Dans ce quartier, il y a…

Dans ce quartier, il y a…

A Martigny, dans le quartier de l’église, il y a la maison de commune, la police, la maison du Saint-Bernard, des bistrots et des restos, des petits commerces, le bureau de l’intégration et  le Qlub Queer… Le Qlub Queer ?

Le comité du Qlub Queer. De gauche à droite Kevin, Raphaële, Kelly et Philippe.

Propos recueillis par Françoise Besson | Photos : DR

Queer ? – Le mot « queer » en anglais signifie bizarre. Dans ce contexte-ci, il fait référence à toutes les identités et orientations sexuelles qui s’éloignent de la norme (hétérosexuelle). La terminaison « queer » a d’abord longtemps été utilisée comme un terme péjoratif et insultant envers des individus n’entrant pas dans les normes traditionnelles de virilité ou de féminité. Dès les années 1980, le mot a été réapproprié de manière positive par les personnes concernées. Il est globalement utilisé pour parler des lesbiennes, des gays, des personnes transsexuelles, intersexes, etc.

Au n° 8 de la rue de l’Hôtel-de-Ville – Kelly, Kevin et Raphaële, qui ont fondé l’association, m’ont accueillie dans leurs locaux, belle rencontre ! Je leur laisse la parole… « Il y a une année et quelques mois, on a demandé à la commune un lieu pour notre association et on nous a proposé cet ancien appartement. On n’aurait jamais imaginé avoir un local au centre-ville, on trouve ça incroyable ! En haut, il y a une pièce plutôt calme avec une bibliothèque et en bas, c’est un peu plus festif avec une buvette et le salon, les gens jouent à des jeux, ils discutent, c’est vraiment très chaleureux. Depuis l’ouverture du Qlub Queer, le 2 juillet 2022, entre 200 et 300 personnes sont passées par nos locaux. On est ici comme à un carrefour, on y rencontre des personnes du Chablais, du Val de Bagnes, d’Orsières et de toute la région de Martigny. Quand les personnes viennent ici, elles se sentent dans un endroit «  safe  », sécurisé, où elles peuvent être qui elles sont, dans une ambiance familiale, solidaire et respectueuse. »

« Je suis de Martigny, j’ai le contact facile, je connais tout le monde. Parfois je rencontre des personnes de mon âge que je ne connais pas et qui sont de la région. Quand on discute, j’apprends que c’est une des premières fois qu’elles sortent. Avant, elles n’ont jamais osé le faire à cause de leur identité… Trop triste ! » Kelly

Il fait bon se retrouver.

Tout un programme – « On a d’abord mis en place une permanence, les samedis soir de 17h à 1h, et nous venons d’instaurer des groupes de parole une fois par mois, pour les parents de personnes queer et pour les jeunes concernés. La prévention santé est aussi un aspect très important : nous sommes présents sur les réseaux sociaux en faisant par exemple des vidéos pour parler du VIH. Tout un travail de communication et de prévention est à faire. Quand nous organisons certains événements festifs, les jeunes ont la possibilité de faire un dépistage dans la pièce d’en haut (VIH et IST). C’est une manière de les sensibiliser, pour qu’ils protègent leur santé et celle des autres. 

Nous sommes en train d’étoffer notre bibliothèque avec des livres qui traitent des questions queer, et un apprenti bibliothécaire nous aide à mettre en place tout cela. Et il y a aussi la partie culture, avec des expos, un atelier d’écriture une fois par mois, l’organisation d’événements (concerts, karaoké, soirées jeux, etc.)

Notre tâche, c’est aussi de trouver des bénévoles pour tenir la buvette, qu’il y ait toujours quelqu’un de présent le samedi soir. On leur propose une formation donnée par des professionnels de la santé, sur les meilleures façons de réagir face à des personnes qui sont en détresse par rapport à la sexualité. Les personnes qui viennent à la permanence ne sont pas toujours joyeuses, parfois c’est lourd et il faut avoir un peu de recul pour bien les accueillir… 

Certaines personnes ne vont pas forcément parler la première fois qu’elles viennent ici. Elles vont se poser là, rester dans leur coin, mais cela leur fait du bien de sentir notre présence… Parfois on nous dit : « Aujourd’hui j’ai enfin réussi à venir… » Et au fil du temps, on voit la différence, par exemple l’ouverture de certains qui ont pris confiance et réussi à se créer un petit réseau d’amis, alors qu’ils ne se connaissaient pas avant de venir ici… 

Enfin, le Qlub Queer est ouvert à tous. Les permanences permettent simplement de nouer des liens, d’être ensemble. D’ailleurs, nos parents et des amis hétéros viennent aussi y passer la soirée. Si nous nous sentons exclus de certains endroits et que nous excluons à notre tour, cela n’a pas de sens. Venez donc boire un verre avec nous et vous verrez que nous sommes comme tout le monde. La seule règle est que tous soient respectés.

 

« On a des témoignages en direct ou par les réseaux sociaux des difficultés que vivent les personnes LGBT. Dernièrement, j’ai eu l’appel d’une maman dont le fils a fait une tentative de suicide parce que, sur son lieu de travail, il est mis de côté depuis que ses collègues ont appris qu’il est gay. Un lieu comme celui-ci sert à leur dire : «  Vous n’êtes pas seuls !  » » Kevin

A l’origine – Kelly nous dit : « Cela fait des années que je rêvais d’un lieu LGBT !  Puis, il y a eu un événement particulier le soir du match Suisse-France, où la Suisse a gagné. Nous étions coincés dans un bouchon, ici à Martigny. C’était la fête, tout le monde agitait des drapeaux, pas seulement des drapeaux suisses, mais aussi italiens, kosovars, portugais et… nous aussi, on a sorti notre drapeau arc-en-ciel. La réaction a été immédiate : on a été insultés et les deux personnes qui marchaient à côté de ma voiture ont été agressées sans que personne n’intervienne. Durant la même période, on s’est beaucoup investis dans la campagne en faveur de l’initiative « mariage pour tous ». Quand la campagne s’est terminée, on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas s’arrêter là, qu’il y avait un besoin réel et qu’on était prêt à investir notre énergie ! »

Engagement et vertige – « En prenant un peu de recul je me dis : s’il y a une année, on m’avait dit tout ce qu’on a fait ces derniers mois, je n’y aurai pas cru ! Le local au centre-ville, les gens qui viennent, la solidarité, tous les contacts créés… il y a six mois ça n’existait pas ! Il y a tellement à faire. On donne tout parce qu’on veut faire au mieux. Parfois, on prend conscience que tous ces gens sont là parce qu’un jour – il y a quelques mois – on s’est réuni et on a envoyé une lettre… C’est bizarre de toucher du doigt cette influence qu’on peut avoir… »

« On est comme tout le monde : on mange, on boit, on fait la fête… C’est juste notre intimité qui est peut-être différente, mais finalement, qu’est-ce que ça change ? » Kelly

Un message aux voisins (c’est-à-dire vous qui fréquentez l’église) 
Kelly :N’ayez pas peur de venir même si vous avez des aprioris négatifs ! Venez en début de soirée, boire un thé, discuter avec nous… J’aimerais qu’on se rende compte que nos mondes ne sont pas opposés. Quand je dis que je suis croyante, on me demande comment c’est possible, mais ce n’est pas contradictoire ! J’ai l’impression que beaucoup de gens pensent que les personnes LGBT ne peuvent pas être croyantes, mais nous sommes pareils. C’est juste notre intimité qui est peut-être différente, mais finalement, qu’est-ce que ça change ? 

Raphaële :Dans le fond, nos buts sont les mêmes. On travaille un peu dans la même direction : aider les gens, les rassembler, leur apporter du soutien. On est là pour tendre la main et c’est aussi ce que fait l’Eglise. On aurait intérêt à mettre nos forces ensemble. 

Kevin : On a les mêmes aspirations : aimer et être aimés… Je ne suis pas croyant mais j’ai toujours rêvé de créer ces liens-là et le Qlub Queer est le lieu pour le faire… Le Valais est en train de changer et notre rencontre aujourd’hui pour cet article est très encourageante… Il y a beaucoup d’espoir en ce moment !

Infos 

–> Qlub Queer, Rue de l’Hôtel-de-Ville 8, 1920 Martigny ou https://qlubqueer.ch

Côté paroisse

Il y a quelques mois, un contact a été établi avec un membre du comité du Qlub Queer. L’échange s’est conclu sur une première proposition simple mais estimée importante : 
Des personnes sont disponibles pour un accueil et une écoute dans le cadre paroissial. Si vous ressentez un mal-être en lien avec votre orientation sexuelle et votre foi ou si, en tant que parents, vous percevez en vous des tiraillements dus au chemin de vie de votre enfant ou pour toute autre raison, nous serons heureux de vous recevoir. 

Contact : Jean-François Bobillier au 078 793 04 76 ou jfbob@netplus.ch

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