PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTO : PIXABAY
Voilà, c’est dit, cette phrase toute simple qui tombe entre les deux personnes, celle qui est derrière le bar et celle qui est devant. « Vous ne pouvez pas rester ici », elle est tellement incongrue cette phrase, qu’elle semble d’abord dite dans une langue étrangère. Puis, le voyageur comprend… Dehors il fait froid, le vent est chez lui ici, il n’y a pas d’arbres pour lui faire barrière…
L’homme reprend sa route, la porte est refermée sur le silence, pas d’autre client pour l’instant.
Ailleurs, en d’autres temps, dans une auberge bruyante et surpeuplée, on l’avait dit à un couple, qu’ils ne pouvaient pas rester… Mais au moins, quelqu’un s’était rendu compte qu’on ne peut pas seulement dire « il faut vous en aller » mais indiquer un lieu, un coin de table, une botte de paille pour se poser un moment à l’abri du vent…
Ailleurs, la même semaine, dans un bistro de village, une femme avait dit « entrez » et elle avait refusé que le café soit payé. A son homme mécontent qui lui parlait du « droit », celui qu’on a ou qu’on n’a pas, elle avait répliqué « c’est mon affaire ! », le sujet était clos, pour l’instant, dans un silence pesant.
Car il reviendra ce sujet, chaque jour dans la vie de tant de personnes debout derrière le bar, il reviendra et il faudra bien qu’à un moment, il pose question, et qu’on soit parfois capables
d’exceptions avant que la réponse toute simple soit donnée… Il faudra bien qu’on se demande jusqu’où on dira non, jusqu’à combien de degrés en dessous de zéro, jusqu’à quelles limites d’âge on dira non, non aux enfants et non aux personnes âgées, jusqu’à quel degré d’isolement on dira non, non à l’esseulé qui cherche un vis-à-vis pour échanger trois mots…
Il faudra bien qu’on se demande si Jésus sans pass covid…
Il faudra bien…
