Jeunes, humour et mot de la Bible – mai 2026

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Rendre à César ce qui est à César

La formule intégrale est la suivante : « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » C’est elle que, d’après les Evangiles de Matthieu (22, 21), Marc (12, 13-17) et Luc (20, 25), Jésus prononça en réponse à l’insidieuse question des pharisiens : « Devons-nous payer l’impôt à l’empereur ? » Si la réponse de Jésus était affirmative, il passerait pour un collaborateur, la Galilée étant alors sous domination romaine. Si elle était négative, il serait aussitôt dénoncé auprès de l’occupant. Jésus déjoua le piège en disant aux pharisiens : « Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie et l’inscription ? » Ils répondirent : « De César. » Alors Jésus leur dit : « Eh bien ! Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il s’agit de faire la part des choses, de rendre un bien à son propriétaire légitime, dont les droits sont ainsi rappelés.

Par Véronique Benz

Humour

A l’époque des églises pleines durant les offices, deux gaillards qui avaient un peu trop abusé de la dive bouteille pénètrent dans l’église avec un bon quart d’heure de retard. Ne trouvant pas de place dans la nef, ils montent à la tribune dépourvue de sa chorale, pour une fois. Petit à petit, le prêche du curé aidant, ils s’endorment dans les bras de Morphée. La messe finie, les paroissiens quittent le lieu sacré. Après quelques minutes, l’un des deux avinés se réveille, secoue son compagnon et lui dit : « C’est vide ! » Et l’autre, sans réfléchir, lui rétorque : « Eh bien, verse ! »

Par Calixte Dubosson

Restaurer les entrailles

Sandra Dubi et son mari Julien sont pasteurs et parents de six garçons.

L’école des femmes propose des rencontres en ligne pour ouvrir un chemin de restauration profonde. Traumatismes, agressions sexuelles, pertes de grossesse… Dieu veut guérir et relever les femmes afin de les rendre fortes, libres et enracinées. Plus de mille deux cents participantes ont déjà répondu à l’appel. Le besoin est grand et Sandra Dubi, la fondatrice de ce mouvement, l’a bien senti.

Elle propose des podcasts sur des thématiques liées à son ministère lors desquels elle reçoit un invité.

Par Myriam Bettens
Photos : DR

En quoi consistent les rencontres que vous proposez ?
C’est un programme structuré sur six mois, de janvier à juin, comprenant six soirées thématiques sur Zoom. L’objectif est d’aider les femmes à « se lever » pour devenir celles que Dieu désire. Pour ce faire, nous les encourageons à s’engager activement dans l’appel [ndlr. la vocation] qu’Il a déposé sur leur cœur et à cultiver leur foi chrétienne au quotidien. Dieu m’a montré que, pour qu’une femme se lève, il faut travailler à la guérison de ses entrailles. 

Qu’est-ce que la « guérison des entrailles » ?
Les entrailles sont le « lieu très saint » du corps de la femme, là où Dieu dépose la vie. Le ministère se concentre donc sur la guérison des traumatismes qui affectent cette sphère : les pertes de grossesse (avortements, fausses couches, décès d’enfants en bas âge) et les agressions sexuelles. Lorsque les femmes permettent à Jésus de guérir ces blessures profondes, leur « levée » devient inévitable. Elles s’engagent alors pour leur couple, leurs enfants et souvent d’autres causes que Dieu leur met à cœur. 

Six cents inscriptions la première année, puis mille deux cents la deuxième. Un tel succès montre, en filigrane, que le besoin est grand…
Pour changer la vie des gens, il faut atteindre leurs profondeurs en osant traiter ces secrets douloureux avec discernement et de manière non jugeante. Par exemple, en parlant des pertes de grossesse en général plutôt que de stigmatiser l’avortement, cela libère les femmes de la honte et leur permet d’entamer un processus de guérison. En abordant les sujets qui « ouvrent les entrailles », on ne peut pas faire l’impasse sur une aide sérieuse par le biais de toute la batterie thérapeutique, en collaboration avec la puissance du Saint-Esprit.

… mais qu’il n’est pas entendu…
Non, car nous vivons dans un déni sociétal collectif. La perte de grossesse, volontaire ou non, n’est pas un problème. Quant aux agressions sexuelles, il ne suffit pas de dénoncer, cela implique aussi d’apporter aux femmes l’aide nécessaire pour se relever. Je crois sincèrement que dans ces domaines-là, l’Eglise peut faire la différence et j’ai vraiment à cœur d’outiller les Eglises dans ce ministère. Mais on ne va pas dire qu’elles courent toutes à ma porte. Il est plus facile de parler des choses qui ne dérangent pas trop.

De quelle manière la guérison permet-elle aux femmes d’entrer dans leur appel ?
La philosophie de ce ministère pourrait se résumer par le slogan : « Dieu veut faire de ta misère ton ministère. » Souvent, la guérison personnelle est le prélude à la mission. Les femmes ayant traversé des épreuves deviennent les mieux placées pour en aider d’autres vivant des situations similaires. Elles transforment leur propre douleur (perte d’un enfant, avortement, agression) en une « vengeance » vertueuse contre l’Ennemi. Et pour moi, cette « vengeance de l’Eternel », décrite dans Esaïe 61, consiste à apporter guérison, délivrance et restauration.

Sandra Dubi se déplace beaucoup pour donner des conférences à travers le monde. Celles-ci sont souvent traduites en plusieurs langues.

Le « réveil » des femmes

L’école des femmes s’organise autour des soirées Zoom thématiques, conçues comme des « émissions télé » (tables rondes, invités, temps de prière). Les participantes ont aussi accès à d’autres ressources, dont un parcours de guérison en ligne et des podcasts sur des sujets non traités lors des soirées. Des suivis de groupe en présentiel sont proposés deux fois par an, mais ils sont pris d’assaut. Une version en ligne (quatre soirées) a donc été développée. Le dispositif est complété par une conférence annuelle en présentiel pour toute la famille et par une cinquantaine de groupes WhatsApp locaux, permettant aux femmes de se retrouver géographiquement. Une nouvelle session de L’école des femmes débutera en janvier 2027. Les autres ressources et formations sont disponibles sur esaie61.fr

Bio express

Sandra Dubi est née en Suisse en 1973, dans une famille catholique traditionnelle. Touchée par Jésus lors de sa première communion, il vient à nouveau frapper à sa porte alors qu’elle mène une carrière effrénée de mannequin chez Elite. Elle quitte cette vie de paillettes pour le suivre, se marie avec Julien, termine des études en psychologie à l’Université de Lausanne et, avec lui, ils accueillent six garçons. Aujourd’hui, ils sont pasteurs au Gospel Center d’Annecy.

Athanase le Grand

Saint Athanase, cathédrale Sant’Agata de Catane.

Par Paul Martone | Photo : DR

Athanase est né vers 295 à Alexandrie, en Egypte. Enfant, il a vécu les persécutions sanglantes des chrétiens sous l’empereur Dioclétien, qui l’ont rendu dur et intransigeant. 

Il reçut une éducation classique dans sa jeunesse et devint diacre et secrétaire de son évêque Alexandre d’Alexandrie. En 325, il participa en tant qu’expert au concile de Nicée, qui reste encore aujourd’hui fondamental pour le développement de la théologie chrétienne. Après la mort de l’évêque Alexandre, Athanase lui succéda en 328 et occupa cette fonction pendant presque 50 ans. Cependant, en raison de son opposition farouche à l’arianisme, il se heurta rapidement à des difficultés ecclésiastiques et politiques, car d’innombrables évêques, ainsi que l’empereur, adhéraient à la doctrine hérétique des Ariens. 

Aucun compromis

Ceux-ci croyaient que Jésus n’était qu’une créature, tandis que le concile de Nicée affirmait la consubstantialité du Christ, Fils de Dieu, avec le Père. Athanase, qui ne faisait aucun compromis en matière de foi, fut donc plusieurs fois destitué de sa fonction d’évêque, chassé et exilé. 

Au total, il passa 17 ans en exil, dont une partie à Constantinople (aujourd’hui Istanbul) et à Trèves, puis à Rome et enfin dans la clandestinité à Alexandrie. Son dernier exil, décrété par l’empereur Valens en 365, dut finalement être levé suite aux protestations de la population. De 366 à 373, Athanase put exercer librement son patriarcat. Il mourut le 2 mai 373 à Alexandrie.

Athanase a rédigé une multitude d’écrits, de nombreuses lettres et des ouvrages sur l’interprétation de la Bible. Ses écrits sur l’incarnation de Dieu en Jésus-Christ ainsi que sur l’unité et l’égalité du Père et du Fils, ont marqué la théologie jusqu’à aujourd’hui. Sa biographie sur la vie de saint Antoine d’Egypte, écrite vers 370, est considérée comme un projet programmatique du monachisme et a largement contribué à sa diffusion. 

Son destin et sa fermeté face aux interventions impériales et aux hérétiques ont fait de lui un héros du monde catholique de son époque. Sa grande influence sur la théologie ultérieure s’exprime dans des qualificatifs tels que « pilier de l’Eglise » et « père de l’orthodoxie ». Le pape Pie V l’a nommé docteur de l’Eglise en 1568. Il est aujourd’hui vénéré dans toutes les Eglises chrétiennes et occupe une place de premier plan parmi les docteurs de l’Eglise. Il est invoqué en cas de maux de tête.

Sa fête est célébrée le 2 mai.

Citations d’Athanase

« Dieu est devenu ce que nous sommes afin de pouvoir nous rendre ce qu’il est. »

« Le Christ ressuscité fait de la vie des hommes une fête ininterrompue de la foi. »

« Pour les justes, il n’y a pas de mort, mais seulement un passage. »

L’hydrogène

L’Hippomobile d’Etienne Lenoir se déplaçait avec un moteur à hydrogène.
François Isaac de Rivaz.

Par Pierre Guillemin | Photos : DR

L’eau est très présente dans les Evangiles. Elle apparaît dans des épisodes clés de la vie de Jésus et porte une forte charge théologique, liée à la vie, à la purification, à la foi et à la transformation spirituelle.

Du point de vue chimique, l’eau est composée de deux atomes d’hydrogène pour un atome d’oxygène. C’est pourquoi, en réalisant une combustion de l’hydrogène, la réaction chimique produit une molécule d’eau en associant hydrogène et oxygène. Le résultat est extrêmement séduisant, car non polluant (production de vapeur d’eau).

Cependant, l’utilisation de l’hydrogène comporte de nombreux risques limitant son exploitation comme carburant :

Inflammabilité et explosion : la principale menace est l’incendie ou l’explosion en cas de fuite et de confinement. La flamme d’hydrogène est quasiment invisible en plein jour.

Fuites et perméation : molécule très petite, l’hydrogène s’échappe plus facilement que les combustibles fossiles, notamment à travers certains matériaux (perméation).

Stockage haute pression : utilisé sous haute pression (généralement 700 bars pour les véhicules) ou en forme cryogénique (-253 °C), ce qui impose des réservoirs renforcés et des précautions extrêmes pour éviter les ruptures et les brûlures froides.

Risque acoustique : une fuite à haute pression (200 bars) peut générer un bruit dépassant les 140 décibels. 

Technologiquement, on ne peut pas considérer que le moteur à hydrogène soit particulièrement révolutionnaire… Les premières expériences dans le domaine remontent au début du XIXe siècle. En 1806, François Isaac de Rivaz a conçu le premier moteur à combustion interne, fonctionnant avec un mélange hydrogène/oxygène. L’Hippomobile (1883) d’Etienne Lenoir se déplaçait avec un moteur à hydrogène.

De nos jours, la filière hydrogène est vue comme une excellente solution pour les véhicules lourds (camions, trains) qui sont plus à même de sécuriser le processus de gestion des risques tout en réduisant considérablement le niveau de pollution généré. Citons le fabricant suisse Stadler Rail qui est à la pointe de la technologie avec son train à hydrogène, le FLIRT H2, qui a établi un record du monde en parcourant 2 803 km sans ravitaillement. De même, de grands distributeurs suisses intègrent des camions à hydrogène dans leurs flottes logistiques pour réduire leurs émissions de CO2.

L’eau, c’est la vie et c’est aussi une source d’énergie remarquable grâce à ses composants hydrogène et oxygène.

Antennes spirituelles

Par Myriam Bettens
Photo : DR

Les miracles, qu’ils soient considérés comme des « contes » extraordinaires, des phénomènes expliqués par la science ou des illustrations de la puissance de Dieu, continuent de questionner. Ne peuvent-ils pas être les trois à la foi(s) ?

Si Dieu est omniscient – ce que je crois – Il a mis un phénomène météorologique à profit de Moïse et des Hébreux pour leur donner ce dont ils avaient besoin à ce moment-là. Toutefois, pour que « le miracle » se produise, les antennes spirituelles de Moïse devaient être suffisamment affûtées afin d’écouter la voix de Dieu. Et cela même si ce qu’il entendait semblait, peut-être, complètement insensé.

Parfois nous ratons notre miracle, moi la première, en limitant Dieu à notre vision étriquée du monde. Et parfois il nous faut avoir les « armées de pharaon » aux trousses pour que nous consentions à laisser Dieu agir. Le miraculeux est devenu une denrée rare, car nous ne lui donnons plus la possibilité de se produire dans nos vies. Mais je crois que Dieu peut reculer l’ombre du soleil de dix degrés, suspendre la course de la lune et ouvrir une voie à travers les eaux pour moi. Simplement parce qu’Il m’aime.

Votre paroisse dans la poche

La paroisse Saint-Joseph attendait avec impatience un outil tel que MyChurch.

Développée pour rester connectée à la vie de sa paroisse, l’application MyChurch est pensée comme un outil de proximité, qui s’adapte aux besoins des églises locales. Tout en continuant à « donner une voix à Dieu », le groupe Saint-Augustin s’adapte aux enjeux contemporains en intégrant les technologies numériques pour rapprocher les communautés de foi.

Par Myriam Bettens | Photos : DR

Un outil plus efficace que les annonces en fin de messe, moins fastidieux qu’une recherche sur Google et dont les données seraient hébergées localement.Un vœu pieux ? Plutôt du pain béni… et à portée de clic ! Le groupe Saint-Augustin a lancé, le 1er octobre dernier, l’application MyChurch « pour rapprocher les communautés de foi », tout en poursuivant sa vocation de « donner une voix à Dieu ». Elle offre aux paroisses un espace taillé sur-mesure leur permettant de partager avec leur communauté, et au-delà, toute une série d’outils et d’informations pour fluidifier leur communication. 

Plus qu’un réseau social-chrétien, l’application se veut intuitive, inclusive et multilingue. De plus, MyChurch s’adapte aux besoins des paroisses, que vous souhaitiez y trouver les horaires de messe, les annonces en temps réel, les invitations aux événements ou les messages que vous avez ratés à cause d’une visite inopinée de belle-maman, tout s’y trouve ! La plateforme offre aussi la possibilité d’animer des groupes et d’échanger des vidéos et des photos. Les images de la première communion du petit neveu sont floues ? Vous savez maintenant où aller les chercher !

Cerise sur l’application : les données sont entièrement hébergées en Suisse. MyChurch ne fait donc pas de la sécurité et de la confidentialité une option. Cet espace, aussi unique que chaque paroisse, ne nécessite pas non plus le recours à un spécialiste de l’informatique. Avec des publications planifiées et synchronisées automatiquement entre l’application et le site de la paroisse, les mises à jour s’opèrent en temps réel. Autrement dit, un gain de temps, tout en évitant les tracasseries informatiques.

Appelée à « connecte[r] toutes les communautés d’Eglise en Suisse »  – puis dans un second temps, les paroisses des pays francophones voisins, avant de s’étendre au reste du monde – l’application se déploie aujourd’hui dans de nombreuses communautés romandes et linguistiques, ainsi qu’à des groupes tels que Cath.ch ou en encore Action de Carême. Côté terrain, à la paroisse Saint-Joseph des Eaux-Vives, l’application était attendue comme le Messie. « Nous souhaitions proposer un accès direct à ce qui se passe dans la paroisse. Cette « app » donne la possibilité à l’équipe pastorale de la Région Voie Verte – Eaux-Vives jusqu’à Presinge – d’alimenter l’actualité paroissiale avec des textes et des photos et aux fidèles de devenir acteurs de leur vie paroissiale. Elle offre de l’information en temps réel tout en permettant une grande réactivité », explique Thierry Schelling, le prêtre responsable, d’un air réjoui.

Curieux de voir à quoi ressemble cette application ?

• L’application est téléchargeable sur Apple Store et Google Play Store sous l’appellation MyChurch by Saint-Augustin

Envie d’installer l’application dans votre paroisse ? 

• Prenez contact avec mychurch@saint-augustin.ch ou au 024 486 05 00

Le passage de la mer Rouge vu par la science

Moïse séparant les eaux, vu par Hollywood, fait appel à la puissance divine et non à un phénomène naturel.

Le passage de la mer Rouge par Moïse constitue l’un des épisodes les plus emblématiques de l’Ancien Testament. Rapporté principalement dans le livre de l’Exode, cet événement marque l’aboutissement de la libération du peuple hébreu, réduit en esclavage en Egypte depuis plusieurs générations. 

Par Pierre Guillemin
Photos : Flickr, DR

L’archéologie biblique étudie les vestiges matériels (inscriptions, ruines, objets divers) au Proche-Orient pour éclairer le contexte historique et culturel de la Bible. Discipline scientifique, elle analyse la Terre sainte, l’Egypte et la Mésopotamie, confirmant ou pas, selon des méthodes scientifiques, le cadre matériel des récits.

Le Passage de la mer Rouge a ainsi suscité de nombreuses interprétations historiques, théologiques et scientifiques. De nombreux chercheurs ont tenté d’identifier le lieu exact de la traversée ou d’expliquer le phénomène par des causes naturelles, comme des vents violents ou des marées exceptionnelles. 

Un premier point essentiel concerne la localisation exacte de la « mer Rouge » mentionnée dans la Bible. Le terme hébreu utilisé, Yam Souph, signifie littéralement « mer des roseaux » et ne correspond pas forcément à la mer Rouge actuelle. L’interprétation scientifique penche alors vers une zone marécageuse ou lagunaire, située dans le delta du Nil ou dans la région des lacs Amers entre Suez et Ismaïlia, composée d’eaux peu profondes. Cette précision géographique ouvre la voie à des explications basées sur des phénomènes hydrologiques. Dans cette hypothèse, l’une des explications scientifiques les plus souvent évoquées est celle du « wind setdown », ou effet d’abaissement du niveau de l’eau par le vent. Ce phénomène, bien documenté, se produit lorsqu’un vent fort et constant souffle pendant plusieurs heures dans une même direction, repoussant l’eau et découvrant temporairement une bande de terre. Des études de modélisation informatique ont montré qu’un vent d’Est soutenu, correspondant à la description biblique, aurait pu dégager un passage praticable dans une zone peu profonde, permettant à un groupe humain de traverser à pied. Selon cette hypothèse, lorsque le vent cesse ou change brusquement de direction, l’eau revient rapidement à son niveau initial. Cela pourrait expliquer la submersion soudaine des troupes égyptiennes poursuivant les Hébreux. Un tel phénomène, observé dans certains estuaires et lagunes, peut être spectaculaire et dangereux, surtout pour des troupes lourdement équipées de chars et d’armes.

D’autres scientifiques ont évoqué des phénomènes liés aux marées ou à des variations saisonnières du niveau de l’eau. Bien que les marées soient faibles dans cette région, leur combinaison avec des vents puissants pourrait avoir amplifié l’effet de retrait des eaux. Certains chercheurs suggèrent également un lien avec des événements sismiques, fréquents dans la région, capables de provoquer des déplacements temporaires de masses d’eau, bien que cette hypothèse soit moins étayée par des données précises.

Erreur géographique ?

L’éruption du Santorin a longtemps été la thèse scientifique retenue. S’il est probable que les cendres de Santorin sont effectivement arrivées en Egypte et peuvent être à l’origine des 7 plaies d’Egypte du moins en partie, il faut se rappeler que l’éruption a eu lieu en Méditerranée et non en mer Rouge ; sauf à considérer que le texte biblique comporte une erreur et fasse la confusion entre les deux mers, il est impossible que le tsunami provoqué par l’explosion du volcan ait atteint l’Egypte en mer Rouge. En effet, le raz de marée déclenché par l’éruption pourrait expliquer parfaitement le retrait puis le retour soudain des eaux de la Méditerranée, voire des eaux du delta du Nil.

L’hypothèse d’une éruption volcanique, celle du Santorin (à droite), n’est plus celle retenue en priorité.
Les fouilles dans la péninsule du Sinaï n’ont pas mis au jour des vestiges attribuables à un grand groupe d’exilés.

Pas de consensus

Le bilan actuel de la recherche scientifique sur cet évènement extraordinaire se résume ainsi : 

• A ce jour, il n’existe aucun consensus scientifique archéologique prouvant directement que l’Exode – y compris le passage de la mer Rouge – s’est produit exactement comme décrit dans la Bible. Les textes égyptiens anciens n’incluent aucune mention claire d’une fuite massive d’esclaves d’Egypte ni d’une armée engloutie dans la mer telle qu’elle est racontée dans l’Exode. Les archéologues professionnels soulignent que l’absence de preuves directes rend difficile toute conclusion affirmative sur l’authenticité historique détaillée du récit biblique. 

• Les fouilles, dans la péninsule du Sinaï, supposée être la route de l’Exode, n’ont pas mis au jour de vestiges attribuables à un grand groupe d’exilés ni à une armée détruite dans un plan d’eau.

• Aucun document égyptien ancien découvert jusqu’ici ne mentionne une catastrophe militaire de ce type ou une disparition massive de soldats.

• Les structures sociales, démographiques et archéologiques de l’Egypte ancienne ne montrent pas de signe d’une perte considérable de main-d’œuvre ou d’une crise catastrophique coïncidant avec la période de l’Exode.

Prudence… et foi !

Certaines affirmations très médiatisées ou populaires sur Internet ou dans des publications non académiques prétendent avoir trouvé des preuves tangibles du passage de la mer Rouge :

• Des sites ou annonces non confirmées parlent d’ossements humains, d’armures ou d’ossements de soldats découverts dans le golfe de Suez ou ailleurs, supposés être des restes de l’armée égyptienne. Toutefois, ces découvertes ne sont pas validées par des publications scientifiques évaluées par les pairs ni par des institutions archéologiques reconnues. 

• Des récits parlent de piliers avec inscriptions paléohébraïques ou autres artefacts marquant un lieu de passage. Là encore, aucune inscription ou artefact acceptés par l’égyptologie académique n’atteste formellement cet événement.

• Des vidéos et chaînes Internet présentent des « preuves archéologiques » (roues de chars, structures, territoires identifiés) mais celles-ci ne reposent pas sur des publications scientifiques ou sur le consensus archéologique. Elles doivent être considérées avec prudence. 

La stèle de Mérenptah mentionne Israël comme groupe ou entité en Canaan.

Même si le passage de la mer Rouge lui-même n’a pas de preuves directes, certains éléments indirects ou contextuels sont étudiés par les spécialistes de l’archéologie biblique :

• La stèle de Mérenptah (~1200 av. J.-C.) est une inscription égyptienne mentionnant Israël comme groupe ou entité en Canaan, ce qui donne une indication que ce nom était connu à l’extérieur de la Bible à cette période – bien que cela n’ait aucun lien direct avec l’Exode ou le passage de la mer Rouge. 

• De nombreuses fouilles en Israël et dans le Levant documentent des sociétés locales et migrations humaines, mais rien ne permet de relier clairement ces traces à l’exode massif d’un peuple depuis l’Egypte tel que décrit dans les récits religieux.

Toutefois, quelle que soit l’approche adoptée, le cœur du récit demeure sa signification religieuse et symbolique : il s’agit d’affirmer que la liberté est un don divin et qu’elle exige confiance, mémoire et engagement.

Souffle et partage des eaux (Exode 13-14)

Ce texte paradigmatique est devenu le modèle des libérations successives dont les Israélites ont bénéficié au long de leur histoire.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

La preuve que le récit biblique ne cherche pas à nous offrir une description scientifique et précise du passage de la mer par les Israélites, c’est que le texte lui-même présente le miracle de deux manières différentes : 

Deux lectures

D’une part, pour souligner qu’il s’agit d’une véritable « re-création », l’eau se sépare par l’action du bâton de Moïse et les Hébreux marchent à pied sec entre les deux murailles ainsi formées, puis les flots reviennent sur les Egyptiens engagés derrière le peuple élu. De même que le Seigneur a fait apparaître la terre ferme en séparant les eaux au début du monde (Genèse 1), ainsi la nation sainte est-elle engendrée par le Créateur en passant à travers les flots. Nous vivons notre baptême de la même façon, comme une traversée nous conduisant de la mort à la vie, par laquelle les forces du mal sont noyées au fond de la cuve sacramentelle.

D’autre part, selon la version la plus ancienne de l’épisode, le prophète assure les Israélites poursuivis que Dieu va agir pour eux sans qu’ils n’aient rien à faire : alors le Seigneur fait souffler un vent qui dessèche la mer Rouge et les Egyptiens qui y pénètrent sont recouverts par son reflux. De cette manière, Israël qui avait eu peur de la puissance égyptienne l’a « vue » détruite sur le bord du rivage, et ainsi a pu « voir » la prouesse accomplie par son Sauveur.

La Vérité profonde

Ce qui compte donc, pour le rédacteur final de l’Exode et sa narration « épique », c’est de conserver et de combiner les diverses traditions du miracle et d’affirmer théologiquement la vérité profonde de l’événement. Quand les Hébreux sont acculés par leurs ennemis, le Rédempteur intervient pour eux et les arrache à toute forme de servitude.

Ce texte « paradigmatique » (exemplaire) est devenu de ce fait le modèle des libérations successives dont les Israélites ont bénéficié au long de leur histoire. Comme déjà le passage du Jourdain pour l’entrée en terre promise en Josué 3-4. 

Grâce à l’Agneau pascal, le mal est traversé, la mort est engloutie et nous pouvons pénétrer dans le Royaume de la promesse.

«Annoncer la libération»

Pie XII, François ou Léon XIV ont chacun éclairé à leur manière ce passage biblique.

Par Thierry Schelling | Photos : DR

De Pie XII…

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est Papa Pacelli qui a le premier, du haut de la chaire de Saint-Pierre, permis l’usage de la méthode historico-critique pour lire la Bible – alors interdite dans le sérail catholique-romain – pour améliorer par cette approche scientifique la compréhension du message théologique et, partant, pastoral, des Ecritures. Par son encyclique Divino Afflante Spiritu, il a décidé de mettre de côté l’historicisme biblique – ce qui est écrit verbatim est vrai – et, avec tact et intelligence, ouvert le champ d’études de la Bible avec les moyens que sont l’archéologie, le traitement de texte, la sociologie, etc.

… à François

En 2018, dans le cadre de la clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Papa Bergoglio reprend le mythe du Passage de la mer Rouge en rappelant son symbolisme : le baptême y est préfiguré, comme le passage d’une rive à l’autre au travers des eaux « nettoyeuses » et pour une vie nouvelle, dans une terre nouvelle, à l’écoute du Dieu qui sauve et qui libère, jadis les Hébreux (comme le raconte le Livre de l’Exode) et aujourd’hui les migrantes et migrants qui fuient tout pareillement une terre d’esclavage pour un brin de liberté au risque de perdre la vie, car trop souvent engloutis dans les eaux de l’aléatoire… 

Léon XIV à ses débuts

Dans son premier écrit pontifical, Dilexi te (2025), Papa Prevost a repris le thème de la libération, illustré par cet épisode de la traversée de la mer Rouge, au profit du cri central des pauvres, et du devoir premier des baptisés. Il explique : « La mission de l’Eglise, lorsqu’elle est fidèle à son Seigneur, est toujours d’annoncer la libération. […] Lorsque l’Eglise s’incline pour briser les nouvelles chaînes qui entravent les pauvres, elle devient un signe pascal. »

Pas étonnant que ce passage de l’Ancien Testament en Exode 14 et 15 se retrouve en troisième lecture « obligatoire » de la Vigile pascale…

Pâques! Alléluia?

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Sœur Marie-Emmanuel Minot, représentante de l’évêque pour la vie consacrée du diocèse de LGF, est l’auteure de cette carte blanche. 

Par Sœur Marie-Emmanuel Minot, représentante de l’évêque pour la vie consacrée du diocèse de LGF
Photo : DR

Incroyable mais vrai ! Quelqu’un de chez nous, de notre race, de notre chair, est ressuscité. Il a vaincu la mort, il ne meurt plus, il est vivant à jamais. N’est-ce pas vraiment une « Bonne Nouvelle » au sens étymologique du mot « évangile » ? 

C’est ce qui a fait courir les apôtres à travers tout le bassin méditerranéen. C’est le message originaire et original de l’Eglise : « Dieu l’a ressuscité, nous en sommes témoins. » Témoins de l’impossible, croyants de l’incroyable.

Garder l’Espérance malgré les persécutions

Pour une telle bonne nouvelle, nous allons emplir nos liturgies d’alléluias, acclamation de joie, chantés du fond de nos cœurs ; nous en avions été privés pendant les 40 jours du Carême. Pourquoi ai-je mis un point d’interrogation dans le titre « alléluia ? » ? Parce que je pense à toutes les personnes qui vivent en zones de guerre, en situation difficile, et il y en a partout dans le monde. En 1994, j’ai vécu au Rwanda une expérience dramatique : Pâques était le 3 avril et trois jours plus tard, commençait le génocide. Comment chanter les alléluias, comment vivre la liturgie pascale quand on tue autour de toi ? C’est ce que vivent aujourd’hui tant de chrétiens qui ne savent comment célébrer cette liturgie pascale dans les zones de guerre, de conflits, dans les persécutions… Comment garder l’Espérance ?

Il faut pourtant nous rappeler que le Ressuscité est à nos côtés, qu’il souffre avec nous. Le Christ ne nous a-t-il pas dit : « Prenez courage ! J’ai vaincu le monde. » (Jn 16, 33)

La méditation de Maurice Zundel

Maurice Zundel a longuement médité ce problème du mal au cœur de la Deuxième guerre mondiale « Notre mission de chrétien est d’entrer dans cette douleur, de la vivre […] Il faut nous hâter de créer de la joie […] Il est nécessaire de faire provision d’espérance et de courage, de dilater toute notre puissance d’aimer avant qu’il ne soit trop tard. […] Qu’une vague d’amour et de lumière se répande sur tout être ! Que chacun de nos actes soit un acte d’amour, une offrande, que chaque observation soit une joie ! […] Dieu nous envoie au-devant des autres comme des ambassadeurs d’amour et de joie. »

Jeunes, humour et mot de la Bible – avril 2026

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Dieu vous le rendra au centuple !

Le centuple est la quantité 100 fois plus grande de ce qui est évoqué. L’expression est traditionnellement employée pour signifier la prodigalité de Dieu, qui n’est pas à la mesure humaine. Jésus lui-même a fait cette promesse : « En vérité, je vous le dis, nul n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l’Evangile, qui ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. » (Marc 10, 23-30) Cette expression signifie faire preuve d’une grande générosité.

Par Véronique Benz

Humour

Un paroissien est allé chez son curé pour lui faire une demande : « Pourriez-vous célébrer une cérémonie pour la sépulture de mon chien ? » 
Le curé lui répond : « Vous n’y pensez pas, l’Eglise catholique ne le permet pas. 
Allez rencontrer le pasteur, peut-être sera-t-il éventuellement d’accord. » 
« Bien, répondit le paroissien. Encore une question, j’ai préparé la somme de 10’000 francs pour ce service. Croyez-vous que ce soit assez ? » 
« Mais, mon cher ami, répondit le curé devenu tout d’un coup plus ouvert à la demande, pourquoi ne pas m’avoir dit plus tôt, que votre chien était catholique ! »

Par Calixte Dubosson

Rayonner ensemble

Anita Francioli et Martin Hoegger.

Dans sept ans, les chrétiens commémoreront les 2000 ans de la Résurrection du Christ. L’association JC2033 aspire à mobiliser les Eglises du monde entier pour préparer la plus grande fête jamais organisée sur terre. Rencontre avec Anita Francioli et Martin Hoegger.

Par Myriam Bettens
Photos : DR, JC2033

Concrètement, à quoi ressemblera cette fête mondiale ?
Anita Francioli : La fête est un élément important. Elle va exprimer la richesse, la diversité, la beauté de la foi. Cela peut se faire de différentes manières. Avec de la musique, des images, des prières, des danses, des offices religieux, dans des églises, sur des places en plein air. Il n’y a pas de limite !
Martin Hoegger : La partition est écrite dans le ciel et on ne sait pas à quoi cela ressemblera, mais petit à petit, en marchant, en discernant ensemble, on peut déjà en deviner les contours.

C’est un projet titanesque, voire un peu utopique diront certains…
AF : Je parlerais plutôt de « vision » et, aujourd’hui, nous en avons besoin ! Cela ouvre notre esprit et aide à aller vers un futur plus grand que nous. D’ailleurs, ce n’est pas un « projet », mais un mouvement, qui veut animer d’autres personnes, créer des liens, encourager.
MH : C’est un chemin spirituel vers 2033, sur lequel nous devons établir des relations de fraternité en Christ, se réconcilier aussi, c’est nécessaire.

Justement, une telle image d’unité aura un impact sur la fécondité du témoignage…
MH : C’est un appel à se centrer sur celui qui est notre unité, le Christ, mort et ressuscité et c’est ce que l’Eglise a à offrir au monde. Notre rêve serait qu’à Pâques 2033, chaque être humain entende dans sa langue maternelle la salutation pascale.
AF : Le témoignage ne peut être que commun. C’est la seule façon d’être crédible pour le monde d’aujourd’hui, marqué par la fragmentation et la polarisation. Cela suppose l’amour et l’estime mutuels entre les croyants, les Eglises chrétiennes et les communautés ecclésiales. Laissons-nous guider par le Saint-Esprit, qui nous est donné à tous.

Du côté de la Conférence des évêques suisses, comment le projet est-il soutenu ?
AF : La première personne catholique qui représentait la Conférence des évêques était l’évêque Denis Theurillat. Suite à sa retraite, on m’a demandé de reprendre la main. Je fais le lien avec les Eglises et lorsque nous organisons des rencontres internationales et régionales, l’Eglise catholique est toujours représentée. C’est une formidable occasion de témoigner que le Christ accompagne les hommes sur tous les continents depuis deux mille ans. Un événement d’une telle ampleur ne doit pas être célébré dans l’ombre.

Il reste encore sept ans jusqu’à la célébration. Comment faites-vous pour ne pas vous faire oublier ?
MH : Les rencontres internationales font partie de la manière de se rappeler à la mémoire des gens. Mais maintenant, nous ne sommes plus « seuls ». Beaucoup de mouvements ont rejoint ce chemin vers 2033, comme le mouvement catholique « Global 2033 » et « Agenda 2033 », proposé par « Charis », le service international du Renouveau charismatique catholique. 
AF : Cela passe par des rencontres dans ma paroisse, des événements œcuméniques. Ce sont des occasions, certes pas spectaculaires, d’avancer ensemble vers cet événement et qui peuvent ensuite avoir un impact plus large.

Rassemblement JC2033 à Genève.

Un anniversaire qui compte!

En 2007, Olivier Fleury, un pasteur pentecôtiste vaudois, reçoit la vision « d’une explosion de joie et de lumière à travers le globe » et « d’un peuple célébrant les deux mille ans de la résurrection de Jésus ». Depuis, il encourage, avec le mouvement JC2033, à vivre l’événement de manière planétaire, sur la base d’initiatives locales. Il s’est entouré d’une équipe, autant locale qu’internationale, garante de la vision de départ et de sa continuité jusqu’à Pâques 2033.

Bio express

Anita Francioli fait partie du Comité consultatif JC2033, apportant réflexions et propositions en vue du jubilé. Elle a pour mandat d’informer la Conférence des évêques suisses sur les activités de JC2033. A titre personnel, elle fait partie du Mouvement des Focolari.

Martin Hoegger est responsable des relations avec les Eglises au sein de l’association JC2033. En outre, il est pasteur réformé dans le canton de Vaud et très actif dans l’œcuménisme.

Plus d’informations : www.jc2033.world/fr/

Catherine de Sienne

Catherine de Sienne s’est immiscée dans la politique ecclésiastique et a changé le cours de l’histoire.

Par Paul Martone | Photo : DR

« Ne vous contentez pas de peu, Dieu attend beaucoup de vous ! » Cette exhortation vient de Catherine de Sienne et elle semble avoir été écrite sur mesure pour sa vie ! Elle fait partie des femmes exceptionnelles de l’Eglise catholique : elle s’est immiscée dans la politique ecclésiastique, a exhorté papes et rois et a ainsi changé le cours de l’histoire. Ce n’est pas un hasard si elle a été élevée au rang de docteur de l’Eglise en 1970 et qu’elle compte ainsi parmi les quatre femmes des 38 docteurs de l’Eglise. 

Contre la décadence de l’Eglise

Caterina Benincasa est née en 1347 à Sienne. Lorsque ses parents sévères voulurent la marier à l’âge de 12 ans, elle s’opposa avec succès à ce projet. En 1363, elle devint membre du Tiers-Ordre de Saint Dominique. A une époque marquée par les meurtres, la haine et la guerre civile, elle se sentit appelée par Dieu à s’engager énergiquement contre la décadence de l’Eglise et en faveur de réformes. Elle n’hésita pas à s’exprimer en termes clairs. « Ce que le Christ a acquis sur la croix est gaspillé avec des prostituées », telle était sa critique sans équivoque du déclin moral du clergé. 

Même les évêques n’étaient pas épargnés : « Dans le jardin de l’Eglise, les plantes pourries doivent être arrachées et remplacées par des plantes fraîches et parfumées. » De tels propos provocateurs étaient très inhabituels pour une femme, à l’époque, et étaient considérés avec méfiance par les hommes. Mais Catherine a su convaincre : elle a été autorisée à prêcher et publier officiellement. En 1375, elle a reçu les stigmates du Christ.

Depuis 1309, les papes résidaient « en exil » à Avignon. Finalement, Grégoire XI envisagea de retourner à Rome. Pour le conforter et le soutenir dans sa décision, Catherine écrivit : « Ne soyez pas un nourrisson craintif, mais un homme. » En 1377, le Pape retourna à Rome. Un an plus tard, Catherine s’installa à Rome, où elle réclama des réformes de l’Eglise, qui ne furent cependant jamais vraiment mises en œuvre par le Pape. Catherine mourut à Rome le 29 avril 1380, fut canonisée en 1461 et nommée sainte patronne de l’Europe en 1999. Sa fête est célébrée le 29 avril.

La saison des asperges

Quand les bienfaits de l’asperge et de l’aspersion (selon saint Augustin) se retrouvent par-delà l’étymologie…

Par Pierre Guillemin | Photo : DR

Traditionnellement, les asperges sont récoltées en avril dans nos pays. Mais, si le verbe « asperger » et le légume « asperge » partagent la même écriture, ils n’ont pas la même origine étymologique.

• « Asperger » vient du latin « aspergere » qui signifie « saupoudrer », « répandre ».

• « Asperge » vient du latin « asparagus » qui désigne une jeune pousse et plus directement ce légume.

Mais, au-delà de leur orthographe similaire, « asperger » et « asperge » nous apportent de nombreux bienfaits ; c’est là leur trait commun.

Le naturel et le spirituel

Chez saint Augustin, l’acte d’asperger ou l’aspersion (aspersio) n’est pas traité comme un rite autonome, mais comme une purification étroitement liée au baptême, à la grâce de Dieu. 

Les bienfaits de l’aspersion résident dans sa signification spirituelle : elle rappelle que Dieu purifie, mais pas l’homme ; elle renvoie à la grâce baptismale ; elle invite à la conversion intérieure ; elle enseigne l’humilité.

L’asperge est un légume aux nombreux bienfaits nutritionnels et médicaux, reconnu pour ses effets positifs sur l’organisme. 

Elle est riche en vitamines et minéraux essentiels et contient notamment : des vitamines du groupe B (B1, B2, B9) ; de la vitamine C, antioxydante ; de la vitamine K, importante pour la coagulation sanguine et la santé osseuse ; des minéraux comme le potassium, le phosphore et le magnésium.

L’asperge est connue pour ses propriétés diurétiques, favorisant l’élimination de l’eau et des déchets par les reins, ce qui contribue au bon fonctionnement du système urinaire. 

Grâce à sa teneur élevée en fibres alimentaires, l’asperge améliore le transit intestinal et prévient la constipation. 

L’asperge contient des antioxydants. Ces composés contribuent à protéger les cellules contre le vieillissement prématuré et peuvent réduire le risque de certaines maladies chroniques.

Des sources de bienfaits

Grâce à sa richesse en potassium et en folates (vitamine B9), l’asperge participe à la régulation de la pression artérielle et à la réduction du taux d’homocystéine, un facteur de risque cardiovasculaire contribuant ainsi à la santé du cœur et des vaisseaux sanguins.

L’asperge est une excellente source de folates, indispensables au développement du système nerveux du fœtus, prévenant certaines malformations congénitales.

L’asperge est un légume complet, à la fois léger, nutritif et protecteur pour la santé. Intégrée régulièrement dans l’alimentation, elle contribue au bon fonctionnement de nombreux systèmes de l’organisme, tout en apportant saveur et variété aux repas.

Etre aspergé selon saint Augustin et manger des asperges nous procurent de tels bienfaits qu’il serait donc dommage de nous en priver !

Alexandre Ineichen : artisan d’unité

L’Abbé est le visage de la communauté à l’extérieur.

Une journée d’hiver comme les autres à Saint-Maurice. Le soleil qui illumine de ses rayons les sommets enneigés ne semble pas atteindre l’imposante abbaye vieille de plus de 1500 ans. Vêtu de la traditionnelle soutane noire, ayant troqué le rochet blanc pour la croix pectorale, le chanoine Alexandre Ineichen avance à ma rencontre. Le nouveau Père-Abbé a reçu la bénédiction abbatiale le 19 mars dernier, jour de la fête de saint Joseph.

Par Véronique Benz | Photos : Olivier Roduit

Né en 1967 à Berne, Alexandre Ineichen a vécu toute sa jeunesse dans le Chablais, entre Monthey et Ollon. Il est originaire de Suisse allemande par son papa et du Gros-de-Vaud par sa maman.

Détendu, d’aspect jovial, il parle ouvertement. A sa manière de s’exprimer, on devine l’ancien enseignant et à sa façon de soupeser les mots le recteur fraîchement retraité.

Alexandre Ineichen a fait ses études à Saint-Maurice. « Mes parents étaient catholiques, j’ai fait ma première communion et ma confirmation, mais c’est à l’adolescence que j’ai redécouvert la foi en Jésus Christ. Deux questions m’habitaient : devenir religieux et me mettre au service de l’Eglise. » Pour répondre à cet appel du Seigneur, il cherche un peu partout pour finalement réaliser que tout était là sous ses yeux. « Les chanoines de Saint-Maurice ont la particularité, ce ne sont pas les seuls, d’associer ce double aspect de vie religieuse et de vie sacerdotale. Nous vivons au sein d’une communauté tout en nous engageant au service de l’Eglise comme prêtre. » 

En 1988, sa maturité en poche, Alexandre Ineichen entre au noviciat chez les chanoines de Saint-Maurice. Il prononce ses premiers vœux en 1989 et est ordonné prêtre le 21 mai 1994.
Il étudie la théologie, les mathématiques et la physique à l’Université de Fribourg. A partir de 1996, il commence à enseigner au collège de l’Abbaye les maths, la physique, l’éthique et la culture religieuse. Il a travaillé quelque temps à l’internat, puis il fut prorecteur et recteur depuis 2007. 

Alexandre Ineichen est un chanoine heureux. « La prière et l’étude remplissent une existence, même s’il y a parfois des hauts et des bas. Puis il y a l’apostolat dans lequel nous avons beaucoup de joies : mariages, baptêmes, etc. Pour moi, il fut également réjouissant de participer à la vie du collège. » Le chanoine relève que dans cette vie apostolique, il y a des échecs. « Nous aimerions faire mieux, différemment. Il faut reconnaître que c’est souvent les rapports humains qui sont compliqués. » Pour Alexandre Ineichen, c’est justement au cœur des difficultés que nous trouvons quelque chose d’enrichissant.

L’Abbé, un artisan d’unité

Quel est le rôle de l’Abbé ? « Il s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs. Un autre élément essentiel : l’Abbé fait l’unité. L’abbaye est à la fois un lieu de vie, un lieu de prière et une PME. » L’Abbé Ineichen doit créer des liens entre toutes ces réalités. Il est également le visage de la communauté à l’extérieur. 

Alexandre Ineichen avoue ne pas être un révolutionnaire dans l’âme. « Pour moi le plus important est de réussir à amener chaque membre de la communauté, les gens qui travaillent avec nous et ceux qui viennent nous rencontrer, à s’épanouir. Je ne suis pas Abbé pour dire ce qu’il faut faire, mais plutôt pour susciter les charismes et surtout pour permettre à chacun de développer ce qu’il est réellement. C’est la fameuse phrase d’Augustin : « Deviens ce que tu es. » L’Abbé doit être le facilitateur de cette expression-là. » 

Bâtir l’unité dans la confiance, voilà le challenge du nouvel Abbé de Saint-Maurice.

Rome a confirmé le 31 octobre 2025 l’élection du chanoine Alexandre Ineichen comme nouvel Abbé de Saint-Maurice.

Un souvenir marquant de votre enfance ?

Mes meilleurs souvenirs d’enfance sont les vacances chez ma grand-maman dans le Gros-de-Vaud. 

Votre moment préféré de la journée ?

Je suis un lève-tôt. J’apprécie ce moment, tôt le matin, où tout est calme et paisible.

Votre principal trait de caractère ?

Je pense que c’est la fidélité, la loyauté.

Votre livre préféré ?

Je lis énormément. J’aime me perdre dans les grands récits classiques comme Dostoïevski ou Soljenitsyne.

Une personne qui vous inspire ?

Emmanuel Levinas que j’ai eu comme professeur à l’université ainsi que certains chanoines que j’ai eus comme enseignants ou confrères. 

Votre prière préférée ?

L’Office divin est la prière par excellence. Chaque jour, je découvre les psaumes. Je trouve qu’ils ont une richesse et une profondeur très importantes.

En librairie – avril 2026

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Ouvertures bibliques
Herbert Marks

Ouvrir l’Ancien Testament avec Herbert Marks, c’est se préparer à un voyage savoureux et à bien des surprises : la Bible est un rouleau à déployer au risque des paradoxes et des interrogations qui la traversent, en expriment la richesse et obligent à une redécouverte permanente. Plus que tout autre, elle est un livre à arpenter, à lire et à relire. Herbert Marks manifeste dans ces pages qu’il est aujourd’hui l’un des meilleurs exégètes de l’Ecriture. Il nous fait aborder les rivages de l’Ancien Testament, livre par livre, en s’attachant aux figures qui en dessinent la trame et en nourrissent l’intrigue. Sous sa plume, les hommes et les femmes, patriarches et prophètes, prennent vie pour devenir nos compagnons de route.

Editions Loyola

Acheter pour 36.00 CHF

Témoins de l’Espérance
Benoît de Blanpré avec Thomas Oswald

Dans de nombreux pays, des chrétiens célèbrent l’eucharistie, prient et confessent le Christ au péril de leur vie. Malgré des conditions terribles, les Eglises qui sont frappées par la persécution font preuve d’une extraordinaire vitalité. Les auteurs nous invitent à la rencontre de ces témoins cachés qui vivent l’Evangile au cœur du danger. Sans chercher l’héroïsme, ils demeurent fidèles au Christ et deviennent pour nous des exemples. Ce voyage bouleversant auprès des apôtres de notre temps rappelle que l’espérance chrétienne reste vivante et indestructible, particulièrement dans l’adversité.

Editions Artège

Acheter pour 29.30 CHF

Celles qui ont dit oui
Anne Céline Denis 

Chaque figure féminine est abordée sous l’angle de sa résilience humaine et de l’espérance de l’Alliance. De Sara à Marie, nous apprenons la résilience qui affronte le désert. Quand la vie quotidienne, la vie de couple, la vie de famille sont menacées, qu’en est-il des relations hommes-femmes ? Quelle espérance pour le couple d’Anne et Tobie quand Tobie devient aveugle ? Quelle issue pour la veuve de Sarepta condamnée à mourir de faim ? Au-delà de la résilience humaine, quelle était la source de leur espérance ? Enfin, celles qui ont dit oui nous permettent de relire le Magnificat d’une façon unifiée et renouvelée.

Editions Saint-Léger

Acheter pour 23.90 CHF

Ma première bible animée
Suzy Senior

Des récits de la Bible pour les enfants de trois ans et plus, avec de quoi faire jouer leurs petits doigts (soulever, toucher, déplacer, tourner…) pendant qu’ils entendent parler de Dieu le Père qui les a créés et les aiment, eux et le monde entier, et de Jésus son Fils venu les sauver. Une découverte de la Bible à travers des épisodes marquants, que l’enfant peut animer en tournant, soulevant ou déplaçant certains éléments.

Editions Pierre Téqui

Acheter pour 19.40 CHF

Pour commander

Vivre sa foi avec un handicap

Souvent, les fauteuils roulants sont « parqués » devant l’autel ou dans les allées.

Comment promouvoir la pleine participation et l’inclusion des personnes en situation de handicap dans nos communautés paroissiales ? A la suite du colloque « Handicap et foi », organisé conjointement par le Centre œcuménique de pastorale spécialisée (COEPS) et l’Université de Fribourg, qui a eu lieu au mois de janvier 2026, nous vous proposons une plongée dans cette pastorale spécialisée et ses défis. 

Par Véronique Benz | Photos : DR, Unsplash, Pixabay

« Comment se fait-il que nos centres commerciaux prévoient des places de parc pour les personnes en situation de handicap alors que, dans nos églises, nous n’avons pas de lieu spécifique pour les accueillir ? », a constaté Michel Steinmetz, directeur de l’Institut de Sciences liturgiques de la faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Le prêtre a relevé que souvent les fauteuils roulants étaient « parqués » soit devant l’autel soit dans les allées. Pourtant les personnes handicapées ne sont-elles pas baptisées comme les autres ? 

Le handicap dans la Bible

Catherine Vialle, professeure à l’Université catholique de Lille, a montré que le handicap était présent dans la Bible. Les grandes figures fondatrices sont des personnes en situation de handicap : Jacob est boiteux et Moïse souffre de difficulté d’élocution (cf. le livre de la Genèse). Le handicap de Jacob et celui de Moïse ont été le lieu d’une ouverture à l’autre. Ce n’est qu’après son combat avec l’ange que Jacob peut s’ouvrir à la reconnaissance de l’altérité et rencontrer son frère. Ce qui est frappant dans ces récits est le fait que ni Jacob ni Moïse ne sont guéris de leur handicap. Ils accomplissent leur mission avec leur handicap.

Ce n’est qu’après son combat avec l’ange que Jacob peut s’ouvrir à la reconnaissance de l’altérité.

L’expérience de l’asymétrie 

Thierry Le Goaziou, directeur de l’Association d’amis et de parents de personnes handicapées mentales du département de la Nièvre (France), a proposé une théologie de l’acceptation. Il a relevé que la rencontre avec une personne en situation de handicap est toujours une expérience perturbante. « Ce trouble provient de la peur de la différence, mais aussi de la crainte de la ressemblance. »

Carolina Leitao, coach de vie malvoyante avec la maladie des os de verre, nous invite à une juste relation à soi. « Nous sommes appelés à la sainteté, mais non à être parfaits. Il faut apprendre à s’accepter tel que nous sommes et pas tels que nous voudrions être. » Pour elle, l’acceptation est une attitude générale qui nous permet de regarder le handicap en face sans le diminuer ni l’augmenter. « Il faut accepter d’être acceptés même et surtout si nous nous sentons inacceptables. »

Etre créatifs

La catéchèse est la même pour tous et à tous les âges de la vie, mais sa pédagogie doit être adaptée à chacun. Christophe Sperissen, prêtre du diocèse de Strasbourg, aumônier auprès de personnes en situation de handicap, a parlé de la créativité en catéchèse spécialisée. « La créativité, c’est faire preuve de courage et d’audace, mais ce n’est pas faire n’importe quoi. Elle doit être au service de la Parole de Dieu. Elle doit nous aider à entrer dans l’imagination, à stimuler l’affection, à se sentir impliqués dans l’histoire du Salut et elle doit rendre contemporains et actuels les mystères de la foi », a souligné le prêtre de Strasbourg. « La créativité, ce n’est pas faire pour les personnes handicapées, mais c’est faire avec elles. Dans la catéchèse spécialisée, nous n’accompagnons pas seulement les personnes en situation de handicap, mais aussi tous les professionnels qui les encadrent. »

Une Eglise à bâtir ensemble

Durant le colloque, plusieurs expériences de ce qui se vit avec les personnes en situation de handicap ont été présentées. En voici quelques exemples :

L’Arche en Suisse
« Comment est-ce que des personnes avec un handicap peuvent-elles donner la vie lors de temps spirituel ? », s’est questionnée Virginie Kieninger, responsable nationale de l’Arche suisse. Elle a cité l’exemple d’Anne, qui ne peut parler qu’à travers un ordinateur. Avec l’aide de son accompagnatrice, elle a cherché son élan intérieur. Après deux jours, Anne a pu écrire : « Je veux partager l’arc-en-ciel qui est à l’intérieur de moi. » Elle a ensuite présenté cet élan devant les autres grâce à une gestuelle et des foulards. Les mots sont limités, mais Anne a pu exprimer son élan de vie à la communauté. 
Site : http://arche-suisse.ch

La fraternité diocésaine des amis de saint André Hubert Fournet à Poitiers
Cette fraternité est née à la suite d’un appel à la vocation d’un jeune handicapé. Il voulait devenir prêtre, mais en raison de son handicap, ses parents lui avaient dit qu’il ne pourrait pas. Le jeune homme handicapé a interpellé son évêque qui l’a écouté et a mis sur pied un groupe de travail. Après 10 ans de réflexion, la fraternité des amis de saint André Hubert Fournet est aujourd’hui florissante. Chaque membre de la fraternité, à la suite de sa consécration, reçoit selon son charisme et ses possibilités une mission spécifique. 
Site : www.poitiers.catholique.fr

Le SPRED à Chicago
Joe Quane, directeur exécutif de SPRED (Special Religious Developpement), a présenté ce programme diocésain composé de groupes paroissiaux de bénévoles qui offrent une amitié individuelle et une vie spirituelle aux personnes avec une déficience intellectuelle. Au cœur de cette méthode se trouvent les liens d’amitié et les relations personnelles profondes au sein d’une communauté, à travers lesquelles les catéchistes, sous la conduite du Saint-Esprit, accompagnent les autres dans la découverte de la foi. La méthode SPRED permet aux personnes en situation de handicap d’être des membres à part entière de leur communauté paroissiale. 
Site : www.spred-chicago.org

Devenir corps du Christ en fauteuil

Patrick Talom a fondé le cabinet de conseil sur le handicap et le Groupe de recherche transversal sur le handicap en Afrique.

Patrick Talom est théologien pluraliste du handicap. Il a fondé le cabinet de conseil sur le handicap et le Groupe de recherche transversal sur le handicap en Afrique. Il est chargé d’enseignement à l’Université catholique de Lille. A l’âge de 26 ans, suite à un accident, tout bascule. « Pendant 10 ans, je suis resté dans un trou noir à chercher, à comprendre ce qui se passait. A 36 ans j’ai fait le choix de me former à l’université. Mon fauteuil est un lieu d’appel à la sainteté et à l’amour. Même dans un fauteuil, je suis encouragé à être heureux et à prendre ma place dans l’Eglise. La Parole de Dieu est aussi faite pour moi avec mon handicap. L’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Je suis aimé de Dieu. J’ai un rôle à jouer. » Pour Patrick Talom la question n’est pas de savoir si les autres lui donnent sa place, mais de la prendre.

La foi des proches (Marc 2, 1-12)

Ce qu’il y a de frappant dans la version selon Marc de la guérison du paralytique, c’est la détermination des quatre hommes qui l’apportent à Jésus.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

Ce qu’il y a de particulièrement frappant dans la version selon Marc de la guérison du paralytique, c’est la détermination des quatre hommes qui l’apportent à Jésus. Et qui, devant l’afflux de la populace, vont même jusqu’à ménager une ouverture dans le toit pour le descendre devant le Fils de l’homme. C’est « en voyant leur foi » que le Christ remet les péchés du handicapé et le guérit (2, 5). La solidarité fait vraiment des miracles : la sollicitude des proches aidants réalise des merveilles.

Et surtout, les personnes en situation de handicap occupent une place essentielle dans nos communautés. Elles nous rappellent que notre état de santé est un pur cadeau dont nous sommes les bénéficiaires, que le handicap n’est pas le fruit d’une « punition divine » pour une faute, cachée ou avouée, et que nous devons tout faire pour promouvoir l’inclusion et la participation de toutes et tous dans nos assemblées.

Mais alors, pourquoi Jésus commence-t-il par libérer le paralytique de ses péchés, en s’attirant de ce fait les foudres des scribes ? Car pour ces derniers, seul Dieu peut remettre les fautes. Le Rabbi de Nazareth nous apporte toujours une délivrance globale, aussi bien spirituelle que physique. Le plus important demeure le soulagement de nos âmes et de nos cœurs et la libération exceptionnelle de la paralysie advient comme un signe de l’avancée du Royaume parmi nous. Du reste, tout prêtre peut pardonner les péchés, mais les guérisons miraculeuses restent rares : elles sont là pour attester que l’Esprit est à l’œuvre en cet âge.

Par notre proximité avec les personnes en situations de handicaps, nous leur octroyons le rôle qui leur revient comme témoins d’espérance. Nous nous associons à leur prière et à leur chemin. Et surtout, nous recevons d’elles bien plus que nous pouvons leur apporter.

Car souvent elles font preuve de bien plus de conviction que nous et elles traversent les épreuves placées sur leur route avec d’autant plus de persévérance qu’elles dépendent en grande partie des autres. Elles concrétisent la parole de saint Paul : « C’est quand je suis faible que je suis fort » (2 Corinthiens 12, 10) en se laissant façonner par la grâce du Seigneur et en gardant dans leur cœur l’ancre du salut, en tant que pèlerin(e)s d’espérance. L’année jubilaire qui vient de s’achever nous l’a abondamment rappelé.

Inclusion

Par Thierry Schelling | Photo : DR

Le 13 septembre 2025, discrètement mais non sans conviction, une note du Saint-Siège appelée rescriptum ex audientia sanctissimi – un rescrit ou acte administratif par écrit issu d’une audience avec le Pape – était publiée par la Salle de presse vaticane. Elle annonçait que le Secrétaire d’Etat avait eu audience avec Léon XIV en août et avait eu son approbation à la modification du règlement d’emploi des actifs dans la Curie romaine, ouvrant ainsi la possibilité de travail au Saint-Siège pour les personnes avec un handicap.

Normes

Avec tact et chaleur, les personnes concernées doivent être accueillies au sein des Dicastères et autres bureaux et, si nécessaire, les modifications pour leur accès doivent être effectuées. Elles seront recrutées comme toute autre personne cherchant un emploi et considérées évidemment égales aux collègues non porteurs d’un handicap.

La modification de termes est significative : là où on disait « état de santé dûment établi » pour qui se présentait pour une charge curiale ou au Saint-Siège, désormais, on parle d’« aptitude psychophysique aux fonctions à exercer, certifiée par la Direction de la santé et de l’hygiène de l’Etat de la Cité du Vatican ».

Un peu d’histoire

Il faut se rappeler que pendant des siècles, le handicap physique ou psychique était traduit comme une punition de Dieu à l’encontre du pécheur ou de la pécheresse ainsi doublement victimisés : lépreux, trisomiques, albinos ont souffert d’une ostracisation officielle de la part de la société et de l’Eglise. Donc, par conséquent, pas possible de devenir prêtre ou religieux/religieuse. Cela est entériné dans la première publication du Droit Canon de 1917 (cf. article 984). En 1983 – publication du second corpus dit « Droit Canon » –, Jean-Paul II permet qu’un handicap physique ne soit pas un obstacle à l’Ordre, alors que celui psychique demeure rédhibitoire. 

Sur le terrain paroissial

Bonne nouvelle : des paroisses accueillent tout enfant porteur ou non d’un handicap qui, socialement, est adaptable au cadre de la catéchèse ; des servantes et servants de messe trisomiques (regardez sur Instagram !). Mieux, à Genève, la pastorale œcuménique des personnes en situation de handicap et de leurs familles (COPH), a fêté ses 60 ans. Bientôt des vocations en Eglise ?

La Bible de Moutier-Grandval et la crèche aux cinq sens

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Romuald Babey, représentant de l’évêque à Neuchâtel, est l’auteur de cette carte blanche.

Par Romuald Babey, représentant de l’évêque à Neuchâtel
Photos: DR, wikipédia

Le 14 décembre dernier, nous nous sommes rendus, mon épouse et moi-même, au Cinoche à Moutier – encore bernoise à ce moment-là – pour visionner un film sur la Bible de Moutier-Grandval. Il s’agit du reportage « Un Livre, une histoire, un Trésor » réalisé par le diacre Jean-Claude Boillat pendant que cette Bible était exposée au Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont de mars à juin 2025.

Ce reportage permet certes de se plonger dans l’histoire captivante de la Bible de Moutier-Grandval, mais ce qui nous a frappés, ce sont les regards de diverses personnes qui nous révèlent cette Bible. Une communauté humaine émerveillée nous dévoile la beauté de cette œuvre conservée à la British Library à Londres 1.

Le réalisateur a mis le focus sur l’humain qui reçoit cette œuvre, sur l’émotion qui peut le traverser. Il nous fait toucher ce livre, cette histoire, ce trésor comme s’ils étaient nôtres, de notre pâte humaine. Chacun peut se sentir concerné par cette Bible, par la Bible qui raconte l’histoire de l’alliance de Dieu avec l’homme, une histoire d’amour entre le Créateur et sa créature. Chacun est invité à s’en approcher.

Une dizaine de jours plus tard, nous nous rendions à Porrentruy à l’église Saint-Pierre pour visiter la crèche aux cinq sens. C’est une œuvre magnifique et itinérante, imaginée et façonnée par deux amis, Créa Calame et Maurice Bianchi. Ce qui nous a émerveillés ce sont les nombreuses scènes de vie présentées. Chacun peut trouver une scène de la vie quotidienne qui le concerne. Et la crèche évolue en fonction du temps de l’Avent et du récit de Noël.

A nouveau l’humain est au centre. Ses sens, ses cinq sens sont mis en mouvement. Cette crèche fait participer tout le corps et nous invite à nous plonger non seulement dans le récit de la naissance de Jésus, mais aussi à rejoindre tous les humains représentés dans les diverses scènes et tous ceux qui sont venus visiter cette crèche éphémère.

1 Petite anecdote en passant : nous étions à Londres avec mon épouse en 2024. Je souhaitais alors visiter la British Library et particulièrement voir de très anciens manuscrits du Nouveau Testament. Et nous sommes passés devant la vitrine de la Bible de Moutier-Grandval sans vraiment y prêter attention !

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