Retour sur une Patronale mémorable

Photo : J.-F. Baril

Le dimanche 25 janvier dernier, la fête patronale de la Conversion de saint Paul a réuni une grande et belle assemblée pour la messe solennelle de 10h30.

A dimanche exceptionnel, souvenirs exceptionnels : une église décorée avec goût ; une assemblée de toutes les couleurs et de tous les âges ; une liturgie, fervente et joyeuse, embellie comme rarement par l’animation musicale de la chorale renforcée par les voix du petit chœur et soutenue par l’accompagnement d’un jeune organiste de talent ; une homélie vigoureuse et missionnaire de Frère Nicolas-Jean ; la petite troupe de l’éveil à la foi et une demi-génération plus loin, les jeunes du groupe Pier Giorgio Frassati, affairés en cuisine depuis le matin pour préparer le premier repas des esseulés du dimanche ; l’apéritif toujours enjoué à la sortie…

Une fête patronale qui restera, c’est certain, dans les mémoires. Bien sûr, parce qu’elle s’est inscrite dans l’histoire – plus que centenaire maintenant – de la paroisse Saint-Paul, mais aussi parce qu’en même temps qu’un épisode fondamental de l’histoire chrétienne, sur le chemin de Damas, la communauté paroissiale a également célébré – et avec quel entrain ! – le souffle qui l’anime, et qui fait d’elle une communauté vivante, où chacun chante ou joue sa partition en quête d’harmonie, dans une symphonie bien plus que paroissiale !

Celui qui murmurait à l’oreille…

Résurgence d’une tradition moyenâgeuse ou réponse à un besoin croissant ? L’abbé Romain Gajo, prêtre exorciste dans le Jura pastoral, a exploré la nature de la libération spirituelle et de l’exorcisme dans le contexte contemporain lors d’une conférence à la paroisse de Corsier, fin janvier.

Texte et photos par Myriam Bettens

« Je ne sais pas si c’est parce que la thématique est revenue au goût du jour… », s’interroge une participante en guettant la réaction de sa voisine. Cette dernière, tout en se retournant pour jeter un regard circulaire à l’église de Corsier, complète l’interrogation restée en suspens : « … en tout cas c’est plein ». Tous attendent la venue de l’abbé Romain Gajo. Exorciste durant huit ans dans le Jura pastoral, il est venu à Genève à l’invitation de l’Unité pastorale Arve-Lac présenter une conférence traitant de « L’exorcisme aujourd’hui ».

Sentant que cet intérêt pourrait avoir une connotation plus personnelle, le président du conseil de paroisse enjoint les participants à ne pas faire état de préoccupations individuelles durant cette conférence. La précaution n’est, semble-t-il, pas inutile, car comme l’indiquera ensuite l’invité, « les demandes d’exorcisme sont partout en augmentation ». Pour étayer son propos, le prêtre se base sur des données « qui circulent en interne de manière confidentielle » et sur sa propre pratique, en l’absence de chiffres publiés par les diocèses. « Je reçois entre trois et quatre demandes par semaine », mais seules un à deux pour cent de celles-ci mènent à un exorcisme. « Ils sont donc rares et c’est rassurant ».

Le conférencier corrèle l’augmentation de cette demande à une croissance des pratiques occultes favorisées par ce qu’il appelle le « tournant Harry Potter » : La sorcière n’effraie plus, elle séduit. S’ajoute à cela un vide spirituel entretenu par le déclin de la pratique religieuse et un commerce explicite des sorts mettant en avant l’efficacité et l’immédiateté. « Aujourd’hui on peut payer quelques centaines de francs pour maudire une personne et le pire, c’est que ça marche ! ». Du moins, en apparence, car « le Mal produit un effet «  boomerang  » encore plus violent pour l’émetteur et le bénéficiaire du sort ». L’Eglise appelle donc à une grande prudence, car toute pratique spirituelle a son envers. Mais pas de pensée binaire dans les affirmations de Romain Gajo. L’important est de toujours discerner l’origine, l’intention et les effets d’une pratique.

Il en va de même pour son mandat de libération spirituelle et d’exorcisme. « On ne s’autoproclame pas exorciste. Le discernement est rigoureux et la collaboration médicale indispensable. » Formé par Don Gabriele Amorth, exorciste en chef au Vatican avec plus de cinquante ans d’expérience, il détaille méthodiquement les « stades de l’influence démoniaque », distingue les types d’exorcismes, puis propose les réponses pastorales que l’Eglise peut donner face à ces réalités spirituelles : Renforcer la vie sacramentelle, clarifier les portes d’entrée du mal et les risques, comprendre ce qui séduit dans l’ésotérisme, promotion des ministères de guérison.  L’ensemble est porté par une forte exigence de discernement, de collaboration avec le corps médical et de prudence face au sensationnel. Il insiste encore : « le Démon n’a pas d’autorité propre, seulement une permission. Dieu demeure souverain en tout temps »

En 2014, l’abbé Gajo a reçu de son évêque le mandat de libération spirituelle et d’exorcisme.

Handicaps et foi: témoignages de paroissiens

Afin de donner la parole à celles et ceux qui vivent ou côtoient le handicap, nous avons recueilli les témoignages de trois paroissiens de Sainte-Thérèse. Ils ont eu la gentillesse de nous accueillir pour ce moment de partage.

Propos recueillis par Ludivine Perret-Gentil et Anne Plagnat | Photos : DR

Charlotte Girard

Charlotte Girard exerce comme rhumatologue aux Hôpitaux Universitaires de Genève, où elle soigne des adultes et des adolescents atteints de maladies rares.

Avez-vous un passage biblique ou une parole spirituelle qui vous accompagne dans votre quotidien avec les patients ?
Peut-être ce verset (41.10), du livre du prophète Isaïe, qui dit : « Ne crains pas : je suis avec toi ; ne sois pas troublé : je suis ton Dieu, je t’affermis ; oui, je t’aide, je te soutiens de ma main victorieuse. » Il nous rappelle la présence de Dieu, sa constance et sa force, qui nous porte dans l’épreuve de la maladie, et nous invite à garder confiance.

Qu’est-ce que votre foi vous apporte dans votre rapport à la maladie / au handicap et avec vos patients ?
D’abord l’importance de l’écoute, qui est déjà en soi une thérapie. Par ailleurs, en dépit de bases de travail cartésiennes, je suis profondément persuadée de l’influence majeure de la confiance et de l’espérance dans l’évolution de la maladie. Je ne cache jamais à mes patients les vérités souvent difficiles à entendre quant aux complications éventuelles de leur maladie ou aux risques inhérents à leur traitement, mais en point de mire je garde l’objectif ultime de la prise en charge, qui sera toujours celui d’une qualité de vie meilleure, et les rassure en leur rappelant qu’ils seront accompagnés dans cette épreuve.

Y a-t-il une rencontre avec un patient ou une famille handicapée qui vous a particulièrement marquée dans votre parcours ?
Peut-être celle de Laure, 23 ans, lourdement atteinte physiquement et psychiquement dans sa santé, qui m’a gratifiée d’une accolade au terme de notre dernière consultation, qui en dit long sur le chemin parcouru ensemble depuis notre première rencontre.

Dans quelle mesure la dimension spirituelle est-elle prise en compte par les soignants ?
Chacun de nous reste globalement assez discret dans sa manière d’appréhender la spiritualité dans sa pratique quotidienne. Il n’est pas rare en revanche que les patients évoquent eux-mêmes leur foi et qu’elle soit reconnue comme une ressource par les soignants.

Virginia Possa

Virginia Possa est ancienne aumônière et auxiliaire bénévole des aumôneries des HUG depuis 2020.

Avez-vous un passage biblique ou une parole spirituelle qui vous accompagne dans votre quotidien / les personnes que vous rencontrez ?
Bien sûr, le passage qui m’accompagne dans ma vocation d’accompagnement spirituel est celui de Matthieu 25, 35-36 et 40. Ces versets reflètent ce que le Christ nous demande ; être et agir auprès des plus faibles en son nom. 

Aux HUG, comment accompagnez-vous des personnes handicapées ou malades dans leur chemin de foi ?
J’approche le patient là où il est, dans son handicap, quel qu’il soit. J’accompagne la personne dans ses besoins relationnels et spirituels à travers une présence et une écoute attentive. La prière et la communion, quand c’est possible, sont des temps intenses et profonds. 

Comment travaillez-vous avec les équipes médicales pour prendre en compte la dimension spirituelle du patient ?
Le personnel soignant est très attentif aux besoins spirituels de chaque patient. Il nous transmet la demande du patient ou de sa famille afin que nous puissions répondre au mieux à chaque situation.

Avez-vous un souvenir d’une expérience de foi vécue avec une personne handicapée qui vous a particulièrement marquée ?
J’ai accompagné un patient handicapé pendant de longs mois. Au début, seule la langue espagnole nous reliait. C’était de l’écoute et de la présence car il n’avait ni famille, ni amis. Au fil du temps et des visites, la dimension spirituelle est devenue de plus en plus présente. Nous avons commencé à prier ensemble et à partager la parole de Dieu. Plus tard, il a demandé à recevoir la communion et le sacrement des malades. Un jour il m’a confié : « La foi m’a redonné ma dignité d’être humain. »

Comme croyante, tous les échanges et les récits de vie que j’ai entendus m’aident à grandir dans ma foi, à être plus près de l’être humain en souffrance, au nom du Christ.

M. Cividino

M. Cividino est un paroissien de Sainte–Thérèse, malentendant de naissance et malvoyant depuis l’âge de trente ans, père de deux enfants.

Y a-t-il une personne ou une rencontre spirituelle qui vous a marqué ?
En 1982, avec un groupe de malentendants, j’ai assisté à la messe célébrée par le pape Jean-Paul II à Palexpo lors de son voyage apostolique à Genève. Par un concours de circonstances, il se trouve que c’est le Pape en personne qui m’a donné la communion ! C’est un moment fort dont je me souviens avec émotion.

Quel est votre parcours de croyant ?
Originaire du Jura, toute ma famille était très croyante, aussi l’Eglise a toujours occupé une grande place dans ma vie. Petit, j’étais servant de messe, comme mon père avant moi et mon fils… après moi ! La foi m’a aidé à supporter les épreuves et elle me guide dans mon attitude face à la vie.

Quelle place occupe la communauté chrétienne dans votre vie ? 
J’apprécie la communauté chaleureuse et amicale de Sainte-Thérèse, j’y connais des personnes depuis des années. Quand nous sommes arrivés en 2004, les liens se sont noués par le biais de la catéchèse que mes enfants suivaient puis ils se sont renforcés. Ma femme est active dans la paroisse, elle chante dans le Chœur mixte et ma fille à la Maîtrise. 

Une foi à déplacer les montagnes

Par Pascal Ortelli | Photo : DR

Evoquant le handicap, je me surprends encore à songer spontanément au manque ou à la différence. Pourtant, les personnes que j’ai rencontrées en situation de handicap m’ont souvent déplacé là où je ne m’y attendais pas. Leur foi, empreinte de simplicité et de persévérance, m’a marqué par son abondance. Elle est venue révéler, en creux, mes propres manques. Il se vit là un véritable geste d’inclusion, mais aussi d’évangélisation à rebours : ce ne sont pas seulement des personnes à accompagner, mais avant tout des croyants qui nous enseignent.

Le récent colloque « Handicap et foi » à Fribourg l’a rappelé avec justesse : dans la Bible, la fragilité n’empêche ni l’appel ni la mission. Jacob demeure boiteux, Moïse piètre orateur, et pourtant Dieu fait route avec eux. La foi ne supprime pas les limites, elle les traverse.

Accueillir le handicap, n’est-ce pas accepter que l’Eglise se laisse déplacer hors de sa zone de confort ? Et si la foi capable de déplacer les montagnes commençait, tout simplement, par déplacer notre regard ?

Vivre sa foi avec un handicap

Souvent, les fauteuils roulants sont « parqués » devant l’autel ou dans les allées.

Comment promouvoir la pleine participation et l’inclusion des personnes en situation de handicap dans nos communautés paroissiales ? A la suite du colloque « Handicap et foi », organisé conjointement par le Centre œcuménique de pastorale spécialisée (COEPS) et l’Université de Fribourg, qui a eu lieu au mois de janvier 2026, nous vous proposons une plongée dans cette pastorale spécialisée et ses défis. 

Par Véronique Benz | Photos : DR, Unsplash, Pixabay

« Comment se fait-il que nos centres commerciaux prévoient des places de parc pour les personnes en situation de handicap alors que, dans nos églises, nous n’avons pas de lieu spécifique pour les accueillir ? », a constaté Michel Steinmetz, directeur de l’Institut de Sciences liturgiques de la faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Le prêtre a relevé que souvent les fauteuils roulants étaient « parqués » soit devant l’autel soit dans les allées. Pourtant les personnes handicapées ne sont-elles pas baptisées comme les autres ? 

Le handicap dans la Bible

Catherine Vialle, professeure à l’Université catholique de Lille, a montré que le handicap était présent dans la Bible. Les grandes figures fondatrices sont des personnes en situation de handicap : Jacob est boiteux et Moïse souffre de difficulté d’élocution (cf. le livre de la Genèse). Le handicap de Jacob et celui de Moïse ont été le lieu d’une ouverture à l’autre. Ce n’est qu’après son combat avec l’ange que Jacob peut s’ouvrir à la reconnaissance de l’altérité et rencontrer son frère. Ce qui est frappant dans ces récits est le fait que ni Jacob ni Moïse ne sont guéris de leur handicap. Ils accomplissent leur mission avec leur handicap.

Ce n’est qu’après son combat avec l’ange que Jacob peut s’ouvrir à la reconnaissance de l’altérité.

L’expérience de l’asymétrie 

Thierry Le Goaziou, directeur de l’Association d’amis et de parents de personnes handicapées mentales du département de la Nièvre (France), a proposé une théologie de l’acceptation. Il a relevé que la rencontre avec une personne en situation de handicap est toujours une expérience perturbante. « Ce trouble provient de la peur de la différence, mais aussi de la crainte de la ressemblance. »

Carolina Leitao, coach de vie malvoyante avec la maladie des os de verre, nous invite à une juste relation à soi. « Nous sommes appelés à la sainteté, mais non à être parfaits. Il faut apprendre à s’accepter tel que nous sommes et pas tels que nous voudrions être. » Pour elle, l’acceptation est une attitude générale qui nous permet de regarder le handicap en face sans le diminuer ni l’augmenter. « Il faut accepter d’être acceptés même et surtout si nous nous sentons inacceptables. »

Etre créatifs

La catéchèse est la même pour tous et à tous les âges de la vie, mais sa pédagogie doit être adaptée à chacun. Christophe Sperissen, prêtre du diocèse de Strasbourg, aumônier auprès de personnes en situation de handicap, a parlé de la créativité en catéchèse spécialisée. « La créativité, c’est faire preuve de courage et d’audace, mais ce n’est pas faire n’importe quoi. Elle doit être au service de la Parole de Dieu. Elle doit nous aider à entrer dans l’imagination, à stimuler l’affection, à se sentir impliqués dans l’histoire du Salut et elle doit rendre contemporains et actuels les mystères de la foi », a souligné le prêtre de Strasbourg. « La créativité, ce n’est pas faire pour les personnes handicapées, mais c’est faire avec elles. Dans la catéchèse spécialisée, nous n’accompagnons pas seulement les personnes en situation de handicap, mais aussi tous les professionnels qui les encadrent. »

Une Eglise à bâtir ensemble

Durant le colloque, plusieurs expériences de ce qui se vit avec les personnes en situation de handicap ont été présentées. En voici quelques exemples :

L’Arche en Suisse
« Comment est-ce que des personnes avec un handicap peuvent-elles donner la vie lors de temps spirituel ? », s’est questionnée Virginie Kieninger, responsable nationale de l’Arche suisse. Elle a cité l’exemple d’Anne, qui ne peut parler qu’à travers un ordinateur. Avec l’aide de son accompagnatrice, elle a cherché son élan intérieur. Après deux jours, Anne a pu écrire : « Je veux partager l’arc-en-ciel qui est à l’intérieur de moi. » Elle a ensuite présenté cet élan devant les autres grâce à une gestuelle et des foulards. Les mots sont limités, mais Anne a pu exprimer son élan de vie à la communauté. 
Site : http://arche-suisse.ch

La fraternité diocésaine des amis de saint André Hubert Fournet à Poitiers
Cette fraternité est née à la suite d’un appel à la vocation d’un jeune handicapé. Il voulait devenir prêtre, mais en raison de son handicap, ses parents lui avaient dit qu’il ne pourrait pas. Le jeune homme handicapé a interpellé son évêque qui l’a écouté et a mis sur pied un groupe de travail. Après 10 ans de réflexion, la fraternité des amis de saint André Hubert Fournet est aujourd’hui florissante. Chaque membre de la fraternité, à la suite de sa consécration, reçoit selon son charisme et ses possibilités une mission spécifique. 
Site : www.poitiers.catholique.fr

Le SPRED à Chicago
Joe Quane, directeur exécutif de SPRED (Special Religious Developpement), a présenté ce programme diocésain composé de groupes paroissiaux de bénévoles qui offrent une amitié individuelle et une vie spirituelle aux personnes avec une déficience intellectuelle. Au cœur de cette méthode se trouvent les liens d’amitié et les relations personnelles profondes au sein d’une communauté, à travers lesquelles les catéchistes, sous la conduite du Saint-Esprit, accompagnent les autres dans la découverte de la foi. La méthode SPRED permet aux personnes en situation de handicap d’être des membres à part entière de leur communauté paroissiale. 
Site : www.spred-chicago.org

Devenir corps du Christ en fauteuil

Patrick Talom a fondé le cabinet de conseil sur le handicap et le Groupe de recherche transversal sur le handicap en Afrique.

Patrick Talom est théologien pluraliste du handicap. Il a fondé le cabinet de conseil sur le handicap et le Groupe de recherche transversal sur le handicap en Afrique. Il est chargé d’enseignement à l’Université catholique de Lille. A l’âge de 26 ans, suite à un accident, tout bascule. « Pendant 10 ans, je suis resté dans un trou noir à chercher, à comprendre ce qui se passait. A 36 ans j’ai fait le choix de me former à l’université. Mon fauteuil est un lieu d’appel à la sainteté et à l’amour. Même dans un fauteuil, je suis encouragé à être heureux et à prendre ma place dans l’Eglise. La Parole de Dieu est aussi faite pour moi avec mon handicap. L’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Je suis aimé de Dieu. J’ai un rôle à jouer. » Pour Patrick Talom la question n’est pas de savoir si les autres lui donnent sa place, mais de la prendre.

La foi des proches (Marc 2, 1-12)

Ce qu’il y a de frappant dans la version selon Marc de la guérison du paralytique, c’est la détermination des quatre hommes qui l’apportent à Jésus.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

Ce qu’il y a de particulièrement frappant dans la version selon Marc de la guérison du paralytique, c’est la détermination des quatre hommes qui l’apportent à Jésus. Et qui, devant l’afflux de la populace, vont même jusqu’à ménager une ouverture dans le toit pour le descendre devant le Fils de l’homme. C’est « en voyant leur foi » que le Christ remet les péchés du handicapé et le guérit (2, 5). La solidarité fait vraiment des miracles : la sollicitude des proches aidants réalise des merveilles.

Et surtout, les personnes en situation de handicap occupent une place essentielle dans nos communautés. Elles nous rappellent que notre état de santé est un pur cadeau dont nous sommes les bénéficiaires, que le handicap n’est pas le fruit d’une « punition divine » pour une faute, cachée ou avouée, et que nous devons tout faire pour promouvoir l’inclusion et la participation de toutes et tous dans nos assemblées.

Mais alors, pourquoi Jésus commence-t-il par libérer le paralytique de ses péchés, en s’attirant de ce fait les foudres des scribes ? Car pour ces derniers, seul Dieu peut remettre les fautes. Le Rabbi de Nazareth nous apporte toujours une délivrance globale, aussi bien spirituelle que physique. Le plus important demeure le soulagement de nos âmes et de nos cœurs et la libération exceptionnelle de la paralysie advient comme un signe de l’avancée du Royaume parmi nous. Du reste, tout prêtre peut pardonner les péchés, mais les guérisons miraculeuses restent rares : elles sont là pour attester que l’Esprit est à l’œuvre en cet âge.

Par notre proximité avec les personnes en situations de handicaps, nous leur octroyons le rôle qui leur revient comme témoins d’espérance. Nous nous associons à leur prière et à leur chemin. Et surtout, nous recevons d’elles bien plus que nous pouvons leur apporter.

Car souvent elles font preuve de bien plus de conviction que nous et elles traversent les épreuves placées sur leur route avec d’autant plus de persévérance qu’elles dépendent en grande partie des autres. Elles concrétisent la parole de saint Paul : « C’est quand je suis faible que je suis fort » (2 Corinthiens 12, 10) en se laissant façonner par la grâce du Seigneur et en gardant dans leur cœur l’ancre du salut, en tant que pèlerin(e)s d’espérance. L’année jubilaire qui vient de s’achever nous l’a abondamment rappelé.

Inclusion

Par Thierry Schelling | Photo : DR

Le 13 septembre 2025, discrètement mais non sans conviction, une note du Saint-Siège appelée rescriptum ex audientia sanctissimi – un rescrit ou acte administratif par écrit issu d’une audience avec le Pape – était publiée par la Salle de presse vaticane. Elle annonçait que le Secrétaire d’Etat avait eu audience avec Léon XIV en août et avait eu son approbation à la modification du règlement d’emploi des actifs dans la Curie romaine, ouvrant ainsi la possibilité de travail au Saint-Siège pour les personnes avec un handicap.

Normes

Avec tact et chaleur, les personnes concernées doivent être accueillies au sein des Dicastères et autres bureaux et, si nécessaire, les modifications pour leur accès doivent être effectuées. Elles seront recrutées comme toute autre personne cherchant un emploi et considérées évidemment égales aux collègues non porteurs d’un handicap.

La modification de termes est significative : là où on disait « état de santé dûment établi » pour qui se présentait pour une charge curiale ou au Saint-Siège, désormais, on parle d’« aptitude psychophysique aux fonctions à exercer, certifiée par la Direction de la santé et de l’hygiène de l’Etat de la Cité du Vatican ».

Un peu d’histoire

Il faut se rappeler que pendant des siècles, le handicap physique ou psychique était traduit comme une punition de Dieu à l’encontre du pécheur ou de la pécheresse ainsi doublement victimisés : lépreux, trisomiques, albinos ont souffert d’une ostracisation officielle de la part de la société et de l’Eglise. Donc, par conséquent, pas possible de devenir prêtre ou religieux/religieuse. Cela est entériné dans la première publication du Droit Canon de 1917 (cf. article 984). En 1983 – publication du second corpus dit « Droit Canon » –, Jean-Paul II permet qu’un handicap physique ne soit pas un obstacle à l’Ordre, alors que celui psychique demeure rédhibitoire. 

Sur le terrain paroissial

Bonne nouvelle : des paroisses accueillent tout enfant porteur ou non d’un handicap qui, socialement, est adaptable au cadre de la catéchèse ; des servantes et servants de messe trisomiques (regardez sur Instagram !). Mieux, à Genève, la pastorale œcuménique des personnes en situation de handicap et de leurs familles (COPH), a fêté ses 60 ans. Bientôt des vocations en Eglise ?

La Bible de Moutier-Grandval et la crèche aux cinq sens

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Romuald Babey, représentant de l’évêque à Neuchâtel, est l’auteur de cette carte blanche.

Par Romuald Babey, représentant de l’évêque à Neuchâtel
Photos: DR, wikipédia

Le 14 décembre dernier, nous nous sommes rendus, mon épouse et moi-même, au Cinoche à Moutier – encore bernoise à ce moment-là – pour visionner un film sur la Bible de Moutier-Grandval. Il s’agit du reportage « Un Livre, une histoire, un Trésor » réalisé par le diacre Jean-Claude Boillat pendant que cette Bible était exposée au Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont de mars à juin 2025.

Ce reportage permet certes de se plonger dans l’histoire captivante de la Bible de Moutier-Grandval, mais ce qui nous a frappés, ce sont les regards de diverses personnes qui nous révèlent cette Bible. Une communauté humaine émerveillée nous dévoile la beauté de cette œuvre conservée à la British Library à Londres 1.

Le réalisateur a mis le focus sur l’humain qui reçoit cette œuvre, sur l’émotion qui peut le traverser. Il nous fait toucher ce livre, cette histoire, ce trésor comme s’ils étaient nôtres, de notre pâte humaine. Chacun peut se sentir concerné par cette Bible, par la Bible qui raconte l’histoire de l’alliance de Dieu avec l’homme, une histoire d’amour entre le Créateur et sa créature. Chacun est invité à s’en approcher.

Une dizaine de jours plus tard, nous nous rendions à Porrentruy à l’église Saint-Pierre pour visiter la crèche aux cinq sens. C’est une œuvre magnifique et itinérante, imaginée et façonnée par deux amis, Créa Calame et Maurice Bianchi. Ce qui nous a émerveillés ce sont les nombreuses scènes de vie présentées. Chacun peut trouver une scène de la vie quotidienne qui le concerne. Et la crèche évolue en fonction du temps de l’Avent et du récit de Noël.

A nouveau l’humain est au centre. Ses sens, ses cinq sens sont mis en mouvement. Cette crèche fait participer tout le corps et nous invite à nous plonger non seulement dans le récit de la naissance de Jésus, mais aussi à rejoindre tous les humains représentés dans les diverses scènes et tous ceux qui sont venus visiter cette crèche éphémère.

1 Petite anecdote en passant : nous étions à Londres avec mon épouse en 2024. Je souhaitais alors visiter la British Library et particulièrement voir de très anciens manuscrits du Nouveau Testament. Et nous sommes passés devant la vitrine de la Bible de Moutier-Grandval sans vraiment y prêter attention !

Jeunes, humour et mot de la Bible – mars 2026

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Un vrai capharnaüm

Si ce terme désigne aujourd’hui le lieu où sont classés en désordre des objets de toutes sortes, à l’origine, ce nom est celui de la ville où Jésus commença son ministère public, une cité sur les bords du lac de Tibériade dont les ruines existent encore. La grande activité commerciale de cette ville, située à un carrefour stratégique au nord de l’actuel d’Israël, lui a valu de devenir un symbole de confusion en raison des nombreux mouvements de foule qui s’y pressaient. Dans l’évangile de Matthieu, Jésus condamne cette ville qui a refusé de croire en lui, alors même qu’elle avait vu de ses yeux tout ce qu’il avait réalisé comme miracles (Matthieu 11, 23).

Par Véronique Benz

Humour

Dans une paroisse, M. le Curé anime le chemin de croix. A la septième station, le sacristain vient lui chuchoter à l’oreille qu’il lui faut aller de toute urgence donner le sacrement des malades à la vieille Clotilde qui est en train de mourir. Il confie le soin au sacristain de poursuivre le chemin de croix. Quand le curé revient, une demi-heure plus tard, il entre dans l’église, croyant bien que chacun est rentré chez soi. Mais l’église est aussi pleine que tout à l’heure et il entend son sacristain : « Vingt-cinquième station, Simon de Cyrène épouse Véronique. »

Par Calixte Dubosson

Toucher Dieu

Dans le milieu du handicap, les concepts cognitifs ne constituent pas le langage principal, la catéchèse doit donc permettre d’expérimenter Dieu par le corps. C’est le défi quotidien de Gaëtan Steiner, responsable de la pastorale spécialisée du diocèse de Sion. Mais il a un allié de taille… le Saint-Esprit !

Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer

N’a-t-on pas trop tendance à intellectualiser la foi et l’expérience de Dieu ?

Oui, je peux souscrire à cela. Dès le moment où il y a du handicap mental, on est obligé de développer un autre langage que celui du concept lié à la parole. Cela signifie un réel travail d’appropriation de la foi à travers les cinq sens, l’expérimentation et l’expérience humaine afin que cela ne soit pas uniquement cérébral. C’est pour moi la grande richesse de la pastorale spécialisée et du monde du handicap. 

Peut-on considérer que les personnes en situation de handicap ont une foi innée ?

Je pense qu’elles ont comme un sixième sens, un sens de la foi très fort. Comme partout, il y a des personnes en situation de handicap qui ne sont pas croyantes et ne participent pas à nos activités. Par contre, lorsqu’elle se développe, leur foi devient de l’ordre du normal, car elle se situe moins dans le questionnement théologique ou existentiel et plus dans « l’être avec Dieu ». Dans le monde du handicap on ne joue pas de rôles. Avec ces personnes tu découvres ce qu’est la spontanéité et l’authenticité dans les relations avec tes semblables et Dieu.

Justement, que vous apprennent-elles en tant que croyant ?

Tout ! Lorsque tu as quatre personnes polyhandicapées en chaise roulante en face de toi et que tu es en train de leur faire une théorie sur la confiance… c’est là que « ça fait tilt ». Ils sont entre les mains d’autrui du matin au soir, c’est plutôt eux qui m’apprennent ce qu’est la confiance ! Il faut donc aller à l’essentiel, mais surtout en profondeur en faisant un travail de passage du cognitif à l’expérience. Lorsqu’on vit ce moment, Dieu devient palpable, réel, ancré dans notre vie et on comprend, enfin, ce qu’est le mystère de l’incarnation.

Pour faire « toucher Dieu » aux personnes vivant avec un handicap, vous devez développer des trésors de créativité…

Cette créativité se déploie autour du bricolage, de la peinture. On joue beaucoup avec les cinq sens et la symbolique. Parler de Dieu comme rocher et venir avec un gravier n’a pas de sens ! Mais cela demande un vrai changement de perspective au niveau de la manière d’aborder la foi. On ne peut pas faire cette économie-là avant d’aller rencontrer nos amis en institution. Si je n’ai pas fait personnellement ce chemin d’appropriation, je ne peux rien leur apporter. Et bien souvent, ce bout de chemin me permet d’approfondir ma propre foi.

Est-ce que le handicap pousse à la conversion ?

Côtoyer la vulnérabilité et la fragilité de l’être humain implique un chemin de conversion. Sans quoi, on ne peut pas se reconnaître fragile et en dépendance du Père. Lorsqu’on se suffit à soi-même, on ne peut ni accueillir, ni recevoir des autres. La vulnérabilité ouvre, parce que l’on se découvre en recevant l’autre et plus fondamentalement en dépendance de Dieu.

Le miracle de Lourdes

Le miracle de Lourdes se prolonge tout le reste de l’année.

« On ne rentre pas de Lourdes sans avoir vécu le miracle, glisse Gaëtan Steiner. Lorsqu’on est à Lourdes, le miracle c’est de goûter « le monde à l’endroit », car ici, la mesure de l’espace et du temps est déterminée en fonction du plus fragile et du plus lent. » Ce pèlerinage constitue le point de rencontre entre ses deux ministères et lorsque celui-ci ne peut avoir lieu, les jeunes témoignent d’un « déficit de vie pour toute l’année. Ce qui est de l’ordre du miraculeux pour [lui] ». Il l’affirme sans détours : « Le miracle de Lourdes se prolonge tout le reste de l’année. »

Bio express

Gaëtan Steiner est responsable de la Pastorale spécialisée et du Service Diocésain de la Jeunesse (SDJ) du diocèse de Sion. Né à Sion en 1985, il s’est d’abord formé à l’administration et au commerce de détail. Sentant l’appel à s’engager pour les autres, il part en Argentine comme volontaire dans l’œuvre du Père Gabriel Carron. A son retour en 2010, il effectue des études de théologie et de pastorale à l’IFM (Institut de Formation aux Ministères) à Fribourg. Depuis 2011, il œuvre auprès de la jeunesse, puis de 2013 à 2016 en paroisse au service de ses frères et sœurs en situation de handicap. Gaëtan est marié et a trois filles. Il est actuellement en chemin vers le diaconat permanent.

Cyrille de Jérusalem

Cyrille de Jérusalem.

Par Paul Martone | Photo : DR

Cyrille est né à Jérusalem ou dans ses environs vers 310, de parents chrétiens. Il a reçu une excellente éducation, tant en littérature chrétienne qu’en littérature grecque païenne. Vers 335, il est devenu diacre, puis prêtre en 345 et évêque de Jérusalem en 348. Cyrille semble avoir longtemps adhéré à l’arianisme. La doctrine arienne nie que Jésus-Christ est le vrai Dieu, affirmant qu’il n’est que sa créature la plus noble. Ce n’est qu’au concile de Constantinople en 381 que Cyrille a finalement professé sa foi en la Trinité divine, telle qu’elle avait été définie au concile de Nicée en 325. Cela entraîna un conflit avec l’évêque Alexis de Césarée, qui était un adepte de l’arianisme.

A deux reprises, Cyrille fut destitué et exilé par des assemblées épiscopales en raison de sa fermeté dans la foi, puis une troisième fois en 367 par l’empereur Valens. Cet dernier exil dura jusqu’en 378. Au total, il passa près de la moitié de son mandat en exil. Lors du deuxième concile œcuménique de Constantinople, il fut réhabilité comme orthodoxe et déclaré évêque légitime de Jérusalem. Cyrille mourut le 18 mars 387.

Dans l’Eglise orientale, il est vénéré comme un père de l’Eglise et un prédicateur doué. Le 28 juillet 1882, il fut nommé docteur de l’Eglise par le pape Léon XIII, conjointement avec Cyrille d’Alexandrie, pour avoir exposé et défendu avec une clarté impressionnante les vérités de la foi, en particulier celles de l’Eucharistie, dans les catéchèses qu’il donna dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, construite par l’empereur Constantin. Il défendait la présence réelle du Christ, c’est-à-dire que le Christ est véritablement présent dans l’Eucharistie, et utilisa pour la première fois le terme de « transformation » du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de la célébration eucharistique. Cyrille est un témoin historique important de la doctrine eucharistique de l’Eglise primitive. C’est probablement lui qui est à l’origine de la liturgie originale de la messe. Des pèlerins ont diffusé cette liturgie depuis Jérusalem dans le monde entier. Les témoignages et les paroles claires et percutantes de Cyrille de Jérusalem sont encore très actuels aujourd’hui. Ses écrits ont inspiré deux documents importants du Concile Vatican II (1962-1965) : Lumen Gentium sur l’Egliseet Dei Verbum sur la révélation divine. Son œuvre a toujours été marquée par le souci d’enseigner la vérité au peuple. A ceux qui doutaient de la présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie, il recommandait : « Ne doutez pas que cela soit vrai. Acceptez plutôt les paroles du Sauveur avec foi. Puisqu’il est la vérité, il ne ment pas. »

Sa fête est célébrée le 18 mars.

Johannes Hermann

Par Pierre Guillemin | Photo : DR

Johannes Hermann, de son vrai nom Cyrille Frey, se distingue comme un naturaliste chrétien contemporain dont l’œuvre s’inscrit à la croisée de l’observation scientifique, de la réflexion spirituelle et de l’engagement éthique. Très influencé par l’encyclique du pape François Laudato Sì, il voit la contemplation de la nature comme une forme de prière. 

Il est souvent sollicité par des medias comme La Croix, Famille Chrétienne, Cairn.info ; il est présent sur les plateformes comme Youtube ; il est l’auteur des trois livres suivants : La Vie oubliée ; Face à l’éco-anxiété : quelle espérance pour ne pas sombrer ? ; Comprendre et vivre l’écologie.

Création porteuse de sens

Héritier du naturalisme classique (son nom, Johannes Hermann fait référence au grand naturaliste du même nom qui, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle a, en tant que médecin, botaniste et professeur à l’Université de Strasbourg, constitué une collection si riche qu’elle a formé le Musée zoologique de Strasbourg et le Jardin Botanique avec, de plus, la découverte d’une espèce de tortue (Testudo hermanni qui porte son nom en hommage). Johannes Hermann conserve la rigueur descriptive et l’attention méticuleuse portée au vivant propre à son prédécesseur strasbourgeois, en y intégrant une vision du monde profondément marquée par la pensée chrétienne. Chez Hermann, la nature n’est jamais un simple objet d’étude : elle est perçue comme une création porteuse de sens, révélatrice d’un ordre qui dépasse l’homme. Sa démarche naturaliste est celle d’un homme de foi : le vivant est envisagé comme un don, confié à la responsabilité humaine. 

Disciple du Christ

Dans une interview récente à la radio RCF du 12 mars 2025 (Radio Chrétienne Francophone), Johannes Hermann nous dit : « Etre écologiste aujourd’hui, ce n’est pas seulement être un Homo Sapiens qui se soucie de son habitat, c’est aussi un geste de disciple du Christ. Nous n’avons pas à douter du fait que l’homme puisse se convertir et revenir à une relation plus ajustée au créateur, à la création et à ses frères pauvres. Le Carême tombe au printemps […], on recommence à entendre les premiers chants de merle. Dans les espaces verts, on va voir les feuilles se dérouler et les fleurs s’ouvrir, les premiers insectes arriver. Etre attentif à ces petits signes de vie sauvage, c’est déjà les faire rentrer dans son champ de préoccupation, voir qu’il y a quelque chose qui vit autour de nous, que nous ne sommes pas les seuls qui comptons. Le Carême est un bon moment pour méditer cela, ça nous remet à notre place au sein de la Création. […] Méditons cela, en demandant au Seigneur ce qu’il me dit là-dedans et ce que je dois faire pour retrouver la place qu’il m’a donnée au milieu de cette immense compagnie. »

Jeunes, humour et mot de la Bible – février 2026

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Parler ex-cathedra

Cette locution empruntée au latin est composée de « ex » signifiant depuis, tiré et de « cathedra » pour cathèdre ou siège. Cette expression est employée pour qualifier les actes les plus importants qu’un pape puisse poser. En tant que souverain pontife, il engage sa responsabilité magistérielle devant Dieu et l’Eglise. Il s’agit des moments les plus solennels d’un pontife où est mise en jeu l’infaillibilité de l’évêque de Rome. En usage dérivé, cela signifie que l’on s’exprime avec un ton doctrinal qui ne souffre aucune remise en question.

Par Véronique Benz

Humour

« Dis maman, comment ils sont nés les tout premiers parents ? » « Hé bien, lui répond sa maman, c’est Dieu qui a créé les premiers parents humains, Adam et Eve. Adam et Eve ont eu des enfants qui plus tard sont devenus parents à leur tour et ainsi de suite. C’est ainsi que s’est formée la famille humaine. » Deux jours plus tard, la fillette pose la même question à son père. Celui-ci lui répond : « Tu vois, il y a des millions d’années, les singes ont évolué lentement jusqu’à devenir les êtres humains que nous sommes aujourd’hui. » La petite fille, toute perplexe, retourne aussitôt voir sa mère : « Maman ! Comment c’est possible que tu me dises que les premiers parents ont été créés par Dieu et que papa me dise que c’étaient des singes qui ont évolué ? » La mère lui répond avec un sourire : « C’est très simple ma chérie. Moi, je t’ai parlé de ma famille et ton père te parlait de la sienne. »

Par Calixte Dubosson

«Torah» pas ma foi!

Tous les courants du judaïsme traditionnel s’accordent à dire que la foi en Jésus est incompatible avec le judaïsme. Souvent mal aimés, voire considérés comme de « simples chrétiens », les juifs messianiques reconnaissent pourtant Jésus comme le Messie, tout en conservant leur identité juive et certaines de leurs pratiques. Rencontre avec Stephen Pacht, président de la Swiss Messianic Jewish Alliance (SMJA).

Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer

Comment définit-on un juif messianique ?
Dans la définition rabbinique traditionnelle, la judéité se transmet par la mère. Dans les milieux libéraux, c’est par la mère ou le père. Les juifs messianiques, quant à eux, prônent la descendance par le père, comme dans la Bible. Ils reconnaissent toutefois la filiation par la mère. A cela s’ajoute la référence à Yechoua [ndlr. Jésus] comme Messie. Certains sont pratiquants Shomer Shabbat [ndlr. observent le shabbat] et d’autres le sont peu ou pas du tout. Ma famille et moi-même célébrons les grandes fêtes et le shabbat plus occasionnellement.

Tous les courants du judaïsme classique s’accordent (au moins !) à dire que la foi en Jésus est incompatible avec le judaïsme…
C’est une tradition très ancienne, presque un endoctrinement, qui répète cette idée en boucle. Pour ma part, il n’y a rien de logique là-dedans. Jésus lui-même était juif, ses disciples étaient juifs, les apôtres étaient juifs. De plus, le message du Salut est venu d’Israël, par les Juifs et pour les Juifs, ainsi que pour les goyim [ndlr. les non-juifs ou les gentils].

Certains qualifient le messianisme de tentative détournée de convertir et d’assimiler les juifs au christianisme…
C’est là que l’on constate le poids des mots… La question n’est pas de savoir si un juif est devenu chrétien, mais plutôt s’il a reconnu Jésus comme son Sauveur ! Après, il est inévitable que, lorsque des Juifs deviennent croyants en Jésus, ils partagent la même foi que les chrétiens. Cela ne signifie pourtant pas une négation de notre identité. Au contraire, Yechoua l’a dit lui-même, il n’est pas venu pour abolir la Torah, mais pour l’accomplir. Notre identité ne change pas, mais Jésus nous conduit à une véritable rencontre avec Dieu.

D’autres font même état de « l’invention » d’une tradition récente…
L’Eglise elle-même a été fondée par des Juifs messianiques qui, d’ailleurs, étaient étonnés que Dieu veuille que la bonne nouvelle du Messie soit aussi annoncée aux goyim ! Dans les siècles suivants, le Judaïsme rabbinique a évolué et, en parallèle, l’Eglise est devenue majoritairement non juive, tout en se distançant progressivement de ses racines juives.

En même temps, c’est une vraie ligne de crête de conserver son identité tout en reconnaissant Jésus comme le messie ?
Pour moi, il n’y a aucune dissociation. Je ne suis pas juif parce que je pratique ceci ou cela, que j’observe le shabbat et les fêtes. Cette identité vient de ma filiation et du peuple auquel j’appartiens. C’est le choix de Dieu et cela ne peut pas être remis en question. D’ailleurs, ma rencontre avec Jésus m’a fait ressentir davantage mon identité juive.

Pour Stephen Pacht, sa rencontre avec Jésus lui a fait ressentir davantage son identité juive.

Le choix de Dieu

« J’ai été très touché par son témoignage. Il a lu la Bible en cachette pendant la Guerre. Etant juif, il ne voulait pas lire le Nouveau Testament et a pris la Genèse. En lisant, il n’a pas remarqué la page blanche entre l’Ancien et le Nouveau Testament… D’ailleurs, il se disait juif et chrétien à la fois. » Stephen Pacht évoque la rencontre entre Jésus et celui qui deviendra le cardinal Jean-Marie Aaron Lustiger. Sa biographie, Le choix de Dieu, retrace cet itinéraire spirituel.

Bio express

Stephen Pacht est né en Angleterre en 1957 de parents juifs autrichiens non pratiquants, eux-mêmes réfugiés en Grande-Bretagne. C’est à l’Université de Bristol qu’il rencontre Dieu, intrigué par la foi d’un chrétien nouvellement converti. Expert-comptable de formation, il décide de devenir missionnaire et fonde, en 1992, la branche française de Juifs pour Jésus à Paris, puis l’antenne Suisse en 2010. Il est aujourd’hui président de la Swiss Messianic Jewish Alliance (SMJA). Cette association, membre de la faitière internationale, « cherche à favoriser l’unité et le soutien mutuel entre tous ceux qui partagent la foi enYechoua ».

Grégoire de Narek

Grégoire de Narek.

Par Paul Martone
Photo : DR

Grégoire de Narek était un moine mystique et écrivain arménien, qui maîtrisait aussi bien les sciences grecques que la littérature arménienne.

Il est né vers 951 dans le petit village arménien de Narek, près du lac de Van (aujourd’hui en Turquie), fils de Chosroès Magnus, qui devint plus tard évêque. Très tôt, Grégoire entra au monastère local, où il passa la majeure partie de sa vie. C’est là qu’il fut ordonné prêtre à l’âge de 25 ans et devint peu après abbé de la communauté monastique. Il rédigea d’importants ouvrages sur la théologie, l’astronomie, la géométrie, les mathématiques, la littérature et la musique. Son œuvre théologique majeure, le Livre des lamentations, que les Arméniens appellent simplement « Narek », a été rédigée avec l’aide de son frère peu avant sa mort. Elle s’adresse à Dieu dans 10’000 vers poétiques et méditatifs, très personnels, dont le ton confessionnel souligne que la grâce et la miséricorde divines permettent au poète, conscient de son indignité, de se rapprocher de Dieu. Aujourd’hui encore, le livre de prières de Grégoire, le Narek, est très lu par les Arméniens croyants. Il considérait que le véritable but de la vie était de ne faire qu’un avec Dieu. Ce désir ardent de Grégoire transparaît dans toutes ses œuvres. Il mourut vers 1005 et fut inhumé dans son monastère, qui continua d’exister pendant encore 900 ans. Au cours du génocide arménien de 1915, le monastère abritant la tombe de saint Grégoire, très vénéré par les Arméniens, fut détruit.

En raison de son importance majeure pour le développement de la théologie et de la piété, Grégoire a longtemps été vénéré comme docteur de l’Eglise arménienne. En 2015, à l’occasion du centenaire du génocide arménien, le pape François l’a élevé au rang de premier docteur de l’Eglise catholique qui, de son vivant, n’était pas en communion avec l’Eglise de Rome. Lors de son audience générale du 19 avril 2023, François a déclaré que saint Grégoire de Narek nous enseigne la « solidarité universelle », car celui qui intercède porte les souffrances et les péchés de ses frères, comme le dit la citation d’Isaïe qui a ouvert l’audience.

Sa fête est célébrée le 27 février.

Une prière de saint Grégoire

« Ce n’est pas tant, en effet, par l’attache de l’espérance que par les liens de l’amour que je suis attiré. 
Ce n’est pas des dons, mais du Donateur que j’ai toujours la nostalgie. 
Ce n’est pas la gloire à quoi j’aspire, mais c’est le Glorifié que je veux embrasser. »

L’art de constuire un dôme

Par Pierre Guillemin | Photo : Pixabay

Depuis l’Antiquité, nous construisons des dômes. Les plus anciens vestiges sont des huttes circulaires en os de mammouth en Ukraine (19000 av. J.-C.) ; viennent ensuite, au Proche-Orient et sur la bassin Méditerranéen, les premières formes massives couvrant des tombes et des huttes. Puis la Grèce Antique et l’Empire romain parachèvent ce type de construction par l’introduction de temples circulaires et l’utilisation du béton romain pour des structures hémisphériques impressionnantes, comme le Panthéon (126 ap. J.-C.) ; à Byzance, la cathédrale Sainte-Sophie (VIe siècle) est un chef-d’œuvre utilisant des dômes sur pendentifs (les pendentifs permettent de faire reposer une coupole circulaire sur quatre piliers autour d’un espace de plan carré (toujours cette question de la quadrature du cercle et du nombre π – voir L’Essentiel dejanvier 2026) pour passer d’une base carrée à un cercle ; enfin, au Moyen Age et à la Renaissance, les dômes deviennent centraux dans les églises, comme le dôme de Florence (Brunelleschi) et Saint-Pierre de Rome (Michel-Ange). 

Un dôme se définit comme une structure hémisphérique ou polygonale reposant sur un plan circulaire ou parfois polygonal, conçue pour couvrir un espace sans appuis intermédiaires. Cette caractéristique en fait un choix privilégié pour les édifices religieux, culturels, scientifiques ou institutionnels.

En construisant un dôme, on cherche à répartir les charges de manière homogène afin d’assurer la stabilité de l’ensemble. La géométrie joue ici un rôle fondamental : la forme courbe permet de transformer les forces verticales en poussées latérales, transférées vers les murs porteurs ou les piliers. La mise en œuvre débute généralement par l’élévation d’un tambour, base cylindrique ou polygonale sur laquelle repose le dôme. Vient ensuite le coffrage ou l’assemblage de la structure porteuse, suivi du remplissage ou du coulage selon le matériau choisi. 

Mais en introduisant la notion du cercle et du nombre π, le dôme possède une forte portée symbolique. Il évoque le ciel, l’unité et la perfection géométrique. Sa construction représente ainsi la rencontre entre savoir-faire, innovation et expression artistique, faisant du dôme une forme architecturale intemporelle et fascinante.

La joie de communiquer

Laetitia Willommet.

Femme engagée et dynamique, Laetitia Willommet est au service de l’Eglise depuis 1993. Officiellement à la retraite, elle a gardé un petit mandat au secteur des Coteaux du Soleil (Chamoson-Ardon-Vétroz-Conthey). 

Par Véronique Benz | Photos : DR, Laetitia Willommet

« A l’époque, nous allions dans les écoles donner les cours de religion. J’ai vécu le passage de la catéchèse confessionnelle à l’histoire biblique, puis de l’histoire biblique aux cours d’éthique et de culture religieuse. » Laetitia Willommet a été catéchiste, puis responsable du Service diocésain du catéchuménat. En 2010, elle a été engagée sur le secteur des Coteaux du Soleil. Depuis 2021, elle est coordinatrice du secteur. Elle fait partie de l’équipe de rédaction du journal local depuis 2018. « Aujourd’hui, c’est Romaine Carrupt qui est la responsable de notre magazine. Je rédige quelques textes et je fais la coordination du magazine avec l’équipe pastorale et Saint-Augustin. »

Laetitia Willommet avoue se plaire dans son secteur des Coteaux du Soleil. Cependant, les obstacles ne manquent pas. Laetitia cite notamment les différents scandales liés aux abus, la baisse des vocations sacerdotales, l’absence de relève pour les agents pastoraux et les bénévoles. « Des difficultés majeures que nous vivons dans l’espérance. Il y a également la vie d’équipe, avec les bonnes et les mauvaises nouvelles. L’objectif, c’est d’avancer ensemble dans le respect de chacun. »

En ce qui concerne la communication, Laetitia souligne que le problème principal est la diminution du nombre d’abonnés. « Les désabonnements suite à l’entrée au home et aux décès, ne sont pas compensés par des nouveaux venus. Nous travaillons sur le projet de l’application MyChurch. Nous espérons que cela va contrebalancer le manque d’abonnement à L’Essentiel. » Car, bien évidemment, le souci est de rejoindre les gens, afin de pouvoir les informer de la vie de l’Eglise locale.

Laetitia parle de ses collaborateurs avec enthousiasme et bienveillance. « Chaque étape de mon engagement me ramène au Christ. Préparer une réunion, mener une équipe pastorale, écrire pour le magazine paroissial, rencontrer des prêtres ou des collègues. Travailler en Eglise c’est avoir comme « collègue » principal le Christ et comme outil de travail la Bible. C’est à la fois exigeant et vivifiant ! »

Les collègues de rédaction de Laetitia planchent sur une édition de L’Essentiel des Coteaux du Soleil.

Pouvez-vous nous partager un souvenir marquant de votre jeunesse ?

Je me rappelle de la JRC (Jeunesse rurale chrétienne). Dans l’élan de Vatican II, nous animions des messes avec des guitares électriques et des batteries. Nous vivions de belles célébrations.

Quel est votre moment préféré de la journée ou de la semaine ?

Lorsque j’enseignais au CO, mon jour préféré était celui où j’avais les classes les plus faciles à gérer. Maintenant, mon jour préféré, c’est aujourd’hui.

Quel est votre principal trait de caractère ?

Je suis très empathique. J’ai une grande capacité d’écoute et j’ai aussi le souci que les gens se sentent bien quand ils sont ensemble. 

Un livre que vous avez particulièrement apprécié ?

J’ai beaucoup aimé les deux livres de Pip Williams, La collectionneuse de mots oubliés et La relieuse d’Oxford qui nous plongent dans l’Angleterre du début du XXe  siècle et de la réalisation du premier dictionnaire d’Oxford.

Des personnes qui vous inspirent ?

J’ai toujours été touchée par les personnes qui œuvraient pour la paix et la non-violence comme Gandhi, Mandela, Sœur Emmanuelle. J’ai travaillé avec des chanoines du Grand-Saint-Bernard qui étaient de belles personnes. J’ai appprécié le pape François pour son humilité et ses propos envers toutes les couches de la société.

Une citation biblique qui vous anime ?

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. […] Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jean 1, versets 1 et 14)

Laetitia Willommet

• Laetitia Willommet, 65 ans, est engagée en Eglise depuis 1993, après la formation Fame. 

• Elle a aussi un diplôme de consultante en psychoéducation et un brevet fédéral de formatrice  d’adultes.

• Divorcée et maman de deux jeunes adultes. 

• Elle habite Charrat, petit village proche de Martigny.

• Elle aime la lecture et la musique classique. Elle pratique la peinture méditative abstraite.

En librairie – février 2026

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Le Messie
Marie-Noëlle Thabut

Les juifs attendent encore le Messie, les chrétiens l’ont trouvé : c’est Jésus de Nazareth. Mais est-ce si évident ? La Bible évoque en effet la figure du Messie en termes qu’il convient d’éclairer. Quelles étaient les attentes des hommes de la Bible ? A partir de quand et de quelle manière ont-ils commencé à parler d’un Messie ? Pourquoi les chrétiens ont-ils identifié Jésus de Nazareth avec le Messie qu’ils attendaient ? A partir de sa connaissance des textes bibliques, Marie-Noëlle Thabut répond à toutes ces questions.

Editions Ephata

Acheter pour 12.30 CHF

Edith Stein 
Bernard Sesé

Née dans une famille juive en Allemagne, Edith Stein (1891-1942) va faire deux rencontres bouleversantes au cours de sa vie. La philosophie d’une part, à travers une quête de vérité. La foi chrétienne ensuite, qui va l’amener à se convertir après une lecture passionnée de la vie de sainte Thérèse d’Avila. S’ensuit alors un parcours qui va la conduire jusqu’au Carmel, choix vécu comme un drame intérieur et familial, sa mère n’acceptant pas la conversion de sa fille au christianisme. Tout en s’étant convertie au christianisme, elle n’a jamais voulu se désolidariser du peuple juif et a partagé avec lui jusqu’au bout l’expérience tragique de la Shoah. 

Editions Artège

Acheter pour 15.40 CHF

Connaître et comprendre le judaïsme, le christianisme et l’islam
Isabelle Lévy

Pourquoi un juif se couvre-t-il dans une synagogue alors qu’un chrétien se découvre dans une église ? Pourquoi est-il interdit de consommer du porc ? Sur quels principes reposent la circoncision et le baptême ? En répondant à près de 200 questions, Isabelle Lévy explique avec clarté les origines, l’histoire, les dogmes, les croyances, les rites, les pratiques des trois religions monothéistes et en expose avec clarté les convergences et les divergences. Elle aborde également de nombreux thèmes en résonance avec l’actualité, tels l’euthanasie, l’interruption de grossesse ou le don d’organes. 

Editions Le Passeur

Acheter pour 18.80 CHF

Histoire de Jérusalem
Vincent Lemire – Christophe Gaultier

L’histoire de Jérusalem pour la première fois racontée dans une BD exceptionnelle. Il y a 4000 ans, Jérusalem était une petite bourgade isolée, perchée sur une ligne de crête entre la Méditerranée et le désert. Aujourd’hui, c’est une agglomération de presque un million d’habitants, qui focalise les regards et attire les visiteurs du monde entier. Berceau du judaïsme, du christianisme et de l’islam, elle est aujourd’hui une capitale spirituelle pour plus de la moitié de l’humanité.

En 10 chapitres, acteurs et témoins, toutes celles et tous ceux qui ont arpenté Jérusalem au fil des siècles racontent ce mille-feuille d’influences composites. Rien n’est inventé : scènes et dialogues proviennent de plus de 200 sources publiées et d’archives inédites.

Editions Les Arènes BD

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Pour commander

Le christianisme: un palimpseste

Par Nicolas Maury
Photo : Jean-Claude Gadmer

Je ne connaissais pas cette histoire, mais elle est édifiante. Flavius Josèphe rapporte qu’Hérode Antipas, le tétrarque de Galilée mêlé au procès de Jésus, est, après être tombé en disgrâce, exilé à Lugdunum en Gaule.

Cet épisode apparemment secondaire change la carte mentale : la Méditerranée n’est plus un mur mais un couloir. Si un prince judéen peut finir à Lyon, il n’est pas absurde qu’une disciple comme Marie-Madeleine, selon la tradition provençale, puisse accoster en Camargue avant de se retirer à la Sainte-Baume.

En quelque sorte, le terreau était déjà fertile. Ainsi, de même que la Judée et Gaule sont liées géographiquement, entre synagogue et Eglise, ce n’est pas une rupture nette, mais une continuité : le christianisme est un palimpseste. Il réécrit, il interprète, il efface pour mieux affirmer sa nouveauté, mais sous l’encre fraîche demeurent les lettres anciennes.

Les sources juives du christianisme

Le judaïsme est la plus ancienne des trois grandes religions monothéistes. Le christianisme et l’islam, qui lui sont postérieurs, s’y réfèrent partiellement. Ces religions sont dites abrahamiques, car elles trouvent leur origine dans la figure d’Abraham. Juifs, chrétiens et musulmans sont ainsi «frères dans la foi».

Par Paul Martone | Photos : DR, Unsplash

L’éthique judéo-chrétienne, fondée sur les Dix Commandements, reste à la base de nombreuses démocraties modernes et le christianisme a adopté maintes pratiques issues du judaïsme. Il est dès lors d’autant plus tragique que les Juifs soient encore persécutés par leurs « frères dans la foi ». 

L’histoire compte de nombreux incidents et agressions antisémites, culminant avec la Shoah (la catastrophe), l’assassinat systématique de six millions de Juifs. Aujourd’hui, l’antisémitisme connaît une recrudescence, alimentée notamment par certains milieux musulmans – influencés par les sourates 5 et 6 du Coran présentant les Juifs comme « tombés sous la colère de Dieu » – ou par des chrétiens égarés. En 2024, 221 incidents antisémites ont été recensés en Suisse allemande et italienne.1

L’antisémitisme est un péché

« Il est honteux que des chrétiens n’aient pas voulu reconnaître pendant des siècles le lien étroit avec le judaïsme et aient alimenté, avec des pseudothéologies, une haine des Juifs souvent mortelle. A cet égard, le pape Jean-Paul II a expressément demandé pardon lors de l’Année jubilaire 2000 ».2 Le Concile Vatican II (1962–1965) avait déjà clairement affirmé que les Juifs, en tant que peuple, ne peuvent pas être tenus collectivement responsables de la mort de Jésus sur la croix. L’antisémitisme contredit la foi chrétienne et doit être définitivement surmonté. L’Eglise catholique « rejette toute forme d’antijudaïsme et d’antisémitisme et condamne sans ambiguïté les propos de haine contre les Juifs et le judaïsme comme un péché contre Dieu. » (Pape François)

Jésus n’a pas été le premier catholique de l’histoire, mais est né, a vécu, est mort et est ressuscité en tant que Juif. Les Juifs et les chrétiens sont des frères et sœurs unis dans la foi en un seul Dieu et par un riche héritage spirituel commun.

Des règles et des rites

« On ne peut aimer que ce que l’on connaît » est un proverbe souvent utilisé en allemand pour exprimer que la familiarité et la connaissance d’une personne ou d’une chose constituent une base importante pour l’affection, ou du moins le respect mutuel. Examinons donc de plus près quelques règles et rites de la religion juive.

Illustration d’un dialogue entre Moïse et Pierre, dont les sources de la foi sont communes.

Le Dieu d’Israël

Comme les chrétiens, les Juifs croient en un seul Dieu, appelé Yahvé. Dieu a donné ce nom propre à Moïse, afin que ses enfants puissent l’appeler ainsi pour être sauvés. Ce nom est si grand et si sacré que les Juifs évitent de le prononcer, par respect et révérence. A la place, ils utilisent souvent des termes comme Adonaï (mon Seigneur) ou HaShem (le Nom). Cette pratique trouve ses racines dans le deuxième commandement : « Tu ne prononceras pas le nom de l’Eternel, ton Dieu, en vain. » (Deutéronome 5, 11)

La Torah

La Bible hébraïque, appelée Tanakh, se compose de trois parties principales : la Torah, qui signifie « enseignement » ou « instruction », les Prophètes et les Ecrits.3 La Torah est le livre central et la source religieuse du judaïsme. Selon la tradition, elle a été révélée à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï. Les chrétiens connaissent ces récits à travers l’Ancien Testament. La Torah est si importante pour les Juifs qu’ils la lisent intégralement chaque année lors des offices religieux.

La Torah est le livre central et la source religieuse du judaïsme.

La circoncision

« Tu te circonciras de la chair de ton prépuce. Ce sera le signe de l’alliance entre moi et toi. » (Gn 17, 10) La coutume de la circoncision des garçons (Brit Mila), huit jours après leur naissance, fait référence à cette exigence de Dieu envers Abraham. La personne circoncise porte le signe indélébile d’appartenance à Dieu et à Israël. Même sous le nazisme, des familles ont continué à la pratiquer malgré les risques évidents. Aujourd’hui, elle est réalisée par un mohel, spécialiste formé, dans des conditions médicales. Les filles sont intégrées à la communauté par leur lignée maternelle, leur nom étant annoncé à la synagogue au premier Sabbat suivant leur naissance.

Le Sabbat

Le septième jour de la semaine est considéré comme un jour durant lequel aucune activité ne doit être exercée, car Dieu a créé le monde en six jours et s’est reposé le septième. Dès lors, l’homme doit aussi se reposer ce jour-là et se souvenir de Dieu. Le Sabbat est probablement le plus grand cadeau des Juifs au monde. « Fête de la liberté humaine, le Sabbat permet de respirer, il annule la division du monde en maîtres et serviteurs. » (Youcat no 362) Il existe de nombreuses façons de célébrer le Sabbat comme un symbole de la connexion avec Dieu. Il permet aux croyants de se recentrer sur l’essentiel, laissant de côté le quotidien pour une journée.

Code vestimentaire

Dans le judaïsme, il y a des vêtements typiques pour certaines occasions. Les règles vestimentaires pour la vie quotidienne ne concernent que les Juifs très orthodoxes. 

Les hommes juifs portent sur la tête une petite calotte ronde appelée kippa, qui exprime la révérence envers Dieu. Pour les juifs orthodoxes, le port de la kippa est une obligation à vie qui s’applique tout au long de la journée. Beaucoup de Juifs réformés ne la portent que pour la prière ou lors d’occasions spéciales, d’autres pas du tout. Ils la considèrent comme un symbole d’appartenance et de respect, et non comme une obligation.

Les hommes juifs portent sur la tête une petite calotte ronde appelée kippa, qui exprime la révérence envers Dieu.

Au matin, les Juifs, y compris les libéraux, revêtent un tallit (châle de prière) blanc et attachent aux bras ou au front, par des lanières en cuir, les tefillin (phylactères). Ces capsules contiennent des manuscrits tirés de la Torah. 

Les femmes des courants très pieux dissimulent leur corps sous une jupe longue et des blouses ou pulls à manches longues et à col haut et elles couvrent leurs cheveux, surtout si elles sont mariées. 

Les hommes de la branche orthodoxe stricte se reconnaissent à leurs longues tresses sur les tempes, une longue barbe, des vêtements noirs et un haut chapeau. 

Les lois alimentaires

Plusieurs règles alimentaires particulières sont basées sur la Torah. Les aliments doivent être casher (purs, permis). Seuls certains mammifères, qui sont à la fois ruminants et ont des sabots fendus, sont autorisés à la consommation. Toute volaille est casher, sauf les rapaces. Les poissons sont permis s’ils ont des écailles et des nageoires. Les poissons carnivores, fruits de mer et crustacés ne sont pas casher. La consommation de sang est strictement interdite, car selon la conception juive, l’âme de l’animal réside dans le sang. Les animaux doivent ainsi être saignés avant d’être consommés. La méthode juive d’abattage, le shechita, le garantit.

La consommation conjointe de produits laitiers et de viande est interdite.

1 La Suisse romande n’était pas incluse dans cette enquête.
2 Catéchisme de l’Eglise Catholique pour les adolescentes et les jeunes.
3 Recueil varié de livres comprenant des poèmes (psaumes, proverbes), des écrits sapientiaux (Job, Ecclésiaste), des récits historiques (Ruth, Esther) et d’autres textes.

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