Prière et charité

Il y a 70 ans j’ai appris au catéchisme que l’Eglise triomphante désigne, dans la théologie chrétienne (particulièrement catholique), l’ensemble des saints et des bienheureux au ciel qui ont achevé leur vie terrestre.
Le deuxième livre des martyrs d’Israël rapporte que Judas Maccabée fit faire pour les morts un sacrifice expiatoire, afin qu’ils fussent absous de leur pêché.

Par Sœur Catherine Jerusalem
Photo : DR

Il y a 70 ans j’ai appris au catéchisme que l’Eglise triomphante désigne, dans la théologie chrétienne (particulièrement catholique), l’ensemble des saints et des bienheureux au ciel qui ont achevé leur vie terrestre. 

Elle se distingue de l’Eglise militante (sur terre) et de l’Eglise souffrante (au purgatoire).

Faisant partie de l’Eglise militante, nous sommes invités à prier pour les membres de l’Eglise souffrante, d’où la pratique d’offrir des intentions de prières, des messes pour les défunts, qu’on appelle aussi des « messes fondées ».

Le deuxième livre des Maccabées (12, 38-46) justifie la prière pour les morts. Ce texte, qualifié de « sainte et pieuse pensée », fonde la croyance en la résurrection et en l’efficacité de la prière pour purifier les défunts.

La voie de sagesse à suivre en ce domaine semble être celle de saint Grégoire : on ne saurait acheter le salut éternel en réglant des honoraires de messe, mais c’est un devoir de charité de ne pas laisser l’âme d’un chrétien, qui a quitté son enveloppe terrestre, dans la solitude spirituelle.

Les intentions de messe

C’est au sortir d’une messe dominicale qu’un paroissien m’a interpellé sur la tradition catholique des intentions de messe pour les défunts. Cela m’a poussé à approfondir cette coutume qui tend petit à petit à disparaître, parce que les jeunes générations ne fréquentant que rarement nos églises ne viennent pas, par conséquent, en réclamer aux officiants d’aujourd’hui.
Abram rencontre Melchisédech et lui donne le dixième de tout ce qu’il a pris lors de sa guerre contre Kedorlaomer.

C’est au sortir d’une messe dominicale qu’un paroissien m’a interpellé sur la tradition catholique des intentions de messe pour les défunts. Cela m’a poussé à approfondir cette coutume qui tend petit à petit à disparaître, parce que les jeunes générations ne fréquentant que rarement nos églises ne viennent pas, par conséquent, en réclamer aux officiants d’aujourd’hui.

Par Calixte Dubosson | Photos : Unsplash, DR

Un peu d’histoire

Curieusement, c’est dans l’Ancien Testament que l’on entend parler pour la première fois de cette pratique. En effet, le deuxième livre des martyrs d’Israël rapporte le fait que, lors d’une guerre, des soldats étaient morts. En relevant leurs corps pour les inhumer, on découvrit « sous la tunique de chacun des morts des objets consacrés aux idoles de Jamnia que la Loi interdit aux Juifs. Il fut ainsi évident pour tous que c’était là la raison pour laquelle ces soldats étaient tombés ». Leur chef, nommé Judas Maccabée, « ayant fait une collecte, envoya jusqu’à deux mille drachmes, à Jérusalem, afin qu’on offrît un sacrifice pour le péché, agissant fort bien et noblement dans la pensée de la résurrection. Si, en effet, il n’avait pas espéré que les soldats tombés ressusciteraient, il eût été superflu et sot de prier pour les morts… Voilà pourquoi il fit faire pour les morts ce sacrifice expiatoire afin qu’ils fussent absous de leur péché ». (2 M 12, 37-45)

On peut aussi voir l’intention de messe comme une action de grâce telle celle qu’accomplit Abraham en Genèse 14, 18-20 après être sorti vainqueur d’une guerre contre Kedorlaomer : « Melchisédech, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu Très-Haut. Il le bénit en disant : « Béni soit Abram1 par le Dieu Très-Haut, qui a créé le ciel et la terre et béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris. »

Une purification nécessaire

Il n’est pas rare dans les faire-part de décès publiés dans nos journaux de lire des phrases comme : « Du haut du ciel, veille sur nous » ou bien : « Tu as gagné ta place au paradis. » « Il est allé rejoindre au ciel son épouse qu’il aimait tant. » « Et si un ange passe, pars avec lui » et encore : « Tu es mon berger, Ô Seigneur, rien ne saurait manquer où tu me conduis » et enfin : « J’étais dans la joie, alléluia, quand je suis parti pour la maison du Seigneur. » Sainte Thérèse de Lisieux ajoute : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre. » 

Dans ces conditions, pourquoi prier encore pour les défunts que Dieu reçoit dans sa maison dès leur départ de ce monde ? Une des réponses se trouve dans l’Evangile. Jésus, dans sa controverse avec les pharisiens après la guérison d’un homme muet, leur déclare : « Et si quelqu’un dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un parle contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné, ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir. » (Mt 12, 32) On peut en conclure qu’il y aura des péchés qui seront pardonnés dans le monde à venir, après notre mort.

La prière pour les défunts implique donc l’existence d’un état de purification que l’Eglise qualifie du nom de purgatoire. Il ne s’agit ni d’un lieu, ni d’un temps ; on peut parler plutôt d’un état, une étape de purification. Il se base sur la conviction qu’il existe une solidarité mystique entre vivants et défunts. Nous ne faisons pas notre salut pour nous seuls, mais les uns pour les autres, car nous appartenons à un même corps dans lequel circule la grâce. « N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux », écrivait saint Jean Chrysostome au IVe siècle.

Le point de départ : l’Eucharistie

Pour comprendre l’Eucharistie (et en particulier, la tradition des intentions de messes), nous devons retourner au début. L’Eucharistie a été instituée à la Dernière Cène. Durant ce repas, Jésus prit du pain et déclara que c’était son corps. Il prit ensuite du vin et déclara que c’était son sang. Il commanda aussi à ses apôtres de « faire ceci en mémoire » de lui. Chaque messe est notre façon de demeurer fidèle à ce commandement. La messe est cependant beaucoup plus qu’une simple cérémonie de mémorial. Quand Jésus parla du pain, il déclara que c’était son corps « donné » pour nous. Lorsqu’il parla de son sang, il déclara qu’il le verserait pour nous comme le sang d’une Alliance nouvelle et éternelle. Ces paroles sont des références claires à ce qui devait lui arriver au cours des prochaines 24 heures, c’est-à-dire à sa mort sur la croix. L’Eucharistie ne peut donc être comprise séparément du sacrifice de Jésus sur cette croix.

La messe est beaucoup plus qu’une simple cérémonie de mémorial.

La lettre aux Hébreux consacre de longs passages expliquant comment l’offrande du sang de Jésus est l’ultime sacrifice qui met fin à tous les autres. De façon intéressante, cette lettre réfléchit aussi sur comment Jésus était/est une nouvelle sorte de prêtre, à la suite de l’ancien prêtre Melchisédech, qui vécut à l’époque d’Abraham. Quand Abraham rencontra Melchisédech, après avoir gagné une importante bataille, ce « prêtre du Dieu très haut » offrit un sacrifice d’action de grâce, utilisant du pain et du vin. Ce n’est pas par hasard que Jésus associa à sa propre mort ces éléments particuliers et cette association fait certainement ressortir encore plus clairement la nature sacrificielle de sa propre mort. Au chapitre 7, versets 26 à 27, la lettre aux Hébreux parle du Christ comme le grand prêtre par excellence : « C’est bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux. Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. »

Pour les vivants

La coutume veut qu’à la messe, on prie en priorité pour les défunts. Mais sait-on qu’il existe quantité d’intentions pour les vivants ou pour des circonstances diverses ? Par exemple, pour le pape, pour les laïcs, pour les chrétiens persécutés, pour nos proches ou nos amis, pour les familles, etc. On peut aussi donner une messe pour les vocations sacerdotales, pour la paix et la justice, pour le pays et pour le monde. Il serait bien qu’à l’avenir, on en fasse mention dans nos intentions.

La coutume veut que, lorsque des fidèles demandent à un prêtre de célébrer une messe, ils accompagnent leur demande d’une offrande en argent. Si une somme d’argent est fournie au prêtre avec l’intention de messe, ce n’est pas pour la payer, car elle n’a pas de prix. Ou plutôt son prix est celui qu’a payé le Christ en se sacrifiant. On parle donc d’offrande. Elle était destinée aux besoins du prêtre, mais aujourd’hui, elle concerne presque exclusivement les besoins des pauvres d’ici et d’ailleurs.

1 Abram sera appelé Abraham à partir du chapitre 17 du livre de la Genèse.

Témoignages

Voici quelques témoignages de ceux pour qui la messe est indispensable :

« La messe est pour moi une occasion de recentrer ma vie sur ce qui est essentiel. Elle empêche aussi ceux et celles qui nous ont précédés auprès du Père de tomber dans l’oubli. C’est une façon de les garder vivants dans nos cœurs et de les savoir vivants auprès de Dieu. » Julien

« Maintenant que je suis maman, je retrouve le chemin de la messe en semaine. Cela m’a beaucoup manqué. C’est désormais le matin que j’y vais avec mon dernier qui me suit encore partout. Il y a essentiellement des cheveux blancs et des mamans. Nous sommes les « inutiles » de la société de production et de consommation, sortes de petites sentinelles invisibles. Mais nous avons, je le crois, l’une des plus belles parts. » Clémence

Pour donner une intention de messe, contactez le prêtre de votre paroisse par téléphone, mail, courrier ou en personne en précisant l’intention (personne, événement) et la date à laquelle vous voulez qu’elle soit célébrée. Vous pouvez aussi la mettre dans la boîte aux lettres de la cure. Accompagnez votre demande d’une offrande de Fr. 10.– pour soutenir les demandes d’aide.

Le sang versé pour la multitude (Matthieu 26, 26-29)

C’est toujours pour l’ensemble de l’humanité, aujourd’hui et à travers tous les siècles, qu’une eucharistie est célébrée. Le sacrement revêt une portée vraiment universelle.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : pixabay

C’est toujours pour l’ensemble de l’humanité, aujourd’hui et à travers tous les siècles, qu’une eucharistie est célébrée. Le sacrement revêt une portée vraiment universelle.

Dans le récit de l’institution selon le premier évangile (Matthieu 26, 26-29), Jésus prend le pain, le bénit, le rompt et le partage en s’identifiant à lui dans son corps. Puis il fait de même pour le vin en parlant du sang de l’Alliance nouvelle « répandu pour la multitude en rémission des péchés ».

Ainsi donc, lorsqu’il désigne les destinataires de cette offrande de lui-même, il englobe les êtres humains de toutes les générations : personne n’en est exclu. La remise des fautes ne connaît pas de limite ni de temps ni d’espace puisque le Christ s’est uni à tout homme et toute femme par la grâce de son incarnation, de son parcours de vie terrestre, de sa mort sur la croix et de sa Résurrection.

Quel sens cela a-t-il donc de formuler une « intention de messe » pour telle personne donnée ? C’est, d’une part, se focaliser sur l’effet salvifique et libérateur du don total de Jésus-Christ pour cet être précis et exprimer que l’amour infini du Seigneur l’enserre dans sa bienveillance.

C’est ensuite permettre à ses proches de manifester leur proximité particulière avec leur défunt en inscrivant en quelque sorte son nom sur les paumes des mains et dans le cœur de Dieu.

C’est également fournir l’occasion à la globalité de la communauté de faire mémoire de la personne décédée, de rendre grâce pour ce qu’elle a réalisé et la recommander à la tendresse du Père.

C’est aussi entretenir activement la foi en la communion des saint(e)s proclamée par le Credo, les vivants et les morts, de manière à ce qu’en Jésus se vive la plus intense des solidarités que rien ne peut arrêter.

C’est enfin donner un moyen concret et efficace de faciliter le chemin de deuil pour tous ceux et celles qui ont connu le défunt et baliser la prise de congé d’avec sa présence terrestre comme autant de petits cailloux semés sur son chemin vers la vie éternelle.

Parler d’une « intention », c’est manifester l’orientation conférée à l’acte d’offrande de la célébration et la confier totalement à la bonté divine qui seule en connaît la portée.

«Gratitude ou intérêt?»

Le saviez-vous ? Le Pape, qui célèbre quantité de messes, n’y applique jamais une intention tarifiée, comme ce numéro de L’Essentiel le thématise dans son Eclairage. Imaginez la cohue pour glisser le nom d’un proche, défunt ou malade, dans la poche du Pontife pour qu’il le « post-it » sur le maître-autel de Saint-Pierre !
Lors de la récente messe à Saurimo, Léon soulignait notamment que le Seigneur nous demande « si nous le cherchons par gratitude ou par intérêt ».

Par Thierry Schelling | Photo : Vatican News

Le saviez-vous ? Le Pape, qui célèbre quantité de messes, n’y applique jamais une intention tarifiée, comme ce numéro de L’Essentiel le thématise dans son Eclairage. Imaginez la cohue pour glisser le nom d’un proche, défunt ou malade, dans la poche du Pontife pour qu’il le « post-it » sur le maître-autel de Saint-Pierre !

Avec la bigoterie frisant l’indécence mercantile, qui pourrait s’y attacher ? Ce à quoi d’ailleurs Léon XIV vient de répondre lors de la messe à Saurimo (20 avril 2026) pendant son périple africain : « Le Seigneur […] nous demande si nous le cherchons par gratitude ou par intérêt, par calcul ou par amour. […] La foule voit Jésus comme un instrument au service d’autre chose, un prestataire de services. S’il ne leur donnait pas à manger, ses gestes et ses enseignements ne les intéresseraient pas. Cela se produit lorsque la foi authentique est remplacée par un échange superstitieux, dans lequel Dieu devient une idole que l’on recherche seulement lorsque l’on en a besoin et tant que l’on en a besoin. [La foule] ne cherche pas un maître à aimer, mais un chef à vénérer pour son propre intérêt. »

Intentions de prière

Par contre, en 1844 déjà, un réseau de prière appelé Apostolat de la prière, qui aujourd’hui est présent dans 92 pays, compte 22 millions de participant.e.s catholiques. Que font-ils ? Au gré des mois et des années, les fidèles prient « aux intentions du Pape ».

Du coup, chaque année sont publiés non seulement les thèmes mensuels, mais également une vidéo de quelques minutes avec le Pape lui-même qui est mis en scène et / ou parle lui-même succinctement sur le thème retenu.

Une application « Click to pray » est disponible et le site est accessible en diverses langues : https://www.prieredupapefrance.net/ 

Et c’est gratuit !

«Toute véritable vie est rencontre» 

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Noemi Honegger-Willauer, représentante de l’évêque pour la pastorale de la santé du diocèse de LGF, est l’auteure de cette carte blanche.

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Noemi Honegger-Willauer, représentante de l’évêque pour la pastorale de la santé du diocèse de LGF, est l’auteure de cette carte blanche.

Par Noemi Honegger-Willauer
Photo : DR

Le philosophe Martin Buber a formulé cette phrase célèbre : « Toute vie véritable est rencontre. » Cette idée s’accompagne de la conviction que les êtres humains ne peuvent développer leur identité qu’au contact des autres. 

C’est dans des rencontres authentiques qu’une personne devient elle-même. La pensée de Buber fait écho à mon expérience d’accompagnante spirituelle. Mon quotidien est marqué par les rencontres. Des rencontres courtes avec une profondeur parfois surprenante. Des rencontres longues et touchantes. Des rencontres régulières au fil des mois, voire des années, pendant lesquelles les personnes suivies subissent des thérapies et des traitements intensifs. 

Ces rencontres ne témoignent pas seulement de la fragilité et de la vulnérabilité de l’être humain, mais aussi souvent de vies intensément vécues : de moments de bonheur, de ruptures difficiles à surmonter, d’opportunités manquées et de déceptions, mais aussi de rêves réalisés. 

Au cours des échanges, les souvenirs sont réinterprétés et compris à la lumière de la biographie personnelle : le patient ou la patiente se découvre de manière nouvelle et inattendue. Et cela vaut aussi pour moi. Les rencontres à l’hôpital me touchent et me transforment.

Identifier craintes et espoirs

En tant qu’accompagnants spirituels en milieu de santé, nous sommes présents pour toute personne qui le souhaite, indépendamment de sa religion ou de ses convictions. Sans porter de jugement, notre accompagnement vise à ce que la personne suivie identifie ses émotions, ses craintes et ses espoirs ainsi que ses valeurs. 

Ensemble, nous essayons de trouver des mots pour exprimer le vécu et de le mettre en relation avec le parcours de vie personnel. A la lumière de nos échanges, nous encourageons les patients à communiquer leur point de vue et leurs attentes auprès de l’équipe soignante. 

Dans toutes ces démarches, nous gardons toujours à l’esprit l’autonomie du patient que nous souhaitons renforcer par notre accompagnement. Nous contribuons ainsi à un système de santé qui place l’être humain, les rencontres et donc la vie au centre.

Jeunes, humour et mot de la Bible – juillet-août 2026

L’été, un temps pour soi…, page "Jeunes, humour et mot de la Bible" de juillet-août 2026 par Marie-Claude Follonier

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Avoir du charisme

Du grec Kharisma, « don gracieux ». Il s’agit d’un don spirituel, le don de prophétie comme le don de guérison sont des charismes. Nous trouvons un énoncé des principaux charismes dans les deux Epîtres de saint Paul aux Corinthiens. Ces dons sont accordés par l’Esprit Saint. Tout don est un charisme. Les prophètes de l’Ancien Testament, Jésus chassant les démons, les apôtres se mettant à parler en différentes langues le jour de la Pentecôte sont des personnages charismatiques. Directement lié à la Bible, le mot charisme n’est entré dans le langage courant qu’au début du XXe siècle. Aujourd’hui, il est surtout utilisé pour signifier l’influence suscitée par une personnalité d’exception.

Par Véronique Benz

Humour

Dans un pays où sévissait une terrible sécheresse, des paroissiens allèrent trouver le curé pour lui demander de célébrer une messe pour que le Seigneur fasse pleuvoir sur leurs terres desséchées. Le curé leur répondit que la liturgie a prévu ce genre d’intention et fixa avec eux l’heure et la date. Le jour venu, l’église était bondée. Du haut de sa chaire, le prêtre posa cette question à l’assemblée : « Frères et sœurs, avez-vous la foi ? » Un grand oui s’éleva de toutes les lèvres des fidèles. Le curé reprit : « Eh bien, moi, je n’en suis pas si sûr ! En effet, je m’aperçois que personne d’entre vous n’est venu avec son parapluie ! »

Par Calixte Dubosson

Réveiller la relation au Christ

Le Pape invitait, en avril dernier, à redécouvrir la vocation comme une expérience enracinée dans la rencontre personnelle avec Dieu. A cet effet, le Centre Romand des Vocations (CRV) lance un cycle de prière pour les vocations presbytérales et religieuses, afin de « préparer les cœurs à répondre généreusement à son appel ». Rencontre avec la coordinatrice du CRV, Mathilde Celeyron.

Le Pape invitait, en avril dernier, à redécouvrir la vocation comme une expérience enracinée dans la rencontre personnelle avec Dieu. A cet effet, le Centre Romand des Vocations (CRV) lance un cycle de prière pour les vocations presbytérales et religieuses, afin de « préparer les cœurs à répondre généreusement à son appel ». Rencontre avec la coordinatrice du CRV, Mathilde Celeyron.

Depuis février 2025, Mathilde Celeyron est coordinatrice au CRV.

Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer

Le Pape parle de la vocation comme « un don reçu qui doit se nourrir de la relation quotidienne avec Dieu ». Ce déclin n’est-il pas d’abord lié à une crise de la transmission de la foi ?
Il y a peut-être des choses à revoir dans notre manière de transmettre la foi, mais je pense surtout que nous n’osons plus interpeller les jeunes sur ce à quoi ils sont appelés. De plus, il y a une vraie incapacité contemporaine à « s’arrêter » et à accepter l’inactivité. Or, le Pape insiste sur la relation au Seigneur, le silence et l’écoute de la Parole de Dieu pour découvrir quelle est cette vocation. Un retour à cette possibilité de s’arrêter et de prier me semble plus que nécessaire.

Cette crise ne montre-t-elle pas aussi un « vide » dans notre compréhension de ce qu’est – et de ce que veut être – l’Eglise aujourd’hui ?
Nous sommes dans une génération où les jeunes ont soif et cherchent des réponses. Ils reviennent toquer à la porte de l’église. Sommes-nous, en tant qu’Eglise, prêts à leur donner les réponses qu’ils cherchent ? En effet, l’Eglise a peut-être besoin de dire plus clairement ce à quoi nous sommes appelés [ndlr. la sainteté]. Ainsi, les catholiques n’auraient plus « peur » de dire ce qu’ils sont.

Depuis Vatican II, toutes les vocations ont la même dignité. Or, dans les faits, une hiérarchisation demeure.
De mon côté, je ne pose pas le même constat. Je remarque plutôt l’inverse, où toutes les vocations ont subi un effet de lissage, alors que chacune garde sa spécificité. Hiérarchisation, non, mais pas d’excès inverse non plus. Cela ne doit pas conduire à « rabaisser » le prêtre, dont l’appel à célébrer la messe et à dispenser les sacrements demeure irremplaçable.

D’ailleurs, beaucoup de laïcs en Eglise se plaignent du manque de reconnaissance et de moyens.
Il ne faut pas nier la réalité de ce sentiment et en faire quelque chose par le dialogue et la revalorisation mutuelle. Toutefois, le pape François a rappelé la pleine place des laïcs en Eglise dans un travail de collaboration, mais avec des rôles différenciés issus d’appels distincts.

Ne serait-ce pas aussi un moment opportun de redéfinition structurelle… voire théologique ?
En temps de crise, nous sommes tous tentés de faire table rase pour recommencer. Même si c’est difficile, dans notre volonté de contrôler, je plaide pour un acte d’abandon. Le but de la prière est aussi de revenir à cet essentiel : la totale confiance en Dieu.

Remettre la prière au centre

Entre la Journée Mondiale des Vocations 2026 et celle de 2027, le Centre Romand des Vocations (CRV) lance une année de prière dédiée aux vocations presbytérales et religieuses. Celle-ci s’inscrit dans un cycle de quatre ans couvrant l’ensemble des vocations. Le projet veut replacer la prière – personnelle et communautaire – au cœur de la vie des fidèles et des jeunes, afin qu’ils retrouvent la relation au Christ et osent se poser la question de leur appel. Pour concrétiser cette démarche, le CRV propose des vidéos, publiées sur les réseaux sociaux, afin de nourrir la réflexion et le discernement, une chaîne de prière portée par plusieurs communautés religieuses de Suisse romande et un pèlerinage entre l’Abbaye d’Hauterive et Notre-Dame de Bourguillon. Le CRV propose aussi toute une série de camps pour les jeunes (Camps Voc’). Plus d’informations sur : www.vocations.ch

Bio express

Originaire de la région parisienne, Mathilde Celeyron a effectué des études de psychologie et philosophie à l’Institut de Philosophie Comparée (IPC), puis un master en communication à Angers. En 2022, elle s’installe à Fribourg avec son mari. Trois enfants viennent agrandir la famille. Entretemps, la trentenaire est gagnée par l’envie de s’engager pour les autres et en Eglise, elle rejoint bénévolement l’association Lazare, puis accepte de devenir référente suisse pour les Associations Familiales Catholiques (AFC). Deux fonctions qu’elle occupera jusqu’à sa nomination, début février 2025, en tant que coordinatrice du CRV. Elle partage cet engagement professionnel avec un emploi à l’Institut Philanthropos.

Saint Augustin

Saint Augustin compte parmi les plus grands docteurs de l’Eglise chrétienne.
Dans sa jeunesse, bien avant de devenir saint, Augustin s’est égaré sur des chemins erronés sur le plan idéologique et moral.

Par Paul Martone | Photo : wikipédia

Saint Augustin compte parmi les plus grands docteurs de l’Eglise chrétienne. 

Il est né en 354 à Tagaste (Afrique du Nord), sans être encore saint. Son père était fonctionnaire municipal, sa mère était sainte Monique. Cependant, au cours de sa formation, Augustin s’égara sur des chemins erronés sur le plan idéologique et moral. Jusqu’en 384, il a entretenu une relation amoureuse dont est né un fils qu’il a appelé « Adeodatus ». Etudiant, Augustin a adhéré au manichéisme. Ce mouvement religieux conçoit le monde comme une lutte entre deux principes éternels : la lumière et les ténèbres ou le bien et le mal. Après avoir terminé ses études, Augustin enseigna à Tagaste et à Carthage, puis fut professeur de rhétorique à Milan. C’est grâce aux épîtres de saint Paul et surtout aux sermons de l’évêque de Milan, saint Ambroise, qu’il trouva le chemin du christianisme. Dans un jardin de Milan, il entendit une voix qu’il interpréta comme la voix de Dieu. Elle lui dit : « Prends et lis ! » Augustin se plongea alors dans l’étude de la Bible et se fit baptiser avec son fils lors de la veillée pascale de 387. 

Quelques mois plus tard, il quitta Milan pour retourner dans sa patrie africaine. Augustin devint prêtre et évêque d’Hippone, qui était alors la deuxième ville la plus importante d’Afrique. C’est là qu’il devint un grand prédicateur à l’éloquence remarquable et un éminent auteur théologique. Il prit une part active à tous les grands conflits qui secouèrent l’Eglise d’Afrique du Nord. Parallèlement, il produisit une œuvre philosophique et théologique colossale, grâce à laquelle il influença la théologie pendant des siècles. Son autobiographie compte parmi les textes les plus influents de la littérature universelle. Il mourut le 28 août 430 et fut proclamé docteur de l’Eglise en 1294. 

Bon nombre de ses citations restent d’actualité aujourd’hui encore :
« Dieu entend mieux un sanglot qu’un appel. »
« La vie des parents est le livre que lisent les enfants. »
« Vous dites que nous vivons une époque difficile et misérable. Vivez bien, car c’est en menant une vie vertueuse que vous changerez le cours des choses. »

Le son

L’ouïe est l’un de nos cinq sens (la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher). Entendre suppose qu’il y ait du son dans notre environnement.

Par Pierre Guillemin | Photo : Unsplash

L’ouïe est l’un de nos cinq sens (la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher). Entendre suppose qu’il y ait du son dans notre environnement. 

Dans les Ecritures, le son est très présent, il symbolise la création, la présence divine, l’appel, la transformation, le jugement, l’harmonie, la révélation. Le son devient ainsi une passerelle entre matière et esprit, visible et invisible, humain et divin.

Pour la Physique, le son est une vibration mécanique qui se propage dans un milieu matériel comme l’air (plus généralement un gaz), l’eau ou les solides ; si ce milieu matériel est absent, il n’y aura pas de son : entre les planètes et les étoiles, la densité de particules est si faible que les vibrations sonores ne peuvent pratiquement pas circuler. Contrairement aux scènes de science-fiction, une explosion dans l’espace serait visuellement spectaculaire, mais silencieuse pour une oreille humaine. Le son naît lorsqu’un objet entre en vibration : une corde de guitare, une membrane, les cordes vocales ou même les plaques tectoniques. Ces vibrations déplacent les particules du milieu environnant sous forme d’ondes successives de compression et de dilatation. Plus le milieu dans lequel la vibration est générée est dense, plus rapide sera la vitesse de propagation du son (343 m/s dans l’air à 20° C, dans l’eau 1480 m/s, dans l’acier 5900 m/s, dans le vide 0 m/s). 

Notre cerveau interprète ces vibrations grâce à un mécanisme complexe. Les ondes sonores pénètrent dans l’oreille, font vibrer le tympan puis sont transformées en signaux nerveux transmis au cerveau. Celui-ci analyse alors la hauteur, la distance et l’origine des sons et induit alors une réaction de notre corps.

Le son joue un rôle fondamental dans la communication, la musique et la perception de l’espace. Scientifiquement, il révèle aussi la structure du monde invisible : les ultrasons explorent le corps humain, les ondes sismiques étudient l’intérieur de la Terre et les vibrations cosmiques permettent d’observer l’univers. 

Ce rôle fondamental du son nous explique pourquoi il est si présent dans les Ecritures et possède tant de signification symbolique. Jean-Marie Pelt aimait le son, le bruit de la nature : dans son livre Les langages secrets de la nature, il nous expliquait que les sons naturels comme le chant des oiseaux, le meuglement d’une vache, le bruit d’une rivière, le bruit du vent dans un arbre par exemple, constituent une forme d’équilibre vivant qu’il faut absolument protéger.

La rencontre de l’espoir

Jean-Paul Bruchez est le responsable pour la Suisse du pèlerinage « Lourdes Cancer Espérance ». L’association éponyme propose aux malades et à leurs proches un pèlerinage annuel en septembre à Lourdes. Une rencontre pleine d’espérance.

Jean-Paul Bruchez est le responsable pour la Suisse du pèlerinage « Lourdes Cancer Espérance ». L’association éponyme propose aux malades et à leurs proches un pèlerinage annuel en septembre à Lourdes. Une rencontre pleine d’espérance.

Par Véronique Benz | Photos : DR

Jean-Paul Bruchez va partir l’automne prochain pour la troisième fois en pèlerinage avec l’association « Lourdes Cancer Espérance ». Lourdes, il connaît bien. Il y a fait son premier voyage en 1985, puis il y est retourné au mois de mai 1997 en tant qu’hospitalier. Depuis cette date, il y va plusieurs fois par an. En l’an 2000, il commence les stages à l’hospitalité de Lourdes et en 2005, il s’engage dans l’hospitalité de Notre-Dame de Lourdes. Il est également parti à Lourdes avec le pèlerinage de juillet, comme responsable des cérémonies et des premières années.

« J’ai entendu parler de « Lourdes Cancer Espérance » lors d’un de mes stages comme hospitalier à Lourdes. » Jean-Paul, ayant des personnes de sa famille qui ont eu un cancer, a été interpellé. C’est sans hésitation qu’il s’est engagé dans le pèlerinage.

Ce pèlerinage est réservé aux personnes qui se sentent concernées par le cancer, soit parce qu’elles sont ou ont été touchées par cette maladie, soit parce qu’un de leur proche en est atteint. « Le pèlerinage « Lourdes Cancer Espérance » est aussi appelé le pèlerinage du sourire, car tout le monde est heureux », confie Jean-Paul. « Une des spécificités du pèlerinage est que toutes les cérémonies se célèbrent assises. » 

« Lourdes Cancer Espérance » c’est d’abord un pèlerinage, mais durant l’année, les responsables organisent également des « journées d’amitié », temps de retrouvailles avec une messe ou une visite et parfois un repas.

Les joies et les difficultés

Jean-Paul est un homme croyant. La prière tient aujourd’hui une place importante dans sa vie, mais cela n’a pas toujours été le cas. « En 1996, lors de mon divorce, je tournais en rond à la maison. Je cherchais quelque chose, puis soudain je suis tombé sur le crucifix et à l’instant même j’ai été apaisé », relève le bûcheron qui a la foi chevillée au corps. 

« Quand je suis à Lourdes, j’ai l’impression d’avoir une connexion directe avec la Sainte Vierge », souligne-t-il en reconnaissant que Marie et sainte Bernadette le soutiennent énormément dans son quotidien. « Ma peine est de ne pas pouvoir amener davantage de monde à Lourdes. En septembre 2025, pour les 40 ans du pèlerinage, nous étions 4200 pèlerins à Lourdes, mais seulement cinq originaire de Suisse. J’espère que nous serons plus nombreux cette année », s’exclame-t-il plein d’espérance !

Souhait de Jean-Paul : amener plus de personnes à Lourdes.

Depuis 1985

Le pèlerinage « Lourdes Cancer Espérance » existe depuis 1985. C’est grâce à la détermination de Jean-Claude Bruel, hospitalier de Notre-Dame de Lourdes et d’un petit groupe d’hommes et de femmes atteints, comme lui d’un cancer, que l’association « Lourdes Cancer Espérance » fut créée. Le premier pèlerinage a rassemblé 342 personnes. L’association s’est développée : aujourd’hui, elle compte 6’500 adhérents français, belges, monégasques, espagnols et suisses. Le pèlerinage, temps fort de la vie de l’association, a lieu tous les ans au mois de septembre. 

Le 41e pèlerinage de « Lourdes Cancer Espérance » aura lieu du 14 au 20 septembre 2026 sur le thème : « Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »

Renseignements : Jean-Paul Bruchez, lcedesuisse@etik.com

Site Internet : www.lourdescanceresperance.com

Un souvenir marquant de votre enfance ?

Les promenades en montagne avec mes parents.

Votre moment préféré de la journée ? 

Je suis quelqu’un du matin. J’aime être debout à 5 heures pour voir le lever du soleil.

Votre principal trait de caractère ?

Je suis quelqu’un d’optimiste et de persévérant. 

Une personne qui vous inspire ?

Ma maman, car si j’en suis là aujourd’hui dans ma vie de foi, c’est grâce à elle. Il y a aussi sainte Bernadette : son humilité est un bel enseignement.

Votre prière préférée ?

Le « Je vous salue Marie » et le « Je vous salue Joseph ».

Jean-Paul Bruchez

• Jean-Paul a 61 ans. Il est marié, il a deux enfants : un garçon et une fille.

• Bûcheron de formation, il aime marcher en montagne. 

• Ses loisirs : la moto et les vacances en famille au bord de la mer ou de l’océan.

En librairie – juillet-août 2026

La messe, pour l’Eglise catholique, est « source et sommet de la vie chrétienne ». Elle constitue un ensemble de gestes, de mouvements, de paroles où chaque élément est porteur de sens.

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Au cœur de la messe
Pascal Desthieux 

La messe, pour l’Eglise catholique, est « source et sommet de la vie chrétienne ». Elle constitue un ensemble de gestes, de mouvements, de paroles où chaque élément est porteur de sens. Aujourd’hui, beaucoup de catholiques voudraient mieux comprendre ce qu’ils célèbrent, régulièrement ou occasionnellement. Ce livre répond à leurs attentes. Avec autant de profondeur que de talent pédagogique, l’auteur explique la signification de tous les éléments de la messe.

Editions Saint-Augustin

Acheter pour 29.00 CHF

La messe me sanctifie
Antonia Salzano Acutis

« La communauté ecclésiale est fondée et nourrie par l’Eucharistie. Ce lien jaillissant était très présent chez mon fils Carlo. Il avait l’habitude de dire : « Sainte messe, sanctifie-moi. » C’est précisément sur l’Eucharistie qu’il a jeté les bases de son édifice spirituel, à tel point que lorsqu’on parle de Carlo, la référence à l’Eucharistie est inévitable. » Guidé par les notes et témoignages inédits de Carlo Acutis, cet ouvrage invite le lecteur à entrer dans l’intimité spirituelle du jeune saint. Le témoignage de son amour profond pour la sainte messe et le rôle qu’elle a joué dans son existence éclatante nous permettent de redécouvrir l’immense valeur de l’Eucharistie dans notre propre vie. 

Editions Salvator

Acheter pour 33.90 CHF

Le Tour de la Foi
Nicolas Rousselot

A travers plus de 80 histoires, Nicolas Rousselot invite le lecteur à un rapide tour de la foi catholique. Grâce à ces courts récits parfois drôles, parfois émouvants, mais toujours percutants, l’auteur aborde « sans avoir l’air d’y toucher » des sujets difficiles comme le pardon, la Trinité, la Résurrection ou la prière. L’intuition de ce livre est de présenter la foi chrétienne, à travers des images et des histoires, afin qu’elle soit accessible au plus grand nombre et qu’elle emprunte aussi le chemin même de Jésus qui : « ne leur disait rien sans paraboles. »

Editions Jésuites

Acheter pour 27.60

Explique-moi… la messe
Père Aldric de Bizemont
Anne de Braux – Laetitia Zink

Comment prendre goût à la messe si on n’y comprend rien ? Comment savoir que dire et à quel moment ? Ce missel détaille, pour les enfants de 4 à 7 ans, le déroulement de la messe, pour leur faire découvrir la liturgie. Les différentes étapes illustrées les invitent à observer très concrètement les gestes du prêtre pour entrer dans la beauté du sacrement de l’Eucharistie et y participer.

Editions Emmanuel

Acheter pour 16.40

Pour commander

An English mass at Saint-Joseph’s !

Why so ? Une messe en anglais à Saint-Joseph ne vient-elle pas contredire le plan diocésain de réduction des « prestations liturgiques » dans un esprit de regroupement communautaire ?

Par Thierry Schelling
Photo : Chrystophe Rakotondranaivo

Why so ? Une messe en anglais à Saint-Joseph ne vient-elle pas contredire le plan diocésain de réduction des « prestations liturgiques » dans un esprit de regroupement communautaire ?

Eh bien… oui et non. Il n’empêche, c’est à la demande de nombreux paroissiens anglophones que cette messe a été proposée, et tend à se pérenniser. Pourquoi ? Parce que les fidèles sont en majorité philippins, ont des horaires de travail – pas toujours déclaré d’ailleurs par leurs employeurs ! – infernaux, des emplois aux quatre coins du canton, et peinent à se rassembler dans la sérénité sur la Rive gauche. Nombreux sont celles et ceux qui fréquentent… fréquentaient la messe de 18h à St-Jo et en français.

Cette messe en anglais est mensuelle, et donc, le reste du mois, ces fidèles participent à l’habituelle messe du samedi soir. C’est un compromis : desservir une communauté qui a besoin de se retrouver et de comprendre « de A à Z » les paroles de la messe, de l’homélie, des prières, etc., et pouvoir s’exprimer tout pareillement. Puisque le reste du temps, c’est le français qui domine à la célébration. Leurs emplois du temps, leurs vies parfois clandestines, leurs employeurs n’aident en rien à ce qu’ils et elles apprennent le français, tant il est vrai que l’on peut vivre à Genève des décennies sans devoir parler le français ! C’est le paradoxe des villes internationales…

In any case, un chœur anime ces célébrations, une team, Marlene et Lynette aux commandes, coordonne le tout, notamment lectrices et autres. Et c’est une joie pour le curé de célébrer et prêcher in English « pour le bien des âmes », spécialement pour ces croyant.e.s pas toujours bien considéré.e.s par le tout-venant qui sont si grand.e.s aux yeux de Dieu !

A quand une messe bilingue dans un horaire déjà existant à St-Jo ? Ce sera peut-être la prochaine étape…

Cela n’intéresse personne…

Ce n’est pas qu’ils ne nous intéressent pas, mais à force de croiser ces petites mains, on finit par ne plus les voir. De plus, ils et elles sont souvent timides et discrets. Pourtant, ces personnes ont un passé, une histoire. Et qui pourrait bien nous inspirer. Si vous êtes encore avec nous, c’est que cela vous intéresse aussi. Alors allons-y. 
Claude Amstutz.

Par Pierre Moser
Photo : DR

Ce n’est pas qu’ils ne nous intéressent pas, mais à force de croiser ces petites mains, on finit par ne plus les voir. De plus, ils et elles sont souvent timides et discrets. Pourtant, ces personnes ont un passé, une histoire. Et qui pourrait bien nous inspirer. Si vous êtes encore avec nous, c’est que cela vous intéresse aussi. Alors allons-y. 

Claude Amstutz, notre sacristain, a été touché par une conversion disons… tardive. Son retour à l’Eglise s’est fait à quarante ans passés. En découvrant l’église de Sainte-Thérèse en 1978, ce fut le coup de foudre. Il le dit lui-même : « Je me suis senti chez moi. » Et il a rejoint notre communauté, apportant son bagage acquis lors de son ancien métier de libraire. Vous savez, ce métier qui consiste à « tout » lire, même ce qui ne correspond pas à vos valeurs, simplement par curiosité et respect. Une belle leçon de tolérance et d’ouverture d’esprit. Mais Claude a été plus loin : sa soif de connaissances, il a aussi voulu transmettre. Les réflexions suggérées par ces lectures ne pouvaient pas rester lettre morte. Il lui fallait être le passeur. Non pas le prosélyte, mais le témoin. Dans le domaine littéraire, mais également en musique et en spiritualité. Consultez son blog JUBILATE DEO : c’est éclairant, rafraichissant et profond. De la profondeur qu’on retrouve chez certains religieux. Vocation à laquelle il a pensé très fort. Mais un père carme l’a en dissuadé avec comme argument : « Vous posez beaucoup trop de questions. Pour une vocation réussie, on fonce… » A méditer.

Mais tout engagement n’est que partiel s’il n’est pas suivi par les actes du quotidien. Claude l’a très bien ressenti. Et à la suite d’une rencontre porteuse de sens avec l’abbé Thierry Fouet, il accompagne spirituellement les résidents de l’EMS des Bruyères. Apportant son vécu de converti et de proche aidant. Contrairement à Obélix qui est tombé dedans tout petit, il a gardé le questionnement de sa vie d’avant. Voilà pour les activités hors les murs.

Intra muros, il a endossé les responsabilités de la sacristie, de la gestion des lecteurs, du mouvement chrétien des retraités et la participation au conseil pastoral. Aujourd’hui, son souhait le plus cher reste de continuer à partager foi, valeurs et connaissances. En un mot, ne pas cesser de témoigner…

Le blog Jubilate Deo a vu le jour en décembre 2013 et se veut le reflet des beautés immuables de Dieu, du monde et des hommes.

Proche de la spiritualité du Carmel, il s’efforce néanmoins d’être ouvert aux interrogations et aspirations qui traversent la terre que nous foulons, tantôt d’un pied léger et la joie au cœur, tantôt accablés par ce qui nous dépasse, nous échappe ou semble se dissoudre dans les fissures du Temps.

A découvrir sur le site internet jubilate-deo.com où vous pourrez également vous inscrire pour recevoir la newsletter par courrier électronique : www.jubilate-deo.com

La(ï)c Léman ?

Certaines légendes affirment que le Léman serait né d’un reste du Déluge. Nulle Arche de Noé ici, ni Léviathan tapi dans la rade, mais une exposition temporaire installée sur la jetée des Bains des Pâquis. Léman sacré explore les liens entre le lac, la spiritualité et les pratiques religieuses qui s’y sont développées au cours de l’histoire.
L’embarcadère des Pâquis en 1936.

Certaines légendes affirment que le Léman serait né d’un reste du Déluge. Nulle Arche de Noé ici, ni Léviathan tapi dans la rade, mais une exposition temporaire installée sur la jetée des Bains des Pâquis. Léman sacré explore les liens entre le lac, la spiritualité et les pratiques religieuses qui s’y sont développées au cours de l’histoire.

Par Myriam Bettens
Photos : Denis Ponté, Marcel Bolomey, Musée du Léman, Myriam Bettens

Alors que Genève émerge à peine de sa torpeur, une dizaine d’habitués, bonnets en néoprène vissés sur la tête, se retrouve chaque matin, et par tous les temps, aux Bains des Pâquis, pour débuter la journée par une baignade dans le Léman. La nage en eau froide réunit, depuis quelques années, un nombre d’adeptes grandissant. Pour eux, les bienfaits sont autant physiques que spirituels. De là à parler d’une immersion dans la transcendance, il n’y a qu’une brasse.

L’eau, substance primordiale, occupe une place particulière dans l’imaginaire mythologique et la pratique religieuse, et le Léman n’est pas en reste. On peut même dire qu’il déborde de multiples légendes ! Il ne s’agit pas ici de mythes entourant ce lac, mais bien de réalités tangibles attestées par des documents, des lieux ou des objets historiques inventoriés à l’occasion d’une exposition sur le caractère sacré du Léman et attestant qu’une intense activité religieuse s’y est développée. Installée sur la jetée de ces mêmes thermes publics, l’exposition Léman sacré vous met directement dans le bain. 

Inaugurée à l’été 2025, elle explore plus de deux mille ans d’histoire du sacré autour du Léman. Née de la collaboration entre l’Association d’usagers des Bains des Pâquis (AUBP) et le Musée du Léman à Nyon, elle est le fruit d’une longue enquête. Des musées aux bibliothèques, en passant par les archives, la récolte de témoignages et la consultation de multiples articles de presse, l’exposition balaie un large champ de domaines. Cette investigation documentaire est complétée par la recherche dans les églises et les temples des communes qui bordent le lac, en Suisse comme en France, d’artéfacts religieux tels que vitraux, statues et fresques. 

On y rencontre des divinités tutélaires, des dieux romains, des Vaudois (pas nos voisins…mais les autres), des papes qui nous mènent en bateau et même quelques anguilles excommuniées ! Le Léman n’est, certes, pas le Jourdain, pourtant ce plan d’eau a longtemps été utilisé comme « baptistère ». La visite pourrait donc (théoriquement) se clôturer par un baptême de nage en eaux froides… ou pour les plus frileux, du côté de la buvette pour plonger sa fourchette dans un caquelon fumant.

Jonglerie verbale

Herméneutique, rédemption, Trinité, transcendance, oblation… Ok, j’arrête les « gros mots » de la foi chrétienne. Ces concepts résonnent-ils encore dans le Peuple de Dieu d’aujourd’hui (je m’y inclus, tout prêtre que je suis) ?

Par Thierry Schelling
Photo : DR

Herméneutique, rédemption, Trinité, transcendance, oblation… Ok, j’arrête les « gros mots » de la foi chrétienne. Ces concepts résonnent-ils encore dans le Peuple de Dieu d’aujourd’hui (je m’y inclus, tout prêtre que je suis) ? Demandez aux fidèles leur compréhension de la transsubstantiation… et nous sommes tous hérétiques ! J’ai bien dit « compréhension », pas « définition ».

Tout le monde n’a pas fait « Fac de théo » pour jongler avec ces mots ! Mais de la jonglerie à la pitrerie verbale, il n’y a qu’un pas : dès 10h20, un œil se ferme, puis deux ; un bâillement est retenu… On a perdu le Peuple de Dieu.

Sans parler des sciences bibliques : le péché originel n’est pas dans la Bible. Ah bon ? Mais alors… Le lexique chrétien évolue, comme les langues vernaculaires. Paul, avec ses Lettres, a initié en grec raffiné une première réflexion théo-logique, dans un contexte où les esclaves et la deuxième place des femmes, c’était ok… Mais aujourd’hui ? On me susurre que Paul n’est probablement pas l’auteur de toutes « ses » Lettres ! Quoi ?

Heureusement que l’immanence de la Trinité, où la Seconde hypostase s’est incarnée par pathogénèse, n’empêche en rien la consubstantialité de la divinité par périchorèse tendant à la parousie… Capito ?

« Je ne vous comprends pas ! »

L’Eglise a perdu l’art de transmettre son message dans un langage compréhensible. Des expressions et des images intelligibles à l’époque de Jésus ne le sont plus aujourd’hui. Que signifient les mots que nous utilisons ? Essayons un « aggiornamento », c’est-à-dire une traduction des mots anciens dans une forme moderne.
Les agents pastoraux utilisent des mots et des phrases dont les fidèles ne comprennent plus vraiment le sens.

L’Eglise a perdu l’art de transmettre son message dans un langage compréhensible. Des expressions et des images intelligibles à l’époque de Jésus ne le sont plus aujourd’hui. Que signifient les mots que nous utilisons ? Essayons un « aggiornamento », c’est-à-dire une traduction des mots anciens dans une forme moderne.

Par Paul Martone | Photos : Unsplash, Pixabay, DR

« Comment l’Eglise va périr dans son langage. » C’est le titre provocateur qu’Erik Flügge a donné à son livre (Der Jargon der Betroffenheit : Wie die Kirche an ihrer Sprache verreckt, Kösel 2016). Il y écrit que dans sa prédication, l’Eglise utilise encore aujourd’hui des expressions et des images qui étaient compréhensibles à l’époque de Jésus, mais qui ne le sont plus pour les hommes modernes. Le réalisateur bavarois Christian Stückl dit lui aussi que l’Eglise a perdu l’art de traduire son message dans un langage accessible. Selon lui, l’Eglise a perdu le contact avec les gens, qui ne reviennent à la foi que lorsqu’ils traversent une période difficile, car ils ne connaissent plus le sens de cette institution.

« Aggiornamento » de la langue

Les deux auteurs ont en quelque sorte raison. Les agents pastoraux utilisent dans les sermons, les liturgies et les prières des mots et des phrases qui leur viennent sans peine aux lèvres, mais dont nous ne comprenons plus vraiment le sens. Dans cet article, explorons la question suivante : que signifient les expressions qu’on utilise dans l’Eglise et comment peut-on les rendre compréhensibles ? Ici, il ne s’agit ni de banaliser la langue ni d’une nouvelle interprétation, mais plutôt d’un « aggiornamento », c’est-à-dire d’une traduction sous une forme moderne. Le langage de l’Eglise doit être proche de tout le monde, il ne doit pas être parlé et écrit pour une petite élite. 

La conscience

La conscience est le for intérieur le plus secret de l’homme, où il se trouve seul avec Dieu. C’est la voix intérieure par laquelle Dieu se fait remarquer. Elle le pousse à toujours faire le bien et à s’abstenir du mal sans réserve. La conscience est un jugement de la raison par lequel l’homme reconnaît si un acte donné est bon ou mauvais. Elle peut toutefois être engourdie et induite en erreur. C’est pourquoi il est nécessaire qu’elle soit formée pour devenir un instrument intérieur toujours plus fin de l’action juste, ce qui est une tâche qui dure toute la vie. La première étape de la formation de la conscience est l’autocritique. En effet, nous avons tendance à juger en notre propre faveur. La deuxième étape consiste à s’orienter vers les bonnes actions des autres. La troisième étape, qui est sans doute aussi la référence pour cette école de vie, ce sont les Dix Commandements de la Bible, la Parole de Dieu, la prière quotidienne, ainsi que l’enseignement de l’Eglise. Il faut toujours obéir à une conscience bien formée, même au risque de commettre une erreur. L’être humain a le droit d’agir librement selon sa conscience et de prendre ainsi des décisions morales personnelles. Il ne doit pas être contraint d’agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas non plus être empêché d’agir selon sa conscience, en particulier dans le domaine de la religion.

L’être humain a le droit d’agir librement selon sa conscience.

La grâce

Le latin peut nous aider à comprendre ce mot, car dans cette langue, la grâce se
dit gratia. Ce mot nous rappelle le mot « gratuit ». On peut dire que la grâce est un don que Dieu nous fait, et ce gratuitement, sans condition ni contrepartie. Elle est « l’attention libre et aimante que Dieu nous porte, sa bonté secourable, la force de vie qui vient de lui. La grâce, c’est tout ce que Dieu nous donne sans que nous le méritions le moins du monde » (Youcat, catéchisme de l’Eglise catholique pour les jeunes. N o 338). La grâce nous rend capables de vivre dans l’amour de Dieu et d’agir à partir de cet amour. 

L’herméneutique

L’herméneutique, dans le contexte ecclésial, désigne l’art et la science d’interpréter et de comprendre les textes bibliques. Elle cherche à saisir le message originel des Ecritures dans leur contexte historique, linguistique et culturel. En même temps, elle reconnaît que les lecteurs interprètent toujours à partir de leur propre époque et de leur expérience. Dans l’Eglise, l’herméneutique sert à rendre la Bible pertinente pour le présent sans en déformer le sens initial. La tradition, l’enseignement de l’Eglise et l’interprétation communautaire y jouent un rôle important. Son objectif est de rendre le message biblique compréhensible afin qu’il puisse orienter la foi et la vie aujourd’hui.

L’oblation

L’oblation est l’offrande faite à Dieu, souvent sous une forme matérielle ou symbolique. Elle peut se manifester dans la liturgie, notamment lors de l’offertoire, où le pain et le vin sont présentés. Au-delà du geste rituel, elle exprime aussi le don de soi du croyant à Dieu. L’oblation renvoie ainsi à une attitude intérieure de disponibilité et de dévouement. Dans la tradition chrétienne, elle est étroitement liée au sacrifice du Christ, compris comme offrande parfaite. Son but est d’inviter les fidèles à participer à ce mouvement d’offrande dans leur vie quotidienne.

La transcendance 

La transcendance dépasse le monde sensible et l’expérience humaine ordinaire. Elle renvoie principalement à Dieu, considéré comme infiniment au-delà de la création. Cette notion souligne que Dieu ne peut être pleinement compris ni saisi par l’intelligence humaine. En même temps, la transcendance n’exclut pas la proximité de Dieu, qui se révèle et agit dans le monde. Dans l’Eglise, elle invite à l’humilité et à l’adoration face au mystère divin. Son rôle est d’orienter les croyants vers une réalité ultime qui donne sens et profondeur à leur existence. 

La transcendance dépasse le monde sensible et l’expérience humaine ordinaire.
La transsubstantiation désigne la transformation réelle du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie.

La transsubstantiation

Dans la conception catholique, la transsubstantiation désigne la transformation réelle du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie.

L’apparence extérieure (forme, goût, odeur) reste identique, mais l’essence intérieure – la substance – est entièrement changée. Selon la doctrine catholique, cette transformation s’opère par les paroles de consécration prononcées par le prêtre lors de la messe. Elle repose sur la foi en la présence réelle et permanente du Christ dans le sacrement. Cette doctrine a été élaborée de manière systématique, notamment au Moyen Age, entre autres par Thomas d’Aquin, et reste aujourd’hui encore au cœur de la doctrine catholique sur l’Eucharistie, qui se distingue sur ce point des autres confessions chrétiennes.

Une somme d’écrits

« Parole, parole, parole. » Ce refrain italien d’une chanson française bien connue permet de prendre conscience que chaque Pape écrit littéralement des tonnes de mots : encycliques, exhortations, lettres, homélies…

Par Thierry Schelling | Photo : vaticantickets

« Parole, parole, parole. » Ce refrain italien d’une chanson française bien connue permet de prendre conscience que chaque Pape écrit littéralement des tonnes de mots : encycliques, exhortations, lettres, homélies… Quand on y pense, il y a une somme incommensurable d’écrits, de mots donc, que les Papes ont couchés sur papier pour dire le message doctrinal, théologique, religieux. C’est leur tâche première en tant que garants de la charité universelle entre catholiques. 

On estime, pour donner un cas de figure, à près de 30’000 le volume d’écrits pontificaux avant… l’année 1200 ! Colossale masse inégalée, qui plus est, dépassée depuis Gutenberg ! Et indénombrable…

Verba volant

Sans compter les paroles papales : combien volent depuis que les Papes sont Papes ! La première voix enregistrée d’un pontife fut celle de Léon XIII (1878-1903). Et dès Jean XXIII – avec ses Fioretti, ses propres jeux de mots recueillis pour la postérité –, les mots a cappella des Papes ont été scrutés… Gare au faux mot, à l’impair diplomatique, à la langue qui fourche. L’ars diplomatica s’est développé avec rigueur depuis 1701 lorsque Clément XI fonde l’Académie Pontificale Ecclésiastique, l’école des nonces, ces ambassadeurs du Pape auprès des gouvernements du monde entier. On y apprend notamment la rhétorique, la didactique et même comment tenir son verre en société – c’est vrai que tout se fait au nom du Pape !

Sans oublier que le polyglottisme des épiscopes de Rome s’est élargi avec un Jean-Paul II lisant en phonétique des dizaines de langues du monde. Mais qui se rappelle de tout ce qui a été dit ? Qui va relire ce qui a été écrit ?

Scripta manent

On ferait bien : car la mémoire oublie vite. Heureusement, les archives sont accessibles, et sur Internet, le site du Vatican donne accès à tout ce que le Pape a dit depuis l’an 2000 tout de même. On peut y surfer par mots et ainsi retracer son flux au travers de tous les documents papaux… Et se rappeler que « ce que j’ai écrit, je l’ai écrit », parole de Pontife !

Miséricorde (Luc 1, 50, Magnificat)

La Bible ne recourt à aucun jargon ecclésiastique car elle est Parole de Dieu rédigée par des écrivains sous l’impulsion de l’Esprit.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

La Bible ne recourt à aucun jargon ecclésiastique car elle est Parole de Dieu rédigée par des écrivains sous l’impulsion de l’Esprit.

C’est plutôt à redécouvrir les beaux mots scripturaires dans leur étymologie hébraïque, grecque (et latine) que nous devons nous employer. Comme à raboter de vieux meubles recouverts par la patine du temps, afin de leur redonner toute leur splendeur.

Ainsi, le terme « miséricorde » qui provient du latin « miser – pauvre » et « cors – cœur », le cœur pour notre misère. Plutôt que de le déclarer vieillot, il s’agit de le resituer dans le cadre de sa signification originaire.

Il désigne d’abord la tendresse infinie du Seigneur qui s’étend d’âge en âge sur ceux et celles qui l’adorent (Psaume 104(103), 17) et que chante la « petite Marie » fille d’Israël dans son cantique d’action de grâce (Luc 1, 46-55). Car elle expérimente elle-même, en tant que servante du Très-Haut, la proximité divine envers son abaissement. Le Puissant se souvient de sa « miséricorde », c’est-à-dire de ce qu’il a déjà réalisé pour son peuple Israël. Comment pourrait-il l’oublier, alors que c’est son être d’être Père et que son pardon fait tressaillir ses entrailles maternelles ? 

Puis la « miséricorde » est exercée par tout être humain qui, à l’exemple du Samaritain de la parabole, se laisse émouvoir au tréfonds de lui-même par la souffrance de ceux qu’il croise. C’est par elle que nous nous montrons le prochain de ceux qui sont rejetés dans le fossé de l’indifférence (Luc 10, 29-37).

Le terme correspond aux sentiments du Père de l’histoire des deux fils quand il aperçoit de loin son cadet perdu revenant à lui (Luc 15, 11-32). C’est tout le langage du sacrement de la réconciliation et du signe de l’amitié qui nous prend aux tripes, dès le moment que nous changeons notre cœur de pierre en cœur de prière. Heureux sommes-nous si nous savons pleurer devant la détresse d’autrui et ne pas avoir un front dur comme du caillou (Matthieu 5, 5) !

Ce n’est donc pas par hasard ni par maladresse que le pape François avait décrété une « année sainte de la miséricorde » (en 2016), lui qui nous appelle à être une Eglise pauvre avec les pauvres !


Dénombrement du roi David

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Alexandre Ineichen, Père-Abbé de l’Abbaye de Saint-Maurice, est l’auteur de cette carte blanche.

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Alexandre Ineichen, Père-Abbé de l’Abbaye de Saint-Maurice, est l’auteur de cette carte blanche. 

Père-Abbé Alexandre Ineichen
Photos  : Olivier Roduit, DR

Les Ecritures racontent en détail l’histoire du Salut, de la création du monde à la vie de Jésus. Cependant, cette longue histoire bien connue contient d’innombrables épisodes secondaires, beaucoup moins illustres. La lecture continue des Ecritures nous en découvre toujours de nouveaux, même après une longue pratique de cet exercice.

Dans deux passages de l’Ancien Testament, – 2 Sm 24 et 1 Ch 21 – dans l’épopée du grand roi David, il est mentionné que celui-ci a effectué un recensement du peuple élu et que Dieu en prit ombrage, mais laissa au roi le choix de la punition à infliger. Finalement, David offre un holocauste comme en conclusion de toute l’affaire.

Ces faits interrogent, car ils mettent en relation un acte administratif, un malheur – présenté dans le texte comme une calamité divine – et une offrande finale. Comment Dieu refuse-t-il à David, le roi qu’il a lui-même choisi et soutenu, de connaitre l’importance du peuple de Dieu ? Pourquoi lui inflige-t-il une punition comme une vengeance d’un Dieu jaloux ? Il va même jusqu’à demander à David de choisir la punition. Enfin, tout cela s’achève par une célébration à la gloire de Dieu et par une offrande. Comment comprendre ce sacrifice ? « Le Seigneur redevient favorable au pays et le fléau s’écarta d’Israël. » conclut le texte biblique.

Je mentionne ce passage curieux et mystérieux parce que, quelles que soient nos fonctions, nos responsabilités dans l’Eglise ou dans la société, nous cherchons toujours des chiffres – souvent contradictoires – afin de regretter un passé que nous embellissons, de nous enorgueillir de ce que nous accomplissions ou de prévoir un avenir que nous imaginons soit radieux, soit apocalyptique. 

A la lumière de cet épisode, dont je ne peux donner ici qu’un bref aperçu, il nous faut reprendre avec humilité – sans chiffre, presqu’à l’aveugle – l’histoire du salut, les yeux fixés sur Jésus Christ : rendre grâce pour les biens reçus dont nous n’avons jamais fini de mesurer l’ampleur ; agir en acte et en vérité à chaque instant ; et espérer contre toute espérance l’héritage que Jésus nous a promis.

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