Les intentions de messe

Abram rencontre Melchisédech et lui donne le dixième de tout ce qu’il a pris lors de sa guerre contre Kedorlaomer.

C’est au sortir d’une messe dominicale qu’un paroissien m’a interpellé sur la tradition catholique des intentions de messe pour les défunts. Cela m’a poussé à approfondir cette coutume qui tend petit à petit à disparaître, parce que les jeunes générations ne fréquentant que rarement nos églises ne viennent pas, par conséquent, en réclamer aux officiants d’aujourd’hui.

Par Calixte Dubosson | Photos : Unsplash, DR

Un peu d’histoire

Curieusement, c’est dans l’Ancien Testament que l’on entend parler pour la première fois de cette pratique. En effet, le deuxième livre des martyrs d’Israël rapporte le fait que, lors d’une guerre, des soldats étaient morts. En relevant leurs corps pour les inhumer, on découvrit « sous la tunique de chacun des morts des objets consacrés aux idoles de Jamnia que la Loi interdit aux Juifs. Il fut ainsi évident pour tous que c’était là la raison pour laquelle ces soldats étaient tombés ». Leur chef, nommé Judas Maccabée, « ayant fait une collecte, envoya jusqu’à deux mille drachmes, à Jérusalem, afin qu’on offrît un sacrifice pour le péché, agissant fort bien et noblement dans la pensée de la résurrection. Si, en effet, il n’avait pas espéré que les soldats tombés ressusciteraient, il eût été superflu et sot de prier pour les morts… Voilà pourquoi il fit faire pour les morts ce sacrifice expiatoire afin qu’ils fussent absous de leur péché ». (2 M 12, 37-45)

On peut aussi voir l’intention de messe comme une action de grâce telle celle qu’accomplit Abraham en Genèse 14, 18-20 après être sorti vainqueur d’une guerre contre Kedorlaomer : « Melchisédech, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu Très-Haut. Il le bénit en disant : « Béni soit Abram1 par le Dieu Très-Haut, qui a créé le ciel et la terre et béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris. »

Une purification nécessaire

Il n’est pas rare dans les faire-part de décès publiés dans nos journaux de lire des phrases comme : « Du haut du ciel, veille sur nous » ou bien : « Tu as gagné ta place au paradis. » « Il est allé rejoindre au ciel son épouse qu’il aimait tant. » « Et si un ange passe, pars avec lui » et encore : « Tu es mon berger, Ô Seigneur, rien ne saurait manquer où tu me conduis » et enfin : « J’étais dans la joie, alléluia, quand je suis parti pour la maison du Seigneur. » Sainte Thérèse de Lisieux ajoute : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre. » 

Dans ces conditions, pourquoi prier encore pour les défunts que Dieu reçoit dans sa maison dès leur départ de ce monde ? Une des réponses se trouve dans l’Evangile. Jésus, dans sa controverse avec les pharisiens après la guérison d’un homme muet, leur déclare : « Et si quelqu’un dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un parle contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné, ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir. » (Mt 12, 32) On peut en conclure qu’il y aura des péchés qui seront pardonnés dans le monde à venir, après notre mort.

La prière pour les défunts implique donc l’existence d’un état de purification que l’Eglise qualifie du nom de purgatoire. Il ne s’agit ni d’un lieu, ni d’un temps ; on peut parler plutôt d’un état, une étape de purification. Il se base sur la conviction qu’il existe une solidarité mystique entre vivants et défunts. Nous ne faisons pas notre salut pour nous seuls, mais les uns pour les autres, car nous appartenons à un même corps dans lequel circule la grâce. « N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux », écrivait saint Jean Chrysostome au IVe siècle.

Le point de départ : l’Eucharistie

Pour comprendre l’Eucharistie (et en particulier, la tradition des intentions de messes), nous devons retourner au début. L’Eucharistie a été instituée à la Dernière Cène. Durant ce repas, Jésus prit du pain et déclara que c’était son corps. Il prit ensuite du vin et déclara que c’était son sang. Il commanda aussi à ses apôtres de « faire ceci en mémoire » de lui. Chaque messe est notre façon de demeurer fidèle à ce commandement. La messe est cependant beaucoup plus qu’une simple cérémonie de mémorial. Quand Jésus parla du pain, il déclara que c’était son corps « donné » pour nous. Lorsqu’il parla de son sang, il déclara qu’il le verserait pour nous comme le sang d’une Alliance nouvelle et éternelle. Ces paroles sont des références claires à ce qui devait lui arriver au cours des prochaines 24 heures, c’est-à-dire à sa mort sur la croix. L’Eucharistie ne peut donc être comprise séparément du sacrifice de Jésus sur cette croix.

La messe est beaucoup plus qu’une simple cérémonie de mémorial.

La lettre aux Hébreux consacre de longs passages expliquant comment l’offrande du sang de Jésus est l’ultime sacrifice qui met fin à tous les autres. De façon intéressante, cette lettre réfléchit aussi sur comment Jésus était/est une nouvelle sorte de prêtre, à la suite de l’ancien prêtre Melchisédech, qui vécut à l’époque d’Abraham. Quand Abraham rencontra Melchisédech, après avoir gagné une importante bataille, ce « prêtre du Dieu très haut » offrit un sacrifice d’action de grâce, utilisant du pain et du vin. Ce n’est pas par hasard que Jésus associa à sa propre mort ces éléments particuliers et cette association fait certainement ressortir encore plus clairement la nature sacrificielle de sa propre mort. Au chapitre 7, versets 26 à 27, la lettre aux Hébreux parle du Christ comme le grand prêtre par excellence : « C’est bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux. Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. »

Pour les vivants

La coutume veut qu’à la messe, on prie en priorité pour les défunts. Mais sait-on qu’il existe quantité d’intentions pour les vivants ou pour des circonstances diverses ? Par exemple, pour le pape, pour les laïcs, pour les chrétiens persécutés, pour nos proches ou nos amis, pour les familles, etc. On peut aussi donner une messe pour les vocations sacerdotales, pour la paix et la justice, pour le pays et pour le monde. Il serait bien qu’à l’avenir, on en fasse mention dans nos intentions.

La coutume veut que, lorsque des fidèles demandent à un prêtre de célébrer une messe, ils accompagnent leur demande d’une offrande en argent. Si une somme d’argent est fournie au prêtre avec l’intention de messe, ce n’est pas pour la payer, car elle n’a pas de prix. Ou plutôt son prix est celui qu’a payé le Christ en se sacrifiant. On parle donc d’offrande. Elle était destinée aux besoins du prêtre, mais aujourd’hui, elle concerne presque exclusivement les besoins des pauvres d’ici et d’ailleurs.

1 Abram sera appelé Abraham à partir du chapitre 17 du livre de la Genèse.

Témoignages

Voici quelques témoignages de ceux pour qui la messe est indispensable :

« La messe est pour moi une occasion de recentrer ma vie sur ce qui est essentiel. Elle empêche aussi ceux et celles qui nous ont précédés auprès du Père de tomber dans l’oubli. C’est une façon de les garder vivants dans nos cœurs et de les savoir vivants auprès de Dieu. » Julien

« Maintenant que je suis maman, je retrouve le chemin de la messe en semaine. Cela m’a beaucoup manqué. C’est désormais le matin que j’y vais avec mon dernier qui me suit encore partout. Il y a essentiellement des cheveux blancs et des mamans. Nous sommes les « inutiles » de la société de production et de consommation, sortes de petites sentinelles invisibles. Mais nous avons, je le crois, l’une des plus belles parts. » Clémence

Pour donner une intention de messe, contactez le prêtre de votre paroisse par téléphone, mail, courrier ou en personne en précisant l’intention (personne, événement) et la date à laquelle vous voulez qu’elle soit célébrée. Vous pouvez aussi la mettre dans la boîte aux lettres de la cure. Accompagnez votre demande d’une offrande de Fr. 10.– pour soutenir les demandes d’aide.

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