Atelier œcuménique de théologie

Reconstruire son lego

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), mai 2021

L’Atelier œcuménique de théologie (AOT) lance sa 25e volée en septembre 2021 (voir l’annonce dans le n° du mois d’avril de Vie de l’Eglise à Genève). Sur le thème « Dieu aujourd’hui ? Entre incertitudes et confiance », le parcours de formation de l’AOT s’interroge sur la place de Dieu dans notre monde.
Rencontre avec Anne Deshusses-Raemy, responsable du Service de la formation à la mission écclésiale (ForME) de l’Eglise catholique romaine à Genève, enseignante et codirectrice catholique de l’AOT.

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL GONDRAND | PHOTO : DR

Anne Deshusses-Ramy, l’AOT ça sert à quoi ?
L’AOT c’est ouvrir le questionnement des gens. Donc, non, nous ne répondrons pas à cette question « Dieu aujourd’hui ? » mais nous la poserons et nous la reposerons pour que les participants y réfléchissent et que nous cherchions ensemble comment y répondre. La seule vérité du christianisme c’est le Christ. C’est un Dieu qui se compromet dans l’humanité, qui vient vivre avec nous, qui vient pleurer avec nous, qui vient manger avec nous, qui meurt et qui nous dit que la mort n’est pas la fin de tout puisqu’Il est vivant ! C’est pour moi la seule vérité. Cela étant, nous n’assénons pas cette vérité sur la tête des gens sous prétexte que c’est notre foi. Chacun peut y adhérer ou non. Notre objectif n’est pas de formater mais de faire théologie ensemble.

Que fait-on lorsque l’on achève le parcours de l’AOT au bout de deux ans ? Que retirent les gens qui ont passé deux ans à réfléchir sur les thèmes que leur propose l’AOT, est-ce que cela change leur vie ? Avez-vous reçu des témoignages de participants, certains ont-ils changé, choisi de nouvelles orientations ?
Presque la moitié des participants de l’AOT s’engagent ultérieurement dans des actions ecclésiales ou au service de la cité. Et comme réussite, c’est extraordinaire. Mais le but n’est pas de les contraindre à aller à la messe ou au culte…
Je ne veux pas parler à la place des participants, mais allez jeter un coup de l’œil sur le site web de l’AOT (aotge.ch), vous y trouverez des témoignages. Nous avons toutes sortes de participants, il n’y a pas de prérequis. Ils arrivent comme ils sont, avec ce qu’ils croient et ce qu’ils ne croient pas. Il y a des agnostiques, des athées, comme des traditionalistes, fondamentalistes, tous sont accueillis à l’AOT. La seule chose que l’AOT leur demande, c’est d’accepter de discuter de leurs convictions et de ne pas chercher à convaincre les autres. Tous arrivent avec des attentes différentes. Certains parce qu’ils ne comprennent rien à la Bible, parce qu’ils ont ouvert le bouquin et essayé de le lire dans l’ordre ; mais la Bible, ce n’est pas un livre, c’est une bibliothèque, et donc ça ne marche pas. Bien sûr, l’AOT transmet un savoir, c’est une formation, pas uniquement un débat. Nous recevons parfois des participants qui viennent pour être confortés dans leurs idées de la foi et qui doivent comprendre que notre formation bouscule les idées reçues, la pensée toute faite. Alors… si l’on a peur d’être bousculé…

Un exemple ?
Je vais témoigner d’une personne qui pendant les trois premiers mois de la 23e volée est rentrée chez elle en pleurant tous les lundis soir, et qui, en groupe, ne pouvait pas s’exprimer. A l’époque je me suis fait beaucoup de souci pour elle. Elle m’a répondu que je ne devais pas car elle-même commençait à comprendre pourquoi elle pleurait. Après ces premiers mois, elle est alors arrivée dans son groupe et a déclaré que jusqu’à présent, sa foi était un lego. Tout au long de sa vie elle avait construit son lego avec différentes pièces et elle s’était fabriqué son Dieu, sa foi, sa croyance, sa religion. Et l’AOT lui a cassé son lego. « Je me suis retrouvée comme une petite fille devant un jouet cassé. Et c’est pour cela que j’ai pleuré, m’a-t-elle dit. Mais maintenant je suis en train de le reconstruire, autrement ! » A la suite de sa formation, cette personne s’est engagée comme animatrice de groupe. Il s’agit de quelqu’un qui peut témoigner du fait que cette expérience a été très « bousculante » pour elle.

Faudrait-il recommander cette formation à toutes les personnes qui doutent ?
Oui, à ceux et celles qui doutent de leur foi, qui doutent de Dieu, de ce qu’ils entendent dans les Eglises, mais aussi aux personnes qui sont heureuses dans leurs paroisses et qui y trouvent beaucoup de choses. Et surtout, ce qui est extraordinaire, c’est que tout ce petit monde si différent se rencontre, s’écoute, discute, dans le respect. Nos groupes sont totalement mixtes. Nous équilibrons les âges, les sexes, les professions, les confessions.

Est-ce que cela ne fait pas un peu peur aux candidats de penser qu’ils vont devoir s’engager pour deux ans ? Ce n’est pas un séminaire de trois jours.
Oui et non. C’est un peu comme un cours de gym, quelquefois on est fatigué et on n’a pas envie d’y aller mais on se pousse et l’émulation se crée entre les participants. Il s’agit bien d’un engagement qu’on demande à chaque participant, un engagement qui peut paraître énorme au début. Et pourtant, à la fin, beaucoup sont très déçus que cela se termine.

Si je ne crois pas en Dieu, puis-je suivre cette formation ?
Bien sûr, mais il faut être prêt à écouter ce qui se dit dans cette formation et à en débattre dans le respect. Le mot « œcuménique » ne doit pas porter à confusion. Il faut l’entendre au sens d’un dialogue entre chrétiens. Il ne s’agit pas d’une formation interreligieuse.

Les participants sont-ils plutôt enclins à écouter les théologiens de leur propre confession ?
Non, ceux et celles qui suivent la formation le font aussi avec une certaine curiosité des autres confessions. Ils ont une envie de découvrir, d’apprendre. Et les enseignants apprennent aussi des autres enseignants.
La volée qui s’achève a comme thème : « Découvrir la beauté de l’autre : chemins vers Dieu ? » Depuis quelques années tous les thèmes de volée contiennent un point d’interrogation.

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