Etre chrétien dans un monde qui ne l’est plus?

Etre chrétien dans un monde qui ne l’est plus?

PAR JOSÉ MITTAZ | PHOTO : AMIS DE M. DELBRÊL

Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus? Le thème du mois résonne douloureusement avec l’actualité. A l’heure où je vous écris, l’Ukraine est brutalement envahie depuis 7 jours: décréation et désolation d’un unique peuple, les Slaves orientaux, pourtant baigné de christianisme orthodoxe.

Pour traverser la crise, cherchons le regard d’une petite fille espérance 1 et encourageons-nous à mettre nos pas dans les siens. Serait-ce absurde ? « C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes, nous assure Charles Péguy. Cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus. » C’est à nous de reconnaître son visage parmi nos proches ou parmi les témoins de l’histoire qui marchent eux aussi à nos côtés.

Madeleine Delbrêl (1904-1964) est l’une de ces témoins. Son engagement a traversé les deux guerres de son siècle. Adolescente au sortir de la première, elle se révoltera : « On a dit Dieu est mort. Puisque c’est vrai, il faut avoir l’honnêteté de ne plus vivre comme s’il vivait. On a réglé la question pour lui : il reste à la régler pour nous… Le malheur grand, indiscutable, raisonnable, c’est la mort. C’est devant elle qu’il faut devenir réaliste, positif, pratique. Dieu a laissé partout des hypothèques d’éternité, de puissance, d’âme. Et qui a hérité ? »

Madeleine le reconnaîtra : « A ce moment-là, j’aurais donné tout l’univers pour savoir ce que j’y faisais. » Chercheuse de sens, elle se laissera trouver par le Christ, grâce à la rencontre de chrétiens normaux « ni plus vieux, ni plus bêtes,… qui vivaient la même vie que moi, discutaient autant que moi, dansaient autant que moi… le Christ, ils auraient pu avancer une chaise pour lui, il n’aurait pas semblé plus vivant. »

Femme engagée, elle posera un regard acéré sur la communauté paroissiale de son époque : « un petit troupeau, heureux de sa foi, mais indéchiffrable à ce qui n’est pas lui. » Son diagnostic, demeure-t-il pertinent aujoud’hui ?

1 Cf. Charles Péguy, « Le Porche du mystère de la deuxième vertu », 1912.

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