Devant une tisane fumante, c’est un joli moment de partage avec Marie. Même si un froid hivernal s’invite au crépuscule, la glace fond immédiatement dès les premiers mots d’une discussion aussi sérieuse que joyeuse avec cette dynamique jeune femme.
Propos recueillis par François Riondel
Linographie: Raphael Beffa
La foi de Marie s’est réellement développée sur le banc du fond de l’église de son village. Sa grande famille, très pratiquante, s’y installait afin d’éviter de trop déranger les paroissiens. Alors enfant, Marie n’a jamais caché à ses camarades sa pratique religieuse qui, pour elle, était totalement normale. Cette attitude conduisait son entourage à diverses réactions : « Toute petite, on m’a beaucoup « charriée », que ce soit sur mon prénom, ou ma religion et ma foi. » Mais, dit-elle, ces attitudes provenaient certainement d’une forme d’ignorance.
Grâce à l’éducation reçue par ses parents et l’aide du Seigneur, Marie explique avoir vite compris que ses interlocuteurs, qui lui posaient de multiples questions, n’avaient pas reçu la même éducation qu’elle, ce qui lui permettait de rester calme et compréhensive, même face à des propos très crus, difficiles à vivre et à décrypter.
Jeune adulte, Marie a vécu des expériences plus compliquées, en recevant des remarques et des questions dont le but était certainement de la faire trébucher. Les gens ont souvent peur de parler de leur foi, de crainte d’être jugés comme appartenant à un groupe. Ils peuvent discuter de religion entre eux, mais ont oublié la primo-communication entre leur âme et Dieu. Cette communication doit être entretenue et développée. Une fois qu’on est aligné sur ce principe, on accepte de ne pas être d’accord lors de certaines discussions et de le vivre sains crainte.
Dans ses relations, Marie ne parle pas de sa foi de prime à bord, mais la croix qu’elle porte autour du cou amène les gens à l’interpeller. Ces personnes ont souvent beaucoup d’idées reçues, telles un Dieu punisseur ou la promesse de l’enfer si l’on n’est pas pratiquant. « Les gens ont monté une sorte de fantasme cauchemardesque de ce qu’est la religion parce qu’ils n’ont pas rencontré le Christ. »
Lors de ses études, Marie a vécu une période difficile, désertique, à travers une relation amoureuse où son compagnon ne croyait pas en Dieu. Peu à peu, Marie se rendait moins souvent à la messe et priait moins pour ne pas le déranger. Bien plus tard, Marie s’est rendu compte que cette personne avait brouillé sa ligne avec Dieu. Pour la première fois, Marie se sentait gênée de parler de sa foi : « Difficile de ne pas être acceptée comme on est, ça fait mal ! » Marie ne parlait plus de Dieu, allait seule à la messe, dans le silence. Elle se sentait incomprise et incomplète. Au milieu de cette période, Marie a reçu un grand « coup de pouce » du Seigneur : elle se retrouva, sans l’avoir vraiment décidé, dans une église où elle put exprimer sa détresse lors d’une confession et en y déversant toutes les larmes retenues depuis longtemps : « En sortant de là, j’ai cru que je ne touchais plus le sol, tellement je me suis sentie allégée et en paix. » Cet événement n’a pas résolu tous les problèmes, mais lui a redonné confiance et force.
Aujourd’hui, Marie sent cette présence du Seigneur tant chez elle que chez ses interlocuteurs : « Le Seigneur se manifeste de la manière qui permet à chacun de l’accepter. Il va se cacher dans les choses les plus banales pour que chacun puisse le comprendre à sa manière. »
Marie a envie de nous dire que, lors de toute discussion sur notre Seigneur et la religion, il faut s’efforcer d’enlever nos préjugés : « Ce n’est pas parce qu’on a quelqu’un en face de nous qui est hargneux et qui en veut à la religion, à la terre entière… et même à Dieu, que cela signifie qu’il est contre nous. On ne peut que l’encourager à se libérer de ses préjugés. De plus, on peut ainsi vivre des conversations passionnantes. »
Marie constate avec joie que des personnes à qui elle a pu porter son témoignage peuvent, bien plus tard, lui dire que cela les a aidés à avancer. Dans le cantique des cantiques, relève Marie, il y a un magnifique verset : « Je vous en conjure, … , n’éveillez pas, ne réveillez pas l’Amour, avant qu’il le veuille. » (8, 4)


























