Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), octobre 2021
Le père Tran Si Tin, de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, débute en 1969 son engagement missionnaire auprès de la minorité Jraï. Il témoigne de son expérience dans les villages des Hauts Plateaux du centre du Vietnam.
PHOTOS : JOSEPH TRAN SI TIN
« […] En 1988 (j’ai été appelé à un nouveau) service : l’annonce directe de l’Evangile. Le peuple Jraï m’a enseigné non seulement son langage. Il m’a fait entrer dans l’esprit de son langage, dans sa culture tellement riche, dans sa vision du monde et de l’homme. J’ai compris que la mission ou l’évangélisation, c’est d’abord une recherche : recherche de Dieu qui demeure avec son peuple. […]
Les Jraïs m’ont appelé chez eux, dans leur village pour leur annoncer l’Evangile, mais pas en plein jour, car il est alors défendu de parler de religion en public. Je dois me rendre dans les villages avant le lever du jour. La rencontre avec les catéchumènes commence à 4h dans une famille pour finir à 5h du matin. En ce temps-là, nous n’avions que le Nouveau Testament, traduit en Jraï en 1972-1973. Nous priions donc ces textes. La vie chrétienne des Jraïs a été alimentée, solidifiée, a progressé par la Lectio Divina. On écoute la Parole de Dieu, on répète, on médite, on prie pour soi et pour les autres. Les Jraïs se sont convertis plus par la prière que par les prédications. De 1987 à 2005, j’étais le seul prêtre dans le district. Là, il m’a été donné de reconnaître le rôle important et irremplaçable des missionnaires laïcs. Certains partaient dans les villages où je ne pouvais me rendre. On m’a même dit qu’ils faisaient le travail mieux que moi. Voici des Jraïs qui évangélisent les Jraïs, dans la langue Jraï, dans la mentalité Jraï. Ces laïcs sont du peuple, dans le peuple, au milieu du peuple. »
