Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021
Martine Gross, de l’Eglise réformée évangélique du Valais, EREV et Nicole Berera, du Diocèse de Sion enseignent depuis de nombreuses années « l’Ethique et Cultures Religieuses » (ou ECR) dans les écoles de Martigny. Elles nous partagent ici leurs réflexions et leur expérience.
PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTOS : DR
Martine Gross
A l’origine. – « Sous l’impulsion du pasteur Lavanchy, au début des années 90, nous avons commencé à donner des cours d’enseignement religieux à l’école aux élèves protestants répartis sur le territoire paroissial. A ce moment-là, ces élèves sortaient de la classe pendant que leurs camarades suivaient le cours de catéchèse. Je suis enseignante de formation et j’aime cette activité, même s’il a fallu jongler pour être au bon moment, au bon endroit.
A partir de 2003, à la suite du travail d’une commission composée des Eglises protestante et catholique et du Département de l’Instruction publique de l’Etat du Valais, un programme pour les élèves de toutes confessions a été mis en place avec le matériel de cours élaboré par le groupe de travail « EnBiRo » (ndlr : Enseignement biblique romand) ainsi que les modules appelés « Compléments valaisans ». En parallèle furent instaurées les « fenêtres catéchétiques » : un jour par année scolaire, les Eglises invitent les enfants de leur confession pour une journée d’activité catéchétique. Les enfants s’inscrivent et ceux qui ne souhaitent pas y participer restent en classe. Martigny est une des régions où il y a des intervenants d’Eglise dans presque toutes les écoles. Dans d’autres parties du Valais, ce programme est donné par les enseignants titulaires.
Une collaboration œcuménique. – A Martigny, notre groupe d’intervenants est composé d’un tiers de protestants et de deux tiers de catholiques. En général, on se réunit au mois de juin pour revoir la répartition des cours s’il y a des changements et, en septembre, les deux Eglises organisent à tour de rôle une rencontre de mise en route. Je trouve magnifique qu’on soit arrivé à cette belle collaboration ! On a vraiment une bonne entente, un œcuménisme formidable !
Dans les classes. – J’enseigne l’ECR dans les classes de Martigny-Croix depuis 2003. Aujourd’hui, les élèves nous posent des questions qu’ils ne posaient pas il y a quelques années. En 3H, ils me demandent par exemple : « Mais qui est Jésus ? » ou encore, cette question à propos du « Notre Père » : « Les cieux ? C’est où les cieux ? » Il y a vraiment une base chrétienne qui leur manque.
Les enfants de 5H et 6H s’interrogent sur la « réalité » : par exemple, lorsqu’on aborde les miracles, ils parlent de guérisseurs, j’accueille cela… Nous devons avoir conscience que nous n’apportons qu’un élément parmi d’autres reçus à la maison. Je prends l’exemple de la résurrection : certains ont vu Jésus et d’autres pas ; certains ont témoigné, certains ont cru aux témoins et d’autres non… Dans la vie, c’est comme ça aussi et chaque personne doit pouvoir choisir ce à quoi elle croit.
Dans nos cours, on peut parler de tout, mais ce qui donne le sens culturel ou catéchétique, c’est la manière de le dire : il faut vraiment faire très attention à notre manière de présenter les choses… Nous veillons donc à bien rester dans notre programme ECR… Ce n’est pas parce qu’on intervient au nom des Eglises qu’on fait de la catéchèse !
Cet enseignement culturel donne aux enfants cette base qui leur manque et que nous pouvons poursuivre en catéchèse. C’est une forme de complémentarité dont les Eglises peuvent se réjouir.
M.G.
Il y a quelques années, un élève m’a dit « Avant vos cours, je ne croyais à rien du tout, maintenant je me pose des questions… »
M.G.
Il m’a fait là un beau cadeau. J’ai préféré cela à ce qu’il me dise: maintenant je crois !
Nicole Berera
L’enseignement. – J’enseigne l’ECR depuis 11 ans, et j’aime beaucoup ce travail, il me permet d’avoir un contact avec toute la diversité des enfants, avec ce qu’ils vivent, avec leurs difficultés et c’est important de les accueillir avec tout ce qu’ils sont.
En 5H, on travaille le thème du « Pays de Jésus » et là on peut faire beaucoup de liens avec leur vie, avec les voyages, les maisons, l’appel des premiers disciples : est-ce qu’on peut être le disciple de quelqu’un aujourd’hui ? Quand on parle d’Abraham, de Sarah et d’Agar, c’est un thème plus difficile. C’est quand même Sarah qui « donne » sa servante. Mais il y a des liens avec notre époque : un couple qui se sépare, un parent qui rencontre quelqu’un d’autre. Je peux leur dire que ces situations remontent à des millénaires et que c’est important qu’il y ait des enfants pour que le monde continue… En fin d’année, nous parlons de l’Islam, au début j’étais vraiment néophyte, avec des idées préconçues, alors j’ai suivi des cours et maintenant je trouve que c’est très intéressant ! On apprend qu’on n’a pas forcément la vérité, que c’est du domaine de la foi et que c’est une question personnelle à chacun. Cela donne aussi aux enfants musulmans la possibilité de s’exprimer, c’est important qu’ils puissent participer activement. Parfois, quand ils me posent des questions, je suis à l’aise pour répondre et d’autres fois, je leur dis de poser cette question à leurs parents, qu’ils seront plus à même d’y répondre.
Le mélange culturel. – Dans nos classes, on a un grand mélange de cultures, et ce terreau multiculturel nous amène d’une certaine manière à nous « multiplier ». Quand on parle du mariage qui n’a lieu qu’une fois à l’église, cela suscite beaucoup de questions. Les enfants me parlent de leurs parents qui ne sont pas mariés… Je leur réponds que ce qui compte, c’est leur amour et l’amour qu’ils ont pour leurs enfants… On doit être délicat dans ce genre de situation, ne pas juger, ne pas exclure, car on ne sait pas toujours ce que les enfants vivent dans leur famille et il ne faut pas les blesser. Il faut une grande ouverture d’esprit ! Je rappelle aux enfants que nos différences ne sont pas là pour qu’on se fasse la guerre, mais pour qu’on s’enrichisse de ce que vit l’autre.
Aujourd’hui, je peux vraiment dire que les enfants m’ont aidée à tenir lorsque j’étais malade… Quand je suis à l’école, je suis obligée d’être pleinement présente, de laisser tout le reste en dehors. C’est ma joie de les retrouver, ces enfants me « nourrissent »…

Une question qui revient tout le temps: « Est-ce que Jésus a vraiment existé, est-ce une histoire ou un personnage réel qui a vraiment fait son passage sur la terre ? »
N.B.
Quand les enfants me demandent de quelle religion je suis, je me dis que je ne laisse pas trop transparaître ce à quoi je crois dans ma foi.
N.B.
Je ne me permets jamais de dire que j’ai la vérité et je me sens en accord avec ma foi, parce que dans les évangiles, Jésus accueille tout le monde.
N.B.
Le Secteur paroissial de Martigny compte 11 intervenants ecclésiaux dont 10 femmes ! Ces enseignantes spécialisées dispensent des cours appelés « Ethique et cultures religieuses » (ou ECR) qui n’est pas une proposition de foi chrétienne mais une approche culturelle, éthique et historique des principales traditions religieuses (bouddhisme, judaïsme et
islam) avec un accent plus fort sur le christianisme puisqu’il marque davantage notre culture valaisanne. Le programme est complété par des éléments de culture religieuse locale liée à l’histoire et à la trajectoire des Eglises protestante et catholique en Valais.
