eglise et par la communion des saints. Cela nous fait du bien. C’est l’une des belles raisons de participer à l’eucharistie dominicale.

Car malgré tout, nos convictions demeurent fragiles et soumises aux coups de boutoir de l’indifférence ambiante, de la routine communautaire, des doutes individuels. Nous pouvons dès lors nous appuyer sur le cheminement des apôtres qui, malgré la présence parmi eux du Fils de Dieu, ne manquent pas de continuer de s’indigner lorsque le Christ annonce par trois fois sa Passion.

Et nous sommes invités à nous placer à côté de ces personnages de l’Evangile qui s’approchent du Fils de l’homme, car ils mettent leur confiance en lui et en sa capacité de libérer l’être humain de toutes ses entraves.

Tel ce père qui, depuis la foule, interpelle le Maître et lui présente le cas de son fils (Marc 9, 14-29) : possédé par un esprit muet, celui-ci est jeté à terre, il écume et grince des dents, il devient raide quand le démon le saisit. Les disciples n’ont pas réussi à l’expulser et le Rabbi les rabroue à cause de leur incrédulité.

Lorsque le papa amène l’enfant captif de ce mal depuis l’enfance, il avance avec précaution : « Si tu peux nous venir en aide et nous prendre en pitié. » « Rien n’est impossible à celui qui croit », réplique Jésus. Et alors l’homme prononce cette phrase que nous sommes tous à même de prendre à notre compte : « Je crois, Seigneur, mais viens en aide à ma foi. »

C’est la seule chose que Dieu nous demande : l’humilité et la prière. Devant l’attitude respectueuse et croyante du père, le Fils de Dieu menace l’esprit impur, le fait sortir de l’enfant et relève le petit.

Notre foi chancelante suffit, pourvu qu’elle s’adresse à la Trinité sainte et qu’elle s’accompagne d’une supplication confiante. Elle est capable de ce fait de nous arracher au mal et de nous mettre debout. Chantons-le régulièrement : « Seigneur, nous croyons en toi, fais grandir ma foi. »

Des credo et des conciles

Paul VI, en 1968, a écrit son propre credo. Il n’est pas le seul Pape à avoir procédé de la sorte.

Par Thierry Schelling | Photo : DR

Conciles

Ce n’est pas le Pape ou le patriarche de Constantinople qui ont décidé du Credo chrétien, mais bien les Empereurs Constantin et Théodose, en convoquant les évêques d’alors à Nicée (325) et Constantinople (381). Affaire politique, donc ? Pas uniquement, mais aussi, tant le christianisme d’Etat – dès le IVe siècle – devient stabilisateur de paix dans les Empires d’Occident et d’Orient. Oui mais : pourquoi répéter cette charte voulue par des chefs d’Etat dans nos Eglises et jusqu’à aujourd’hui ?

Rome

Certes, le « Symbole des Apôtres » – le court – précède historiquement celui de Nicée-Constantinople – le Grand – qui ne va s’imposer en liturgie qu’à partir du Ve siècle et par la volonté du Patriarche… d’Antioche, coopté aussitôt par Alexandrie et Constantinople. Mais à Rome, « fa come i Romani », dit le proverbe, et le pape Vigile (535-555) remplace le Grand avec le court. Le « Symbole » se réfugie en Irlande chez les moines et 300 ans plus tard, sous Charlemagne, c’est le « grand » qui prédomine à nouveau sur le continent.

Benoît VIII

Comme on n’apprécie guère la disparité en liturgie occidentale, Teofilato de Tuscolo alias Benoît VIII, décrète que tous les diocèses d’Europe de l’ouest adoptent le Grand Credo, et chanté de surcroît, à la messe – avec le Filioque. Enfin à l’unisson, Orient et Occident professent la même foi – à quelques mots près.

D’un arbre à deux branches…

… à la forêt ! Avec la Réforme, la forme du Credo s’est ramifiée en plusieurs « Confessions » : d’Augsbourg, les 67 articles de Zwingli, les dix Thèses de Bâle, la Première Confession de Bâle, etc.

Et même Rome s’y est mise : Paul VI, en 1968, écrit son credo ; Jean-Paul II et Benoît XVI expliquèrent au cours des Catéchèses du mercredi le Credo en de multiples « capsules » théologiques pratiques car concises ; jusqu’au credo du pape François paru en 2020. Un magistère en développement, en somme…


Ancrés dans l’espérance

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Romuald Babey, représentant de l’évêque à Neuchâtel, est l’auteur de cette carte blanche.

Par Romuald Babey, représentant de l’évêque à Neuchâtel
Photos : cath.ch, unsplash

Dernièrement, je suis allé voir la pièce de théâtre La visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt, au théâtre populaire romand à La Chaux-de-Fonds. Vous avez peut-être lu cette pièce en allemand Der Besuch der alten Dame quand vous étiez au lycée ou vous ne la connaissez pas. La pièce se déroule au XXe siècle à Güllen, ville fictive en Suisse. Une vielle dame revient dans sa ville des années après l’avoir quittée. J’ai été frappé par l’absence de pardon de part et d’autre dans la pièce. La vengeance calculée occupe une place importante. On peut bien sûr comprendre la volonté de la vieille dame d’obtenir justice après avoir été abandonnée, enceinte, par son amant. Fallait-il néanmoins exiger des habitants de Güllen la mort d’un des leurs en contrepartie des millions et des millions de francs que la commune allait recevoir ?

Il n’y a pas d’espoir et encore moins d’espérance dont nous avons tant besoin.

« L’espérance, c’est quelqu’un qui t’attend », selon une définition du pape Benoît XVI.

En cette année du Jubilé, avec le slogan Pèlerins d’espérance, nous pouvons nous ancrer sur le Christ, notre espérance. Quand Jésus nous demande : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-Je ? » Et si nous pouvons répondre comme Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 15-16) alors nous sommes sûrs que Jésus peut être notre ancre dans toutes les situations de notre vie. S’ancrer en Christ donne du sens à notre vie et nous pourrons reconnaître que Jésus est la résurrection et la vie lorsqu’il nous pose la question comme à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; […]. Crois-tu cela ? » (Jn 11, 25-26)

« Nous devons garder allumée la flamme de l’espérance qui nous a été donnée et tout faire pour que chacun retrouve la force et la certitude de regarder l’avenir avec un esprit ouvert, un cœur confiant et une intelligence clairvoyante. » 1

1 Lettre du pape François à Mgr Rino Fisichella (président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation) pour le Jubilé 2025, Rome, Saint Jean-de-Latran, 11 février 2022.

Jeux, jeunes et humour – avril 2025

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Recevoir la bénédiction de quelqu’un pour quelque chose
Recevoir un acquiescement, une approbation

La bénédiction est la grâce, la faveur accordée par Dieu à l’humanité. Elle est gratuite et imméritée, fruit de sa générosité et signe de son amour. Si aujourd’hui, l’humanité est capable de bénir, c’est d’abord parce qu’elle est elle-même bénie d’être capable de reconnaître l’œuvre de Dieu ! En son sens déployé, « recevoir la bénédiction de quelqu’un pour quelque chose » signifie que l’on a reçu un assentiment, une autorisation. 

Je t’ai béni ! Cette expression peut avoir deux significations. Au sens premier elle veut dire que l’on donne son accord à quelqu’un. Au sens second, elle peut vouloir dire sa désapprobation, voire la malédiction légère que l’on appelle sur quelqu’un…

Par Véronique Benz

Humour

Toto arrive en classe et interroge l’institutrice : « Maîtresse, maîtresse est-ce que je peux être puni pour quelque chose que je n’ai pas fait ? » 

La maîtresse lui répond : « Mais bien sûr que non ! On ne va pas te punir pour quelque chose que tu n’as pas fait, voyons ! » 

Toto est soulagé : « Ouf, j’ai eu peur, parce que je n’ai vraiment pas fait mes devoirs ! »

Par Calixte Dubosson

 Vitraux de Jacques Cesa, église Saint-Joseph, Rossens 

Vitraux de l’Ascension (à gauche) et de la Pentecôte (à droite).

Par Amandine Beffa | Photos : Jean-Claude Gadmer

Si l’église de Rossens a été construite en 1874, c’est en 1985 qu’ont été installés 13 vitraux de l’artiste gruérien Jacques Cesa. 

Quatre baies forment un cycle sur le mystère pascal. La particularité est d’avoir lié les thématiques avec les quatre éléments : Crucifixion – Eau ; Résurrection – Terre ; Ascension – Air ; Pentecôte – Feu.

Traditionnellement, les quatre éléments décrivent ensemble la totalité de l’univers. Il existe des représentations anciennes de la présence des quatre éléments au pied de la Croix. Ils symbolisent la douleur de toute la Création à la mort du Christ. 

1. Eau – Crucifixion
Saint Jean écrit dans la Passion : « Mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. » (Jean 19, 34)
L’eau est présente dans les rites catholiques, c’est l’eau du baptême : symbole de mort et de vie.

2. Terre – Résurrection
Dans le contexte de la Résurrection, la terre évoque le tombeau. Matthieu mentionne explicitement l’élément terrestre : « Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. » (Matthieu 28, 2)

3. Air – Ascension
Nous lisons dans les Actes des Apôtres : « Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. » (Actes 1, 9)
L’air évoque aussi la douce présence de Dieu qui ne s’impose pas. Elie rencontre Dieu ni dans l’ouragan, ni dans le feu, ni dans le tremblement de terre, mais dans le murmure du silence (1 Rois 19, 11 – 12). 

4. Feu – Pentecôte
Il s’agit probablement du lien le plus évident : « Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. » (Actes 2, 3)
Le feu, symbole de la Puissance de Dieu, c’est aussi un des modes de présence du Saint-Esprit.

L’émission Passe-moi les Jumelles avait consacré un reportage à Jacques Cesa, accessible sur PlayRTS.


Horace Bénédict de Saussure, naturaliste suisse

A Chamonix, la statue du guide Jacques Balmat indiquant le sommet du Mont Blanc à Horace Bénédict de Saussure.

Par Pierre Guillemin | Photo : DR

Horace Bénédict de Saussure (1740-1799) est un scientifique, naturaliste, géologue et alpiniste suisse, connu pour ses contributions pionnières dans plusieurs domaines scientifiques. Né à Conches, près de Genève, chrétien convaincu par la beauté de la Nature, il étudie à l’Académie de Genève, où il se spécialise dans les sciences naturelles, avant de devenir, à seulement 23 ans, professeur dans cette même Académie.

Il est totalement un homme des Lumières refusant le « trop spéculatif » et cherchant par les moyens de la raison scientifique à comprendre la Nature, en particulier la géologie des montagnes, et à s’émerveiller de la Nature et de la Création au travers de ses nombreuses publications et livres.

Saussure est très connu pour ses travaux et observations en géologie. Il a mené des études approfondies sur les Alpes, leurs constitutions et leurs caractéristiques physiques et chimiques. Son ouvrage majeur, les Voyages dans les Alpes, publié en plusieurs volumes entre 1779 et 1796, est une référence dans le domaine. Il y décrit de manière détaillée la géologie, la botanique et la météorologie des régions alpines, posant les bases de l’étude scientifique des montagnes et des éléments les composant. D’un point de vue scientifique, sa théorie visionnaire sur les « refoulements horizontaux » qui ont provoqué la formation des Alpes, établit les fondements de la tectonique des plaques qui ne sera formalisée et décrite qu’au XXe siècle.

Outre ses contributions à la géologie, Saussure est également célèbre pour avoir inventé plusieurs instruments scientifiques toujours utilisés de nos jours, comme l’hygromètre, utilisé pour mesurer l’humidité de l’air, l’héliothermomètre ancêtre du capteur solaire moderne, l’anémomètre qui mesure la vitesse du vent. Ces instruments scientifiques, il les a inventés parce qu’il en avait tout simplement besoin pour réaliser ses études scientifiques, notamment dans l’étude de la formation des montagnes, des roches mais aussi les variations de pression en fonction de l’altitude.

Passionné par l’exploration alpine, il joue un rôle clé dans la conquête du Mont Blanc. Mais contrairement à l’idée reçue, s’il gravit effectivement les pentes de la célèbre montagne, il est le troisième homme à en avoir atteint le sommet en 1788, après avoir, stimulé par son désir de mieux comprendre la géologie de la région, offert dès 1786 une récompense à quiconque atteindrait le sommet du Mont Blanc. Cet événement marque le début de l’alpinisme moderne.

Aider les gens à prier

Philippe Marchello.

« Par sa musique, l’organiste doit élever les âmes des fidèles vers Dieu », confie Philippe Marchello. Organiste amateur passionné et passionnant, il considère que l’organiste n’est pas d’abord un musicien de concert, mais un artiste au service de la liturgie.

Par Véronique Benz | Photos : Georges Losey, DR

Après des cours de piano, Philippe Marchello poursuit ses études musicales par l’orgue. « A l’âge de 15 ans, mon maître d’apprentissage m’avait permis de prendre une demi-journée par semaine de congé pour pouvoir suivre les cours au conservatoire. J’ai grandement apprécié ce privilège. »

D’abord organiste dans son village natal de Fétigny, il est entré « par la petite porte » comme organiste à Estavayer-le-Lac. « J’ai commencé par jouer pour quelques messes, puis pour des sépultures. De fil en aiguille, je suis devenu l’organiste titulaire. » Cela fait plus de trente ans que Philippe Marchello œuvre au sein de la paroisse d’Estavayer-le-Lac. 

« Actuellement, je n’accompagne le chœur mixte Saint-Laurent plus que deux fois par mois. Il y a une baisse des célébrations, car moins de prêtres. Nous avons également constaté que c’était un engagement conséquent pour les membres vieillissants de la chorale. Le troisième dimanche, pour honorer un souhait de l’équipe pastorale, nous faisons chanter la foule, le directeur Jean-Louis Raemy comme chantre animateur et moi à l’orgue. Enfin, nous, essayons : l’assemblée ne chante que très peu ! Souvent, la quatrième messe du mois, je la joue comme soliste. »

Son activité d’indépendant permet à Philippe Marchello de se libérer facilement pour les enterrements. Les concerts, seul ou avec le chœur, parfois avec un orchestre ou d’autres musiciens, font partie de la charge de l’organiste. « Comme amateur, c’est toujours un challenge de travailler avec des musiciens professionnels. J’ai la sensation de devoir me surpasser. C’est motivant. » Etre organiste c’est aussi, selon Philippe Marchello, savoir se réinventer par la découverte de nouvelles œuvres.

L’organiste de la collégiale Saint-Laurent s’est également formé à l’improvisation au conservatoire de Fribourg dans la classe de Jean-Louis Feiertag. « L’improvisation permet à l’organiste de capter l’ambiance de l’église et de recréer le climat du moment, d’introduire ou poursuivre un chant de la chorale. Je trouve que cela devrait être une matière obligatoire. L’organiste est là pour aider les gens à prier. La musique doit élever l’âme, la conduire vers la transcendance. Lorsqu’à la fin d’une célébration, vous réalisez que, modestement, vous avez contribué à la mise en relation entre les fidèles et Dieu, c’est un véritable cadeau. » 

Une des grandes souffrances de Philippe Marchello est l’appauvrissement de la culture musicale. « Je vois le répertoire qui s’affaiblit, notamment dans les recommandations venant de la pastorale. Le souhait de la pastorale est que les chœurs chantent de moins en moins en latin. La pastorale a l’impression de suggérer des choses dans l’air du temps, plus au goût des jeunes, mais souvent cette musique est de mauvaise qualité », relève-t-il. « L’organiste peut s’appuyer sur un répertoire d’environ six siècles ayant comme base le chant grégorien. C’est tout de même rare pour un musicien. »

« Jouer de l’orgue est ma passion, mon moteur, mon quotidien… En apprentissage, à l’âge de 15 ans, je me levais déjà à 5h du matin pour jouer de l’orgue avant d’aller au travail. Cette passion ne m’a jamais quitté et j’espère qu’elle ne s’arrêtera jamais ! »

Vos moments préférés de la journée ou de la semaine
Le matin, je me réveille à 5h, je lis mon quotidien La Liberté, puis je fais mon bureau, je me mets à l’orgue pour préparer les prestations importantes et les concerts. Le soir, vers 21h, je me couche fatigué, content du devoir accompli. Le dimanche matin, à la messe, mon jeu d’orgue est le fruit du travail de la semaine. C’est gratifiant !

Quel est votre principal trait de caractère ?
Je suis perfectionniste, entier et franc. 

Un livre que vous avez particulièrement aimé
Je suis passionné d’histoire, par conséquent j’aime les romans historiques. Je lis également beaucoup de revues musicales.

Une personne qui vous inspire
Jean-Sébastien Bach. C’est pour moi un modèle qui a porté la musique à son plus haut niveau. J’apprécie son acharnement au travail, son inlassable passion pour la musique, son perfectionnisme, sa foi et son inspiration au divin.

Une prière que vous aimez
Ma prière est le « Je vous salue Marie ». J’ai une spiritualité très mariale. J’aime me mettre sous la protection de notre maman du ciel.

Philippe Marchello

• Plâtrier-peintre indépendant, il a pris la succession de son père et de son grand-père dans l’entreprise qu’ils ont fondée.
• Organiste depuis l’âge de 15 ans
• Formation au conservatoire de Fribourg, classe de Klaus Slongo
• Depuis 1993, organiste titulaire de la collégiale Saint-Laurent à Estavayer-le-Lac
• Membre de l’Abbaye Notre-Dame-du-Mont-Carmel ou Confrérie du scapulaire

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