Situé sur le Mont Chemin, en Valais, le village de Chemin porte bien son nom. Enfant, j’y ai découvert vallons, moraines, prairies.
Texte, photo et gravure sur bois par Olivier Taramarcaz
Des alpages et des hommes – Le Mont Chemin, par sa configuration en étage, de Surfrête au col du Lein, comporte clairières et prairies, forêts clairsemées de mélèzes, entretenues par les paysans de montagne. Quatre alpages, Bioley, Planches, Tronc, Lein, racontent la vie rurale, fiable, humble, engagée. Les vaches de la race d’Hérens sont chez elles sur ce terrain vallonné. Rejoindre un alpage permet de goûter séracs et fromages aux saveurs des fleurs de montagne.
Mines de fer et cheminées – Le sentier didactique des mines du Mont Chemin conduit vers plusieurs sites. Le Mont Chemin signifierait aussi le Mont des fours. C’est ce qu’indique Mathias Vust dans son ouvrage de référence Le Mont Chemin1 : issu du bas latin camminus, le mot chemin est proche phonétiquement de caminus qui signifie fourneau, cheminée. Or, l’histoire qui a marqué le lieu de son empreinte, c’est bien celle des fours et cheminées d’extraction. La ville de Martigny porte ainsi dans son nom, une indication liée à la vie minière du Mont Chemin. Le fer était affiné près de la Dranse, à l’aide de martinets, marteaux mus par la force hydraulique. La présence d’un marteau en or sur les armoiries de la Ville atteste de cette parenté.
Diversité du paysage et de la faune – La diversité des espaces favorise des habitats propices à une variété d’espèces animales et végétales. Ainsi peut-on observer la buse survolant les hameaux, la chouette de Tengmalm, la chouette chevêchette. La famille des pics anime les forêts, dans un jeu percutant de toccata. Quelle surprise d’assister au ballet des becs croisés des sapins au buste flamboyant. Il m’arrive de surprendre la martre sur une branche d’épicéa.
Flore en bouquet de parfums – La variété de fleurs, de janvier à décembre, laisse pantois. Crocus, hépatiques, pulmonaires, tapissent les prairies dès la fonte des neiges. Au cœur du printemps, une explosion de lueurs manifeste la palette du Créateur : trolle, primevère officinale, sauge des prés, scabieuse des champs. Les papillons s’y délectent : azuré, demi-deuil, machaon, petite tortue, apollon, cuivré. En été, ancolie noirâtre, orchis tacheté, bouillon blanc, vipérine, exhalent leurs parfums portés par l’élan de tiges aux allures de notes symphoniques. En automne, la carline acaule apporte sa teinte nacre à l’ombrage des mélèzes, dans un accord de lumières, invitant à s’asseoir dans les pentes. Durant l’hiver, la promenade de l’étang du Goilly des Planches à l’étang du Col du Lein, permet de contempler les massettes à feuilles étroites.
Chemin de rencontre – Vivre à Chemin, c’est être en chemin, près de tout, entouré de parfums. Ici, un rêve de fleurs me prend par la main. Dans ce jardin d’en Haut, je me sens convié à la reconnaissance à l’égard de notre Créateur. Oui, la Création est le premier Livre par lequel Dieu nous parle. Assis contre un tronc de mélèze, j’aime méditer la Parole faite terre. Porté par l’élan de l’amour du Père, j’accueille, reconnaissant, la douceur de Sa Présence. J’aime demeurer dans son intimité. Jésus dit : « Je suis le chemin. » (Evangile de Jean 14, 6) Oui, Le Chemin est une personne, et Chemin, le village d’en Haut, un chemin de rencontre.
1 Vust Mathias, Le Mont Chemin. Hommes d’hier, Nature d’aujourd’hui, Sierre, Iterama, 2010, 34-35.
































