Notre-Dame de l’Assomption

Par Pascal Bovet
Photo : Jean-Claude Gadmer
L’Eglise Notre-Dame du Valentin est consacrée à Notre-Dame de l’Assomption. Rien d’étonnant donc à donner ce nom à l’église que les catholiques de Lausanne ont construite au XIXe siècle.

Et au XXe siècle, ils l’ont enrichie. Des travaux imposants ont été faits dans les années 1930 sous la conduite de l’architecte Fernand Dumas. Lui-même a fait appel
à un artiste à la mode, Gino Severini.

C’est lui qui a créé la fresque qui habille le chœur, en s’inspirant d’une église de Rome : une couronne de disciples (les apôtres et évangélistes), répartis de chaque côté de la Vierge majestueuse. Elle est le centre et domine une scène de crucifixion.Elle porte tendrement l’enfant à hauteur de son visage, comme pour le montrer au monde. Certains soupçonnent l’artiste d’avoir donné à l’enfant les traits d’un personnage historique qui a marqué les années 30 à 45…

Mais le plus étonnant est le choix de la couleur verte pour le vêtement de Notre-Dame. Inhabituel !

Vert comme l’espérance ?

On peut opter pour l’espérance devant le monde de l’époque représenté autour du Marie : Rome et ses bâtiments civils et religieux, mais aussi Lausanne, avec sa cathédrale, et Mgr Besson présentant la maquette de la basilique. Des anges « cosmonautes » remplissent le ciel de leurs ailes déployées.

Témoigner en terre jurassienne

Une délégation du comité romand de Vie et Foi a témoigné de sa joie de cheminer dans le cadre de ce mouvement lors des célébrations du dimanche des laïcs, les 4 et 5 février, dans l’unité pastorale des Franches-Montagnes (JU). Un temps tissé de rencontres et de découvertes.

Par Christel Charles, Jacqueline Sager et Hélène Lasser
Photo : DRCe dimanche des laïcs 2017 avait une résonance toute particulière pour la délégation du comité romand de Vie et Foi composée de Christine Arizanov, présidente ; Marie-Hélène Carron, vice-présidente ; Christel Charles, Jacqueline Sager, Hélène Lasser et Pascal Tornay, aumônier. Nous nous sommes courageusement invités dans les Franches-Montagnes et nous y avons été reçus à bras ouverts. Cette démarche d’évangélisation qui nous semblait osée nous a demandé une certaine audace ! Merci à notre aumônier, Pascal Tornay, qui avait tracé le chemin en prenant contact au préalable avec ses nombreuses connaissances sur place.

Une atmosphère fraternelle
Il y a d’abord eu une rencontre avec l’abbé Jean-Jacques Theurillat, vicaire épiscopal pour le Jura pastoral, qui nous a accordé un long entretien et une belle écoute. S’il soutient notre démarche, il nous a fait comprendre que toutes les régions du Jura pastoral n’étaient pas prêtes à entrer dans un nouveau projet parce qu’elles investissent déjà beaucoup d’énergie ailleurs et que trop de projets tue les projets ! Il nous a invités à travailler sur l’identité du mouvement: en tant que mouvement chrétien, que peut-il offrir de spécifique aux gens dans le paysage actuel ? Nous avons pris conscience que nous devions mieux définir les contours et le contenu de notre « offre » pour qu’elle soit véritablement perçue comme pertinente aujourd’hui.

A Lajoux, dans une petite région appelée La Courtine, au-dessus de Glovelier, une belle surprise préparée par nos amis Roland Miserez et son épouse Danielle nous attendait: autour d’une grande table, une vingtaine de personnes étaient réunies pour témoigner de leurs engagements, de ce qui leur tenait à cœur. Nous avons vécu là un échange fraternel très intéressant et très fort qui n’était pas sans nous rappeler l’atmosphère de nos réunions.

Une belle aventure
Le diacre Didier Berret, répondant de l’unité pastorale des Franches-Montagnes, nous a proposé, en lieu et place de l’homélie, de présenter le mouvement et de faire résonner nos paroles avec l’évangile du jour. Nous avons, en témoignant, pris le pouls des communautés rassemblées le samedi soir à Saignelégier, au Noirmont et aux Breuleux et de celles réunies le dimanche matin aux Genevez, aux Pommerats, à Saint-Brais et aux Bois. Quelle aventure !

Plein de bons moments ont jalonné notre escapade. Nous n’oublierons pas le repas du samedi soir, pris dans la gaieté, et le déjeuner familial du lendemain matin, à la cure de Saignelégier, un peu précipité par l’horaire des messes… Hélène, originaire de Mervelier et la dernière arrivée dans l’équipe Vie et Foi de Nyon-Gland, nous accompagnait. Sa présence, sa connaissance du pays, sa facilité de contact et la pertinence de ses conseils ont facilité nos relations. On était bien ensemble.

Faire route ensemble
Nous avons présenté le mouvement dans le cadre de l’homélie aux messes du samedi et du dimanche. De deux manières différentes: une saynète jouée à deux qui a remporté un joli succès ; et une présentation plus explicite à trois voix.

« Nous sommes chez vous avec d’autres, en ce dimanche des laïcs dans les Franches-Montagnes, pour témoigner de notre joie de cheminer dans le cadre du mouvement Vie et Foi et pour vous donner envie d’y participer, avons-nous expliqué. Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus exhorte ses amis à être le sel de la terre et la lumière du monde pour que leur amitié soit savoureuse, d’une saveur qui ne peut venir que de lui, et pour que la foi qui les anime soit une balise sur la route d’autres personnes. Nous vous invitons à goûter cette parole de Jésus et à lui donner une suite concrète dans votre vie. »

« Dans un monde marqué par l’individualisme et le repli sur soi, l’incitation à une plus grande ouverture pour une meilleure connaissance de l’autre est source d’enrichissement et nous apporte beaucoup. Avez-vous envie de rassembler quelques amis et de faire route ensemble ?, avons-nous lancé. Quoi qu’il en soit, dans l’immédiat venez nous rejoindre à la fin de la célébration pour partager le verre de l’amitié ! »

Belle expérience, beaux souvenirs ! Merci de tout cœur à tous les artisans de cette réussite et tout particulièrement à nos amis jurassiens qui nous ont épaulés et coachés avec efficacité et beaucoup de gentillesse.

L’étape suivante est d’ores et déjà agendée: une rencontre avec nos amis proches samedi 29 avril à Saignelégier pour accompagner ce que nous avons apprivoisé là-bas.

Le mouvement Vie et Foi

Mouvement d’Action catholique, Vie et Foi propose de trouver en équipe une manière de vivre les réalités quotidiennes à la lumière de l’Evangile en s’appuyant sur le principe « voir, comprendre, agir ». Il est membre de la Communauté romande de l’apostolat des laïcs (CRAL) qui regroupe 23 mouvements laïcs présents en Suisse romande.

La paroisse de Nyon compte actuellement une équipe Vie et Foi. Essentiellement féminine, elle est issue de la fusion récente des équipes de Gland et de Nyon. Elle se réunit une fois par mois le mercredi après-midi. Elle est accompagnée par un aumônier, l’abbé Francis Polla.

Le comité romand élabore un thème de réflexion commun à toutes les équipes et diffuse cinq fois par an la revue « Vie et Foi ». Le thème 2016-2017 s’intitule « Respect de la vie dans le cadre du progrès technique, médical et alimentaire ».

Renseignements :

Christel Charles, chemin du Jura 1, 1270 Trélex, 022 369 19 60. Courriel : christel.west@bluewin.ch

Jacqueline Sager, rue des Fontaines 56, 1274 Signy, 022 361 56 20. Courriel : jacqueline.sager@bluewin.ch

Agnès Schilliger, Falaise 36, 1196 Gland, 022 366 39 25. Courriel : pschilliger@sunrise.ch

L’Eglise et la violence en prison

TEXTE ET PHOTO PAR JEFF ROUXUne personne détenue est souvent une personne en souffrance. Elle souffre de son histoire, parfois chaotique et violente, et elle souffre de l’enfermement.

Arrachée à son quotidien, une personne détenue en prison préventive passe 23/24h enfermée seule dans sa cellule. Elle est coupée de toute relation extérieure durant tout le temps de l’enquête. Il n’est pas rare qu’elle perde son travail, son logement, qu’elle doive divorcer et qu’elle perde la garde de ses enfants. Elle s’endette. Elle se désocialise et perd la considération de ses proches. En un mot, sa vie s’écroule.

Comme aumônier, lorsqu’elle me parle de son chemin, j’entends souvent une histoire de manque d’amour et de violence. Que de violence reçue avant de commettre soi-même un acte violent ! Que d’humiliation ! La violence est une prison pour les auteurs comme pour les victimes. Elle défigure et l’un et l’autre. Elle détruit les cœurs et les relations en profondeur. Le mystère de la violence est insaisissable et terrifiant.

Dans ce climat de mauvaises nouvelles, l’aumônier rend visite aux personnes détenues avec la foi de l’Eglise. S’il y a un mystère du mal et de la violence, il y a surtout un mystère d’Amour et de résurrection. La violence t’a tué, l’Amour te ressuscitera !

Pour cela, l’aumônier apporte un nouveau regard sur la personne détenue. Elle l’envisage. C’est-à-dire qu’elle voit en elle une personne, une créature aimée et voulue par Dieu. Il y a en chaque être humain une étincelle de Dieu, et ce regard doit aller jusqu’à cette étincelle.

L’aumônier apporte une nouvelle écoute. Non pas une écoute qui cherche à accuser, mais une écoute qui accueille l’autre dans sa misère et sa vulnérabilité, une écoute qui réconcilie la personne détenue avec sa propre histoire.

L’aumônier est également une présence. Il est présence d’Eglise dans ce milieu particulier. Et cette présence se veut aimante. Seul l’amour libère de la violence, seule la miséricorde donne de renaître et de recommencer, de se relever, d’être libéré. Seul l’amour est vainqueur de ce mystère du mal et de la violence.

Enfin, l’aumônier espère contre toute désespérance. Là où la personne détenue n’y croit plus, il ose croire aux possibles. Il ose croire que la personne va quitter un mode de vie violent et redevenir auteur de sa vie. Il ose croire que des chemins de bonheur sont à venir ; le bonheur d’être des pécheurs pardonnés.

Il n’est pas rare de voir ce mystère d’Amour à l’œuvre. Quel bouleversement de voir Dieu présent et à l’œuvre dans nos prisons.

La violence dans les Psaumes

Par François-Xavier Amherdt
Photo : DR
Il peut paraître étonnant, voire extrêmement dérangeant, que la Parole de Dieu nous invite à demander au Seigneur, dans notre prière des Psaumes, qu’il s’en prenne à nos ennemis. Les éditeurs de la Prière du temps présent ne s’y sont pas trompés : ils mettent pudiquement entre crochets (dans la version en quatre volumes) ou suppriment (dans celle en un seul volume) les versets apparemment problématiques.

Ainsi, les déportés chantent au cœur de leur exil (Psaume 137[136]) : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux peupliers d’alentour, nous avions pendu nos harpes », car ils ne se sentent plus le cœur à entonner un cantique. Ils finissent d’ailleurs leur plainte par ce cri extrêmement violent : « Fille de Babel, qui doit périr, heureux qui te revaudra les maux que tu nous as valus, heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc ! » (Versets 8-9)

Choquante, terrible, terrorisante invocation ! La Bible manie-t-elle, malgré le divin visage de miséricorde, le langage de la vengeance ? Le problème est complexe et demeure mystérieux. Sans doute de tels passages, pas totalement absents non plus dans le Nouveau Testament, visent-ils à « exorciser » la violence qui, de fait, se tapit au fond de chacun(e) de nous. Les « Psaumes d’imprécation », comme on les appelle, nous amènent d’une part à reconnaître ces zones d’ombre de notre inconscient, dont personne n’est exempt, et qui ont vite fait de ressurgir à la surface avec une frénésie inconcevable, au volant ou au stade.

D’autre part, ils nous donnent l’occasion, lorsque nous les prononçons, d’extérioriser le mal qui gît en nos profondeurs et ainsi de le surmonter, en le confiant au Maître du monde. Enfin, lorsque dans des invocations au Messie comme le Psaume 110(109), prévu pour les vêpres de tous les dimanches, nous chantons : « A ta droite Seigneur, le Messie abat les rois au jour de sa colère ; il fait justice des nations, entassant des cadavres, il abat des têtes sur l’immensité de la terre » (versets 5-6), c’est une manière d’exprimer notre foi en la maîtrise de l’histoire par notre Dieu. Malgré les apparences, les puissants et les dictateurs n’auront pas le dernier mot. C’est l’amour et la vie qui finalement l’emporteront.

Le Pape et la violence

Par Thierry Schelling
Photo : DR
« C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent (toutes sortes de maux). » (Mc 7, 23) Le Christ ne s’y est pas trompé : voulant apporter la paix, c’est le glaive qu’il tendit (cf. Mt 10, 34)… et qui a été brandi en son nom ! Et gare à qui résiste : « Veux-tu que nous commandions le feu du ciel pour qu’il les consume ? » (Lc 9, 54), n’hésiteront pas à dire les apôtres d’hier… et d’aujourd’hui ! Parce qu’elle est au cœur de nos cultures, la religion se sert du meilleur comme du pire dans l’être humain. Et peut donc aussi conduire à la violence 1… en toute bonne foi ! En tout cas, elle va chercher à la canaliser : en l’apaisant, par les sacrifices d’animaux, et parfois d’humains 2, en la jugulant, en développant le concept de guerre juste, ou en l’excitant comme dans le djihadisme – et pas seulement islamique !

Le pape François renchérit : « Je crois qu’il y a presque toujours dans toutes les religions un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons… » Et d’élargir le débat : « Je vois tous les jours tellement de violence en feuilletant les journaux, même en Italie : celui qui tue sa fiancée, tel autre sa belle-mère et ce sont des catholiques baptisés ! » 3 A quoi sert donc la foi chrétienne dans ce cas ?

Oui, le Christ a renversé la vapeur : « Bienheureux si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie à cause de moi. » (Mt 5, 12) Ou encore : « Œil pour œil, dent pour dent ? Non, moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour eux. » (Mt 5, 43-44) Tendre l’autre joue ? Que dire aux victimes, souvent des minorités : femmes, Noirs, gays, enfants, handicapés, albinos… ? Travailler en amont, sûrement.

Dixit le pape François : « Nous sommes en temps de guerre, éclatée, mais de guerre mondiale, et tout a commencé dans le cœur de l’homme. Pourquoi parle-t-on si fort dans la rue, en famille, dès qu’on n’est pas d’accord ? A cause de la frénésie de la vie, on n’a plus le temps pour le dialogue ! » 4

Un poncif, le dialogue ? Non, la seule arme constructive de ce monde ! Relire Ecclesiam suam, de Paul VI : « Dieu est dialogue… l’Eglise est dialogue… » Et moi ?

1 Cf. T. Römer, Dieu obscur. Cruauté, sexe et violence dans l’Ancien Testament, Essais bibliques 27, nouvelle édition augmentée, Genève, Labor et Fides, 2009.
2 Qu’on pense au concept de bouc émissaire, explicité par Paul Ricœur.
3 Propos rapportés lors de son entrevue avec les journalistes de retour des JMJ de Pologne, août 2016.
4 Propos libres lors de sa visite à l’Université Roma-Tre, samedi 7 février 2017 (soulignés par l’auteur).

Les jeunes et la foi

Par Giraud Pindi, Curé modérateur de l’UP Nyon-Terre Sainte
Photo: DR
Les mois de mai et de juin sont des moments extraordinaires de foi pour la jeunesse de notre unité pastorale, car près de 200 jeunes vivent, durant cette période, les sacrements du pardon, de l’eucharistie et de la confirmation. Je reprends ici quelques pensées fortes du pape François. Elles figurent dans le message qu’il a adressé aux jeunes le 27 février pour la 32e Journée mondiale de la jeunesse du 9 avril, dimanche des Rameaux, intitulée « Le Puissant fit pour moi des merveilles ».

« Notre temps n’a pas besoin de «  jeunes-divans  ». » A l’exemple de Marie qui très jeune s’est mise en marche pour aller trouver sa cousine Elisabeth et lui apporter son aide sans s’enfermer chez elle et s’installer sur son divan (Lc 1, 36-39), il faut marcher non seulement en faisant mémoire du passé, mais aussi en ayant du courage dans le présent et de l’espérance pour l’avenir. La vie n’est pas un vagabondage, mais un pèlerinage qui peut nous aider à mûrir et à approfondir notre vocation, soutenus dans nos incertitudes et nos souffrances par la confiance en Dieu.

« Etre jeune ne veut pas dire être déconnecté du passé. » L’histoire de chacun s’insère dans un cheminement communautaire qui le précède. L’expérience authentique de l’Eglise n’est pas un flashmob où on se donne rendez-vous pour réaliser une performance avant de reprendre chacun son chemin. L’Eglise a une longue tradition dans laquelle notre propre histoire a sa place.

Certains jeunes cherchent à reconfigurer les souvenirs douloureux du passé comme pour les archiver dans un nuage virtuel, mais il faut savoir qu’il n’y a pas de saint sans passé ni de pécheur sans avenir. Jésus peut transformer nos blessures passées en d’authentiques perles, comme la perle qui naît de la blessure de l’huître. Notre histoire n’est pas un « reality show » de quelques minutes se déroulant sur un écran au jour le jour sans projet. Il ne faut pas se laisser égarer par cette fausse image de la réalité, mais être protagoniste de sa propre histoire et décider de son avenir.

« Rester connecté en suivant l’exemple de Marie » (Lc 2, 19-51) : s’arrêter quelques minutes à la fin de chaque journée pour remercier Dieu pour les beaux moments et exprimer des sentiments de pardon et de confiance pour les moments difficiles.

Merci à vous, les jeunes. Je prie pour votre parcours de foi. Dieu vous bénisse !

L’Orient, foyer chrétien en péril

Par Com
Photo: LDD

Noor Solidarity est une association suisse qui soutient les victimes des conflits, les minorités et les chrétiens en Orient. Sa mission se porte sur l’aide humanitaire, le développement social et la sensibilisation par l’information.

Les réfugiés d’Irak en Jordanie vivent dans une situation désastreuse depuis plus de deux ans : « J’ai à ma charge une famille avec cinq enfants et une personne âgée très malade qui ne peut plus marcher. N’ayant pas le droit de travailler, je ne peux supporter nos dépenses. Nous avons besoin de toujours plus d’aide. » (Boutros, réfugié de Qaraqosh à Amman)

Ces familles ne vivent pas dans les camps, elles sont dans des appartements dispersés dans Amman. A l’écart de l’action des grandes organisations internationales.

Depuis sa création en mai 2016, Noor Solidarity a répondu à cet appel. De l’aide en direct a déjà été apporté à 937 familles lors de deux missions en août puis décembre 2016.

Dans le cadre du programme Primum Vivere, l’aide apportée se décline selon les besoins du moment et les communautés. Cela peut être des coupons de nourriture qui permettent à une famille d’environ cinq personnes de tenir trois semaines. Des coupons pour du lait et des couches pour les enfants de moins de trois ans avec un montant équivalent à un mois d’approvisionnement pour chaque enfant. Des coupons de fioul pour aider les familles à chauffer les appartements, parfois insalubres, lors de l’hiver jordanien. Primum Vivere sous-entend une réponse à des besoins de base urgents et cela peut être des chauffages, des couvertures, des habits….

Noor Solidarity travaille également au développement social des jeunes générations et des femmes. Pour cela une sortie éducative a été organisée en décembre dernier pour permettre à  un groupe d’enfants de sortir de leur quotidien et découvrir un espace ludo-éducatif le temps d’une journée. Cela en attendant de pouvoir développer des projets plus ambitieux dans l’éducation, la formation et l’artisanat.

Lors de ses missions, Noor Solidarity s’attache à toujours donner l’aide en main propre aux familles et en étroite coordination avec les responsables communautaires. Cette proximité avec les familles permet d’obtenir une vision précise de la situation et de mieux comprendre leur histoire et leurs épreuves. Afin de sensibiliser l’opinion, Noor Solidarity retransmet ces témoignages et expériences lors de nombreuses conférences.

L’une de ces conférences aura lieu à la paroisse Saint-Joseph le mercredi 7 juin à 19h30 sur le thème : « L’Orient, foyer chrétien en péril. »

Inscriptions sur le site : www.noorsolidarity.com

Parole et violence

Des centaines de « Espèce de *** », ou « Grosse *** » proférés par WhatsApp, sur Facebook et autre Instagram. Et c’est le suicide d’Emilie, Marion, Bethany, adolescentes et victimes de harcèlement par leurs coreligionnaires. « T’es c.. ! » à sa meilleure amie est affectueux, à sa professeure, injurieux, et à sa mère plus qu’insolant. La violence des mots engendre des maux parfois irrévocables. Même le Pape, à Milan, samedi 25 mars, a demandé aux quatre-vingt mille confirmands : mai più bullismo ! Plus de bullying (harcèlement) d’aucune sorte… 

Par Thierry Schelling
Photos: DR, Ciric
La violence exprimée
Le propre de l’humain, parler, est, comme le dit Salomon, une arme : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue. » (Pr 18, 21) Un adage très actuel : qu’on pense au point Godwin 1, à la télé-réalité 2, au harcèlement à l’école, dans le couple, dans la rue 3… Violence du verbe. Qui souvent précède celle des coups.

Le Centre d’accueil Malley-Prairie écoute les victimes de violences conjugales, et démontre que l’antidote est… la parole. Paradoxalement. Celle qui anéantissait a besoin d’être relâchée par la victime : mettre ses mots4  pour littéralement contredire l’effet mortifère de leur déchaînement par le bourreau. En somme, redonner sens – c’est-à-dire contenu et direction – à sa dignité, par l’expression verbale. Pour reprendre confiance en soi. Comme à l’association Violence Que faire ? qui travaille en amont à la prévention 5.

Mgr Morerod en discussion avec l’une des victimes des religieux de l’Institut Marini, à Montet / FR.
Mgr Morerod en discussion avec l’une des victimes des religieux de l’Institut Marini, à Montet / FR.

Et dans l’Eglise aussi (et enfin !) : Mgr Charles Morerod rend public, le 26 janvier dernier, le rapport sur les enfants placés à l’Institut Marini de Montet 6. Le prélat salue le courage des victimes à parler, alors qu’on le leur avait interdit jadis, et ce de façon traumatisante. Et l’évêque de conclure : « Essayons par tous les moyens de prévenir [ces actes] autant que possible, et s’ils se produisent, d’en parler. » Prévention et expression.

Même attitude sur le terrain : « Je suis comme un catalyseur », confie Jean de Dieu Rudacogora, coordinateur de la diaconie dans l’Ouest lausannois. « Ma présence sur la place du Marché de Renens est à la fois provocante et apaisante pour les gens qui la squattent. S’ils voient en moi l’institution Eglise, alors d’aucuns parfois m’agressent verbalement : « Qu’est-ce que tu fous là ? » Mais un thé chaud à la main, je ne leur offre rien que ma présence. Et ils me remercient, du coup. Et je suis toujours agent pastoral ! »

Une autre « arme » privilégiée par les chrétiens est cette parole, parfois cri, parfois murmure, qui s’élève vers Dieu : la prière. L’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) en a fait son modus procedendi : « Parce qu’elle exclut la haine, la prière fait barrage au déni, à la spirale de la vengeance, à l’oubli », écrit Angela Stival, coanimatrice du groupe œcuménique ACAT à Chavannes-près-Renens. Incluant l’intercession pour les bourreaux autant que pour les victimes, elle évite le clivage et ramène à l’essentiel : « Tous créés à l’image de Dieu, tous ayant la même dignité qui trouve son origine en son créateur. » Et de conclure : « Prier ensemble donne un témoignage crédible à notre suivance du Christ, qui a, ne l’oublions pas, commandé l’amour des ennemis ! »

Parler, prévenir, prier, c’est donc agir non violemment et chrétiennement : « La non-violence, c’est choisir d’aimer, c’est devenir l’égal/e de toute personne. Dieu a voulu cela par Son Incarnation. Et c’est passer au crible chacune de mes décisions en vue d’aimer », résume Sœur Bibianne Cattin, auteure de Pour que la vie l’emporte 7 où elle confie les dix dernières années de sa vie missionnaire à panser (et penser !) les femmes victimes de viol selon la méthode IFHIM.8

1 Probabilité qu’une discussion qui dure et s’échauffe finisse par mentionner les nazis ou Adolf Hitler.
2 L’émission « You’re fired ! » par exemple.
3 Sujets d’au moins un Temps Présent par trimestre !
4 www.ciao.ch par exemple.
5 www.violencequefaire.ch
6 Cf. J. Berset, cath.ch du 26 janvier 2016.
7 Editions Carte Blanche, 2017.
8 www.ifhim.ca

Violence silencieuse

Mais « il y a aussi une forme de violence silencieuse que l’on qualifie parfois de structurelle », explique Jean-Claude Huot, responsable de POMET 9 dans l’Ouest lausannois. « Elle est le fait de structures et de comportements qui oppriment et excluent certaines catégories de la population. Le cercle vicieux qui pérennise la prostitution, la traite des femmes ou des enfants, le mobbying, la pédophilie, l’homophobie, la ségrégation raciale, est aussi possible parce qu’on se tait. » Et de rappeler : « Toute institution court le risque de se rigidifier et d’exclure ou d’opprimer. Mais là aussi résident les forces de résistance, et la capacité de résilience. »10

Dès lors, il est juste de lutter contre la violence, mais par des paroles et des actes non violents qui respectent la dignité de l’autre et qui promeuvent le seul moyen constructif de changement : le dialogue. « Et l’art du compromis », ajoute Jean-Claude Huot. « Ne pas oublier que le conflit fait partie de la vie, qu’il n’est pas à évacuer mais à transformer. Il réclame l’attitude pédagogique du dialogue entre les parties adverses. En démocratie, l’adversaire politique n’est pas un ennemi mais un partenaire de débat ! »

9 Pastorale œcuménique dans le monde du travail.
10 Cf. le travail du Ceras des Jésuites de la Province de France. www.ceras-projet

Violence légitime?

L’Eglise a d’ailleurs considéré une forme de violence comme acceptable dans certains cas bien précis : en dernier recours, face à une injustice objective et interminable ! En 1968, un document est adopté par le CELAM 11 qui exige « des transformations globales, audacieuses, urgentes » sur le continent sud-américain, concluant que cette urgence nourrit une « tentation de la violence compréhensible » de la part d’un peuple abusé pendant trop longtemps.12 Depuis, c’est l’Eglise tout entière qui a recueilli cette expérience et ces réflexions, dans ses grands textes du magistère que sont Gaudium et Spes ou Evangelii nuntiandi et, plus systématiquement, dans son Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise.

« La violence est un mensonge car elle va à l’encontre de la vérité de notre foi, de la vérité de notre humanité. »13 Y renoncer peut avoir avoir un prix : celui de sa vie ! Car la non-violence de Gandhi, Martin Luther King ou Oscar Romero, dans leur constance à dénoncer et à protester, leur a valu… d’être assassinés ! La parole faite chère, le verbe fait chair…

11 Conférence des évêques latino-américains.
12 Informations résumées à partir de M. Löwy, Religion, politique et violence : le cas de la théologie de la libération, éd. Hazan, 1995, pp. 195-204 (consulté dans www.cairns.info le 11 février 2017).
13 No  496 in : Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, Conseil pontifical Justice et Paix, 2005.

20479928Selon Hannah Arendt (philosophe, 1906-1975), exprimer de la violence, sous toutes ses formes, c’est refuser de penser ! Or penser nous rend humains ; exprimer la violence envers autrui ou soi-même, c’est agir en sous-humain. Voilà en substance l’argument puissant de cette fameuse politologue et journaliste allemande. Elle rend légitime l’urgence de la prévention et d’une éducation au dialogue, et insiste sur l’obligation pour les victimes de parler, tôt ou tard.14 « La violence commence là où la parole s’arrête. »

14 Voir le film Hannah Arendt, par M. von Trotta, sorti en 2012.

Par le baptême de renaissance, Dieu nous donne son Nom

Par Frédéric Monnin et François Perroset
Photo: Frank Dölle
Chaque année réserve à nos communautés son lot de surprises, et 2017 sera pour nos deux unités pastorales riche en souvenirs, notamment s’agissant des baptêmes d’enfants en âge de scolarité ou d’adultes. Ainsi, parmi d’autres, voici quelques témoignages glanés çà et là dans les groupes de catéchumènes.

UP Champel/Eaux-Vives (FP)
Dans nos paroisses de Sainte-Thérèse et de Saint-Joseph, nous accompagnons actuellement six enfants entre 9 et 15 ans qui vont recevoir le baptême. Après avoir vécu l’entrée en catéchuménat, ils ont participé à une journée cantonale à Troinex, au cours de laquelle ils ont vécu l’étape de l’Appel décisif.

Kinza, baptisée le dimanche de Pâques à Sainte-Thérèse, aime « découvrir Jésus lors des rencontres de catéchisme ». En effet cette jeune fille de 9 ans vient avec joie et enthousiasme retrouver ses amis du caté le mercredi. Tandis que Leïla et sa grande sœur Saïda, qui aura 15 ans, ont découvert Jésus grâce à leur maman. Ce qu’elles apprécient en Jésus c’est « sa douceur et son amour ». Elles ont été baptisées ensemble lors de la Vigile pascale à Saint-Joseph, en même temps qu’un petit bébé.

Anusha, elle, prend son temps. Elle a vécu l’entrée en catéchuménat en automne 2015, et recevra le baptême en septembre prochain en France. Cette jeune fille, indienne d’origine, découvre « Jésus et Marie en priant à la maison » et aussi « en participant au cours de caté à Saint-Joseph ».

Juan et Pablo, sont deux jeunes frères de 9 et 11 ans. Ils ont demandé à recevoir le baptême suite à des rencontres avec des amis qui ont été baptisés. Bien entourés et accompagnés de leurs parents, les garçons « aiment découvrir Jésus dans la Bible et apprendre à l’aimer en aimant ses parents ». Ils seront baptisés au cours de l’été, car leurs parrains et marraines viennent de loin.

UP Seymaz (FM)
L’UP Seymaz a vécu des fêtes pascales riches en baptêmes, puisque pas moins de 16 baptêmes ont été célébrés (un petit enfant, neuf enfants en âge de scolarité et six adultes). Prises en vrac, les motivations semblent profondes chez les adultes qui demandent le baptême.

Ainsi Fabrice : « Je sens une présence, et un appel qui me conduit à vouloir être l’ami de Jésus… Je désire recevoir les deux plus beaux sacrements : le baptême et le mariage. » Ou encore Floriane : « Depuis que je découvre Jésus, ma vie a profondément changé. » Et Frank : « Faire baptiser mes enfants selon la foi catholique s’imposera comme une évidence. Faire le même choix pour moi-même m’a demandé du temps, et aussi un peu de courage. »

Retraite paroissiale avec le Père Stan Rougier

Du samedi 3 au lundi 5 juin, le Père Stan Rougier sera présent au sein des paroisses de notre unité pastorale pour donner un cycle de conférences sur le thème de « Dieu amour : que fais-tu contre la souffrance des hommes ? »

Le Père Stan Rougier est prêtre du diocèse d’Evry-Corbeil (Essonne) en France. Né le 23 juin 1930 dans les Pyrénées-Atlantiques, il grandit dans le Pays basque. Educateur puis infirmier, il suivra sa formation au séminaire de Versailles et sera ordonné prêtre le 18 décembre 1960. Aumônier de lycée et de scouts, il devient chroniqueur pour plusieurs journaux (La Croix, Panorama,…) et prédicateur à la télévision ainsi qu’à la radio (France culture, le Jour du Seigneur). Il donne de nombreuses conférences, anime des retraites et accompagne des pèlerinages. Il est auteur de nombreux ouvrages. Il donnera une retraite de six conférences.

1. Samedi 3 juin, 10h, à Saint-Joseph
« La souffrance fait partie de la condition de l’homme libre et responsable. »

2. Samedi 3 juin, 16h30, à Sainte-Thérèse, suivie de la messe paroissiale à 18h
« Quand Jésus s’émerveille, Les béatitudes. »

3. Dimanche 4 juin, 9h30, à Saint-Joseph, suivie de la messe paroissiale à 11h
Les deux « rendez-vous » de la souffrance.

4. Dimanche 4 juin, 17h, à Sainte-Thérèse
« La souffrance peut devenir le terreau d’une grande fécondité. »

5. Lundi 5 juin, 10h, à Saint-Joseph
« La souffrance, chemin pris par le Christ. »

6. Lundi 5 juin, 14h, à Sainte-Thérèse
« Appelés à combattre le mal qui écrase nos frères. »

La prison et ses mots

L’aumônerie œcuménique des prisons accompagne un groupe de bénévoles qui rendent régulièrement visite aux personnes détenues à Champ-Dollon, à La Brenaz et à Curabilis. Les bénéficiaires sont souvent des personnes qui n’ont pas de famille ou d’autres connaissances ici à Genève. Ainsi, dans ces «oasis de miséricorde» – pour utiliser une image chère à notre pape François – se tissent des rencontres pétries d’humanité,  au bord de ces puits où il nous est donné de partager nos respectives soifs. Francine nous livre ici son témoignage.

Par Francine Bouchet, Visiteuse bénévole
Photos : DREt le Roi leur répondra : « Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40-41)

Au désert, derrière le mur de l’enceinte l’oasis, comme une promesse, attend le voyageur fatigué.

Derrière le mur de la prison, c’est la souffrance qui attend le visiteur. Elle transpire dans les couloirs qu’ils soient vétustes ou fraîchement construits. Il s’agira de la cueillir, de la respirer, de l’accueillir.

La souffrance est bien là dans la petite salle qui précède le parloir. Ici se prépare la rencontre dans le cœur de chacun : celui d’une mère, d’un père, d’un frère ou d’une amoureuse. Les enfants sont souvent agités pressentant l’importance du moment qui suivra.

Puis, les serrures claquent et les portes s’ouvrent. Il faudra patienter encore un peu avant d’apercevoir les détenus.

Pas précipités, visages radieux, étreintes fortes, le temps de la visite a commencé. Le temps suspendu de la souffrance.

Les regards, les sourires, les mains qui s’effleurent, les mots qui dévalent sont les signes du partage.

Ecoute Israël…

Le lien avec mon prisonnier est comme posé sur la petite table qui nous sépare. Un lien sans enjeu puisque nous ne nous connaissons pas, que nous n’avons pas d’histoire commune. Un lien complètement libre qui se construit au fil des visites.

La visiteuse que je suis reçoit un chapelet de mots qui concernent la vie au quotidien, les conflits, le souvenir de la famille, l’inquiétude du jugement… Je tente d’attraper au vol la patience, la confiance, l’espérance.

Sur le chemin du retour, mes pensées se décantent doucement. Il reste le meilleur, le cadeau que je viens de recevoir de Celui qui veille sur chaque instant de ces rencontres.
« Seigneur, des abysses de l’enfer de Champ-Dollon, tu m’as tendu une torche. Je l’ai saisie pour éclairer le chemin qui mène à toi. Notre rencontre, délicieuse par ta grâce, me vivifie et me fortifie dans ton amour. Puisse cette lumière guider d’autres pas, éclairer d’autres doutes à Champ-Dollon.
Ton amour nous porte et nous transporte hors de toute nuit, hors de tout enfer. Dieu de lumière et d’amour remplis ce lieu de ta généreuse présence. Amen. »

(Prière d’une personne détenue à Champ- préparée et lue à l’occasion du Chemin de Joie – mai 2015.)

Encarnación Berger-Lobato

La rue des Alpes à Fribourg, une petite rue étroite à sens unique, bordée de maisons anciennes qui se blottissent les unes contre les autres. Avant que la rue
ne descende vers le bourg et la cathédrale Saint-Nicolas, je m’arrête au numéro 6: le secrétariat de la Conférence des évêques suisses (CES). Encarnación Berger-Lobato m’accueille dans son bureau au 3e étage de la maison.

Propos recueillis par Véronique Benz
Photos : CESDe la fenêtre de son bureau, Encarnación Berger-Lobato a une magnifique vue sur la vieille ville de Fribourg. Mais la nouvelle responsable du secteur marketing et communication de la CES ne passe pas toutes ses journées à Fribourg. « Je suis tantôt à mon bureau, tantôt dans le reste de la Suisse. Hier j’étais à Saint-Gall à l’Institut suisse de sociologie pastorale. Chaque journée est différente. »

Au-delà des médias

« Mon travail est de conseiller les évêques sur les questions de communication. Je soutiens également les différentes commissions de la CES dans leur tâche de communication. » Encarnación Berger-Lobato insiste sur le fait que la communication ne se résume pas aux médias. « La communication est bien plus importante, les médias ne sont que la partie émergée de l’iceberg. » Elle s’est fixé comme tâche de développer une conscience sur l’importance des aspects de la communication qui ne sont pas les médias. « Dans la communication, il est nécessaire de bien faire les choses. Si on fait les choses rapidement, sans réflexion, cela n’aboutit à rien ou à quelque chose de négatif. On pense toujours que la communication vient à la fin, lorsque tout est décidé. Il faut s’habituer au fait que la communication fait partie du processus de décision, il faut anticiper, préparer la communication. J’aimerais que dans cinq ans, nous en voyions les résultats. En attendant, il faut comprendre pourquoi les choses se font ainsi et convaincre les personnes de changer leurs habitudes, de revoir les processus. C’est parfois un lourd travail de conviction. »

Une des tâches de la nouvelle responsable est d’établir un concept de communication à l’interne. « Par exemple, j’essaie de faire en sorte que les prises de position de la CES soient plus claires et plus unifiées. Ce n’est pas une chose aisée. Il y a un important processus à mettre en place. »

Encarnación Berger-Lobato est également secrétaire de la Commission pour la communication et les relations publiques, une des nombreuses commissions
que compte la CES. Dans ce cadre, le dossier qu’elle est en train de préparer est celui de la communication avec les jeunes. « Qu’est-ce que l’Eglise catholique fait pour communiquer avec les jeunes ? Quelle est la manière dont les jeunes utilisent les médias ? » Une question essentielle qui a été discutée au mois d’avril lors d’une journée spéciale par la commission. Y étaient présents les deux évêques des jeunes, Mgr Alain de Raemy et Mgr Marian Eleganti, et plusieurs experts.

Théâtre et communication

Durant ses études, Encarnación Berger-Lobato a fait du théâtre. « Le théâtre est une communication spéciale. Ce qui m’intéressait dans le théâtre, c’était l’homme. L’être humain est tellement différent, en jouant différents rôles on comprend pourquoi des personnes réagissent de manière différente devant la même situation. Le théâtre est un lieu de connaissance de l’homme. »

Selon Encarnación Berger-Lobato, l’Eglise a inventé beaucoup de choses que nous retrouvons dans la communication. « Qu’est-ce que la publicité sinon quelqu’un qui donne sa parole que le produit qu’il présente est bon ? Les apôtres n’ont-ils pas fait la même chose avec l’Evangile ? Le sponsoring n’est-il pas la suite de ces mécènes de l’Eglise qui mettaient leurs armoiries au bas des œuvres d’art ? Naturellement, certaines choses ne sont pas identiques, mais le marketing trouve ses origines dans l’histoire de l’Eglise. » La communication et l’Eglise : un binôme qui a encore un grand avenir !

La CES

La Conférence des évêques suisses (CES) a été fondée en 1863. Elle a été la première assemblée d’évêques à se réunir régulièrement, avec une structure juridique propre et une fonction de direction ecclésiale.
Plus d’informations sur www.eveques.ch

Biographie

Née à Berne de parents espagnols, Encarnación Berger-Lobato est mariée et maman d’une fille. Après des études à Bologne, elle a travaillé à l’Office fédéral de la culture. Elle a dirigé durant 15 ans le secteur « Marketing et Communication » de la Caisse fédérale de pensions PUBLICA et du Berner Bildungszentrum Pflege. Depuis août 2016, elle est la responsable du nouveau secteur « Marketing et Communication » de la Conférence des évêques suisses.

Assemblée générale 2017

L’assemblée générale de notre communauté s’est tenue lundi 13 mars à la salle de Fleury. 

Par André Bourqui et Sylvie Humbert
Photo : DRLa participation était bonne, notre président ayant annoncé le menu la veille. C’est le vote d’un don pour la construction de l’église de Gland qui a motivé les paroissiens. En effet, outre les rapports annuels des responsables des différents dicastères, les comptes bénéficiaires et le budget, nous avons voté pour autoriser le Conseil de communauté à verser 20’000 francs pour la construction du nouvel édifice.

Notre communauté est la plus ancienne de l’unité pastorale après celle de Nyon. Elle était associée à celle de Gland avant que celle-ci ne construise sa propre église en 1977, la population glandoise ayant fortement augmenté. Notre communauté a bénéficié durant de nombreuses années du support de celle de Gland et nos liens sont restés très étroits.

Un don pour Gland
Chaque communauté est responsable de sa gestion financière, mais l’entité juridiquement responsable et propriétaire de l’argent est la paroisse de Nyon. Nous ne sommes que les gestionnaires de la paroisse, responsables d’un secteur géographique. Un projet de construction est donc d’abord celui de la paroisse, et il est soutenu par les communautés. Nous en avons d’ailleurs fait l’expérience puisqu’il a fallu attendre de nombreuses années jusqu’à ce que la paroisse de Nyon accepte l’investissement pour notre chapelle de Begnins. A l’époque, le curé jugeait plus judicieuse la construction d’une église à Gland au regard de l’essor démographique. Nous avons aujourd’hui une vraie église et Gland a toujours sa baraque de chantier !

Notre communauté a reçu il y a plus de 25 ans une donation d’environ 12’000 francs de l’abbé Rouyet, qui résidait à Begnins. Cette somme s’élève aujourd’hui à environ 21’000 francs avec les intérêts. Selon les vœux du donateur, cette somme était destinée à la construction d’une extension de notre chapelle afin d’y adjoindre une salle. Ce projet de construction est maintes fois revenu à la surface, mais son coût est trop élevé, d’autant que la commune de Begnins met à notre disposition les locaux dont nous avons besoin. Il nous a ainsi semblé juste de donner cette somme pour la construction de l’église de Gland. L’abbé Rouyet, pensons-nous, aurait approuvé cette décision.

Ce don a été accepté à l’unanimité moins une abstention. Etant donné l’état de nos finances, l’assemblée a demandé d’étudier la possibilité de faire un autre don de 20’000 francs l’an prochain.

Soutien à la République dominicaine
Un autre sujet était à l’ordre du jour : le renouvellement de notre prêt de 40’000 francs à l’Ecumenical Loan Fund (ECLOF). Cette organisation, basée au centre œcuménique des Eglises à Genève, a été la première à faire du microcrédit à destination des plus pauvres dans le monde – bien avant Muhammad Yunus, qui a reçu le prix Nobel de la paix pour cela. Elle a construit une structure d’aide locale qui permet d’analyser les projets et de les soutenir. Le taux de remboursement est supérieur à celui de toute autre banque de crédit au monde.

Il y a une dizaine d’années, le prêt moyen par personne était de 250 dollars américains; l’an dernier, il était de 400 dollars. La durée moyenne d’un prêt est de trois à quatre mois, c’est-à-dire que notre argent est prêté trois à quatre fois par an. Avec nos 40’000 francs, nous aidons donc environ 300 familles par an en République dominicaine sans pour autant diminuer notre capital. Le renouvellement pour trois ans a été accepté à l’unanimité.

Si vous désiriez plus d’informations sur l’ECLOF, la communauté de Begnins se tient à votre disposition.

En librairie – avril 2017

Par Claude Jenny

A lire…

mon-pere« Mon Père, je vous pardonne »

Véritable phénomène médiatique depuis sa sortie en février, le livre-confession du Fribourgeois Daniel Pittet relate, avec moult détails, les viols qu’un capucin lui a fait subir alors qu’il était enfant. Un demi-siècle après les faits, ce livre ambitionne de permettre aux autres victimes d’actes de pédophilie, de libérer leur parole. Une démarche incitative, encouragée par l’évêque du diocèse. Un livre coup de poing, longuement préfacé par le pape et complété par une intéressante interview du violeur, réalisée conjointement par Micheline Repond et Mgr Morerod.

ame_du_violon«L’Âme du Violon»

Thierry Lenoir est un auteur prolixe. Mais cet écrivain à succès nous surprend cette fois en laissant parler le violoniste qu’il est aussi. Le résultat ? « L’âme du violon – pour que chante la vie ». L’auteur voit l’instrument comme un miroir, une porte d’accès au monde invisible. Un outil pour atteindre l’« être spirituel » et une recherche de la beauté par la symbolique du violon. Superbe !

chemin«Chemin de croix»

Un chemin de croix écrit pour l’hebdomadaire Pèlerin par Dominique Quinio, ancienne directrice de La Croix. Une belle méditation due à la plume d’une femme qui a toujours mis en lumière une actualité souvent sombre. Un ouvrage superbement illustré par Corentin Fohlen, photographe renommé.

fabrique« La fabrique des prêtres »

Un pavé de l’historien tessinois Lorenzo Planzi : « recrutement, séminaire, identité du clergé catholique en Suisse romande – 1945/1990 »). Une thèse pertinente pour comprendre les mutations survenues dans le clergé durant presque un demi-siècle : les changements enregistrés depuis le recrutement jusqu’à l’expérience du ministère, en passant par les années de séminaire. Sociologiquement intéressant et fouillé.

bernadetteLa collection « Petite Vie », publiée désormais sous le label Artège Poche, sort en ce début mars une première série d’ouvrages consacrée à de grandes figures de l’Eglise. A commencer par sainte Bernadette de Lourdes, mais aussi saint Vincent de Paul, saint François d’Assise, le curé d’Ars, ou encore Joseph Wresinski, combattant infatigable d’ATD Quart Monde. D’autres parutions de cette collection sont annoncées pour juillet.

Infos

Ouvrages disponibles notamment dans les librairies Saint-Augustin de Saint-Maurice (avenue de la Gare, tél. 024 486 05 50, librairievs@staugustin.ch) ou de Fribourg (rue de Lausanne 88, 026 322 36 82, librairiefr@staugustin.ch)

Les femmes docteurs de l’Eglise

Par Olivier Roduit

L’Eglise a attribué officiellement 36 fois le titre de docteur de l’Eglise à des saints théologiens auxquels elle reconnaît une autorité particulière en matière de doctrine. Les critères sont la sûreté de leur pensée, la sainteté de leur vie et l’importance de leur œuvre. Durant ces cinquante dernières années, quatre femmes de « doctrine éminente » ont vu celle-ci reconnue par les papes.

L’amour prend patience

C’est dans l’hymne à la charité (1 Co 13), dit le pape François, que l’on trouve les caractéristiques de l’amour véritable. Dans Amoris Laetitia, il les énumère et les explique, en commençant par la patience 1.

Par Bertrand Georges
Photo : 
pixabay.comLa patience est communément comprise comme l’état d’esprit de celui qui sait attendre en gardant son calme. La vie de famille ne manque pas d’occasions pour exercer ou développer cette qualité : « Pour faire un homme, mon Dieu que c’est long », dit la chanson, et les parents aussi parfois ! Quant aux enfants, ils apprennent la patience face aux attentes souvent légitimes mais pas toujours comprises de leurs parents, ou dans les moments de fatigue ou de tension que ceux-ci traversent. Et que dire des capacités physiques ou cognitives parfois bien diminuées des plus anciens ? Chacun dans la famille doit apprendre la patience… patiemment !

La Bible attribue cette qualité à Dieu. La patience décrit sa capacité à être lent à la colère, riche en grâce et en fidélité. 2 « En même temps qu’on loue la pondération de Dieu pour donner une chance au repentir, on insiste sur son pouvoir qui se manifeste quand il fait preuve de miséricorde », explique le Pape, qui nous invite nous aussi à prendre patience en ne nous laissant pas mener par les impulsions et en évitant d’agresser. Mais attention, précise le pape François : avoir de la patience ne consiste pas à permettre qu’on nous manque de respect ou qu’on nous maltraite. Pour lui, l’impatience, qui génère souvent un climat de tension, naît lorsque nous exigeons des autres qu’ils soient parfaits. Patienter consiste parfois à reconnaître que l’autre a le droit de vivre près de moi tel qu’il est, même s’il ne peut pas m’apporter tout ce que j’espère.

La patience, qualité divine qui, du côté des hommes, est implorée dans la prière qui s’impose dans la prière et s’exerce au quotidien, comporte pour chaque membre de la famille une part de compassion qui pousse à accepter l’autre tel qu’il est tout en invitant chacun à changer ce qui peut l’être.

« L’amour prend patience », dit saint Paul. 3 Une bien belle façon d’aimer vraiment !

1 Cf. Amoris Laetitia (AL) no 91, 92
2 Ex 34, 6
3 1 Co 13, 4

Ma joie de servir en Eglise!

Par Véronique Denis, Théologienne
Photos : SDC/SionAu moment où j’écris ces quelques lignes, je participe à une session à Fribourg qui nous a permis de réfléchir sur les différents ministères en Eglise. Nous voilà au cœur du sujet !

Quelle joie pour moi, en relisant les textes du Concile Vatican II, en partageant avec notre évêque, Mgr Jean-Marie Lovey, en rencontrant les étudiants de l’IFM (Institut de Formation aux Ministères) et les séminaristes, d’être confortée dans cette conception de l’Eglise où les ministères sont différents mais tous nécessaires et indispensables à l’édification de l’Eglise. C’est dans ce contexte que je vous partage ma joie de servir en Eglise.

Après cinq ans d’études à l’université de Fribourg, j’ai pu, au sein de la communauté des Missionnaires du Sacré-Cœur à la Villa Vandel à Châtel Saint-Denis, débuter mon engagement de théologienne. Durant ces dix premières années, les mots « collaboration-reconnaissance-respect » des ministères des uns et des autres ont coloré mes activités diverses. Ce temps de vie en communauté m’a aussi permis de vivre une expérience spirituelle forte qui me porte encore aujourd’hui.

A mon retour dans le diocèse, Mgr Brunner me propose une insertion à la paroisse du Sacré-Cœur à Sion pour œuvrer en catéchèse et à l’animation des célébrations. Puis, à Notre-Dame du Silence, nous avons essayé de faire de cette maison un lieu d’accueil et de formation où chacun se sente à l’aise et accueilli. Enfin, au Service diocésain de la Catéchèse et au sein de l’Equipe du Parcours de Formation THEODULE (anciennement FAME), j’ai la chance d’œuvrer en collaboration les uns avec les autres.

En 25 années, je n’ai qu’un seul mot : MERCI ! Car j’ai la chance et l’immense joie de pouvoir collaborer avec des évêques, des prêtres, des religieux, des religieuses et des laïcs qui me font confiance, reconnaissent mes charismes et me permettent de prendre ma place dans la joie du service. Mes activités sont très variées mais dans toutes les rencontres et les relations, la joie de servir en Eglise me comble chaque jour un peu plus.

Je termine ce témoignage en évoquant ce qui fonde mon engagement : ma vie de prière. Le matin, avant de partir d’Ovronnaz, et le soir, à mon retour, je m’unis
à la vie de l’Eglise avec la Prière du Temps Présent. Les Psaumes, la Parole de Dieu, les intentions de prière me greffent sur le Christ, en communion avec l’Eglise universelle, l’Eglise diocésaine et paroissiale. Voilà ma joie de servir en Eglise.

Une galerie de portraits saisissants

Par François-Xavier Amherdt
Photo : DR
L’Association biblique catholique de Suisse romande (l’ABC) va consacrer pour la deuxième fois sa session d’été à la Pelouse-sur-Bex, du 28 juin au 2 juillet, aux « femmes de la Bible », en collaboration avec le Service de catéchèse du canton de Vaud, avec, durant l’année pastorale 2017, une exposition et des soirées-conférences.

C’est que les Saintes Ecritures offrent une galerie infinie de magnifiques portraits, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament :

– Eve, la mère des vivants, et Marie, la mère de Dieu, mère du Christ et de l’humanité ;

– Sara, Rébecca et Rachel, « matriarches » et sources du peuple d’Israël ;

– Ruth, l’ancêtre de Jésus, selon la généalogie de Matthieu ;

– Judith et Esther, les combattantes qui jouent de leurs charmes et de leur courage pour sauver la nation sainte ;

– Elisabeth, qui révèle à sa cousine Marie en visitation chez elle l’inconcevable bénédiction dont celle-ci est bénéficiaire, et donne au monde le Précurseur, Jean le Baptiste, le plus grand des enfants des hommes ;

– Marthe et Marie, les amies du Fils de l’homme qui, à elles deux, conduisent l’humanité des préoccupations autocentrées vers l’écoute de la Parole ouvrant à l’essentiel ;

– la femme pécheresse en Luc, la Samaritaine et la femme adultère en Jean, qui se laissent engendrer par leur rencontre avec le Fils de Dieu ;

– les groupes de femmes accompagnant Jésus durant son ministère, notamment dans le 3e Evangile, jusqu’au pied de la croix ;

– Lydie et toutes les témoins de la foi dans les Actes des Apôtres,…

La liste est longue de ces croyantes bibliques : croyantes au participe présent, car la plupart du temps, leur foi dure et tient, contrairement à la versatilité des apôtres et des disciples hommes. C’est encore le cas aujourd’hui, à voir le feu qui anime tant de catéchistes et d’engagées en pastorale. Que l’Eglise institution, femme et mère, leur accorde une place toujours plus effective dans l’exercice des responsabilités apostoliques, selon le vœu du pape François !

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