Faut-il se désoler de la baisse des mariages à l’église ?

Faut-il se désoler de la baisse des mariages à l’église ?

De moins en moins de couples se marient à l’église. Beaucoup ne se sentent pas à l’aise dans un lieu qu’ils ne fréquentent plus. D’autres utilisent des organismes profanes pour penser la cérémonie. Faut-il se désoler de ce phénomène ou se réjouir d’un surcroît de vérité dans la démarche des jeunes chrétiens d’aujourd’hui ?

PAR CALIXTE DUBOSSON
PHOTOS : PXHERE, DR

« Ils disent « oui, pour toute la vie », mais ils ne savent pas ce qu’ils disent parce qu’ils ont une autre culture. » « Ils ont de la bonne volonté, mais n’ont pas la conscience de ce qu’est le sacrement de mariage. » « La crise du mariage est parce qu’on ne sait pas ce qu’est le sacrement, la beauté du sacrement. On ne sait pas qu’il est indissoluble, on ne sait pas que c’est pour toute la vie. » Trois constats d’un prêtre de paroisse ? Vous n’y êtes pas ! Ces propos ont été prononcés par le pape François en juin 2016. Cela a étonné plus d’un observateur, mais a rejoint nombre de prêtres et de diacres dans leur pastorale d’accompagnement des fiancés qui demandent un mariage à l’église. Il est bon dès lors d’essayer de cerner les causes d’une telle évolution.

Le mariage à la carte

Une église pas trop grande, une chapelle de montagne aux baies vitrées laissant apparaître un décor majestueux, un curé ouvert capable de répondre à leurs attentes… Loin de se cantonner aux seuls détails de la réception, des fleurs, faire-part et autres multiples minuties nuptiales pour un parfait déroulement de leur journée de mariage, les futurs époux font désormais preuve d’exigence marquée pour leur passage devant Dieu. Avec le règne du « consumérisme », regrettent les autorités ecclésiastiques, très nombreux sont ceux qui veulent « composer à la carte » leur cérémonie, privilégiant la « forme au fond ». Trop de couples ne pensent qu’au décorum au lieu de s’attacher au sens. « Le mariage à l’église », comme nos contemporains continuent à le nommer, est le fruit d’un entrelacs complexe de traditions, d’us et de coutumes. La nostalgie est souvent très présente, en témoigne par exemple le goût d’arriver à l’église en vieille voiture, dans un tram rétro ou encore dans une ancienne calèche. De plus, les habits des mariés permettent de dépasser leur condition sociale et leur
statut ordinaire pour devenir, aux yeux de tous les amis présents, les héros du jour.

Amour et convention

Le pasteur neuchâtelois Félix Moser fait une constatation intéressante pour comprendre l’attitude des personnes qui viennent demander un mariage à l’église. Il s’agit, dit-il, « du triomphe de l’amour-passion et de la dévalorisation de l’institution du mariage qui lui est corollaire. L’histoire des mentalités l’atteste : le mariage-passion est une invention tardive. Ainsi, les historiens s’accordent pour dire qu’au Moyen Age, en Europe, le mariage était avant tout une affaire qui relevait de l’arrangement social, de l’économie ; il répondait au désir de poursuivre une lignée et au besoin d’assurer une sécurité matérielle et sociale. Le passage de ces mariages de type social et conventionnel à des mariages d’amour s’est effectué lentement ». Les Eglises chrétiennes ont contribué à cette évolution en inscrivant dans leur liturgie que les mariages devaient être célébrés avec le consentement exprès des époux. Le catéchisme de l’Eglise catholique ne dit-il pas que « le consentement doit être un acte de la volonté de chacun des contractants, libre de violence ou de crainte grave externe. Aucun pouvoir humain ne peut se substituer à ce consentement. Si cette liberté manque, le mariage est invalide ». (CEC no 1626)

Motivations diverses

Laissons maintenant la parole aux premiers concernés. « Mon conjoint et moi nous marions en septembre, nous dit Isabelle. Nous avons décidé de célébrer une cérémonie civile, mais également une cérémonie religieuse à l’église de notre village. Nous avons choisi cette option par respect de la tradition familiale, mais aussi pour célébrer notre amour dans un cadre plus symbolique. » Une étudiante, alors que j’étais professeur au collège de l’Abbaye de Saint-Maurice, m’avait surpris. En effet, elle me confia qu’elle n’avait aucun contact avec une vie de foi et ignorait même s’il y avait une église dans son village. « Je veux me marier à l’église, dit-elle, parce que je rêve depuis toujours d’être la princesse d’un jour et surtout de pouvoir porter la robe blanche de mariage. » Plus profond certainement le témoignage de Francine : « Pour moi ça sera à l’église absolument. Personnellement, si je pouvais me passer du mariage civil, ça ne me dérangerait pas ! Je suis croyante et pratiquante donc pour moi, le mariage c’est créer sa famille auprès de Dieu. Par contre mon amoureux, lui, n’est « plus » croyant, malgré une éducation chrétienne. »

Un de mes confrères m’avait rapporté que lors d’un mariage dans le haut val de Bagnes, les amis du fiancé, connaissant son absence totale aux messes dominicales ou à tout autre service religieux, pensaient que sa présence au pied de l’autel relevait de l’hypocrisie ou au pire d’une séance de cinéma. Pourtant, au début de la célébration, le fiancé prit la parole : « Beaucoup parmi l’assemblée semblent rire sous cape en me voyant pour une fois à un office religieux. Si je le fais, c’est par amour pour ma fiancée qui ne pouvait pas envisager notre union sans la mettre entre les mains de Dieu ». L’atmosphère prit alors une tout autre tournure et cet accent de vérité mit tout le monde à l’aise.

Avec le règne du «consumérisme», nombreux veulent «composer à la carte» leur cérémonie privilégiant la «forme au fond».

Cérémonies laïques à la rescousse

Reste que le malaise est réel et beaucoup de mes confrères pourraient en témoigner : il est très pénible de célébrer un mariage à l’église où le couple et son entourage ne savent pas très bien où ils ont atterri tant ils sont devenus étrangers à force d’indifférence religieuse et d’ignorance des rites que leur Eglise propose. Ce qui fait dire au pasteur Félix Moser « qu’une des propriétés importantes du rite est d’être familier pour ceux qui le vivent. Or, ce n’est plus le cas pour les demandes de « mariage à l’église » aujourd’hui. Et le rite perd sa force et sa signification, si l’officiant doit expliquer à chaque fois ce qu’il est en train de faire ou si les participants doivent jeter des coups d’œil sur leurs voisins de droite et de gauche pour savoir ce qu’ils doivent faire. La majorité de nos contemporains sont désemparés devant les formes du rituel collectif et il est illusoire de vouloir célébrer des mariages comme si les codes et les conventions étaient connus ».

Voilà pourquoi beaucoup de jeunes se tournent aujourd’hui vers des cérémonies laïques. Il existe, en Valais et certainement ailleurs, des organisations qui répondent aux attentes de ceux et celles qui font appel à elles. Ce qui est proposé se passe de tout commentaire et l’on voit que la personne humaine est au centre d’un espace où Dieu est aux abonnés absents. Voici donc un extrait des prestations possibles : « Je vous propose une cérémonie sur mesure, construite avec et pour vous ; pour la simple raison que cette journée doit être synonyme de fraîcheur et d’authenticité. La cérémonie laïque correspond aux mariages mixtes, hétérosexuels, LGBTQ+, aux remariages, aux renouvellements de vœux ou aux anniversaires ! La cérémonie personnalisée s’adapte à vos envies, vos folies, vos origines, vos désirs, votre personnalité. Elle se crée sur mesure, pour tous les couples. »

La nostalgie est souvent très présente.

Pour conclure

Dans ce contexte où les jeunes se sentent plus à l’aise dans un endroit qu’ils ont choisi plutôt que dans une église qui ne leur parle pas, doit-on se désoler de cet état de fait ?

Non, si les actes posés sont plus vrais et plus authentiques. Par contre, nous pouvons nous désoler de ce que les baptisés ne prennent pas au sérieux leur vocation. Ils pourraient comprendre que le mariage est un sacrement, qu’il est un don de Dieu. Par là même, le Christ devient leur compagnon de route dans les bons et les mauvais moments et que ce même Seigneur les envoie en mission pour dire au monde que la fidélité est possible dans un monde dont les engagements sont à l’image d’une Start Up, c’est-à-dire pour environ dix ans au plus de vie commune. Ils pourraient envisager les enfants à naître non pas seulement comme un choix de couple, mais comme un accueil de la vie dont l’auteur n’est autre que le Créateur du ciel et de la terre.

Pour comprendre cela, il faut actualiser la foi reçue au baptême, mais « le Fils de l’homme, quand Il viendra, trouvera-t-Il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8).

Des mariages et des chiffres

Commentaire par Calixte dubosson

Il faut savoir que les cérémonies laïques ont un coût. Du côté de la société valaisanne évoquée ci-contre, elles peuvent être présidées par une personne de l’organisation ou par un major de table désigné par le couple. Dans ce second choix, il est proposé un workshop (une sorte de formation rapide) qui coûte Fr. 150.–. Il n’est pas mentionné combien coûte une cérémonie présidée par l’organisation, mais vu les heures mises à disposition, articuler un chiffre entre Fr. 1’000.– et Fr. 2’000.– ne semble pas exhaustif.

Les mariages à l’église sont nettement moins onéreux et pour la plupart gratuits (prêtre et église inclus). Si pour des raisons financières les jeunes revenaient se marier à l’église, ce serait tout aussi catastrophique que d’y venir sans conviction chrétienne, mais peut-être qu’ils comprendraient que notre Dieu est un Père qui donne gratuitement sans espérer en retour. Et ce serait un bon début d’évangélisation…

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