Le monde ne s’arrête pas en été…

Le monde ne s’arrête pas en été…
Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), juin-juillet-août 2020

Par Anne-Laure Gausseron, oblate GSB | Photo: ldd

Des images qui m’avaient littéralement saisie. Nous sommes en 2015. Ces photos de presse que je découvre ne sont pas des montages savamment orchestrés. L’une d’elle m’emmène sur un rivage grec. Nous sommes sur une plage des Cyclades dans un décor idyllique.Au premier plan, un groupe de trois personnes en maillot de bain. Sable chaud, mer infiniment bleue, c’est le temps des vacances, celui des congés payés. Au deuxième plan, à quelques encablures du rivage : un bateau pneumatique. Il est plein à craquer de ce que l’on devine être des hommes et des femmes. On ne voit pas vraiment les visages ni les détails. Ils sont encore trop loin. Mais ils arrivent. Croisement de vie sur la plage, quoi de plus banal et quotidien surtout l’été. Sauf que… l’instant capturé sur le vif montre nos vacanciers, alanguis sur le sable, sans un regard pour cette embarcation surpeuplée et misérable. 

Etonnant à première vue. Mais non. La scène de ce rafiot moderne avec des humains entassés comme du bétail est d’un banal ! Récurrence et habitude font bon ménage. Même devant un écran, les images de ces esquifs suintant la mort pourraient vite nous lasser. Si ce n’est déjà fait. Circulez, y’a rien à voir ! Le farniente et la misère se côtoient dans une banalité ordinaire. Ni amis, ni ennemis. Juste une sourde indifférence. Mamma mia ! Etre spectateur des plaies et cris des pauvres est difficile. 

Oui, nous sommes souvent impuissants. Oui, nous avons peur de regarder ou de nous approcher. Oui, nous ne voulons pas vraiment que la misère nous renvoie à notre propre vulnérabilité. Ce qu’elle fait immanquablement. Oui, nous avons un peu perdu notre capacité à pleurer comme le disait si justement le pape François en 2015 à Lampedusa. 

Alors quoi me direz-vous ? Nous n’allons pas sauver le monde, mais peut-être pouvons-nous participer petitement, même sur une plage, à ce qu’il soit moins moche. Epaissir notre être et pleurer. La compassion simple sans nous désagréger au rythme des injustices ou nous protéger dans une tour d’ivoire. 

Notre monde ne s’arrête pas en été même quand le temps nous paraît fort agréablement suspendu en vacances. Il continue de tourner et de charrier son lot de joie, de souffrance, d’injustice, de solidarité et aussi de farniente. Bienheureux sommes-nous de pouvoir nous reposer. Bienheureux encore plus si nous n’oublions pas nos frères sans vacances, sans toit, sans terre, sans liberté, sans dignité et sans amis. 

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