
Par Pierre Guillemin
Photo : DR
Maurice Marie Jean Potron, né en 1872, entre dans la Compagnie de Jésus à la fin du XIXe siècle et développe très tôt une double vocation : l’enseignement scientifique et la réflexion sociale. Mathématicien de formation, il obtient son doctorat en mathématiques en juin 1904, il enseigne notamment les mathématiques dans plusieurs établissements jésuites, tout en poursuivant des recherches originales sur les liens entre production, répartition des richesses et organisation économique.
A une époque où l’économie demeure largement descriptive, celui que l’on connait aussi comme l’abbé Potron introduit des méthodes algébriques et matricielles pour analyser les interdépendances entre secteurs de production. Il cherche à comprendre comment une économie peut satisfaire les besoins de l’ensemble de la société tout en respectant les principes de justice sociale défendus par la doctrine sociale de l’Eglise. Inspiré par l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, elle-même influencée notamment par les travaux de l’Union de Fribourg, et par les débats sur la question ouvrière, il concilie efficacité économique et exigence morale.
Dans les années 1910 et 1920, Potron élabore ainsi des modèles mathématiques décrivant les échanges entre branches industrielles. Potron s’intéresse notamment aux conditions permettant un équilibre général de la production et à la manière dont les revenus peuvent être distribués sans provoquer de déséquilibres économiques majeurs.
Cependant, ses recherches restent longtemps confidentielles. Publiées dans des revues spécialisées ou sous forme de notes internes, elles ne rencontrent qu’un écho limité de son vivant. A sa mort, en 1942, son œuvre tombe presque dans l’oubli.
Il faut attendre les années 2000 pour qu’un groupe d’historiens de la pensée économique redécouvre ses écrits. Cette redécouverte révèle l’originalité et la modernité de ses intuitions. Les chercheurs soulignent alors que Potron avait anticipé plusieurs outils fondamentaux de l’économie mathématique contemporaine. Aujourd’hui, il apparaît comme une figure non seulement pionnière, mais aussi majeure, à la croisée des sciences exactes, de l’économie et de la réflexion sociale chrétienne.
