Par Pierre Guillemin | Photo : DR
La publication de l’encyclique du pape Léon XIV Magnifica Humanitas nous interpelle sur les bienfaits et les menaces de la technologie. Dans ce contexte, que penser de l’expérience menée à Lucerne pendant deux mois, fin 2024, consistant à installer un robot-confesseur ?
Piloté par une Intelligence Artificielle, installé dans un confessionnal pendant environ deux mois en 2024, ce « Deus in Machina » pouvait dialoguer dans une centaine de langues et répondait aux questions posées à partir du Nouveau Testament et d’instructions théologiques. Plus de 900 conversations ont eu lieu, ce qui permet de disposer de nombreux retours d’expérience intéressants scientifiquement.
Ainsi, l’échange avec une machine « empathique » a été vécu comme quelque chose de spirituel. Il semble aussi que bon nombre de ceux qui ont tenté l’expérience, et annonçant qu’ils n’avaient pas la foi, se sont sentis plus à l’aise devant une machine en posant des questions sur la mort, la culpabilité, la solitude ou Dieu, plutôt qu’en dialoguant avec un prêtre.
Toutefois, l’outil, aussi perfectionné soit-il, porte en lui-même sa propre limite fondamentale à savoir : l’intelligence artificielle ne croît pas en Dieu. La machine fournit des réponses qui sont certes pertinentes dans la majorité des cas, mais elles peuvent aussi se révéler superficielles ou fausses.
Surtout, et c’est certainement sur ce point que l’expérience est digne d’intérêt : « Des humains peuvent réellement se sentir écoutés par quelque chose qui ne les écoute pas au sens humain du terme. » Mais, si une personne ressort réellement apaisée après avoir parlé à une intelligence artificielle, cette expérience spirituelle est-elle moins « réelle » parce que son interlocuteur était une machine ? Dans ce sens, la machine, en tant qu’outil, ouvre peut-être la voie à une réflexion sur le contenu, le déroulement d’une confession.
Fondamentalement, la machine ne peut répondre à la question : où est la signification du pardon ? Comment une machine qui ne croît pas en Dieu et encore moins à l’amour de Dieu pourrait-elle pardonner ? Par-dessus tout, la machine ne donne aucune absolution.
