Raconter la mort

Raconter la mort

La mort est partout, mais reste à distance. Cet aspect encore « dérangeant » de la vie est bien souvent pris en charge par des professionnels du domaine. Les transformations des pratiques funéraires, le vieillissement de la population et la pandémie ont pourtant rendu particulièrement visibles les questions que la mort pose à notre société. L’exposition Telling Death, présentée au Jardin Botanique de Genève, invitait à considérer la pluralité des manières de mourir, de faire ses adieux et de continuer à vivre avec les absents.

Les panneaux de l’exposition proposaient au visiteur d’écouter des témoignages grâce à des codes QR.

Texte et photos par Myriam Bettens

Ceint de tous côtés par le vrombissement de la ville, le calme du Jardin Botanique de Genève n’est troublé que par le pépiement des oiseaux. Les feuilles tombées à terre crissent sous les pas. Quelqu’un lit tranquillement, sur un banc, au soleil. Plus loin, quelques enfants en âge préscolaire jouent dans cet écrin de verdure. Des grenouilles alanguies, dont seul le dos dépasse de l’eau, profitent de cette matinée de fin septembre coincée entre été et automne.

Sur l’allée des platanes, éternité et finitude se côtoient. Cinq spécimens, âgés de plus de trois cents ans, entourent l’exposition itinérante Telling Death (ndlr.Raconter la mort), qui circule en Suisse romande jusqu’en mars 2027. Porté par la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne (HETSL/HES-SO), ce projet de communication scientifique s’appuie notamment sur deux recherches consacrées aux transformations des pratiques entourant la mort et aux conséquences de la pandémie sur le secteur funéraire. Chercheurs, professionnels du funéraire et du soin, personnes endeuillées, enfants, adultes et personnes âgées ont été invités à partager leurs expériences, leurs représentations et leurs interrogations sur la mort. Conférences, ateliers, visites, débats et rencontres participatives ont ainsi permis de faire circuler les savoirs dans les deux sens : de la recherche vers le public, mais aussi du public vers la recherche. 

L’installation, née au terme de cette démarche, réunit les productions sonores et artistiques du projet ainsi que des éléments issus des recherches. Six espaces d’écoute permettent de découvrir les podcasts, tandis qu’une installation de l’artiste et photographe Virginie Rebetez rassemble une vingtaine d’objets inspirés de ceux évoqués par les personnes interviewées : une cloche, une couronne, une tasse, autant de traces matérielles auxquelles peuvent être attachés des souvenirs et des affects.

L’exposition fait donc de la parole un lieu de recherche, de partage et de transmission et s’intéresse à ce qui demeure autour de la mort : les gestes, les objets, les lieux, les mots et les relations. L’intérêt de Telling Death réside précisément dans cet espace laissé entre savoir et expérience. En faisant dialoguer enquête ethnographique, témoignages sonores et œuvre artistique, elle donne une place à des expériences souvent peu visibles. La mort devient ainsi moins un événement isolé qu’un phénomène social, culturel et relationnel. Une approche particulièrement significative dans un contexte où les pratiques funéraires évoluent rapidement. Crémation, nouvelles formes de sépulture, transformation des cimetières, personnalisation des cérémonies ou encore recherche du maintien de liens avec les personnes décédées, témoignent d’un rapport à la mort qui n’est pas figé.

Les objets représentés dans les illustrations de l’artiste Virginie Rebetez symbolisent les défunts évoqués dans les podcasts.

Voir et entendre la mort

Les deux projets de recherche, Necropolis et No Lonely Deaths, sur lesquelles s’appuient l’exposition, les podcasts, ainsi que les lieux et prochaines dates auxquelles l’installation sera visible sont consultables sur https://www.tellingdeath.ch/

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