Vivre l’Eglise en coresponsabilité

Vivre l’Eglise en coresponsabilité

Philippe Becquart, responsable du Département des adultes de l’Eglise catholique du canton de Vaud, a donné
une conférence dans la grande salle de la Colombière
mercredi 9 mars sur «Vivre la coresponsabilité en Eglise».
Elle s’inscrivait dans le cadre du thème d’année de l’Unité pastorale (UP) Nyon-Terre Sainte, «Nous sommes Eglise».

PAR GENEVIÈVE DE SIMONE-CORNET
PHOTOS : CCRFE, DR

Philippe Becquart, théologien laïc et père de trois enfants, a abordé le processus synodal à partir de l’expérience vécue par l’Eglise dans le canton de Vaud. Le processus synodal ? « Il veut mettre en avant notre vocation de baptisés, a-t-il dit en ouverture, pour en goûter les fruits. Dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg il a, pour sa première phase, mobilisé quelque 3000 personnes en paroisse ainsi qu’un groupe dans la partie alémanique et les moines de Hauterive, qui ont réfléchi à la situation du prêtre. La synthèse, effectuée le 4 mars par douze personnes, a été remise à l’évêque diocésain, Mgr Charles Morerod, qui la transmettra à la Conférence des évêques.

Le processus synodal lancé par le pape François en octobre a pour thème : « Pour une Eglise synodale. Communion, participation, mission ». Il se terminera en octobre 2023 par le synode des évêques à Rome. Il rejoint, dans notre canton, une initiative prise il y a quatre ans par Christophe Godel, alors vicaire épiscopal pour le canton de Vaud, qui cherchait à répondre à la question : « Comment revivifier nos communautés ? »

Un exercice spirituel

« Synode signifie marcher ensemble », a précisé le conférencier. Pour François, « le chemin de la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire », « la synodalité exprime la nature de l’Eglise, sa forme, son style, sa mission ». « C’est un exercice spirituel, un moyen de discernement personnel et communautaire, a relevé Philippe Becquart. Et toute l’Eglise est convoquée. »

Une Eglise fragilisée par la crise des abus – sexuels et spirituels –, conséquence du cléricalisme dénoncé par le pape. « Ils ont fait de l’Eglise un lieu de mort, l’ont détournée de ce qu’elle est essentiellement : synodale. » Il s’agit de retrouver cette dimension, car « le synode est une manière d’être, d’agir, d’annoncer l’Evangile et de témoigner qui prend sa source dans le baptême ».

Dix attitudes fondamentales

Le baptême, a affirmé le conférencier, est un sacrement à déployer en dix attitudes fondamentales qui se répondent : écouter /parler ; cheminer / accompagner ; discerner / décider ; célébrer / servir ; annoncer /témoigner. Il en a développé deux au cours de la soirée : écouter / parler et discerner / décider.

Première attitude : l’écoute de l’Esprit, des frères et sœurs et des charismes. « Le processus synodal est un laboratoire de l’écoute, une écoute qui vise à discerner ce que l’Esprit veut pour l’Eglise. ». Non un débat où chacun apporte ses arguments, mais « un exercice de mise en prière et d’humilité ». Lui répond, deuxième attitude, le parler vrai – « parrhèsia » en grec – « qui nous pousse à sortir de nos raisonnements et de nos représentations pour dire ce que nous discernons ensemble ». Ce faisant, nous n’échappons pas à un paradoxe, souligné par Philippe Becquart : « Nous revendiquons tout à la fois une prise de parole pour contester l’autorité – décrédibilisée par les abus – et nous nous comportons comme des moutons, attendant trop des prêtres. »

Troisième attitude : discerner – terme ignatien par excellence, et François est jésuite. Discerner en commun dans la conscience que nous sommes tous protagonistes en vertu du « sensus fidei », ce sens surnaturel en matière de foi et de mœurs que possède la collectivité des fidèles, qui « ne peut se tromper dans la foi ». Et que nous sommes le Peuple de Dieu qui chemine dans le monde et dans l’histoire.

Quatrième attitude : décider. Pour ce faire, il faut avoir écouté l’Esprit, renoncé au pouvoir et parcouru un chemin d’abaissement, expérimenté une kénose – ce que vit l’Eglise aujourd’hui, « dans une extrême vulnérabilité » suite à la crise des abus et à la Covid-19 –, « être nu, dépouillé, blessé d’amour ». Cependant, a précisé le conférencier, « tous discernent, mais tous ne décident pas ».

Franchir un cap

L’enjeu du synode ? « Régénérer l’Eglise en créant des lieux où expérimenter la prière, la prise de parole et le discernement communautaire » sans oublier la liturgie, « lieu de l’écoute de l’Esprit et de la Parole ». « Nous devons franchir un cap », a ajouté Philippe Becquart, « revivifier les paroisses, discerner les besoins, élaborer une vision et la mettre en œuvre ».

Cela n’existait-il pas auparavant ? Certes, a reconnu le conférencier, mais « il y a eu une rupture dans la transmission, un repli, un rétrécissement ; une nouvelle ecclésiologie s’est mise en place. A nous de faire revivre des lieux où les baptisés ont la parole ». « Il nous faut aussi inventer ou réinventer des manières de donner la parole », a ajouté le curé modérateur, l’abbé Jean-Claude Dunand. La soirée s’est terminée par la récitation d’une prière du cardinal Carlo Maria Martini, puis le verre de l’amitié.

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