La majorité des catholiques, tout comme moi, ont été baptisés bébé et ont reçu les sacrements de l’initiation chrétienne (première communion et confirmation) entre l’enfance et l’adolescence. Notre catéchèse scolaire terminée et les sacrements reçus ne signifient pas la fin de notre cheminement de foi, bien au contraire ce n’est que le début de l’aventure. En effet, durant toute notre vie nous avons à découvrir, redécouvrir et approfondir les grâces reçues.
Nous pouvons le faire simplement par la fréquentation des sacrements et la participation aux fêtes de l’année liturgique, à l’exemple des jeunes qui ont vécu cette année la Montée vers Pâques à Saint-Jean.
Il y a également d’autres manières d’approfondir sa foi. Vous le découvrirez à travers les témoignages d’un couple du Chemin néocatéchuménal et des participants au parcours Alphalive.
Ce numéro conduira également vos pas sur les ermitages troglodytes des environs de Fribourg et des ermites pas toujours saints qui y vivaient. Enfin, en ce mois de mai, mois de Marie, nous vous proposons une vision artistique de Notre-Dame de Bourguillon, une autre manière d’aborder ce sanctuaire où de nombreux pèlerins viennent se ressourcer.
Quels que soient nos choix de vie et notre vocation, nous avons tous à faire fructifier les grâces reçues lors de notre baptême, lors de notre confirmation, lors de notre première communion, lors de notre mariage ou de notre ordination. Chacun a son propre chemin de foi, l’essentiel est de se mettre en route à la suite de Marie et des disciples.
Il fut une époque où l’enseignement religieux était donné par le prêtre de la paroisse ou une personne formée sous le titre de la « Fame ». L’enseignant faisait partie de la classe comme observateur puis faisait le prolongement. Ce type d’enseignement, basé sur le dogme catholique et sur la Bible, dit de « catéchèse », avait pour but d’approfondir la Foi et la connaissance du monde chrétien.
Et aujourd’hui ?
Le nom de la branche s’est transformé en « Ethique et cultures religieuses » afin de toucher toutes les populations de nos classes et fait partie du domaine Histoire. La partie « catéchèse » s’est transformée en « journées catéchétiques », moments hors du temps de classe où les parents sont libres d’inscrire leur enfant. Ce sont des moments appréciés par les enfants car variés avec un bricolage, un approfondissement, un geste ou une prière apprise…
Le but premier de la branche est d’étudier quelques personnages bibliques importants à travers les textes bibliques et les paraboles comme Jacob, Joseph, Esther, Ruth et Noémi, le fils prodigue, le riche insensé, les ouvriers dans la vigne, les exclus, les malades…
Ces moments racontés sous forme d’histoires ou de contes tiennent les enfants en haleine.
« J’ai appris que Joseph a été nommé ministre car il peut expliquer le rêve du pharaon avec l’aide de Dieu. »
« Comment une mère peut aimer plus un enfant qu’un autre ? »
« Comment deux frères peuvent-ils se détester au point de vouloir tuer l’autre ? »
En découlent des discussions sur les valeurs éthiques et existentielles véhiculées comme le respect, l’honnêteté, le courage, la solidarité, la responsabilité, la générosité et comment les mettre en pratique en vivant ensemble.
C’est aussi la première découverte des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam) et de leurs caractéristiques principales: fêtes, lieux de culte, personnages emblématiques, livres sacrés, l’observation d’œuvres d’art qui nous permettent de partager sur les différences et les ressemblances entre les cultures et les pratiques religieuses.
J’apprécie cette nouvelle façon de voir le monde qui nous entoure avec mes élèves car elle permet à chaque enfant d’apprendre à connaître ses propres valeurs, réfléchir sur leur sens et construire une facette de sa personnalité en respectant les convictions des autres, en ayant des connaissances acquises et ainsi de devenir un futur adulte libre de ses choix.
Le cahier romand de L’Essentiel nous propose en ce mois de mai, sous forme interrogative, le thème de la culture chrétienne : « Culture chrétienne, où es-tu ? » C’est à ce propos que nous voulons nous poser deux questions : quelles sont les exigences de la culture chrétienne ? Ma culture est-elle chrétienne ?
PAR PATRICK CHUARD ET LAZARE PRELDAKAJ
PHOTOS : VISITE VIRTUELLE DU PALAIS FÉDÉRAL, PARLEMENT.CH, LAZARE PRELDAKAJ
Depuis des mois, le Covid et ses « nouveaux variants » déroule son cortège de souffrances et de morts. Mais le monde est ravagé par des virus encore pires. Ils ont un dénominateur commun, l’« égoïsme ». En effet, c’est à cause de ce fléau et de ses multiples variants, comme la famine en temps d’abondance, des guerres en temps de paix, des conflits en dépit des accords bilatéraux, des violences malgré un monde globalisé, que des millions d’innocents fuient leur pays et meurent chaque année dans le monde. A voir la durée de vie persistante de cette pandémie « d’égoïsme », nous serions tentés de dire que «contre ces virus, il n’y a pas de vaccin», comme l’a rappelé notre curé modérateur et doyen de la Broye, l’abbé Luc de Raemy, lors de son homélie à la veillée de Pâques.
Le « vaccin », a ajouté l’abbé Luc, existe non seulement depuis toujours, mais nous le connaissons tous, car nous le possédons. Il est capable par la seule volonté de créer « l’immunité collective » tant désiré en temps de pandémie. Ce « vaccin » se nomme « charité ». En hébreu, le mot est synonyme de justice, alors que dans la théologie chrétienne, il désigne l’amour de Dieu pour l’homme et l’amour de l’homme pour Dieu, pour lui-même et pour le prochain : « Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer le prochain comme soi-même, vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices » (Mc 12, 33).
Autrement dit, la charité est au cœur de la culture chrétienne, même s’il est parfois difficile de sortir de notre zone de confort. La charité a bouleversé et bouleverse en permanence le ron-ron du monde. C’est pourquoi, dans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (« La Joie de l’Evangile »), le pape François écrivait qu’il « est nécessaire d’évangéliser sans cesse les cultures afin d’inculturer l’Evangile. » Chez nous, on trouve des restes de cette culture chrétienne partout. Les croix qui nous accueillent aux entrées de nos villages, de même que la croix sur le drapeau helvétique en sont des signes évidents. « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres », dit la Constitution, traduction laïque d’une valeur héritée de l’Evangile.
La culture chrétienne doit être ravivée et préservée, certes. Mais est-ce suffisant ? Si la foi n’irrigue plus la culture contemporaine, « ce n’est pas seulement à cause de la sécularisation, mais aussi de la tiédeur des chrétiens », soulignait le pape François, lors d’une conférence de presse à son retour de Suède, en 2016. Autrement dit, la vague de religiosité fleurissant depuis quelques années, les rites, les coutumes, de même que nos célébrations ne remplacent pas la foi et l’amour du prochain.
Sans vouloir tomber dans la culpabilité, laissons-nous provoquer par ces paroles de Raoul Follereau qui résonnent encore, aujourd’hui comme il a plus de cinquante ans, avec la même urgence : « La faim écrase aujourd’hui le monde et ne nous permet plus à nous, si nous prétendons être des chrétiens, voire simplement des hommes, un seul instant de repos ou de véritable bonheur. Est-ce que nous continuerons de manger trois fois par jour, de dormir et de rire, alors que nous savons que tout hurle, pleure et se désespère autour de nous ? » (Une bataille pas comme les autres, 1964)
Le nom Joseph – de l’hébreu : ףoiי / Yosseph – veut dire il ajoutera, il augmentera ou il fera croître. Par son humilité et par la grâce de Dieu, saint Joseph crée effectivement une valeur ajoutée pour sa famille et pour le Salut de l’humanité tout entière.
Déjà, le Joseph de l’Ancien Testament – nous connaissons l’histoire du fils de Jacob, vendu par ses frères en Égypte et qui a sauvé sa tribu de la famine (Genèse 37, 50) – se comporte humblement et patiemment jusqu’à ce que Dieu le conduise, par l’interprétation d’un rêve, à la position où il peut œuvrer de manière bénéfique pour les autres. Une histoire qui montre que Dieu peut faire apparaître sa grâce dans toutes les circonstances de la vie, même les pires, et que sa bénédiction est toujours capable d’atteindre les gens. Dieu est capable d’écrire droit même sur les lignes tordues de notre vie.
Tout comme Joseph de l’Ancien Testament, saint Joseph devient lui aussi un protecteur de la famille qui lui est confiée. Lorsque nous lisons la Bible, il apparaît que Joseph n’a qu’un rôle secondaire dans le plan du Salut de Dieu, même si sa tâche n’est pas facile, mais essentielle pour l’accomplissement des Écritures. Joseph ne semble pas être un homme de grands mots, mais son comportement est marqué par une grande foi et une confiance absolue dans la grâce et la compassion de Dieu pour son peuple. Joseph reçoit ses « ordres » dans son sommeil. Il est dit : « À son réveil, Joseph fit ce que l’ange lui avait prescrit. » Une telle confiance en Dieu n’est possible que lorsque sa propre vie est marquée par une profonde humilité, une manière d’agir qui ne se met pas en avant mais qui, par le don du discernement, situe l’homme dans la réalité de son être. Seul celui qui se sait porté par Celui qui le transcende peut agir humblement et patiemment, peut faire confiance sereinement et mettre sa propre vie au service d’une tâche plus grande que lui.
Aujourd’hui encore, dans nos vies compliquées, saint Joseph peut devenir un modèle et un soutien. Une attitude d’humilité et de confiance peut nous offrir des nouvelles perspectives. Lorsque nous nous savons soutenus par Dieu dans toutes les circonstances de la vie, il devient possible de persévérer même dans des situations difficiles, car nous réalisons que même si cette vie est tout ce que nous avons pour le moment, elle n’est pas la fin de tout. Il existe une espérance qui est crédible et qui dépasse nos limites temporelles. C’est précisément l’humilité vécue par saint Joseph qui est capable de créer un espace où l’amour devient possible, un amour qui ne s’enferme pas sur soi-même, mais crée la liberté et veut le bien des autres.
Demandons à saint Joseph, l’humble patron des travailleurs, d’être notre intercesseur sur la route de notre vie et de nous accompagner sur notre propre chemin vers notre Dieu et Sauveur.
Par Pierre-Martin Lamon, enseignant en philosophie, Chermignon Photo: DR
La question révèle un profond désarroi. La « culture chrétienne » se serait comme évaporée en Occident avec l’émergence de la modernité (autour du 16e siècle), même si dans nos régions, elle n’a vraiment commencé de s’imposer que plus tard – depuis une centaine d’années environ. Le christianisme, en effet, n’organise plus, n’inspire plus fondamentalement notre vivre-ensemble. Inculture religieuse, déplorent les profs de lettres de l’enseignement secondaire et de l’Université. Explosion exponentielle de l’indifférence religieuse, constatent les sociologues. Effondrement de la foi, sont tentés de dire les clercs et les rangs clairsemés des fidèles à l’église. Culture chrétienne, où es-tu ?
Hé, les amis ! On se reprend !
1. Tentation Réaction première mais stérile. Maintenir le passé en l’état ; bloquer le mouvement de l’histoire en restaurant habitudes, rites et coutumes de jadis, en répétant mécaniquement les dogmes élaborés, dit-on, depuis toujours et pour toujours. On pense ainsi sauver la tradition, rester fidèle à l’esprit du Christ. Nostalgie sans avenir, hélas ! L’Evangile propose une espérance qui nous projette non pas en arrière mais au-devant de nous. La Bonne Nouvelle est sans cesse nouvelle.
2. Ouvertures Comment, avec réalisme, raviver parmi nous et au-delà de nous l’esprit du christianisme, c’est-à-dire une forme de « culture chrétienne » ? ➢ Redécouvrir des textes évangéliques, leur puissance d’éveil, grâce à une parole qui circulerait au sein de groupes de lecture indistinctement ouverts à tous, où chacun(e) pourrait s’exprimer sans contrainte ni fausse modestie, avec confiance en soi et dans les autres. Un lieu de parole : réflexions partagées, surprenantes, innovantes. ➢ Préparer des homélies ensemble, laïcs et prêtres – par exemple à l’occasion des messes en famille. Rappel. La vie chrétienne se branche sur trois références : la Parole de Dieu, les sacrements, une éthique conforme aux perspectives de l’Evangile. « Ce qui est premier n’est pas le sacrement, mais bien la Parole de Dieu. » 1 D’où les suggestions précédentes.
N.B. : En consultant le site internet www.noble-louable.ch, le lecteur trouvera une version « annotée », étayée, étoffée, argumentée, très intéressante par les citations-choc qui en constituent la teneur essentielle. (nda).
Le carême venait de commencer. Mais pas de mines abattues au Schoenberg. Les 18 et 19 février, l’heure était plutôt à la fête. Les enfants de la catéchèse se sont emparés du centre paroissial de Saint-Paul pendant deux après-midi. Ils y ont mis le feu. Mais pas de flammes ni de morts : le feu des enfants fut un feu de vie et de joie. Un feu de charité. Récit.
PAR INÊS, NÜRA-JANE, MIRELLA, NICOLAS, GAUWENE, ENFANTS DE L’ATELIER
JOURNALISME, AIDÉS PAR LORIS, CATÉCHISTE | PHOTOS : DR
Le quartier du Schoenberg est un lieu de vie. Hiver comme été, difficile de s’y balader sans trouver çà et là des enfants qui jouent. C’est le quartier des familles, le quartier des cultures différentes. Que ce soit désormais aussi le quartier de l’Église. Que tous les enfants, que toutes les familles qui le souhaitent puissent trouver à la paroisse Saint-Paul une famille encore plus grande où se rassembler : la Famille-Église.
Mais pour ça, il faut que Saint-Paul soit un lieu connu, où chacun se sente accueilli tel qu’il est, où chacun se sache aimé inconditionnellement. Un lieu où tout particulièrement les enfants se sentent en confiance et heureux. Où ils savent qu’ils peuvent trouver du réconfort quand ça ne va pas trop à la maison ou à l’école. Où ils peuvent jouer, s’amuser, découvrir et se faire de nouveaux amis.
C’est dans ce sens-là que l’équipe pastorale a décidé d’élargir son offre pour la jeunesse en proposant deux après-midi d’ateliers. En février, ce fut une grande première. Et en tout cas pas une grande dernière, parce que les enfants réclament déjà d’autres après-midi et des animations à Saint-Paul.
Des animations au service de la charité
Qu’est-ce qui a tant pu plaire aux enfants dans ces animations ? Nous n’avions ni dompteur de lions ni cracheur de feu. Les activités étaient simples. Et c’est ça qui a plu aux enfants : faire quelque chose de simple, mais ensemble. Du groupe de danse qui a présenté un petit spectacle aux camarades, aux enfants de l’atelier cuisine qui ont préparé notre goûter, tous ont contribué à faire vivre ces après-midi.
Il y a eu encore l’atelier jeux, où les enfants ont pu apprendre à collaborer dans des épreuves collectives. Et puis l’atelier « contes » où ils ont pu voyager à travers des histoires aussi douces que marrantes. L’atelier « bricolage » où ils ont découvert que leurs petites mains pouvaient faire des merveilles. Et un atelier peinture
qui a fourni à Saint-Paul un très beau vitrail grand format, entièrement peint par les enfants. Même un atelier « journalisme », qui signe les quelques mots de
cet article.
Autant d’ateliers qui étaient reliés par un seul et même souffle : celui de la charité. La charité des enfants les uns envers les autres, où les plus grands aident les plus petits, où chacun veille à ce qu’aucun enfant ne soit seul dans son coin. Une charité des enfants qui a ému les quelques adultes qui étaient là pour les encadrer. Et qui a mis le feu à l’Église. Saint-Paul a brûlé de charité. Les paroissiens se remettront-ils de ce joyeux incident ?
L’ermitage de la Madeleine, sur le territoire de la commune de Guin, tout près de l’autoroute A12, est fort connu des Fribourgeois. Imposant par ses dimensions, il est, de plus, fort bien documenté. Toutefois, il n’est pas le seul ermitage des environs de la cathédrale. Au moins cinq ermitages, de type troglodyte, c’est-à-dire creusés dans la molasse, ont été répertoriés. Petit tour d’horizon !
PAR JEAN-MARIE MONNERAT | PHOTOS : RENÉ ANDREY
Sources : Ermitages religieux
des environs de la ville de Fribourg (XVe-XIXe siècle : patrimoine
à redécouvrir, par Ludovic Bender.
René Andrey : http://www.andrey.li/fribourg/ermitages.pdf)
Un ermite choisit un habitat à l’écart du monde et les grottes creusées dans les méandres de la Sarine s’inscrivent dans une longue tradition chrétienne, sanctifiée par les Pères du désert. Vivre dans une grotte confère une certaine aura de sainteté. Toutefois, il convient de se garder d’idéaliser la figure de l’ermite. Les réalités ascétiques sont nombreuses et les ermites fribourgeois se rendaient à la messe et avaient de nombreux échanges avec la population. Enfin, si les vocations religieuses ont conduit certaines personnes à vivre à l’écart du monde, bien souvent l’ermite est un sacristain qui assure localement un service religieux et l’entretien d’une chapelle. Enfin, les vagabonds, les escrocs à la charité, les déserteurs ou les criminels trouvaient aussi dans ces grottes un refuge idéal.
La première mention d’un ermitage troglodyte remonte au XVe siècle ; toutefois « l’âge d’or » de ces lieux se situe entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. L’ermitage de la Madeleine a été creusé entre 1680 et 1708, sur la base d’une grotte antérieure. Un des plus documentés est celui du Goz de la Torche, dans un méandre de la Sarine. Aménagé en 1600, il se composait d’une chapelle et de plusieurs cellules creusées dans la roche. Il semble qu’il ait été habité pendant plus de deux siècles. Il a disparu dans l’aménagement de la zone pour la construction de la station d’épuration de la capitale.
Tout près se trouve l’ermitage du Palatinat, plus petit, creusé dans la roche que l’on peut apercevoir depuis le Grabensaal.
Suite à l’effondrement de la paroi, il n’est plus accessible qu’en bateau. Il se composait de deux pièces : le logement et la chapelle.
Deux autres ermitages ont été identitiés à Grandfey. La première grotte est accessible depuis le haut de la falaise et la seconde demande que l’on descende le sentier jusqu’au pont de Grandfey avant de revenir le long de la Sarine. Ces ermitages reprennent le concept de disposer d’une pièce pour vivre et d’un endroit pour prier.
À cette liste, il convient d’ajouter la grotte de Pérolles qui surplombe le lac artificiel, accessible depuis le sentier Ritter. Au fond de la grotte une banquette creusée dans la molasse suggère qu’elle servait de couche, mais le manque de documentation et l’érosion n’aident pas à comprendre la répartition de l’espace.
Enfin, le dernier ermitage répertorié se situe à Bourguillon. Contrairement aux autres qui surplombent la Sarine, celui-ci est au-dessus du Gottéron. Il a été habité à la fin du XVIIe siècle et durant une trentaine d’années seulement.
Prudence !
Pour trouver ces ermitages, le site internet de M. René Andrey est une source précieuse. Deux ermitages sont relativement faciles d’accès: celui du Lac de Pérolles et celui du haut de la falaise de Grandfey. Mais la prudence est toutefois de mise: bonnes chaussures, pas de vertige
et un temps sec sont des conditions nécessaires pour éviter les accidents. Le deuxième ermitage de Grandfey, accessible depuis le bas du pont de Grandfey et en longeant la Sarine, est facile au début et compliqué sur les dernières centaines de mètres. L’ermitage de Bourguillon est accessible depuis une propriété privée, tandis que celui du Palatinat nécessite un bateau.
Pour ce nouveau numéro de L’Essentiel consacré au thème de la culture chrétienne, l’équipe de rédaction a souhaité donner la parole à Solène et Aurore, deux jeunes confirmandes qui ont été confirmées avec les autres adultes du diocèse le samedi 24 avril 2021, à l’église de Leytron par Mgr Jean-Marie Lovey.
PAR SOLÈNE, AURORE, JULIEN ET VÉRONIQUE DENIS
PHOTOS : JULIEN ET LAURENCE VOCAT
Je m’appelle Solène, j’ai 16 ans et j’habite le petit village de Branson à Fully depuis ma naissance. Je suis en 3e année au collège à Sion, en option anglais-italien, en filière bilingue allemand.
J’apporte une assez grande importance aux langues et je prends plaisir à les apprendre, car je pense qu’elles sont une des clés pour communiquer avec le monde. Je ne sais pas vraiment ce que je vais faire plus tard, mais une chose est sûre : je prévois d’être heureuse et épanouie dans ma vie future. Comme activité extrascolaire, je fais de la gymnastique. Pendant un entraînement, je m’évade, je transmets mes émotions à travers des mouvements et je libère mon esprit. C’est ce qui fait que j’aime tant ce sport : le fait de pouvoir communiquer sans parler.
J’ai un grand frère et une grande sœur : avec mes deux parents, ils m’apportent beaucoup d’amour au quotidien. Dans la vie de tous les jours, j’essaie d’apporter autant de joie et de bonheur que la foi m’en donne. Il y a évidemment des jours où je suis un peu moins heureuse, où je doute et je me remets en question, mais ça fait partie de ma vie d’adolescente et tout simplement de ma vie d’être vivant.
Après mon baptême, la catéchèse et ma première communion, je me suis arrêtée au bord du chemin. Aujourd’hui, je décide de continuer et de cheminer jusqu’à la confirmation grâce à ma meilleure amie qui m’a remis cette idée en tête. J’ai changé d’avis, car j’aimerais beaucoup pouvoir prendre quelqu’un sous mon aile, pouvoir guider une personne, la conseiller, la consoler… plusieurs nouveau-nés sont attendus dans ma famille et j’espère pouvoir faire le bonheur d’un d’entre eux.
A l’école, l’approche de la religion est, je trouve, un peu trop formelle. On ne voit pas la religion en elle-même, mais plutôt les événements qui la marquent et souvent ce sont des conflits, des guerres. On ne parle que rarement des bienfaits qu’elle procure ; comme ce qu’elle peut nous faire atteindre, elle peut nous guider, nous aider dans notre parcours ou à sortir d’un deuil, à trouver la paix, le bonheur et bien d’autres choses encore.
Je m’appelle Aurore Océane Angélique. J’habite ce magnifique petit village de Branson depuis mon enfance. Actuellement, je suis étudiante en 3e année au Collège des Creusets, en section économie et droit. J’aimerais devenir, dans le futur, ambassadrice. Pour cela, je vais faire la formation d’avocate, pour bien connaître les lois et qui sait, peut-être un petit stage à la Police cantonale afin de pouvoir devenir inspectrice à la police judiciaire ou prof. de droit.
J’aime m’évader dans la nature pour oublier les tracas de la vie et admirer les merveilles que Dieu a créées. Autant par leurs diversités, leurs couleurs, allant du minuscule insecte aux magnifiques chants des oiseaux où on oublie tout… On se sent bien… légère. On oublie le stress des examens, les rejets familiaux et les soucis de la vie courante.
Concernant la confirmation, si j’avais eu une année de plus, j’aurais suivi le cursus normal pour la préparation en primaire. Malheureusement, je faisais partie de la nouvelle réorganisation pour ce sacrement qui se préparait sur quatre années au lieu d’un an. Donc, j’avais renoncé. Je m’aperçois ce jour, que ce sacrement de la confirmation est essentiel pour accompagner ma future petite filleule sur le chemin de la vie, ainsi que pour mon éventuel futur mariage. Donc j’ai décidé de suivre la préparation pour le sacrement de la confirmation.
Il est vrai que parfois j’ai beaucoup d’incertitudes concernant toutes les religions : lorsqu’on les étudie, on constate qu’elles ont engendré des guerres, ce qui me bloque et me hérisse le poil concernant ces actes de barbarie, notamment actuellement les attentats. Pour moi la religion ne devrait pas être source de conflits, bien au contraire, on devrait tous s’aimer et s’accepter tels que nous sommes. Ce qui veut dire qu’il y a encore un très long chemin, lorsque nous voyons malgré toutes ces années de vie terrestre où cela perdure. Heureusement, j’ai toujours de l’espoir que cela s’améliore…
Voilà en gros mon parcours de vie, mes questionnements et injustices sur la vie courante et religieuse.
Julien, de confession protestante a souhaité entrer dans l’Eglise catholique. Déjà baptis (le baptême protestant est reconnu par l’Eglise catholique), Julien a reçu la confirmation et fait sa première communion, lors de la messe de Pâques à Fully, le dimanche 4 avril.
J’ai la foi depuis mon enfance. En quête d’une vie spirituelle renouvelée, je me sens attiré vers le catholicisme. L’Eglise catholique est l’Eglise originelle, fondée par le Seigneur et c’est aussi la religion de ma fille et de mon père.
Après plusieurs années de réflexion, j’ai envie et besoin de vivre ma foi au sein de l’Eglise catholique, de poursuivre un chemin me permettant d’être un homme meilleur, en suivant l’exemple du Christ.
Le parcours Alphalive, tout en s’adaptant à la situation sanitaire, a pu avoir lieu à Fribourg de septembre à décembre 2020. Trois participants reviennent sur ce parcours et sur ce que ce dernier leur a apporté.
PAR COSIMA FRIEDEN | PHOTOS : DR
Isabelle Reine
Vous considériez-vous chrétienne avant le parcours Alphalive? Oui, mais pas profondément. J’étais en recherche. Je sentais que ça m’attirait, mais je ne savais pas comment l’aborder. J’ai trouvé que c’était un bon point de départ pour approfondir ma quête.
Qu’est-ce que le parcours vous a apporté? Le parcours m’a apporté une structure dans ma foi. J’ai compris où je voulais aller. Le parcours m’a permis aussi d’ouvrir mon cœur, ce qui n’est pas facile. Je n’y suis pas encore complètement arrivée. Le parcours a également été le lieu de rencontres que je n’aurais pas eues sans cela. Je ne m’ouvre pas facilement, mais nous étions vraiment un chouette groupe.
Au départ je m’étais dit : «Je fais juste le parcours Alphalive et stop après. » Finalement, je n’ai pas envie de dire stop, parce que je me suis rendu compte que seule je n’y arrivais pas. J’ai besoin d’être entourée. L’encadrement durant le parcours et après le parcours est fantastique.
Nous sommes bien encadrés, on nous propose des choses, nous sommes libres de choisir de venir ou pas. Personnellement, j’ai besoin d’être encadrée, car je suis perdue si je suis seule. J’ai beaucoup appris sur la foi. Cela m’a permis de savoir où je voulais vraiment aller dans mon chemin. Je me cherche encore, mais je suis vraiment guidée et pour moi c’est très important.
J’ai trouvé particulièrement intéressant le fait qu’il y ait chaque semaine des thèmes et des intervenants différents. J’ai pris de nombreuses notes. Lors des discussions, nous sommes tout de suite mis très à l’aise.
On nous donne chaque semaine des sujets, chacun peut les approfondir pendant la semaine… Par exemple : « Qui est Jésus » ou « comment prier ». Ces thèmes m’ont permis d’approfondir divers sujets. J’ai repris la Bible, j’ai fait des recherches sur internet et réfléchi à la manière de prier. Est-ce que ma façon de faire était juste ou pas juste ?
Après avoir appris à connaître Jésus et lu la Bible, ce que je n’avais jamais fait, je me suis fait un plan d’une année. Comme nous avons parlé de plusieurs passages de la Bible auparavant, j’arrive mieux à appréhender cette lecture.
Jean Carrupt
Etiez-vous chrétien avant le parcours Alphalive? Oui, j’étais chrétien.
Qu’est-ce que le parcours vous a apporté? Ma génération, qui a beaucoup entendu parler de l’enfer et du purgatoire, est rassurée par les explications de la miséricorde de Dieu, en toute humilité. Il nous apporte la paix intérieure. Lors des repas pris en convivialité, nous nous faisons des amis. Les conférences nous permettent de réfléchir.
Après chaque dialogue permettant d’approfondir la foi, nous pouvons argumenter nos divers points de vue en parlant librement et simplement.
Que retenez-vous de cet enseignement? Ce que j’ai retenu c’est le discernement : ce qui vient de Dieu et ce qui vient des hommes. En deux mots, essayer d’être un homme juste.
Voici quelques réflexions qui nous ont été proposées pendant le parcours : le Christ est ressuscité pour nous sauver, la prière, mettre Jésus au centre de notre vie, le Christ avance devant nous, mettons-nous à le suivre ainsi nous n’avons plus peur de rien. Je peux tout car c’est lui qui me rend fort. Le Seigneur te donne toujours la possibilité de surmonter les épreuves. En renonçant à l’amour de soi, nous trouvons l’amour de Dieu et la paix. Nous avons également réfléchi sur la grâce de Dieu, le salut, la foi, l’espérance, la charité, la miséricorde, le pardon, la solidarité, le bien et le mal, l’Esprit Saint, la lumière, les ténèbres, et la Bible.
Pour moi, le parcours Alphalive c’est le ciment entre les générations. Grâce au parcours, ayant participé à la messe le jour de la fête de saint Joseph avec mes enfants, j’ai eu le plaisir d’avoir un dialogue fructueux avec mes petits-enfants qui font aussi partie d’un groupe dans la paroisse. Entre nous nous ne parlons pas de religion. Et puis tout à coup nous en avons parlé, parce que nous connaissions tous le Père Casimir. Le parcours permet d’approfondir la foi chrétienne par des dialogues en paroisse. Jamais on ne nous demande notre avis en ce qui concerne la religion. Pour nous c’est quelque chose de sacré, on l’applique et c’est tout. Ce parcours m’a apporté la paix intérieure. Les dialogues nous obligeaient à parler un petit peu sur la religion et ça ne m’était jamais arrivé.
J’ai eu de la chance de faire ce parcours parce que ça m’a beaucoup aidé. J’ai perdu ma femme l’an passé, j’ai eu un accident de voiture. J’étais perdu, déstabilisé, fâché avec tout le monde. J’ai compris qu’il fallait le pardon et la paix.
Phu Si Nguyen
Etiez-vous chrétien avant le parcours Alphalive? Non (il rit). On va plutôt dire que je bricole au niveau spirituel et religieux. J’essaye de tester ma propre foi au contact de diverses pensées et religions. Je me considère plus comme… je pense que je ne me mettrais pas d’étiquette.
Comment êtes-vous arrivé dans le parcours? À travers une rencontre et la promesse que je porterai de l’attention à l’invitation au parcours Alphalive. Cela correspondait aussi à l’époque à un besoin de sortir d’un certain isolement social, malgré le fait que je n’ai pas de sensibilité chrétienne à proprement parler. Je ne me sentais pas du tout concerné par la foi, mais plutôt par l’idée de partage et l’envie d’explorer la force de la foi d’autres personnes.
Qu’est-ce que le parcours vous a apporté? Le simple fait que j’ai participé à 65% des réunions démontre que ça m’a apporté quelque chose, c’est certain. Sinon je ne serais jamais revenu ou je serais juste venu aux premières rencontres. En plus, je suis surtout venu aux réunions « Covid » auxquelles ; pour des questions sanitaires, il n’y avait pas de repas. Par conséquent le repas n’était ni l’objectif, ni la première intention. C’était vraiment le fait de pouvoir rencontrer les gens, les écouter. Certaines personnes m’ont touché par leurs confidences, leur sensibilité. Cela m’a apporté du réconfort, la possibilité de partager, de mettre au défi ou à l’épreuve mes pensées et ma foi. Ce fut aussi un enrichissement, ça c’est inévitable.
Lorsque vous dites que des personnes vous ont touché, vous parlez des personnes de votre groupe ou des intervenants ?
Le 80% des intervenants m’ont captivé par leur conviction, leur foi, leur capacité à partager. Leur douceur m’a beaucoup marqué parce qu’ils n’étaient pas dans le prosélytisme.
Les participants m’ont également touché par leurs doutes, leur fragilité.
Des fois on a souligné mon insensibilité au Christ. Personnellement, je parle davantage de relation à Dieu. Parfois certains voulaient remettre le cadre en place, mais je suis resté sur ma sensibilité… Je suis plus habité par une foi en Dieu ou en cette entité.
Aujourd’hui nous nous identifions souvent par des étiquettes et cela forme des barrières. Tout groupe social a de la peine à s’ouvrir à d’autres parce que les codes ou les croyances, les pratiques ne sont pas les mêmes. C’est aussi ça que j’ai voulu « transgresser » en acceptant cette invitation.
Qu’est-ce que le parcours Alphalive?
Les parcours Alphalive sont des soirées-rencontres étalées sur dix à douze semaines pour explorer la foi chrétienne. Chaque séance se déroule de la façon suivante : repas, exposé et discussion pour explorer les bases de la foi chrétienne, le tout dans un cadre ouvert, amical et détendu !
PAR PAUL SALLES | PHOTOS : CATH.CH/MAURICE PAGE ET FJ
Du 1er au 4 avril, a eu lieu à l’église Saint-Jean une Montée vers Pâques. Dans la limite des conditions d’accueil possibles cette année, les jeunes se sont rassemblés pour vivre ces jours saints. Ils ont été accompagnés par des catéchèses des frères dominicains, l’enthousiasme des séminaristes de notre diocèse et la paternelle vigilance de Mgr Alain de Raemy.
Par Emmanuel Rey avec la collaboration de Bertrand et Françoise Georges
N’est-il pas contraire à l’Évangile de dire «mon père» à un prêtre puisqu’il est mon frère? Les choses ne sont pas si simples, ainsi que l’explique le Frère Benoît-Dominique de La Soujeole dans son dernier ouvrage Paternités et fraternités spirituelles (Cerf). Essayons d’y voir plus clair:
Parler de Dieu pour un chrétien, c’est d’abord témoigner de son amour. Témoigner de l’amour de Dieu peut se faire par la parole, par des actes… en fait par la combinaison des deux, car si les actes et la parole ne concordent pas, la crédibilité est faible.
Combien de fois avons-nous essayé de parler de Dieu ou expliqué notre foi et avons-nous subi un échec ? Car même si on croit fortement, exprimer sa foi est par expérience un exercice particulièrement difficile. Nous pouvons nous rassurer en lisant les Evangiles. Jésus, malgré toute sa perfection et sa capacité à réaliser des miracles, a également connu des échecs.
En ce temps pascal, il est peut-être plus aisé de parler librement de Celui qui est mort et ressuscité. Nous pouvons parler de Dieu avec joie, force et simplicité, Lui qui nous a tant aimés jusqu’à donner sa vie pour nous.
Selon le dictionnaire, la définition de la foi est : fidélité à tenir sa parole, confiance en quelqu’un ou quelque chose et le fait de croire en Dieu.
Il y a matière à réfléchir et à partager. Pour ma part, deux témoignages me touchent : une paroissienne qui récite quotidiennement son chapelet depuis des années et notre organiste qui met un terme à son engagement après 50 ans d’activité au service de nos communautés, pour agrémenter nos célébrations.
Respect et merci.
Et en ce mois de mai, mois de Marie, n’ayons pas peur de nous engager et, à son image, formulons notre « oui », afin que nos rassemblements soient un témoignage de notre foi.
L’histoire se passe il n’y a pas si longtemps, plus précisément le Mercredi des cendres. La présentatrice d’une chaîne de télévision française conclut son bulletin météo en lançant chaleureusement aux téléspectateurs : « … et bonne fête à toutes les Cendres. » Le jour de la Toussaint 2020, une journaliste de l’émission « Mise au Point » lance son sujet en ces termes : « En ce jour des morts… » Et au lieu d’un reportage sur des fidèles se rendant à la messe ou d’une enquête sur le processus de béatification dans l’Eglise catholique, on nous a servi ces perpétuels reportages sur les employés des pompes funèbres et sur la progression des incinérations par rapport aux inhumations. Dans mon village de Vernayaz, quand on demande aux enfants ce qu’est la Fête-Dieu, certains répondent sans hésiter : « Le tournoi de foot ! » En effet, la Fête-Dieu coïncide ici avec le traditionnel tournoi organisé par le FC du coin.
Des anecdotes comme celles-là, tout le monde, à commencer par les conservateurs de musée ou les professeurs de français ou d’histoire, pourrait en citer des quantités. Il y a aussi l’aspect de la culture biblique à prendre en considération. « Nul n’est prophète en son pays, tuer le veau gras, trouver son chemin de Damas, séparer le bon grain de l’ivraie » : toutes ces expressions tirées du vocabulaire biblique n’ont souvent plus d’écho chez les jeunes générations totalement étrangères à cette culture dans laquelle ils n’ont pas baigné. Et chacun s’accorde à déplorer l’ignorance religieuse contemporaine. Il faut donc se poser la question : comment en est-on arrivé là ?
Echec dans la transmission des valeurs
« Nous sommes chrétiens, au même titre que nous sommes allemands ou périgourdins. » Cette affirmation de Montaigne au XVIe siècle, qui la partagerait encore aujourd’hui dans une société dont il est convenu désormais que l’un de ses traits les plus caractéristiques est le pluralisme ? Comment se fait-il, nous disent des grands-parents, que nous ayons pu tout mettre en œuvre pour une éducation de la foi aussi intelligente que possible et que le résultat soit tellement médiocre, sinon négatif ?
Quand les enfants sont baptisés, presque tous sont inscrits au catéchisme pour pouvoir être admis à la communion, à la confirmation et, un jour, au mariage religieux ; et voici que, au lendemain de la communion ou de la confirmation, « on ne les voit plus », en ce sens qu’il n’en reste qu’une minorité dont la fidélité se marquera visiblement par l’assiduité à la messe dominicale. Un curé se plaignait à ses confrères de la présence persistante de chauve-souris dans son église. Il avait utilisé tous les moyens pour s’en débarrasser mais sans succès. Un de ses confrères lui a suggéré de les baptiser et de les confirmer, et c’est ainsi qu’il put résoudre son problème. Boutade humoristique qui traduit assez bien le sentiment général devant une catéchèse qui n’atteint pas son but.
La dynamique de la foi chrétienne commande de transmettre ce que nous avons reçu. Par deux fois, Paul emploie, comme en un couple indissociable, les verbes « recevoir » et « transmettre » : « Voici ce que j’ai reçu et ce que je vous ai transmis » ; « Je vous ai transmis ce que j’avais moi-même reçu. » (1 Co 11, 23 ; 15, 3) Telle est la logique, dès l’origine, de l’Eglise : le passage du témoin des uns aux autres. La foi n’a jamais été, et ne sera jamais, une expérience absolument autonome et solitaire.
Il semble bien dès lors que là se situe le vrai problème de la perte d’une grande partie de la culture chrétienne qui s’est longtemps nourrie de traditions et de façons de vivre bien ancrées socialement et que personne n’avait l’idée de remettre en question. Il se pourrait ainsi que l’Evangile ait été mis au second plan et qu’il n’ait pas pénétré le sens profond qui donnait à ces traditions et manifestations religieuses leur entière légitimité. Résultat : un abandon progressif de la pratique religieuse par une génération qui, à l’image de la société, se tourne vers un individualisme qui ne trouve plus sa place dans les phénomènes de masse qui étaient monnaie courante chez ses aînés.
Résurgence de pratiques individuelles
A cela s’ajoute un vaste courant de déchristianisation que pourrait illustrer ce débat qui a eu lieu dans le Parti démocrate-chrétien pour savoir s’il fallait abandonner le « C » et ainsi changer de nom pour devenir : « Le Centre ». Cela laisse à penser que « le christianisme est devenu un repoussoir dans un pays dont le drapeau est orné d’une croix – pour combien de temps encore ? », affirme Thibaut Kaeser dans l’Echo Magazine du 8 octobre 2020. « Reléguer le christianisme qui nous a tant façonnés, en avoir honte, voire l’effacer… C’est à ce défi que nous sommes confrontés. Il est monumental », poursuit notre interlocuteur.
Un autre défi qui attend la nouvelle évangélisation voulue par saint Jean-Paul II, c’est la résurgence de pratiques spirituelles individuelles. On voit ça et là naître un « culte de la nature » encouragé par les vagues vertes de la politique qui met au centre la lutte contre le réchauffement climatique, la défense et la protection de l’environnement. De plus en plus de personnes, dont des chrétiens, choisissent l’incinération et la dispersion des cendres dans la nature dans leur testament. Initiatives qui pourraient être comprises comme un acte d’athéisme puisque en disparaissant sans laisser de trace, ils revendiquent « un retour au néant ». Dieu n’est plus le Créateur et c’est la créature qui devient Dieu.
Comme la nature a horreur du vide, il faut bien remplacer les rites anciens par des rites modernes. « Voyez, monsieur le curé », me confiait un paroissien, même dans notre village à 90% chrétien, il y a maintenant une salle pour le yoga dont les responsables doivent refuser du monde, des expériences parents-enfants sous la dénomination de « Moments magiques », des ventes de pierres philosophales que l’on porte sur soi pour attirer les ondes positives ! »
Une lumière dans la nuit
La situation nouvelle, dans une société comme la nôtre, est celle d’une transmission qui est appelée à se faire explicitement en direction de jeunes ou d’adultes qui n’ont jamais rien reçu, soit qu’ils n’aient jamais été catéchisés, soit même qu’ils n’aient pas été baptisés ; ce qui est relativement différent du cas de ceux qui ont reçu une éducation chrétienne et qui ont délibérément choisi de penser et de vivre selon des représentations de l’existence étrangères à la foi en Jésus-Christ. Ces jeunes et ces adultes sans passé chrétien, ou même sans aucun passé religieux, comment peuvent-ils être rejoints par une démarche de transmission ? « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » (Evangelii nuntiandi, 1975, nº 41) Peut-être aussi, dans une ou deux générations, ceux et celles qui auront vécu sans notion précise de l’Evangile, le découvriront comme un trésor
et en deviendront les hérauts ? L’histoire nous le dira.
Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 15 avril 2019 en fin de journée?
L’espace d’une soirée, le monde entier retenait son souffle alors que Notre-Dame de Paris s’embrasait. Les médias ne faisaient pas dans la demi-mesure dans le choix des mots, et l’incendie d’une cathédrale apparaissait soudain comme un choc planétaire.
Cela peut sembler étonnant. Après tout, pour un non-croyant, qu’est-ce qu’une église si ce n’est un bâtiment appartenant à un passé désormais révolu ?
Et pourtant, guide bénévole depuis près de dix ans, je suis chaque été témoin du pouvoir de l’art. C’est qu’il y a dans la beauté quelque chose qui touche au plus profond. Quelque chose qui arrête le touriste pressé de visiter tout Paris en une journée ou qui captive l’adolescent embarqué malgré lui par ses parents.
Les Pères de l’Eglise, et certains papes après eux, parlaient de la voie de la beauté. A nous d’en retrouver le chemin pour rejoindre ceux que nos mots, parfois maladroits, ne convainquent pas toujours.
L’église de Bovernier a besoin d’un bon « lifting » ! Le Conseil de gestion de la paroisse de Bovernier soutenu par les autorités civiles en ont tous convenu et se mettent en route de concert pour la rénover.
PAR LE CONSEIL DE GESTION | PHOTO : DR
Après mûre réflexion, la paroisse de Bovernier a décidé de rénover son église. Consacrée en 1755 par les soins d’Hildebrand Roten, évêque de Sion, l’église actuelle avait remplacé une chapelle construite au milieu du XVe siècle.
Si le bâtiment est ancien, l’intérieur a déjà bénéficié de nombreuses et belles rénovations. Cependant, il a de nouveau besoin d’une sérieuse restauration. Le problème prioritaire est le chauffage. Actuellement électrique, le système de chauffage est très onéreux et ne fonctionne pas à satisfaction. Le projet prévoit notamment de basculer vers un autre type de production de chaleur dans un esprit de développement durable.
De plus, les Vouipes vont profiter de cet important investissement de près de Fr. 450’000.– pour apporter quelques améliorations à la situation existante et notamment un rafraîchissement indispensable des peintures et la restauration de certaines œuvres d’art.
Si les finances le permettent, la paroisse envisage de modifier l’extérieur de l’église afin de le rendre plus fonctionnel mais aussi plus agréable avec l’installation de quelques bancs et la plantation de plusieurs arbres.
Soutenus par le Conseil communal, les Conseils de communauté et de gestion s’engagent fermement, avec l’appui d’un comité de recherche de fonds, pour redonner à ce haut lieu de la vie locale et à ses alentours l’éclat qu’ils méritent afin d’accueillir encore mieux les paroissiens ainsi que les pèlerins de la Via Francigena, de plus en plus nombreux à visiter notre région.
Soutenez la renovation
Ce projet, qui réunit spiritualité, écologie et amélioration de l’accueil, mérite votre attention et votre soutien. Vous pouvez nous aider en nous faisant parvenir votre contribution aux coordonnées suivantes : Paroisse de Bovernier –
Mention : Rénovation de l’église de Bovernier – Raiffeisen Entremont CH56 8080 8008 9688 3870 4
Une longue dépression stagne sur nos terres intérieures depuis des mois… La météo de la vie est plombée par ce « grand froid ». Ces « tempêtes en à-coups » qui assiègent le quotidien, nous prennent au dépourvu, nous accablent…
PAR VALÉRIE PIANTA | PHOTO : PIXABAY
Lassitude, angoisse, fatigue, solitude, résignation, colère… Sentiments contradictoires qui défilent comme de lourds nuages de mauvais temps sur la tête de tant de personnes. C‘est un long hiver froid qui bouleverse les corps et les cœurs, et étirent ces liens qui nous tiennent les uns aux autres de tant de manières différentes, et devraient maintenir ainsi la circulation de la vie. C’est difficile pour chacun probablement, et encore immensément plus difficile pour ceux que cette météo pandémique malmène le plus. Pourtant… L’hiver finit toujours par s’achever !
Laisser se faire. – Cela se répète à l’infini en dépit de tous les bouleversements climatiques. Et l’hiver s’étant achevé, il est temps de laisser place à un puissant anticyclone, de changer le climat, la météo des cœurs malmenés par la dépression covid. Certes, rien de magique ne surviendra, sans le travail intérieur de cette grâce printanière qu’il faut pouvoir laisser se faire, en dépit des turbulences concrètes que l’on doit affronter au fil du temps.
Décider… – Décider de sortir du désert, de la nuit, des doutes et de la peur ! Choisir la vie et ne pas laisser la mort choisir le cœur ! Oui choisir la vie, la lumière et la douceur de l’espérance pour qu’il fasse le plus beau possible là où cette vie bat, parfois imperceptiblement, c’est vrai. Bien sûr, ce n’est pas si simple pour chacun. Mais on décide, on ne choisit pas seulement pour soi-même… On le fait en portant ceux qui sont coincés sur un coin de terre où des nuages chargés les cernent. La météo du cœur et de l’âme est plus douce et plus belle si on a l’objectif de la partager à travers des petits riens et des petits plus.
Partager. – Pour nous chrétiens, l’espérance de Pâques, c’est Jésus qui a passé de la mort à la vie, et qui nous tend la main pour passer à notre tour de ce climat froid, humide et sombre à un climat de douceur, empreint de lumière. Dans cet élan de résurrection, de retour à la vie, les perce-neige sont aussi beaux que les roses. Et le Seigneur ressuscité nous propose de partager ces premières fleurs jaillies sous une météo de renaissance avec ceux qui peinent. Décision, choix de Vie dans lesquelles nous emmenons les autres vers un climat plus serein.
Les catéchistes et animatrices ont proposé pendant le temps du Carême des ateliers du dimanche. Les enfants se réunissent après la messe, pendant une heure, avec quatre animatrices. Ils travaillent, en atelier, à créer dans leur cœur et dans l’église un chemin vers Pâques.
Le fil rouge utilise plusieurs symboles pour aider les enfants à s’ouvrir au mystère pascal… d’abord un clin d’œil à l’enfance et à ses jeux. Une marelle se construit dimanche après dimanche sur le sol de l’église et comme dans celle de nos jeux d’enfants le but est d’atteindre le paradis. En sautant de case en case les enfants découvrent un Evangile, un Psaume. Ils posent leur marque sur la case en collant un cœur, un nuage, un mot. Cette marelle est aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole par excellence de l’alliance faite par Dieu avec les hommes. La démarche se veut à la fois collective : nous réfléchissons et travaillons ensemble, et intime : je pars de ma terre intérieure et je m’élance vers le Ciel, vers Dieu qui m’aime.
Ce chemin continuera à se déployer durant les activités de la Montée Vers Pâques… l’arrivée de la case Ciel qui finira la marelle demande encore un peu de patience !
Ce 5e dimanche de Carême, ils étaient une trentaine d’enfants à entourer les 4 animatrices et toute l’église vibrait de leur enthousiasme et de leur dynamisme. Bravo et merci à toutes les animatrices pour leurs idées et leur disponibilité.
Originaire de Martigny-Combe, Mathieu Moser (33 ans), époux de Jenny et père d’une petite Nina est, depuis la rentrée 2020-2021, le nouveau directeur des Ecoles de l’Arpille. Ce pool scolaire regroupe les centres scolaires de Bovernier, Martigny-Combe, Salvan, Trient et Finhaut. Mathieu a succédé à celui de qui il fut l’adjoint, Pierre-André Ramuz. Pour mieux le connaître, lui ainsi que les défis qui l’occupent, je lui laisse la parole…
PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR
Cher Mathieu, merci d’accorder à L’Essentiel ce petit entretien. Jeune déjà, votre métier d’enseignant vous chevillait-il au corps ?
J’ai toujours apprécié le contact avec les enfants. J’ai travaillé à la Colonie de Ravoire où j’ai passé des moments géniaux. Le lien qui se crée avec eux est merveilleux. Les accompagner sur les chemins du savoir et dans le « monde des adultes » était la suite logique. J’ai besoin dans ma vie de variété et l’enseignement est un défi passionnant, mais aussi difficile.
Comment en êtes-vous arrivé à diriger les Ecoles de l’Arpille ?
Lorsque les écoles de l’Arpille ont été créées, j’étais vice-président de la commune de Martigny-Combe et je ne pouvais pas postuler en raison de la loi sur les incompatibilités. Le directeur adjoint a démissionné après une année et, en discutant avec Pierre-André Ramuz, je me suis dit que ce défi m’intéresserait. J’ai donc démissionné de mon poste de conseiller communal pour assumer cette nouvelle charge. Au début, j’effectuais mon travail d’adjoint sur deux après-midi et, petit à petit, j’ai pris davantage de responsabilités, jusqu’à la démission de Pierre-André Ramuz l’an dernier. J’ai ainsi pu faire valoir mon expérience comme adjoint pour lui succéder.
Personnellement, qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur dans votre mission de direction ?
Le bien-être de mes collaborateurs et des élèves qui fréquentent notre école. Je pense sincèrement que, si tout le monde vient avec le sourire pour enseigner et / ou apprendre, tout est plus facile. Le plaisir de se côtoyer, d’apprendre, de vivre ensemble ou de faire des erreurs contrecarre complètement le souvenir que bien des adultes ont de l’école. Les enfants y passent un bon bout de leur vie… Alors autant que ça soit des moments agréables, sources de souvenirs heureux.
Quelles sont les valeurs pédagogiques qui, selon vous, sont les plus importantes ?
La bienveillance et le respect sont les valeurs qui me parlent le plus. Nous devons accompagner chaque enfant en respectant son rythme, l’environnement dans lequel il grandit, ses difficultés et ses particularités. En l’accueillant tel qu’il est, sans le comparer à une norme dictée par on ne sait qui, l’enfant pourra se sentir en sécurité et s’épanouir pleinement.
Aujourd’hui, l’école est au confluent de beaucoup d’attentes et les enseignants sont souvent mis sous pression. Qu’est-ce qui vous inquiète à ce niveau ?
J’ai la chance d’avoir des collaborateurs engagés et bienveillants. C’est plus facile à les soutenir quand ils sont confrontés à des difficultés, car je sais qu’ils sont compétents et très professionnels. De nos jours, les attentes de la société et des parents sont parfois exagérées. On doit réussir, point ! Alors qu’il n’y a jamais eu autant de passerelles pour arriver au travail de nos rêves. Les enfants ne sont plus enfermés dans des cases et un élève qui passe par un apprentissage peut aussi aller à l’université !
Ma plus grande inquiétude demeure le manque de confiance envers les enseignants, en particulier ceux du primaire. Chacun a été à l’école et chacun pense savoir comment ça fonctionne. Je ne vais pas dire à un menuisier que je sais faire son métier parce que j’ai des portes à la maison ! La formation des enseignants est de niveau tertiaire depuis plus de 20 ans. Les enfants travaillent avec des professionnels, des gens formés pour accompagner leurs apprentissages. Les croyances de certains adultes par rapport à l’école ont été bien mises à mal pendant la période de confinement.
Constatez-vous une recrudescence des cas de violence, de racket, de harcèlement ? Qu’en est-il dans vos centres scolaires sur ce plan ?
Je crois que la violence a toujours existé dans les cours d’école. Elle fait partie de l’apprentissage de la vie. Je ne dis pas que c’est bien, je dis qu’on doit essayer de vivre avec et d’outiller les élèves pour l’éviter. Le harcèlement existe depuis longtemps, les élèves les plus populaires se nourrissent de la vulnérabilité des plus faibles pour asseoir leur réputation. Je sais de quoi je parle pour avoir été à la place des victimes et des harceleurs…
Je reste persuadé que l’école fait beaucoup pour donner des outils de gestion de conflits pour élèves. Je vois de nombreux projets qui émergent dans mes centres notamment avec l’appui de notre médiatrice, Raphaèle Perruchoud-Maret. En donnant des outils aux élèves, nous les rendons autonomes dans la gestion de cette violence et leur estime croît. J’ai bon espoir pour la suite.
Et pour vous-même, enfin, que vous souhaitez-vous pour ces prochaines années ?
Je me souhaite de pouvoir conserver cet équilibre épanouissant entre ma vie familiale, sociale, professionnelle et sportive. Au niveau professionnel, si les éléments que nous mettons en place dans le pilotage de l’école permettent à nos élèves d’apprendre mieux et en ayant du plaisir, je pense qu’on aura réussi quelque chose.
Martine Gross, de l’Eglise réformée évangélique du Valais, EREV et Nicole Berera, du Diocèse de Sion enseignent depuis de nombreuses années « l’Ethique et Cultures Religieuses » (ou ECR) dans les écoles de Martigny. Elles nous partagent ici leurs réflexions et leur expérience.
PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTOS : DR
Martine Gross
A l’origine. – « Sous l’impulsion du pasteur Lavanchy, au début des années 90, nous avons commencé à donner des cours d’enseignement religieux à l’école aux élèves protestants répartis sur le territoire paroissial. A ce moment-là, ces élèves sortaient de la classe pendant que leurs camarades suivaient le cours de catéchèse. Je suis enseignante de formation et j’aime cette activité, même s’il a fallu jongler pour être au bon moment, au bon endroit.
A partir de 2003, à la suite du travail d’une commission composée des Eglises protestante et catholique et du Département de l’Instruction publique de l’Etat du Valais, un programme pour les élèves de toutes confessions a été mis en place avec le matériel de cours élaboré par le groupe de travail « EnBiRo » (ndlr : Enseignement biblique romand) ainsi que les modules appelés « Compléments valaisans ». En parallèle furent instaurées les « fenêtres catéchétiques » : un jour par année scolaire, les Eglises invitent les enfants de leur confession pour une journée d’activité catéchétique. Les enfants s’inscrivent et ceux qui ne souhaitent pas y participer restent en classe. Martigny est une des régions où il y a des intervenants d’Eglise dans presque toutes les écoles. Dans d’autres parties du Valais, ce programme est donné par les enseignants titulaires.
Une collaboration œcuménique. – A Martigny, notre groupe d’intervenants est composé d’un tiers de protestants et de deux tiers de catholiques. En général, on se réunit au mois de juin pour revoir la répartition des cours s’il y a des changements et, en septembre, les deux Eglises organisent à tour de rôle une rencontre de mise en route. Je trouve magnifique qu’on soit arrivé à cette belle collaboration ! On a vraiment une bonne entente, un œcuménisme formidable !
Dans les classes. – J’enseigne l’ECR dans les classes de Martigny-Croix depuis 2003. Aujourd’hui, les élèves nous posent des questions qu’ils ne posaient pas il y a quelques années. En 3H, ils me demandent par exemple : « Mais qui est Jésus ? » ou encore, cette question à propos du « Notre Père » : « Les cieux ? C’est où les cieux ? » Il y a vraiment une base chrétienne qui leur manque.
Les enfants de 5H et 6H s’interrogent sur la « réalité » : par exemple, lorsqu’on aborde les miracles, ils parlent de guérisseurs, j’accueille cela… Nous devons avoir conscience que nous n’apportons qu’un élément parmi d’autres reçus à la maison. Je prends l’exemple de la résurrection : certains ont vu Jésus et d’autres pas ; certains ont témoigné, certains ont cru aux témoins et d’autres non… Dans la vie, c’est comme ça aussi et chaque personne doit pouvoir choisir ce à quoi elle croit.
Dans nos cours, on peut parler de tout, mais ce qui donne le sens culturel ou catéchétique, c’est la manière de le dire : il faut vraiment faire très attention à notre manière de présenter les choses… Nous veillons donc à bien rester dans notre programme ECR… Ce n’est pas parce qu’on intervient au nom des Eglises qu’on fait de la catéchèse !
Cet enseignement culturel donne aux enfants cette base qui leur manque et que nous pouvons poursuivre en catéchèse. C’est une forme de complémentarité dont les Eglises peuvent se réjouir.
M.G.
Il y a quelques années, un élève m’a dit « Avant vos cours, je ne croyais à rien du tout, maintenant je me pose des questions… » Il m’a fait là un beau cadeau. J’ai préféré cela à ce qu’il me dise: maintenant je crois !
M.G.
Nicole Berera
L’enseignement. – J’enseigne l’ECR depuis 11 ans, et j’aime beaucoup ce travail, il me permet d’avoir un contact avec toute la diversité des enfants, avec ce qu’ils vivent, avec leurs difficultés et c’est important de les accueillir avec tout ce qu’ils sont.
En 5H, on travaille le thème du « Pays de Jésus » et là on peut faire beaucoup de liens avec leur vie, avec les voyages, les maisons, l’appel des premiers disciples : est-ce qu’on peut être le disciple de quelqu’un aujourd’hui ? Quand on parle d’Abraham, de Sarah et d’Agar, c’est un thème plus difficile. C’est quand même Sarah qui « donne » sa servante. Mais il y a des liens avec notre époque : un couple qui se sépare, un parent qui rencontre quelqu’un d’autre. Je peux leur dire que ces situations remontent à des millénaires et que c’est important qu’il y ait des enfants pour que le monde continue… En fin d’année, nous parlons de l’Islam, au début j’étais vraiment néophyte, avec des idées préconçues, alors j’ai suivi des cours et maintenant je trouve que c’est très intéressant ! On apprend qu’on n’a pas forcément la vérité, que c’est du domaine de la foi et que c’est une question personnelle à chacun. Cela donne aussi aux enfants musulmans la possibilité de s’exprimer, c’est important qu’ils puissent participer activement. Parfois, quand ils me posent des questions, je suis à l’aise pour répondre et d’autres fois, je leur dis de poser cette question à leurs parents, qu’ils seront plus à même d’y répondre.
Le mélange culturel. – Dans nos classes, on a un grand mélange de cultures, et ce terreau multiculturel nous amène d’une certaine manière à nous « multiplier ». Quand on parle du mariage qui n’a lieu qu’une fois à l’église, cela suscite beaucoup de questions. Les enfants me parlent de leurs parents qui ne sont pas mariés… Je leur réponds que ce qui compte, c’est leur amour et l’amour qu’ils ont pour leurs enfants… On doit être délicat dans ce genre de situation, ne pas juger, ne pas exclure, car on ne sait pas toujours ce que les enfants vivent dans leur famille et il ne faut pas les blesser. Il faut une grande ouverture d’esprit ! Je rappelle aux enfants que nos différences ne sont pas là pour qu’on se fasse la guerre, mais pour qu’on s’enrichisse de ce que vit l’autre.
Aujourd’hui, je peux vraiment dire que les enfants m’ont aidée à tenir lorsque j’étais malade… Quand je suis à l’école, je suis obligée d’être pleinement présente, de laisser tout le reste en dehors. C’est ma joie de les retrouver, ces enfants me « nourrissent »…
Une question qui revient tout le temps: « Est-ce que Jésus a vraiment existé, est-ce une histoire ou un personnage réel qui a vraiment fait son passage sur la terre ? »
N.B.
Quand les enfants me demandent de quelle religion je suis, je me dis que je ne laisse pas trop transparaître ce à quoi je crois dans ma foi.
N.B.
Je ne me permets jamais de dire que j’ai la vérité et je me sens en accord avec ma foi, parce que dans les évangiles, Jésus accueille tout le monde.
N.B.
Le Secteur paroissial de Martigny compte 11 intervenants ecclésiaux dont 10 femmes ! Ces enseignantes spécialisées dispensent des cours appelés « Ethique et cultures religieuses » (ou ECR) qui n’est pas une proposition de foi chrétienne mais une approche culturelle, éthique et historique des principales traditions religieuses (bouddhisme, judaïsme et islam) avec un accent plus fort sur le christianisme puisqu’il marque davantage notre culture valaisanne. Le programme est complété par des éléments de culture religieuse locale liée à l’histoire et à la trajectoire des Eglises protestante et catholique en Valais.
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