Un homme du verbe…

Assis dans un café, en face de moi, Pierre Vianin parle aisément. Je perçois directement l’enseignant et le pédagogue. Il me raconte sa vie, ses engagements, sa passion pour la lecture et pour l’écriture… Le fil rouge de son histoire est sans aucun doute le verbe. Le verbe comme parole, comme mot, mais aussi le Verbe de Dieu. 

Par Véronique Benz | Photo : DR

Marié à Ursula et parent de trois filles adultes, Pierre prendra officiellement sa retraite à la fin juin. Après une formation en pédagogie curative à Fribourg, Pierre a d’abord travaillé dans l’enseignement spécialisé. Puis pendant près de 24 ans à la HEP du Valais tout en gardant un 30 % pour l’appui scolaire. Pour cet homme très investi dans son travail, la retraite représente une période particulière. « J’ai beaucoup prié pour savoir ce que j’allais faire de ma retraite et j’ai eu une réponse ! Comme quoi c’est bien de prier ! » Pierre Vianin a décidé de consacrer une « bonne partie » de sa retraite à l’Eglise. Cela semble couler de source pour quelqu’un qui s’est engagé sans relâche.

Pierre est né dans une famille croyante. Il a reçu une éducation chrétienne. « J’ai toujours été croyant et je le suis de plus en plus, même si parfois j’ai douté. » Comme croyant, il dit s’être investi un peu dans l’Eglise. Lorsqu’il m’énumère ses engagements, je trouve le « un peu » superflu. Pierre a été servant de messe et lecteur. Il a fait partie, avec l’abbé François-Xavier Amherdt, de la commission qui a lancé L’Arc-en-Sierre (ndlr. L’Essentiel de Sierre). Avec son épouse, il a suivi la formation aux ministères et service en Eglise (FAME) qui s’appelle aujourd’hui le parcours Théodule. Puis, il fut pendant dix ans le rédacteur responsable du journal paroissial de Sierre. Pendant une dizaine d’années, en lien avec un prêtre, Pierre et son épouse Ursula se sont occupés de la préparation des jeunes au mariage. 

Pierre a coécrit avec l’abbé Amherdt un livre sur la pédagogie du Christ  (voir ci-contre). Depuis une petite année, il est membre de l’équipe de rédaction de la page Eglises du Nouvelliste. 

Enfin, avec son épouse et grâce à une copine, « j’ai découvert il y a cinq ans les écrits de Maria Valtorta, une mystique italienne. Cartésien de nature, j’ai été plutôt sceptique au départ. Puis j’ai lu les dix volumes et j’ai trouvé cela magnifique. Ces ouvrages m’ont aidé à approfondir ma foi. Lorsque j’en ai parlé autour de moi, j’ai constaté que personne ne connaissait Maria Valtorta. » Conscient que ces écrits ne sont pas reconnus officiellement par l’Eglise, Pierre, avec son épouse et trois autres personnes, a fondé l’Association Maria Valtorta, dont le but est de promouvoir la lecture de ses œuvres. « L’expérience me montre que les gens qui lisent Maria Valtorta approfondissent les Evangiles et se rapprochent de l’Eglise. Et ce fut en effet mon cas. »

A travers tous ses engagements, Pierre approfondit sa foi et comble sa passion pour l’écriture. Il trouve également les rencontres très enrichissantes. Bonne retraite au service du Christ et de sa mission !

Un souvenir marquant de votre enfance ?

Dès l’âge de 10 ans, je savais que je voulais devenir enseignant. Lorsque j’ai passé l’examen pour entrer à l’Ecole Normale, une de mes tantes a prié sainte Rita. J’ai appris des années plus tard que c’était la sainte des causes désespérées ! Vous imaginez la confiance de ma tante dans mes capacités à m’en sortir tout seul !

Votre moment préféré de la journée ?

Après une journée bien chargée, se retrouver le soir dans sa chambre, tranquille, avec un bon bouquin dans les mains. C’est le bonheur absolu !

Votre principal trait de caractère ?

Calme, très calme et lent, très lent. J’ai la chance d’être quelqu’un de passionné. Je suis aussi un peu naïf !

Le livre que vous avez lu plusieurs fois ?

Naturellement, les livres de Maria Valtorta, mais il y a également deux livres de François Varone qui m’ont transformé : Ce Dieu absent qui fait problème et Ce Dieu censé aimer la souffrance.

Une personne qui vous inspire ?

Le Christ. Je suis admiratif du sens de la répartie du Christ, par exemple quand il dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Une citation biblique qui vous anime ?

J’aime beaucoup le prologue de saint Jean : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. » (Jean 1, 1)

En librairie – juin 2026

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Convertissons-nous !
Guillaume Soury-Lavergne

Comme paroissiens, face aux crises et à l’ampleur des défis à relever, nous pouvons être tentés de nous démobiliser, voire de désespérer. Pourtant, pour que Dieu puisse agir dans notre faiblesse et faire advenir son Royaume, il nous faut prier ensemble et convertir nos habitudes. Le père Soury-Lavergne, fort de vingt années de vie sacerdotale, nous souffle une réflexion parfois audacieuse, souvent drôle et toujours concrète sur la vie paroissiale, fondée sur la parole de Dieu et le magistère de l’Eglise. S’adressant à tout baptisé, il dresse un état des lieux réaliste, illustré par son expérience, et détaille avec enthousiasme cette mission que Jésus nous a confiée. Ses conseils pratiques nous encouragent à poursuivre la conversion pastorale et personnelle pour renouer enfin avec la victoire de la vie !

Editions Première Partie

Acheter pour 29.80 CHF

Renaître et Vivre
Thibaud Guespereau – Henri Vallançon – Thibaud Collin 

Quelle joie de voir aujourd’hui tant d’adultes demander le baptême ! Ce signe d’espérance est aussi un appel pressant pour les pasteurs et les accompagnateurs : aider ces nouveaux croyants, souvent jeunes, à enraciner leur foi afin qu’elle grandisse et porte du fruit jusqu’à la vie éternelle. Comment soutenir ces commencements fragiles ? Comment conduire les catéchumènes vers une foi solide et vivante ? En prenant appui sur des contributions scientifiques, théologiques et philosophiques, ce livre donne des repères pour comprendre le temps présent, accueillir l’action de la grâce et entrer avec réalisme dans le combat spirituel. A l’écoute de l’histoire et des maîtres de la vie intérieure, il ouvre des pistes permettant de renouveler l’accompagnement des catéchumènes.

Editions Artège

Acheter pour 30.90 CHF

Naviguer avec le Christ
Philippe Cavin

Si l’on devait compter toutes les sollicitations qui jalonnent nos journées, nous pourrions aisément nous sentir submergés, voire perdre le sens de l’orientation. Prêter attention à chacune d’elles est impossible : notre esprit trie sans cesse entre des courants qui s’entrechoquent et s’entremêlent. Ce livre s’adresse à celles et ceux qui souhaitent interroger leur rapport à la société actuelle. Dans un monde qui questionne la place des religions et bouscule nos repères, il n’est pas toujours simple d’ancrer sa vie et de tenir une direction. La multiplication des sollicitations et la course en avant éprouvent aussi notre capacité, en tant que disciples du Christ, à assumer notre véritable identité.

Editions Cabédita

Acheter pour 19.50 CHF

A table !
Marie Malcurat

Et si chaque repas était l’occasion de se tourner ensemble vers Dieu, dans la gratitude et la confiance ? Ce livre propose des bénédicités pour chaque jour de la semaine, mais aussi pour les grandes étapes de l’année liturgique et les moments forts de la vie familiale : anniversaires, fêtes, examens, sacrements, sans oublier les périodes plus douloureuses. Puisées dans la Parole de Dieu ou inspirées de paroles de saints, ces courtes prières invitent à placer Dieu au cœur du quotidien.

Editions des Béatitudes

Acheter pour 22.50 CHF

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Jonglerie verbale

Par Thierry Schelling
Photo : DR

Herméneutique, rédemption, Trinité, transcendance, oblation… Ok, j’arrête les « gros mots » de la foi chrétienne. Ces concepts résonnent-ils encore dans le Peuple de Dieu d’aujourd’hui (je m’y inclus, tout prêtre que je suis) ? Demandez aux fidèles leur compréhension de la transsubstantiation… et nous sommes tous hérétiques ! J’ai bien dit « compréhension », pas « définition ».

Tout le monde n’a pas fait « Fac de théo » pour jongler avec ces mots ! Mais de la jonglerie à la pitrerie verbale, il n’y a qu’un pas : dès 10h20, un œil se ferme, puis deux ; un bâillement est retenu… On a perdu le Peuple de Dieu.

Sans parler des sciences bibliques : le péché originel n’est pas dans la Bible. Ah bon ? Mais alors… Le lexique chrétien évolue, comme les langues vernaculaires. Paul, avec ses Lettres, a initié en grec raffiné une première réflexion théo-logique, dans un contexte où les esclaves et la deuxième place des femmes, c’était ok… Mais aujourd’hui ? On me susurre que Paul n’est probablement pas l’auteur de toutes « ses » Lettres ! Quoi ?

Heureusement que l’immanence de la Trinité, où la Seconde hypostase s’est incarnée par pathogénèse, n’empêche en rien la consubstantialité de la divinité par périchorèse tendant à la parousie… Capito ?

La(ï)c Léman ?

L’embarcadère des Pâquis en 1936.

Certaines légendes affirment que le Léman serait né d’un reste du Déluge. Nulle Arche de Noé ici, ni Léviathan tapi dans la rade, mais une exposition temporaire installée sur la jetée des Bains des Pâquis. Léman sacré explore les liens entre le lac, la spiritualité et les pratiques religieuses qui s’y sont développées au cours de l’histoire.

Par Myriam Bettens
Photos : Denis Ponté, Marcel Bolomey, Musée du Léman, Myriam Bettens

Alors que Genève émerge à peine de sa torpeur, une dizaine d’habitués, bonnets en néoprène vissés sur la tête, se retrouve chaque matin, et par tous les temps, aux Bains des Pâquis, pour débuter la journée par une baignade dans le Léman. La nage en eau froide réunit, depuis quelques années, un nombre d’adeptes grandissant. Pour eux, les bienfaits sont autant physiques que spirituels. De là à parler d’une immersion dans la transcendance, il n’y a qu’une brasse.

L’eau, substance primordiale, occupe une place particulière dans l’imaginaire mythologique et la pratique religieuse, et le Léman n’est pas en reste. On peut même dire qu’il déborde de multiples légendes ! Il ne s’agit pas ici de mythes entourant ce lac, mais bien de réalités tangibles attestées par des documents, des lieux ou des objets historiques inventoriés à l’occasion d’une exposition sur le caractère sacré du Léman et attestant qu’une intense activité religieuse s’y est développée. Installée sur la jetée de ces mêmes thermes publics, l’exposition Léman sacré vous met directement dans le bain. 

Inaugurée à l’été 2025, elle explore plus de deux mille ans d’histoire du sacré autour du Léman. Née de la collaboration entre l’Association d’usagers des Bains des Pâquis (AUBP) et le Musée du Léman à Nyon, elle est le fruit d’une longue enquête. Des musées aux bibliothèques, en passant par les archives, la récolte de témoignages et la consultation de multiples articles de presse, l’exposition balaie un large champ de domaines. Cette investigation documentaire est complétée par la recherche dans les églises et les temples des communes qui bordent le lac, en Suisse comme en France, d’artéfacts religieux tels que vitraux, statues et fresques. 

On y rencontre des divinités tutélaires, des dieux romains, des Vaudois (pas nos voisins…mais les autres), des papes qui nous mènent en bateau et même quelques anguilles excommuniées ! Le Léman n’est, certes, pas le Jourdain, pourtant ce plan d’eau a longtemps été utilisé comme « baptistère ». La visite pourrait donc (théoriquement) se clôturer par un baptême de nage en eaux froides… ou pour les plus frileux, du côté de la buvette pour plonger sa fourchette dans un caquelon fumant.

« Je ne vous comprends pas ! »

Les agents pastoraux utilisent des mots et des phrases dont les fidèles ne comprennent plus vraiment le sens.

L’Eglise a perdu l’art de transmettre son message dans un langage compréhensible. Des expressions et des images intelligibles à l’époque de Jésus ne le sont plus aujourd’hui. Que signifient les mots que nous utilisons ? Essayons un « aggiornamento », c’est-à-dire une traduction des mots anciens dans une forme moderne.

Par Paul Martone | Photos : Unsplash, Pixabay, DR

« Comment l’Eglise va périr dans son langage. » C’est le titre provocateur qu’Erik Flügge a donné à son livre (Der Jargon der Betroffenheit : Wie die Kirche an ihrer Sprache verreckt, Kösel 2016). Il y écrit que dans sa prédication, l’Eglise utilise encore aujourd’hui des expressions et des images qui étaient compréhensibles à l’époque de Jésus, mais qui ne le sont plus pour les hommes modernes. Le réalisateur bavarois Christian Stückl dit lui aussi que l’Eglise a perdu l’art de traduire son message dans un langage accessible. Selon lui, l’Eglise a perdu le contact avec les gens, qui ne reviennent à la foi que lorsqu’ils traversent une période difficile, car ils ne connaissent plus le sens de cette institution.

« Aggiornamento » de la langue

Les deux auteurs ont en quelque sorte raison. Les agents pastoraux utilisent dans les sermons, les liturgies et les prières des mots et des phrases qui leur viennent sans peine aux lèvres, mais dont nous ne comprenons plus vraiment le sens. Dans cet article, explorons la question suivante : que signifient les expressions qu’on utilise dans l’Eglise et comment peut-on les rendre compréhensibles ? Ici, il ne s’agit ni de banaliser la langue ni d’une nouvelle interprétation, mais plutôt d’un « aggiornamento », c’est-à-dire d’une traduction sous une forme moderne. Le langage de l’Eglise doit être proche de tout le monde, il ne doit pas être parlé et écrit pour une petite élite. 

La conscience

La conscience est le for intérieur le plus secret de l’homme, où il se trouve seul avec Dieu. C’est la voix intérieure par laquelle Dieu se fait remarquer. Elle le pousse à toujours faire le bien et à s’abstenir du mal sans réserve. La conscience est un jugement de la raison par lequel l’homme reconnaît si un acte donné est bon ou mauvais. Elle peut toutefois être engourdie et induite en erreur. C’est pourquoi il est nécessaire qu’elle soit formée pour devenir un instrument intérieur toujours plus fin de l’action juste, ce qui est une tâche qui dure toute la vie. La première étape de la formation de la conscience est l’autocritique. En effet, nous avons tendance à juger en notre propre faveur. La deuxième étape consiste à s’orienter vers les bonnes actions des autres. La troisième étape, qui est sans doute aussi la référence pour cette école de vie, ce sont les Dix Commandements de la Bible, la Parole de Dieu, la prière quotidienne, ainsi que l’enseignement de l’Eglise. Il faut toujours obéir à une conscience bien formée, même au risque de commettre une erreur. L’être humain a le droit d’agir librement selon sa conscience et de prendre ainsi des décisions morales personnelles. Il ne doit pas être contraint d’agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas non plus être empêché d’agir selon sa conscience, en particulier dans le domaine de la religion.

L’être humain a le droit d’agir librement selon sa conscience.

La grâce

Le latin peut nous aider à comprendre ce mot, car dans cette langue, la grâce se
dit gratia. Ce mot nous rappelle le mot « gratuit ». On peut dire que la grâce est un don que Dieu nous fait, et ce gratuitement, sans condition ni contrepartie. Elle est « l’attention libre et aimante que Dieu nous porte, sa bonté secourable, la force de vie qui vient de lui. La grâce, c’est tout ce que Dieu nous donne sans que nous le méritions le moins du monde » (Youcat, catéchisme de l’Eglise catholique pour les jeunes. N o 338). La grâce nous rend capables de vivre dans l’amour de Dieu et d’agir à partir de cet amour. 

L’herméneutique

L’herméneutique, dans le contexte ecclésial, désigne l’art et la science d’interpréter et de comprendre les textes bibliques. Elle cherche à saisir le message originel des Ecritures dans leur contexte historique, linguistique et culturel. En même temps, elle reconnaît que les lecteurs interprètent toujours à partir de leur propre époque et de leur expérience. Dans l’Eglise, l’herméneutique sert à rendre la Bible pertinente pour le présent sans en déformer le sens initial. La tradition, l’enseignement de l’Eglise et l’interprétation communautaire y jouent un rôle important. Son objectif est de rendre le message biblique compréhensible afin qu’il puisse orienter la foi et la vie aujourd’hui.

L’oblation

L’oblation est l’offrande faite à Dieu, souvent sous une forme matérielle ou symbolique. Elle peut se manifester dans la liturgie, notamment lors de l’offertoire, où le pain et le vin sont présentés. Au-delà du geste rituel, elle exprime aussi le don de soi du croyant à Dieu. L’oblation renvoie ainsi à une attitude intérieure de disponibilité et de dévouement. Dans la tradition chrétienne, elle est étroitement liée au sacrifice du Christ, compris comme offrande parfaite. Son but est d’inviter les fidèles à participer à ce mouvement d’offrande dans leur vie quotidienne.

La transcendance 

La transcendance dépasse le monde sensible et l’expérience humaine ordinaire. Elle renvoie principalement à Dieu, considéré comme infiniment au-delà de la création. Cette notion souligne que Dieu ne peut être pleinement compris ni saisi par l’intelligence humaine. En même temps, la transcendance n’exclut pas la proximité de Dieu, qui se révèle et agit dans le monde. Dans l’Eglise, elle invite à l’humilité et à l’adoration face au mystère divin. Son rôle est d’orienter les croyants vers une réalité ultime qui donne sens et profondeur à leur existence. 

La transcendance dépasse le monde sensible et l’expérience humaine ordinaire.
La transsubstantiation désigne la transformation réelle du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie.

La transsubstantiation

Dans la conception catholique, la transsubstantiation désigne la transformation réelle du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie.

L’apparence extérieure (forme, goût, odeur) reste identique, mais l’essence intérieure – la substance – est entièrement changée. Selon la doctrine catholique, cette transformation s’opère par les paroles de consécration prononcées par le prêtre lors de la messe. Elle repose sur la foi en la présence réelle et permanente du Christ dans le sacrement. Cette doctrine a été élaborée de manière systématique, notamment au Moyen Age, entre autres par Thomas d’Aquin, et reste aujourd’hui encore au cœur de la doctrine catholique sur l’Eucharistie, qui se distingue sur ce point des autres confessions chrétiennes.

Une somme d’écrits

Par Thierry Schelling | Photo : vaticantickets

« Parole, parole, parole. » Ce refrain italien d’une chanson française bien connue permet de prendre conscience que chaque Pape écrit littéralement des tonnes de mots : encycliques, exhortations, lettres, homélies… Quand on y pense, il y a une somme incommensurable d’écrits, de mots donc, que les Papes ont couchés sur papier pour dire le message doctrinal, théologique, religieux. C’est leur tâche première en tant que garants de la charité universelle entre catholiques. 

On estime, pour donner un cas de figure, à près de 30’000 le volume d’écrits pontificaux avant… l’année 1200 ! Colossale masse inégalée, qui plus est, dépassée depuis Gutenberg ! Et indénombrable…

Verba volant

Sans compter les paroles papales : combien volent depuis que les Papes sont Papes ! La première voix enregistrée d’un pontife fut celle de Léon XIII (1878-1903). Et dès Jean XXIII – avec ses Fioretti, ses propres jeux de mots recueillis pour la postérité –, les mots a cappella des Papes ont été scrutés… Gare au faux mot, à l’impair diplomatique, à la langue qui fourche. L’ars diplomatica s’est développé avec rigueur depuis 1701 lorsque Clément XI fonde l’Académie Pontificale Ecclésiastique, l’école des nonces, ces ambassadeurs du Pape auprès des gouvernements du monde entier. On y apprend notamment la rhétorique, la didactique et même comment tenir son verre en société – c’est vrai que tout se fait au nom du Pape !

Sans oublier que le polyglottisme des épiscopes de Rome s’est élargi avec un Jean-Paul II lisant en phonétique des dizaines de langues du monde. Mais qui se rappelle de tout ce qui a été dit ? Qui va relire ce qui a été écrit ?

Scripta manent

On ferait bien : car la mémoire oublie vite. Heureusement, les archives sont accessibles, et sur Internet, le site du Vatican donne accès à tout ce que le Pape a dit depuis l’an 2000 tout de même. On peut y surfer par mots et ainsi retracer son flux au travers de tous les documents papaux… Et se rappeler que « ce que j’ai écrit, je l’ai écrit », parole de Pontife !

Miséricorde (Luc 1, 50, Magnificat)

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

La Bible ne recourt à aucun jargon ecclésiastique car elle est Parole de Dieu rédigée par des écrivains sous l’impulsion de l’Esprit.

C’est plutôt à redécouvrir les beaux mots scripturaires dans leur étymologie hébraïque, grecque (et latine) que nous devons nous employer. Comme à raboter de vieux meubles recouverts par la patine du temps, afin de leur redonner toute leur splendeur.

Ainsi, le terme « miséricorde » qui provient du latin « miser – pauvre » et « cors – cœur », le cœur pour notre misère. Plutôt que de le déclarer vieillot, il s’agit de le resituer dans le cadre de sa signification originaire.

Il désigne d’abord la tendresse infinie du Seigneur qui s’étend d’âge en âge sur ceux et celles qui l’adorent (Psaume 104(103), 17) et que chante la « petite Marie » fille d’Israël dans son cantique d’action de grâce (Luc 1, 46-55). Car elle expérimente elle-même, en tant que servante du Très-Haut, la proximité divine envers son abaissement. Le Puissant se souvient de sa « miséricorde », c’est-à-dire de ce qu’il a déjà réalisé pour son peuple Israël. Comment pourrait-il l’oublier, alors que c’est son être d’être Père et que son pardon fait tressaillir ses entrailles maternelles ? 

Puis la « miséricorde » est exercée par tout être humain qui, à l’exemple du Samaritain de la parabole, se laisse émouvoir au tréfonds de lui-même par la souffrance de ceux qu’il croise. C’est par elle que nous nous montrons le prochain de ceux qui sont rejetés dans le fossé de l’indifférence (Luc 10, 29-37).

Le terme correspond aux sentiments du Père de l’histoire des deux fils quand il aperçoit de loin son cadet perdu revenant à lui (Luc 15, 11-32). C’est tout le langage du sacrement de la réconciliation et du signe de l’amitié qui nous prend aux tripes, dès le moment que nous changeons notre cœur de pierre en cœur de prière. Heureux sommes-nous si nous savons pleurer devant la détresse d’autrui et ne pas avoir un front dur comme du caillou (Matthieu 5, 5) !

Ce n’est donc pas par hasard ni par maladresse que le pape François avait décrété une « année sainte de la miséricorde » (en 2016), lui qui nous appelle à être une Eglise pauvre avec les pauvres !


Dénombrement du roi David

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Alexandre Ineichen, Père-Abbé de l’Abbaye de Saint-Maurice, est l’auteur de cette carte blanche. 

Père-Abbé Alexandre Ineichen
Photos  : Olivier Roduit, DR

Les Ecritures racontent en détail l’histoire du Salut, de la création du monde à la vie de Jésus. Cependant, cette longue histoire bien connue contient d’innombrables épisodes secondaires, beaucoup moins illustres. La lecture continue des Ecritures nous en découvre toujours de nouveaux, même après une longue pratique de cet exercice.

Dans deux passages de l’Ancien Testament, – 2 Sm 24 et 1 Ch 21 – dans l’épopée du grand roi David, il est mentionné que celui-ci a effectué un recensement du peuple élu et que Dieu en prit ombrage, mais laissa au roi le choix de la punition à infliger. Finalement, David offre un holocauste comme en conclusion de toute l’affaire.

Ces faits interrogent, car ils mettent en relation un acte administratif, un malheur – présenté dans le texte comme une calamité divine – et une offrande finale. Comment Dieu refuse-t-il à David, le roi qu’il a lui-même choisi et soutenu, de connaitre l’importance du peuple de Dieu ? Pourquoi lui inflige-t-il une punition comme une vengeance d’un Dieu jaloux ? Il va même jusqu’à demander à David de choisir la punition. Enfin, tout cela s’achève par une célébration à la gloire de Dieu et par une offrande. Comment comprendre ce sacrifice ? « Le Seigneur redevient favorable au pays et le fléau s’écarta d’Israël. » conclut le texte biblique.

Je mentionne ce passage curieux et mystérieux parce que, quelles que soient nos fonctions, nos responsabilités dans l’Eglise ou dans la société, nous cherchons toujours des chiffres – souvent contradictoires – afin de regretter un passé que nous embellissons, de nous enorgueillir de ce que nous accomplissions ou de prévoir un avenir que nous imaginons soit radieux, soit apocalyptique. 

A la lumière de cet épisode, dont je ne peux donner ici qu’un bref aperçu, il nous faut reprendre avec humilité – sans chiffre, presqu’à l’aveugle – l’histoire du salut, les yeux fixés sur Jésus Christ : rendre grâce pour les biens reçus dont nous n’avons jamais fini de mesurer l’ampleur ; agir en acte et en vérité à chaque instant ; et espérer contre toute espérance l’héritage que Jésus nous a promis.

Jeunes, humour et mot de la Bible – juin 2026

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Le bouc émissaire

Le bouc émissaire est celui que l’on accuse à tort et qui paie pour la faute des autres. Chez les Hébreux, lors de la fête des Expiations (en hébreu : Yom Kippour), conformément aux prescriptions du livre du Lévitique, le grand prêtre envoyait vers le désert un pauvre bouc chargé symboliquement de tous les péchés d’Israël et de toutes les malédictions. Pour les chrétiens, cet animal préfigurait le Christ, mort sur la croix, chargé des péchés de l’humanité.

Par Véronique Benz

Humour

La supérieure d’une congrégation religieuse vit ses derniers instants. Ses sœurs la veillent et lui proposent un verre de lait chaud. Elle refuse. Celles qui l’entourent, se souvenant des origines irlandaises de leur supérieure, ajoutent une goutte de whisky dans le lait. Doucement, une sœur humecte les lèvres de la mère supérieure qui se met tout à coup à vider le verre de lait. Une des religieuses lui pose la question suivante : « Ma Mère, auriez-vous une dernière volonté à nous confier ? » « Oui, surtout ne vendez jamais la vache ! »

Par Calixte Dubosson

Une lumière diffuse

Marylise Pesenti est nageuse en eau glacée.

Entre quête d’identité, cancers et retrouvailles inattendues, Marylise Pesenti, nageuse en eau glacée de l’équipe de Suisse, « avoue » que sa relation avec Dieu a été passablement écornée. Toutefois, elle le retrouve là où elle ne l’attendait pas…

Par Myriam Bettens
Photos : J.-Claude Gadmer, Marylise Pesenti

En relisant votre parcours de vie, on se dit que cela fait beaucoup pour une seule femme… Où avez-vous trouvé les ressources pour surmonter tout cela ?
En effet (rires)… C’est grâce à l’amour de ma famille et au soutien de mon mari, qui a toujours été présent. Il m’a accompagnée dans les démarches pour retrouver ma famille biologique. Ensuite, la maladie est arrivée… et là, c’était soit ça passe, soit ça casse. Il est resté à mes côtés, alors que même moi, je ne me reconnaissais plus !

C’est un peu la même chose avec Dieu, soit cela passait, soit cela cassait…
Ma foi a été bousculée, je l’avoue. Un sentiment d’injustice m’habitait. Alors que j’étais croyante et pratiquante, Dieu venait de me « lâcher ». Où est-ce que j’avais fait faux pour devoir subir tout ça ? Et ce sentiment a encore été exacerbé lorsque mon papa a développé la maladie d’Alzheimer suite à l’annonce de son premier cancer. Je suis entrée dans une forme de rébellion contre Dieu.

Pourquoi « avouer » que toutes ces épreuves ont ébranlé votre relation à Dieu…
Parce que, malgré tout, je ne me sens pas très à l’aise par rapport à cela. J’ai été élevée dans la foi, j’allais à la messe et je priais. J’ai mis tout cela de côté, car aujourd’hui, je me sens en décalage avec la foi que j’avais avant. Mais il est vrai que lorsque je me retrouve à l’église pour des enterrements, des mariages, des baptêmes, il y a quelque chose d’inexplicable qui monte en moi et me fait dire qu’« Il » est là malgré tout.

En même temps, on a aussi le sentiment que toute votre histoire est parsemée de « bénédictions ». Pourriez-vous dire que Dieu est là où vous ne l’attendiez pas ?
(Rires). Oui, c’est tout à fait vrai. Il y a cette lumière, cette présence diffuse à plusieurs endroits de mon parcours. En même temps, je pense avoir « provoqué » certaines de mes bénédictions, comme les retrouvailles avec ma famille biologique… 

Aujourd’hui, où en est votre relation ?
(Hésitation)… Je n’irais pas jusqu’à dire que tout est rétabli, mais je me sens réconciliée avec Lui et surtout beaucoup plus apaisée. Après, cela fait aussi partie de mon caractère d’avoir cette capacité d’accepter les épreuves sans colère ni rancœur. On peut vivre des choses très difficiles, se disputer, sans toutefois rompre la relation de manière définitive. Je renoue prudemment avec une présence qui m’accompagne… cela même si nous ne sommes pas toujours copains.

Marylise, ici aux championnats du monde de nage en eaux froides à Oulu en Finlande, en mars 2026.

Sacré Léman !

« Ce n’est certainement pas un hasard », lance Marylise Pesenti en pointant du doigt un des panneaux de l’exposition installée sur la jetée des Bains des Pâquis (Genève) décrivant le caractère sacré du Léman. Comme d’autres lève-tôt, elle est adepte de la nage en eaux froides, voire glacées, et cela par tous les temps. « Nous sommes une dizaine à venir ici vers six heures du matin pour nager. » Cette pratique a commencé comme un défi, alors que ce corps avait décidé de lui « faire tellement mal », elle a décrété que c’était elle qui allait le « gérer ». Lors de son deuxième cancer, elle se lance le défi de nager entre Saint-Gingolph et la plage de Vevey et s’entraine donc en conséquence. Un ami d’enfance lui propose de participer à la Coupe de Noël 2018, une compétition de nage en eau libre dans le Léman au mois de décembre. D’abord réticente, elle finit par accepter et y prend goût. Elle se lance ensuite dans la compétition et intègre en 2023 l’équipe de Suisse de Winter swimming (ndlr. nage en eaux froides) et participe à plusieurs championnats du monde, dont le dernier en mars 2025, en Finlande, avec une eau à – 0.7°…

Bio express

Marylise Pesenti est née à Estavayer-le-Lac en 1968. Elle arrive à Genève deux ans plus tard, adoptée par une famille aimante. Mariée en 1990 à Giovanni, son indéfectible soutien, ils ont eu deux filles. Après de nombreuses recherches, son foyer s’agrandit suite aux retrouvailles avec sa famille biologique. Un premier cancer du sein lui est diagnostiqué en 2006, puis un second en 2014. Suite à ces « tsunamis », elle redéfinit ses priorités : « Maintenant, elle veut vivre ! » La maladie la contraint aussi à se reconvertir professionnellement. Infirmière de formation, elle travaille aujourd’hui comme conseillère en appareils auditifs.

Saint Antoine de Padoue

Saint Antoine vu par l’artiste gruyérien Abraham Llucia Lopez.

Par Paul Martone | Photo : Claude Marguet

Saint Antoine de Padoue compte parmi les saints les plus populaires de l’Eglise. Nombreux sont ceux qui ont déjà invoqué son aide après avoir perdu quelque chose, ce qui lui vaut parfois d’être affectueusement surnommé « le saint des étourdis ». Mais Antoine est aussi un docteur de l’Eglise.

Antoine était originaire de Lisbonne, où il fut baptisé en 1195 sous le nom de Fernando. A l’âge de 15 ans, il entra au monastère des chanoines augustins près de Lisbonne. A peine deux ans plus tard, Antoine rejoignit leur monastère à Coimbra, l’un des plus prestigieux centres de formation théologique du Portugal, où il étudia la science biblique et la patrologie avant d’être ordonné prêtre en 1219. La même année, cinq franciscains furent envoyés au Maroc pour y répandre le christianisme, mais ils y furent torturés et finalement décapités. Le rapatriement de leurs dépouilles, à Coimbra, bouleversa tellement le chanoine Fernando qu’il entra dans l’ordre des franciscains. Ce n’est qu’alors qu’il reçut le nom de « Antoine ». 

En 1220, il obtint l’autorisation de partir en mission au Maroc, mais il y tomba si gravement malade qu’il dut rentrer au Portugal ; une tempête le fit toutefois dévier vers la Sicile. De là, il se rendit à Assise où ses confrères reconnurent son talent d’orateur. Le supérieur de l’ordre le chargea donc de lutter contre les hérésies des cathares et des valdésiens. 

Sa pauvreté franciscaine conférait de la crédibilité à ses discours, son immense connaissance de la Bible lui valait l’admiration, il était si convaincant qu’on le surnommait le « marteau des hérétiques » ; de nombreux miracles accompagnaient ses prêches. Dans un sermon, Antoine conseilla à ses disciples : « Notre vie est si pleine de belles paroles et si vide de bonnes œuvres… Je vous conjure donc de faire taire votre bouche et de laisser vos actes parler ! » 

Ses discours et ses sermons révélaient une grande érudition et une grande éloquence, mais aussi une richesse intérieure et une profondeur. Une intelligence supérieure et une érudition étonnante s’unissaient à l’expérience de Dieu d’un mystique profond.

Antoine mourut le 13 juin 1231 à Padoue. En 1946, le pape Pie XII le proclama docteur de l’Eglise. Sa fête est célébrée le 13 juin.

Guglielmo Marconi

Par Pierre Guillemin
Photo : DR

Guglielmo Marconi est un physicien et inventeur italien né en 1874 à Bologne, considéré comme l’un des pionniers de la télécommunication sans fil. 

En 1895, il parvient à réaliser ses premières transmissions radio sur plusieurs kilomètres à Salvan dans le Valais. Marconi cherche à vérifier si les ondes radio peuvent franchir des obstacles naturels comme des collines ou des montagnes. Il installe un émetteur et un récepteur à distance et parvient à transmettre des signaux malgré le relief, ce qui constitue une avancée scientifique majeure en démontrant ainsi que les ondes électromagnétiques ne nécessitent pas de ligne de vue directe parfaite, contrairement à la pensée commune de l’époque.

Marconi poursuit ses recherches au Royaume-Uni, où il bénéficie d’un soutien financier et scientifique. En 1897, il fonde la Marconi Company, qui contribue au développement et à la commercialisation de la radio. Son invention connaît un succès rapide, notamment dans le domaine maritime, où elle améliore considérablement la sécurité des communications en mer. En 1901, il réussit un exploit historique en transmettant un signal radio à travers l’Atlantique, entre l’Angleterre et Terre-Neuve.

Ses travaux révolutionnent les communications et ouvrent la voie à la radio moderne, puis à la télévision et aux technologies sans fil actuelles. Pour ses contributions majeures à la science, Marconi reçoit le prix Nobel de physique en 1909, qu’il partage avec le physicien allemand Karl Ferdinand Braun. Au-delà de ses inventions, il incarne l’esprit d’innovation de son époque et marque durablement l’histoire des sciences et des technologies.

Sa pensée scientifique est profondément attachée à la foi catholique : il considère que ses découvertes, notamment dans la radio, peuvent servir l’humanité tout en restant compatibles avec les valeurs religieuses. Sans être un théologien, il voit dans ses découvertes scientifiques une forme d’harmonie avec l’ordre du monde, qu’il associe à une dimension spirituelle.

Guglielmo Marconi collabore avec le Vatican pour développer des moyens de communication modernes. En 1931, il participe à la mise en place de Radio Vatican, permettant au pape Pie XI de diffuser son message à travers le monde. 

Guglielmo Marconi meurt en 1937, laissant derrière lui un héritage considérable. 

Ses découvertes ont transformé les modes de communication à l’échelle mondiale et ont jeté les bases des systèmes modernes de transmission sans fil, essentiels dans notre quotidien.

Le visage de Jésus

Par Sœur Franzisca Huber
Photo : DR

Lors d’une discussion avec une amie non croyante, celle-ci me pose cette question : « Ton Jésus, quel visage a-t-il ? » Interloquée, j’avoue : je ne le sais pas, je n’ai pas vu son visage. L’interrogatoire se poursuit : « Et comment peux-tu aimer quelqu’un sans visage ? »

C’est vrai, je ne saurais décrire l’apparence de Jésus. Aucun Evangile ne donne de description détaillée, ni de couleur des yeux ou de peau, ni de taille. Pourtant, je suis sûre de le connaître puisqu’il se révèle à travers ses actes, ses paroles, sa vie, sa passion et sa Résurrection : mon Seigneur et mon Dieu, c’est ma foi ! L’homme qui, en son temps, fascinait ses disciples, captivait les foules, guérissant, prêchant, interpellant… Les uns l’ont côtoyé de son vivant et pour moi, il est le Seigneur au-delà de toute représentation. 

Néanmoins, j’ai eu tort, Jésus a bien un visage : celui de cette femme qui aime, cette mère qui souffre, cet enfant qui sourit, cet homme qui lutte, pleure, pardonne… Voilà quelques traits de son visage !

L’œcuménisme pas à pas

Une pause méritée contre un pan ensoleillé de la cathédrale Saint-Pierre.

En cherchant comment parler d’œcuménisme à ses catéchumènes, l’abbé Thierry Schelling s’est dit que Genève, avec son patrimoine historique et religieux, serait un bon exemple en la matière. Il a donc organisé, mi-mars, une promenade guidée pour découvrir l’histoire de la Grande Eglise au travers des édifices religieux qui jalonnent la ville.

Texte et photos par Myriam Bettens

« Je viens profiter des connaissances de Thierry [ndlr. Schelling]. Il est d’ailleurs bien trop modeste », glisse Joëlle avec un sourire. Elle-même guide pour l’antenne romande de l’association Eglises + Tourisme Suisse, elle est venue participer à la promenade guidée que propose régulièrement l’abbé Thierry Schelling à ses catéchumènes. Dans le cadre du parcours de catéchuménat, le responsable de la paroisse Saint-Joseph invite ses aspirants au baptême à expérimenter l’œcuménisme au travers d’édifices du patrimoine religieux genevois, témoins d’une longue histoire en la matière. Enzo, lui, y assiste pour la seconde fois. « Pour me rafraichir la mémoire », plaide-t-il, avec un haussement d’épaule, lorsque l’abbé le lui fait remarquer.

« Lors de la promenade, faites connaissance, discutez, échangez… Car « faire Eglise », c’est aussi cela », enjoint-il à la dizaine de participants réunis autour du bénitier de l’entrée de la paroisse Saint-Joseph des Eaux-Vives. Symboliquement, six d’entre eux passeront bientôt de cet « espace de transition », le narthex – historiquement réservée aux catéchumènes et aux pénitents – à la nef – lieu du peuple rassemblé pour la célébration commune – lors de la prochaine Vigile pascale. Toutefois, Thierry Schelling souligne que « depuis le Concile Vatican II, cette séparation stricte est dépassée : l’Eglise se doit d’être ouverte sur le monde et à son service ».

Pour le guide, c’est pareil lorsqu’on parle d’œcuménisme : ni séparation ni uniformisation. L’idée d’une Eglise où toutes les confessions chrétiennes deviendraient identiques est « un idéal autrefois envisagé par Rome, mais aujourd’hui considéré comme irréalisable et même regrettable ». De même, l’histoire des Eglises (protestantes, catholiques, orthodoxes) « ont permis de développer des manières riches et variées de célébrer le Christ, sans pour autant être opposées ». L’orateur précise que le terme « les Eglises chrétiennes » désigne une multitude de familles et de branches et établit une distinction fondamentale entre « une église », au sens de communauté confessionnelle spécifique dans laquelle on entre par le baptême, et « l’Eglise », qui représente la communauté universelle de tous les chrétiens. Une double dimension essentielle pour comprendre son identité au sein de la foi chrétienne.

Après la visite de Saint-Joseph, la promenade s’est poursuivie en direction de l’église orthodoxe russe, par chance, ouverte en cette période de Grand Carême. Les participants ont pu prendre part à une partie de la célébration pour les défunts qui s’y déroulait. Le petit groupe s’est ensuite rendu chez les luthériens, puis à la cathédrale Saint-Pierre, pour enfin terminer l’excursion à la paroisse Saint-Germain, lieu de culte de la communauté catholique chrétienne. Loin de vouloir pousser ses futurs baptisés « à la concurrence », Thierry Schelling les a néanmoins exhortés à se rendre à une messe. D’une part, « vous ne remarquerez peut-être aucune différence entre leur célébration et la nôtre » et, d’autre part, « l’œcuménisme c’est aussi cela ».

Qui est le Christ ?

« Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. » (Matthieu 1, 18) Cette phrase nous semble si familière que nous ne nous demandons même plus qui est ce « Jésus-Christ ». 

Les représentations du Christ sont diverses et variées.

Par Paul Martone
Photos: Unsplash, DR

Qui est Jésus ? 
Jésus est un personnage historique qui intéresse beaucoup de gens. Il n’y a personne dans l’Antiquité qui ait fait l’objet d’autant d’écrits que lui. Outre les quatre Evangiles, plusieurs auteurs qui n’étaient pas ses amis relatent sa vie. Aucun historien sérieux ne remet aujourd’hui en question son existence. « Mais Jésus est plus qu’un personnage historique : il est le Messie que les apôtres, à commencer par Pierre, ont reconnu et proclamé. Israël l’attendait et plus encore : le monde entier. Il est le christos, le Christ, l’Oint, celui qui est distingué du peuple, qui a la dignité royale. Il est le Fils de l’homme, qui est au-dessus de la création. Et Jésus-Christ est encore plus que cela : le Fils de l’homme est le Fils de Dieu, Dieu incarné, oui, Dieu lui-même en la personne du Verbe éternel, le Logos », comme le dit le philosophe et journaliste allemand Josef Bordat dans son livre Von Ablasshandel bis Zölibat (Rückersdorf 2017, S. 108).

Christ
« Jésus-Christ » est la forme la plus ancienne et la plus courte de la profession de foi chrétienne : Jésus de Nazareth est en sa personne le Christ promis, c’est-à-dire le Messie. Le nom « Jésus » signifie « Dieu sauve ». L’enfant de la Vierge Marie est appelé « Jésus », « car il sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 21). « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. » (Ac 4, 12)

Très vite cependant, Jésus-Christ n’a plus été compris que comme un double nom. C’est à partir de cette conviction religieuse que Jésus est le Christ promis, et que les sources chrétiennes ont été rédigées sur sa vie et son œuvre. Les épîtres de Paul et les évangiles sont avant tout des témoignages de foi dans lesquels l’histoire et l’interprétation religieuse, la vie et la légende s’entremêlent. Comme le disait Josef Ratzinger : « Le Christ n’est pas simplement un grand homme ayant vécu une expérience religieuse importante, il est Dieu, Dieu qui s’est fait homme afin de jeter un pont entre l’homme et Dieu, et afin que l’homme puisse véritablement devenir lui-même. Celui qui ne voit dans le Christ qu’un grand homme religieux ne le voit pas vraiment. Le chemin du Christ et vers le Christ doit aboutir là où aboutit l’Evangile de Marc, à la confession du centurion romain devant le Crucifié : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu. » (15, 39) Pour connaître le Christ, il faut suivre le chemin que nous tracent les Evangiles. »

Le Messie
Nous croyons que Dieu a créé le monde entier et, le sixième jour, l’être humain comme point culminant et aboutissement de la création. Le premier couple, Adam et Eve, avait le bonheur de pouvoir vivre dans le jardin d’Eden, où il ne manquait de rien. Tout était à sa disposition, seul l’arbre de la connaissance était réservé à Dieu. Mais Eve, séduite par le serpent, cueillit un fruit de l’arbre, le mangea et en donna aussi à Adam. Par conséquent, le premier couple humain a dû quitter le jardin et travailler pour subvenir à ses besoins. Mais le pire était la séparation d’avec Dieu, qui conduisit rapidement au meurtre et à la mort. Dieu n’abandonna toutefois pas l’homme. Il restait une lueur d’espoir grâce à la promesse divine : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité. Il te frappera à la tête et tu le frapperas au talon. » (Genèse 3, 15) De nombreux prophètes de l’Ancien Testament ont fait référence à cette promesse et ont parlé d’un Messie particulier qui devait venir en tant que sauveur et pourvoyeur de paix. On l’appellera : Conseiller merveilleux, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix » (Isaïe 9, 6). La tradition chrétienne voit également dans Genèse 3,15 l’annonce du Messie rédempteur, le nouvel Adam. Pour les chrétiens, ce Messie a un nom : Jésus, né enfant à Bethléem, qui, par son obéissance jusqu’à la mort sur la croix, a réconcilié Dieu et les hommes. Jésus lui-même se considérait comme le Messie promis. 

L’Oint
Le mot Messie signifie « l’Oint ». Dans l’Ancien Testament, les prêtres, les prophètes et les rois étaient oints pour leur rappeler qu’ils devaient leur pouvoir à Dieu.

Déjà les premiers chrétiens voyaient en Jésus un descendant de David et le Messie attendu par les Juifs, l’Oint de la fin des temps, dont le retour et le royaume futur étaient imminents. Jésus fut oint par Marie, qui versa de la précieuse huile de nard sur ses cheveux. Par cette onction, elle a rendu témoignage à sa foi, affirmant que Jésus n’était pas seulement un orateur doué, un guérisseur miraculeux puissant et un homme aimable. Elle a intuitivement compris qu’il était le Sauveur attendu et espéré de Dieu. Jésus-Christ signifie donc : l’Oint de Dieu, dont les actes et les signes ont confirmé l’investiture et l’habilitation par Dieu. Par l’onction avec le saint chrême lors du baptême, nous sommes devenus un peuple royal, prophétique et sacerdotal, sur lequel repose la bénédiction de Dieu.

La Résurrection du Christ
Le Fils de l’homme est le Fils de Dieu, Dieu incarné, Dieu lui-même en la personne du Verbe éternel. 

Jésus lui-même en témoigne – en paroles et en actes. Il convient de mentionner ici sept formules par lesquelles Jésus se définit lui-même : « Je suis le pain de vie, la lumière du monde, la porte, le bon pasteur, la résurrection, la route, la vrai vigne. » Ces paroles résument tout ce qui constitue la foi chrétienne : « La certitude que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, qu’il nourrit notre vie de pain, de vin et de lumière, qu’il nous rend capables de nourrir et d’éclairer le monde et qu’il nous conduit vers le Père lorsque nous quittons ce monde – non pas vers la mort définitive, mais vers la résurrection et la vie éternelle. » (Josef Bordat)

Mais Jésus ne s’est pas contenté de paroles, il a aussi accompli un acte qui a complètement changé le monde : sa Résurrection d’entre les morts. Tout repose sur la Résurrection de Jésus, elle est déterminante pour la foi chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi notre foi, écrit Paul, avant de poursuivre : Mais non ; le Christ est ressuscité… » Il peut dire cela parce que Jésus est apparu à ses disciples en chair et en os, qu’il a mangé avec eux et s’est laissé toucher et qu’il est également apparu à Paul lui-même aux portes de Damas et l’a appelé à être le messager de la résurrection. 

Nous aussi, nous devons être de tels messagers !

Le mot Messie signifie Oint. Dans l’Ancien Testament, les rois notamment étaient oints, comme ici David.

« Pour vous, qui suis-je ? » (Marc 8, 27-30)

Pierre – ici à genoux – au nom du groupe des apôtres désigne Jésus du titre royal et divin de « Christ ».

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

Située au milieu du deuxième évangile, la double interrogation de Jésus envers ses disciples sur le chemin de Césarée de Philippe continue de retentir telle une invitation à nous situer en vérité dans notre foi profonde. « Qui suis-je au dire des gens ? Et pour vous, qui suis-je ? » Elle occupe donc une place centrale et débouche dans les trois synoptiques sur les annonces de la Passion.

Nous ne pouvons pas nous contenter de réponses toutes faites désignant le Fils de l’homme comme « Jean le Baptiste », le plus grand personnage de l’Ancien Testament, ou « Elie », la figure du messager qui devait revenir annoncer le Messie, ou un « prophète » parmi d’autres porte-parole de Dieu.

Si nous le faisions, nous serions « envoyés dans les cordes » de notre conscience par le Saint Esprit, qui exigerait de nous une prise de position personnelle et vitale. Car il s’agit là du petit point central sans lequel la roue de notre existence tourne à vide et autour duquel s’organisent tous les rayons de nos convictions.

Si nous nous limitions à voir en lui un homme, même exceptionnel, sa mort et sa Résurrection paraîtraient inimaginables ou anecdotiques et nous serions les plus à plaindre parmi les êtres humains (1 Corinthiens 15, 19). Si nous le placions au même niveau que d’autres « fondateurs de mouvements religieux », comme Moïse ou Mahomet, nous passerions à côté de l’essentiel.

Seule vaut la réplique de Pierre l’impulsif qui, au nom du groupe des apôtres, le désigne du titre royal et divin de « Christ », c’est-à-dire le Messie, le Fils de Dieu. Sinon, la Trinité serait simple affabulation et notre destinée éternelle dans le Royaume des cieux, une illusion.

A chacun(e) de nous donc de nous situer en toute authenticité face à cette question décisive. S’il est notre Créateur et notre Rédempteur, notre trajectoire trouve sa pleine signification, à condition que nous nous unissions à lui dans l’intimité de notre cœur et de notre prière. « Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous nous attachons à lui, avec lui nous régnerons. » (2 Timothée 2, 11)

Vicaire du Christ

Inoccent III ira jusqu’à signer ses textes au titre de «vicaire de Dieu».

Par Thierry Schelling | Photo : DR

Vraiment ? Le pape serait « vicaire », c’est-à-dire, selon la définition du mot, « qui exerce en second les fonctions attachées à un office ecclésiastique » ou « le suppléant », « le remplaçant ». Donc, par syllogisme, le pape remplacerait ou suppléerait le Christ…

Histoire

C’est Gélase qui introduit l’expression à la fin du Ve siècle, qui va remplacer petit à petit les « Vicaire de Pierre » ou « Vicaire de Pierre et Paul » avec lesquels il a longtemps cohabité. Qui plus est, maints évêques et prêtres (oui, oui !), au cours des siècles, se sont dotés du même titre, « vicaire du Christ » en tant que successeur apostolique. Mais le sens théologique perd de son importance au profit du juridique – une constante dans l’Eglise latine occidentale – visant à asseoir le pouvoir universel temporel de l’évêque de Rome sur toute l’Eglise. Innocent III ira jusqu’à signer « vicaire de Dieu » ! Le remplaçant de Dieu ?

Vatican II

Lumen gentium affirme que les évêques dirigent les Eglises particulières (comprendre les diocèses qui leur sont affiliés) comme vicaires du Christ « par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice du pouvoir sacré » (n. 27).

Cela nous fait donc plus de 5000 « vicaires du Christ » au vu du nombre d’évêques catholiques en 2023. Plus de 5000… plus 1, celui de Rome qui « est le chef du collège des évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Eglise tout entière » (canon 331 du Droit canonique). 

Et comme Dieu, il « possède le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement » (ibid). Un peu comme Dieu, mais uniquement par métaphore, car le pape n’est qu’un homme en somme…

Celui qui nous apprend à regarder autrement

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Roberto De Col, représentant de l’évêque pour l’écologie intégrale du diocèse de LGF, est l’auteur de cette carte blanche. 

Par Roberto De Col | Photos : Josimoes, Unsplash

Le Christ, c’est qui ? La question paraît simple et pourtant, elle touche au cœur de la vie chrétienne : qui est-il pour moi, quelle relation j’entretiens avec lui et qu’est-ce que cela change dans ma vie ? Et si le Christ était d’abord Celui qui nous apprend à regarder autrement : à voir le monde non comme une réserve à exploiter, mais comme une maison commune où chaque être vivant a sa place, sa dignité et sa mission.

Dans l’Evangile, laissé en héritage pour éclairer nos vies, Jésus ne parle pas explicitement d’écologie. Pourtant, tout son chemin en porte la trace : il contemple le
lys des champs, admire les oiseaux du ciel, partage le pain, guérit les corps, restaure les relations et redonne à chacun la possibilité d’habiter la Terre en paix. Il relie ce que nous séparons volontiers : la nature, les pauvres, la justice, la communauté, Dieu. En ce sens, il révèle un principe que Laudato si’ rappelle avec force : tout est lié.

L’écologie intégrale ne consiste pas seulement à protéger l’environnement ; elle demande d’adopter une attitude intérieure renouvelée : vivre en frères et sœurs, prendre soin des fragilités, renoncer à la logique de possession pour entrer dans celle du don. Le Christ replace ainsi la personne humaine au cœur de la création, non pas au sommet pour dominer, mais au centre pour servir et relier.

Alors, « le Christ, c’est qui ? » C’est Celui qui fait naître en nous un regard nouveau. Celui qui nous sort de l’indifférence, nous apprend à reconnaître la valeur de ce qui est humble, vivant, blessé. Celui qui tisse une alliance entre l’humain, le vivant et Dieu. Et peut-être aussi Celui qui nous murmure aujourd’hui que la conversion écologique commence quand nous retrouvons notre juste place dans la création : ni maîtres, ni consommateurs, mais gardiens émerveillés.

Jeunes, humour et mot de la Bible – mai 2026

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Rendre à César ce qui est à César

La formule intégrale est la suivante : « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » C’est elle que, d’après les Evangiles de Matthieu (22, 21), Marc (12, 13-17) et Luc (20, 25), Jésus prononça en réponse à l’insidieuse question des pharisiens : « Devons-nous payer l’impôt à l’empereur ? » Si la réponse de Jésus était affirmative, il passerait pour un collaborateur, la Galilée étant alors sous domination romaine. Si elle était négative, il serait aussitôt dénoncé auprès de l’occupant. Jésus déjoua le piège en disant aux pharisiens : « Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie et l’inscription ? » Ils répondirent : « De César. » Alors Jésus leur dit : « Eh bien ! Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il s’agit de faire la part des choses, de rendre un bien à son propriétaire légitime, dont les droits sont ainsi rappelés.

Par Véronique Benz

Humour

A l’époque des églises pleines durant les offices, deux gaillards qui avaient un peu trop abusé de la dive bouteille pénètrent dans l’église avec un bon quart d’heure de retard. Ne trouvant pas de place dans la nef, ils montent à la tribune dépourvue de sa chorale, pour une fois. Petit à petit, le prêche du curé aidant, ils s’endorment dans les bras de Morphée. La messe finie, les paroissiens quittent le lieu sacré. Après quelques minutes, l’un des deux avinés se réveille, secoue son compagnon et lui dit : « C’est vide ! » Et l’autre, sans réfléchir, lui rétorque : « Eh bien, verse ! »

Par Calixte Dubosson

Restaurer les entrailles

Sandra Dubi et son mari Julien sont pasteurs et parents de six garçons.

L’école des femmes propose des rencontres en ligne pour ouvrir un chemin de restauration profonde. Traumatismes, agressions sexuelles, pertes de grossesse… Dieu veut guérir et relever les femmes afin de les rendre fortes, libres et enracinées. Plus de mille deux cents participantes ont déjà répondu à l’appel. Le besoin est grand et Sandra Dubi, la fondatrice de ce mouvement, l’a bien senti.

Elle propose des podcasts sur des thématiques liées à son ministère lors desquels elle reçoit un invité.

Par Myriam Bettens
Photos : DR

En quoi consistent les rencontres que vous proposez ?
C’est un programme structuré sur six mois, de janvier à juin, comprenant six soirées thématiques sur Zoom. L’objectif est d’aider les femmes à « se lever » pour devenir celles que Dieu désire. Pour ce faire, nous les encourageons à s’engager activement dans l’appel [ndlr. la vocation] qu’Il a déposé sur leur cœur et à cultiver leur foi chrétienne au quotidien. Dieu m’a montré que, pour qu’une femme se lève, il faut travailler à la guérison de ses entrailles. 

Qu’est-ce que la « guérison des entrailles » ?
Les entrailles sont le « lieu très saint » du corps de la femme, là où Dieu dépose la vie. Le ministère se concentre donc sur la guérison des traumatismes qui affectent cette sphère : les pertes de grossesse (avortements, fausses couches, décès d’enfants en bas âge) et les agressions sexuelles. Lorsque les femmes permettent à Jésus de guérir ces blessures profondes, leur « levée » devient inévitable. Elles s’engagent alors pour leur couple, leurs enfants et souvent d’autres causes que Dieu leur met à cœur. 

Six cents inscriptions la première année, puis mille deux cents la deuxième. Un tel succès montre, en filigrane, que le besoin est grand…
Pour changer la vie des gens, il faut atteindre leurs profondeurs en osant traiter ces secrets douloureux avec discernement et de manière non jugeante. Par exemple, en parlant des pertes de grossesse en général plutôt que de stigmatiser l’avortement, cela libère les femmes de la honte et leur permet d’entamer un processus de guérison. En abordant les sujets qui « ouvrent les entrailles », on ne peut pas faire l’impasse sur une aide sérieuse par le biais de toute la batterie thérapeutique, en collaboration avec la puissance du Saint-Esprit.

… mais qu’il n’est pas entendu…
Non, car nous vivons dans un déni sociétal collectif. La perte de grossesse, volontaire ou non, n’est pas un problème. Quant aux agressions sexuelles, il ne suffit pas de dénoncer, cela implique aussi d’apporter aux femmes l’aide nécessaire pour se relever. Je crois sincèrement que dans ces domaines-là, l’Eglise peut faire la différence et j’ai vraiment à cœur d’outiller les Eglises dans ce ministère. Mais on ne va pas dire qu’elles courent toutes à ma porte. Il est plus facile de parler des choses qui ne dérangent pas trop.

De quelle manière la guérison permet-elle aux femmes d’entrer dans leur appel ?
La philosophie de ce ministère pourrait se résumer par le slogan : « Dieu veut faire de ta misère ton ministère. » Souvent, la guérison personnelle est le prélude à la mission. Les femmes ayant traversé des épreuves deviennent les mieux placées pour en aider d’autres vivant des situations similaires. Elles transforment leur propre douleur (perte d’un enfant, avortement, agression) en une « vengeance » vertueuse contre l’Ennemi. Et pour moi, cette « vengeance de l’Eternel », décrite dans Esaïe 61, consiste à apporter guérison, délivrance et restauration.

Sandra Dubi se déplace beaucoup pour donner des conférences à travers le monde. Celles-ci sont souvent traduites en plusieurs langues.

Le « réveil » des femmes

L’école des femmes s’organise autour des soirées Zoom thématiques, conçues comme des « émissions télé » (tables rondes, invités, temps de prière). Les participantes ont aussi accès à d’autres ressources, dont un parcours de guérison en ligne et des podcasts sur des sujets non traités lors des soirées. Des suivis de groupe en présentiel sont proposés deux fois par an, mais ils sont pris d’assaut. Une version en ligne (quatre soirées) a donc été développée. Le dispositif est complété par une conférence annuelle en présentiel pour toute la famille et par une cinquantaine de groupes WhatsApp locaux, permettant aux femmes de se retrouver géographiquement. Une nouvelle session de L’école des femmes débutera en janvier 2027. Les autres ressources et formations sont disponibles sur esaie61.fr

Bio express

Sandra Dubi est née en Suisse en 1973, dans une famille catholique traditionnelle. Touchée par Jésus lors de sa première communion, il vient à nouveau frapper à sa porte alors qu’elle mène une carrière effrénée de mannequin chez Elite. Elle quitte cette vie de paillettes pour le suivre, se marie avec Julien, termine des études en psychologie à l’Université de Lausanne et, avec lui, ils accueillent six garçons. Aujourd’hui, ils sont pasteurs au Gospel Center d’Annecy.

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