Chemins de foi

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur des Deux-Rives (VS), mai – mi-juin 2021

Pour ce nouveau numéro de L’Essentiel consacré au thème de
la culture chrétienne, l’équipe de rédaction a souhaité donner
la parole à Solène et Aurore, deux jeunes confirmandes qui
ont été confirmées avec les autres adultes du diocèse le samedi 24 avril 2021, à l’église de Leytron par Mgr Jean-Marie Lovey.

PAR SOLÈNE, AURORE, JULIEN ET VÉRONIQUE DENIS

PHOTOS : JULIEN ET LAURENCE VOCAT

Je m’appelle Solène, j’ai 16 ans et j’habite le petit village de Branson à Fully depuis ma naissance. Je suis en 3e année au collège à Sion, en option anglais-italien, en filière bilingue allemand.

J’apporte une assez grande importance aux langues et je prends plaisir à les apprendre, car je pense qu’elles sont une des clés pour communiquer avec le monde. Je ne sais pas vraiment ce que je vais faire plus tard, mais une chose est sûre : je prévois d’être heureuse et épanouie dans ma vie future. Comme activité extrascolaire, je fais de la gymnastique. Pendant un entraînement, je m’évade, je transmets mes émotions à travers des mouvements et je libère mon esprit. C’est ce qui fait que j’aime tant ce sport : le fait de pouvoir communiquer sans parler.

J’ai un grand frère et une grande sœur : avec mes deux parents, ils m’apportent beaucoup d’amour au quotidien. Dans la vie de tous les jours, j’essaie d’apporter autant de joie et de bonheur que la foi m’en donne. Il y a évidemment des jours où je suis un peu moins heureuse, où je doute et je me remets en question, mais ça fait partie de ma vie d’adolescente et tout simplement de ma vie d’être vivant.

Après mon baptême, la catéchèse et ma première communion, je me suis arrêtée au bord du chemin. Aujourd’hui, je décide de continuer et de cheminer jusqu’à la confirmation grâce à ma meilleure amie qui m’a remis cette idée en tête. J’ai changé d’avis, car j’aimerais beaucoup pouvoir prendre quelqu’un sous mon aile, pouvoir guider une personne, la conseiller, la consoler… plusieurs nouveau-nés sont attendus dans ma famille et j’espère pouvoir faire le bonheur d’un d’entre eux.

A l’école, l’approche de la religion est, je trouve, un peu trop formelle. On ne voit pas la religion en elle-même, mais plutôt les événements qui la marquent et souvent ce sont des conflits, des guerres. On ne parle que rarement des bienfaits qu’elle procure ; comme ce qu’elle peut nous faire atteindre, elle peut nous guider, nous aider dans notre parcours ou à sortir d’un deuil, à trouver la paix, le bonheur et bien d’autres choses encore.

Je m’appelle Aurore Océane Angélique. J’habite ce magnifique petit village de Branson depuis mon enfance. Actuellement, je suis étudiante en 3e année au Collège des Creusets, en section économie et droit. J’aimerais devenir, dans le futur, ambassadrice. Pour cela, je vais faire la formation d’avocate, pour bien connaître les lois et qui sait, peut-être un petit stage à la Police cantonale afin de pouvoir devenir inspectrice à la police judiciaire ou prof. de droit.

J’aime m’évader dans la nature pour oublier les tracas de la vie et admirer les merveilles que Dieu a créées. Autant par leurs diversités, leurs couleurs, allant du minuscule insecte aux magnifiques chants des oiseaux où on oublie tout… On se sent bien… légère. On oublie le stress des examens, les rejets familiaux et les soucis de la vie courante.

Concernant la confirmation, si j’avais eu une année de plus, j’aurais suivi le cursus normal pour la préparation en primaire. Malheureusement, je faisais partie de la nouvelle réorganisation pour ce sacrement qui se préparait sur quatre années au lieu d’un an. Donc, j’avais renoncé. Je m’aperçois ce jour, que ce sacrement de la confirmation est essentiel pour accompagner ma future petite filleule sur le chemin de la vie, ainsi que pour mon éventuel futur mariage. Donc j’ai décidé de suivre la préparation pour le sacrement de la confirmation.

Il est vrai que parfois j’ai beaucoup d’incertitudes concernant toutes les religions : lorsqu’on les étudie, on constate qu’elles ont engendré des guerres, ce qui me bloque et me hérisse le poil concernant ces actes de barbarie, notamment actuellement les attentats. Pour moi la religion ne devrait pas être source de conflits, bien au contraire, on devrait tous s’aimer et s’accepter tels que nous sommes. Ce qui veut dire qu’il y a encore un très long chemin, lorsque nous voyons malgré toutes ces années de vie terrestre où cela perdure. Heureusement, j’ai toujours de l’espoir que cela s’améliore…

Voilà en gros mon parcours de vie, mes questionnements et injustices sur la vie courante et religieuse.

Julien, de confession protestante a souhaité entrer dans l’Eglise catholique. Déjà baptis (le baptême protestant est reconnu par l’Eglise catholique), Julien a reçu la confirmation et fait sa première communion, lors de la messe de Pâques à Fully, le dimanche 4 avril.

J’ai la foi depuis mon enfance. En quête d’une vie spirituelle renouvelée, je me sens attiré vers le catholicisme. L’Eglise catholique est l’Eglise originelle, fondée par le Seigneur et c’est aussi la religion de ma fille et de mon père.

Après plusieurs années de réflexion, j’ai envie et besoin de vivre ma foi au sein de l’Eglise catholique, de poursuivre un chemin me permettant d’être un homme meilleur, en suivant l’exemple du Christ.

Le parcours Alpha

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), mai-juin 2021

Le parcours Alphalive, tout en s’adaptant à la situation sanitaire, a pu avoir lieu à Fribourg de septembre à décembre 2020. Trois participants reviennent sur ce parcours et sur ce que ce dernier leur a apporté.

PAR COSIMA FRIEDEN | PHOTOS : DR

Isabelle Reine

Vous considériez-vous chrétienne avant le parcours Alphalive?
Oui, mais pas profondément. J’étais en recherche. Je sentais que ça m’attirait, mais je ne savais pas comment l’aborder. J’ai trouvé que c’était un bon point de départ pour approfondir ma quête.

Qu’est-ce que le parcours vous a apporté?
Le parcours m’a apporté une structure dans ma foi. J’ai compris où je voulais aller. Le parcours m’a permis aussi d’ouvrir mon cœur, ce qui n’est pas facile. Je n’y suis pas encore complètement arrivée. Le parcours a également été le lieu de rencontres que je n’aurais pas eues sans cela. Je ne m’ouvre pas facilement, mais nous étions vraiment un chouette groupe.

Au départ je m’étais dit : «Je fais juste le parcours Alphalive et stop après. » Finalement, je n’ai pas envie de dire stop, parce que je me suis rendu compte que seule je n’y arrivais pas. J’ai besoin d’être entourée. L’encadrement durant le parcours et après le parcours est fantastique.

Nous sommes bien encadrés, on nous propose des choses, nous sommes libres de choisir de venir ou pas. Personnellement, j’ai besoin d’être encadrée, car je suis perdue si je suis seule. J’ai beaucoup appris sur la foi. Cela m’a permis de savoir où je voulais vraiment aller dans mon chemin. Je me cherche encore, mais je suis vraiment guidée et pour moi c’est très important.

J’ai trouvé particulièrement intéressant le fait qu’il y ait chaque semaine des thèmes et des intervenants différents. J’ai pris de nombreuses notes. Lors des discussions, nous sommes tout de suite mis très à l’aise.

On nous donne chaque semaine des sujets, chacun peut les approfondir pendant la semaine… Par exemple : « Qui est Jésus » ou « comment prier ». Ces thèmes m’ont permis d’approfondir divers sujets. J’ai repris la Bible, j’ai fait des recherches sur internet et réfléchi à la manière de prier. Est-ce que ma façon de faire était juste ou pas juste ?

Après avoir appris à connaître Jésus et lu la Bible, ce que je n’avais jamais fait, je me suis fait un plan d’une année. Comme nous avons parlé de plusieurs passages de la Bible auparavant, j’arrive mieux à appréhender cette lecture.

Jean Carrupt

Etiez-vous chrétien avant le parcours Alphalive?
Oui, j’étais chrétien.

Qu’est-ce que le parcours vous a apporté?
Ma génération, qui a beaucoup entendu parler de l’enfer et du purgatoire,
est rassurée par les explications de la miséricorde de Dieu, en toute humilité.
Il nous apporte la paix intérieure. Lors des repas pris en convivialité, nous nous faisons des amis. Les conférences nous permettent de réfléchir.

Après chaque dialogue permettant d’approfondir la foi, nous pouvons argumenter nos divers points de vue en parlant librement et simplement.

Que retenez-vous de cet enseignement?
Ce que j’ai retenu c’est le discernement : ce qui vient de Dieu et ce qui vient des hommes. En deux mots, essayer d’être un homme juste.

Voici quelques réflexions qui nous ont été proposées pendant le parcours :
le Christ est ressuscité pour nous sauver, la prière, mettre Jésus au centre
de notre vie, le Christ avance devant nous, mettons-nous à le suivre ainsi nous n’avons plus peur de rien. Je peux tout car c’est lui qui me rend fort.
Le Seigneur te donne toujours la possibilité de surmonter les épreuves.
En renonçant à l’amour de soi, nous trouvons l’amour de Dieu et la paix.
Nous avons également réfléchi sur la grâce de Dieu, le salut, la foi,
l’espérance, la charité, la miséricorde, le pardon, la solidarité, le bien et le mal, l’Esprit Saint, la lumière, les ténèbres, et la Bible.

Pour moi, le parcours Alphalive c’est le ciment entre les générations.
Grâce au parcours, ayant participé à la messe le jour de la fête de saint Joseph avec mes enfants, j’ai eu le plaisir d’avoir un dialogue fructueux avec mes petits-enfants qui font aussi partie d’un groupe dans la paroisse. Entre nous nous ne parlons pas de religion. Et puis tout à coup nous en avons parlé, parce que nous connaissions tous le Père Casimir. Le parcours permet d’approfondir la foi chrétienne par des dialogues en paroisse. Jamais on ne nous demande notre avis en ce qui concerne la religion. Pour nous c’est quelque chose de sacré, on l’applique et c’est tout. Ce parcours m’a apporté
la paix intérieure. Les dialogues nous obligeaient à parler un petit peu sur la religion et ça ne m’était jamais arrivé.

J’ai eu de la chance de faire ce parcours parce que ça m’a beaucoup aidé.
J’ai perdu ma femme l’an passé, j’ai eu un accident de voiture. J’étais perdu, déstabilisé, fâché avec tout le monde. J’ai compris qu’il fallait le pardon et
la paix.

Phu Si Nguyen

Etiez-vous chrétien avant le parcours Alphalive?
Non (il rit). On va plutôt dire que je bricole au niveau spirituel et religieux. J’essaye de tester ma propre foi au contact de diverses pensées et religions.
Je me considère plus comme… je pense que je ne me mettrais pas d’étiquette.

Comment êtes-vous arrivé dans le parcours?
À travers une rencontre et la promesse que je porterai de l’attention à l’invitation au parcours Alphalive. Cela correspondait aussi à l’époque à un besoin de sortir d’un certain isolement social, malgré le fait que je n’ai pas de sensibilité chrétienne à proprement parler. Je ne me sentais pas du tout concerné par la foi, mais plutôt par l’idée de partage et l’envie d’explorer la force de la foi d’autres personnes.

Qu’est-ce que le parcours vous a apporté?
Le simple fait que j’ai participé à 65% des réunions démontre que ça m’a apporté quelque chose, c’est certain. Sinon je ne serais jamais revenu ou
je serais juste venu aux premières rencontres. En plus, je suis surtout venu aux réunions « Covid » auxquelles ; pour des questions sanitaires, il n’y avait pas de repas. Par conséquent le repas n’était ni l’objectif, ni la première intention. C’était vraiment le fait de pouvoir rencontrer les gens, les écouter.
Certaines personnes m’ont touché par leurs confidences, leur sensibilité.
Cela m’a apporté du réconfort, la possibilité de partager, de mettre au défi
ou à l’épreuve mes pensées et ma foi. Ce fut aussi un enrichissement, ça c’est inévitable.

Lorsque vous dites que des personnes vous ont touché, vous parlez des personnes de votre groupe ou des intervenants ?

Le 80% des intervenants m’ont captivé par leur conviction, leur foi, leur capacité à partager. Leur douceur m’a beaucoup marqué parce qu’ils n’étaient pas dans le prosélytisme.

Les participants m’ont également touché par leurs doutes, leur fragilité.

Des fois on a souligné mon insensibilité au Christ. Personnellement, je parle davantage de relation à Dieu. Parfois certains voulaient remettre le cadre en place, mais je suis resté sur ma sensibilité… Je suis plus habité par une foi en Dieu ou en cette entité.

Aujourd’hui nous nous identifions souvent par des étiquettes et cela forme
des barrières. Tout groupe social a de la peine à s’ouvrir à d’autres parce que les codes ou les croyances, les pratiques ne sont pas les mêmes.
C’est aussi ça que j’ai voulu « transgresser » en acceptant cette invitation.

Qu’est-ce que le parcours Alphalive?

Les parcours Alphalive sont des soirées-rencontres étalées sur dix à douze semaines pour explorer la foi chrétienne. Chaque séance se déroule de la façon suivante : repas, exposé et discussion pour explorer les bases de la foi chrétienne, le tout dans un cadre ouvert, amical et détendu !

La culture chrétienne en recul

PAR CALIXTE DUBOSSON

PHOTOS : CIRIC, DR

L’histoire se passe il n’y a pas si longtemps, plus précisément le Mercredi des cendres. La présentatrice d’une chaîne de télévision française conclut son bulletin météo en lançant chaleureusement aux téléspectateurs : « … et bonne fête à toutes les Cendres. » Le jour de la Toussaint 2020, une journaliste de l’émission « Mise au Point » lance son sujet en ces termes : « En ce jour des morts… » Et au lieu d’un reportage sur des fidèles se rendant à la messe ou d’une enquête sur le processus de béatification dans l’Eglise catholique, on nous a servi ces perpétuels reportages sur les employés des pompes funèbres et sur la progression des incinérations par rapport aux inhumations. Dans mon village de Vernayaz, quand on demande aux enfants ce qu’est la Fête-Dieu, certains répondent sans hésiter : « Le tournoi de foot ! » En effet, la Fête-Dieu coïncide ici avec le traditionnel tournoi organisé par le FC du coin.

Des anecdotes comme celles-là, tout le monde, à commencer par les conservateurs de musée ou les professeurs de français ou d’histoire, pourrait en citer des quantités. Il y a aussi l’aspect de la culture biblique à prendre en considération. « Nul n’est prophète en son pays, tuer le veau gras, trouver son chemin de Damas, séparer le bon grain de l’ivraie » : toutes ces expressions tirées du vocabulaire biblique n’ont souvent plus d’écho chez les jeunes générations totalement étrangères à cette culture dans laquelle ils n’ont pas baigné. Et chacun s’accorde à déplorer l’ignorance religieuse contemporaine. Il faut donc se poser la question : comment en est-on arrivé là ?

Echec dans la transmission des valeurs

« Nous sommes chrétiens, au même titre que nous sommes allemands ou périgourdins. » Cette affirmation de Montaigne au XVIe siècle, qui la partagerait encore aujourd’hui dans une société dont il est convenu désormais que l’un de ses traits les plus caractéristiques est le pluralisme ? Comment se fait-il, nous disent des grands-parents, que nous ayons pu tout mettre en œuvre pour une éducation de la foi aussi intelligente que possible et que le résultat soit tellement médiocre, sinon négatif ?

Quand les enfants sont baptisés, presque tous sont inscrits au catéchisme pour pouvoir être admis à la communion, à la confirmation et, un jour, au mariage religieux ; et voici que, au lendemain de la communion ou de la confirmation, « on ne les voit plus », en ce sens qu’il n’en reste qu’une minorité dont la fidélité se marquera visiblement par l’assiduité à la messe dominicale. Un curé se plaignait à ses confrères de la présence persistante de chauve-souris dans son église. Il avait utilisé tous les moyens pour s’en débarrasser mais sans succès. Un de ses confrères lui a suggéré de les baptiser et de les confirmer, et c’est ainsi qu’il put résoudre son problème. Boutade humoristique qui traduit assez bien le sentiment général devant une catéchèse qui n’atteint pas son but.

La dynamique de la foi chrétienne commande de transmettre ce que nous avons reçu. Par deux fois, Paul emploie, comme en un couple indissociable, les verbes « recevoir » et « transmettre » : « Voici ce que j’ai reçu et ce que je vous ai transmis » ; « Je vous ai transmis ce que j’avais moi-même reçu. » (1 Co 11, 23 ; 15, 3) Telle est la logique, dès l’origine, de l’Eglise : le passage du témoin des uns aux autres. La foi n’a jamais été, et ne sera jamais, une expérience absolument autonome et solitaire.

Il semble bien dès lors que là se situe le vrai problème de la perte d’une grande partie de la culture chrétienne qui s’est longtemps nourrie de traditions et de façons de vivre bien ancrées socialement et que personne n’avait l’idée de remettre en question. Il se pourrait ainsi que l’Evangile ait été mis au second plan et qu’il n’ait pas pénétré le sens profond qui donnait à ces traditions et manifestations religieuses leur entière légitimité. Résultat : un abandon progressif de la pratique religieuse par une génération qui, à l’image de la société, se tourne vers un individualisme qui ne trouve plus sa place dans les phénomènes de masse qui étaient monnaie courante chez ses aînés.

Résurgence de pratiques individuelles

A cela s’ajoute un vaste courant de déchristianisation que pourrait illustrer ce débat qui a eu lieu dans le Parti démocrate-chrétien pour savoir s’il fallait abandonner le « C » et ainsi changer de nom pour devenir : « Le Centre ». Cela laisse à penser que « le christianisme est devenu un repoussoir dans un pays dont le drapeau est orné d’une croix – pour combien de temps encore ? », affirme Thibaut Kaeser dans l’Echo Magazine du 8 octobre 2020. « Reléguer le christianisme qui nous a tant façonnés, en avoir honte, voire l’effacer… C’est à ce défi que nous sommes confrontés. Il est monumental », poursuit notre interlocuteur.

Un autre défi qui attend la nouvelle évangélisation voulue par saint Jean-Paul II, c’est la résurgence de pratiques spirituelles individuelles. On voit ça et là naître un « culte de la nature » encouragé par les vagues vertes de la politique qui met au centre la lutte contre le réchauffement climatique, la défense et la protection de l’environnement. De plus en plus de personnes, dont des chrétiens, choisissent l’incinération et la dispersion des cendres dans la nature dans leur testament. Initiatives qui pourraient être comprises comme un acte d’athéisme puisque en disparaissant sans laisser de trace, ils revendiquent « un retour au néant ». Dieu n’est plus le Créateur et c’est la créature qui devient Dieu.

Comme la nature a horreur du vide, il faut bien remplacer les rites anciens par des rites modernes. « Voyez, monsieur le curé », me confiait un paroissien, même dans notre village à 90% chrétien, il y a maintenant une salle pour le yoga dont les responsables doivent refuser du monde, des expériences parents-enfants sous la dénomination de « Moments magiques », des ventes de pierres philosophales que l’on porte sur soi pour attirer les ondes positives ! »

Une lumière dans la nuit

La situation nouvelle, dans une société comme la nôtre, est celle d’une transmission qui est appelée à se faire explicitement en direction de jeunes ou d’adultes qui n’ont jamais rien reçu, soit qu’ils n’aient jamais été catéchisés, soit même qu’ils n’aient pas été baptisés ; ce qui est relativement différent du cas de ceux qui ont reçu une éducation chrétienne et qui ont délibérément choisi de penser et de vivre selon des représentations de l’existence étrangères à la foi en Jésus-Christ. Ces jeunes et ces adultes sans passé chrétien, ou même sans aucun passé religieux, comment peuvent-ils être rejoints par une démarche de transmission ? « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » (Evangelii nuntiandi, 1975, nº 41) Peut-être aussi, dans une ou deux générations, ceux et celles qui auront vécu sans notion précise de l’Evangile, le découvriront comme un trésor
et en deviendront les hérauts ? L’histoire nous le dira.

Patrimoine sacré

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTOS : DR

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 15 avril 2019 en fin de journée?

L’espace d’une soirée, le monde entier retenait son souffle alors que Notre-Dame de Paris s’embrasait. Les médias ne faisaient pas dans la demi-mesure dans le choix des mots, et l’incendie d’une cathédrale apparaissait soudain comme un choc planétaire.

Cela peut sembler étonnant. Après tout, pour un non-croyant, qu’est-ce qu’une église si ce n’est un bâtiment appartenant à un passé désormais révolu ?

Et pourtant, guide bénévole depuis près de dix ans, je suis chaque été témoin du pouvoir de l’art. C’est qu’il y a dans la beauté quelque chose qui touche au plus profond. Quelque chose qui arrête le touriste pressé de visiter tout Paris en une journée ou qui captive l’adolescent embarqué malgré lui par ses parents.

Les Pères de l’Eglise, et certains papes après eux, parlaient de la voie de la beauté. A nous d’en retrouver le chemin pour rejoindre ceux que nos mots, parfois maladroits, ne convainquent pas toujours.

Un coup de frais pour l’église de Bovernier…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

L’église de Bovernier a besoin d’un bon « lifting » ! Le Conseil de gestion de la paroisse de Bovernier soutenu par les autorités civiles en ont tous convenu et se mettent en route de concert pour la rénover.

PAR LE CONSEIL DE GESTION | PHOTO : DR

Après mûre réflexion, la paroisse de Bovernier a décidé de rénover son église. Consacrée en 1755 par les soins d’Hildebrand Roten, évêque de Sion, l’église actuelle avait remplacé une chapelle construite au milieu du XVe siècle.

Si le bâtiment est ancien, l’intérieur a déjà bénéficié de nombreuses et belles rénovations. Cependant, il a de nouveau besoin d’une sérieuse restauration. Le problème prioritaire est le chauffage. Actuellement électrique, le système de chauffage est très onéreux et ne fonctionne pas à satisfaction. Le projet prévoit notamment de basculer vers un autre type de production de chaleur dans un esprit de développement durable.

De plus, les Vouipes vont profiter de cet important investissement de près de Fr. 450’000.– pour apporter quelques améliorations à la situation existante et notamment un rafraîchissement indispensable des peintures et la restauration de certaines œuvres d’art.

Si les finances le permettent, la paroisse envisage de modifier l’extérieur de l’église afin de le rendre plus fonctionnel mais aussi plus agréable avec l’installation de quelques bancs et la plantation de plusieurs arbres.

Soutenus par le Conseil communal, les Conseils de communauté et de gestion s’engagent fermement, avec l’appui d’un comité de recherche de fonds, pour redonner à ce haut lieu de la vie locale et à ses alentours l’éclat qu’ils méritent afin d’accueillir encore mieux les paroissiens ainsi que les pèlerins de la Via Francigena, de plus en plus nombreux à visiter notre région.

 

Soutenez la renovation

Ce projet, qui réunit spiritualité, écologie et amélioration de l’accueil, mérite votre attention et votre soutien. Vous pouvez nous aider en nous faisant parvenir votre contribution aux coordonnées suivantes : Paroisse de Bovernier –

Mention : Rénovation de l’église de Bovernier – Raiffeisen Entremont CH56 8080 8008 9688 3870 4

 

Espérance

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

PAR ALEXIS VALDÉS, POÈTE ET ARTISTE CUBAIN | PHOTO : CATH.CH

Poème lu en public par le pape François lors de son voyage en Irak.

Quand la tempête sera passée

Les routes apprivoisées

Nous serons les survivants

D’un naufrage collectif.

Avec le cœur en sanglots

Et une destinée de grâces

Nous serons heureux

Simplement d’être en vie.

Et nous serrerons dans les bras

Le premier étranger

Et nous remercierons le sort

D’avoir gardé un ami.

Et puis nous nous rappellerons

Tout ce que nous avons perdu

Et nous apprendrons enfin

Tout ce que nous n’avions pas appris.

Nous n’envierons plus

Car tous auront souffert

Et l’oisiveté, nous ne l’aurons plus,

Mais bien la compassion.

Le bien commun aura plus de valeur

Que tout ce que nous avons obtenu

Nous serons plus généreux

Et tellement plus engagés.

Nous comprendrons la fragilité

D’être vivant.

Nous exsuderons l’empathie

Pour celui qui est resté et celui qui est parti.

Le vieil homme nous manquera

Qui mendiait une pièce sur le marché

Dont le nom restera un mystère

Et qui toujours était à tes côtés.

Et peut-être que le vieillard miséreux

Etait ton Dieu dissimulé.

Jamais tu n’as demandé son nom

Tant tu étais pressé.

Et tout deviendra miracle

Et tout deviendra héritage

Et la vie sera respectée,

La vie que nous avons gagnée.

Quand la tempête sera passée,

Je Te demande, Dieu, du fond de la honte

Que Tu nous rendes meilleurs,

Ainsi que Tu nous as rêvés

 

Changement climatique du cœur

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

Une longue dépression stagne sur nos terres intérieures depuis des mois… La météo de la vie est plombée par ce « grand froid ». Ces « tempêtes en à-coups » qui assiègent le quotidien, nous prennent au dépourvu, nous accablent…

PAR VALÉRIE PIANTA | PHOTO : PIXABAY

Lassitude, angoisse, fatigue, solitude, résignation, colère… Sentiments contradictoires qui défilent comme de lourds nuages de mauvais temps sur la tête de tant de personnes. C‘est un long hiver froid qui bouleverse les corps et les cœurs, et étirent ces liens qui nous tiennent les uns aux autres de tant de manières différentes, et devraient maintenir ainsi la circulation de la vie. C’est difficile pour chacun probablement, et encore immensément plus difficile pour ceux que cette météo pandémique malmène le plus. Pourtant… L’hiver finit toujours par s’achever !

Laisser se faire. – Cela se répète à l’infini en dépit de tous les bouleversements climatiques. Et l’hiver s’étant achevé, il est temps de laisser place à un puissant anticyclone, de changer le climat, la météo des cœurs malmenés par la dépression covid. Certes, rien de magique ne surviendra, sans le travail intérieur de cette grâce printanière qu’il faut pouvoir laisser se faire, en dépit des turbulences concrètes que l’on doit affronter au fil du temps.

Décider… – Décider de sortir du désert, de la nuit, des doutes et de la peur ! Choisir la vie et ne pas laisser la mort choisir le cœur ! Oui choisir la vie, la lumière et la douceur de l’espérance pour qu’il fasse le plus beau possible là où cette vie bat, parfois imperceptiblement, c’est vrai. Bien sûr, ce n’est pas si simple pour chacun. Mais on décide, on ne choisit pas seulement pour soi-même… On le fait en portant ceux qui sont coincés sur un coin de terre où des nuages chargés les cernent. La météo du cœur et de l’âme est plus douce et plus belle si on a l’objectif de la partager à travers des petits riens et des petits plus.

Partager. – Pour nous chrétiens, l’espérance de Pâques, c’est Jésus qui a passé de la mort à la vie, et qui nous tend la main pour passer à notre tour de ce climat froid, humide et sombre à un climat de douceur, empreint de lumière. Dans cet élan de résurrection, de retour à la vie, les perce-neige sont aussi beaux que les roses. Et le Seigneur ressuscité nous propose de partager ces premières fleurs jaillies sous une météo de renaissance avec ceux qui peinent. Décision, choix de Vie dans lesquelles nous emmenons les autres vers un climat plus serein.

Du côté de Charrat

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

TEXTE ET PHOTOS PAR LAETITIA WILLOMET

Les catéchistes et animatrices ont proposé pendant le temps du Carême des ateliers du dimanche. Les enfants se réunissent après la messe, pendant une heure, avec quatre animatrices. Ils travaillent, en atelier, à créer dans leur cœur et dans l’église un chemin vers Pâques.

Le fil rouge utilise plusieurs symboles pour aider les enfants à s’ouvrir au mystère pascal… d’abord un clin d’œil à l’enfance et à ses jeux. Une marelle se construit dimanche après dimanche sur le sol de l’église et comme dans celle de nos jeux d’enfants le but est d’atteindre le paradis. En sautant de case en case les enfants découvrent un Evangile, un Psaume. Ils posent leur marque sur la case en collant un cœur, un nuage, un mot. Cette marelle est aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole par excellence de l’alliance faite par Dieu avec les hommes. La démarche se veut à la fois collective : nous réfléchissons et travaillons ensemble, et intime : je pars de ma terre intérieure et je m’élance vers le Ciel, vers Dieu qui m’aime.

Ce chemin continuera à se déployer durant les activités de la Montée Vers Pâques… l’arrivée de la case Ciel qui finira la marelle demande encore un peu de patience !

Ce 5e dimanche de Carême, ils étaient une trentaine d’enfants à entourer les 4 animatrices et toute l’église vibrait de leur enthousiasme et de leur dynamisme. Bravo et merci à toutes les animatrices pour leurs idées et leur disponibilité.

 

Le pilote des Ecoles de l’Arpille

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

Originaire de Martigny-Combe, Mathieu Moser (33 ans), époux de Jenny et père d’une petite Nina est, depuis la rentrée 2020-2021, le nouveau directeur des Ecoles de l’Arpille. Ce pool scolaire regroupe les centres scolaires de Bovernier, Martigny-Combe, Salvan, Trient et Finhaut. Mathieu a succédé à celui de qui il fut l’adjoint, Pierre-André Ramuz. Pour mieux le connaître, lui ainsi que les défis qui l’occupent, je lui laisse la parole…

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR

Cher Mathieu, merci d’accorder à L’Essentiel ce petit entretien. Jeune déjà, votre métier d’enseignant vous chevillait-il au corps ?

J’ai toujours apprécié le contact avec les enfants. J’ai travaillé à la Colonie de Ravoire où j’ai passé des moments géniaux. Le lien qui se crée avec eux est merveilleux. Les accompagner sur les chemins du savoir et dans le « monde des adultes » était la suite logique. J’ai besoin dans ma vie de variété et l’enseignement est un défi passionnant, mais aussi difficile.

Comment en êtes-vous arrivé à diriger les Ecoles de l’Arpille ?

Lorsque les écoles de l’Arpille ont été créées, j’étais vice-président de la commune de Martigny-Combe et je ne pouvais pas postuler en raison de la loi sur les incompatibilités. Le directeur adjoint a démissionné après une année et, en discutant avec Pierre-André Ramuz, je me suis dit que ce défi m’intéresserait. J’ai donc démissionné de mon poste de conseiller communal pour assumer cette nouvelle charge. Au début, j’effectuais mon travail d’adjoint sur deux après-midi et, petit à petit, j’ai pris davantage de responsabilités, jusqu’à la démission de Pierre-André Ramuz l’an dernier. J’ai ainsi pu faire valoir mon expérience comme adjoint pour lui succéder.

Personnellement, qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur dans votre mission de direction ?

Le bien-être de mes collaborateurs et des élèves qui fréquentent notre école. Je pense sincèrement que, si tout le monde vient avec le sourire pour enseigner et / ou apprendre, tout est plus facile. Le plaisir de se côtoyer, d’apprendre, de vivre ensemble ou de faire des erreurs contrecarre complètement le souvenir que bien des adultes ont de l’école. Les enfants y passent un bon bout de leur vie… Alors autant que ça soit des moments agréables, sources de souvenirs heureux.

Quelles sont les valeurs pédagogiques qui, selon vous, sont les plus importantes ?

La bienveillance et le respect sont les valeurs qui me parlent le plus. Nous devons accompagner chaque enfant en respectant son rythme, l’environnement dans lequel il grandit, ses difficultés et ses particularités. En l’accueillant tel qu’il est, sans le comparer à une norme dictée par on ne sait qui, l’enfant pourra se sentir en sécurité et s’épanouir pleinement.

Aujourd’hui, l’école est au confluent de beaucoup d’attentes et les enseignants sont souvent mis sous pression. Qu’est-ce qui vous inquiète à ce niveau ?

J’ai la chance d’avoir des collaborateurs engagés et bienveillants. C’est plus facile à les soutenir quand ils sont confrontés à des difficultés, car je sais qu’ils sont compétents et très professionnels. De nos jours, les attentes de la société et des parents sont parfois exagérées. On doit réussir, point ! Alors qu’il n’y a jamais eu autant de passerelles pour arriver au travail de nos rêves. Les enfants ne sont plus enfermés dans des cases et un élève qui passe par un apprentissage peut aussi aller à l’université !

Ma plus grande inquiétude demeure le manque de confiance envers les enseignants, en particulier ceux du primaire. Chacun a été à l’école et chacun pense savoir comment ça fonctionne. Je ne vais pas dire à un menuisier que je sais faire son métier parce que j’ai des portes à la maison ! La formation des enseignants est de niveau tertiaire depuis plus de 20 ans. Les enfants travaillent avec des professionnels, des gens formés pour accompagner leurs apprentissages. Les croyances de certains adultes par rapport à l’école ont été bien mises à mal pendant la période de confinement.

Constatez-vous une recrudescence des cas de violence, de racket, de harcèlement ? Qu’en est-il dans vos centres scolaires sur ce plan ?

Je crois que la violence a toujours existé dans les cours d’école. Elle fait partie de l’apprentissage de la vie. Je ne dis pas que c’est bien, je dis qu’on doit essayer de vivre avec et d’outiller les élèves pour l’éviter. Le harcèlement existe depuis longtemps, les élèves les plus populaires se nourrissent de la vulnérabilité des plus faibles pour asseoir leur réputation. Je sais de quoi je parle pour avoir été à la place des victimes et des harceleurs…

Je reste persuadé que l’école fait beaucoup pour donner des outils de gestion de conflits pour élèves. Je vois de nombreux projets qui émergent dans mes centres notamment avec l’appui de notre médiatrice, Raphaèle Perruchoud-Maret. En donnant des outils aux élèves, nous les rendons autonomes dans la gestion de cette violence et leur estime croît. J’ai bon espoir pour la suite.

Et pour vous-même, enfin, que vous souhaitez-vous pour ces prochaines années ?

Je me souhaite de pouvoir conserver cet équilibre épanouissant entre ma vie familiale, sociale, professionnelle et sportive. Au niveau professionnel, si les éléments que nous mettons en place dans le pilotage de l’école permettent à nos élèves d’apprendre mieux et en ayant du plaisir, je pense qu’on aura réussi quelque
chose.

Ethique et cultures religieuses: l’apprentissage de la diversité

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

Martine Gross, de l’Eglise réformée évangélique du Valais, EREV et Nicole Berera, du Diocèse de Sion enseignent depuis de nombreuses années « l’Ethique et Cultures Religieuses » (ou ECR) dans les écoles de Martigny. Elles nous partagent ici leurs réflexions et leur expérience.

PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTOS : DR

Martine Gross

A l’origine. – « Sous l’impulsion du pasteur Lavanchy, au début des années 90, nous avons commencé à donner des cours d’enseignement religieux à l’école aux élèves protestants répartis sur le territoire paroissial. A ce moment-là, ces élèves sortaient de la classe pendant que leurs camarades suivaient le cours de catéchèse. Je suis enseignante de formation et j’aime cette activité, même s’il a fallu jongler pour être au bon moment, au bon endroit.

A partir de 2003, à la suite du travail d’une commission composée des Eglises protestante et catholique et du Département de l’Instruction publique de l’Etat du Valais, un programme pour les élèves de toutes confessions a été mis en place avec le matériel de cours élaboré par le groupe de travail « EnBiRo » (ndlr : Enseignement biblique romand) ainsi que les modules appelés « Compléments valaisans ». En parallèle furent instaurées les « fenêtres catéchétiques » : un jour par année scolaire, les Eglises invitent les enfants de leur confession pour une journée d’activité catéchétique. Les enfants s’inscrivent et ceux qui ne souhaitent pas y participer restent en classe. Martigny est une des régions où il y a des intervenants d’Eglise dans presque toutes les écoles. Dans d’autres parties du Valais, ce programme est donné par les enseignants titulaires.

Une collaboration œcuménique. – A Martigny, notre groupe d’intervenants est composé d’un tiers de protestants et de deux tiers de catholiques. En général, on se réunit au mois de juin pour revoir la répartition des cours s’il y a des changements et, en septembre, les deux Eglises organisent à tour de rôle une rencontre de mise en route. Je trouve magnifique qu’on soit arrivé à cette belle collaboration ! On a vraiment une bonne entente, un œcuménisme formidable !

Dans les classes. – J’enseigne l’ECR dans les classes de Martigny-Croix depuis 2003. Aujourd’hui, les élèves nous posent des questions qu’ils ne posaient pas il y a quelques années. En 3H, ils me demandent par exemple : « Mais qui est Jésus ? » ou encore, cette question à propos du « Notre Père » : « Les cieux ? C’est où les cieux ? » Il y a vraiment une base chrétienne qui leur manque.

Les enfants de 5H et 6H s’interrogent sur la « réalité » : par exemple, lorsqu’on aborde les miracles, ils parlent de guérisseurs, j’accueille cela… Nous devons avoir conscience que nous n’apportons qu’un élément parmi d’autres reçus à la maison. Je prends l’exemple de la résurrection : certains ont vu Jésus et d’autres pas ; certains ont témoigné, certains ont cru aux témoins et d’autres non… Dans la vie, c’est comme ça aussi et chaque personne doit pouvoir choisir ce à quoi elle croit.

Dans nos cours, on peut parler de tout, mais ce qui donne le sens culturel ou catéchétique, c’est la manière de le dire : il faut vraiment faire très attention à notre manière de présenter les choses… Nous veillons donc à bien rester dans notre programme ECR… Ce n’est pas parce qu’on intervient au nom des Eglises qu’on fait de la catéchèse !

Cet enseignement culturel donne aux enfants cette base qui leur manque et que nous pouvons poursuivre en catéchèse. C’est une forme de complémentarité dont les Eglises peuvent se réjouir.

M.G.

Il y a quelques années, un élève m’a dit « Avant vos cours, je ne croyais à rien du tout, maintenant je me pose des questions… »
Il m’a fait là un beau cadeau. J’ai préféré cela à ce qu’il me dise: maintenant je crois !

M.G.

Nicole Berera

L’enseignement. – J’enseigne l’ECR depuis 11 ans, et j’aime beaucoup ce travail, il me permet d’avoir un contact avec toute la diversité des enfants, avec ce qu’ils vivent, avec leurs difficultés et c’est important de les accueillir avec tout ce qu’ils sont.

En 5H, on travaille le thème du « Pays de Jésus » et là on peut faire beaucoup de liens avec leur vie, avec les voyages, les maisons, l’appel des premiers disciples : est-ce qu’on peut être le disciple de quelqu’un aujourd’hui ? Quand on parle d’Abraham, de Sarah et d’Agar, c’est un thème plus difficile. C’est quand même Sarah qui « donne » sa servante. Mais il y a des liens avec notre époque : un couple qui se sépare, un parent qui rencontre quelqu’un d’autre. Je peux leur dire que ces situations remontent à des millénaires et que c’est important qu’il y ait des enfants pour que le monde continue… En fin d’année, nous parlons de l’Islam, au début j’étais vraiment néophyte, avec des idées préconçues, alors j’ai suivi des cours et maintenant je trouve que c’est très intéressant ! On apprend qu’on n’a pas forcément la vérité, que c’est du domaine de la foi et que c’est une question personnelle à chacun. Cela donne aussi aux enfants musulmans la possibilité de s’exprimer, c’est important qu’ils puissent participer activement. Parfois, quand ils me posent des questions, je suis à l’aise pour répondre et d’autres fois, je leur dis de poser cette question à leurs parents, qu’ils seront plus à même d’y répondre.

Le mélange culturel. – Dans nos classes, on a un grand mélange de cultures, et ce terreau multiculturel nous amène d’une certaine manière à nous « multiplier ». Quand on parle du mariage qui n’a lieu qu’une fois à l’église, cela suscite beaucoup de questions. Les enfants me parlent de leurs parents qui ne sont pas mariés… Je leur réponds que ce qui compte, c’est leur amour et l’amour qu’ils ont pour leurs enfants… On doit être délicat dans ce genre de situation, ne pas juger, ne pas exclure, car on ne sait pas toujours ce que les enfants vivent dans leur famille et il ne faut pas les blesser. Il faut une grande ouverture d’esprit ! Je rappelle aux enfants que nos différences ne sont pas là pour qu’on se fasse la guerre, mais pour qu’on s’enrichisse de ce que vit l’autre.

Aujourd’hui, je peux vraiment dire que les enfants m’ont aidée à tenir lorsque j’étais malade… Quand je suis à l’école, je suis obligée d’être pleinement présente, de laisser tout le reste en dehors. C’est ma joie de les retrouver, ces enfants me « nourrissent »…

 

Une question qui revient tout le temps: « Est-ce que Jésus a vraiment existé, est-ce une histoire ou un personnage réel qui a vraiment fait son passage sur la terre ? »

N.B.

Quand les enfants me demandent de quelle religion je suis, je me dis que je ne laisse pas trop transparaître ce à quoi je crois dans ma foi.

N.B.

Je ne me permets jamais de dire que j’ai la vérité et je me sens en accord avec ma foi, parce que dans les évangiles, Jésus accueille tout le monde.

N.B.

Le Secteur paroissial de Martigny compte 11 intervenants ecclésiaux dont 10 femmes ! Ces enseignantes spécialisées dispensent des cours appelés « Ethique et cultures religieuses » (ou ECR) qui n’est pas une proposition de foi chrétienne mais une approche culturelle, éthique et historique des principales traditions religieuses (bouddhisme, judaïsme et
islam) avec un accent plus fort sur le christianisme puisqu’il marque davantage notre culture valaisanne. Le programme est complété par des éléments de culture religieuse locale liée à l’histoire et à la trajectoire des Eglises protestante et catholique en Valais.

Faire l’expérience de Dieu

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

Jean-Charles Labelle est un homme aux multiples casquettes… Français, officier de l’armée de mer, chef d’entreprise, retraité vivant à Verbier et croyant engagé dans sa paroisse, il publie chaque mois une petite chronique, dont voici un exemplaire…

PAR JEAN-CHARLES LABELLE

PHOTO : PIXABAY

Nous faisons l’expérience des êtres, des choses, des situations, des sentiments… Mais il y a une expérience tout à fait singulière, c’est l’expérience de Dieu ! Dans ma chronique, j’ai souvent développé l’idée que l’histoire de l’univers conduisait à écarter le hasard – presque tous les scientifiques en conviennent – et à considérer l’existence d’une force qui n’est pas la matière, que l’histoire des hommes révèle et que nous appelons « Dieu ».

Mais tout ceci demeure une construction de l’esprit et ne touche pas charnellement l’être humain. Peut-on réellement faire l’expèrience de cet ailleurs, l’expérience de Dieu ? L’Esprit surgit où il veut, quand il veut, et tout chrétien le sait. Mais, à un moment donné survient une rencontre entre l’homme et la transcendance. Dieu vient toujours d’un ailleurs et bien souvent où on ne l’attend pas ; c’est une rencontre qui nous surprend.

Dès le début de notre périple ici-bas, notre vie est trop grande pour nous car nous n’avons pas choisi de naître et nous avons du mal à concevoir que notre mort soit une nouvelle naissance. Qui pourrait imaginer en effet qu’un petit gland puisse devenir un grand chêne et vivre plusieurs siècles… « Si le grain ne meurt… » et le grain meurt, en effet pour devenir épis, lumière au soleil.

Nous progressons par chocs successifs : naissance, expérience personnelle de Dieu, mort physique… Personne n’est à l’abri du doute qui surgit en même temps que l’expérience, pas même les Apôtres comme Thomas,… mais l’Esprit travaille et il dit : « Je t’aime ». Au fond croire, n’est-ce pas succomber à un grand Amour ?

Du côté de la Combe

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

PAR MARYLINE ROUILLER | PHOTOS : DR

Servir la communauté paroissiale de la Combe, fidèle et active au pied de la Croix, là où se trouve notre église Saint Joseph, ce n’est rien que du bonheur ! Les parents prennent à cœur la vie intérieure de leurs enfants et s’impliquent, toujours disponibles, autant que chacun le peut.

Les enfants sont motivés et curieux de rencontrer le Christ, fraternellement, dans la Parole, la liturgie et évidemment les sacrements. Quelques jeunes, ayant déjà reçu la confirmation, s’engagent plus avant pour entourer les enfants, leur transmettre ce qu’ils ont eux-mêmes appris et ainsi, les rencontres, les retraites et les temps forts se vivent joyeusement. Grâce à ce bel élan, les jeunes Comberains reçoivent la confirmation lors des années paires en compagnie des enfants de Bovernier.

Une fête de la première communion a lieu sitôt qu’un petit groupe, créé par les parents, est prêt à recevoir le Corps du Christ pour la première fois, après avoir célébré le pardon.

Quant aux ateliers de la Parole, ils ont lieu tous les samedis à 18h (sauf les derniers samedis du mois) afin que chaque enfant puisse vivre pleinement et profondément la messe qui suit à 19h. Vivre en Eglise est si simple !

 

« Allez-vous en sur les placeset sur les parvis… »

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2021

Depuis quelque temps, on peut me croiser régulièrement à l’entrée du supermarché Manoir, debout, parfois une bière à la main, ou assis sur un des bancs, discutant, plaisantant, entouré des nombreux habitués du lieu…

PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR

J’ai toujours beaucoup aimé les rencontres. C’est ainsi que m’est venu ce désir : m’approcher de ce groupe de gens qu’on dit « en marge ». Mais comment s’approcher ? Plus encore, pour quoi s’approcher ? Ces gens m’intriguent ! Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? J’ai repensé aux mots du pape François : « Une Eglise qui sort, qui va vers, qui écoute… » et me suis dit : Pourquoi attendre ? Allons-y !

Peut-être que d’autres auraient peur d’eux, moi j’ai eu envie de les connaître. Je suis venu à pas feutrés. Feutrés mais décidés. J’arrive : voici une femme et quelques hommes qui discutent joyeusement : « Salut. Je suis Pascal ! Comment allez-vous ? » Et la discussion commence… Chacun dit son prénom. Je me tais. J’écoute. Je fais partie du cercle, mais je me sens complètement à côté de mes pompes. Pourtant, je reste là. J’observe. La discussion reprend. Chacun y va de son anecdote, de son commentaire sur ceci, sur cela. J’en place « une bonne ». Ça les fait rire ! Ouf ! Je retente. La suivante n’est pas si drôle que cela… Bon. J’écoute. Je pose une question à l’un d’entre eux qui montre que je connais un des leurs. Il répond et développe un peu. Il me renvoie la question… Je réponds : « Je suis de la paroisse ! » – « Ah de l’Eglise, répond-il étonné, viens un peu ici il faut que je te dise un truc… » L’homme s’ouvre instantanément et se livre à travers un récit extraordinaire, pétri de rancune et de haine. Il me raconte ce qu’il a dû traverser ces vingt dernières années. Tout y passe ! Moi, j’écoute. Je reste béat devant tant de souffrances. Je lui lance : « C’est incroyable ce que tu as vécu ! » – « Oui, rétorque-t-il, je suis rongé par tout ça. Il faudrait que je prenne le temps de parler. Mais prépare-toi, car si je te parle, ça va être violent ! » – « Si tu te décides, je t’accueillerais et je me tiendrais prêt. C’est quand tu voudras… »

Depuis lors, les rencontres se sont multipliées ! A chaque fois, c’est tout mon être qui est mis en mouvement. Réciproquement, je suis, moi aussi, vecteur d’un mouvement chez mes interlocuteurs. Je le sens bien. Ces mouvements sont mystérieux. Au fond de moi, je demande à l’Esprit Saint d’être « l’entre-deux » – l’huile sainte – qui va « graisser » ces nouveaux liens pour que jaillissent la lumière et la paix.

Il y a quelques jours, pas tout à fait dupe sur les raisons de ma présence régulière au milieu de ce petit peuple, une femme alcoolisée me lâche : « Tu es un pasteur des rues. C’est beau ce que tu fais. Tu te rappelles, l’autre jour, quand tu t’es accroupi près de moi et que tu as mis ta main sur mon épaule, et les mots que tu m’as dit. Ça m’a rassurée. »

Voilà ! Si j’avais éventuellement besoin d’une confirmation que l’Esprit est à l’œuvre, elle m’a été servie à ce moment-là… J’ai pris ça comme une révélation ! Je me suis dit : « Quelle chose étonnante ! C’est donc auprès de ces gens que je trouve une parole d’autorité capable de fonder un nouveau ministère ! » Je pense ne pas être au bout de mes surprises avec mes nouveaux amis !

 

La voix des mots

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTO : CATH.CH/BERNARD HALLET

Un livre est une fenêtre ouverte sur le monde, dit-on. Mais certaines personnes sont empêchées de lire pour cause de cécité ou de handicap. La communauté des Bernardines de Collombey donne de la voix depuis 1964 pour rendre la littérature accessible à ceux qui en sont privés. Fermez les yeux et laissez-vous guider au travers de ce trésor sonore.

Du caractère au son

« Le récit originel racontant comment cet Ismaël Shumu’il devint le fils d’Abraham en Genèse 16, 1-2 conviendrait donc à un contexte du septième siècle », commence à lire Sœur Marie-Paule. La voix de la responsable de la bibliothèque sonore du monastère des Bernardines est posée et claire, mais « l’enregistrement d’un livre audio présente des difficultés qui n’existent pas lorsqu’on lit un livre pour soi ». Les noms propres issus d’une autre langue, ou même une lecture trop scolaire peuvent présenter certaines difficultés pour le lecteur et l’auditeur. Plus de trois mille titres constituent aujour­d’hui le catalogue de l’Etoile sonore, en majorité disponible sous forme numérique. Une cinquantaine de lecteurs étoffent ce fond sonore bénévolement. « Nous leur offrons une formation, un micro de bonne qualité et les livres pour enregistrer le support audio, indique Sœur Marie-Paule. La bibliothèque possède un peu de tout, mais s’est surtout spécialisée dans les livres de spiritualité et de philosophie. Lorsqu’une encyclique sort, elle est disponible en trois semaines chez nous. »

Lire et aimer lire

« Le livre le plus emprunté reste incontestablement la Bible », révèle encore la responsable. Auparavant, elle occupait toute une travée de la bibliothèque et grâce aux nouvelles techniques de numérisation, elle ne se compose « plus que » de six CDs. Cette sonothèque s’adresse à toute personne ne pouvant pas lire par elle-même. « La définition est volontairement assez vague pour étendre notre offre à tout auditeur dont la problématique empêche la lecture », comme dans le cas de la dyslexie, par exemple. « Une voix peut plaire à un auditeur et pas à un autre, mais on lit d’autant mieux ce qu’on aime », ajoute-t-elle encore. Ce que l’auditeur ressentira très certainement !

Les médias, source d’échanges inépuisables

PAR BÉNÉDICTE DROUIN-JOLLÈS | PHOTO : GETTY

Interrogez-vous vos enfants sur leurs sources d’information et de distractions ? Regardez-vous avec eux leurs chaînes et vidéos fétiches sur Youtube ? Allez-vous sur les réseaux sociaux qu’ils fréquentent ? Et vous, leur montrez-vous vos journaux préférés ? Voilà autant d’occasions de partage de moments enrichissants.

On peut penser que c’est une perte de temps, que leur vie privée ne nous regarde pas, préférer donner la priorité au travail… Personnellement je n’ai jamais regretté d’avoir favorisé ces échanges. Ils sont l’occasion de pénétrer dans leur univers culturel si différent du nôtre. Aujourd’hui les médias sont très segmentés selon les âges, les sexes et les centres d’intérêts. Des discussions passionnantes émergent ainsi. D’abord nos jeunes sont tellement heureux de nous faire découvrir ce que nous ignorons. A notre tour ensuite d’interroger, de souligner le positif ou au contraire d’inviter à la prudence face aux éventuels écueils. Nos ados, grands consommateurs d’écrans, acquièrent relativement vite une certaine méfiance vis-à-vis des fake news ou des clichés répétés en boucle. Mais, ils ont aussi tellement besoin d’interlocuteurs pour les aider à les identifier,
pour approfondir une réflexion encore parfois vacillante ou superficielle.

Pour peaufiner l’exercice, pourquoi ne pas prendre le temps nous aussi de montrer ce qui nous tient à cœur : un exemple d’attitude héroïque qui « tire vers le haut », un témoignage de foi et d’engagement, un reportage inédit qui nous enthousiasme. Tous les jours, grâce aux médias, nous pouvons trouver de quoi échanger, débattre, apprendre à s’émerveiller et ainsi éveiller petit à petit l’intelligence, l’esprit critique et la vie intérieure des plus jeunes.

Statue de la Vierge…

… Notre-Dame de Bourguillon, Fribourg

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

A l’origine lieu de prière des bourgeois atteints de la lèpre, Notre-Dame de Bourguillon est devenu un des lieux de pèlerinage de Suisse romande. Depuis le XVe siècle, la statue de la Vierge a vu défiler les malades, mais aussi les croyants venant implorer sa protection dans les périodes troublées.

Les traits que l’artiste a donnés au visage de Marie sont très humains et doux. Elle porte les insignes royaux : la couronne, le sceptre et le manteau rouge. Si les symboles sont ceux de la royauté terrestre, ils rappellent la royauté spirituelle de la Mère de Dieu.

Les Vierges couronnées se répan­dent progressivement à partir du XIIe siècle. A la même période, les communautés religieuses rajoutent l’hymne du Salve Regina au dernier office de la journée, peut-être pour trouver le réconfort face aux angoisses de la nuit.

Nous n’avons peut-être pas l’habitude de chanter cet hymne et il est possible que nous n’en ayons jamais réellement écouté les paroles. Il peut toutefois guider notre méditation devant la statue de Bourguillon.

Salut, Reine, Mère de Miséricorde, notre Vie, notre Douceur, et notre Espérance, salut. Vers toi nous élevons nos cris, pauvres enfants d’Eve exilés. Vers toi nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. Tourne donc, ô notre Avocate, tes yeux miséricordieux vers nous. Et, Jésus, le fruit béni de tes entrailles, montre-le-nous après cet exil. Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie !

Quelle que soit la difficulté des temps dans lesquels nous nous trouvons, Marie est une mère offerte à ceux qui souffrent. On pourrait être étonné que la Vierge de Bourguillon porte son fils sur le côté au lieu de le tenir devant elle. Le Christ a en effet longtemps été au centre des œuvres, la Vierge n’étant qu’au second plan. Porter Jésus sur la hanche lui laisse toutefois toute la place pour accueillir nos soupirs et nos larmes. Elle peut tourner son regard vers les enfants que nous sommes et nous guider avec douceur dans l’espérance.

« D’une foi à l’autre »

Converser avec l’autre, lui accorder le temps nécessaire pour provoquer la rencontre constitue une facette de sa personnalité. Se questionner sur l’éternité, l’angoisse de la mort ou le sens de la vie en compose l’autre. Entre l’homme des médias et le «découvreur» de foi s’écrit peu à peu notre conversation. Rencontre avec Jean-Philippe Rapp.

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER

On constate une accélération de la société en général. Que pouvez-vous dire de cette évolution dans les médias ?
Cela peut apparaître comme du regret ou de la critique, mais parfois je trouve que les médias ne donnent pas assez de temps au temps. Pour moi, Dieu c’est le temps. Celui de la méditation, de la promenade ou de l’écoute du vent. Nous nous agitons trop, pour de bonnes et de mauvaises raisons.

En tant que chrétiens, l’éducation aux médias de nos enfants doit-elle être différente ?
Je crois à l’éducation aux médias de manière générale. Par une gestion du temps passé devant les écrans, mais aussi par l’apprentissage du regard porté sur l’information. Cela étant, que l’on soit jeune ou moins jeune, la référence aux valeurs chrétiennes devrait être automatique, inscrite en nous. La part grandissante que prennent les pseudo
informations véhiculées par les réseaux sociaux m’inquiète. Cela donne libre cours à toutes les déviances. Les médias peuvent être magiques. Mais les bonnes choses sont souvent perdues dans un fatras d’autres bien plus séductrices et beaucoup moins profondes.

Apparemment vous étiez un enfant terrible et devez votre salut aux prêtres de l’internat de la Corbière à Estavayer…
Je n’étais pas un bon élève. Il faut des parents qui soient des références, qui vous aident ou vous encouragent pour le moins. Ça n’a pas vraiment été mon cas. Un ami m’a parlé de l’institut. On y formait des prêtres, mais l’école acceptait aussi des garnements de mon genre. J’ai demandé à mon père d’y aller. Au bout de deux jours, il est revenu me chercher pensant que l’environnement ne pouvait pas me convenir. Mais j’avais en face de moi des religieux qui ne pensaient qu’à moi, à ma réussite. J’ai refusé de partir et ces deux ans m’ont littéralement sauvé.

Vous avez fait vos armes à la revue « Jeunesse » des Unions chrétiennes. Partagiez-vous également leur enseignement théologique?
Pas du tout ! J’étais le catho engagé par une revue protestante. Il était beaucoup moins question de religion que de vie sociale, de rencontres et de musique. Un pasteur veillait tout de même à la ligne éditoriale. En fait, lorsque j’ai souhaité faire du journalisme, j’ai été engagé au Journal de Nyon qui éditait aussi la revue Jeunesse. Cela étant, je m’y suis toujours senti à l’aise.

Votre carrière vous a amené à rencontrer plusieurs personnalités du monde religieux. Laquelle vous a le plus marqué ?
Sûrement pas le cardinal Ratzinger ! La personne qui m’a vraiment frappé reste incontestablement la mère abbesse de la Fille-Dieu à Romont. La Mère Hortense était un vrai personnage. Une femme éblouissante, brillante, extraordinaire. Elle avait fait des études de physique nucléaire et était ensuite devenue mère abbesse d’un couvent en France, pour finalement arriver à Romont. J’étais allé la voir pour une interview, mais je lui ai parlé du projet que j’avais alors : celui de passer l’Avent avec elles et la TV à l’Abbaye. Après de difficiles tractations elles ont accepté. J’y vois là aussi un hasard divin.

Une filiation d’élection

Ami proche de Georges Haldas depuis 1986, il y a entre les deux hommes une filiation élective que seule la mort du poète en 2010 interrompt. En public comme à l’intime, l’essayiste et le journaliste entretiennent de nombreuses conversations qui feront l’objet d’un livre en 2010. Georges Haldas « ouvre » Jean-Philippe Rapp au monde qui l’entoure. Il l’entraîne à repérer « chez l’autre la parcelle d’éternité. De celle qui permet de croire en Dieu ». Avec son ami, il évoque la question de la résurrection, de l’angoisse face à l’agonie et de la foi. Là aussi, l’écrivain suisse pousse le producteur de Zig Zag Café à ne pas « chercher à confirmer sa foi dans des lieux construits ». Lui qui aime le rite et s’y sent à l’aise, « doit sortir de l’institution » pour rencontrer l’essence de sa foi.

Biographie express

Les dates qui ont marqué Jean-Philippe Rapp
1956 : la rencontre avec les Salésiens d’Estavayer-le-Lac. « Un autre mode de vie, de pensée et une réelle attention à l’autre. »
1964 : séjour en Algérie devenue indépendante, avec trois compagnons de maturité.
1977-1980 : naissance de ses deux enfants qui sont et demeurent l’essentiel de sa vie.
1985 : les rencontres médias Nord-Sud « pour essayer de créer des échanges entre les médias du Nord et du Sud ».
1996 : la création de l’émission Zig Zag Café « comme lieu où l’on converse vraiment avec l’autre ».

IlEstUneFoi.ch – Itinérances

PAR CHANTAL SALAMIN | PHOTOS : DR

Connaissez-vous les rendez-vous cinéma IL EST UNE FOI de l’Eglise catholique romaine – Genève (ECR) ? Pour son édition 2021, pandémie oblige, 11 des 21 films projetés dans les cinémas du Grütli à Genève ainsi qu’une présentation du film et les débats qui suivront seront disponibles dès le lendemain sur internet et par podcast. Ne manquez pas cette chance, notez les dates du 5 au
9 mai dans votre agenda !

L’humble projet, démarré en 2014 avec la projection d’un unique film « Je m’appelle Bernadette » suivie d’une rencontre, connaît un succès grandissant d’année en année : toujours plus de spectateurs, de films et d’invités. C’est que l’équipe de bénévoles propose une sélection d’œuvres et d’invités de qualité afin d’ouvrir des espaces de discussions sur des thématiques humaines et sociétales pour tous, catholiques ou pas, croyants ou non-croyants et de rejoindre le grand public et la jeunesse (matinées scolaires et dossiers pédagogiques).

« Tarkovski, a Cinema Prayer »

En ouverture, le 5 mai à 20h, Andreï A. Tarkovski viendra nous parler de son père, Andreï Tarkovski, un des plus importants cinéastes du XXe siècle : « J’ai eu la chance d’avoir une figure paternelle qui était aussi un maître. […] Il a toujours dit qu’on ne pouvait pas faire l’éducation de quelqu’un, qu’il faut seulement montrer. […] Il était capable de voir le spirituel dans les plus modestes manifestations de la réalité. »

Des films de cheminements

La majorité des films montre des quêtes spirituelles et humaines mises en valeur par des scénarios bien choisis.

Ainsi « Broken silence », projection le 9 mai à 17h suivie d’un débat avec son réalisateur Wolfgang Panzer, nous montre un moine chartreux, suspendant ses vœux de silence pour partir en mission à Jakarta à la recherche de la propriétaire du monastère en Suisse. Une femme le rejoint, se sentant coupable de lui avoir au préalable subtilisé son argent… « La vie est mouvement et, quel que soit le chemin que l’on prend, l’essentiel est de ne pas s’arrêter en se fermant aux autres. »

Notez aussi le film « Saint-Jacques… la Mecque » qui clôture ce festival le dimanche 9 mai à 20h, suivi d’un débat avec Pascal Desthieux, vicaire épiscopal et Coline Serreau, réalisatrice et auteure du film… « la marche forcée est une aubaine pour l’apprentissage du « vivre ensemble » et se réconcilier avec soi ».

Visionnage des films depuis chez vous sur filmingo.ch/ilestunefoi
Programme sur ilestunefoi.ch

Jeux, jeunes et humour – mai 2021

Par Marie-Claude Follonier

Question d’enfant

Pourquoi les chrétiens dédient le mois de mai à Marie ?
L’une des explications provient du Moyen Age. Alors qu’on utilise encore le calendrier romain où les premiers mois de l’année sont associés à des divinités protectrices, les chrétiens transforment l’appellation Maius mensis (mois de Maïa, déesse de la fertilité et du printemps) en Madona mensis : mois de Notre Dame, donc de Marie et non pas de la chanteuse américaine.

par Pascal Ortelli

Humour

Une vieille dame veut mettre dans un journal une photo de son mari pour l’anniversaire de son décès. Elle téléphone au journal. Elle voudrait mettre une photo en couleurs mais malheureusement elle n’a qu’une photo de lui avec son chapeau et elle aimerait une photo sans chapeau. « Aucun problème, lui dit son interlocuteur, avec les procédés modernes on peut corriger n’importe quelle photo. Il suffit de nous dire la couleur de ses cheveux. » La dame répondit : « Quand vous aurez enlevé le chapeau, vous verrez bien la couleur ! »

par Calixte Dubosson

Changement d’époque

PAR THIERRY SCHELLING | PHOTOS : DR

«Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change», lit-on dans le célèbre ouvrage italien Il Gattopardo, mis en scène par Visconti (1963)… et cité par le pape François dans son discours à la Curie romaine (2019) ! Quel amalgame des genres ! Et le pontife de renchérir: «Nous ne sommes plus en chrétienté, nous ne le sommes plus! Nous ne sommes plus les seuls aujourd’hui à produire la culture, ni les premiers, ni les plus écoutés !» Voilà, c’est dit.

Devant un tel changement d’époque, soit on se rue sur le passé pour s’en gargariser, soit on le relit, certes, mais pour en détacher le dynamisme, l’évolution, les oscillations, et préparer l’avenir – explique-t-il en substance quelques lignes plus tard. Et de citer le compositeur allemand Gustave Mahler : « La tradition est la garantie du futur et non pas la gardienne des cendres ! »

Modernité zen

Malgré son âge (84 ans), Papa Bergoglio est d’une modernité sereine, loin de secouer le cocotier pour n’en agiter que les palmes. Mais convaincu que le catholicisme contemporain ressemble plus à la graine de moutarde, ou au grain semé dans les champs, les ronces, les pierres, et la bonne terre – où ne pousse qu’une « semaille » sur quatre ! – qu’à un hypothétique retour au clinquant d’antan (Benoît XVI ressortait les ornements de pontifes ayant vécu à la Renaissance ou à la toute fin du Risorgimento !).

Nouvelle évangélisation

Jean-Paul II avait répondu au même questionnement avec son concept de « nouvelle évangélisation », invitant l’Eglise à « s’avancer vers de nouvelles frontières » 1 ; Benoît XVI avait érigé l’impulsion wojtylienne en Conseil pontifical ; François, lui, opère le changement à partir de ces périphéries – migrants, pauvres, divorcés, gays, personnes âgées, malades – pour regarder toujours et d’abord le Christ (le centre
de l’Eglise) et se laisser évangé­liser à nouveau… Plus tant nova et vetera mais plutôt nova et cetera !

1 Redemptoris missio, 7 décembre 1990, no 30.

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