Le Renouveau charismatique

De nombreuses communautés et de groupes de prière sont présents en Suisse romande, comme autant de témoins de la vitalité et de la diversité de l’Eglise. Ce mois-ci, cap sur le Renouveau charismatique.

PAR PASCAL ORTELLI | PHOTO : DR

Origines : le Renouveau charismatique est une mouvance qui traverse toute l’Eglise et non pas d’abord un mouvement suscité par un fondateur. Dans le sillage du concile Vatican II, le Renouveau s’enracine dans une prise de conscience qui s’emploie à manifester plus intensément aujourd’hui le mystère de la Pentecôte au fondement de l’Eglise.

Mission : donnée par l’Esprit Saint, la prière charismatique se fonde sur trois piliers : la louange exprimée par des chants et des prières spontanées, la Parole reçue dans le silence intérieur qui maintient la communion et nous transforme et l’intercession qui ouvre le groupe à la compassion et aux préoccupations de l’Eglise et du monde.

Dates clés
1975: Le pape Paul VI déclare que « le Renouveau charismatique est une chance pour l’Eglise et pour le monde d’aujourd’hui ».
2001: Adoption d’une charte par les groupes de prières romands.
2017: A Rome, jubilé d’or du Renouveau qui fête les 50 ans de sa reconnaissance officielle.

Organisation et présence en Suisse romande : chaque canton compte plusieurs groupes de prière charismatique qui se rencontrent régulièrement et qui sont chapeautés par un conseil régional, un délégué épiscopal et un berger en lien avec l’équipe de communion romande du Renouveau charismatique.

Une particularité : l’effusion de l’Esprit qui passe par la redécouverte de l’action de l’Esprit Saint en nos vies et qui permet de déployer la grâce de notre baptême et de notre confirmation.

Pour aller plus loin : renouveau.ch

Le Renouveau charismatique représente…

Par Josiane Weger, bergère cantonale pour Fribourg

« – Le départ, comme dans mon cas, pour une vie renouvelée dans la foi en la partageant avec d’autres, dans la louange, l’intercession et la fidélité à la prière et qui introduit dans le déploiement si riche qu’offre l’Eglise pour la sanctification de ses membres.

– Un chemin de purification vers le Cœur du Christ, nous modelant, pas-à-pas, en êtres spirituels tournés vers l’écoute intérieure, le silence, apprenant à discerner et à répondre au Souffle de l’Esprit, ainsi qu’un outil dans notre Eglise pour réveiller la joie de la foi en Jésus vivant et agissant. »

Bâtir des ponts à travers les murs

La beauté et la simplicité des instants vécus l’année dernière lors de diverses rencontres en lien avec le deuil sont pour nous toutes et tous une invitation à renouveler ces temps d’échanges.

PAR JEAN-FRANÇOIS BOBILLIER | PHOTO : DR

Ne sommes-nous pas encouragés à bâtir des ponts plutôt que des murs ? Sans doute que parmi vous, lectrices et lecteurs, un grand nombre répondrait positivement à cette simple question.

Le groupe « lamortlavie » associé au secteur pastoral de Martigny propose, dans le cadre de la fête de la Toussaint, des temps d’écoute ainsi qu’une démarche… au pied d’un mur. Etrange idée me direz-vous ! En réalité, le mur ne sera pas à bâtir. Il sera là, inéluctablement. Il existe des murs que l’on n’a pas à construire, se dressant soudainement face à nous. La mort d’un proche fige, obstrue, obscurcit. Nous n’avons rien désiré ni prévu de ce qui se dresse devant notre esprit et nos yeux.

Le mur dressé au cimetière de Martigny ne sera pas un mur comme les autres. Vous y apercevrez des alvéoles (d’« alveolus » qui signifie petit panier) que vous pourrez librement orner d’un prénom, d’une parole, d’une lumière. Chaque « panier » reflétera votre attachement aux défunts, votre espérance, votre présence liée à leurs présences.

Voici les temps proposés autour de la Toussaint :

Temps d’échange autour du deuil à Martigny (avec les animatrices et animateurs suivants : Rita Bonvin, Christine
Orsinger et Grégoire Hugon)
• Vendredi 28 octobre à 20h à la salle du Coude du Rhône (Rue d’Oche 3a)
• Dimanche 30 octobre à 18h à la Maison de la Visitation (Rue Hôtel-de-Ville 3)
• Jeudi 3 novembre à 19h au Castel Notre-Dame (Rue des Artifices 14)

La Toussaint
• Accueil, temps de présence et d’écoute lundi 31 octobre et mardi 1er novembre au cimetière de Martigny.
• Mardi 1er novembre : Au cimetière de Martigny, célébration commémorative à 14h.
A Bovernier, messe à l’église à 14h puis célébration commémorative au cimetière.

Lourdes et amour de Dieu

A tour de rôle, des jeunes de divers cantons romands profitent de cet espace de liberté pour évoquer un sujet qui les intéresse. Au tour de Louise Defferrard de Genève de prendre la plume.

PAR LOUISE DEFFERRARD | PHOTO : ADOS DE LOURDES

Je m’appelle Louise Defferrard, j’ai 19 ans et j’habite Carouge, dans le canton de Genève. Je crois en Dieu et cela fait huit ans que je vais à Lourdes sans me lasser. Au contraire ! J’y vais chaque année car il s’agit d’une expérience formidable et revigorante pour ma foi et ma vie. Lourdes me permet de rencontrer d’autres jeunes de Suisse romande qui partagent la même foi. Nous nous sentons moins seuls car rassemblés par Dieu avec le sentiment d’appartenir à une grande famille. Cela me permet aussi de comprendre de plus en plus de choses sur Dieu et sur ce que je veux devenir. Je saisis mieux la signification et la symbolique des paroles de la Bible et comment celles-ci peuvent m’aider dans mon quotidien. Lourdes m’a appris à m’exprimer telle que je suis, sans crainte du jugement des autres. Etant tous de la même famille, il n’y a aucune raison d’avoir peur.

Mais c’est mon pèlerinage à Medjugorje qui m’a ouvert les yeux de façon consciente sur l’amour de Dieu. J’y ai vécu des expériences incroyables : ne pas manger le soir durant toute la semaine sans s’en rendre compte, ou danser et chanter toute la nuit comme lorsque j’avais cinq ans. Il y avait de la joie et de la charité partout. Ma mère a dit : « C’est comme un avant-goût du Paradis. » Toutes les nations étaient réunies et tout le monde s’embrassait et s’entraidait sans distinction. J’ai vu un Américain et un Russe s’étreindre après avoir dansé ensemble. Ce moment m’a beaucoup touchée et m’a ouvert les yeux sur l’amour de Dieu. C’est dans cet amour que j’aimerais continuer ma vie.

C’est comme si j’étais née à nouveau, que j’avais reçu cet amour une deuxième fois, de façon consciente. A Lourdes, cela se passait de manière inconsciente.

J’aimerais partager cette joie de vivre et cette paix reçue du Seigneur et dont je suis reconnaissante avec tout le monde. J’aimerais pouvoir croire et exposer mon opinion sans devoir me justifier, en toute liberté et sans jugement. Oser n’être pas d’accord avec quelqu’un sans avoir peur de blesser cette personne ou simplement de la perdre. C’est à travers les relations avec les autres que nous pouvons voir l’amour de Dieu. Si nous voulons le bien autour de nous ou si nous demandons de l’aide au Seigneur par l’intermédiaire de nos proches, tout peut se réaliser ! Je remercie le Seigneur pour ces grâces. On peut se rendre compte de l’amour de Dieu à tout âge. Je souhaite à tous les jeunes, adultes, personnes âgées, handicapés ou bien portants, de le découvrir !

Chrétiennes et chrétiens orthodoxes d’Orient

Deux femmes érythréennes témoignent : à gauche Fana et à droite Fiori.

Chaque année, depuis 2007, la première semaine de novembre est appelée « semaine des religions » et de nombreux événements (rencontres, conférences, expositions) ont lieu à travers toute la Suisse.

PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTO : ANNE-LAURE GAUSSERON

En lien avec ces événements qui témoignent d’une préoccupation d’ouverture à l’autre, je vous propose de découvrir ici quelques éléments de la pratique et de la foi des personnes qui viennent d’Erythrée, chrétiens, chrétiennes comme nous, mais avec une pratique et des habitudes différentes.

La rencontre

J’ai rencontré pour la première fois des jeunes femmes érythréennes en janvier 2016, pour des cours de français (une matinée hebdomadaire), à la cure de Riddes. J’ai été confrontée à leur manière de croire et de pratiquer leur religion lors des pauses. A certains moments de l’année elles ne prenaient rien, « Carême » disaient-elles, d’autres fois elles ne mangeaient que des fruits, « Carême » également… et ce, à des périodes où nous autres, nous n’étions pas en Carême… Par ailleurs, chaque prise de nourriture était précédée et suivie du signe de croix et d’une prière silencieuse… Au fil du temps et du développement de nos possibilités d’échange, j’ai compris que leur pratique religieuse était différente de la nôtre et par certains côtés bien plus exigeante.

Les Carêmes

D’après les renseignements fournis par Fiori Tesfamariam, il y a dans la religion orthodoxe orientale pas moins de sept temps de Carême. Le plus long, avant Pâques dure 55 jours, la durée des autres est de 2 à 4 semaines. Ils précèdent certaines fêtes comme saints Pierre et Paul (fêté le 12 juillet), l’Assomption ou encore Noël (fêté le 7 janvier).

Certains temps de Carême sont plus rigoureux que d’autres, par exemple, durant le Carême qui précède Pâques, les orthodoxes orientaux prennent le premier repas entre 14h et 17h. Ces repas de rupture de jeûne restent légers et sans protéines animales. Tout au long de l’année (sauf les deux mois qui suivent Pâques) le mercredi (parce que c’est le jour où Jésus a été condamné) et le vendredi (jour de sa crucifixion) sont aussi considérés comme des jours de Carême. Dans la religion orthodoxe orientale, il est interdit de consommer du porc.

En Valais

Pour les Erythréen-nes et Ethiopien-nes qui vivent en Valais, les cérémonies ont lieu à Saint-Maurice. Le prêtre vient de Berne, mais il y a d’autres prêtres érythréens en Suisse romande, à Lausanne par exemple. La messe dominicale dure environ quatre heures…

En parlant avec Fiori et Fana, j’ai aussi compris que le rapport à l’eucharistie et au sacrement de réconciliation est très différent de notre pratique habituelle. Le sacrement de réconciliation précède forcément l’accès à l’eucharistie et la personne doit accomplir sa pénitence et changer notoirement de comportement pour recevoir ce sacrement.

Voilà quelques éléments pour nous aider à comprendre la complexité de l’affaire…

Nous faisons partie de la même famille religieuse et, si notre façon de pratiquer notre religion diffère par de nombreux aspects, nous pouvons nous sentir très proches dans notre manière de vivre notre foi.

Un grand merci à Fiori et à Fana pour leur partage !

« Dans ma religion, ce qui est le plus important pour moi c’est d’être reliée,  » soudée  » au Christ, de rester l’un à l’autre en ouvrant grand mes oreilles. Cela m’aide à vivre parce que la religion me rappelle toujours une chose :  » Ne perds pas espoir quoi qu’il arrive et ne stresse pas.  » Grâce à ces deux phrases, ma vie reprend toujours le bon chemin malgré les obstacles que j’ai rencontrés. » Fiori Tesfamariam

« Je prie tous les matins quand je me réveille et tous les soirs avant de m’endormir. Je prie aussi avant et après les repas. Souvent, je dis une prière comme le Notre Père, à des moments dans la journée. J’ai besoin de passer ma journée avec Jésus.

Quand je fais le Carême, ce n’est pas confortable, mais je le fais pour Jésus qui est resté 40 jours sans boire, ni manger. Je le fais volontiers. C’est un choix car Il a donné sa vie pour moi.

Mais le plus important, dans la religion, c’est de suivre les commandements, d’être bon avec les autres, de ne pas dire de mensonge… Je pense que pour Jésus, ce que je mange ou ne mange pas pendant le Carême, ça ne compte pas beaucoup, mais comment je suis dans mon cœur et comment je fais avec les autres, ça compte beaucoup ! Par exemple, si j’ai quelque chose, je vais le partager avec les autres… Je pense vraiment que c’est ça qui compte pour Jésus. » Fana Weldemichael

Pour aller plus loin dans la réflexion interreligieuse :

• Plateforme des plateformes interreligieuses de Suisse, site où sont annoncés toutes les initiatives et tous les événements interreligieux –> https://www.iras-cotis.ch

• Plateforme interreligieuse du Valais (PIV) –> https://interreligieux-valais.ch

« Nous vivons la fin d’un monde »

PAR THIERRY SCHELLING
PHOTO : FLICKR

Si Silvestre II en 1000 et Jean-Paul II en 2000 ont conduit l’Eglise romaine dans un nouveau millénaire, ce n’est pas avec les mêmes craintes et espérances. Mais aucun des deux pontifes n’aurait envisagé les cataclysmes qui surviendraient quelques années plus tard : Grand Schisme d’Occident (Avignon, plusieurs papes en même temps…) pour celui-là, et ouragan des abus par le clergé pour celui-ci. Deux apocalypses 1, vraiment…

Et Bergoglio survint !

Voilà qu’en 2013, le collège des cardinaux-électeurs choisit l’archevêque de Buenos Aires. Un jésuite. Inédit… Et ce pape prend un nom… inédit, lui aussi : François, en écho au Poverello de l’Ombrie moyenâgeuse. Epoque de changements…

L’une des caractéristiques des jésuites est de discerner Dieu en toutes choses : donc dans ce monde-ci, au cœur de cette humanité-là. Et d’y répondre positivement, constructivement : réforme des finances du Saint-Siège, réorganisation de la Curie Romaine, voyages apostoliques aux périphéries du monde…

Changement d’époque

Et plus l’on met la pression sur François pour qu’il n’ouvre quand même pas trop grand les fenêtres de l’Eglise 2, plus il met en place les décisions du Concile Vatican II (enfin !) : accès des femmes aux ministères, ouverture des laïcs et laïques aux postes de décisions, consultations multiples (canaux officiels et officieux…), Synode pour l’Amazonie… sans parler de son récent voyage au Canada pour y faire pénitence devant les membres des Premières Nations.

Et de rappeler en substance : nous ne vivons pas une époque de changements, mais un changement d’époque où « l’Eglise catholique-romaine n’est plus la première productrice de sens, ni même écoutée, ni même sollicitée »… C’est comme ça ! Or, Dieu est présent dans ce monde-ci – et pas celui d’hier ! A nous de discerner…

1 Mot voulant dire « révélation au vu de tou.t.e.s » !
2 Expression prêtée à Jean XXIII pour parler de l’effet Concile Vatican II.

Faim de vie ?

La fin du monde, la fin d’un monde, la fin de mon monde : des questions infinies…

PAR KLAUS SARBACH
PHOTO : PEXELS.COM

On nous pose la question : « La fin du monde, est-elle une histoire sans fin ? »… et personne ne sait donner une réponse juste. Cherchons plutôt des réponses à la question : « Quelle est la fin de mon monde ? »

« Mon monde », c’est le temps de ma vie sur terre qui finit avec la mort du corps. Personne ne connaît cette heure-là. Mais en employant le mot « fin » non comme mort, mais comme but de ma vie, ne trouvons-nous pas chaque jour cent raisons de vivre dans l’amour… qui ne finit pas ?

Sainte Catherine de Sienne nous offre cette clé : « La vie est un pont. Traverse-le, mais n’y fixe pas ta demeure. » Pour sa part, l’abbé Maurice Zundel explique que « le vrai problème n’est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous sommes des vivants avant la mort. » Jacques Clerc écrit dans son cahier scolaire : « Le but de la vie, c’est la mort. » Mais à la fin de sa vie, il écrit : « Le but de la vie, c’est la VIE ! »

«Comment pouvons-nous finir si nous n’avons jamais commencé ?» Père Walter Ludin

La vie ne se résume pas à 24 heures par jour. La vie est un cadeau que Jésus nous donne puisqu’il est la VIE et qu’il nous promet de rester avec nous jusqu’à la fin du monde. Donc, la réponse à la question : « La fin du monde, est-elle une histoire sans fin ? » est un grand OUI, car chaque seconde de notre vie avec Jésus est une histoire d’amour qui commence ici-bas et qui ne finira jamais au ciel.

Qui dit amour dit se lier pour toujours. Et qui dit se lier dit répondre à l’amour. Alors nous expérimentons ce que Vladimir Ghika 1 nous explique : « Si nous savions mettre Dieu dans tout ce que nous faisons, nous le retrouverions dans tout ce qui nous arrive. » Selon le pape François, « on ne peut pas connaître Jésus  » en première classe  » ou dans la tranquillité, encore moins en bibliothèque. Jésus on ne le connaît que sur le chemin quotidien de la vie ». Alors retroussons nos manches en suivant le conseil du pape Jean-Paul II : « Prenez en main votre vie et faites-en un chef-d’œuvre. »

«Ce qui donne un sens à la vie donne également un sens à la mort.» Antoine de Saint-Exupéry

A la fin de son séjour d’été le Père Sébastien Cibumbu nous invite à « faire de notre vie une parole d’Evangile ! » donc, une « Bonne Nouvelle » dans l’Esprit de Jésus ressuscité qui donne aux autres l’envie de vivre dans la confiance, la paix et la joie à travers notre manière de penser, de parler et d’agir.

1 Vladimir Ghika ou Vlad Ghica, né à Constantinople en 1873 et mort à la prison de Jilava en mai 1954, est un prélat roumain issu d’une famille princière. Orthodoxe d’origine, il se convertit au catholicisme et est ordonné prêtre.

Retable en broderie d’Alice Basset…

A travers ces trois scènes, l’œuvre nous parle de la royauté, de l’ouverture aux nations et de la manifestation de Dieu.

… église du Christ-Roi, Petit-Lancy (GE)

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

Alice Basset est surtout connue pour la tapisserie de Saint-Victor que l’on peut admirer en l’église Saint-Joseph (GE). Ce n’est toutefois pas sa seule œuvre. L’église du Christ-Roi (Petit-Lancy) accueille un remarquable retable brodé.

Sur la partie droite du triptyque, on observe l’Adoration des mages ; sur la partie gauche, la Pentecôte et au centre, l’Agneau mystique entouré des prophètes de l’Ancien Testament et des Pères de l’Eglise. A travers ces scènes, l’œuvre nous parle de la royauté, de l’ouverture aux nations et de la manifestation de Dieu.

La tradition a fait des mages des rois. Mais aussi riches que soient leurs atours, ce ne sont pas eux qui sont dans la lumière. Alice Basset joue avec les tons, mettant l’accent sur le visage de la Vierge et sur l’Enfant. Le seul vrai roi, celui auquel cette église est d’ailleurs consacrée, c’est le Christ. Le panneau central nous renseigne sur la façon dont Il est roi. Sur le trône, se trouve l’Agneau. L’Apocalypse (Ap 5, 6) fait le lien entre la Passion et la royauté : le roi est celui qui donne sa vie pour sauver celle de son peuple. L’Evangile de la Solennité du Christ Roi nous invite d’ailleurs à contempler Jésus sur la croix. (Lc 23, 35-43 en 2022)

L’Adoration des mages est appelée épiphanie, ce qui signifie manifestation. C’est en effet la manifestation de Dieu aux peuples non juifs, les mages venant de pays lointains. A la Pentecôte, les Apôtres reçoivent l’Esprit pour témoigner de la Résurrection jusqu’aux extrémités de la terre. L’Apocalypse annonce la destinée collective de l’humanité : l’Agneau est entouré d’une foule immense « de toute nation, race, peuple, langue ». (Ap 7, 16-17)

A Noël (panneau de gauche), nous fêtons la venue de Dieu sur la terre et la Pentecôte (panneau de droite) célèbre la manifestation de l’Esprit-Saint. Le panneau central annonce le retour du Christ dans la gloire. Cette œuvre est un résumé de l’histoire du Salut : Dieu a parlé par les prophètes, Il est venu par Jésus, Il est présent par l’Esprit et nous attendons son retour dans la Gloire.

Un chantier à rebondissement

Je porte le prénom de trois apôtres, me lance-t-il d’emblée : « Oui, Pierre-André-Paul ! » Je me dis que notre entretien va être des plus palpitants ! « Si après 50 ans d’artisanat et d’amour pour mon métier, je n’ai rien à dire, alors… » En voilà, un sacré artiste : Pierre-André Woeffray met du cœur à l’ouvrage. Maître serrurier forgeron de formation, né à Monthey en 1958, il se dit entrepreneur libre. Il a la justesse et la finesse tout autant que l’humanité chevillées au corps. Il en faut pour aller « accrocher le Christ » au sommet de l’église de Martigny…

PROPOS RECUEILLIS
PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR

Pierre-André Woeffray.

Pierre-André, vous avez relevé quelques défis en acceptant de travailler sur les chantiers proposés par notre curé Jean-Pascal ?
Oui, les « chantiers » proposés par le chanoine Jean-Pascal Genoud ont toujours été des défis, car il a fallu réaliser concrètement les idées qui ont germé dans son esprit objectif et créatif. Cependant, nous sommes arrivés au terme de ces travaux pour le bien et la beauté de vos églises martigneraines.

Et le chantier « Boular » ?
Oui, j’aimerais décrire l’histoire contemporaine du « Christ de Boular »… Cette œuvre magnifique et organique, datant apparemment du XVIe siècle, était à l’origine de notre intervention. Elle était placée à l’arrière de l’église de la Ville, près de la sortie et sur une grande croix en bois, écrasant quelque peu la valeur dimensionnelle de notre Christ. Le chanoine Genoud m’a demandé de l’extraire de cette position trop discrète et en manque de valorisation. J’ai donc eu l’insigne honneur de le manipuler précautionneusement et de l’avoir deux semaines durant dans mon bureau à l’atelier. Dans un premier temps, nous avons composé un exosquelette métallique, discret mais solide, pour pouvoir suspendre le Christ sur des tirants métalliques, préalablement tendus entre les piliers de l’église et suspendus au centre de la voûte. Premier défi, car les accès et les mesures n’ont pas été de toute facilité. Une fois le Christ ainsi suspendu, fixé sur son support, il est resté un mois à la vue des paroissiens ; quelques critiques ont alors fusé, notamment que sans croix, certains lui ont donné le qualificatif de « plongeur d’Acapulco »… Cependant, sa place devant rester et malgré quelque déception du curé Jean-Pascal, nous l’avons redescendu et, après la fabrication d’une croix métallique adaptée et avalisée, remis en croix et suspendu à nouveau sur les tirants initialement posés.

Voici donc ce fameux « Christ de Boular », qui vous est présenté sur le symbole éternel de son martyre, suspendu à sa place d’honneur, au-dessus de l’autel de votre église de la Visitation, et il vous regarde d’en haut, quelle que soit votre situation dans cette belle maison de Dieu rénovée et lumineuse. Pour cette petite histoire, je précise que c’est lors de la dernière élévation de l’œuvre que les services de protection du patrimoine nous ont ordonné « de ne pas toucher cette sculpture, étant donné sa grande valeur due à son âge et son origine. C’est certainement la pièce la plus précieuse de cette église ! ».

Je vous promets que l’histoire de mon rapport avec le « Christ de Boular » est authentique car, tel l’adage : « Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais… »

J’ajoute enfin que l’église porte au mieux son nom, car au bon vouloir du curé Jean-Pascal, elle se visite actuellement avec des commentaires médias subtilement installés aux endroits névralgiques, tel un musée « tout public ». Cette réalisation me plaît beaucoup et donne à ce lieu un intérêt qui n’était peut-être pas d’actualité avant sa rénovation.

Qu’est-ce qui vous passionne tant dans notre métier ?
Le fait de pouvoir concrètement réaliser les désirs de mes demandeurs, car le métal, quoique dur et rébarbatif, possède une mémoire. Avec l’usinage de ce métier, l’outillage et les connaissances de l’artisan, cette mémoire reste pour très longtemps dans la représentation désirée.

Qu’est-ce qui vous différencie de vos confrères serruriers forgerons ?
Peut-être l’âge et une certaine volonté exécutoire innée.

Vous m’avez avoué avoir vécu une vie à rebondissements. Qu’est-ce qui vous a poussé en avant ?
Notamment la vraie résilience et l’autre adage : « Comme tu fais ton lit, tu te couches. »

Vous avez toujours eu une fibre sociale aigüe et vous me disiez savoir « dénicher les cœurs droits ». Que voulez-vous dire par là ?
Par opposition aux « cœurs droits », il y aurait les « cœurs fourbes » ! Aussi, il est de notre intérêt commun de dénicher les fourbes.

Qu’est-ce qui vous fait aimer autant aller au cœur des choses, de l’humain ?
Il est dit que Dieu est en chacun de nous, qu’il nous a prêté vie et nous a fait à sa ressemblance. Aussi, quand il nous a ordonné « d’aimer son prochain, comme soi-même », il a aussi logiquement ordonné de s’aimer soi-même.

 Dans son atelier avec le « Christ de Boular ».

Vigilance et Révélation-Apocalypse

PAR FRANÇOIS-XAVIER AMHERDT | PHOTO : DR

« C’est bientôt la fin du monde », paraît-il. Cette affirmation, nous l’avons entendue une fois de plus, cet été, quand aux sévices russes commis lors de l’injustifiable attaque contre l’Ukraine, sont venues s’ajouter les catastrophes de la sécheresse et des feux de forêt, un peu partout sur la planète. Avec en plus, les menaces de coupures de courant pour cet hiver.

A vrai dire, cela fait bien longtemps qu’on nous promet le terme de l’histoire : cela a été le cas, au fond, à chaque époque. Pensons aux invasions des Barbares, à la chute de l’Empire byzantin, aux deux Guerres Mondiales du
XXe siècle, aux catastrophes nucléaires de Fukushima ou de Tchernobyl, etc.

Le Nouveau Testament, avec son ultime livre de « Révélation » et les discours apocalyptiques des évangiles, nous invite constamment à la seule attitude qui convienne face à ces drames successifs : la vigilance. Pas de panique, la maîtrise de l’univers reste dans la main du Créateur et Sauveur. Les adversaires de son dessein, les différentes Bêtes, les empires de Babylone et de Rome, les tyrans contemporains ne l’emporteront pas. Le mal sera définitivement plongé dans l’étang de feu et la seconde mort.

« C’est à l’heure où vous ne l’attendez pas que le Fils de l’homme viendra. » (Matthieu 24, 44) Les soubresauts des conflits, des famines et des tremblements de terre ne signifient que le commencement des douleurs de l’enfantement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Les faux prophètes pulluleront, abusant de la crédulité des gens et dressant nation contre nation. « Mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé. » (Matthieu 24, 13) Les tribulations se répandront, le soleil et la lune s’obscurciront, les étoiles tomberont du ciel. C’est alors seulement que le Fils de l’homme viendra sur les nuées.

Tenons-nous donc prêts, car nul ne connaît le jour où l’avènement du Maître se produira ! (Matthieu 24, 42) Pas de crainte, car ce que nous vivons actuellement ne constitue que des signes avant-coureurs de la libération définitive !

Un geste tourné vers la vie

Parler de la fin des temps a quelque chose de grandiloquent. Tout au plus pouvons-nous mettre des mots sur la fin d’un temps, d’un chapitre de vie ou d’un engagement.

PAR JOSÉ MITTAZ | PHOTO : MARION PERRAUDIN

L’appel à la vie dans le regard de Naemi.

« Il y a un moment pour tout, nous dit l’Ecclésiaste, un temps pour chaque chose sous le ciel : un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher… » (Qo 3, 1-2) Mais il y a aussi l’entre-temps. Ce sont tous ces moments charnières où il s’agit de consentir à la fin d’une étape de vie pour oser se tenir debout sur le seuil, comme épris d’un certain vertige face à la nouvelle page encore inconnue de son histoire, la fameuse page blanche.

Dans l’Evangile, la fin des temps est souvent évoquée par des images apocalyptiques inspirant la terreur : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. » (Lc 21, 25-27) Face au déchainement des forces cosmiques, la place de l’homme semble à première vue aussi insignifiante que le fétu de paille balayé par le vent, en l’occurrence celui de la peur ou de l’affolement. C’est pourquoi, le Christ nous appelle à croire que nous avons reçu la force de vivre debout : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. » (Lc 21, 28)

En réponse à une interpellation, Martin Luther aurait dit : « Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. » Parole éloquente et à la fois mystérieuse, car on ne parvient pas à la retrouver dans l’œuvre du réformateur, mais on sait simplement dire quand elle est apparue : « En 1940 parmi les chrétiens allemands désespérés par la puissance et la folie d’Hitler. A quoi bon lutter face à une telle, comment dire, fureur ? Cette phrase sur le pommier est venue pour s’encourager mutuellement à oser ne serait-ce qu’un geste positif, tourné vers le bien, vers la vie. » (Pasteur Marc Pernot)

Quel est le pommier que je désire planter aujourd’hui ?

Dans la fresque apocalyptique du Jugement Dernier dans l’Evangile de Matthieu (au ch. 25), le Christ inspire notre réponse personnelle : il oriente notre attention sur les gestes simples, les seuls qui humanisent l’homme en l’ouvrant à l’espérance : J’avais faim et tu m’as donné à manger,… j’étais en prison et tu es venu jusqu’à moi. Dans le geste artistique proposé par le peintre Arcabas, le prisonnier ne tire pas en vain sur les chaînes plus fortes que lui, mais il nourrit un dialogue intérieur avec l’oiseau de la vie appuyé sur la branche de la croix. Echange musical et notes grégoriennes évoqués par les losanges qui chantent en silence : De profundis clamavi (Ps 129) ou l’espérance du veilleur qui devance l’aurore.

Vu… d’ailleurs

Comme son nom l’indique, la rubrique « vu d’ailleurs » qui colle au titre cette fois-ci, nous permet de nous déplacer un peu. Un peu poétique, au gré des vents et des nuages, les textes de Valérie nous emmènent là où on se dit « Y a rien à voir »… C’est vite vu… En route !

PAR VALÉRIE PIANTA | PHOTOS : MARION PERRAUDIN, PEXELS.COM

Voir depuis ailleurs que depuis soi-même. Voir d’ailleurs que depuis les réseaux sociaux. Voir d’ailleurs que depuis les embrouillaminis et les compromis qui permettent de rester politiquement correct ou de sauver la face. On va de crise en crise, de contradiction en contradiction, de guerre en guerre, mais la vie continue. On ne change pas grand-chose à notre manière d’envisager l’avenir, de voir le présent, de jeter un coup d’œil en arrière. Les réseaux sociaux effectuent ce travail pour les gens, et on se laisse plus ou moins porter par les vagues d’informations.

Vu d’ailleurs… Je me disais que si j’étais une de ces vaches qui broutent paisiblement pour quelques jours encore à côté de ma maison avant de retrouver l’étable pour les longs mois d’hiver, je serais peut-être comme elle : brouter ce qui se présente sous mon nez, sans regarder plus loin que le bout de mes cornes ; penser juste à opérer un petit demi-tour quand je tombe sur le fil électrique qui m’empêche d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, tout cela sans cesser de ruminer. Mais comment peut-on ruminer autant, d’ailleurs ? Vu depuis le pré, la vie ainsi semble plus simple, moins compromettante.

Mais vu depuis l’autre côté de l’enclos, cette manière de « fonctionner » sans devenir vraiment acteur de sa vie, deviendrait vite ennuyeuse. Passer sa vie à ruminer au sens figuré du terme est aussi peu intéressant que ruminer au sens propre. On ne peut pas passer son existence à digérer. A un moment donné, ne faut-il pas aller de l’avant, goûter du neuf ? Oser, quoi ! C’est peut-être ce que Boris Cyrulnik, le célèbre écrivain psychiatre français, appelle la résilience…

Vu d’ailleurs, je me disais que je pourrais être comme ces écharpes de brouillard qui traînent le long des montagnes et s’y accrochent mollement mais de façon tenace… Traîner le long de ces problèmes qui deviennent des montagnes, sans réussir, à moins d’un grand coup de vent, à ouvrir le panorama sur une vraie lumière, un horizon nouveau.

Mais pour une belle vue d’avion, il faut affronter les vents contraires et accepter le risque de devenir autre chose qu’un nuage lourd et stagnant. Se laisser défaire pour faire place à un ciel coloré.

Vu d’ailleurs, je pourrais me décentrer un peu de ce à quoi je semble être si attachée : mes principes, mes peurs, mes regrets, mes faux rêves… Tout ce qui m’empêche de décoller, pour me laisser élever comme une montgolfière grâce à la flamme de la foi qui n’est pas grand-chose d’autre qu’une confiance placée dans le Très-Haut qui vient me chercher « Très-Bas » pour m’embarquer dans sa nacelle. Se défaire aussi de l’armure qui protège pour aller son chemin ! Vu d’ailleurs que depuis les murs de la forteresse que l’on construit pour se protéger des autres, de soi, des tentations, des échecs, des doutes ou des remises en question, c’est envisager un chemin de liberté sur lequel cueillir des fleurs de joie… Entre autres.

En cette fin d’année , si nous nous préparions à prendre des chemins de traverse ?

Découvrir la révision de vie

A quoi bon la foi si elle n’est pas mise à l’épreuve de la vie et, surtout, si elle ne devient pas un outil pour avancer ? La révision de vie permet de faire le lien entre la foi et la vie. Elle est une aide mutuelle pour débroussailler sa vie.

PAR SYLVIE HUMBERT 
PHOTO : ACTION CATHOLIQUE OUVRIÈRE

La révision de vie, c’est comme une source que l’on entend chanter dans un coin de forêt broussailleux : on aimerait pouvoir y boire, mais on ne trouve pas le chemin parce que beaucoup de ronces en interdisent l’accès. Alors on va chercher quelques amis pour nous aider à tracer un chemin. Comme la tâche est immense, on procède pas à pas : une ronce après l’autre ! Et si nos amis nous aident à remonter jusqu’à la racine de la première ronce, ils ne la déracineront pas. Ils nous donneront des gants, une pioche et tout autre outil qui pourrait nous être utile afin que nous puissions ouvrir un chemin vers la source.

Voir, comprendre, agir

La révision de vie, ce sont de petits groupes de trois ou quatre personnes qui se retrouvent en moyenne une fois par mois autour d’un animateur. Chacun donne un titre à un fait de vie récent qui lui a posé problème (une ronce), par exemple « Relation père-fils ». Le groupe décide ensuite qui va réviser suivant l’urgence ou la gravité du problème déposé. La personne expose le fait de vie, l’événement, de manière précise : où, quand, quoi, comment, qui, … Chacun peut demander des précisions afin de bien voir ce qui est en jeu.

Puis on essaie de comprendre ce qui s’est passé : quelles émotions ont été vécues, pourquoi, les liens avec l’enfance, les convictions, les prises de conscience, … Là, l’intelligence collective entre en jeu : chacun peut poser des questions qui doivent rester ouvertes, on s’entraide, on ne fait pas le travail à la place de l’autre. L’animateur veille à ce que chacun prenne la parole et que toute l’attention soit tournée vers celui qui révise dans l’amour et l’empathie.

Vient alors le lien vie-foi : à l’aide de textes, de citations bibliques ou autres, le groupe aide le révisant à découvrir les signes de la présence de Dieu dans le fait de vie déposé et l’encourage. Enfin, le groupe l’aide à trouver comment agir : recherche de solutions, réponses aux besoins, actes à poser, motivations, …

La méthode de l’abbé Cardijn

Cette méthode est née en 1925 dans la banlieue de Bruxelles quand l’abbé Joseph Léon Cardijn, accompagnant de jeunes ouvriers faisant face à des conditions de travail désastreuses, s’est efforcé de leur donner des outils pour améliorer leur quotidien et en comprendre le sens. Sa conviction : l’Evangile ne peut rejoindre le cœur des hommes qu’à travers leur existence quotidienne.

La révision de vie c’est, à partir du vécu, faire appel à l’intelligence collective pour aller à l’Evangile avec les outils que sont le voir, comprendre, agir et le lien vie-foi afin que l’amour du prochain qui nous anime puisse se manifester de manière concrète en Eglise et dans sa marge.

Renseignements : Sylvie Humbert, humbert.famille@bluewin.ch ou 079 949 66 39. Trois séances d’expérimentation seront proposées durant l’hiver.

Une dignité inaliénable

Créée en 1988 à l’initiative des trois Eglises officielles du canton de Genève, catholique romaine, catholique chrétienne et protestante, l’Aumônerie Genevoise Œcuménique auprès des requérants d’asile (AGORA) se bat, hier comme aujourd’hui, pour contrer les idées reçues et remettre au centre de toute discussion la dignité humaine.

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTOS : OLIVIER CHANSON, ECR

Depuis 1993, on dénombre plus de 48’000 personnes décédées en essayant de fuir vers l’Europe. La plupart noyées dans la mer Méditerranée. D’autres abattues aux frontières. Des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants, des bébés. Ceux qui survivent aux barricades de la forteresse Europe ne s’attendent pas à trouver un sol inhospitalier qui leur réserve bien souvent un parcours digne des Douze travaux d’Astérix avant l’obtention du droit d’asile.

« La migration et l’asile sont perçus comme un poids. Or, ils font partie de l’histoire et de l’ADN de Genève. D’ailleurs, le développement de l’industrie horlogère aurait été différent sans eux », pointe Virginie Hours. Mais les préjugés sont tenaces. « Trop souvent j’entends la formule : ils viennent en Europe, car ils s’imaginent que la vie y est plus facile. On oublie que la grande majorité d’entre eux aurait préféré rester chez eux au lieu d’être contraints à l’exil ». Virginie Hours fait partie de l’équipe d’aumôniers et bénévoles à pied d’œuvre dans différents lieux du canton : tels que la zone de transit de l’aéroport de Cointrin, dans les établissements de détention administrative, dans les différents logements où les requérants résident sur le territoire.

« De nombreuses situations trouveraient des issues simples et humaines si le droit était appliqué, car les dispositions législatives existent et prévoient les conditions d’accueil ou de régularisation des personnes ». L’Eglise a un vrai rôle de garde-fou à jouer afin de « rappeler sans cesse qu’il s’agit d’hommes et de femmes tous uniques et qui méritent le respect ».

 

Au service, mais comment ?

Une chose que l’AGORA accomplit et dont on ne se rend peut-être pas compte ?

Virginie Hours : Nous faisons partis d’un « réseau », celui des aumôniers suisses qui travaillent dans le domaine de l’asile. Nous nous rencontrons à Berne deux fois par an afin d’échanger sur la situation existante dans les Centres fédéraux d’asile (CFA), un partage d’expérience et d’information. Ces contacts nous permettent ainsi de suivre des personnes que certains collègues accompagnent déjà au sein d’un CFA lorsqu’elles sont affectées au canton de Genève. Aussi, il n’y a pas de rupture. Ces instances sont importantes également pour mener certaines réflexions ou négociations avec Berne. Actuellement par exemple, un accord-cadre avec le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) est en cours de renégociation et un travail de réflexion est mené sur la présence d’aumôniers musulmans, présence que nous appelons de nos vœux.

Quel « service » apportez-vous aux Genevois de manière générale ?

VH : Nous intervenons régulièrement dans les écoles, à la demande des enseignants, pour présenter l’AGORA et rendre plus tangible la question de la migration et de l’accueil. Nous essayons ainsi de contribuer à casser certains préjugés ou certaines peurs. Nous intervenons aussi en appui du travail de la coordination asile lors de temps forts ou en sollicitant que l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM) applique simplement les règles en transmettant des dossiers à Berne. Nous ne sommes pas dans une logique de confrontation, mais de compréhension et de reconnaissance. Il s’agit aussi de permettre la construction de pont entre les Genevois et les personnes de l’asile et de susciter la réflexion. C’est pourquoi, par exemple, nous avons répondu positivement à la demande de l’Espace Madeleine. Celui-ci proposait de nous y impliquer le mois dernier en animant deux soirées dans le cadre de l’exposition Les Pèlerins afin de susciter la réflexion sur les liens entre pèlerinage, asile et migration.

Une pastorale pour rendre visible

La Pastorale des familles de l’Eglise catholique romaine à Genève a officialisé l’accueil pastoral et spirituel des personnes LGBTIQ+ et de leurs familles ainsi que sa collaboration avec l’Antenne LGBTI Genève de l’Eglise protestante genevoise (EPG). Le 1er septembre dernier, à l’occasion d’une soirée témoignage, un prêtre a partagé la manière dont il concilie son homosexualité et sa vocation ecclésiale. Le point avec Anne-Claire Rivollet, responsable de la Pastorale des familles.

PROPOS RECUEILLIS PAR MYRIAM BETTENS
PHOTO : ECR

Vous avez évoqué lors de la soirée une rencontre avec Mgr Morerod. Que vous a-t-il dit ?

Il était au courant du témoignage du prêtre et m’a remerciée d’oser porter ce dossier.

Depuis le témoignage du prêtre, quelles ont été les réactions ?

Beaucoup de remerciements et d’encouragements, mais également des paroles moins bienveillantes. Certaines personnes ont l’impression que cela met l’Eglise en péril.

Le fait que cet accueil se fasse sous l’étiquette Pastorale des familles heurte les croyants ?

Oui bien entendu. Dans la tradition catholique, la famille naît du sacrement du mariage et donc de l’union d’un homme et d’une femme. Lorsqu’on parle d’un couple de même sexe, l’aspect de procréation disparait et cela va à l’encontre de l’image de la famille prônée dans l’Eglise. La Pastorale des familles se veut le lieu de départ d’une pastorale LGBT : le tremplin pour qu’elle prenne son envol.

Qu’avez-vous voulu officialiser, car de facto « l’accueil » existe déjà ?

En effet, il existe déjà des lieux pastoraux qui accueillent ces personnes dans la bienveillance, mais ce n’est pas le cas partout. L’officialisation est une manière de montrer que la question existe bel et bien en église et que nous n’allons pas l’esquiver.

Comment cet « accueil » va-t-il se matérialiser ?

Nous allons organiser des temps spirituels en collaboration avec l’Antenne LGBTI. Je fais d’ailleurs partie du comité liturgique qui se met en route. Il y a aussi tout l’aspect de la recherche théologique et nous allons mettre sur pied un groupe avec des théologiens et des personnes concernées afin de travailler sur cette question.

Justement, le Catéchisme de l’Eglise catholique est souvent évoqué pour condamner l’homosexualité…

La théologie catholique autour de la distinction entre l’être et l’acte et la manière dont le comportement des personnes est qualifié doit être repensée. Les actes sont jugés et non la personne, mais il n’est pas possible de dissocier pleinement les deux. Cette question est complexe, car elle concerne avant tout l’anthropologie sous-jacente à la foi et à la théologie. Aujourd’hui, il n’est plus possible de mettre de côté la dimension incarnée de l’humain.

Une proposition…

… pour plonger dans les histoires et imaginaires de nos rues

Des mots soufflés par des panneaux accrochés à des arbres en ville de Genève invitent à plonger dans les histoires qui remplissent nos rues et font les identités singulières de notre ville. Pour écouter ces récits, tissés entre la préhistoire et le futur, on saisira avec son smartphone les codes QR suspendus dans les branchages et on glissera ses écouteurs dans ses oreilles. Des voix de comédiennes donnent vie, d’arbre en arbre, à ce fourmillement d’histoire(s), d’imaginaire et de vécu.

Trois possibilités pour plonger dans ces parcours-récits :

• Les codes QR :

– vous choisissez un parcours en vous rendant sur la page hypercity.ch/parcours et vous notez le point de départ pour le parcours sélectionné,

– en saisissant avec votre smartphone les codes QR accrochés aux arbres, vous atterrissez directement sur les podcasts de chaque halte et sur les autres contenus liés à chaque lieu.

• Par GPS / Géolocalisation :

– vous choisissez un parcours en vous rendant sur la page hypercity.ch/parcours

– vous activez le bouton « GPS » sur le plan,

– vous autorisez Hypercity à accéder à votre localisation si votre appareil vous le demande,

– vous repérez votre position (vous êtes le point bleu sur le plan),

– et vous cliquez sur « Commencer le parcours ».

• Par un « simple » clic :

– vous choisissez un parcours en vous rendant sur la page hypercity.ch/parcours

– vous cliquez sur le n. 1 dans le plan ou dans la liste « Les haltes »,

– après avoir écouté le contenu d’une halte, vous cliquez sur « Poursuivre le parcours », puis sur le no suivant dans le plan, et ainsi de suite…

… pour visiter Genève en répondant à des devinettes

Une application mobile gratuite, dénommée Ouchui, a débarqué à Genève : elle permet de découvrir des lieux de la Cité de Calvin, mais aussi de Lancy ou Carouge, en répondant à des devinettes sur les lieux visités. Au fil d’une enquête faisant appel à la culture générale, la rapidité et le sens de l’observation, ce jeu de piste vous conduira à travers diverses zones géographiques et thématiques tout en satisfaisant votre curiosité grâce à diverses anecdotes et faits historiques. Rendez-vous sur ouchui.ch avec votre smartphone pour commencer à explorer votre ville.

D’une naissance à l’autre

FABIENNE GIGON, REPRÉSENTANTE DE L’ÉVÊQUE À GENÈVE
PHOTO : CATH.CH

Chère Lectrice, cher Lecteur,

Il se trouve que je suis enceinte. Voilà une drôle de temporalité qui vient s’inscrire sur deux plans. Le premier est bien sûr relatif à mon entrée en fonction. Cette éventualité fut annoncée à l’évêque dès sa demande de le représenter formulée et à l’équipe que j’ai rejointe lors du discernement. La « prise de risque » acceptée de toutes parts, voici que les projets étaient confiés dans les mains de Dieu. Le Seigneur fait grâce à mon couple d’une prompte grossesse et pour ce « miracle » parfois banalisé, je lui suis infiniment reconnaissante. Je porte dans mes prières les couples pour qui ce projet prend plus de temps à se réaliser et ceux qui doivent trouver une autre façon de porter du fruit dans la vie. J’ai beaucoup d’humilité face aux chemins que la vie nous fait emprunter au cours de notre existence.

Durant cette nouvelle réalité qu’il m’est offert de vivre, j’ai été émue des mots de l’évêque qui questionnait : « quelle Eglise serions-nous si nous ne pouvions pas nous réjouir de toute naissance et l’accueillir avec confiance ». Aussi, j’ai été très touchée d’entendre d’une amie de rite oriental que les femmes enceintes, porteuses en elles de la vie, sont sollicitées pour bénir qui le leur demande. Voici l’un de mes bonheurs depuis quelques mois, bénir largement. Je le mets au service de mes rencontres et de l’Eglise à Genève, appelant les bénédictions du Seigneur.

L’autre temporalité qui me rejoint est celle de la Nativité, puisque mon accouchement est prévu en décembre. Je pense à Marie qui rencontre sa cousine Elisabeth, et à cette magnifique visitation qui met au jour, par le tressaillement des enfants dans les ventres, la magnificence du Seigneur et son désir d’être proche de notre humanité. Je pense à Marie, sur les chemins du recensement jusqu’à Bethléem. Dès la fin de ce mois, nous sommes invités à cheminer avec Joseph et elle vers l’avènement de la naissance extraordinaire de Jésus. Car oui, le temps de l’Avent démarre ce 27 novembre déjà. A chacune, à chacun, je souhaite de tout cœur un bon mois de novembre et un beau cheminement avec la Sainte Famille. Qu’il nous amène à accueillir l’Enfant Dieu dans notre quotidien et à approfondir toujours plus le mystère de sa lumineuse présence !

Un parcours «providentiel»

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTO : CATH.CH / BERNARD HALLET

Officiellement fondée en 2017, après l’ordination de Naseem Asmaroo, la communauté chaldéenne catholique compte environ deux cent cinquante familles en Suisse, dont une trentaine à Genève qui se réunit le dernier samedi du mois à l’église Sainte-Marie du Peuple.

Un pont entre l’Orient et l’Occident

Imprégné de la culture et de la spiritualité orientale de son église, Naseem Asmaroo, originaire d’Irak, arrive en Europe en 2007. D’abord la Belgique, où il termine ses études, avant de se rendre en Suisse pour y rejoindre Lusia, qu’il épouse en 2010. Il nomme les opportunités offertes par l’Eglise en Suisse : « providence ». Ces signes du destin se matérialisent par un engagement en tant qu’agent pastoral laïc pour l’Eglise catholique dans le canton de Vaud (ECVD). En 2017, il est ordonné prêtre dans l’Eglise chaldéenne catholique et sillonne depuis une grande partie de la Suisse romande pour célébrer autant les messes que les mariages ou les baptêmes de cette communauté attachée à son héritage spirituel. C’est ensuite Mgr Morerod qui propose personnellement à Naseem Asmaroo de faire une demande de « bi-ritualité » auprès de Rome. Celle-ci lui est accordée en février 2018. Depuis, le Père Asmaroo célèbre dans les deux rites. « C’est une grâce de vivre cela. Il y a une réelle complémentarité entre ce que je vis avec les fidèles de l’église chaldéenne et les fidèles de l’église latine. C’est une grande richesse et une manière pour moi de construire un pont entre les deux cultures et les deux spiritualités ». D’ailleurs, toutes les messes sont célébrées en araméen, en arabe et en français. Ainsi, quiconque le désirant peut se joindre à la communauté.

Catholicité à tous niveaux

Loin de chercher à « créer une église dans l’Eglise. C’est une manière de perpétuer notre culture en encourageant à vivre pleinement les autres dimanches avec les paroisses locales. Ici, nous nous sentons vraiment chez nous. L’accueil que nous avons reçu donne un bon exemple aux nouvelles générations d’une intégration vécue et non imposée ».

Marcher et prier ensemble

PAR DORIS BUCHARD | PHOTO : WWW.TOURISME-TARN.COM

Marcher, oui, mais vers où ?
Aide-nous, Seigneur, à nous diriger constamment au centre, pour nous reconnaître sarments greffés sur l’unique vigne qui est Jésus.
Aide-nous à nous aider mutuellement afin de rester unis et de porter des fruits autour de nous.
Aide-nous à laisser sur le bas-côté les péripéties existentielles et quotidiennes.
Ainsi notre marche sera convaincue vers le monde afin d’y porter la présence du Seigneur.

Prier, oui, mais comment ?
Dans notre prière aussi, comme sur le chemin, nous ne pouvons pas avancer seuls.
Aide-nous Seigneur, par la grâce de Dieu à la diffuser harmonieusement entre les croyants qui s’aiment.
Aide-nous à prier les uns pour les autres car chacun est une rencontre sur notre chemin.
Aide-nous à être unis dans la prière comme Tu nous l’a appris.
Ainsi, notre prière sera convaincue pour les autres et le vent de l’Esprit soufflera et nous inspirera.
Alors oui PRIER et MARCHER ENSEMBLE aura du sens.

« Chrétien dans un monde qui ne l’est plus »

PAR L’ABBÉ AIMÉ MUNYAWA
PHOTOS: ODIE ARIANE, JEAN-CLAUDE GADMER

Aux jours d’aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre des voix qui disent: «ce monde est pourri» ou encore «tout a changé on ne sait plus où on va». Toutes ces expressions et tant d’autres encore de même nature prouvent à suffisance combien le changement d’époques est parfois déconcertant. S’il n’impose pas un véritable défi ou challenge comme ce fut à l’époque des dinosaures, il exige tout de même des efforts assez particuliers d’adaptation pour se mettre à jour ou de renoncement pour se forger un nouveau style de vie.

« Appelé aujourd’hui à être témoin par des compromis sans compromissions.»

Les chrétiens, dans leurs efforts quotidiens de sainteté et de rectitude morale, se trouvent aussi à la croisée des chemins où ces mutations sociétales et éthiques peuvent tantôt s’emboîter ou tantôt s’opposer. Mais il faut que la marche continue dans une série de compromis sans compromissions. Le défi est de taille quand on veut être une personne de son temps, de son milieu tout en restant un véritable chrétien, c’est-à-dire un aspirant du ciel. Comment vivre avec le cœur au ciel et les pieds sur la terre sans que la terre ne remplisse le cœur ? Rien de nouveau sous le soleil. Le Seigneur Jésus avait déjà prévenu ses disciples en leur disant : « Vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde. » Cette recommandation incite les chrétiens de tous temps à rester comme de véritables lumières pour leur temps et pour leur époque. Pourtant, moult voix invitent fidèles et pasteurs de l’Eglise à s’adapter tant à l’époque qu’à la société. Mais concrètement, à quoi l’Eglise et ses fidèles doivent-ils s’adapter ? Le défi des compromis sans compromissions se révèle être une architecture complexe et sans formule prédéfinie. Il faut du bon sens au rendez-vous ! Or, le bon sens n’étant pas toujours la chose la mieux partagée par l’humanité, l’urgence est à l’humilité du Christ pour porter sur notre société le même regard d’amour qui incite au service.

Wordpress Social Share Plugin powered by Ultimatelysocial
LinkedIn
Share
WhatsApp