Faire partie des « meubles » ?

Clocher de l’église de Martigny-Croix.

Le chanoine Klaus Sarbach réagit à sa façon au thème du dossier romand, au centre de votre Magazine, et qui traite du patrimoine immobilier de l’Eglise.

PAR KLAUS SARBACH | PHOTO : DANIEL TORNAY

Depuis le début de ma vie religieuse, j’ai vécu, par saccades, durant 21 ans en Octodure. Puis-je pour autant affirmer que, pour les martignerains, je fais partie des « meubles » de la Cité ?

« Meuble ? » Oui, dans le sens que la parole est « meuble » c’est-à-dire « mobile » ; qu’elle peut bouger, être déplacée, changer, être utilisée pour différents services. Ainsi, en 47 ans de sacerdoce, j’espère avoir été « utile » dans douze paroisses et trois hospices, en deux pays, en trois langues, en plaine et en montagne… et de pouvoir encore être utile comme « vicaire grand-père » !

Partout, j’étais bien dans ma peau parce que partout je me suis senti « chez moi », dans « ma maison », accueilli par des frères et des sœurs, par des amis de Jésus. J’étais dans mes « meubles » que sont les activités sacerdotales différentes, complémentaires et enrichissantes.

« Immeuble ? » C’est-à-dire que l’on ne peut pas bouger ? Un immeuble est un bâtiment au service de tous qui offre une sécurité, une chaleur, une solidarité, une vie partagée que ce soit en des jours de soleil ou de pluie. L’immeuble « Eglise » a des racines invisibles qui lui fournissent l’eau qui nous nourrit et qui nous purifie ; la sève invisible qui lui apporte les forces de vie qui viennent du Créateur et que nous appelons la foi, l’espérance et la charité.

« Patrimoine ? » Le patrimoine, ce sont des choses et des valeurs que nous n’avons pas fabriquées nous-mêmes, mais que nous héritons gratuitement de Dieu et de nos « pères » (au sens d’ancêtres) dans la vie et dans la foi. L’immeuble « église » n’est donc pas un « musée mort » mais est le lieu où l’on peut trouver ce qui est nécessaire pour se maintenir en vie et maintenir debout l’Eglise de Jésus, la Maison de toutes les filles et de tous les fils du Père. L’église – immeuble visible – devient donc un « meuble vivant » et nourrissant par l’amour que les habitants accueillent régulièrement du Père et partagent entre eux selon les besoins de chacun. Alors, quand nous disons : « je fréquente l’église », nous faisons davantage que le devoir dominical : nous expérimentons cette phrase d’une personne anonyme : « Le charme d’une maison ce sont les amis qui la fréquentent. »

Le patrimoine paroissial

La cité médiévale de Romont possède un riche patrimoine d’art religieux. On peut penser à sa célèbre Collégiale dotée de magnifiques vitraux qui témoignent en style, les diverses époques de la vie religieuse en ces lieux. Durant l’année, de nombreuses visites guidées sont organisées en lien avec le Vitromusée de la ville. Aujourd’hui encore, la pastorale se poursuit dans ces vénérables bâtiments chargés d’histoire. Pour ce qui est de la Collégiale, il a fallu des réadaptations pour mener à bien la vie liturgique dans l’esprit de Vatican II.
Des transformations ont été nécessaires. Il revient donc au Conseil de paroisse de veiller à ces transformations et à l’entretien de ces bâtiments qui, à Romont, sont quasi tous classés monuments historiques. Ainsi, nous proposons quelques questions au président du Conseil de paroisse M. Benoît Chobaz.

PROPOS RECUEILLIS PAR
L’ABBÉ MARTIAL PYTHON | PHOTOS : BENOÎT CHOBAZ, DOMINIQUE AYER

Pouvez-vous nous dire en quoi consiste votre responsabilité quant à la gestion de ce patrimoine ?

En consultant les Statuts des corporations ecclésiastiques catholiques du canton de Fribourg, parmi les tâches et responsabilités qui sont attribuées au Conseil de paroisse, deux font directement référence au patrimoine paroissial : gérer les biens paroissiaux (art. 32 al. 2 let b) et constituer des archives et veiller à leur conservation et à leur gestion (art. 32 al. 2 let. h).

L’ampleur de la tâche des Conseils de paroisse qui se succèdent dépend, d’une part, de la richesse patrimoniale de la paroisse ; celle de Romont est justement dépositaire d’une histoire et d’un patrimoine hors du commun. D’autre part, la grandeur de la tâche dépend du dynamisme des conseillers en cours de législature, des projets qu’ils rêvent de réaliser et qu’ils portent à maturité.

L’aventure commence toujours par des personnes passionnées et convaincues du projet à réaliser, par des conseillers / ères qui y croient et qui osent se lancer parfois contre vents et marées.

Pour illustrer ces propos, parlons de Notre-Dame de l’Assomption, cette belle dame qui demande beaucoup de soin ! De 1976 à 2011, il a fallu 35 ans et 14 étapes de rénovation pour lui redonner son aspect extérieur actuel sous la direction de l’architecte romontois Aloïs Page. Ensuite, s’est enchaînée la rénovation intérieure avec la mise en place d’un nouveau chauffage sous la baguette de l’Atelier d’architectes Antoine Vianin, puis la rénovation de l’orgue de la Collégiale par les soins de la manufacture d’orgues alsacienne Quentin Blumenroeder. Finalement, l’assemblée de paroisse vient d’accepter, il y a un mois, une dernière étape de rénovation des façades extérieures et un rafraîchissement global des pierres soumises aux constantes intempéries.

Si la Collégiale est le joyau de la ville de Romont, le patrimoine paroissial s’étend au-delà de ce majestueux édifice religieux. Il suffit de penser aux bâtiments de la Maison Saint-Charles, construits en partie au XIXe siècle et dans un deuxième temps à partir de 1928 par l’architecte Ferdinand Duma, qui abritent un véritable bijou artistique, la chapelle dédiée à saint Charles Borromée, embellie par des artistes célèbres tels qu’Alexandre Cingria, Gaston Favarel et Marcel Feuillat.

Actuellement, des études sont élaborées pour une rénovation du site de Saint-Charles. Une première étape est déjà en cours avec les travaux de restauration des peintures de Ferdinand Dumas dans certains locaux de l’aile de 1928.

La bibliothèque du clergé et les archives paroissiales représentent également une mémoire historique remarquable, qui s’étend du Moyen-Age au vingtième siècle. Durant dix ans, le Conseil de paroisse a défendu, fait mettre en valeur et cataloguer ses archives et sa bibliothèque du clergé par Florian Defferrard de la maison Passeurs d’archives. Le conseil a également soutenu l’édition de son livre « Des clercs et des livres. Le catalogue de la bibliothèque du clergé de Romont (1478-1900) ». Ce fonds contient des documents concernant le temporel de l’Eglise de Romont et les activités de son clergé. S’y retrouvent aussi les séries concernant les cures dépendant du Clergé de Romont telles que Cudrefin, Attalens, Siviriez et Villaz-Saint-Pierre. Ce travail de recensement et de catalogage met en lumière plus de 1’000 parchemins, 1’189 papiers, 300 cahiers et 146 registres.

La paroisse de Romont est également propriétaire de la cure à la rue de l’Eglise, également monument protégé, d’une ferme au pied de la cité et de nombreuses parcelles de terrain, en particulier sur le versant côté Alpes de notre colline ronde. L’entretien et la gestion de ces immeubles est également sous la responsabilité du Conseil de paroisse.

Comme président de paroisse, il faut parfois être un chef d’orchestre pour coordonner les projets, pour rassembler les bonnes compétences, pour constituer des dossiers, prendre les bonnes décisions collégiales avec le Conseil de paroisse. On y apprend la polyvalence, on y acquiert beaucoup d’expériences. Pour réaliser ces projets et ces tâches, le conseil est en lien avec des mandataires (architectes, ingénieurs), avec de nombreux corps de métier, avec des services financiers et juridiques, avec les services de l’Etat, avec la corporation ecclésiastique, avec des experts, etc.

Mais la conservation du patrimoine ne s’arrête pas à la conservation des pierres et des vieux documents. Les chrétiens sont des pierres vivantes, c’est le patrimoine le plus précieux de l’Eglise.

Certes, des traces remarquables sont inscrites dans le patrimoine architectural et dans celui des archives de la paroisse. Cependant, la vie communautaire ne s’arrête pas au passé, le présent est lui aussi pétri de croyances et de traditions vivantes ancrées dans l’histoire des croyants. Pensons à la procession des pleureuses, aux liturgies, au chant choral, aux fidèles venant prier à Notre-Dame du Portail, à la procession de Notre-Dame de Fatima et tant d’autres événements qui scandent aujourd’hui encore la vie romontoise et manifestent que les femmes et les hommes ont toujours les mêmes aspirations transcendantes, les mêmes préoccupations humaines face à la vie, la même espérance face à la maladie et à la mort. Le Conseil de paroisse est responsable des conditions matérielles pour que cette foi puisse se vivre et s’incarner selon la tradition de l’Eglise.

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres concernant l’entretien de ces bâtiments ?

Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’être interpellé par des paroissiens / nes et même des professionnels / elles engagés dans l’Eglise qui me reprochaient de dépenser des millions pour la rénovation des pierres : « Vous ne faites rien pour la pastorale. » Ce à quoi, je rétorque toujours : « Venez aux Assemblées de paroisse pour vous opposer démocratiquement aux investissements liés aux bâtiments, et prendre conscience, peut-être par vous-mêmes, que votre affirmation n’est pas tout à fait correcte. » Il faut se rendre compte qu’investir, c’est s’enrichir !

Les travaux de rénovation extérieure de la collégiale de 1976 à 2011 ont coûté
Fr. 6’160’000.–. Les travaux de rénovation intérieure et pose d’un nouveau chauffage en 2017-2018 s’élèvent à un montant total de Fr. 2’100’000.–. Le catalogage des archives et leur mise en valeur ont été réalisés pour un montant total de Fr. 150’000.–, réparti sur dix années de travaux.

Lors de gros projets tels que ceux-ci, la paroisse fait appel habituellement à des emprunts. La paroisse, au 31 décembre 2021, est endettée pour un montant de
Fr. 2’200’000.–. Elle paie des intérêts et des amortissements financiers pour un montant global de Fr. 91’000.– par année.

Les charges des comptes 2021 s’élevant à Fr. 1’340’000.–, les charges liées aux investissements décrits ci-dessus représentent donc 6.8% des charges de la paroisse en 2021.

D’une façon globale, les charges pour les assemblées, les conseils, l’administration, les salaires et l’entretien de tous nos bâtiments se montent à 50% des charges des comptes annuels, l’autre 50% est utilisé pour honorer les frais de culte, de célébrations, du ministère pastoral et d’entraide.

Rencontrez-vous de la satisfaction dans l’exercice de cette fonction ?

Prendre la présidence d’une telle paroisse a été et est encore un labeur, un grand et beau défi. Dès lors, il y a naturellement de grandes satisfactions. Parfois même, l’expérience est grisante. Je pense au jour de la bénédiction de l’orgue après sa rénovation. A cet instant, vous vous souvenez de toutes les étapes qu’il a fallu traverser pour arriver à ce jour, à l’énergie mise à convaincre, à toutes les séances ardues, aux devis à défendre et surtout à tenir, aux problèmes administratifs et juridiques réglés, à tous les procès-verbaux interminables à composer et relire, à toutes les coordinations nécessaires, à tous les doutes qu’il a fallu dépasser, à tous les problèmes qui ont trouvé une solution, et surtout au florilège des belles personnes et à leurs compétences qui ont contribué à une telle réussite. Finalement, telle une pièce de musique, chaque note a trouvé sa place pour créer et découvrir l’harmonie. A ce moment, vous êtes très satisfaits, fiers d’avoir servi !

 

Jeux, jeunes et humour – juin 2022

Par Marie-Claude Follonier

Question d’enfant

Pourquoi y a-t-il des militaires à la Fête-Dieu ?
La Fête-Dieu a été instituée au XIIIe siècle seulement, à une époque où il convenait de rappeler la présence réelle du corps du Christ dans l’hostie. Pour marquer cela, de grandes processions sont organisées où le prêtre porte l’hostie dans un ostensoir. Très vite, militaires, gardes suisses ou grenadiers y ont participé en signe d’hommage et de protection offerte à Jésus. La Fête-Dieu, en associant les autorités politiques et militaires, nous rappelle que la religion n’est pas qu’une affaire privée.

par Pascal Ortelli

Humour

Un grand footballeur aborde son curé au sortir de l’office et lui pose cette question : 
– Mon Père, y a-t-il des matches de foot au Paradis ?
– Question délicate que je soumettrai au Seigneur dans ma prière.
Le dimanche suivant, le curé apporte la réponse. Il est quelque peu contrarié.
– J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.
– Commencez par la bonne, M. le Curé.
– Il y a en effet des matches tous les dimanches au Paradis.
– Et la mauvaise ?
– Vous jouez dimanche prochain !

par Calixte Dubosson

La primauté des saveurs

L’anagramme de saveur est « sauver ». La saveur est ce qui nous sauve. Sans saveur nous sommes perdus. Si nous méprisons le réel, au final, nous perdons la saveur qui fait notre vie. La Bible fait référence à la saveur : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi va-t-on le saler ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. » (Mt 5, 13) En tant qu’êtres humains créés par Dieu, partageons la saveur du sel de la Parole vivifiante.

TEXTE ET PHOTO PAR OLIVIER TARAMARCAZ

Le bol des saveurs. Théodore Monod, le grand explorateur, a cherché une expression capable de traduire en quelques mots son rapport au monde. Il nous livre trois mots simples : « Nul pouvoir, un peu de savoir, beaucoup de saveurs. » L’ami des déserts a bien pointé trois enjeux formulés dans cette simple triade, prenant soin de les positionner dans un ordre choisi. La nuance est marquée en particulier par le choix d’un mot, faisant écho à la métaphore du jardin : les saveurs. Savourer est un verbe qui semble n’avoir que peu de place dans l’échelle de nos considérations. Pourtant, le savoir et la sagesse sont intrinsèquement associés aux saveurs. Le savoir contient la même racine que la saveur. « sapere », « avoir de la saveur », est utilisé pour parler des choses ; « avoir du goût, du discernement », fait référence aux personnes. La saveur contient le germe d’un savoir, une forme de connaissance liée à l’expérience. La Bible n’est pas un livre qui fait l’éloge du savoir pour lui-même. La Bible est le Livre de l’expérience, de la connaissance du Dieu personnel, le Livre du discernement, le Livre du bon goût du réel, le Livre des saveurs : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. » (Gn 1, 31) Il y a pourtant un risque à prendre au sérieux, si nous nous arrêtons au carrefour de la triade proposée par Théodore Monod. En renversant son propos, nous aboutissons à cette formulation : « Nulle saveur, un peu de savoir, beaucoup de pouvoir ». Ce sont les mêmes mots, placés différemment, et ce n’est plus le même monde. La question se pose dans chaque situation, de discerner si le savoir est au service des saveurs ou au service du pouvoir.

Chercher le « la ». Je me souviens d’une histoire au sujet du roi de Siam. Un jour, il se rendit à un concert avec des amis. A la fin, l’un d’eux lui demanda : « Est-ce que cela vous a plu ? »« Oui », répondit le roi de Siam. Son interlocuteur lui adressa encore cette question : « Quelle partie vous a le plus touché ? » Le roi répondit : « Le plus émouvant pour moi a été d’assister au moment où les instruments s’accordent entre eux. » Certains experts en gestion du temps auraient peut-être proposé de supprimer ce moment, le considérant comme non nécessaire. De quelle manière, dans nos relations, donnons-nous un réel espace à la recherche du « la » ? Sans ce temps « perdu », durant lequel nous nous accordons, que peut-on attendre des mouvements suivants ? Ce qui est au début se retrouve généralement dans tout ce qui suit jusqu’à la fin.

Dans la vie chrétienne, la recherche de l’accord se réalise dans la prière, dans la méditation de la Parole, dans l’écoute de la voix du Père. Prendre le temps d’écouter le message libérateur de la Bible, se relier au Souffle de vie de l’Esprit de Dieu, c’est chercher le « la » de sa vie, le « la » qui donne sens à chacun de mes choix, de mes engagements. Il est de bon ton aujourd’hui, de faire des choix, sans considération de la Parole de Dieu, sans chercher à s’y accorder, sans désir de s’approcher de notre Créateur. Le Seigneur, pour sa part, désire me faire découvrir la saveur authentique de la vie accordée au « la » de la Parole qui porte le réel. En négligeant d’accorder une place à mon Créateur, mon identité risque de se désaccorder dans une spirale de déconstruction progressive de ma personnalité.

Une vie relationnelle.Au cœur de la vie est la relation. Il n’y a pas de vie réelle sans relation. Me tenir à l’écart du Dieu relationnel, du Dieu personnel qui m’aime, qui m’a créé pour être en relation, produit un écart dans mon être intérieur, une division, une fracture. Notre temps contemporain illustre cette brisure, ce désaccord. Quelque chose sonne faux. Cette fissure ne peut pas être comblée par des paroles en carton, par des masques. Mon autojustification s’appuyant sur la rhétorique de la satisfaction et du bien-être, perçu comme bien ultime, pourra, au mieux, réduire momentanément le poids d’une identité marquée par la séparation qui a pris place dans mon cœur et dans mon esprit.

La foi chrétienne est d’abord relationnelle. Elle se conjugue selon les mêmes nuances que les saveurs premières de Théodore Monod ; avec la même attention que celle portée par le roi de Siam, à la recherche du « la » ; avec le même souci d’accueillir le souffle de la Parole de Vie. Si j’écrase une fleur, elle répond seulement par ce qui constitue sa nature : en offrant son parfum. Si je méprise la Parole de Dieu, si je rejette le Sauveur, Jésus me répond encore par un regard bienveillant, m’invitant à venir à lui, à goûter la joie de sa présence, à le connaître. Au final, le Ressuscité nous invite à discerner quelles saveurs nous portons réellement par notre vie. Il nous propose de considérer quel parfum nous répandons par notre être au monde. Alors, il nous revient de répondre à la question que Dieu nous pose, comme il l’a posée à Adam et à Eve : « Où es-tu ? » ; « Que fais-tu de la vie que je t’ai donnée ? » Jésus te dit : « Viens, suis-moi. » (Mc 10, 21)

En librairie – juin 2022

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Jésus revient… en Suisse
Philippe Le Bé

Ce 8 novembre 2024, personne ne l’attend. Discrètement, Jésus a choisi la Suisse pour un retour sur notre planète, toujours plus chamboulée par des pandémies qui n’en finissent pas, un climat qui se détraque et une biodiversité qui s’effondre. L’Envoyé a quelques semaines pour dénicher douze nouveaux disciples, de Genève au Jura, qui pourront témoigner qu’un autre monde est possible sur Terre.

Editions Cabedita

Acheter pour 29.00 CHF

Décoder un tableau religieux (Nouveau Testament)
Eliane et Régis Burnet

Comment différencier une Annonciation d’une Assomption ? Que signifie le bleu du manteau de la Vierge Marie ? Pourquoi les premiers chrétiens ont-ils représenté le Christ sous la figure d’un berger ? Nous sommes entourés de tableaux religieux, mais savons-nous encore les lire. A partir d’éléments facilement reconnaissables – un ange à genoux, une corbeille de pain ou une barque de pêcheurs –, Eliane et Régis Burnet élaborent une grille d’identification des épisodes de l’Evangile et décodent pour nous les symboles du christianisme. Sans dogmatisme ni a priori, ce guide offre les clés de lecture indispensables pour apprécier les plus belles œuvres de notre patrimoine.

Editions Cerf

Acheter pour 49.30 CHF

Père Jacques Sevin
Thierry Martinet

Toujours la tête dans les nuages, le petit Jacques grandit à l’aube du XXe siècle. Deux rencontres vont sceller le destin de ce jeune élève, turbulent et artiste, d’un collège jésuite : d’abord sa rencontre avec Jésus, qui guidera son chemin spirituel, puis sa rencontre avec Baden-Powell, l’inventeur du scoutisme en Angleterre. Il met toutes ses qualités au service des jeunes : pédagogie, enseignement biblique, animation, chanson, écriture, peinture, sculpture. Il est l’homme de toutes les situations, toujours en mouvement pour aller à la rencontre de l’autre. Il a marqué durablement ceux qui ont croisé sa route, par sa profonde intelligence et sa grande humilité. Cette BD vous le fera découvrir.

Editions Plein Vent

Acheter pour 24.70 CHF

L’évangile dans le sable
Mgr Jean-Claude Boulanger

Le 1er décembre 1916, Charles de Foucauld est assassiné à Tamanrasset. Sa mort parle plus que toute sa vie. Non loin de son corps recroquevillé se trouvent à même le sable, l’Hostie que Frère Charles a tant contemplée et l’Evangile qu’il a tant médité.
Mgr Boulanger relit la vie de Frère Charles à la lumière de cet événement. Celui qui sera canonisé à Rome le 15 mai 2022, par sa pauvreté, sa douceur, son désir de paix et de fraternité, son acceptation de la souffrance et de la persécution, est devenu l’homme des Béatitudes, le Frère universel.

Editions Artège

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Pour commander

« Ma peinture, mon destin, ma vie » : rencontre avec Laurence Bender

Laurence Bender est artiste peintre. Les mots prudents qu’elle emploie pour parler de sa peinture sont comme des phares qui jalonnent une côte déchirée. Sa peinture, c’est sa vocation, son destin, sa vie. Cet univers intérieur à partir duquel elle s’exprime et qui relie l’art et la spiritualité, lui colle à la peau depuis son plus jeune âge. Le 15 avril dernier, elle a présenté à l’église de Martigny-Ville, lors de la célébration de la Passion, les quatorze stations d’un Chemin de Croix qu’elle a mis près de deux ans à réaliser.

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY
PHOTOS : DR

Née en 1966 à Fully, elle suit d’abord une formation d’architecte d’intérieur – un joli clin D’Yeux – et travaille sept ans durant à Lausanne comme guillocheuse 1. Durant cette période, elle se questionne profondément sur le sens de son existence. Finalement, elle fait le choix résolu de quitter la sécurité liée à cet emploi pour ouvrir, en janvier 2003, un atelier de peinture à la rue d’Octodure à Martigny.

Un véritable accouchement. « Ce chemin de Croix m’a été dicté à partir de plusieurs lieux sources comme Saillon ou Longeborgne. Dès le début, je me suis dit que je prendrai tout le temps nécessaire pour mener jusqu’au bout ce travail. Ça été un combat pour aboutir : un véritable accouchement. J’ai voulu laisser vivre chaque station dans le temps qui était le mien. En peignant Simon de Cyrène, Véronique ou Marie, j’ai eu affaire tour à tour symboliquement à eux dans ma vie quotidienne : j’ai eu besoin de l’aide d’un ami (S. de Cyrène) ; l’image que je me faisais de mon travail a évolué (Véronique). Et ma relation avec ma propre mère a été transformée… »

Une œuvre : un souffle. « Il ne s’agit pas de quatorze œuvres mais d’une seule, d’un ensemble cohérent. Et aujourd’hui, c’est l’alléluia ! L’aboutissement est là. Je souhaitais que ce travail bouge et soit vivant, c’est pour cela que j’ai conçu des bannières qui bougent et peuvent flotter au vent. Que l’on soit croyant ou pas, je crois qu’on peut être touché par mon travail à travers plusieurs dimensions de la vie. »

Suivre les rythmes. « Pour peindre, il me faut un silence monastique et beaucoup de temps. Je suis sensible aux rythmes. En effet, il y a un temps donné pour travailler et un temps donné pour laisser monter le souffle et il me faut respecter ces rythmes en profondeur. Ma peinture a elle aussi un rythme et il me faut suivre ses propres rythmes. Quand je peins, je suis à fleur de peau. Ce travail m’a emmenée vers davantage de patience et de persévérance. Comme je suis assez dispersée, j’ai dû me battre pour toujours me recentrer. »

Laisser l’élan réaliser ce qui doit. « A proprement parler, ce n’est pas moi qui peins. Je laisse monter en moi, dans mes mains, une force qui me met en mouvement et ça, c’est parfait ! Parfois, je cherche à rectifier cet élan, alors là, je peste contre moi-même ! Comment vais-je améliorer ce qui est monté si parfaitement en moi jusque sur le papier ? Pour moi peindre, c’est être dans la démaîtrise complète. C’est laisser faire : ressentir et laisser. Je crois à ma peinture, car c’est ma vie, mon destin. C’est parfait ! »

Dieu comme un espace pour faire exister. « Des amis m’ont dit : « Tu as vu ce que tu as fait là ? » Je réponds non, car je ne suis qu’une part de mon travail. Je peins par Dieu et à travers lui. Est-ce je sais peindre ou pas ? Je n’en sais rien. Dieu, je le sens comme un espace. Il est fort, invisible, bienveillant et juste. C’est une confiance intime. Je ne le vois pas comme un père ou comme une personne incarnée. Dieu est entre l’inspir et l’expir : un lieu paradoxal et vide. Un lieu où l’âme peut s’exprimer. »

Laisser son travail être vu. « Laisser voir son travail, c’est une petite mort. Alors que j’ai passé près de deux ans dans une intimité totale avec mon travail, au vernissage, je l’abandonne tout d’un coup aux regards d’autrui. Ce n’est pas facile de le laisser aller au jugement des autres. C’est une mise au monde, une mise aux regards qui fait que mon travail m’échappe complètement.

C’est là que je m’aperçois qu’il n’existe que par le biais des multiples regards (et des ressentis) qui seront posés sur lui. C’est ainsi que mon ouvrage sera toujours vivant… car il n’est pas entièrement dépendant de moi. C’est cette part de l’ouvrage qui est plus grande que moi que je peux nommer Dieu, Lumière ou même l’Essentiel »… me rétorque malicieusement Laurence en tournant la dernière page dudit Magazine qu’elle feuilletait tout en m’entretenant…

1 Se dit d’une ouvrière qui orne de lignes gravées et entrecroisées des bijoux, du bois ou du métal et, dans le cas de Laurence, sur les billets de banque (éléments de sécurité).

Le travail de Laurence Bender a été présenté à l’église de Martigny-Ville lors de la célébration du Vendredi saint, le 15 avril dernier.
Les œuvres de Laurence Bender sont « vivantes ». Elles sont faites pour bouger dans le vent…

La consolation d’une mère

PAR FRANÇOIS-XAVIER AMHERDT | PHOTO : PXHERE

Au-delà de la réflexion assez étonnante lancée par la compagnie des pasteurs et des diacres de l’Eglise réformée évangélique de Genève à propos du «genre de Dieu» (voir le dossier), nous pouvons constater que la Bible affirme clairement la part féminine de notre Seigneur.

Dès les premiers versets de la Genèse (1, 2), la Ruah Yahweh, son Esprit, au féminin en hébreu, est dit planer sur les eaux. De plus, l’un des attributs principaux du Seigneur, sa miséricorde, s’engendre dans ses entrailles matricielles, comme il l’affirme lui-même à Moïse en Exode 34, 6, lorsqu’il remet à son prophète sa « carte de visite » : « Le Seigneur passa devant Moïse sur le mont Sinaï et il cria : « Yahweh, Yahweh, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité » ». La bienveillance divine s’exprime dans la langue de l’Ancien Testament par le mot féminin pluriel rahamin, la matrice de la femme qui porte la vie. Le terme est repris en grec à propos du Christ, lorsque l’Evangile dit qu’il est « pris aux tripes » en présence des foules qui étaient comme des brebis sans berger (Matthieu 9, 36).

En outre, le troisième Isaïe (chapitre 56-66) nous promet d’être allaités, portés sur la hanche, caressés sur les genoux et consolés par le Seigneur lui-même, comme une maman le fait pour son nourrisson (Isaïe 66, 12-13). Quand la paix coulera vers Jérusalem et que la gloire des nations se portera au-devant d’elle, tel un torrent débordant, ainsi notre cœur sera dans la joie et nos membres reprendront vigueur comme l’herbe, grâce à la tendresse maternelle de Dieu envers ses serviteurs.

Pas besoin donc de transiger sur les pronoms à attribuer au Seigneur. Ils peuvent être sans autres féminins et Dieu peut être invoqué comme « notre mère qui est aux cieux », afin que sa volonté d’aimer soit réalisée sur la terre comme au ciel, que son règne de bonté et de justice advienne, que son pardon se répande en nous en abondance, de sorte que nous le transmettions autour de nous et que le mal soit ainsi vaincu. En Ukraine comme en Romandie.

«Femme, je vous aime !»

PAR THIERRY SCHELLING | PHOTO : VATICAN NEWS

Le pape François a donné la place à des femmes dans la curie comme aucun de ses prédécesseurs : directrice des Musées du Vatican, secrétaire du Gouvernorat du Vatican (l’organisme qui gère la Cité du Vatican), sous-secrétaire du Synode…

Il a également institué lectorat et acolytat pour les deux sexes ; chez nous, cela passe presque inaperçu, mais dans des milliers de diocèses dans le monde, c’est une occasion bénie d’institutionnaliser la place des femmes en Eglise de manière non plus exceptionnelle, circonstanciée ou opportuniste, mais réellement habituelle.

« L’Eglise est femme »

A la messe du 1er janvier 2022, le Pape s’est écrié : « Que de violence il y a à l’égard des femmes ! Assez ! Blesser une femme, c’est outrager Dieu qui a pris l’humanité d’une femme… » Et de rappeler qu’il faut les protéger comme devoir premier de la société et de l’Eglise, car « l’Eglise est femme ». Dans le contexte de la révélation des abus psychosexuels, c’est sûr que cela sonne… pour le moins rassurant de le souligner. Mais avec modestie…

« Experte en humanité », vraiment ?

Paul VI parlait de l’Eglise comme « experte en humanité »… Le cataclysme des rapports Sauvé de divers pays (France, Allemagne…), ainsi que les enquêtes en cours (Espagne, Suisse…), a fait sauter en éclats cette présomptueuse appellation de soi pour l’Eglise, « experte en humanité »… Désormais, l’Eglise doit incarner le service concret de cette même humanité, comme savent le faire, depuis des millénaires, les femmes, les filles, les mères… Et malgré les adversités, les cruautés, les crimes dont elles sont victimes depuis des siècles dans les sociétés patriarcales sur tous les continents, elles tiennent encore debout, comme Marie au pied de la croix ; elles accueillent et offrent le meilleur, comme Marie dans la crèche ; elles repèrent et encouragent le service d’autrui comme Marie à Cana… Et le Pape de conclure : « Au début de la nouvelle année, mettons-nous sous la protection de cette femme… » ; mettons-nous sous la protection de toutes les femmes, oui !

Covid: une «expérience» mondiale pour quel avenir?

Le Covid et sa cohorte de restrictions me sont apparus comme une expérimentation mondiale d’étude des comportements face à une menace. Cela peut conduire à plus de soumission à une autorité sous le contrôle «scientifique» d’experts ou, au contraire, réorienter notre avenir vers plus d’humanité. Jusqu’où tiendra notre monde?

PAR JEAN-PIERRE DEMURGER
PHOTO : PIXABAY

Une expérience réalisée dans les années 60 et connue sous le nom du psychologue américain Stanley Milgram, avait pour but d’évaluer le degré d’obéissance de sujets devant une autorité qu’ils jugent légitime et d’analyser le processus de soumission à cette autorité, notamment lorsqu’il induit des choix posant des problèmes de conscience 1.

L’expérience. – Un « professeur » inflige des « punitions » à un « élève » sous forme de chocs électriques s’il commet une erreur et ce, sous le contrôle d’une « blouse blanche ». Ces chocs peuvent être mortels. Si le professeur décide d’arrêter, l’autorité scientifique lui demande de continuer, car tout est « sous contrôle ». Lors des premières expériences menées par Stanley Milgram, 62,5 % des sujets menèrent l’expérience à terme en infligeant à trois reprises la punition maximum (mortelle) à son élève. Milgram a qualifié à l’époque ces résultats « d’inattendus et inquiétants ». J’ai longtemps vu cette expérience comme désastreuse. Je suis d’une génération où « le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière de l’Alsace », dixit les scientifiques. Aujourd’hui, j’en comprends le côté positif. Une partie de la population est capable de « résister » et de sortir d’un problème avec des solutions « nouvelles » malgré toutes les contraintes qui peuvent lui être imposées par des autorités et ce, même si le conformisme contraint une majorité de la population. C’est plein d’espérance, car c’est ainsi que, il me semble, le christianisme est né.

Nos libertés. – Pourquoi, à travers cette pandémie, sommes-nous capables d’aliéner nos libertés face à une autorité, sans que cela ne génère davantage de problèmes ? Est-ce un effet de crise ou de masse que l’exécutif décide et que, sous le stress et la contrainte, la réflexion s’efface. Avons-nous encore un libre arbitre ? Sommes-nous capables de l’exercer ? Certes, la liberté est d’abord angoissante. Et l’autorité a ceci de rassurant que nous pouvons agir dans un certain cadre sans nous poser de question mais cela implique la confiance.

Un choix pour l’avenir. – Il n’y a pas de libertés sans choix. Or, nous sommes aujourd’hui devant un choix : continuer comme par le passé ou passer à un autre paradigme respectueux de notre humanité et de notre planète. Quel est le choix pour notre avenir ?

• Exercer notre libre arbitre en faisant des choix pour notre avenir ? Et comme choisir, c’est renoncer, à quoi devons-nous renoncer ?

• Laisser notre avenir en gestion à nos autorités dans des systèmes démocratiques ou non, qui ne pourront que nous contraindre en parant aux crises qui s’enchaîneront de plus en plus vite ? Crises qui appelleront la suspension (ou la suppression) de nos libertés…

Dans son dernier ouvrage, Philippe Guillemant 2 écrit : « Une chose est sûre. Cet ancien futur est le prolongement du monde d’avant, en pire, c’est-à-dire, toujours plus de pollution, de destruction de la nature et du vivant, de surconsommation, de dépense d’énergie et d’information. C’est aussi l’aliénation de l’être humain à travers les technologies liberticides qui veulent s’imposer à nous aujourd’hui : la 5G avec les objets connectés, le traçage de la population, la surveillance par drone et le puçage humain. » Les systèmes (démocratiques, éducationnels, judiciaires, médicaux, etc.) craquent en général à la marge comme les vieilles outres avec du vin nouveau. Il y a toujours des moyens d’accélérer leur chute, en poussant les protocoles qui nous gouvernent dans leur retranchement.

Ceci ne nous dit cependant pas comment construire le futur. Dans ce sens, Philippe Guillemant dit aussi : « Si vous ne voulez pas du transhumanisme, soyez lucides et sachez dire non, mais sans vibrer la peur et la violence. Vibrez plutôt la joie et la puissance de l’être souverain et confiant qui sait que ce futur ne passera pas par lui. Vibrez des projets solidaires, autonomes et résilients qui valorisent la nature au lieu de la détruire. Rêvez de rejoindre des initiatives innovantes et créatrices en allant vous installer dans la campagne. Mais n’oubliez jamais qu’on ne crée pas son futur avec son mental, mais avec son cœur. »

Notre futur est-il déjà figé, sans que nous puissions le modifier ?

1 Source : Wikipédia.
2 Extrait de Philippe Guillemant, « Le grand virage de l’humanité : Vers quel nouveau futur nous dirigeons-nous ? », Ed. Guy Trédaniel, 2021.

Les visages féminins de la Bible

Dieu au féminin. Les figures féminines de la Bible. Quelle femme des récits bibliques vous a marqués? Etonnés?Voilà la question posée à plusieurs personnes. La variété de leurs réponses nous invite à nous replonger dans ce livre saint pour redécouvrir ces femmes du peuple de Dieu.

PHOTOS : MARIE-PAULE DÉNÉRÉAZ, DISTANT SHORES MEDIA/SWEET PUBLISHING,
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PEINTURE DE BERNA, DISTANT SHORES MEDIA / SWEET PUBLISHING,
CC BY-SA 3.0 VIA WIKIMEDIA COMMONS

Illustration biblique du Livre d’Esther

Par Méloée, 10 ans

Parmi les femmes de la Bible, c’est à Marie que je pense tout de suite, mais il y en a beaucoup d’autres que j’admire, comme Esther qui est vraiment un modèle. Elle est très croyante et très sage et même si elle se marie à un roi perse, elle n’oublie pas le cousin qui l’a élevée, ni ses origines juives. Elle est rusée et intelligente et sauvera les Juifs du complot d’Haman qui voulait les exterminer. Elle est très discrète mais aussi très courageuse, comme beaucoup de femmes de la Bible. En fait, on en parle moins que des hommes mais elles ont énormément de qualités et surtout, j’ai l’impression qu’elles font confiance à Dieu alors que les hommes doutent beaucoup et veulent toujours des preuves.

Par Marlyse, env. 60 ans

Marie-Madeleine est chère à mes yeux car elle est la témoin de la Passion du Christ, elle était présente au pied de la Croix. Elle est témoin aussi de sa Résurrection, elle était au tombeau avec l’autre Marie, lorsque l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité… toutes émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. » (Mt 28, 5-8) Jésus, en lui accordant le privilège de la vision, lui a donné une connaissance parfaite du kérygme 1 et permis ainsi non seulement d’entrer elle-même dans le mystère mais d’y inviter les autres.

Kérygme: mot issu du grec ancien qui signifie proclamation, message. Pour les chrétiens, c’est le contenu essentiel de la foi en Jésus-Christ annoncée et transmise aux non-croyants par les premiers chrétiens.

Par Hélène, 40 ans

Marie-Madeleine a souvent été réduite à une femme pécheresse repentie, mais elle est bien plus que cela. Jésus ne stoppe pas son désir brûlant d’amour infini, mais il le réoriente. Elle est pure ouverture à Dieu. Elle est là au milieu des disciples, elle est là au pied de la Croix, elle est là comme premier témoin de la résurrection. Quel privilège pour elle, à qui Jésus demande d’être missionnaire : « Va trouver mes frères. » (Jean 20, 17) Le Seigneur, loin d’avoir peur d’elle, est proche d’elle par le cœur, et il la révèle comme une femme de lumière, de foi, de fidélité aimante. Il fait d’elle l’apôtre des apôtres, « sentinelle de l’invisible » (saint Jean-Paul II). Elle incarne pour moi une femme inspirée, initiatrice, qui brûlait d’un tel feu que rien ne l’apaisait ; sauf la source de l’Amour.

Marie-Madeleine au pied de la croix, église de Chamoson.
Illustration biblique du Livre de Ruth.

Par Régis, 57 ans

«Tu entends, n’est-ce pas ma fille? Ne va pas glaner dans un autre champ, ne t’éloigne pas d’ici, mais attache-toi à mes servantes.»

Ce passage est tiré du livre de Ruth, chapitre 2, v. 8-9. Voici une femme qui vit hors d’Israël, comme moi d’ailleurs, et qui va se déplacer sur Israël.

Ne suis-je pas moi aussi loin des chemins de Dieu? Dois-je être si loin, pour que Dieu me visite? Fais-je souvent un acte qui plaît à Dieu, et encore, lequel! Combien de fois vais-je vers Dieu chercher des réponses! De quelle humilité suis-je fait? D’un instant ou de 40 ans? Suis-je fidèle à Dieu, ou bien est-ce que je reste attiré par le monde? Ce monde dont Jésus dira: «Je ne suis pas de ce monde.»

Par Greg, 47 ans

Parler d’une figure féminine de la Bible ? Deux me viennent spontanément à l’esprit : Elisabeth et Marie. L’image d’une famille solidaire et aimante. Apprenant la grossesse et pensant au besoin d’aide de sa cousine Elisabeth, Marie s’élance sur les chemins de Palestine pour la rejoindre, l’aider et la soutenir. Elisabeth devient la confidente du secret de Marie, beau témoignage de confiance entre les deux femmes. J’aime l’image de ces deux cousines qui, au-delà de leur différence d’âge, partagent la joie de leur grossesse et se réjouissent ensemble de ce beau projet de Dieu pour elles.

Marie rend visite à Elisabeth

Le dynamisme de Crossfire

A tour de rôle, des jeunes de divers cantons romands profitent de cet espace de liberté pour évoquer un sujet qui les intéresse. Au tour du Fribourgeois Matteo Antunno de prendre la plume.

PAR MATTEO ANTUNNO | PHOTO : DR

Je m’appelle Matteo Autunno et j’ai 21 ans. J’étudie les mathématiques à l’EPFL et j’habite à Grolley, dans le canton de Fribourg. J’ai été servant de messe et sacristain dans la paroisse de mon village et désormais je suis animateur pour le parcours de confirmation dans l’unité pastorale Sainte-Trinité. Aujourd’hui, je souhaite vous parler d’un projet qui me tient tout particulièrement à cœur : le festival Crossfire de Belfaux.

Il s’agit d’un mini-festival lancé par des jeunes confirmés de l’unité pastorale Sainte-Trinité qui a eu lieu pour la première fois en juin 2018. Une deuxième édition était initialement prévue en 2020, mais elle a été reportée deux fois à cause du Covid ; elle aura finalement lieu le samedi 11 juin 2022. Je fais partie du comité d’organisation depuis 2019 et je suis aujourd’hui le coordinateur adjoint de cet évènement. A quelques mois de cette nouvelle édition, une tournée de messes Crossfire a débuté dans différentes unités pastorales du canton de Fribourg, l’occasion de donner un léger avant-goût du festival.

Ces messes Crossfire sont des rencontres vécues dans l’esprit du festival : une messe dynamique et animée musicalement, des moments de convivialité à la sortie de l’église, voire une partie dansante avec le DJ du festival pour une soirée festive. Rejoignez-nous à ces différentes messes pour découvrir une partie de l’ambiance du festival !

Bien entendu, le principal est le festival Crossfire lui-même. Un festival ouvert à toutes et tous, organisé par les jeunes et pour les jeunes. L’esprit festif et convivial régnera durant toute la journée, dès l’après-midi et jusqu’à tard dans la nuit. Une journée qui fera écho avec ce qui est vécu en partie lors des messes Crossfire. Diverses animations ludiques, un témoignage et la messe célébrée par Mgr Alain de Raemy, l’évêque des jeunes, marqueront la première partie du festival. Ensuite, il y aura la possibilité de se restaurer à des food-trucks, puis des animations par des artistes locaux tant en danse qu’en chant et en musique. Enfin, en soirée, il y aura le concert du groupe français de pop-louange Hopen, suivi par DJ The Docteur. Un programme idéal pour se rassembler autour des valeurs humaines et spirituelles, pour vivre la joie chrétienne !

Il ne me reste plus qu’à vous dire : rendez-vous à Belfaux le samedi 11 juin prochain !

La compétitivité : un broyeur pour la jeunesse actuelle ?

Dès l’école primaire, les enfants comprennent qu’être performant n’est pas facultatif. Il semble qu’exiger des enfants et des jeunes le meilleur d’eux-mêmes soit insuffisant! A l’image de notre société et du monde économique et professionnel actuels dont les milieux éducatifs sont l’antichambre, la formation serait-elle devenue un lieu de torture? Et au service de qui, de quoi? Les souffrances semblent être énormes autant que méconnues. Certains étudiants décident parfois de mettre fin à leurs études et à changer complètement de voie.

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY
PHOTO : PIXABAY

Leonora a 20 ans. Elle vit à Martigny. Elle témoigne de ce que nombre de jeunes gens vivent au quotidien… Elle suit actuellement sa première année à la HES-SO Valais à Sion en filière soins infirmiers. Elle est de nature joviale et essaie de toujours être de bonne humeur même dans ses mauvais jours, précise-t-elle. Elle dit aussi être très à l’écoute des autres et empathique.

Leonora, quelles sont ces pressions et comment vivez-vous cela ?

En dernière année du Cycle d’orientation, la pression principale pour un jeune ado est de devoir choisir la voie ou le métier vers lequel il veut se tourner après le Cycle (C.O). Cette décision doit se prendre vers l’âge de 15 ans. Je trouve que c’est très tôt et surtout c’est un choix qui est posé pour une vie entière. Dans mon cas, j’ai toujours su que je voulais devenir infirmière et j’ai donc choisi de me tourner vers l’Ecole de culture générale (ECG). Pour pouvoir intégrer l’ECG, il fallait avoir un certain niveau sans lequel l’admission était impossible. C’est une pression énorme sur toute une année scolaire pour atteindre les notes requises. Parfois, lorsque j’avais de mauvaises notes, je me décourageais et je perdais confiance en moi. Je me disais que je n’allais pas y arriver et que je ne pourrais jamais devenir infirmière.

Quelles conséquences ont ces pressions dans votre vie ?

Malheureusement, je n’ai pas obtenu les notes requises pour être admise à l’ECG. J’ai donc dû aller à l’Ecole Préprofessionnelle (EPP). C’est une école qui se déroule sur une année et qui soutient les jeunes qui n’ont pas trouvé d’apprentissage après le C.O. Elle permet aussi de donner une seconde chance à ceux qui, comme moi, n’ont pas eu le niveau nécessaire pour intégrer l’ECG. C’est une année de pression car il faut atteindre un certain quota de points pour pouvoir avoir une autre chance d’intégrer l’ECG. Il faut savoir qu’à ce moment-là, c’était ma dernière chance d’accéder à l’école que je voulais. Dans cette école, on nous mettait beaucoup de pression en nous menaçant sur le fait que si on échouait, on ne trouverait pas de place d’apprentissage.

Ensuite à l’ECG, je ressentais une grosse pression au niveau des mauvaises notes. Il y avait beaucoup de matières dans chacune des branches et je ressentais beaucoup de pression et de stress lors des périodes d’examens : jusqu’à 7 ou 8 examens par semaine, c’est énorme ! A la suite de l’ECG, je suis allée en Maturité spécialisée santé, cette année était la moins stressante depuis le C.O. mais il y avait tout de même une certaine pression car c’est une année passerelle qui permet d’intégrer le niveau tertiaire (HES). Il faut donc absolument réussir sans quoi l’admission au niveau tertiaire est impossible. Redoubler l’année n’est pas autorisé, mais on peut refaire l’examen raté. En revanche, on ne peut pas le rater deux fois.

A l’heure actuelle, je suis à la HES et la pression est différente, les semaines sont très intenses avec beaucoup de matières à assimiler, mais j’apprécie ce que j’apprends contrairement aux écoles précédentes, j’apprends le métier que j’ai choisi !

Selon vous, y a-t-il une aggravation depuis quelques années ?

Effectivement, je pense qu’il y a une aggravation depuis quelques années et que ça ne va pas aller en s’arrangeant !

A votre avis, qu’est-ce qui pousse le corps enseignant à augmenter toujours plus les exigences ?

Je ne pense pas que le corps enseignant souhaite cette sélection ou ce rythme
aigu, mais il est très certainement lui-même mis sous pression pour donner telles ou telles matières en un laps de temps aussi court et à telle période de l’année scolaire.

Existe-t-il des accompagnements, des lieux de parole à ce sujet ?

A ma connaissance, il n’existe aujourd’hui aucun groupe de parole ou de soutien psychologique mis en place dans les établissements scolaires.

Quelles leçons de vie tirez-vous pour vous-mêmes ?

C’est qu’il faut sans cesse se battre pour ce que l’on désire le plus. Ne jamais baisser les bras… Il faut demander de l’aide lorsqu’on en a besoin et ne surtout pas avoir honte d’avoir des difficultés !

Comment voyez-vous votre avenir professionnel ? Quels sont vos désirs ?

Aujourd’hui, je vois mon avenir professionnel de manière sereine. Au fur et à mesure, je gagne en confiance en moi et je souhaite devenir la meilleure infirmière possible pour pouvoir aider mon prochain et sauver des vies !

Lorsque Dieu parle au féminin

PAR DANIÈLE CRETTON-FAVAL | PHOTO : DR

Lorsque Dieu parle au féminin, c’est le retour à l’émerveillement de cette relation géniale, cette force oubliée, qui est en chaque femme. Oui, la femme est la préférée de Dieu, c’est là qu’il se dévoile le mieux. Il l’a nommée «femme» et appelée toutes les fois que Sa Création en avait un urgent besoin, au risque d’être anéantie.

Une vraie rencontre avec Dieu permet de creuser en nous des possibilités dans la complémentarité. N’est-elle pas la « femme » celle qui donne vie, celle en qui Dieu a confié le devenir de sa Création, sa co-créatrice.

Première rencontre : Eve, à qui il a confié un rôle magistral de mère de tous les humains. C’est énorme comme responsabilité. Et tout au long de la vie, déjà dans l’Ancien Testament où Dieu fait appel à la « femme » lorsque son peuple en a besoin. Pensons, ici, à Sarah, qui malgré son grand âge, donne naissance à Isaac étayant la descendance d’Abraham. Voyons, ici, la mère de Moïse, qui, en sauvant son fils Moïse de la mort, sauve le peuple hébreu voué à l’extermination.

Et n’oublions pas Esther et Judith et tant d’autres survenues, là où il fallait pour éloigner la catastrophe, la destruction de son peuple juif, lorsque tout était perdu. Et tout au long de l’histoire biblique, que ce soit dans l’A.T. et le N.T., on comprend la valeur de la rencontre de la « femme » envoyée par Dieu pour assainir une situation désespérée, en insufflant à sa co-créatrice des chemins inattendus, audacieux et salvateurs.

D’ailleurs, les Evangiles nous exposent la relation respectueuse qu’avait Jésus avec les femmes. Il les considérait comme des partenaires d’égal à égal, capables de croire et de suivre sa Parole et d’exécuter avec amour leur mission. Chaque fois que Dieu entend la misère et les cris angoissés de son peuple, il confie le sauvetage à la « femme ».

Dans les Evangiles, nous pouvons suivre pas à pas des femmes aux moments clés de la vie de Jésus, et faire des découvertes qui nous permettent de creuser en nous des possibilités oubliées. Regardons Marie, la première en chemin, la mère du Fils de Dieu, Jésus, qui par son oui, a été à ses côtés tous les jours, et plus tard, avec Marie-Madeleine, fidèles et confiantes au pied de la croix. Elles ont cru subito à sa Résurrection, tandis que les apôtres étaient anéantis devant l’ampleur de la Croix.

Poursuivons avec la Samaritaine, on comprend la valeur de cette rencontre, qui créa des chemins d’évangélisation chez les siens. Avec la Cananéenne, nous apprenons qu’il faut persévérer dans la prière, et ne pas avoir peur de casser les oreilles du Seigneur pour lui confier ceux que l’on aime. Et avec le message de la pauvre veuve qui glisse dans le tronc, ses deux sous. Pour Jésus, le cœur de cette femme est plus précieux que tout.

Avec Marthe et Marie de Béthanie, les amies de Jésus, qui l’ont accompagné dans sa marche vers sa passion à venir.

Dans la Bible, il y a un nombre impressionnant de femmes qui ont œuvré pour Dieu. Il faudrait des pages pour développer ces chemins au féminin. Mais le plus surprenant, c’est Marie mère de Jésus, qui est venue des milliers de fois, par ses apparitions, nous annoncer L’INOUï de l’amour de son Fils pour nous son peuple. Oui, la « femme » est bien la préférée de Dieu. Ne n’oublions pas qu’IL créa l’homme et la femme complémentaires pour le bien de l’Univers. Dieu ne serait-il pas le premier féministe ?

Les carmélites

De nombreuses communautés composées de religieux ou de laïcs sont présentes en Suisse romande, comme autant de témoins de la vitalité et de la diversité de l’Eglise. Ce mois-ci, cap sur les carmélites de Develier.

PAR PASCAL ORTELLI | PHOTO : DR

Nom officiel : Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel.

Sigle : O.C.D. pour ordre des Carmes déchaux.

Date de fondation : 1562 pour la réforme de l’ordre menée par sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) et saint Jean de la Croix (1542-1591). Pour marquer leur différence avec les carmes de l’antique observance (O. Carm), ils allaient pieds nus dans leurs sandales, d’où leur nom de déchaux.

Origine : Vers la fin du XIIe siècle, en Palestine, des ermites se regroupent sur le Mont Carmel à l’instar du prophète Elie. Au retour des croisades, le carmel se répand en Occident avec une branche féminine attestée dès le XVe siècle.

Devise : « Je suis rempli d’un zèle jaloux pour le Seigneur Sabaot ! Il est vivant le Seigneur devant qui je me tiens. » (selon les mots d’Elie tirés du Premier livre des Rois).

Habit : Une tunique et un scapulaire de couleur marron avec un voile noir.

Mission : Etre prophète de feu à la suite d’Elie, c’est-à-dire mettre Dieu au centre de sa vie en accordant une grande place à l’oraison, prière silencieuse où on lui parle comme à un ami.

Présence en Suisse romande : 
Le carmel de Develier est le plus jeune couvent de Suisse. Après une histoire mouvementée allant de Marseille à Middes (FR), les moniales se sont établies dans le Jura en 1980. 
Il existe une autre communauté de carmélites au Pâquier.

Une particularité : A Develier, un couvent à l’architecture résolument moderne dédié
à Notre-Dame de l’Unité, tout un symbole pour le Jura !

Pour aller plus loin : visitez leur site web mocad.ch

« Un carmel, c’est… »

par une carmélite de Develier

« Un espace de liberté où l’Esprit Saint façonne une communauté de sœurs appelées à s’aimer dans la joie, en grandissant dans l’amitié du Christ, sous le manteau de la Vierge Marie. Filles de l’Eglise, désireuses de voir le Seigneur connu et aimé de tous, leur vie de prière qui se déploie dans une existence des plus ordinaires (travail, solitude, rencontres fraternelles, détente…), rejoint par sa nature même, le cheminement de tous les hommes en quête de vie et de bonheur. »

La difficile gestion des abus en Eglise

PAR JEAN-PASCAL GENOUD | PHOTO : DR

On croyait ce genre d’épreuves réservées aux autres. On a vu récemment l’Eglise de France, ou encore le diocèse de Fribourg, en être profondément ébranlés. Et nous voici tout à coup touchés de près. L’affaire concerne notre Congrégation de chanoines et nos paroisses, impliquant des personnes que nous avons pu connaître et même hautement apprécier. J’ai entendu beaucoup de réactions critiques : « Pourquoi faire remonter ces affaires au grand jour ? N’y a-t-il pas un travail de sape d’une presse qui serait intéressée à ternir l’image de l’Eglise ? »

Je trouve pour ma part beaucoup plus intéressant le point de vue contraire de notre prévôt Jean-Michel Girard, déclarant, non sans une étonnante audace : « Malgré les profondes blessures causées par ces révélations, je suis content que la lumière puisse être faite. » Il fallait oser le dire !

En fait, on n’y comprend rien dans cette affaire si l’on ne prend pas ce virage pris en Eglise, sous l’impulsion du Pape lui-même, qui consiste à partir des victimes de ces cas tragiques d’abus spirituels ou sexuels. C’est en accueillant le long et exigeant travail intérieur, souvent sur plusieurs décennies, d’accès à la parole que notre point de vue peut changer du tout au tout. « La vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 32)

A partir de là, reste ouverte la question de savoir comment réagir. Entre un premier temps de refus de ce qui nous paraît impossible ou invraisemblable et un deuxième temps de sidération devant ce qui s’impose comme un mal inconcevable, il nous faut pourtant faire face au réel avec toutes les ressources de la foi et de l’humanité. La foi, avec ce qu’elle nous donne comme certitude de la victoire du Christ sur le mal. L’humanité, avec la conscience humble de notre compréhension partielle de choses qui nous dépassent et avec la confiance qu’à force de paroles vraies, cette épreuve nous purifiera et nous simplifiera. Que toute l’Eglise en sera transformée pour être mieux à l’image de son Sauveur et Seigneur.

Notre P∙M-ère qui es au C.iel…

PAR L’ABBÉ DAVID RODUIT
PHOTO: GETTYIMAGES VINCENZO PINTO

En ce temps où certains veulent combattre le patriarcat jusque dans le langage et l’écriture, convient-il encore d’appeler Dieu notre Père, comme nous l’a enseigné Jésus ? Le christianisme ne se montre-t-il pas affreusement sexiste, machiste?

Il faut affirmer d’emblée que Dieu n’est bien sûr pas sexué… Il n’est ni homme ni femme. Ajoutons également que les mots n’arriveront jamais à contenir entièrement le mystère du Dieu vivant qui déborde ce que nous pouvons penser et dire de Lui.

En s’adressant à son Père, Jésus a repris un des attributs que le peuple de la Première Alliance conférait à son Dieu, même s’il est utilisé chez lui de manière très intime, absolument inhabituelle : « Abba, papa ! » Relevons également que le Christ qui s’est fait notre frère se reçoit quant à son origine d’une mère humaine, la Vierge Marie, ainsi que d’un Père des Cieux.

Mais, dans la Première Alliance, Dieu se révèle aussi comme mère. Ainsi peut-on lire par exemple chez le prophète Isaïe : « La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas ! »
(Is 49, 15)

Sans parler du fameux terme « rahamim » qui évoque le sein maternel, l’utérus, et qui est employé en lien avec Dieu, notamment chez le prophète Jérémie : « Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, …, que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse ? » (Jr 31, 20)

Cet amour de Dieu qui le touche là où il a porté son enfant et qui désire lui redonner vie se retrouve aussi dans le Nouveau Testament, par exemple dans la parabole du fils prodigue où se dévoile la Miséricorde du Père. Rembrandt l’a très bien compris, peignant le visage du Fils appuyé sur le sein du Père, et attribuant à ce dernier une main masculine et une main féminine.

Pas besoin de vous peindre un autre tableau : Dieu est un Père qui nous aime comme une mère !

Les différents visages de l’Amour

Dans cette rubrique, L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg, à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix. Ce mois, c’est Michel Racloz qui prend la plume.

MICHEL RACLOZ, REPRÉSENTANT DE L’ÉVÊQUE, RÉGION DIOCÉSAINE VAUD (LGF) | PHOTO : CATH.CH

Dans notre société, les relations entre les femmes et les hommes sont en redéfinition constante. Des avancées importantes ont été réalisées pour arriver à davantage d’équité et de respect. Mais, des « retours en arrière » très durs sont vécus. Je demeure choqué par le nombre de violence faite aux femmes dans tous les milieux. Pourquoi tant de paroles et de gestes blessants à l’égard des femmes ? Le récit de Caïn et d’Abel s’actualise encore trop. Mais la parole s’est libérée. Des femmes ont dénoncé l’inacceptable : l’atteinte à leur dignité et à leurs droits. La psychologie nous dit aussi qu’il y a une part de féminin et de masculin en nous. Chacun peut avoir peur et / ou croître.

A l’écoute de la Bible, nous découvrons que Dieu est une communion d’Amour, entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Cet Amour, tout ouvert vers l’ensemble de l’humanité et de la création, s’est manifesté de manière unique par la venue et la proximité de Jésus. J’ai envie de dire qu’il s’est dévoilé pleinement masculin et féminin, tout en se révélant Fils de Dieu. En effet, à la lecture de l’Evangile, ne percevons-nous pas des gestes et des paroles de sa part que nous attribuons spontanément à « l’homme » et / ou à la « femme » ? Une caractéristique les fonde : le service de la Vie.

Et si nous entrions davantage dans cette dynamique d’aimer la diversité des visages qui se présentent à nous ? Nous pouvons aimer, de manière différenciée, au sein de nos familles, nos collègues, nos amis, celles et ceux qui souffrent, des « prochains » bien plus éloignés. Des gestes et des paroles tant féminins que masculins font grandir la sororité et la fraternité. Le Ressuscité a pris le risque de ce chemin qui conduit au Bonheur tout en se confrontant au refus et à la mort. C’est un chemin délicat et exigeant qui nous ouvre des horizons inouïs. Oserons-nous poursuivre la marche avec Celui qui est tout Amour ?

La semence de la parole de vie

L’homme né de manière naturelle, soit d’un homme et d’une femme, porte la vie naturelle qu’il a reçue. Personne ne s’est créé tout seul. L’homme né de manière spirituelle, soit de l’Esprit de Dieu, porte la vie qu’il a reçue, qu’il ne peut pas produire par lui-même.

PAR OLIVIER TARAMARCAZ | PHOTO : ART ET FOI

Personne ne porte la vie de l’Esprit en lui-même. Il s’agit d’une nouvelle naissance, et ce n’est pas de la capacité de l’homme d’engendrer un être spirituel. Nous avons besoin d’être ensemencés par Dieu, par le souffle de son Esprit, pour que germe en nous la vie.

Le tableau noir de couleurs. – Si je ne reçois pas la semence de la nouvelle naissance proposée par Jésus-Christ, qui efface de mon être intérieur le tableau noirci de ma vie, alors je reste simplement avec mon cœur clos sur lui-même. Je peux le peindre en blanc, dessiner toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, le fond du tableau reste noir, même si je me persuade par des exercices de méditation, d’hypnose, de conditionnements positivistes, que le noir a disparu. La nouvelle illusion contemporaine, procure une certaine vitalité, nourrissant le sentiment d’unité intérieure, faisant office de transcendance de substitution. Je reste pourtant comme Adam, caché dans mes buissons, habillé de feuilles de figuier, d’artifices dont je m’accommode à défaut de transformation intérieure effective. Reconnaître mon incapacité à me libérer moi-même, est difficile, dans une culture inclusive, ouverte à chaque variant, cherchant à faire éclore l’harmonie intérieure dans un éveil à soi. Jésus parle autrement : « Si le fils vous affranchit, vous serez réellement libres. » (Jn 8, 36) Faute de me fier à cette parole, je peux toujours chercher ailleurs, longtemps. Des hommes meurent pourtant sans avoir reçu la semence de vie. Mourir sans être né spirituellement, c’est cela le véritable drame. Jésus lui-même le dit : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » (Jn 3, 3)

La semence reçue dans la bonne terre. – Jésus donne la vie. Est-ce que je l’ai reçue ? Si oui, j’ai alors expérimenté la nouvelle naissance. Si la Parole de Vie n’a rien changé en moi, il est probable que je me sois contenté d’une approche intellectuelle, sans accueillir la Parole dans la terre de mon cœur. Voici une petite histoire pour illustrer le principe de la semence :

Au printemps, peut-être as-tu déjà préparé des pots de terreau. Dans l’un, tu mets une graine que tu prends soin de placer quelques centimètres sous la terre, tu l’arroses, l’exposes au doux rayonnement du soleil. Après un peu de temps, la semence germe, une plante commence à sortir de terre. Dans l’autre, tu décides de ne mettre aucune semence, estimant que tout est déjà là, que le pot porte en lui la vie qu’il suffit d’éveiller. Tu arroses la terre meuble, installe le pot au soleil. Tu attends… Seras-tu surpris qu’aucune plante ne germe dans ce pot livré à lui-même ? Il en est de même de ta vie spirituelle. Si tu ne reçois pas dans ton cœur la vie nouvelle que Jésus te donne, tu pourras arroser ta terre avec les paroles que tu veux, rien ne germera. C’est une loi physique et spirituelle si simple qu’un enfant peut la comprendre.

La négation de Dieu : la mort de l’homme. – Le grand échec de la connaissance humaine, c’est de se déconstruire en évacuant Dieu. Les déterminismes sont combattus, avec des variantes de formes, de revendications, de langages. La négation de Dieu conduit à la négation de l’homme. Dans nos sociétés contemporaines, un narratif s’est substitué à la Parole de Vie, qui prétend que l’homme porte en lui-même le potentiel de son épanouissement, qu’il peut se libérer lui-même de ce qui l’entrave, en se reconnaissant comme être libre. La Parole de vie est pourtant sans équivoque : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. » (1 Jn 1, 8-10) Les paroles de la Bible sont inacceptables pour des hommes qui s’estiment en mesure de libérer l’humanité des contraintes, du patriarcat, de tous les carcans. Les paroles du Dieu créateur, du Dieu personnel, unique, de la révélation biblique, sont intolérables. Si elles viennent du ciel, elles doivent être renvoyées à l’expéditeur avec le sceau : « Refusé ». Elles doivent être impérativement déboulonnées, renommées. « Sur la terre comme au ciel » n’a aucun sens, mais « au ciel comme sur la terre », a probablement un avenir, promis par les libertaires.

Jésus a fait une croix sur la mort. – Le dernier acte, ce n’est pas la mort de l’homme. Le dernier acte, c’est l’amour de Dieu envers l’homme. A la croix, Jésus a fait une croix sur la mort, sur les déterminismes sociaux, culturels, religieux, sur nos égarements, sur notre vraie culpabilité. Jésus n’est pas venu pour accuser qui que ce soit. A la différence de toutes les religions, de toutes les idéologies, Jésus veut prendre le poids qui est sur mon cœur, le poids qui m’empêche de lever la tête, de marcher le cœur léger. Jésus me dit : « Ne reste pas avec ton fardeau. » Nos fardeaux font écran à notre vraie vie. Jésus a décidé de résoudre le problème impossible à résoudre par les humains empêtrés dans la glu. Il s’est chargé de nos souffrances. Il ne s’agit pas d’une vie toute neuve offerte par les supermarchés du développement personnel. Jésus me demande : « M’aimes-tu ? » (Jn 21, 18) il m’invite dans une relation. Dans la mesure où je réponds à cette invitation, ma vie commence à germer.

Pour moi, Dieu est-il père, mère ou ni l’un ni l’autre ?

 

PAR CHARLES-PASCAL GHIRINGHELLI | PHOTO : LDD

La place des femmes et des hommes fait débat aujourd’hui dans de nombreux domaines, qu’ils soient domestique, professionnel, politique, culturel et forcément ecclésial. Faut-il donc «démasculiniser» un Dieu patriarcal et dominateur, question posée en ce début d’année par plusieurs organes de presse?

Relevons au passage qu’au sein de l’Eglise nous vouvoyons la Vierge Marie (« Je VOUS salue Marie… » et que nous tutoyons Dieu (« Notre père, qui ES aux cieux, que TON nom soit sanctifié… », ceci depuis Vatican II pour la seconde pratique 1. Voilà notamment l’un des signes de profond respect des femmes par l’Eglise.

Mais revenons au débat « femme – homme ». C’est, à mon avis et avant tout, une question posée au sein de notre monde occidental. Beaucoup d’intellectuels, lorsqu’il s’agit d’une préoccupation sur un mode de vie essentiellement en cours sur le quart Nord-Ouest de notre mappemonde, en font souvent un problème censé concerner la planète entière. Est-ce une nouvelle forme d’ethnocentrisme, voire de racisme ? Faut-il déboulonner, bille en tête, la première statue venue, car elle n’est plus en ligne avec nos opinions du moment ?

Il est, en effet, inquiétant de juger les faits historiques à l’aune de la morale, des valeurs peut-être, à la mode. Surtout de vouloir l’imposer à la terre entière. Le faire, n’est-ce pas devenir ainsi de nouveaux iconoclastes 2 qui n’auraient rien à envier aux talibans qui détruisirent les gigantesques Bouddha de Bâmiyân 3. Doit-on maintenant reprocher à Michel-Ange d’avoir reproduit sur les voûtes de la Chapelle Sixtine un Dieu blanc, âgé et barbu ?

Il n’en demeure pas moins que, chez nous, la question est compréhensible et qu’il s’agit certainement de donner aujourd’hui et à chacun, femmes et hommes, les places, rôles, missions, fonctions, professions les plus adéquats et respectueux des uns et des autres et en adéquation avec leurs aspirations naturelles réciproques. Et c’est heureux de voir des sages-hommes dans les maternités, des sapeuses-pompières dans nos casernes, etc. !

De manière plus concrète, Dieu, qui transcende toute détermination limitative, voit-il ombrage qu’une femme ou un homme le considère comme féminin, masculin, ou indéterminé ? Ne pouvons-nous pas penser qu’un Dieu d’Amour n’y voit aucun problème et accepte toute « orientation » de nos prières, aussi maladroites soient-elles ?

Plus fondamentalement, pour nous chrétiens, la Bible est la Parole de Dieu. C’est Lui qui a inspiré ses rédacteurs, prophètes, évangélistes. Ces derniers ont-ils subit un esprit « patriarcal », influencé par leur environnement ? Assurément non, puisque les religions pratiquées, hormis le judaïsme, en Terre Sainte à ces époques, par les Gréco-romains, les Cananéens, etc. étaient polythéistes avec autant de dieux que de déesses !

Dieu s’est-il soudain levé du mauvais pied pour inspirer ces textes en se présentant au travers de pronoms masculins, et encore plus en s’incarnant en Jésus-Christ qui n’était point femme ? Certains auteurs expliquent cela par le fait que Dieu crée « en dehors » de lui comme engendre un homme et non pas « en dedans » de lui comme engendre une femme. Ainsi le théologien réformé Paul Wells précise : La distinction « père » et « mère » à propos de Dieu dans le langage est celle qui existe entre le théisme biblique et le panthéisme. Dans le théisme biblique, le Dieu est transcendant, Créateur, instaure une séparation entre lui-même et le monde ; dans le panthéisme, le monde existe en dieu et dieu existe dans le monde et de conclure appeler Dieu « ma Mère » est une hérésie qui conduit au panthéisme païen 4.

Aussi, n’en déplaise aux zélotes d’un féminisme outrancier, je préfère que nous laissions la liberté aux chrétiens de voir en Dieu qu’ils prient un être masculin, féminin ou indifférencié en toute sincérité, humilité, voire maladresse !

1 Adopté pour cette prière liturgique (l’Ave Maria est une prière
de dévotion) par l’Eglise en janvier 1966, dans le sillage du concile Vatican II, tenu entre 1962 et 1965.

2 Du grec « eikonoklastês » : briseur d’icône, d’image. Qualifie une personne qui est contre les traditions et les habitudes du passé.

3 Haut-relief excavé dans une falaise située en Afghanistan,
(patrimoine mondial de l’UNESCO) détruit en mars 2001

4 Paul Wells, « Dieu : masculin et / ou féminin ? », La Revue réformée
no 217, Aix-en-Provence, mars 2002, pp. 31 et 33

Vitraux de frère Eric de Taizé…

… église Saint-Hyppolite, Grand-Saconnex (Genève)

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

L’église Saint-Hyppolite, au Grand-Saconnex, abrite quatre vitraux réalisés par frère Eric de Saussure. Fils de pasteur, l’artiste est né à Genève en 1925. Il a étudié les Beaux-Arts à Paris et Florence avant d’entrer dans la Communauté de Taizé parmi les huit premiers frères. Il crée alors un atelier de vitraux à l’origine de nombreuses œuvres dans le monde.

Les verrières que l’on peut observer dans la nef de l’église Saint-Hyppolite mettent en couleurs quatre grands personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament : saint Jean l’Evangéliste, saint Pierre, le prophète Isaïe et Moïse.

Moïse tient dans ses mains les Tables de la Loi. A ses pieds, se trouvent un agneau et l’inscription : « Que ma loi soit toujours sur vos lèvres. » L’animal peut rappeler que Moïse a été berger avant que Dieu ne se révèle à lui à travers le buisson ardent.

La phrase semble inspirée du début du livre de Josué : « Ce livre de la Loi ne quittera pas tes lèvres ; tu le murmureras jour et nuit, afin que tu veilles à agir selon tout ce qui s’y trouve écrit : alors tu feras prospérer tes entreprises, alors tu réussiras. » (Jos 1, 8) Est-ce un choix étonnant alors que les épisodes concernant Moïse ne manquent guère ? Pas nécessairement. Ce sont les paroles par lesquelles le Seigneur s’adresse à Josué après la mort de Moïse. Le peuple d’Israël est désormais confronté à la délicate tâche de vivre sans celui qui l’a guidé hors du pays d’Egypte.

Mais, ce qui compte réellement, ce ne sont pas les personnes que le Seigneur peut choisir pour effectuer une mission particulière à un moment précis. Ce qui compte réellement, c’est ce que Moïse présente entre ses mains : la Parole. Nous n’avons peut-être pas la chance d’avoir côtoyé de grands prophètes, d’avoir eu une révélation divine dans un buisson ardent ou d’avoir pu rencontrer le Christ en personne. Mais c’est la même Parole qui nous est donnée aujourd’hui. Et cette parole, nous sommes invités à la garder sur nos cœurs et sur nos lèvres.

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