Il était une fois un roi, qui avait trois fils. Le roi prenait de l’âge et souhaitait mettre les jeunes princes à l’épreuve. Il voulait que le plus sage d’entre eux hérite de son royaume.
Il appela donc ses trois fils et leur dit : « Voici une pièce d’argent pour chacun de vous. Achetez de quoi remplir entièrement la salle du trône, d’ici ce soir. »
L’ainé parti et passa près d’un champ où on moissonnait. La paille trainait inutilisée, le fils du roi se dit : « Avec cette paille inutile, je remplirai sans problème la salle du trône. » Avec les ouvriers, il transporta les bottes de paille jusqu’au château, mails ils ne parvinrent à remplir la salle que jusqu’à mi-hauteur.
Un peu plus tard, le deuxième fils rentra, accompagné de marchands qui conduisaient de lourds chars tirés par des bœufs. Arrivés dans la cour du château, ils déchargèrent une multitude de sacs étonnamment légers : le prince avait l’intention de remplir la salle du trône de plumes. Pendant plusieurs heures, les marchands et les serviteurs vidèrent les sacs : les dernières plumes touchaient les lustres pendus au plafond. Le deuxième fils se tourna vers son père, triomphant : « Tu peux me donner le pouvoir du royaume. Il n’est pas encore le soir, mais j’ai déjà rempli la salle. »
Son père répondit : « Ce n’est pas encore le soir, et il reste de l’espace dans cette salle. J’attendrai encore. »
Enfin, à la nuit tombée, le plus jeune fils revint. Il se plaça au centre de la salle du trône, que l’on venait de vider de ses plumes. Le jeune homme posa une bougie sur le sol et l’alluma. Sa lueur éclairait la salle jusque dans les moindres recoins. Le père dit alors : « Toi, tu seras mon héritier. Tes frères ont dépensé leur pièce d’argent pour remplir la salle avec des choses inutiles. Mais toi, il ne t’a même pas fallu une pièce pour la remplir de lumière. Et tu as choisi pour cela la chose dont les gens ont le plus besoin. »
Le Synode lancé par le pape François pour apprendre à faire Eglise autrement s’est poursuivi sous Léon XIV. D’ailleurs, l’équipe du Secrétariat en charge des Synodes a rencontré le Pontife nouvellement élu dans les premiers jours de son ministère officiel. Pour bien montrer qu’il y aura continuité. Car c’est dans la durée, et la persévérance, que les fruits, dont les semences ont été plantées par François, germeront.
De notre côté en Région, nous avons lancé l’idée des Tables du Partage en 2025 : après le 13 février – les paroissien.ne.s venu.e.s à Chêne ont pu donner leur avis sur la vie ecclésiale locale –, le 27 mai – toujours à Chêne et cette fois, pour répondre par une Lettre à l’évêque sur sa propre Lettre du Carême 2025 – et le 9 octobre, sur le bénévolat ou, mieux, les bénévoles –, nous réitérons pour le 17 février 2026 dès 18h toujours à Chêne, sur le thème : confession, réconciliation, relecture de vie.
L’EP se réjouit d’organiser et d’animer ces soirées qui nous permettent de nous rencontrer autrement et de partager nos idées, nos envies, nos déceptions, nos attentes… Même si on entend encore parfois la critique, non, Monsieur le curé en titre ne décide pas tout seul de l’orientation de la pastorale régionale…
Certes, ce sont les mêmes qui viennent, pourrait-on conclure. Pour nous, ce sont celles et ceux qui ont envie de faire Eglise autrement et d’avancer malgré tout.
Oui, c’est peu productif dans le fond (remarque entendue…). Pour nous, c’est VOUS donner l’occasion de vous exprimer, notamment pour qu’on ne nous dise plus que nous ne sommes pas écouté.e.s, entendu.e.s, compris.e.s. Et vous donner l’occasion de NOUS exprimer, écouter, entendre et comprendre, à nous, l’EP installée officiellement le 16 novembre 2025.
L’un des challenges de la dernière Table était, pour celles et ceux présent.e.s, de prendre contact avec une personne de l’assemblée dominicale qu’elle ne connaît pas, pour s’intéresser à elle et se faire mieux connaître elle-même d’un ou d’une autre. Alors, défi relevé ?
Devenir adulte dans la foi ne consiste pas, comme le rappelait l’Evangile du 12 décembre, à rester coincé dans ses frustrations et ses contradictions – « on joue de la flûte et vous ne dansez pas, on joue des lamentations et vous ne pleurez pas ! » – mais bien à se réjouir de ce qui est – la réalité est toujours plus tenace que l’idée, voire l’idéologie – et d’oser sortir de ses ornières. La sobriété de Jean le Baptiste fit qu’on le traita de fou ; le bon-vivant qu’était Jésus provoqua l’insulte, « glouton et ivrogne » et ami des pécheurs…
La Table du Partage se veut aussi un moment convivial : raclette, crêpes, ragoût sont aussi des occasions pour « compagnoner », partager son pain (et plus !). Sans parler, à chaque fois, de l’efficacité et la discrétion des bénévoles en cuisine et au service. Tiens, faire Eglise autrement, et si c’était aussi comme ça !
Par Sylvie Vasey Photos : F. Monnin, Frère Nicolas-Jean Porret
Les messes Rorate, célébrées avant la fin de la nuit, éclairées à la seule lueur des bougies, portent en elles quelque chose de mystérieux : un esprit de veille, de silence habité, alors que le monde dort encore.
La tradition du petit-déjeuner monastique a plus de vingt ans, née grâce à la Fraternité laïque dominicaine, qui en a longtemps assuré la responsabilité. Aujourd’hui encore, dominicains ou non, les bénévoles mettent la main à la pâte, heureux d’être réunis pour une même mission de service fraternel.
La veille, les tables sont dressées pour être accueillantes : assiettes, tasses, couverts, confitures, sucre, serviettes de couleur et, bien sûr, les bougies. Et déjà, la joie du moment qui approche se fait sentir.
Après le réveil, bien avant l’aube, certains vont chercher le pain. D’autres illuminent l’église. Les uns coulent le café, coupent le pain, disposent beurre et crème à café. Enfin, il y a ceux qui assurent une surveillance de chaque instant : avec toutes ces bougies…
Peu avant 6 heures, l’église resplendit, portée par la lumière douce et dansante des lumignons. C’est comme irréel, si beau, qu’on en a le souffle coupé. Les premiers paroissiens arrivent en silence. Et la messe commence, recueillie et profonde.
A son terme, les paroissiens sont invités à descendre dans la salle apprêtée. Les bénévoles sourient, servent, accompagnent. Une douce musique accompagne discrètement le petit-déjeuner, qui se prend en silence.
A 7 heures 30, l’aube pointe. Les paroissiens reprennent leur journée. En paix.
Et nous, bénévoles de l’aurore, nous asseyons enfin, pour partager notre petit-déjeuner. On rit, on souffle, on savoure. Mission accomplie. Notre disponibilité, jointe à celle de ceux qui prennent ensuite le relais pour la vaisselle et les rangements, aura offert à la communauté un moment unique de calme, de fraternité et de lumière. Un aperçu, peut-être, de celle qui, un jour, surgit dans la merveilleuse Nuit de Bethléem. Rendez-vous en décembre 2026 !
Le dimanche 23 novembre dès 17 heures, l’église St-Jo est plongée dans la pénombre où ne luisent que quelques spots amenés pour la circonstance : Jean Winiger va dialoguer avec la pensée et les écrits de Maurice Zundel, sur le lieu même où, jeune vicaire (1919-1925), Maurice Zundel a commencé sa vie de prêtre.
Une centaine de personnes s’est déplacée malgré le temps plus que maussade ; l’étincellement des propos et de la réflexion de Zundel, mis intelligemment en scène par Lorianne Cherpilllod, se révèle dans le jeu de ce comédien romand qui incarne les grands – Rousseau, de Gaulle, Charles de Foucauld…
Une heure et demie après, l’on ressort avec de la substance pour réfléchir, relire, se réapproprier sa liberté de croyant.e pour laquelle Zundel, un peu avant l’heure, avait plaidé à temps et à contretemps.
Un extrait de la tirade finale : « Révélations nouvelles, horizons inattendus ! » Joie d’exister ! Zundel, quand tu dis « Un regard de toi m’entretient davantage que toute la sagesse du monde », tu me parles de Julia (ndlr. ex-compagne du comédien), Quand tu dis « La volupté, le jardin interdit où il serait si bon de se détendre, si ce n’était défendu », tu me rends libre sans tabous. Je pourrais espérer aimer encore quand tu dis « La tendresse, l’affleurement mystérieux d’une Présence infinie ». Quand tu dis « Dans le silence où l’âme se recueille résonne une voix plus forte que toutes les voix de la terre », je peux concevoir un monde sans horreurs, massacres et génocides. Et sans guerres quand tu dis « Il n’y a pas de victoire que celle où le vaincu devient un frère ».
Le cardinal Journet est un des rares prélats catholiques à avoir laissé son nom dans la région genevoise, mais peu se souviennent du théologien engagé dont l’influence a marqué les milieux intellectuels et artistiques de son époque. A l’occasion du cinquantenaire de sa mort, l’historien Philippe Chenaux a réparé cet oubli en publiant une biographie.
Par Myriam Bettens Photos : Wikimedia Commons, Myriam Bettens
« Vous m’avez fait aimer le cardinal Journet… mais avec quelques précautions », glisse un auditeur avec un demi-sourire. Philippe Chenaux admet volontiers que « l’ecclésiologie du cardinal Journet est quelque peu datée, néanmoins son regard sur les questions sociales reste une source d’inspiration plus que pertinente ». Le professeur émérite d’histoire de l’Eglise moderne et contemporaine à l’Université pontificale du Latran est venu présenter, mi-novembre, à l’église du Sacré-Cœur, le livre qu’il a consacré au prélat genevois.
« Charles Journet a été, avec son ami le philosophe Jacques Maritain, et dans la fidélité à leur maître commun, saint Thomas d’Aquin, l’une des grandes voix de la résistance intellectuelle et spirituelle au totalitarisme et de la lutte contre l’antisémitisme. » L’historien déplore toutefois que l’œuvre du théologien soit si méconnue. Cependant, un « héritage journétien » inattendu demeure perceptible dans la succession des évêques du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), ses successeurs étant, pour la plupart, ses disciples. Cela perpétue « une lignée thomiste », suppose Philippe Chenaux.
Par ses travaux antérieurs, le professeur émérite a été amené à intervenir plusieurs fois sur la pensée et l’œuvre de Charles Journet. Il a décidé d’en faire une synthèse en forme de biographie intellectuelle et politique. Pour brosser le portrait de cette figure genevoise de premier plan, l’historien s’est appuyé sur diverses sources, incluant les archives privées du cardinal ainsi que les diocésaines et vaticanes ; ses écrits, qui représentent « vingt-et-un volumes, dont douze sont parus ! » ; d’abondantes correspondances, notamment avec son ami Maritain ; et des témoignages de ceux qui l’ont connu.
Une conférence dense, qui a mis en lumière la voix souvent discordante du futur cardinal Journet face aux totalitarismes (fascisme, nazisme, communisme), dans un climat politique et religieux préférant caresser les belligérants dans le sens du poil. Car l’abbé n’entendait pas se laisser museler par la censure, pas même celle de son évêque, avec qui il aura maille à partir. Philippe Chenaux évoque son indéfectible engagement pour faire disparaître tout antijudaïsme dans le christianisme, son influence lors du Concile Vatican II ou son rôle moins connu de défenseur de l’art moderne sacré.
Cet homme d’une extraordinaire érudition, spécialiste de l’ecclésiologie, notamment à travers son chef-d’œuvre, L’Eglise du Verbe incarné, considérait que « la vocation du théologien n’est pas seulement d’approfondir la science de la foi, elle est aussi de témoigner de cette doctrine dans les affaires du monde afin de rendre celui-ci […] plus conforme aux valeurs de l’Evangile ». Son engagement dans l’histoire de son temps traduit sa conception du rôle de théologien, car pour reprendre ses propres termes, « au principe de ce témoignage, il y a la certitude proprement chrétienne que notre monde est digne d’amour ».
Philippe Chenaux, Charles Journet, un théologien engagé dans les combats de son temps, Editions Desclée de Brouwer, Paris, 2025, 336 p.
Philippe Chenaux avec la couverture de son livre en arrière-plan.
C’est lors de sa discussion avec les pharisiens, ici représentée par Tissot, que Jésus nous donne le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Par Véronique Benz Photo : DR
Dans l’Evangile, comme second commandement, Jésus nous dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Matthieu 22, 37-39) Il est donc nécessaire de savoir prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres !
Comment prendre soin de moi ? Dois-je me préserver, quitte à ne contempler que mon nombril ? Ou au contraire, dois-je ouvrir mon cœur et ma vie jusqu’à la limite de mes forces ? Entre la société individualiste dans laquelle prendre soin de soi est devenu un dogme et la tradition de l’Eglise nous demandant de nous investir sans compter, quel est le juste milieu ? Comment trouver le bon équilibre entre le temps que je m’accorde et celui que je consacre à Dieu et aux autres ?
La réponse n’est pas simple. Elle est différente pour chacun. Des bénévoles me disaient qu’il ne fallait pas s’engager au service de l’Eglise pour régler ses problèmes. Mais qu’il fallait être bien dans sa tête et dans son corps pour aider son prochain. Et surtout, que pour pouvoir donner, il fallait d’abord recevoir ! Pour recevoir, il est nécessaire d’aller puiser à la source ! Pour nous, chrétiens, la source c’est le Christ, ce Dieu qui s’est incarné pour prendre notre condition d’homme !
Si les monastères et maisons de retraite affichent complet et ce, depuis plusieurs décennies déjà, c’est parce que le jeûne, le silence, le rythme des prières monacales, le lien à la nature environnante, l’apport spirituel de maîtres en la matière, nourrissent une part de l’humain que la vie professionnelle et familiale ne comble pas. Les programmes de « bien-être » chrétien se développent sans complexe, aussi hors couvent. Tour d’horizon.
Par Thierry Schelling | Photos : Unsplash, Vatican News, DR
Des siècles de culpabilisation à trop prendre soin de soi, de son corps et de son intérieur (âme-esprit) sont progressivement remplacés par une ère décomplexée du « cocooning personnel » au nom de sa foi chrétienne ! A l’heure du burnout d’agentes et agents pastoraux, d’évêques même, il est plus que conseillé de se concentrer sur le troisième volet du Commandement du Christ, « le seul que je vous laisse : Aime Dieu et ton prochain comme toi-même1 ».
Le complexe « Mère Teresa »
Un interview des années 80 de la Sainte de Calcutta m’avait interpellé. A la question du journaliste : « Quand vous reposez-vous ? », elle avait répondu du tac au tac : « Mais vous n’y pensez pas ! Tout pour Jésus ! Et on aura l’éternité pour se reposer ! »
Peut-être plus poignant dans les Ordres religieux, ce leitmotiv « tout pour Jésus » a souvent entraîné un « déni de soi » au profit des autres, des pauvres surtout, qui réclamaient l’urgence de l’attention caritative. Mais à quel prix ?
Et voilà que le XXIe siècle voit éclater au grand jour la pédophilie et autres abus de la part de consacré.e.s, révélant par là que le « prendre soin de soi » eût été une pas si mauvaise idée dans le fond… Mais devant les dégâts de ce pseudo-altruisme pervers et mortifère se cachait en fait un narcissisme immature qui, pour perdurer, n’avait qu’un refrain : sauvons l’institution coûte que coûte et tant pis pour les ravages à autrui et à soi-même !
Un commandement nouveau
Or, « toute la loi et les prophètes » reposent sur ce commandement du Christ : « Aime Dieu et ton prochain comme toi-même. »
Les deux premiers volets ont été déployés et concrétisés au gré de l’histoire humaine et chrétienne, au détriment du troisième.
En effet, dès l’aube de l’humanité, un dieu créateur de par ses manifestations climatiques (tonnerre, soleil…) pousse l’humain à révérer une force supranaturelle ; la mort des coreligionnaires interroge sur le lien entre cette puissance, la vie et la mort : « Aime Dieu. »
Puis le christianisme officiel (après le IVe siècle) déploie un remarquable essor du soin à l’autre : la personne étrangère, malade, seule, orpheline, illettrée – et avec quelle fierté. D’avoir éduqué des filles là où elles n’étaient que bonnes à marier, doté des langues de signes pour être imprimées et enseignées, construit des asiles pour malades, mourants, pestiférés, lépreux, accueilli des itinérants et voyageurs, mille et une incarnations de cet amour du prochain : « Aime ton prochain. »
« Aime ton prochain », ou le soin à la personne étrangère, malade ou seule. Ici, les Sœurs Hospitalières de Sainte-Marthe.
Et quid du « comme toi-même » ? Anecdotiquement n’est-il pas étrange que l’histoire du costume ecclésiastique, liturgique ou de rue, ait évolué vers une nécessité à cacher les formes, tout en rehaussant par les ors et le chatoiement d’étoffe l’élite ecclésiastique, mais en gardant pour les deux sexes la tunique longue asexuée (aube, soutane) ? Le Concile Vatican II a rendu la liberté aux prêtres, religieux et religieuses, de se vêtir sobrement, mais moins ostensiblement uniforme2… Est-ce à dire que l’apparence corporelle ne dérangerait plus ?
Sain(t) égocentrisme
« Aime Dieu, ton prochain comme toi-même », un commandement désormais décliné en entier dès la moitié du XXe siècle : se multiplient petit à petit des propositions pastorales, et souvent en paroisse, où l’on prône et encourage le bien-être au nom de sa foi : café-deuils, semaines de jeûne, systèmes d’étude de la personnalité3 au sein des lieux de formation pour le travail en Eglise, espaces de prière et de silence ouverts au tout-venant4, cours de zen, de yoga chrétien où les mantras sont remplacés par des psaumes…
La question du discernement pour soi à l’aide d’outils ignatiens revient fort : se marier, déménager, divorcer, avoir un enfant et voilà que Monsieur le curé se retrouve face à toutes sortes de demandes de fidèles lambda pour devenir heureux…
A une catéchèse faite d’enseignements et d’ouvertures sur le monde s’associent désormais des temps où le soi est soigné à commencer : l’art-thérapie, le LandArt5 pour petits et grands permettant une rencontre de Dieu au moyen de la beauté artistique (peinture, sculpture, dessin).
L’art-thérapie, par exemple à travers l’écriture d’une icône, permet de rencontrer Dieu au moyen de la beauté artistique.
Il existe aussi des ateliers de « journal créatif » ou comment écrire son propre (et cinquième) « évangile », c’est-à-dire apprendre à narrer les étapes de son existence en écho à celles du Christ conduisant, souvent, à l’apaisement intérieur.
Pour et contre
Après une visite des églises chrétiennes sur la Rive gauche de Genève, une maman me questionne : « Mais aujourd’hui, ce que vous avez proposé à mon fils, ça compte comme catéchisme ? » La visite avait nécessité de marcher bien 10’000 pas en serpentant dans les ruelles de la Vieille-Ville à partir des contreforts eaux-viviens – un effort physique pour parcourir les distances entre les édifices religieux faisait aussi partie du jeu. « Oui, Madame, si tant est que vous teniez un carnet du lait de sa catéchèse ! »
Offrir, exiger parfois, le silence dans une retraite d’ados est un challenge… qui porte du fruit, parfois à l’étonnement des organisateurs : « J’aimerais bien continuer à m’offrir des plages de silence au quotidien », conclut une confirmande, enthousiaste à ce qu’elle qualifie de « sa vie interne » après cet exercice (évidemment sans téléphone portable !).
La relation à Dieu est améliorée lorsqu’on a pris le temps de regarder en soi-même et de relire sa vie.
A tous les cheminants adultes qui demandent les sacrements d’initiation, je les renvoie à eux-mêmes avec l’Evangile de Marc à lire, en suggérant d’écrire à leur tour leur Evangile, puis, plus tard, leur Credo, en prenant soin de relire leur vie en couchant sur papier ses étapes, rencontres, joies et douleurs. Le « produit final » est saisissant d’introspection, de moments de confession, de vérité, d’authenticité.
Et leur relation à Dieu n’en est qu’améliorée, car comme l’a dit une cheminante au groupe de catéchumènes, « une fois que j’ai désencombré mon dedans en posant devant mes yeux ses méandres de croissance, je vois mieux Dieu, je prie mieux Dieu, j’ai de la place pour L’aimer… », des larmes apaisées coulant sur ses joues.
A revers, les critiques ne sont pas légion, mais existent : « Nos jeunes n’apprennent plus rien, ils sont ignares, comment voulez-vous qu’ils pratiquent ? » me lance un octogénaire venu récupérer son (il est vrai un peu trublion de) petit-fils. « Avec vos histoires de prière en groupe dans le silence, quelle perte de temps ! » Oui, prendre soin de soi est la clef pour aimer Dieu et son prochain, malgré tout…
1 Mt 22, 39 ; Mc 12, 30-31 ; Lc 10, 27 (à noter que là, ce n’est pas Jésus mais un docteur de la Loi qui le dit). 2 Un bémol quant aux Ordres fondés après, et souvent en réaction, au Concile Vatican II qui arborent bures, pèlerines, coules effaçant la silhouette… Bis et repetita ? 3 Comme l’Ennéagramme, Myers-Briggs, l’évangélisation des profondeurs, eutonie… 4 Les maisons d’Eglise en France, comme àLa Défense à Paris, l’Espace Maurice-Zundel à Lausanne… 5 Création d’œuvres d’art dans le paysage naturel avec des objets trouvés sur place.
Jésus, humble de cœur et rayonnant de bienveillance à notre adresse, nous soulage tout entiers : corps, cœur-âme et esprit.
Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR
Quand nous peinons et ployons sous le fardeau, Jésus se présente à nous pour nous soulager tout entier, corps, cœur-âme et esprit. Car il est doux et humble de cœur, il déborde de miséricorde envers nous, il rayonne de bienveillance à notre adresse.
A son école, le poids du ministère et de l’existence devient léger, car nous pouvons être « attelés » à son joug. Celui-ci est tout à fait acceptable, car il se porte dans la force de l’Esprit Saint. Il ne pèse pas sur nos épaules pour nous écraser : au contraire, il nous entraîne vers l’avant, là où le Seigneur veut nous mener pour faire notre bonheur.
Le Christ nous libère par sa Parole et il nous guérit par son Souffle Saint. Il n’a qu’une attente : que nous nous laissions travailler par son action et nous nous abandonnions à sa grâce, car elle veut pénétrer au plus profond de nous-mêmes.
Pouvons-nous parler de « cocooning » ecclésial et spirituel ? D’une part, un tel retrait dans la confiance nous conduit au repos de l’ensemble de notre être. Il nous coupe de nos faux soucis qui nous étouffent, il nous protège de l’agressivité dont nous sommes si souvent victimes. Il nous retire des mille sollicitations superficielles et éphémères, il installe la sérénité et la paix en profondeur.
Mais d’autre part, il ne nous fait pas oublier les épreuves que nous sommes malgré tout appelés à traverser. Il nous permet de nous ressourcer et ainsi de relever les défis qui nous attendent pour le bien de nos proches et pour notre salut, de telle sorte que nous progressions sur notre voie de sainteté.
Si non, nous nous contenterions de nous extraire de la mêlée, de nous replier sur nous-mêmes en un confortable égoïsme et nous renoncerions à suivre le Christ, chargés de la croix qu’il nous destine. Il y a un temps pour refaire nos forces et laisser le Seigneur prendre soin de nous et il y a un temps où recommencer l’ascension vers les plus hauts sommets de la joie.
Et surtout, il ne s’agit pas, comme dans beaucoup de pratiques de développement personnel, de ne compter que sur nos propres forces. C’est Dieu qui nous console et nous relève, c’est lui qui nous soigne et nous protège. Faisons-lui pleine confiance. Avec lui exultons d’allégresse.
Léon a repris l’habitude de séjourner à Castel Gandolfo pour se ressourcer.
Par Thierry Schelling | Photo: Vatican News
Aimer et se savoir aimé
Lors de l’un des premiers Angélus de son pontificat, Léon XIV a brièvement commenté la magnifique parabole du Bon Samaritain (cf Lc 10, 25-37) esquissée par la question du docteur de la loi à Jésus : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? »
Léon explique : « Ce que le cœur de l’homme espère est décrit comme un bien à « hériter » : il ne s’agit pas de le conquérir par la force, ni de le quémander comme des esclaves, ni de l’obtenir par contrat. La vie éternelle, que Dieu seul peut donner, est transmise en héritage à l’homme comme d’un père à son fils. C’est pourquoi Jésus répond à notre question : pour recevoir le don de Dieu, il faut accueillir sa volonté. Comme il est écrit dans la Loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » et « ton prochain comme toi-même ».
Et de donner Jésus comme modèle visible de ce que l’amour signifie puisqu’incarné : « Un amour qui se donne et ne possède pas, un amour qui pardonne et ne prétend rien, un amour qui secourt et n’abandonne jamais. »
« Comme soi-même »
Il se trouve que Léon a repris l’habitude papale de séjourner à Castel Gandolfo ; lui a opté pour le petit palazzo adjacent appelé Villa Barberini – en effet, la résidence en tant que telle a été transformée en musée sous François…
Et depuis septembre, Léon a décidé de s’y rendre le mardi en congé. Tout simplement. Ce religieux habitué à la vie communautaire a recréé un tel environnement dans les appartements pontificaux du Palais Apostolique au Vatican. Pour ne pas être seul ; pour prier en communauté ; pour (probablement) échanger avec des confrères sub segreto Petri (sans qu’ils n’en viennent à révéler quoi que ce soit).
Son propre frère, John Joseph Prevost, s’est même laissé aller à quelques confidences : « Il peut se promener sans la soutane blanche pendant une journée où sport, promenade dans les jardins et loisir allègent son mental. »
En d’autres termes, Léon a instauré un « sabbat » hebdomadaire des plus ressourceful !
La brebis égarée est celle qui, se séparant du reste du troupeau, a pris un mauvais chemin et que l’on voudrait voir rentrer au bercail. Par analogie, cette expression signifie une personne perdue, qui vit dans le malheur. Dans l’évangile de Matthieu, Jésus, qui se présente comme le bon Berger, enseigne que chaque être humain est à ses yeux une brebis qui vaut la peine d’être sauvée. Si une brebis s’égare, le pasteur la cherchera dans le désert, laissant les 99 autres sur la montagne (Matthieu 18, 10-14).
Par Véronique Benz
Humour
Un passager monte dans un bus. Il est suivi par une personne qui lui demande de lui céder sa place. – Ah non, lui répondit le passager. C’est ma place. Vous n’aviez qu’à arriver avant moi. – Permettez-moi d’insister. Merci de céder votre place. – Je vous redis que non. Pourquoi vous entêtez-vous ? – Parce que je suis le conducteur de ce bus et que vous êtes assis à ma place !
Générosité et altruisme sont considérés comme des valeurs cardinales dans le christianisme. Alors que la philanthropie peut parfois sembler un «passe-temps» de riches, n’est-elle qu’une alternative laïque à la charité chrétienne ? Guylaine Antille aborde la question de la «grande philanthropie» au sein de l’Eglise catholique romaine-Genève (ECR).
Par Myriam Bettens | Photo :Jean-Claude Gadmer
L’Eglise catholique romaine-Genève (ECR) possède un service dédié à la « grande philanthropie ». Quel est son rôle ? Le budget de l’ECR est constitué à cinquante pour cent par des dons et des contributions. La grande partie des donateurs fait des dons réguliers, essentiels et nécessaires, mais moins élevés en termes de montant. L’autre part de ces mécènes contribue financièrement de manière très importante ; ils sont considérés comme de « grands donateurs ». Ce sont des personnes, autant physiques que morales [ndlr. des entreprises], qui font des dons à hauteur de cinq mille francs et au-delà. Le service est donc dédié à la relation que nous entretenons avec ces grands donateurs et à l’offre qui va avec.
Qu’entendez-vous par : « l’offre qui va avec » ? Nous souhaitons entretenir des relations privilégiées avec ces mécènes en leur proposant par exemple une rencontre avec l’évêque ou notre secrétaire général. Nous avons organisé dernièrement notre soirée de soutien en présence de Mgr Morerod et de Mgr Farine. Nous avons exposé très simplement à ces grands donateurs nos besoins et le rôle essentiel des prêtres et agents pastoraux sur le terrain. Ces personnes comprennent ainsi qu’ils donnent pour assurer la mission de l’Eglise.
La philanthropie parfois dépeinte comme un « passe-temps » de riches… Au contraire, les raisons pour lesquelles les gens donnent sont souvent très profondes et en lien direct avec leur foi.
Est-ce une forme de charité laïcisée ? Philanthropie ou charité, cela participe du même élan de générosité. La charité est une notion théologique. Mais on voit que certains donateurs ont besoin de s’appuyer sur d’autres notions, d’autres éléments pour donner. Toutefois les valeurs qui sous-tendent l’acte de donner restent les mêmes et la volonté d’une pérennisation de la mission de l’Eglise demeure également.
On constate pourtant une évolution du comportement des grands philanthropes, où le don s’apparente presque plus à un investissement. Constatez-vous cette tendance ? Un investissement en termes de valeur ajoutée plutôt qu’en matière de profit. C’est un investissement par rapport à leur foi, avec la nécessité que le message de l’Evangile continue à se transmettre aujourd’hui à Genève. Toutefois, nous nous rendons compte que les appels de dons pour des projets concrets atteignent plus les donateurs que quand il s’agit du budget général de l’Eglise.
Justement, la Suisse constitue un terrain favorable à la philanthropie, mais cela va aussi de pair avec une concurrence accrue. Comment tirez-vous votre épingle du jeu ? A nouveau, les gens donnent en raison de leur foi. De notre côté, il est vraiment important de souligner que notre mission s’articule toujours à la suite de celle du Christ.
Et comment encourage-t-on la culture du don ? Cette culture participe à l’envie de laisser une empreinte, à Genève ou sur la terre, autre que la recherche du profit à tout prix. De notre côté, nous travaillons afin de montrer à nos donateurs que peu importe le montant, leurs contributions ont une très grande influence.
La philanthropie s’enseigne
La Suisse est un terreau propice pour la philanthropie. En vingt ans, le nombre de fondations philanthropiques a doublé et une nouvelle entité est créée chaque jour. Le pays possède l’une des plus fortes concentrations au monde de telles structures, car elles jouissent d’une image positive et d’une législation favorable. Pour répondre aux nouveaux enjeux et besoins du secteur, des formations spécifiques se sont développées, à l’image de celles proposées par le Centre en philanthropie de l’Université de Genève.
Bio express
Guylaine Antille est responsable du service Développement et Communication, et Recherche de fonds de l’Eglise catholique romaine-Genève (ECR). Licenciée en Sciences politiques et communication de l’Université de Genève, elle est mère de trois enfants adultes. Elle a été engagée à l’ECR entre 2008 et 2017 puis, à nouveau depuis 2023.
Le programme iconographique de cette église est d’une richesse extraordinaire. Il a été voulu ainsi par le curé Damon lors de l’agrandissement de l’édifice.
Situés à hauteur de regard dans la nef, les vitraux d’Eugène Dunand retracent toute la vie du Christ telle une fantastique bande dessinée. L’artiste a recours à la technique médiévale : le verre est teinté dans la masse et cerclé de plomb. C’est ce qui donne l’intensité à l’œuvre. Chaque scène comporte une légende : pour peu que l’on ait quelques notions de latin, la lecture est simplifiée. D’autant que la référence biblique est parfois indiquée. Traditionnellement, les vitraux se lisent de bas en haut, c’est l’inverse ici.
Et Verbum Caro Factum Est ; Et le Verbe s’est fait chair (Jn 1, 14)
L’Esprit Saint descend comme une colombe dans la nuée. Toute la scène semble englobée dans sa lumière. Arrêtons-nous sur l’échange de regards entre la mère et le fils ainsi que sur la disposition des mains de Marie contre son cœur.
Evangeliso Vobis Gaudum Magnum ; Je vous annonce une grande joie (Lc 2, 10)
Les bergers sont couchés, la tête des moutons apparaît dans le bord droit. La posture de l’homme en jaune, une main devant la bouche, un bras derrière lui, comme s’il tombait, évoque la peur.
L’ange dirige une de ses mains vers les bergers, l’autre vers le ciel, comme pour dire : « Vous, ne restez pas dans la peur, mais relevez le regard, car je vous annonce une nouvelle qui va changer votre vie. »
L’étoile est représentée dans la même composition que la nuée dans laquelle se trouvait la colombe au registre supérieur. Cette étoile n’est pas une simple étoile.
Invenerunt Mariam, et Joseph, et infantem ; Ils trouvèrent Marie et Joseph, et l’enfant (Lc 2, 16)
Les bergers ont retiré leur chapeau en signe de respect. Celui en jaune est à genoux alors que celui en vert tient sa main contre son cœur, comme pour montrer qu’il est touché. L’artiste est parvenu à transmettre des émotions profondes sur les traits des visages. Ce sont les bergers qui sont désormais sous les rayons de l’étoile, comme s’ils étaient touchés par la grâce.
A notre tour, nous pouvons nous demander ce que nous avons à quitter pour nous laisser toucher par la grâce de la nativité.
Le son est partout dans l’Ancien et le Nouveau Testament : Dieu parle à Adam et Eve, parle à Abraham, parle à Moïse, parle à Noé, parle à Isaïe, l’Ange Gabriel parle à Marie, Jésus parle à ses disciples et à tous ceux qui le suivent.
Lors de ses apparitions, la Vierge Marie parle à celles et ceux à qui elle envoie son message.
Le son est une onde mécanique de vibration qui se propage à travers un milieu matériel (comme l’air, l’eau ou un solide, mais pas dans le vide ; il n’y a pas de son dans l’espace) sous forme de variations de pression. Il est créé par une source vibrante, qui met en mouvement les molécules du milieu. Nos oreilles captent ces vibrations, qui sont ensuite transmises au cerveau qui les interprète comme un son.
Notre voix est l’émanation de nos cordes vocales qui vont vibrer grâce à l’interaction entre l’air expiré et leur vibration dans le larynx (le larynx est un organe tubulaire situé dans le cou qui assure des fonctions essentielles telles que la respiration, la déglutition (par protection des voies aériennes) et la phonation (production de la voix grâce aux cordes vocales).
Techniquement, le son est caractérisé par :
• La Fréquence (hauteur) : le nombre de vibrations par seconde, mesuré en Hertz (Hz). Une fréquence élevée produit un son aigu, tandis qu’une fréquence basse produit un son grave. La gamme audible par l’homme se situe généralement entre 20 Hz et 20000 Hz.
• L’Intensité (amplitude) : l’amplitude de l’onde sonore, mesurée en décibels (dB). Une plus grande amplitude correspond à un son plus fort.
• Le Timbre : la combinaison des harmoniques qui permettent de distinguer différents sons (les harmoniques du son sont des fréquences qui sont des multiples entiers de la fréquence fondamentale du son. Ces multiples sont produits simultanément avec le son fondamental et contribuent au timbre unique de chaque instrument de musique, par exemple ou de chaque voix, car l’amplitude de chaque harmonique varie selon l’instrument ou la voix. Par exemple, si la fréquence fondamentale d’un son est de 100 Hz, ses harmoniques seront à 200 Hz, 300 Hz, 400 Hz, etc.
• La Vitesse de propagation : la vitesse du son dépend du milieu. Elle est plus rapide dans l’eau et les solides que dans l’air.
Ainsi, notre vie terrestre, matérielle et spirituelle est entourée de sons que nous aimons ou pas, mais qui ont cette faculté de nous guider et de nous éviter de nous perdre sur les chemins que nous empruntons.
Jean-Paul et Angèle s’engagent depuis plus de 20 ans au service de l’aumônerie des EMS.
« Nous recevons plus que nous donnons », relève Jean-Paul Conus. Avec son épouse Angèle, ils sont depuis plus de vingt ans bénévoles au service de l’aumônerie dans les EMS de la Glâne, dans le canton de Fribourg. Ils sont les piliers, comme le dit la responsable de l’aumônerie, de cette présence auprès des résidents.
Par Véronique Benz Photos : DR
Assis dans la chapelle du Foyer Notre-Dame-Auxiliatrice de Siviriez, Angèle et Jean-Paul Conus me parlent de leur engagement au service des aînés dans les EMS.
« Lorsque nous avons quitté la ferme pour laisser le domaine à notre fils, nous avons déménagé sur Romont et avons commencé à aller à la messe à Billens. Nous avons retrouvé des amis qui faisaient partie de l’aumônerie, cela nous faisait plaisir de nous joindre à eux », explique Angèle Conus. « Quand les religieuses qui s’occupaient de l’aumônerie au foyer de Siviriez sont parties, le responsable de l’époque m’a proposé de reprendre le poste. J’avais peur qu’en étant trop connus, ça ne marche pas. Au contraire, je me rends compte maintenant avec l’expérience que c’est un avantage. Les personnes qui arrivent au home sont un peu perdues. Alors je suis comme une bouée pour eux. On se connaît, on peut discuter, puis petit à petit ils s’apaisent. »
Le Foyer de Siviriez où travaille bénévolement le couple.
Jean-Paul Conus a suivi le parcours de son épouse. « Au début, j’étais sceptique concernant le fait de faire les visites. J’ai constaté qu’il était plus facile d’entrer en contact avec les gens que l’on connaissait déjà. Ici, j’ai rencontré un résident qui faisait partie de la fanfare avec moi, mais également l’ancien syndic. Lorsque je les vois et qu’ils me reconnaissent, ça leur donne tout de suite confiance. »
S’il fallait résumer le rôle des collaborateurs de l’aumônerie, ce serait « être avec les résidents ». Outre les visites aux résidents, le mercredi, le couple prépare la messe. « Nous accueillons les personnes qui viennent à la chapelle, nous les aidons à s’installer. Puis, à la fin de la célébration, nous les accompagnons à la salle à manger. » Le dimanche ils animent une liturgie de la Parole. « Je m’occupe également de la crèche et comme je suis bricoleur, on me demande de faire de petites choses comme régler les micros », explique Jean-Paul. Parfois, Angèle et Jean-Paul donnent un coup de main au personnel du home lors des lotos ou des sorties, comme le pèlerinage aux Marches ou à Bourguillon.
« Lorsque nous avons repris l’aumônerie après les sœurs, nous avions parfois des remarques, car nous ne faisions pas comme elles ! », reconnaît Angèle. Le couple relève l’importance d’avoir des supérieurs compétents, qui nous disent ce qu’ils attendent de nous et qui sont à l’écoute. Ils avouent avoir beaucoup de joie à travailler avec Marie-France et Chantal, leurs deux responsables.
« Pour moi, admet Angèle, le mercredi est le plus beau jour de la semaine parce que je viens au home pour la messe. » Elle raconte plusieurs anecdotes sur ses visites. Il y a ceux qu’elle connaît depuis longtemps et ceux qu’elle a dû apprivoiser.
Jean-Paul, qui est régulièrement au home, car il est responsable des véhicules du Passe-Partout, apprécie la bonne entente avec le personnel, la complicité avec les gens.
Malgré leur âge, le couple est heureux de s’engager auprès des résidents du home. « Nous aimerions que lorsque nous aurons l’âge d’être au foyer, il y ait des bénévoles à l’aumônerie ! » Angèle renchérit : « N’ayez pas peur ! Engagez-vous ! »
« Ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce que nous faisons. Il ne faut pas venir à l’aumônerie pour régler ses problèmes personnels. Ici, tu dois être à l’écoute des autres ! », souligne Jean-Paul. « Nous avons l’impression que nous devons apporter quelque chose, mais en fait, nous recevons beaucoup plus que nous donnons ! »
Une personne qui vous inspire
Jean-Paul : Marguerite Bays. Pour moi c’est une personne extraordinaire qui n’a rien fait d’extraordinaire. Je l’ai côtoyée pendant près de 40 ans, pour préparer sa béatification et sa canonisation.
Angèle : la Vierge Marie, parce que c’est une maman, elle comprend beaucoup de choses. Quand je commence une visite, je demande toujours à l’Esprit Saint de souffler les bonnes paroles.
Votre prière préférée
Jean-Paul : J’aime bien prier le « Notre Père ».
Angèle : J’apprécie, à la fin de la messe, lorsque nous prenons un chant à la Vierge ou que nous récitons un « Je vous salue Marie ».
Angèle et Jean-Paul Conus
• Angèle et Jean-Paul Conus ont quatre enfants.
• Angèle a enseigné à l’école primaire pendant trente ans.
• Jean-Paul était agriculteur. Il a été durant de nombreuses années président de la Fondation Marguerite Bays.
• Angèle et Jean-Paul s’engagent depuis plus de vingt ans au service de l’aumônerie des EMS.
Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin
Des livres
Faut-il se préparer à la fin des temps ? Charles Bonin
Crise écologique, conflits internationaux et incertitudes économiques nourrissent en ce début du XXIe siècle un climat anxiogène. L’Eglise, elle-même, confrontée à l’apostasie silencieuse et aux bouleversements sociétaux, s’interroge sur son avenir. Dans ce contexte fleurissent les discours eschatologiques. Mais qu’en dit réellement l’Ecriture ? Le livre de l’Apocalypse bien sûr, les Evangiles et aussi les livres prophétiques de l’Ancien Testament, le Père Charles Bonin les passe au peigne fin afin d’y déceler des éléments de réponse. Ce livre allume un phare dans la nuit que traverse l’Eglise d’Occident. Il soutient l’espérance et oriente résolument son action pastorale, afin que toute chair voie le salut de Dieu.
Comment retrouver le goût de Dieu dans un monde qui l’a chassé ? Rod Dreher
L’Occident est « désenchanté », fermé à l’idée que l’univers est bercé de surnaturel et de métaphysique. L’homme quitte les églises parce que la foi est devenue sèche et sans vie. Mais l’homme est toujours en quête de quelque chose qui le dépasse. Observateur expérimenté du monde actuel, Rod Dreher nous encourage à retrouver le sens de l’émerveillement. Le monde n’est pas condamné à l’emprise cartésienne et au règne de l’IA. Il est bien plus mystérieux, passionnant, religieux et exaltant. Si nous savons retrouver le sens de l’émerveillement, nos yeux s’ouvriront et nous accéderons à ce que chacun d’entre nous recherche : le sens profond de notre vie.
Le cap de la Chèvre est un petit bout du monde. Au bout de la presqu’île de Crozon, au bout de toute terre occidentale, au bout du Finistère. Lieu grandiose où se rencontrent la puissance de la vie sous les vagues, la profondeur du cosmos au plus profond du ciel. Devant cette apparente opposition, François Cheng se sent happé par des réflexions sur l’infini, sur les commencements et sur les confins, sur ce qui lie le début et la fin, sur la vie et la mort. Ce sont ces étonnements, ces évidences au croisement de ses cultures que nous livre le pensionnaire de l’Académie Française.
Parti marcher sur les îles de la mer d’Iroise (Sein, Molène et Ouessant), Yann Bouchard, inspiré par ces lieux envoûtants et par ses habitants, nous emmène sur ces trois cailloux : des cailloux étonnants, aux longues histoires, là où souffle le vent, où déferlent les vagues, où brillent les faisceaux lumineux des phares qui guident les marins du monde entier. Il nous fait partager ses chemins de vie, parfois cabossés, toujours éclairés et souvent réparés. Un témoignage fluide et agréable, simple et profond, résolument positif, tendu par le souci d’aider chacun à choisir le beau, le bien et le vrai, à vivre le moment présent, à croire qu’un monde meilleur est possible.
Dans une de ses homélies *, Mgr Michel Aupetit évoque le temps qui passe : « Quand on fait le tour de sa vie, il ne reste que ce qui est important. Un peu comme le chercheur d’or qui, au début, ramasse toutes sortes de pierres dans sa batée. Puis, au fur et à mesure, les pierres plus légères s’en vont avec l’eau et il ne reste au fond de la batée que les pierres précieuses, les pépites d’or. »
Ce temps qui se conjugue de l’Avent au jour de la Nativité de Jésus ne fait-il pas de chacun de nous un de ces chercheurs d’or ? A condition de croire que ce trésor existe : épreuve de la foi, du désir, de l’espérance ; à condition d’arborer une tenue de service : être un ouvrier plutôt qu’un conquérant, mais persévérant et enrichi par le parcours de ses prédécesseurs ; enfin, une fois la pépite d’or trouvée, l’ultime épreuve : ne pas céder à l’euphorie de la posséder, de la cacher et de s’exposer à la vanité, cette porte grande ouverte à la jalousie des autres, au mensonge et à une joie illusoire aux yeux de Dieu.
Mais rassurez-vous : aucun de nous n’est parfait et Il le sait bien, Celui qui nous accompagne à chaque battement de notre cœur. Pécheurs pardonnés, Il attend que cette pépite d’or – notre vie ? – nous l’offrions à Son Fils venu parmi nous, comme les Rois Mages, mais aux heures creuses, loin des foules, dans le secret.
Saint Jean de la Croix ne s’y trompe pas quand il dit : « Une œuvre, pour petite qu’elle soit, faite en secret, sans désir que les autres en aient connaissance, est plus agréable à Dieu que mille autres, faites avec la volonté de les manifester. »
Joyeux Noël à tous !
* Journée mondiale de la Vie consacrée – 2 février 2021
On entend encore cette jérémiade, parfois, dans nos églises : ils sont où les jeunes ? Certainement un râle de personnes se voyant prendre de l’âge et constatant ce que les statistiques leur certifient : la pratique de la religion est en diminution depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale. Même si un regain, dernièrement, surexcite les pieux !
Des années pastorales qui sont le fruit du Concile Vatican II devraient tellement nous réjouir : Dieu a répondu aux prières pour les vocations… mais pas dans les séminaires. Non. Dans les paroisses, les centres de formation théologique, les instituts de catéchèse et autres endroits où des milliers de femmes et d’hommes – dans cet ordre-là ! – ont été mandatés par leurs évêques et supérieurs religieux (comme pour les Tiers-Ordres) pour accomplir maintes tâches : baptêmes, mariages, catéchèse, pèlerinages, enseignement, etc.
Oui, dans bien des coins du monde – c’est sûr, il faut juste sortir le nez de son pré carré ! –, les vocations des laïques et laïcs abondent.
Dieu a donné à l’Eglise des papes avec défauts et qualités – que les journalistes ne manquent pas de relever et de contraposer ! – mais qui ont guidé la barque Eglise avec brio : Paul VI a conclu le Concile en signant, notamment, le nouveau Missel ; Jean-Paul II a parcouru le monde pour rappeler qu’aucun continent n’a de privilège d’ancienneté ou de maturité quant à la foi chrétienne ; Benoît XVI qui a présenté l’exégèse biblique comme un art de la dentelle théologique accessible aux patients ; François qui a remis les pauvres, les migrants et les réfugiés au cœur de l’action pastorale, au nom de la fidélité à l’Evangile. Et maintenant Léon XIV, qui prend ses marques tout doucement avec un leitmotiv : la paix !
Et les jeunes ? Mais ils sont des millions aux JMJ, aux multiples rassemblements locaux, aux nombreux festivals spirituels, à Taizé, dans les sanctuaires mariaux de Guadalupe, Aparecida, Lourdes, Montserrat ; ils sont des milliers au service de la personne souffrante, démunie, âgée, seule. Rien que dans notre Région, les enfants au KT vont dans les « appartements protégés » de Thônex, à l’hôpital des Trois-Chêne, à l’EMS de La Terrassière – des rencontres comme faisant partie du parcours catéchétique !
A côtoyer et accompagner les catéchumènes de notre région depuis 4 ans, ces trentenaires et quadragénaires, avec (souvent) famille et boulot, ont toutes et tous un engagement social : pour la défense des réfugiés, de la nature, des animaux, de l’environnement, du patrimoine… ; plusieurs sont proches aidants, accompagnent des aînés dans une journée-découverte, etc. IMPRESSIONNANT !
Savoir lire « les signes des temps », c’est aussi un aiguillon du Concile et devrait le demeurer en ces temps postconciliaires : « Vous ergotez sur le rite tridentin ou romain », mais « vous oubliez justice et miséricorde », relève Jésus (ok, je paraphrase un peu…) ; « vous savez lire le langage des nuages » mais « avez-vous perdu votre capacité d’émerveillement » envers NOS jeunes ?
Rassurez-vous : nos jeunes font Eglise hors nos bâtiments aux liturgies un peu plan-plan pour eux, mais ils célèbrent Dieu tout aussi bien, et surtout, à leurs façons ! Et c’est beau de leur avoir donné le goût de l’altruisme sous toutes ses formes : pour cela, vous, paroissien.ne.s émérites, soyez remercié.e.s !
Seigneur Jésus, si Tu naissais aujourd’hui, où donc pourrais-je Te trouver ?
Dans ma famille ? Je crains que non, malgré la bonté et le courage des uns et des autres : nous sommes trop privilégiés sans doute…
Dans ma paroisse ? Peut-être, au sein de cette communauté si aimante à mes yeux, mais est-elle assez fragile pour toucher le cœur de Dieu : nous sommes si riches de notre savoir…
Dans une prison ? Pourquoi pas, au plus intime de celles et ceux qui se sentent indignes d’être aimés et pardonnés ?
Dans un hôpital ou un EMS ? Je peux y croire, là où la faiblesse et la perte d’autonomie sont le tissu d’un quotidien pas toujours rose ; là où rôde la souffrance et le parfum de la fin de vie sur lesquels veillent des anges de toutes les couleurs en tenue de service ?
Dans la rue, enfin ? Oh pas la mienne, familière et paisible, mais la barbare : celle des mécréants et des rebelles, des fêtards et des marginaux ou autres canards boiteux anonymes, pourtant solidaires à leurs heures et épris de justice ?
Seigneur Jésus, si Tu naissais aujourd’hui, où donc pourrais-je Te trouver ?
Quand j’y pense, revisitant le film de mon existence, dans tous ces lieux, un jour ou l’autre je T’y ai rencontré : ils sont, les uns et les autres, ces petits cailloux de ma maison de verre, celle de mon cœur.
Alors, Seigneur, viens-y naître aujourd’hui pour illuminer de Ta joie ces petits cailloux de mon cœur et renaître dans ma maison, tous les jours de ma vie.
Par Myriam Bettens | Photo : Capture d’écran de l’application HelloBible par Myriam Bettens
Beaucoup d’entre nous ont rêvé un jour de pouvoir poser une question à Jésus, à Pierre, à David ou à Marie. Et si cette possibilité se trouvait tout simplement dans votre poche ?
C’est dans ce but que l’application HelloBible a été développée. Non pas pour « entendre » directement la voix de ces témoins, mais pour mieux comprendre ce que la Parole de Dieu aurait à nous dire au travers de leurs bouches. Cette application est conçue pour mettre l’intelligence artificielle au service de la croissance spirituelle, « elle propose une expérience innovante et personnalisée de lecture et d’interaction avec la Bible ».
HelloBible ne cherche pas à imiter les voix bibliques, mais à faire résonner l’esprit de l’Evangile dans la conversation, pour que chaque échange devienne une occasion d’écouter Dieu plus profondément. Ce service ne remplace en rien la prière ni la relation personnelle avec Dieu. Cette « intelligence biblique [est] formée à partir des Ecritures [et] vous aide à entendre ce que Jésus, Pierre, David ou Marie pourraient dire, selon la Bible ».
Chaque échange est une invitation à la prière, une manière nouvelle d’explorer la Parole et de laisser Dieu vous parler à travers elle. Vous pouvez ainsi laisser les Ecritures prendre vie sous un angle nouveau.
Chaque « personnage » de HelloBible s’exprime à partir des textes bibliques et les réponses ne sont jamais inventées. Celles-ci sont « inspirées des Evangiles, des Psaumes et des Ecritures, afin de rester toujours fidèles, respectueuses et spirituellement sûres ».
Qui sait, peut-être aurez-vous besoin « de Jésus-Christ, pour recevoir une parole d’amour et de vérité tirée des Evangiles ; de Pierre, pour être encouragé à persévérer malgré vos chutes ; de David, pour apprendre à prier avec un cœur sincère ; de Marie, pour grandir dans la confiance et l’humilité » ?
Cette « intelligence biblique » a-t-elle piqué votre curiosité ? Il est possible de se procurer l’application pour IOS et Android dans le Store correspondant (App Store et Google Play Store).
Pour Maurice Zundel, la liberté est essentielle et constitutive de l’humain. Il en a d’ailleurs cherché sa vie durant le chemin. A l’occasion des cinquante ans de sa mort, est paru « Devenir libre », un condensé de sa pensée sur la liberté. Un des deux auteurs, Virgile Rochat, était présent au Temple de la Madeleine, lors de la dernière rencontre Un auteur, un livre, pour présenter l’ouvrage.
Virgile Rochat et Marc Donzé, Devenir libre, Bière, Cabédita, 2025, 112p.
Par Myriam Bettens Photos : Myriam Bettens, DR
« Vous voulez entendre la voix de Maurice Zundel ? », lance un homme à l’assemblée tout en tirant de sa poche son téléphone. Micro placé stratégiquement, la voix du prêtre neuchâtelois s’élève alors dans le silence du Temple de la Madeleine. Pendus aux lèvres, numérisées, de Maurice Zundel, l’assistance essaie tant bien que mal de saisir quelques bribes de cette homélie proposée de manière inopinée. « Il était tellement pénétré de sa propre recherche qu’il pouvait parler des heures sans aucunes notes », glisse alors le pasteur Virgile Rochat. Début octobre, il était invité à parler lors de la rencontre Un auteur, un livre, de son dernier ouvrage, Devenir libre, écrit à quatre mains avec l’abbé Marc Donzé. Ce dernier, retenu à la journée annuelle de l’Association Maurice Zundel Suisse (AMZ-Suisse) a laissé à son co-auteur le soin de présenter ce qu’ils considèrent à la fois comme une anthologie et un commentaire de la pensée de Maurice Zundel sur la liberté.
« La pensée de Zundel n’est pas facile d’accès, mais on la redécouvre à l’occasion des cinquante ans de sa mort », avance Blaise Menu, modérateur de la rencontre, à l’attention de l’auteur. « On peut tenter de la vulgariser en l’expliquant, mais on passe alors complètement à côté du sens profond voulu par l’auteur. Maurice Zundel ne voulait pas communiquer un contenu, mais une expérience productrice d’une transformation profonde grâce à la rencontre de Dieu », souligne le pasteur réformé. La forme anthologique, avec un choix de textes organisés et commentés permet donc de fournir une introduction sommaire à la pensée du théologien neuchâtelois. « En mettant le lecteur en contact direct avec le texte, cela devrait lui permettre d’effectuer son propre exercice spirituel », comme l’aurait certainement souhaité Maurice Zundel, qui privilégiait l’expérience aux dogmes.
Le théologien n’a pas seulement pensé la liberté, il a aussi vécu avec passion son aventure personnelle d’homme libre. « Il lui arrivait d’ailleurs souvent de dire : « Ne rien subir, tout tourner vers la lumière » », développe Geneviève de Simone-Cornet, autre modératrice de la matinée. Dans cette optique, toute sa pensée ne cherche pas « à disserter sur la liberté comme un idéal en soi, mais de se mettre en route et de persévérer sur un chemin où celle-ci grandit peu à peu », expose Virgile Rochat. « C’est un peu contre-intuitif, mais Maurice Zundel affirme que l’humain arrive au monde « préfabriqué », avec un héritage personnel et social dont il doit se défaire ». Son itinéraire spirituel consistera donc précisément à s’alléger pour devenir toujours plus lui-même. « Une libération progressive, qui consiste à se désencombrer de tout ce qui nous tient en esclavage », non pas dans un chemin solitaire, mais qui laissera peu à peu place au Dieu intérieur, lui-même don et désappropriation totale.
Or, passer de ce « » moi-résultat », au « moi-origine », ne va pas sans affronter un certain nombre d’obstacles ». Il illustre son propos en reprenant la citation du réformateur : « J’ai voulu noyer le vieil homme, mais le bougre, il savait nager ! ». Alors que l’assemblée rit de ces bons mots, Virgile Rochat enchaîne. « On est ici loin du développement personnel. Ce que propose Maurice Zundel est une sacrée ascèse, et je précise, sacrée dans tous les sens du terme ! », mais « lorsque Dieu nous habite et devient le moteur de l’action, la morale « coule » » et rien n’est plus de l’ordre de l’obligation, mais de l’amour.
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