Au commencement Dieu

Le progrès est devenu une sorte d’espoir pour l’humanité détachée de la compréhension chrétienne de l’homme. La perspective d’une humanité inscrite dans un monde issu du hasard, mécaniquement orienté vers le progrès, a séduit par son apparent positivisme.

TEXTE ET PHOTO
PAR OLIVIER TARAMARCAZ

Evolutionnisme et matérialisme. – L’idée de l’autonomie humaine qui avance inéluctablement vers sa réalisation est aujourd’hui inscrite dans la pensée de la majorité des contemporains. Il n’y aurait pas de finalité à la vie humaine, il n’y aurait pas de Dieu qui préside à notre destinée. La pensée de Darwin a ouvert le chemin vers une rédemption sans Sauveur : du chaos initial émerge un monde radieux ! Maurice Caullery 1 a mis en cause l’idée d’évolution physiologique dans le règne animal, de même que le principe darwinien de filiation des espèces entre elles : « A l’époque cambrienne, la première dont nous possédions des fossiles un peu abondants, le règne animal a déjà une physionomie qui ne diffère pas essentiellement du monde actuel. [] Les grandes lignes du règne animal sont déjà tracées aux époques les plus anciennes, et les divers groupes sont séparés les uns des autres par des discontinuités de l’ordre de celles que nous constatons aujourd’hui. » 2 Stephen Hawking a écrit avec le physicien Leonard Mlodinow : « La création spontanée est la raison pour laquelle il existe quelque chose plutôt que rien. [] Il nest nul besoin d’invoquer Dieu pour qu’il allume la mèche et fasse naître l’Univers. » 3 Hawking affirme qu’avant le big-bang, il n’y avait rien. André Comte-Sponville, philosophe, prolonge : « Si rien n’existe que la matière, le bien et le mal, le beau et le laid, le juste et l’injuste n’ont pas d’existence réelle. Il n’y a que la nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise, ni belle ni laide, ni juste ni injuste – la nature indifférente, sans valeur ni sens, sans norme ni finalité. » 4 Le rationalisme comme absolu est une idolâtrie de la raison. Le rationalisme absolu ne regarde pas le ciel qui raconte, qui nous raconte. Il ne regarde pas l’univers comme un espace avec une histoire.

La loi de la biogenèse. – La reconnaissance des lois existantes, la reconnaissance par le monde scientifique d’une origine à l’univers, indiquent que l’existence de l’univers est conditionnée par un événement : le big-bang. Mais quelle est la cause qui l’a permis ? Cette cause doit se situer en dehors du big-bang. La loi de la biogenèse comporte le principe que la vie vient de la vie, pas de l’absence de vie. En physique, il est admis de considérer que rien ne peut venir à l’existence à partir de rien. A la question : « Qu’est-ce qu’il y a avant le big-bang ? », doit-on fermer le rideau, ou accepter qu’il y ait une vraie question ? La rationalité observable dans l’univers, indique que l’univers porte dans sa géométrie et dans sa dynamique, une rationalité, mesurable, calculable, que l’univers n’est pas simplement un amas informe et éclaté, sans coordination. S’il y a un début à l’univers, y a-t-il un prélude avant le début de l’univers – comme il y a une réalité qui précède le moment d’un concert ou d’une pièce de théâtre ? Y a-t-il un metteur en scène qui a mis en scène l’univers ?

La Parole du Dieu de la Genèse. – La Bible répond magnifiquement à cette question, en précisant même le déroulement de la mise en œuvre de l’univers depuis le début. Les lois de la nature sont fondées sur une loi spirituelle : le Créateur est à l’origine des lois physiques, mais il ne fait pas partie des objets observables de l’univers. Il en est l’Auteur. Sa Parole, la Bible, commence par ces mots : « Au commencement, Dieu a créé le ciel et la terre. » (Gn 1, 1) Dans la Lettre aux Romains, il est rappelé : « Depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient dans ses œuvres quand on y réfléchit. » (Rm 1, 20) Le prophète Isaïe pointait déjà l’orgueil de l’homme livré à lui-même : « Mais vous n’avez pas un regard pour ce que l’Eternel a fait, et vous ne voyez pas l’œuvre qu’il accomplit. » (Is 5, 12) La Bible déclare encore : « En Christ se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. » (Col 2, 3) La connaissance repose sur une recherche de vérité qui n’est pas physicaliste. La vie se trouve en Christ. « C’est par lui, Jésus-Christ, que Dieu a voulu réconcilier avec lui-même l’univers tout entier, ce qui est sur la terre et ce qui est au ciel. » (Col 1, 20) Cette parole a une portée extraordinaire dans la vie de toute personne qui accepte humblement de reconnaître que derrière les lois physiques, se tient le Créateur des cieux et de la terre qui dit : « Au commencement, Dieu… »
(Gn 1, 1). Le vrai chemin commence lorsque je reconnais la Parole qui me parle.

1 (1868-1958). Président de la Société zoologique de France en 1915.

2 Maurice Caullery, Le problème de l’évolution, Paris, Payot, 1935 ; cité par Paul Tournier, Désharmonie de la vie moderne, Neuchâtel, Delachaux & Niestlé, 1947, p. 121.

3 Stephen Hawking (1942-2018), Leonard Mlodinow, Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?, Paris, Editions Odile Jacob, 2011, p. 219.

4 André Comte-Sponville, Traité du désespoir et de la béatitude, Paris, Presses universitaires de France, 1984, p. 77.

Montée vers Pâques au Sinaï

PHOTO: WIKIPEDIA

Suivre les pas des hommes et des femmes de la Bible, marcher et éprouver la beauté et le silence du désert, célébrer Pâques et la semaine sainte de manière inédite….

Infos pratiques: du 9 au 19 avril 2022 – Ouvert à tous (max. 30 personnes) – Passeport valable au moins 6 mois après la date de retour – Passeport vaccinal obligatoire – être capable de marcher 5 à 6h par jour – Fr. 2’300.- TTC – itinéraire de Dahab au Mont Moïse.

Organisation: BIBLE OUVERTE Sàrl. Le voyage est accompagné par le diacre Didier Berret et le chanoine José Mittaz. Une rencontre de préparation aura lieu au début mars 2022 en fonction des inscriptions.

Délai d’inscription: 31 décembre 2021.

Renseignements complémentaires: didier.berret@jurapastoral.ch

Bienvenue à Sviatoslav !

Il s’appelle Sviatoslav Horetskyi, il est prêtre marié et nous est confié comme stagiaire pour les Unités pastorales de La Seymaz et Champel-/ Eaux-Vives, pour cette année pastorale (novembre-juin 2022). Laissons-le se présenter:

Photo : DR

Né en Ukraine centrale dans la ville de Zhytomyr, je suis prêtre au sein de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne, une Eglise catholique de rite byzantin.

Après avoir obtenu un master d’ingénieur en mécanique agricole, je suis parti travailler à l’étranger pendant près de quatre ans et notamment en Irlande, dans une exploitation agricole laitière. C’est durant ces années de dur labeur que j’ai senti l’appel à devenir prêtre. J’ai alors décidé de retourner dans mon pays afin d’entrer au Séminaire du Saint-Esprit de Lviv.

Au terme de 7 ans d’études, j’ai rencontré ma future épouse à Paris, lors de l’intronisation de notre évêque – dans la tradition orientale, un homme marié a le droit d’être ordonné prêtre. Ma femme étant Française (Savoyarde), j’ai été amené à effectuer mon service diaconal, puis mes premiers pas en tant que prêtre, dans l’Eparchie (diocèse) de Saint-Volodymyr, le Grand de Paris. Puis j’ai été envoyé en Alsace pour servir quatre communautés gréco-catholiques de l’Est de la France, à Metz, Algrange, Saint-Avold et Reims. On m’a également confié la mission de redonner vie à un ancien centre spirituel ukrainien à Mackwiller.

Au cours de ces cinq années passées en Alsace, j’ai donc exercé mon service pastoral tout en travaillant en semaine à la rénovation et l’entretien de ce lieu. Il y a quelques mois de cela, mon évêque m’a demandé de devenir l’aumônier des fidèles gréco-catholiques de Lausanne, de Genève et de Haute-Savoie. Mon emploi du temps me permet également de me rendre disponible pour les communautés catholiques de rite romain.

Je me réjouis d’entamer ce mois-ci un stage pastoral au sein de l’Eglise locale, où je dois apprendre le rite romain, découvrir et me familiariser avec la vie pastorale de plusieurs communautés de Genève. J’espère ainsi pouvoir vivre pleinement mon sacerdoce au service des chrétiens de différents horizons.

Précisons que Sviatoslav et Justine ont trois enfants de 6, 4 et 1 an et demi : Luka, Anastasiya et Pavlina.

A l’heure où revient le sujet d’un clergé marié dans l’Eglise catholique de rite romain, il conviendrait d’être plus précis :
il existe DÉJÀ des prêtres catholiques mariés – et qui ne sont pas d’anciens pasteurs d’Eglises protestantes ou prêtres de la Communion anglicane ! Car les Eglises dites d’Orient – qui s’étend de l’Ethiopie à l’Inde en passant par le Caucase et l’Irak, sans parler de leur diaspora sur tous les continents – ont un clergé marié tout comme célibataire – des moines qui vivent seuls ou en couvent – depuis des lustres !

Construction de la crèche de Chamoson

Six scouts d’Europe de la patrouille du Colvert mettent généreusement leur temps et leur savoir-faire à disposition de la paroisse de Chamoson pour la construction de la crèche.

TEXTE ET PHOTO PAR NICOLE CRITTIN

Qu’est-ce que le scoutisme ?

Le scoutisme, mot d’origine anglaise
qui signifie éclaireur, lui-même issu de l’ancien français « escoute » signifiant écoute, est un mouvement de jeunesse mondial et compte plus de 40 millions de membres, de toutes les religions et de toutes les nationalités. Le scoutisme repose sur l’apprentissage de valeurs telles que la solidarité, l’entraide et le respect. Le but étant d’aider le jeune à construire sa personnalité tout en contribuant à son développement physique, mental et spirituel.

Pour y parvenir, le scoutisme s’appuie sur des activités pratiques dans la nature et chacun est tenu de respecter une loi et de tenir une promesse. La tenue se compose entre autres d’une chemise beige sur laquelle on trouve le drapeau du pays et en dessous une bandelette avec la mention scouts d’Europe, le drapeau du canton ainsi que la bande de la troupe. On y trouve aussi les progressions personnelles.

La construction de la crèche,

un chef-d’œuvre

Comment construire une crèche avec seulement du bois et comme outils, scie à main, hachette, ciseau à bois et vilebrequin ? Au mois de novembre, les patrouilleurs partent en forêt repérer des hêtres rectilignes d’une hauteur de 2 à 3 mètres, puis enlèvent les branches qui seront utilisées pour le tressage des parois. Pas de gaspillage. La technique scoute
de construction d’installations, mise au point par Michel Froissart, commissaire de district des Scouts de France à Fontainebleau, dans les années 1930 s’appelle le froissartage.

Fin novembre et pendant au moins trois jours, les scouts s’activent pour la construction en enchevêtrant les piliers qui reposent à même le sol. Des clous en bois sont fabriqués afin de maintenir plus fermement la charpente de la crèche. Le tressage des parois est soigneusement effectué avec les branches. Un rouleau de paille est déroulé sur le toit. Des fétus de paille sont agencés à l’intérieur de la crèche qui viendra accueillir la Sainte Famille au complet le 24 décembre. A la suite du prophète Ezéchiel qui voit l’eau jaillir du côté droit du Temple, qui assainit tout ce qu’elle touche (Ez 47, 1-12), les scouts ont à cœur de faire ressurgir de l’eau sur le côté de la crèche. Pour
la touche finale, des sapins et des guirlandes lumineuses sont disposés autour de la crèche.

Vous êtes chaleureusement invité·e·s à venir découvrir ce chef-d’œuvre tout
le mois de décembre dans l’église de Chamoson. Et si vous êtes intéressé·e·s
à rejoindre la patrouille des scouts d’Europe, contactez Nathan Dayer, nathandayer17@gmail.com, 077 425 77 61.

L’être humain dans l’univers. Quel sens ?

PAR PASCAL GONDRAND
PHOTOS : WIKIMEDIA COMMONS

La contemplation du ciel, l’observation et la rêverie ont de tout temps été associées à la science et à la spiritualité. L’astrophysique interroge l’univers. La théologie, pour sa part, explore la relation entre l’être humain et le cosmos. Qu’est-ce que l’univers ? D’où vient la vie ? A quelle fin ? Ces questions font l’objet du programme intitulé « A ciel ouvert – Science et spiritualité », actuellement en cours, une collaboration entre des membres de la Faculté de théologie et des membres du Département d’astronomie de la Faculté des Sciences pour un partage de connaissances au bénéfice du grand public. Une table ronde a été organisée à l’occasion du lancement de celui-ci, dont voici un bref résumé.

Georges Meynet est physicien stellaire. Son travail au Département d’astronomie de l’Université de Genève consiste à étudier les étoiles massives. Sans les étoiles, y aurait-il la vie telle que nous la connaissons ?

Sa réponse, bien entendu, a été : non. Un célèbre astrophysicien américain, Carl Sagan (1934-1996), répétait : « Si vous voulez faire une tarte aux pommes à partir de rien, il vous faudra d’abord créer
l’univers. » En fait, tout ce qui est et existe dans notre univers est issu de processus qui se sont déroulés dans les 13,8 milliards d’années qui nous séparent du big-bang.
La vie et l’être humain sont également
issus de ces processus, de cette succession de maillons. Les étoiles ont un rôle particulier. Ce sont un peu les alambics du cosmos, ou encore, ses pierres philosophales. C’est là que les éléments se transforment. A partir d’éléments légers se forment des éléments plus complexes apparus au cœur des étoiles
puis dispersés par l’explosion de celles-ci dans l’univers. Selon lui, on peut dire que les étoiles sont nos ancêtres.

Il a encore rappelé que, reprenant les vers de Paul Valéry,

« Patience, patience,
Patience dans l’azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr ! »,

Hubert Reeves, astrophysicien, a écrit : « Paul Valéry, étendu sur le sable chaud d’une lagune, regarde le ciel. Dans son champ de vision, des palmiers se balancent mollement, mûrissant leurs fruits. Il est à l’écoute du temps qui sourdement fait son œuvre. Cette écoute, on peut l’appliquer à l’univers. Au fil du temps se déroule la gestation cosmique. A chaque seconde, l’univers prépare quelque chose. Il monte lentement les marches de la
complexité. »

Poussière d’étoiles

Pour Christophe Chalamet, professeur en théologie systématique et doyen de la Faculté de théologie de l’UNIGE, l’univers nous rappelle évidemment notre petitesse, le fait que nous soyons là pour un instant seulement. Alors que l’être humain a tendance à vouloir être au centre de tout. Cela coupe court à cette velléité, à cette hubris, à cette démesure qui est celle de l’être humain, une poussière d’étoiles en quête d’intelligence.

Pour le professeur Trinh Xuan Thuan, astrophysicien, le Big Bang n’est pas un Dieu barbu. Il a rappelé que l’univers a été réglé de façon extrêmement précise dès les premières fractions de seconde après le big-bang. Les étoiles massives sont alors apparues et l’alchimie nucléaire qui conduit à la vie et à la conscience s’est produite. C’est ce que nous nommons le principe anthropique. Bouddhiste, le professeur Trinh Xuan Thuan parie, pour sa part, sur un principe créateur et a tenu à souligner que Bouddha est un être éveillé, mais qu’il n’est pas Dieu.

Beauté de l’univers

L’univers suscite l’étonnement. Et l’étonnement, c’est le début de la connaissance, de la curiosité, a encore fait valoir Georges Meynet. C’est un merveilleux terrain de jeu pour la recherche. Jean Rostand, a-t-il rappelé, disait que chercher était un superbe verbe, bien plus beau que savoir. « Beau mot que celui de chercheur et si préférable à celui de savant ! Il exprime la saine attitude de l’esprit devant la
vérité : le manque plus que l’avoir, le désir plus que la possession, l’appétit plus que la satiété. »

Pour Ghislain Waterloo, professeur de philosophie, de religion et d’éthique, doyen de la Faculté de théologie de l’UNIGE, nous sommes capables de déchiffrer beaucoup de choses, entre énigmes et mystères. Et ce qui est extraordinaire, c’est que plus on déchiffre, plus on s’aperçoit que des questions inattendues, de nouvelles énigmes se posent. Et nous savons que, peut-être, nous ne pourrons pas répondre à tout. Tout cela ne nous donne-t-il pas le sentiment d’être écrasés par cette immensité, aussi belle soit-elle ?

Georges Meynet a répondu à cette question en citant Blaise Pascal (1623-1662), mathématicien, philosophe et théologien : « Par l’espace l’univers me comprend et m’engloutit comme un point, par la pensée je le comprends. » L’être humain est minuscule, ce qui ne l’empêche pas de vouloir comprendre l’univers. Pascal insistait sur ce mot, comprendre.

Ghislain Waterloo a proposé pour sa part d’évoquer Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe, et le sentiment du sublime.

Pour Trinh Xuan Thuan, le vide est plein, le vide n’est pas néant comme on pourrait le penser. Dans la théorie du big-bang, l’univers est parti d’un vide primordial. Mais ce vide est rempli d’énergie qui sera convertie en matière. Et cette matière va être structurée en milliards de galaxies. Il y a bien sûr une vie et une conscience. Un univers vide de conscience n’aurait aucun sens.

Alors, pourrait-on dire, pour conclure brièvement, que notre état d’être conscient nous fait porter la responsabilité de comprendre et de chanter la beauté et l’harmonie de cet univers ? Mais oui, bien sûr !

Cinq jours avec ma fille

Paola m’a accueillie un jour à sa table, pour me parler de son expérience dans le cadre de l’Association Vacances familiales. Vous connaissez ? Il s’agit d’une association martigneraine qui permet à des parents en situation de précarité de partager des vacances avec leurs enfants. Merci à elle pour ses paroles sans artifices ni détours…

PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTO : DR

Ma fille vit en famille d’accueil depuis l’âge de deux mois et demi… J’ai eu des problèmes de toxicomanie et ma santé est fragile. Avec moi, elle n’aurait pas eu une vie de famille posée, avec un papa et une maman et un bon suivi pour l’école. Je vois ma fille une heure et demie toutes les deux semaines, accompagnée une demi-heure (avec une tierce personne présente).

Une fois, j’ai fait la demande à l’OPE * pour passer quelques jours de vacances avec ma fille, c’était trop frustrant de la voir si peu. L’assistante sociale m’a dit qu’il y avait peut-être une possibilité avec les « Vacances familiales ». Alors, la responsable de l’association, Colette Sierro, m’a contactée et depuis ce jour-là, nous avons fait quatre séjours.

Pour moi, le début était tout à fait particulier parce que c’était la première fois de ma vie que je passais des vacances avec ma fille. Cinq jours avec elle, c’était magique ! Je me suis vraiment retrouvée en tant que mère. Je n’avais plus eu l’occasion de vivre vraiment mon rôle de maman depuis qu’elle était bébé. Au fil des séjours, j’ai pu évoluer dans ce rôle, en entendant de nombreuses fois dire « c’est la maman de… ». C’était comme une prise de conscience… C’est à la fois fort, compliqué et formidable ! Et durant ces journées, je découvre ma fille ! Elle est mon rayon de soleil, ma vie, sans elle je ne suis pas sûre que je serais encore de ce monde… Elle est ma raison de vivre !

Notre premier séjour, c’était à la Loutze au-dessus d’Ovronnaz. Dans les activités on commence souvent par un rallye qui se joue par famille. Avec ma fille on se complète drôlement bien. On fait une bonne équipe ! Avec certains jeux, on apprend la confiance, comme quand on doit se guider l’une l’autre. Une a les yeux bandés et l’autre lui dit où aller… Le premier jour, on est tous un peu dans notre petit monde. Le lendemain, quand on prend le petit déjeuner ensemble, il y a des discussions, des partages, ça nous permet de nous ouvrir aux autres. Dans ces groupes, il y a du respect, beaucoup de solidarité, beaucoup d’amour aussi…

Mon lieu préféré, c’est Château d’Œx ! On y a fait deux séjours, et là, c’est vraiment formidable, on joue au babyfoot. J’ai pu apprendre à ma fille à faire du ping-pong et j’étais drôlement fière de pouvoir lui apprendre quelque chose qu’elle ne connaissait pas. Une fois, on a eu l’occasion de faire un vol en parapente, et pour nous c’était tout à fait extraordinaire. On était beaucoup de parents qui n’avaient jamais pu vivre des choses aussi belles avec leurs enfants. Quel super souvenir ! On a fait aussi de la poterie, de la peinture. On apprend ensemble… Avant de le faire, on ne sait pas de quoi on est capable ; on se découvre soi-même ! Les enfants ont aussi des activités entre eux, sans les parents. Ils apprennent à faire connaissance avec les autres jeunes, c’est important…

Ma fille a une super relation avec les éducatrices qui accompagnent les vacances. Elle a même dit qu’elle reviendrait seulement si c’était les mêmes ! Les éducatrices veillent aussi au fait que les jeunes ne s’ennuient pas. Si je veux aller me coucher, je sais qu’il y a les éducatrices qui restent présentes… En plus, elles sont drôles, elles ont de l’humour et des bonnes réflexions.

Le séjour se termine par une activité tous ensemble. Avec Colette on avait fait un photolangage : on fait un grand cercle et on partage nos impressions, nos émotions aussi. Ma fille s’est fait des amis aux Vacances familiales, et elle sait que c’est le lieu où elle peut les revoir. Une fois, on a participé à un week-end et c’était formidable ! J’espère vraiment que cela pourra se refaire, parce que je n’ai jamais ma fille le week-end… Ma vie n’est pas facile : j’ai des problèmes de santé, mais quand je suis avec ma fille aux Vacances familiales, je n’ai pas le temps de penser à mes douleurs. Je n’ai du temps que pour penser aux bonnes choses et ça c’est génial !

* Office pour la Protection de l’Enfance (Canton du Valais).

De Gryon à Beyrouth: expérience d’un jeune bénévole

PROPOS RECUEILLIS PAR FABIENNE THEYTAZ
PHOTOS : TANGUY VACHEYROUT ET PAUL MUNSCH-PFAENDER

Bonjour !

Je m’appelle Tanguy Vacheyrout, de Gryon, j’ai 21 ans et j’aimerais vous parler de mes quatre mois de bénévolat à Beyrouth.

Après avoir commencé des études d’informatique à l’EPFL, j’ai réalisé que cela ne me convenait pas. Les relations internationales et la géopolitique me passionnaient; c’était dans ce domaine qu’il fallait me réorienter. J’ai alors décidé d’arrêter l’EPFL, ce qui me donnait plusieurs mois de disponibilité. Le Moyen Orient m’attirait – surtout le Liban. J’avais également envie de faire une expérience de don de soi, de venir en aide, de me donner totalement à une mission humanitaire chrétienne au Liban. Le curé de ma paroisse m’a mis en contact avec un prêtre maronite de Beyrouth, le Père Hani Tawk.

Je suis parti en mars et suis revenu début juillet 2021. Je suis arrivé sous des trombes d’eau, il faisait froid, tout était inondé. Mais en partant, il faisait très chaud et il y avait beaucoup de moustiques !

En arrivant, j’ai été frappé par le très mauvais état de toutes les infrastructure – routes, pas / plus de chemin de fer, coupures d’électricité et d’eau, etc. Le contraste était saisissant avec la Suisse !

Au port, c’était encore plus choquant, car les bâtiments avaient été soufflés, complètement détruits, comme une zone urbaine exposée à la guerre et anéantie, avec des gravats dans les rues. Il n’y avait que les habitants, des organisations humanitaires et de jeunes volontaires qui s’organisaient pour remettre en état ce quartier. Je n’ai jamais vu d’employés du gouvernement – sauf pour des services minimum (poubelles).

Là-bas, j’ai rencontré d’autres bénévoles français qui vivaient comme moi chez le P. Hani et sa famille. On habitait près de Byblos, en zone chrétienne, à 20-30 km du port. Du lundi au vendredi, nous allions au port avec lui et nous l’aidions – principalement à la cuisine populaire dans le quartier Karantina.

Le Père Hani avait créé cette cuisine au lendemain de l’explosion dans l’urgence pour nourrir les habitants qui avaient tout perdu. Il n’y avait rien ; le Père et sa femme ont réussi à se faire prêter un petit hangar. Ils sont arrivés avec leur matériel puis, grâce aux dons reçus, ils ont pu acheter des tables, réchauds, marmites et autres ustensiles de cuisine. Au fil du temps, elle est devenue cuisine populaire pour accueillir les ouvriers du quartier, sachant qu’il y avait un besoin constant dû à la crise permanente.

Je cuisinais facilement chez moi, mais là, c’était pour 600-700 personnes, avec des marmites immenses et des denrées variant en fonction des apports (dons privés ou de la Croix-Rouge, et aussi légumes du jardin du P. Hani). Les plats servis : pâtes ou riz avec légumes, ou le mugrabié (poulet avec boulgour-blé concassé) ou taboulé (la fête) !

La viande coûte très cher, et avec la crise, c’était exceptionnel d’avoir du poulet – alors que c’était ce qu’il y avait de meilleur marché avant !

Les plats étaient distribués sur place aux personnes venant avec leur récipient et le reste était envoyé dans deux quartiers plus pauvres de Beyrouth.

A la cuisine, en plus de nous, les volontaires, il y avait une équipe de 4-5 Libanais à qui le Père Hani versait une indemnité mensuelle pour qu’ils puissent se nourrir et acheter des biens essentiels.

Petite anecdote : un jour, une délégation de la chaîne Bocuse avec le chef – gardien des brasseries Paul Bocuse – est venue dans notre cantine. On a pu cuisiner avec lui !

Voici notre horaire : on partait à 7h30 de Byblos, on arrivait vers 9h-9h30 au port – la circulation étant toujours très difficile vu l’état des routes et le trafic ! Nous nous mettions aussitôt à nettoyer, éplucher, couper les légumes. A midi, il y avait énormément de travail : distribution de la nourriture aux personnes qui arrivaient, puis préparation et fermeture des centaines de boîtes pour les quartiers voisins. Ensuite, nettoyage de la cuisine ; on terminait vers 14h30 et on distribuait du chou et du pain à des gens du voisinage. C’était sympa et on pouvait communiquer un peu avec eux. On terminait cette tournée vers 15h30 ; ensuite on aidait le Père soit dans ses terres (tomates, poivrons, oignons – poules et chèvres), soit dans son entrepôt, où nous préparions des colis avec tout le nécessaire (huile, sel, sucre, pâtes, féculents, sauce tomate, boîtes, etc). On préparait jusqu’à 50 colis par jour et on les distribuait aux familles qui en avaient besoin – surtout des chrétiens – ceux-ci étant réticents à se présenter à la cuisine ; l’aide passait ainsi par un canal plus discret.

Ceux qui venaient à la cantine étaient principalement des ouvriers syriens musulmans. C’est d’ailleurs le but de cette action interconfessionnelle : donner un message de cohésion au-delà des religions et des cultures – une manière de construire la paix entre tous ceux qui vivent au Liban, ce qui provoquait parfois des tensions dans l’équipe de cuisine et avec les gens du quartier.

Retour chez le Père vers 17h30 ; un peu de temps libre pour apprendre le libanais et lire le journal local. J’aimais bien aller courir, mais la chaleur écrasante et le peu de trottoirs, c’est dangereux ! Ce n’était pas vraiment de la détente, car il fallait toujours être attentif aux voitures et à ce qui se passait (détonations, voitures qui frôlent, travaux avec des choses qui tombent, etc.) Entendre des coups de feu, ça surprend !

Le week-end, nous avons visité plusieurs sites – le Liban a un patrimoine fantastique ! Tripoli, les Forts des Croisés, Tyr, etc. Ce qui m’a énormément attristé, c’était l’état d’abandon dans lequel le patrimoine est laissé – même si cela peut s’expliquer vu la crise et le regard différent des Libanais par rapport aux Européens pour ce genre de patrimoine.

J’ai pu aussi visiter la Plaine de la Bekaa – avec le site historique de Baalbek mondialement connu – et aller dans la Vallée Sainte. Là, j’ai fêté Pâques dans un monastère avec le Père Hani qui célébrait la messe. Et bien sûr, la visite du tombeau de saint Charbel – les Libanais en sont fous ! Tous les chrétiens s’appellent Charbel, Elie ou Georges !

Cette vallée est magnifique du fait que la nature y est préservée. C’était superbe de voir ces beaux arbres après toute la pollution, les déchets par terre, les maisons éventrées de Beyrouth !

Depuis mon retour, j’ai pris conscience de la chance qu’on a, en Europe. On vit dans une bulle, bien isolé de tous ces dysfonctionnements et problèmes d’électricité, d’eau, d’internet, etc.

Je suis revenu avec une vision claire des priorités ; on saisit l’essentiel, comme la liberté, la chance de pouvoir étudier, manger tous les jours, pouvoir faire du sport. Ma foi a été renforcée par cette expérience.

J’ai maintenant entrepris un bachelor en relations internationales à Genève et j’espère pouvoir repartir au Moyen Orient les étés prochains.

Noël, Dieu mendiant de notre humanité

PAR ANNE-MARIE COLANDRÉA
PHOTOS : DR

Dès que le mois de décembre approche, inévitablement la perspective de Noël prend corps. Noël, avec tout ce que cela suppose : les traditions culturelles, leurs chatoyantes et douces coutumes de chants, de couronnes de l’Avent, de crèches aussi différentes que les cultures locales. Les traditions familiales rejoignent également cette atmosphère festive avec la décoration des intérieurs, du sapin, des recettes que l’on me cuisine qu’en cette période, les choix de cadeaux, tout un foisonnement de signes et symboles à partager.

Le temps liturgique, avec l’Avent, nous invite à nous préparer dans la grâce de l’attente, au grand évènement de LA nativité : la réalité chrétienne nous porte à nous pencher sur le berceau de l’Incarnation. Dieu se révèle si proche de nous qu’il embrasse notre humanité en se faisant petit enfant. Il prend le risque, le vertigineux risque, de demeurer parmi nous et de révéler le visage du Mystère de toute chose, de toute existence. Il vient nous dire que tout son Etre est Amour. Amour pour chacun de nous tels que nous sommes, là où nous en sommes. Il vient mendier notre reconnaissance et nous invite, à notre tour, à refléter son regard sur la réalité, à répandre cette bienveillance et cette Espérance qu’il nous offre : qui accueille l’autre, notre prochain, le plus petit, l’accueille Lui, le Tout-Autre.

Comme un chapelet de perles

Les jubilés que nous fêtons rappellent la fidélité à un engagement pris ou une promesse échangée, qui ont tenu sur le chemin malgré les embûches. Comme le sommet visé par l’alpiniste ; comme le phare qui brille sur la côte.

PAR VALÉRIE PIANTA | PHOTO : PIXABAY

Ils sont nombreux les jubilés qui s’égrènent comme les perles d’un chapelet tout au long d’une vie. Chacun suit son propre chemin jalonné par des temps de discernement, de choix, de promesses, d’engagement, de remises en question, des temps empreints de joie, mais aussi parfois de doutes. Célébrer un jubilé, ce n’est pas seulement faire une fête, partager un bon repas, se réjouir d’être toujours là malgré le temps qui passe. C’est aussi parfois une gratitude discrète, silencieuse, qui éclot comme une rose qui répand un parfum de joie sereine. Un moment durant lequel on peut ouvrir les mains pour recevoir un cadeau inédit, porteur d’un message qui parle d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Célébrer ce « oui ». – Un jour d’octobre passé, c’était un jubilé de mariage que nous fêtions, mon mari et moi, sous la douceur d’un soleil tendre. Ce fut un jour teinté de surprise, car pour cet anniversaire, nous avons reçu un cadeau inédit, touchant, imprégné d’une incroyable tendresse, qui racontait ce que signifie « dire oui » pour le meilleur et pour le moins bon, mais oui pour toujours, quoi qu’il arrive sur le chemin. Durabilité de l’amour qui se dépasse discrètement, mais fidèlement, nourri par la tendresse, la
patience, l’humilité.

Un cadeau : un signe. – Vous devez vous demander, cher lecteur, de quel cadeau je veux parler… Eh bien, c’était un beau « bouquet de fleurs » d’amour, de tendresse, de patience, de sérénité… Ce que je décrivais plus haut, offert par un couple d’amis que nous sommes allés trouver chez eux lors de notre séjour dans leur région. Lui, prenant soin 24h/24, jour après jour, de son épouse atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade des plus avancés. Avec une sérénité et un sourire émouvant, il nous disait que le « oui » prononcé au jour de leur mariage, l’avait engagé pour toujours, même sur le chemin le plus difficile d’une terrible maladie.

Prendre soin *. – Prendre soin de son épouse redevenue telle une enfant, privée de sa lucidité, de ses capacités, était naturel pour lui dans le mouvement de cet amour nourri d’une profonde tendresse. Combien de patience et de douceur pour guider les gestes et les pas, veiller, relever après la chute ! Nous avons reçu comme un cadeau exceptionnel en ce jour particulier, le magnifique témoignage de ce que peut être le chemin de l’amour, au-delà de la jeunesse, des moments de joie et d’enthousiasme face aux projets communs ! Prendre soin de l’autre que l’on a choisi et à qui on a donné sa parole, le plus loin possible dans ce voyage de vie un jour entrepris ensemble, y compris dans ce qu’il y a de plus difficile à accueillir et à gérer quotidiennement, semble être un défi lancé au temps et à la durabilité. Développement durable… Ici, nous
avons découvert le miracle que peut faire l’écologie de l’amour, quand celui-ci est nourri de tendresse et enraciné au plus profond, comme un chêne enraciné dans sa terre.

Dans le terreau de la réalité. – Lui est le jardinier du bout de terre de son épouse, le soleil et l’eau dont elle a besoin pour aller au terme de sa saison. Nous n’avons pas reçu un sermon pompeux sur l’amour pour fêter ce jubilé, mais quelque chose de réel, de tangible, de visible dans le terreau de la réalité. En déambulant tous les quatre au bord de la mer, sur une plage irrégulière – au moins autant que nos vies – accompagnés du chant des vagues, des cris d’enfants et des mouettes, sous le tendre soleil, nous avons touché encore plus la réalité de l’alliance, apprécié sa saveur toute particulière : elle avait le goût de la mer qui ne s’arrête jamais, de son mouvement perpétuel entre calme et tempête. Sa main dans la sienne, sa main dans la mienne… Nos mains unies. Dans l’amour, la tendresse, dans la confiance. Merci P. et A.

* Il s’agit du thème annuel des Equipes Notre-Dame.

My-Bourg, mercredi 8 décembre à 18h : Messe présidée par le chanoine Gilles Roduit et animée par les Equipes Notre-Dame Secteur Valais. Boisson chaude offerte à la sortie.

Synode 2021-2023: pour une Eglise synodale

PAR EMMANUELLE BESSI | PHOTOS : DOMINIQUE LUISIER, FABIENNE THEYTAZ, JUDITH WARPELIN

L’Eglise de Dieu est convoquée en synode afin de lancer une réflexion sur le thème: «Pour une Eglise synodale : communion, participation et mission».

Ce synode s’est ouvert à Rome les 9-10 octobre 2021 puis, le 17 octobre 2021, dans chaque Eglise particulière. Cette première phase de réflexion synodale s’achèvera en octobre 2023 au cours de la «XVIe Assemblée Générale des Ordinaires du Synode des Evêques». Toutefois, octobre 2023 ne sera pas l’aboutissement final de cette réflexion sur la synodalité puisque les Eglises locales seront impliquées au-delà de cette date.

Pour le pape François, «Le chemin de la synodalité est précisément celui que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire»1 et qui est un prolongement du Concile Vatican II. Le but est de réfléchir à vivre davantage la communion, à réaliser la participation dans l’Eglise et à s’ouvrir à la mission. Notre ligne directrice étant notre «marche ensemble» en tant que Peuple de Dieu, peuple missionnaire en se mettant, aujourd’hui, à l’écoute de l’Esprit Saint.

Ce synode se déroule dans notre monde marqué par des changements sociétaux majeurs. C’est pour cela que l’Eglise est appelée à porter une attention particulière aux personnes en souffrance, aux migrants, aux adultes vulnérables, aux victimes d’abus sexuels dans l’Eglise dont la racine se trouve bien souvent dans le cléricalisme. Il s’agit de s’ouvrir aussi aux jeunes, aux femmes.

Notre «Eglise est constitutivement synodale»2 ce qui signifie qu’elle est bien plus que des assemblées d’évêques car l’Eglise est spécifiquement «Peuple de Dieu qui manifeste et réalise concrètement sa communion en cheminant ensemble, en se rassemblant en assemblée et par la participation active de tous ses membres à sa mission évangélisatrice»3. Toutefois au cours du IIe millénaire de l’Eglise, l’accent a été mis sur la structure hiérarchique de cette dernière. Le Concile Vatican II a toutefois insisté sur l’importance de l’égalité des chrétiens qui, par leur baptême, sont tous prêtres, prophètes et rois et en affirmant que «la totalité des fidèles ne peut se tromper dans la foi»4.

Puisant sa source dans les Ecritures5, le processus synodal ne vient pas supprimer le rôle des pasteurs de l’Eglise ni la structure hiérarchique de l’Eglise catholique, mais elle ouvre un cheminement, «où chacun a quelque chose à apprendre. Le Peuple fidèle, le Collège épiscopal, l’Evêque de Rome, chacun à l’écoute des autres; et [où tous sont] à l’Ecoute de l’Esprit Saint»6. Une Eglise synodale est alors un signe prophétique, un sacrement universel de Salut, un instrument de l’union intime avec Dieu et avec le genre humain.

Ce synode est donc à la foi héritier de l’Ecriture et de la Tradition, mais aussi un chantier ou une expérience pilote «qui permet de commencer à recueillir, dès à présent, les fruits du dynamisme que la conversion synodale progressive distille dans la communauté chrétienne»7.

Pour le pape François, l’interrogation fondamentale qui guide cette consultation est la suivante :

Une Eglise synodale, en annonçant l’Evangile, «marche ensemble»: comment ce «marche ensemble» se réalise-t-il aujourd’hui dans votre Eglise particulière? Quels pas l’Esprit nous invite-t-il à accomplir pour grandir dans notre «marcher ensemble»?8

Pour y répondre, il s’agit de nous demander à quelles expériences de notre Eglise particulière cela nous fait-il penser ? Cela nous invite à relire nos ressentis bons ou mauvais et à les analyser pour savoir quelles sont les intuitions qu’elles ont suscitées en nous et pour notre Eglise particulière? Il s’agit aussi de recueillir les fruits, de s’interroger sur ce que l’Esprit nous demande aujourd’hui, sur ce qui est à confirmer, sur ce qui est à changer afin de voir quels chemins de consensus s’ouvrent pour notre Eglise particulière. Chaque Eglise particulière est donc appelée à interroger les fidèles, les prêtres, les religieux, les institutions ecclésiales, etc.

Pour ce faire, le document préparatoire du synode des évêques propose d’approfondir dix pôles essentiels qui sont les suivants9:

1. Les compagnons de voyage: Dans l’Eglise et dans la société, nous sommes sur la même route côte à côte… Il s’agit de savoir qui sont nos compagnons de voyage, qui fait partie de ce que nous percevons comme étant « notre Eglise » ?…

2. Ecouter: L’écoute est le premier pas, mais demande d’avoir l’esprit et le cœur ouverts, sans préjugé… Percevoir qui dans notre Eglise particulière subit un manque d’écoute (minorité, marginaux, exclus, …) ?…

3. Prendre la parole : Tous sont invités à parler avec courage et parrhésie, c’est-à-dire en conjuguant liberté, vérité et charité… Comment favorisons-nous ceci dans notre Eglise particulière ?…

4. Célébrer: «Marcher ensemble» n’est possible que si ce chemin repose sur l’écoute communautaire de la Parole et sur la célébration de l’eucharistie… De quelle manière célébrons-nous ?…

5. Coresponsables dans la mission : La synodalité est au service de la mission de l’Eglise, à laquelle tous ses membres sont appelés à participer… De quelle manière chaque baptisé est-il un acteur missionnaire ?…

6. Dialoguer dans l’Eglise et dans la société : Le dialogue est un chemin qui demande de la persévérance, et comporte aussi des moments de silence et de souffrance, mais qui est capable de recueillir l’expérience des personnes et des peuples… Quels sont les lieux de dialogue dans notre Eglise particulière ?…

7. Avec les autres confessions chrétiennes : Le dialogue entre chrétiens de diverses confessions, unis par un seul baptême, occupe une place particulière sur le chemin synodal… Quelles sont nos relations œcuméniques ?…

8. Autorité et participation: Une Eglise synodale est une Eglise de la participation et de la coresponsabilité… Comment s’exerce l’autorité au sein de notre Eglise particulière?…

9. Discerner et décider: Dans un style synodal, les décisions sont prises via un processus de discernement, sur la base d’un consensus qui jaillit de l’obéissance commune de l’Esprit… Comment la participation de tous aux décisions est-elle favorisée?…

10. Se former à la synodalité: La spiritualité du marcher ensemble est appelée à devenir le principe éducation de la formation humaine et chrétienne de la personne, formation des familles et des communautés?… Comment formons-nous les personnes qui ont des responsabilités au sein de l’Eglise?…

Dans le diocèse de Sion, le processus synodal en est à ses débuts, mais il est possible d’en apprendre plus et de répondre à une consultation diocésaine en ligne sur le site du diocèse de Sion. De plus, afin d’éviter les grands rassemblements en cette période de pandémie, Mgr Lovey a annoncé le 3 novembre 2021 que le chemin synodal diocésain se ferait sous forme de visites pastorales. En attendant, marchons ensemble, unis autour de Jésus Christ, qui est la tête du Corps dont nous sommes les membres.

1 Synode 2021-2023, Pour une Eglise synodale, Document préparatoire, §1.
2 Synode 2021-2023, §10-15.
3 Synode 2021-2023, §10.
4 Synode 2021-2023, §13.
5 Synode 2021-2023, §16-24.
6 Synode 2021-2023, §15.
7 Synode 2021-2023, §25.
8 Synode 2021-2023, §26.
9 Synode 2021-2023, §30.

Nous sommes des êtres de désir

LE BILLET DE PASCAL DESTHIEUX, VICAIRE ÉPISCOPAL | PHOTOS : DR

Nos plus profonds désirs sont la preuve même de l’existence de Dieu, affirme Sophia Kuby, dans un magnifique petit livre « Il comblera tes désirs. Essai sur le manque et le bonheur ». J’ai eu la joie de rencontrer cet été cette jeune théologienne allemande, qui travaille comme formatrice de leaders chrétiens chez ADF (adfinternational.fr).

Elle commence par cette constatation : nous sommes faits de désirs. De grands désirs. Nous ne sommes jamais pleinement satisfaits, nous ne serons jamais entièrement comblés. Même quand nous obtenons ce que nous espérions, il nous arrivera tôt ou tard de désirer d’autres choses. Mais il est bon que nous ayons ces profonds désirs en nous, car c’est ce qui nous rend réellement vivants et nos manques sont le moteur de beaucoup de nos actions. Une certaine spiritualité chrétienne visait à réfréner tout désir, avec le risque de devenir des personnes éteintes. Nous cherchons à apaiser notre désir insatiable par la consommation, la distraction, la recherche de plaisirs. Mais, en fait, notre désir est infini. Comme croyants, nous voyons que seul Dieu peut réellement nous combler et nous croyons qu’il veut notre bonheur. Nos désirs d’infini nous ouvrent à plus grand que nous et au bonheur du Ciel. L’enjeu dès lors est d’orienter vers Lui nos manques et de renoncer à des ersatz de bonheur pour qu’Il puisse nous combler entièrement.

Voilà qui peut éclairer notre Avent, temps de l’attente et de l’espérance, comme le chante magnifiquement cet hymne :

« Voici le temps du long désir,
Où l’homme apprend son indigence,
Chemin creusé pour accueillir
Celui qui vient combler les pauvres.
L’amour en nous devancera
le temps nouveau que cherche l’homme ;
Vainqueur du mal, tu nous diras :
Je suis présent dans votre attente. »

Concert de Noël

PHOTO : DR

Le Chœur d’Hommes, le Chœur des Familles, le Chœur des Jeunes, le chœur Saint-Michel, le Chœur la Romaine et l’Ensemble Vocal de Martigny sont heureux de vous inviter à leur concert de Noël en faveur de l’association « Les Pinceaux magiques » qui aura lieu le samedi 18 décembre à 19h30 à l’église du Bourg. Ouverture des portes dès 18h30.

Le certificat covid est requis afin d’accéder à cette manifestation.

3 questions à… Jésus !

Pourquoi pas ? Le mois de décembre est celui qui pointe vers la célébration de sa naissance – bien qu’Il ne soit pas né un 25 décembre ! Comment voit-il cette période ?

PROPOS RECUEILLIS PAR THIERRY SCHELLING | PHOTO : DR

Cher Jésus, tu vas voir une fois encore les temples et les églises se remplirent de gens qui viendront écouter des concerts, des veillées, des Carols, des messes et des cultes bien préparés, pour familles ou avec chœur… qu’en penses-tu ?

Cela me réchauffe le cœur de voir que c’est par la beauté que l’être humain se laisse émouvoir et mouvoir… Pour ma part, c’était la beauté du lys dans les prés qui m’avait le plus ému. Et mu, car j’ai parcouru des kilomètres dans mon propre pays, jusqu’à ses frontières décriées par les bien-pensants et j’y ai toujours trouvé la beauté de la nature, simple et sobre, à l’image de Dieu…

Comment vis-tu le fait que toi et nous savons bien que tu n’es pas né un 25 décembre ?

Eh bien moi non plus, comme des milliers de personnes aujourd’hui dans le monde, spécialement dans des pays où l’administration est déficiente, je ne sais pas exactement ma date de naissance. Mes parents me disaient que c’est à 12 ans, lors de ma Bar Mistvah, que je suis né véritablement : à la communauté juive, à notre village, aux yeux de Yahvé. Pour ma part, il me semble être né des centaines de fois : quand, au matin, contemplant le soleil se lever de derrière les montagnes – j’aimais bien aller seul, tôt, dans la solitude des collines –, le premier rayon me caressait le visage comme un « Shalom » de Dieu mon Père ; quand, le jour où mon cousin Jean-Baptiste m’immergea dans les eaux du Jourdain ; quand mes disciples revenaient, fatigués et tout heureux d’avoir reçu l’annonce que le Royaume était tout proche et changeaient le cœur des écoutants ainsi que le leur…

Que souhaiterais-tu dire à la communauté de Saint-Joseph ?

Chaque matin est un Noël car je ne dors pas mais veille à tes côtés, ô paroisien.ne ! Chaque jour est un Noël car donner est facile et apprendre à recevoir encore mieux. Chaque soir est un Noël car la nuit n’est point ténèbre, mais appelle à la confiance et à l’espérance car demain me porte vers un nouveau jour… de Noël ! Et puis, fais simple cette année, tu veux bien ?

Ces sourds qui savent écouter

Marlène Pochon vit à Chamoson. Elle est maman et grand-maman. Elle a travaillé plus de 20 ans comme infirmière. Il y a 16 ans, elle a ressenti le besoin de changer d’orientation professionnelle. Marlène donc a choisi de se mettre au service des personnes sourdes et malentendantes. Elle travaille comme codeuse interprète en LPC, c’est-à-dire langage parlé complété …

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTO : DR

Codeuse interprète en LPC… Mais quel est donc ce travail ?

J’interviens auprès des enfants appareillés ou implantés à partir de la garderie ou de la crèche jusqu’à la fin de la formation professionnelle. Mais j’assume aussi d’autres missions pour les personnes adultes sourdes ou malentendantes.

Les sourds entendraient-ils mieux que nous ?

Je dirais plutôt qu’ils savent écouter. Entendre est une difficulté mais ils écoutent vraiment. L’écoute leur permet une relation vraie et leur permet de s’approprier des informations, d’apprendre. Les personnes entendantes, elles, sont noyées par une multitude de sons, de bruits qu’ils entendent, mais écoutent-ils vraiment ?

Qu’est-ce qui t’a poussée dans cet univers des malentendants ?

Ma relation à mon métier ne m’apportait plus la satisfaction nécessaire à un épanouissement. Pour réfléchir, je suis allée passer une semaine chez une amie. Cette personne, orthophoniste, s’occupait du langage des enfants implantés cochléaires *. Ce fut une découverte et même une révélation. Oui, c’était cette relation vraie, juste, que je voulais vivre !

Ton travail, c’est donc d’assister les personnes sourdes ou malentendantes dans leur scolarité ou leur formation ?

Exactement, j’interviens en milieu préscolaire, durant toute la scolarité obligatoire, pendant la formation professionnelle ou les études supérieures. Nous intervenons aussi dans les institutions spécialisées. Nous sommes une aide au développement de l’autonomie de la personne et facilitons l’intégration sociale. Nous aidons à la passation des savoirs et à la transmission d’informations. Nous aidons dans la communication et la relation entre enfants et jeunes en milieu scolaire. Les personnes sourdes ou malentendantes ont des besoins divers et variés (visite chez le médecin, colloque professionnel, formation, permis de conduire, loisirs, etc.

Quelle est cette langue qu’on appelle « parlé complété » ? Que permet-elle ?

D’abord, ce n’est pas une langue, mais un complément à la lecture labiale. Exemple : si je dis « pain, bain ou main », mes lèvres montrent la même chose. Avec la langue parlée complétée, j’ai recours à un système de clés syllabiques associées aux mouvements labiaux pour transmettre un message oral à une personne sourde ou malentendante. Cela permet une réception parfaite du message oral, sans plus de confusion car la main près du visage dessine et complète syllabe après syllabe tout ce qui est dit.

Comment les personnes sourdes ou malentendantes vivent-elles au quotidien ? Quelles sont leurs difficultés ?

C’est une adaptation permanente à l’environnement, aux personnes en face. Les informations sont très souvent mal transmises. Exemple : dans les trains, sur les quais de gare, les informations sont souvent uniquement sonores. Les portables et les ordinateurs aident à la communication mais c’est très insuffisant. Il manque énormément d’informations écrites ou d’attention pour ces personnes. En plus, depuis deux ans avec le COVID, c’est juste l’enfer pour eux, car les masques cachent les visages.

Tu expliques que les traits du visage sont des vecteurs de communication très importants : comment cela ?

Les yeux expriment ce que tu vis à l’intérieur, tu ne peux pas tricher si tu prends le temps d’observer en vérité. Donc avec les yeux, tu communiques. Les traits du visage expriment aussi des émotions, les mimiques, les attitudes passent des messages. Souvent les mots sont inutiles, ton visage montre si tu es heureux, fâché, triste… Elles sont expertes dans le domaine de l’observation. Il y a tellement d’informations sur nos visages ! Tricher avec eux est difficile à ce niveau.

D’une certaine manière, pourrait-on dire que les personnes sourdes/malentendantes entendent mieux que les autres ?

Je dirais qu’elles entendent différemment, pas forcément avec les oreilles mais avec les yeux et là est toute la différence. Elles entendent peut-être mieux car leur attention à l’autre est plus présente, plus profonde, plus vraie. C’est tellement important pour eux, qu’ils y mettent beaucoup d’énergie et de cœur. Leur écoute est peut-être plus vraie.

Quels ont été tes principaux défis dans ta relation avec les personnes sourdes ou malentendantes ?

Je dirais d’abord apprendre moi aussi à écouter différemment. Puis la patience et me réjouir de chaque progrès. L’observation et l’attention sont des aspects importants. Le plus grand défi, c’est d’arriver à dire suffisamment merci pour tout ce que m’ont apporté ces jeunes jusqu’ici. Saurais-je le faire ?

Merci Marlène.

* Implants cochléaires ? L’implant cochléaire est une prothèse auditive interne et externe. L’élément interne est constitué d’un stimulateur électronique et d’un faisceau d’électrodes. Le stimulateur est placé sous la peau et le faisceau inséré dans la cochlée au cours d’une intervention chirurgicale. La partie externe est composée d’un microphone, d’un processeur vocal et d’une antenne. Cette partie est posée sur l’oreille et le cuir chevelu.

Mosaïque d’Alexandre Blanchet

Eglise Saint-Joseph, Genève

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

L’œuvre que je vous présente ce mois-ci est toute particulière pour moi : Saint-Joseph est l’église de mon enfance. J’ai grandi, dimanche après dimanche, en regardant Jésus marchant sur un établi qui ressemblait beaucoup à celui qui se trouvait dans l’atelier de mon papa encadreur. Cette mosaïque nous parle précisément de cela : d’une histoire d’enfance, d’une photo de famille, de quelques instantanés de la vie d’un enfant et de ceux qui ont pris soin de lui.

Chaque année, pendant la période de l’Avent, nous écoutons les mêmes textes. Avec le temps, nous oublions peut-être de nous laisser émerveiller par l’extraordinaire message de l’ange : « Voici que la Vierge concevra et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit: ‘‘Dieu-avec-nous’’. » (Mt 1, 23)

L’œuvre d’Alexandre Blanchet nous invite à nous arrêter sur ce qu’est l’Incarnation. Le Dieu qui a fait le ciel et la terre, celui qui a fait sortir Israël du pays d’Egypte, qui a fait toutes ces grandes choses… nous rejoint sur terre. Il aurait pu venir directement en tant qu’adulte. Il choisit cependant de le faire, non comme Mary Poppins qui apparaît portée par le vent pour aider les familles qui en ont besoin, mais comme un bébé. Et même comme un embryon qui grandit dans le ventre de sa mère. Notre Dieu se remet, fragile parmi les fragiles, entre les mains de ses créatures. Il choisit de tout recevoir de deux êtres humains.

Ici, Jésus apprend à marcher, tenu par les mains de Joseph; la Sainte Famille est rassemblée autour de l’établi où Joseph travaillait. On rétorquera peut-être que ces scènes ne sont pas bibliques. C’est vrai, elles ne font pas partie de celles qu’il a semblé essentiel de transmettre par les Evangiles. Toutefois, elles nous aident à (re)découvrir des aspects auxquels nous ne pensons peut-être pas tous les jours. Cet enfant qui marche sur l’établi, c’est notre Dieu…

Radio R : la radio positive et souriante !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), novembre 2021

Radio R est un projet de radio chrétienne lancé en Suisse romande sur le DAB+ et sur Internet en 2015. Il est porté par Radio Réveil, une association du canton de Neuchâtel qui produit des contenus radiophoniques chrétiens depuis 1949.

PAR EMMANUEL ZIEHLI

PHOTOS : LOUANGE.CH, DR

Initialement, son travail était destiné à de grandes radios périphériques françaises (RMC, RTL et Europe1), puis des radios libres, des radios chrétiennes françaises (dont RCF, Notre-Dame et Maria) et quelques radios locales en Suisse (RTN et Rhône FM notamment).

En 2015, elle passe le cap de la diffusion grâce à l’arrivée du DAB+ en Suisse. Vous y entendrez principalement de la musique chrétienne (80% de la programmation) ainsi que des chroniques (20% de la programmation) produites par Radio R ou issues des radios des grandes familles chrétiennes de Suisse et de France (protestantes, catholiques et évangéliques).

Le ton est résolument positif et souriant. Toutes les heures, la RTS prend le relai pour les nouvelles, les équipes de journalistes et d’animateurs accompagnent les auditeurs dès 6h jusqu’à midi et de 16h jusqu’à 20h en vous proposant des réflexions sur des sujets variés (famille, musique, actualité, femmes, etc.) et de manière non exhaustive.

En Valais, deux antennes diffusent Radio R : Crans-Montana et Chemin-Dessus. L’association « Radio Réveil » produit « Twittomélies » depuis 2016 qui enregistre actuellement sa cinquième saison. Contraction de twitto et homélie, ce sont de petits encouragements d’une minute au quotidien et sont dus à l’abbé Vincent Lafargue. Ces contenus sont particulièrement appréciés sur Radio R mais également sur une vingtaine de radios chrétiennes en France et en Afrique.

https://radio-r.ch/ ainsi qu’Appstore et Playstore.

Sépulture dans l’intimité

PAR CALIXTE DUBOSSON | PHOTOS : CATH.CH/FLICKR

Paris 9 décembre 2017: le décès de Johnny Hallyday crée une émotion nationale. Lors de ses obsèques, un «hommage populaire» lui est rendu avec une descente des Champs-Elysées en musique, par le cortège funéraire, devant près d’un million de personnes. Suit une célébration religieuse en présence de nombreuses personnalités politiques, de la chanson, du cinéma et des médias. Le tout est retransmis en direct par les chaînes d’information, en continu.

Authon (France), samedi 5 dé­cembre 2020 : une quarantaine de personnes – famille et cercle proche – assistent à la messe de sépulture de M. Valéry Giscard d’Estaing. Une assemblée réduite, imposée par les mesures sanitaires, mais qui correspond au « souhait et à la volonté » d’intimité de l’ancien président de la République.

Sion, 11 janvier 2021 : « Je désire que ma mort soit annoncée et accueillie comme une fête, celle de la rencontre du Père dans les cieux, la troisième naissance », avait écrit le cardinal Henri Schwery dans son testament spirituel. Malgré ce désir, les normes imposées par la pandémie ont drastiquement limité la participation à ses funérailles : cardinal ou pas, c’était 50 personnes, pas plus.

L’intimité, une pratique de notre temps

Trois événements, trois manières différentes de vivre un deuil. La pandémie du Covid a contraint les familles à vivre leur deuil dans l’intimité. Pourtant, cette pratique n’est pas nouvelle. Elle était en progression constante depuis quelques années. Ce phénomène montre une approche totalement inédite de la façon d’appréhender et de vivre l’évènement de la mort. On assiste actuellement à une modification de l’attitude des gens face aux rituels qui accompagnent la mort ; les funérailles sont de plus en plus fréquemment célébrées dans l’intimité de la famille, voire dans la plus stricte intimité, dans une église, dans un centre funéraire ou dans les locaux aménagés des entreprises de pompes funèbres elles-mêmes. La dimension sociale est progressivement écartée. Par ailleurs, on ne fait plus systématiquement appel au prêtre pour la célébration.

Cette évolution est plus particulièrement perçue en milieu urbain. Dans un village où société civile et communauté religieuse se recoupent souvent plus largement, la sépulture est un événement qui revêt à la fois un caractère social et religieux. En effet, de près ou de loin, une large partie de la population se sent concernée par la mort d’un membre de la communauté villageoise, en raison de sa proximité avec lui. Très souvent, beaucoup ont partagé un bout d’histoire avec le défunt ou sa famille.

En ville, il en va autrement. Cela ne fait pas toujours sens de célébrer des funérailles à l’église si le défunt n’était pas croyant ou si sa proche famille ne l’est pas non plus. Après discussion avec les services funèbres, avec le prêtre, on opte alors pour une célébration dans l’intimité ou dans la plus stricte intimité. Cela met en évidence un élément qui m’interpelle : la famille ne prend plus nécessairement en compte le lien social de son défunt, aussi petit soit-il, pour laisser la possibilité aux personnes ayant, d’une manière ou d’une autre, été proches de celui-ci, de lui dire « à Dieu ». Cela n’est pas toujours bien accepté par ces personnes qui expriment parfois leur regret et leur désapprobation.

L’intimité vue par les professionnels

Comment en est-on arrivé là ? Pour un employé des pompes funèbres : « Certaines familles vivent des ruptures, des déchirures en leur sein et n’envisagent pas d’être exposées au regard de tous : comme mises à nu. La célébration dans l’intimité est alors une protection. » Pour un autre : « L’aspect financier pèse lourd : par exemple, l’argent manque et il apparaît impossible d’honorer la présence de chacun à travers une invitation à une agape largement ouverte. » Pour d’autres enfin, la participation importante ou faible aux obsèques risque de mettre à nu les bonnes ou mauvaises qualités relationnelles du défunt. Ils choisissent alors une cérémonie privée de public.

Georges Mottiez, ancien directeur de pompes funèbres, « considère que la perte, ou l’absence, de pratique religieuse parmi les jeunes générations explique en grande partie la demande d’intimité. Il n’y a plus aucun repère. Les gens viennent à l’église avec leur playlist pour la cérémonie, ignorant qu’il y a souvent un chœur pour l’enterrement. On se fait sa propre religion. C’est « à la carte » », précise-t-il. Même si le défunt était pratiquant, il arrive que les enfants changent parfois les dernières volontés du parent, en demandant l’intimité. La célébration n’a plus la même dimension. La famille souhaite une célébration simple, pas trop longue. Par ailleurs, on ne veut plus trop s’afficher à l’église dont on s’est éloigné ou qu’on n’a jamais fréquentée. Les gens ne participent plus à l’assemblée dominicale, notamment après avoir été forcés dans leur enfance ou leur jeunesse.

Citée par le Journal de Cossonay en 2013, la pasteure Christine Nicolet regrette cette situation : « Nous sommes tous touchés par l’individualisme de notre société, et nous nous en plaignons. Alors pourquoi contribuer encore à la montée de la solitude en demandant à partir tout seul ? La mort n’est pas une affaire privée, elle est affaire de société. En tout cas si on veut que cette société continue d’être humaine. »

L’intimité imposée

Voilà ce qui est pour une intimité choisie et assumée. Mais qu’en est-il lorsque celle-ci est imposée par les circonstances ? La pandémie du coronavirus a profondément impacté la façon de vivre de notre société et aussi celle de l’Eglise. Nous avons été contraints d’aller contre nos réflexes naturels de solidarité avec les familles en deuil en les laissant seules assumer une « double » peine : celle de perdre un être cher et celle de ne pas pouvoir célébrer avec la communauté des amis et des connaissances.

De tout temps, la réaction spontanée des personnes humaines a été de présenter à la famille endeuillée ses condoléances soit par une présence physique, soit par des messages et des offrandes de messes. Au temps de Jésus déjà, les sépultures rassemblaient une affluence considérable comme le souligne saint Luc : « Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme. »

Soit en tant que prêtre, soit en tant que famille, lors des célébrations dans l’intimité, jamais nous n’avons autant cruellement ressenti l’absence de nos proches et connaissances ainsi qu’un désir d’être entourés et consolés par des poignées de main ou des accolades sincères. Il est donc précieux de redire ici le rôle essentiel de la communauté paroissiale dans le processus de deuil. Pourtant, j’ai ressenti que les brèves cérémonies vécues dans un décor plus restreint que l’église paroissiale, avec une approche plus personnalisée notamment avec des textes et des musiques que le défunt appréciait, a mis du baume au cœur des familles. Beaucoup ont quand même trouvé une réelle consolation dans ces moments de prière.

Quel avenir pour le processus de deuil ?

La question se pose donc : verra-t-on une augmentation de l’intimité amorcée avant la pandémie ? Ou au contraire, assistera-t-on à un retour de belles cérémonies vécues par de grandes assemblées ? Verra-t-on les célébrations comme celle de Johnny Hallyday devenir monnaie courante ou alors assistera-t-on à un renforcement de celle vécue pour Valéry Giscard d’Estaing et pour le cardinal Schwery qui auraient, à coup sûr, rempli trois églises ? La réponse est à lire d’ici peu dans les faire-part des familles endeuillées de nos quotidiens.

Une prière exaucée

Une dame de 90 ans, fille unique et célibataire, m’a confié qu’elle priait tous les jours pour qu’il y ait du monde à son enterrement. J’ai accueilli cette confidence sans lui rétorquer que c’était humainement impossible. Le jour de son décès, nous fixons la cérémonie pour le mercredi suivant.
Deux heures après, un autre décès m’est signalé. La famille désire également le mercredi. Je réponds que c’est impossible, la place est déjà prise. La famille insiste :
«Ne peut-on pas s’arranger avec la famille de la dame pour une cérémonie commune?» «Bien sûr», acquiesce le curateur de la nonagénaire. L’église fut remplie et la prière de la dame pleinement exaucée !

La veuve et la foule (Luc 7, 11-17)

PAR FRANÇOIS-XAVIER AMHERDT | PHOTO : DR

Quand il est question de funérailles, dans les évangiles, et que Jésus y est mêlé, la famille du défunt est toujours fort bien entourée: ainsi de nombreux Juifs sont venus auprès de Marie et Marthe, les proches du Christ, pour les consoler de la mort de leur frère (cf. Jean 11, 45). De plus, ils restent avec elles quatre jours après la mise au tombeau de Lazare. Si bien qu’ils peuvent assister au miracle du retour à la vie de ce dernier, grâce à l’intervention priante de Jésus : après avoir vu pleurer Marie et les Juifs qui l’accompagnaient, le Maître frémit, il pleure lui aussi, il invoque le Père et arrache son ami à la mort (cf. 11, 33-44). C’est devant l’assemblée des personnes présentes que le Fils de Dieu opère, si bien d’ailleurs que certains vont le dénoncer auprès des pharisiens pour qu’il soit arrêté et mis à mort.

Quand la veuve de Naïn porte en terre son fils unique, une foule considérable de la ville est là et fait route avec la femme désespérée (cf. Luc 7, 11-17). Les gens deviennent ainsi eux aussi témoins de l’acte de résurrection du Christ, lorsque celui-ci s’approchant, touchant le cercueil, intime l’ordre au jeune homme de se lever et qu’il le rend à sa mère. Le deuil et l’œuvre du Fils de l’homme se vivent en groupe.

C’est en peuple que le Seigneur sauve Israël, c’est en communauté que la populace se laisse alors saisir d’admiration devant l’événement inconcevable et glorifie Dieu pour le prophète qui s’est levé de la sorte et a visité la nation élue. C’est toujours en communauté que la Trinité nous rejoint, lorsque nous sommes frappés d’abattement et de malheur et qu’elle nous remet debout par l’espérance.

Ne restons jamais seuls, dans nos épreuves. L’Esprit nous donne des frères et des sœurs « con-solateurs » (c’est le sens du terme latin cum-solus, être avec ceux qui sont seuls). Laissons-nous porter et soutenir par eux. Et donnons à tous la possibilité de dire adieu à la personne décédée.

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