
Par une grand-maman | Photo: pexels.com
La question m’est posée, dans un chuchotement, par ma petite-fille Mia qui le connaît bien. Elle a six ans et elle interroge… Nous sommes au dernier banc de cette église paroissiale bondée, comme tous ceux qui sont là et qui arrivent encore, nous sommes venues avec sa mère pour un dernier A-Dieu à Jean-Pascal… Ces questions enfantines et essentielles montrent le désarroi que provoque cette présence-absence… On est là pour lui, autour de lui et il n’est pas là… Donc, ce dialogue chuchoté et ponctué de longs silences réflexifs a commencé comme ça :
– Il est où Jean-Pascal ?
– Là-bas, au bout de l’allée, dans une grande boîte. On appelle cette boîte un cercueil… Veux-tu te mettre debout sur le banc pour voir ? Mia acquiesce gravement. Elle se met debout sur le banc, elle regarde…
– Tu le vois ?
– Je vois la boîte…
…
Un long moment après :
– Est-ce qu’il y a une clé à cette boîte ?
– Non… Il n’y a pas de clé, simplement un couvercle.
– C’est comme une boîte de Dieu ? (un tabernacle, je suppose…)
– Non… Euh… oui, un peu…
– Elle n’est pas grande la boîte…
– Non…
– Elle est posée sur quoi ?
– Sur une sorte de table…
Longtemps après, alors qu’elle est à nouveau assise entre sa mère et moi :
– Pourquoi il est mort Jean-Pascal ?
– Parce qu’il était très malade. Tu savais qu’il était malade ?
– Oui, j’ai été le voir à l’hôpital…
– Tu as vu qu’il était malade ?
– Oui, il était tout fin… (!)
– …
– Où il va après ?
– On va mettre son cercueil au cimetière. Tu te souviens qu’on a été au cimetière ensemble ? En dessous, dans la terre, il y a les boîtes.
– Il va prendre l’avion ?
– Non, il ira dans la grande voiture grise qu’on a vue dehors…
Tu te rappelles ?
– Oui…
– …
– Alors on pourra aller le voir là-bas ?
– On pourra voir l’endroit où on a mis son cercueil. On saura que c’est cet endroit-là.
– Ah…
Voilà… dans cette (autre) boîte de Dieu, on était nombreux. On ne pouvait pas le voir, lui pour qui on était là… Et on ne pourra rien voir d’autre qu’un endroit qu’il s’agit de voir. Mais cet endroit, ce lieu où quelque chose reste de la personne, a toute son importance. Les questions reviendront, heureusement. Elles disent un esprit en éveil qui appréhende une des choses les plus complexes de notre vie : certains départs sont « pour toujours ». Mais ceux qui, comme Jean-Pascal, ont laissé en nous leur empreinte lumineuse, y resteront aussi, « pour toujours »…
