Celui qui rendait la santé

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

En ce mois de février, alors que nous cheminons avec l’évangéliste Marc, les lectures des deux premiers dimanches nous emmènent à la rencontre de Jésus le guérisseur, « celui qui rendait la santé », comme le dit le prêtre et théologien espagnol J. A. Pagola dans son ouvrage « Jésus – approche historique 1 » (2012). Le chapitre de son ouvrage ainsi nommé sert de base à cet article.

PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTOS : DR

Un guérisseur parmi d’autres ? – En Galilée, à l’époque de Jésus, les gens avaient rarement la possibilité de se faire soigner par un médecin. Ils avaient donc recours aux magiciens, aux exorcistes, aux guérisseurs. Jésus était l’un deux… Jésus guérit les malades, mais il se distingue des autres guérisseurs par plusieurs aspects : il ne fait pas appel à des forces invisibles et n’a pas recours à des formules magiques. Il n’emploie pas d’amulettes ou d’autres accessoires. Il ne demande pas de rétribution (171) 2. Jésus agit en prenant appui sur l’amour de Dieu qui guérit, par compassion pour ceux qui souffrent, comme on le voit en Marc 1, 41 dans la guérison du lépreux.

L’amour qui guérit. – « Soigner, c’est la manière d’aimer de Jésus » (174). Il souffre de voir le gouffre qu’il y a entre la souffrance des femmes et des hommes de son temps, enfermés dans la maladie, exclus de la société et la vie que Dieu veut pour ses enfants… Quand Jésus s’approche d’eux pour les guérir, renouveler leur confiance en Dieu et les rendre à la vie sociale, il leur montre avant tout qu’ils sont dignes d’être aimés. La thérapie de Jésus, c’est sa propre personne, son amour de la vie, son accueil chaleureux, sa capacité à communiquer sa foi en la bonté de Dieu (174).

La dignité retrouvée. – En guérissant les malades, Jésus ne leur permet pas seulement de retrouver la santé physique. Il les restaure dans leur dignité et leur permet de retrouver une place dans la société. Les « lépreux », c’est-à-dire toutes les personnes qui souffraient d’affection de la peau (167), étaient considérés comme impurs et rejetés de leur communauté. Les aveugles n’avaient pas le droit d’entrer dans le temple et les paralysés étaient condamnés à la mendicité… De plus, on considérait qu’une bonne santé et une situation enviable étaient signes de la bénédiction de Dieu. De là à voir la maladie et la précarité comme un signe de malédiction, il n’y a qu’un pas (166)… Jésus vient bouleverser l’ordre des choses, car il se consacre en priorité aux exclus, aux malades, aux plus faibles (167)… Ceux qui se considéraient comme abandonnés par Dieu sont les premiers à vivre dans leur chair la miséricorde du Père. Dans la rencontre avec Jésus, ils retrouvent
leur santé, leur dignité, ils deviennent signes de l’amour de Dieu pour l’humanité, de sa bénédiction, de la présence
du Royaume…

Aujourd’hui ? – Les guérisseurs existent encore et parfois ils guérissent vraiment, mais j’imagine mal « Monsieur Jésus » faisant de la publicité sur internet pour son cabinet… Par contre, je le vois très bien à minuit sur un banc à la gare, dans la salle d’attente d’un centre de consultation psychiatrique, d’un bureau de service social, là où la dignité est en péril, où des femmes et des hommes se sentent parfois les oubliés de Dieu… Et, comme l’ont dit tant de sages et de mystiques, Dieu n’a que nous pour les regarder avec amour, les remettre debout, restaurer leur confiance en eux, en la vie, en un possible Royaume…

1 José Antonio Pagola, Jésus : Approche historique, Editions du Cerf, Collection Lexio, Paris, 2012, pp. 163 à 185.

2 Entre parenthèse, la page concernée dans l’ouv­rage de Pagola.

 

 

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