Le visage de Jésus

Par Sœur Franzisca Huber
Photo : DR

Lors d’une discussion avec une amie non croyante, celle-ci me pose cette question : « Ton Jésus, quel visage a-t-il ? » Interloquée, j’avoue : je ne le sais pas, je n’ai pas vu son visage. L’interrogatoire se poursuit : « Et comment peux-tu aimer quelqu’un sans visage ? »

C’est vrai, je ne saurais décrire l’apparence de Jésus. Aucun Evangile ne donne de description détaillée, ni de couleur des yeux ou de peau, ni de taille. Pourtant, je suis sûre de le connaître puisqu’il se révèle à travers ses actes, ses paroles, sa vie, sa passion et sa Résurrection : mon Seigneur et mon Dieu, c’est ma foi ! L’homme qui, en son temps, fascinait ses disciples, captivait les foules, guérissant, prêchant, interpellant… Les uns l’ont côtoyé de son vivant et pour moi, il est le Seigneur au-delà de toute représentation. 

Néanmoins, j’ai eu tort, Jésus a bien un visage : celui de cette femme qui aime, cette mère qui souffre, cet enfant qui sourit, cet homme qui lutte, pleure, pardonne… Voilà quelques traits de son visage !

Qui est le Christ ?

« Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. » (Matthieu 1, 18) Cette phrase nous semble si familière que nous ne nous demandons même plus qui est ce « Jésus-Christ ». 

Les représentations du Christ sont diverses et variées.

Par Paul Martone
Photos: Unsplash, DR

Qui est Jésus ? 
Jésus est un personnage historique qui intéresse beaucoup de gens. Il n’y a personne dans l’Antiquité qui ait fait l’objet d’autant d’écrits que lui. Outre les quatre Evangiles, plusieurs auteurs qui n’étaient pas ses amis relatent sa vie. Aucun historien sérieux ne remet aujourd’hui en question son existence. « Mais Jésus est plus qu’un personnage historique : il est le Messie que les apôtres, à commencer par Pierre, ont reconnu et proclamé. Israël l’attendait et plus encore : le monde entier. Il est le christos, le Christ, l’Oint, celui qui est distingué du peuple, qui a la dignité royale. Il est le Fils de l’homme, qui est au-dessus de la création. Et Jésus-Christ est encore plus que cela : le Fils de l’homme est le Fils de Dieu, Dieu incarné, oui, Dieu lui-même en la personne du Verbe éternel, le Logos », comme le dit le philosophe et journaliste allemand Josef Bordat dans son livre Von Ablasshandel bis Zölibat (Rückersdorf 2017, S. 108).

Christ
« Jésus-Christ » est la forme la plus ancienne et la plus courte de la profession de foi chrétienne : Jésus de Nazareth est en sa personne le Christ promis, c’est-à-dire le Messie. Le nom « Jésus » signifie « Dieu sauve ». L’enfant de la Vierge Marie est appelé « Jésus », « car il sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 21). « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. » (Ac 4, 12)

Très vite cependant, Jésus-Christ n’a plus été compris que comme un double nom. C’est à partir de cette conviction religieuse que Jésus est le Christ promis, et que les sources chrétiennes ont été rédigées sur sa vie et son œuvre. Les épîtres de Paul et les évangiles sont avant tout des témoignages de foi dans lesquels l’histoire et l’interprétation religieuse, la vie et la légende s’entremêlent. Comme le disait Josef Ratzinger : « Le Christ n’est pas simplement un grand homme ayant vécu une expérience religieuse importante, il est Dieu, Dieu qui s’est fait homme afin de jeter un pont entre l’homme et Dieu, et afin que l’homme puisse véritablement devenir lui-même. Celui qui ne voit dans le Christ qu’un grand homme religieux ne le voit pas vraiment. Le chemin du Christ et vers le Christ doit aboutir là où aboutit l’Evangile de Marc, à la confession du centurion romain devant le Crucifié : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu. » (15, 39) Pour connaître le Christ, il faut suivre le chemin que nous tracent les Evangiles. »

Le Messie
Nous croyons que Dieu a créé le monde entier et, le sixième jour, l’être humain comme point culminant et aboutissement de la création. Le premier couple, Adam et Eve, avait le bonheur de pouvoir vivre dans le jardin d’Eden, où il ne manquait de rien. Tout était à sa disposition, seul l’arbre de la connaissance était réservé à Dieu. Mais Eve, séduite par le serpent, cueillit un fruit de l’arbre, le mangea et en donna aussi à Adam. Par conséquent, le premier couple humain a dû quitter le jardin et travailler pour subvenir à ses besoins. Mais le pire était la séparation d’avec Dieu, qui conduisit rapidement au meurtre et à la mort. Dieu n’abandonna toutefois pas l’homme. Il restait une lueur d’espoir grâce à la promesse divine : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité. Il te frappera à la tête et tu le frapperas au talon. » (Genèse 3, 15) De nombreux prophètes de l’Ancien Testament ont fait référence à cette promesse et ont parlé d’un Messie particulier qui devait venir en tant que sauveur et pourvoyeur de paix. On l’appellera : Conseiller merveilleux, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix » (Isaïe 9, 6). La tradition chrétienne voit également dans Genèse 3,15 l’annonce du Messie rédempteur, le nouvel Adam. Pour les chrétiens, ce Messie a un nom : Jésus, né enfant à Bethléem, qui, par son obéissance jusqu’à la mort sur la croix, a réconcilié Dieu et les hommes. Jésus lui-même se considérait comme le Messie promis. 

L’Oint
Le mot Messie signifie « l’Oint ». Dans l’Ancien Testament, les prêtres, les prophètes et les rois étaient oints pour leur rappeler qu’ils devaient leur pouvoir à Dieu.

Déjà les premiers chrétiens voyaient en Jésus un descendant de David et le Messie attendu par les Juifs, l’Oint de la fin des temps, dont le retour et le royaume futur étaient imminents. Jésus fut oint par Marie, qui versa de la précieuse huile de nard sur ses cheveux. Par cette onction, elle a rendu témoignage à sa foi, affirmant que Jésus n’était pas seulement un orateur doué, un guérisseur miraculeux puissant et un homme aimable. Elle a intuitivement compris qu’il était le Sauveur attendu et espéré de Dieu. Jésus-Christ signifie donc : l’Oint de Dieu, dont les actes et les signes ont confirmé l’investiture et l’habilitation par Dieu. Par l’onction avec le saint chrême lors du baptême, nous sommes devenus un peuple royal, prophétique et sacerdotal, sur lequel repose la bénédiction de Dieu.

La Résurrection du Christ
Le Fils de l’homme est le Fils de Dieu, Dieu incarné, Dieu lui-même en la personne du Verbe éternel. 

Jésus lui-même en témoigne – en paroles et en actes. Il convient de mentionner ici sept formules par lesquelles Jésus se définit lui-même : « Je suis le pain de vie, la lumière du monde, la porte, le bon pasteur, la résurrection, la route, la vrai vigne. » Ces paroles résument tout ce qui constitue la foi chrétienne : « La certitude que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, qu’il nourrit notre vie de pain, de vin et de lumière, qu’il nous rend capables de nourrir et d’éclairer le monde et qu’il nous conduit vers le Père lorsque nous quittons ce monde – non pas vers la mort définitive, mais vers la résurrection et la vie éternelle. » (Josef Bordat)

Mais Jésus ne s’est pas contenté de paroles, il a aussi accompli un acte qui a complètement changé le monde : sa Résurrection d’entre les morts. Tout repose sur la Résurrection de Jésus, elle est déterminante pour la foi chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi notre foi, écrit Paul, avant de poursuivre : Mais non ; le Christ est ressuscité… » Il peut dire cela parce que Jésus est apparu à ses disciples en chair et en os, qu’il a mangé avec eux et s’est laissé toucher et qu’il est également apparu à Paul lui-même aux portes de Damas et l’a appelé à être le messager de la résurrection. 

Nous aussi, nous devons être de tels messagers !

Le mot Messie signifie Oint. Dans l’Ancien Testament, les rois notamment étaient oints, comme ici David.

« Pour vous, qui suis-je ? » (Marc 8, 27-30)

Pierre – ici à genoux – au nom du groupe des apôtres désigne Jésus du titre royal et divin de « Christ ».

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

Située au milieu du deuxième évangile, la double interrogation de Jésus envers ses disciples sur le chemin de Césarée de Philippe continue de retentir telle une invitation à nous situer en vérité dans notre foi profonde. « Qui suis-je au dire des gens ? Et pour vous, qui suis-je ? » Elle occupe donc une place centrale et débouche dans les trois synoptiques sur les annonces de la Passion.

Nous ne pouvons pas nous contenter de réponses toutes faites désignant le Fils de l’homme comme « Jean le Baptiste », le plus grand personnage de l’Ancien Testament, ou « Elie », la figure du messager qui devait revenir annoncer le Messie, ou un « prophète » parmi d’autres porte-parole de Dieu.

Si nous le faisions, nous serions « envoyés dans les cordes » de notre conscience par le Saint Esprit, qui exigerait de nous une prise de position personnelle et vitale. Car il s’agit là du petit point central sans lequel la roue de notre existence tourne à vide et autour duquel s’organisent tous les rayons de nos convictions.

Si nous nous limitions à voir en lui un homme, même exceptionnel, sa mort et sa Résurrection paraîtraient inimaginables ou anecdotiques et nous serions les plus à plaindre parmi les êtres humains (1 Corinthiens 15, 19). Si nous le placions au même niveau que d’autres « fondateurs de mouvements religieux », comme Moïse ou Mahomet, nous passerions à côté de l’essentiel.

Seule vaut la réplique de Pierre l’impulsif qui, au nom du groupe des apôtres, le désigne du titre royal et divin de « Christ », c’est-à-dire le Messie, le Fils de Dieu. Sinon, la Trinité serait simple affabulation et notre destinée éternelle dans le Royaume des cieux, une illusion.

A chacun(e) de nous donc de nous situer en toute authenticité face à cette question décisive. S’il est notre Créateur et notre Rédempteur, notre trajectoire trouve sa pleine signification, à condition que nous nous unissions à lui dans l’intimité de notre cœur et de notre prière. « Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous nous attachons à lui, avec lui nous régnerons. » (2 Timothée 2, 11)

Vicaire du Christ

Inoccent III ira jusqu’à signer ses textes au titre de «vicaire de Dieu».

Par Thierry Schelling | Photo : DR

Vraiment ? Le pape serait « vicaire », c’est-à-dire, selon la définition du mot, « qui exerce en second les fonctions attachées à un office ecclésiastique » ou « le suppléant », « le remplaçant ». Donc, par syllogisme, le pape remplacerait ou suppléerait le Christ…

Histoire

C’est Gélase qui introduit l’expression à la fin du Ve siècle, qui va remplacer petit à petit les « Vicaire de Pierre » ou « Vicaire de Pierre et Paul » avec lesquels il a longtemps cohabité. Qui plus est, maints évêques et prêtres (oui, oui !), au cours des siècles, se sont dotés du même titre, « vicaire du Christ » en tant que successeur apostolique. Mais le sens théologique perd de son importance au profit du juridique – une constante dans l’Eglise latine occidentale – visant à asseoir le pouvoir universel temporel de l’évêque de Rome sur toute l’Eglise. Innocent III ira jusqu’à signer « vicaire de Dieu » ! Le remplaçant de Dieu ?

Vatican II

Lumen gentium affirme que les évêques dirigent les Eglises particulières (comprendre les diocèses qui leur sont affiliés) comme vicaires du Christ « par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice du pouvoir sacré » (n. 27).

Cela nous fait donc plus de 5000 « vicaires du Christ » au vu du nombre d’évêques catholiques en 2023. Plus de 5000… plus 1, celui de Rome qui « est le chef du collège des évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Eglise tout entière » (canon 331 du Droit canonique). 

Et comme Dieu, il « possède le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement » (ibid). Un peu comme Dieu, mais uniquement par métaphore, car le pape n’est qu’un homme en somme…

Celui qui nous apprend à regarder autrement

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Roberto De Col, représentant de l’évêque pour l’écologie intégrale du diocèse de LGF, est l’auteur de cette carte blanche. 

Par Roberto De Col | Photos : Josimoes, Unsplash

Le Christ, c’est qui ? La question paraît simple et pourtant, elle touche au cœur de la vie chrétienne : qui est-il pour moi, quelle relation j’entretiens avec lui et qu’est-ce que cela change dans ma vie ? Et si le Christ était d’abord Celui qui nous apprend à regarder autrement : à voir le monde non comme une réserve à exploiter, mais comme une maison commune où chaque être vivant a sa place, sa dignité et sa mission.

Dans l’Evangile, laissé en héritage pour éclairer nos vies, Jésus ne parle pas explicitement d’écologie. Pourtant, tout son chemin en porte la trace : il contemple le
lys des champs, admire les oiseaux du ciel, partage le pain, guérit les corps, restaure les relations et redonne à chacun la possibilité d’habiter la Terre en paix. Il relie ce que nous séparons volontiers : la nature, les pauvres, la justice, la communauté, Dieu. En ce sens, il révèle un principe que Laudato si’ rappelle avec force : tout est lié.

L’écologie intégrale ne consiste pas seulement à protéger l’environnement ; elle demande d’adopter une attitude intérieure renouvelée : vivre en frères et sœurs, prendre soin des fragilités, renoncer à la logique de possession pour entrer dans celle du don. Le Christ replace ainsi la personne humaine au cœur de la création, non pas au sommet pour dominer, mais au centre pour servir et relier.

Alors, « le Christ, c’est qui ? » C’est Celui qui fait naître en nous un regard nouveau. Celui qui nous sort de l’indifférence, nous apprend à reconnaître la valeur de ce qui est humble, vivant, blessé. Celui qui tisse une alliance entre l’humain, le vivant et Dieu. Et peut-être aussi Celui qui nous murmure aujourd’hui que la conversion écologique commence quand nous retrouvons notre juste place dans la création : ni maîtres, ni consommateurs, mais gardiens émerveillés.

Jeunes, humour et mot de la Bible – mai 2026

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Rendre à César ce qui est à César

La formule intégrale est la suivante : « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » C’est elle que, d’après les Evangiles de Matthieu (22, 21), Marc (12, 13-17) et Luc (20, 25), Jésus prononça en réponse à l’insidieuse question des pharisiens : « Devons-nous payer l’impôt à l’empereur ? » Si la réponse de Jésus était affirmative, il passerait pour un collaborateur, la Galilée étant alors sous domination romaine. Si elle était négative, il serait aussitôt dénoncé auprès de l’occupant. Jésus déjoua le piège en disant aux pharisiens : « Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie et l’inscription ? » Ils répondirent : « De César. » Alors Jésus leur dit : « Eh bien ! Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il s’agit de faire la part des choses, de rendre un bien à son propriétaire légitime, dont les droits sont ainsi rappelés.

Par Véronique Benz

Humour

A l’époque des églises pleines durant les offices, deux gaillards qui avaient un peu trop abusé de la dive bouteille pénètrent dans l’église avec un bon quart d’heure de retard. Ne trouvant pas de place dans la nef, ils montent à la tribune dépourvue de sa chorale, pour une fois. Petit à petit, le prêche du curé aidant, ils s’endorment dans les bras de Morphée. La messe finie, les paroissiens quittent le lieu sacré. Après quelques minutes, l’un des deux avinés se réveille, secoue son compagnon et lui dit : « C’est vide ! » Et l’autre, sans réfléchir, lui rétorque : « Eh bien, verse ! »

Par Calixte Dubosson

Restaurer les entrailles

Sandra Dubi et son mari Julien sont pasteurs et parents de six garçons.

L’école des femmes propose des rencontres en ligne pour ouvrir un chemin de restauration profonde. Traumatismes, agressions sexuelles, pertes de grossesse… Dieu veut guérir et relever les femmes afin de les rendre fortes, libres et enracinées. Plus de mille deux cents participantes ont déjà répondu à l’appel. Le besoin est grand et Sandra Dubi, la fondatrice de ce mouvement, l’a bien senti.

Elle propose des podcasts sur des thématiques liées à son ministère lors desquels elle reçoit un invité.

Par Myriam Bettens
Photos : DR

En quoi consistent les rencontres que vous proposez ?
C’est un programme structuré sur six mois, de janvier à juin, comprenant six soirées thématiques sur Zoom. L’objectif est d’aider les femmes à « se lever » pour devenir celles que Dieu désire. Pour ce faire, nous les encourageons à s’engager activement dans l’appel [ndlr. la vocation] qu’Il a déposé sur leur cœur et à cultiver leur foi chrétienne au quotidien. Dieu m’a montré que, pour qu’une femme se lève, il faut travailler à la guérison de ses entrailles. 

Qu’est-ce que la « guérison des entrailles » ?
Les entrailles sont le « lieu très saint » du corps de la femme, là où Dieu dépose la vie. Le ministère se concentre donc sur la guérison des traumatismes qui affectent cette sphère : les pertes de grossesse (avortements, fausses couches, décès d’enfants en bas âge) et les agressions sexuelles. Lorsque les femmes permettent à Jésus de guérir ces blessures profondes, leur « levée » devient inévitable. Elles s’engagent alors pour leur couple, leurs enfants et souvent d’autres causes que Dieu leur met à cœur. 

Six cents inscriptions la première année, puis mille deux cents la deuxième. Un tel succès montre, en filigrane, que le besoin est grand…
Pour changer la vie des gens, il faut atteindre leurs profondeurs en osant traiter ces secrets douloureux avec discernement et de manière non jugeante. Par exemple, en parlant des pertes de grossesse en général plutôt que de stigmatiser l’avortement, cela libère les femmes de la honte et leur permet d’entamer un processus de guérison. En abordant les sujets qui « ouvrent les entrailles », on ne peut pas faire l’impasse sur une aide sérieuse par le biais de toute la batterie thérapeutique, en collaboration avec la puissance du Saint-Esprit.

… mais qu’il n’est pas entendu…
Non, car nous vivons dans un déni sociétal collectif. La perte de grossesse, volontaire ou non, n’est pas un problème. Quant aux agressions sexuelles, il ne suffit pas de dénoncer, cela implique aussi d’apporter aux femmes l’aide nécessaire pour se relever. Je crois sincèrement que dans ces domaines-là, l’Eglise peut faire la différence et j’ai vraiment à cœur d’outiller les Eglises dans ce ministère. Mais on ne va pas dire qu’elles courent toutes à ma porte. Il est plus facile de parler des choses qui ne dérangent pas trop.

De quelle manière la guérison permet-elle aux femmes d’entrer dans leur appel ?
La philosophie de ce ministère pourrait se résumer par le slogan : « Dieu veut faire de ta misère ton ministère. » Souvent, la guérison personnelle est le prélude à la mission. Les femmes ayant traversé des épreuves deviennent les mieux placées pour en aider d’autres vivant des situations similaires. Elles transforment leur propre douleur (perte d’un enfant, avortement, agression) en une « vengeance » vertueuse contre l’Ennemi. Et pour moi, cette « vengeance de l’Eternel », décrite dans Esaïe 61, consiste à apporter guérison, délivrance et restauration.

Sandra Dubi se déplace beaucoup pour donner des conférences à travers le monde. Celles-ci sont souvent traduites en plusieurs langues.

Le « réveil » des femmes

L’école des femmes s’organise autour des soirées Zoom thématiques, conçues comme des « émissions télé » (tables rondes, invités, temps de prière). Les participantes ont aussi accès à d’autres ressources, dont un parcours de guérison en ligne et des podcasts sur des sujets non traités lors des soirées. Des suivis de groupe en présentiel sont proposés deux fois par an, mais ils sont pris d’assaut. Une version en ligne (quatre soirées) a donc été développée. Le dispositif est complété par une conférence annuelle en présentiel pour toute la famille et par une cinquantaine de groupes WhatsApp locaux, permettant aux femmes de se retrouver géographiquement. Une nouvelle session de L’école des femmes débutera en janvier 2027. Les autres ressources et formations sont disponibles sur esaie61.fr

Bio express

Sandra Dubi est née en Suisse en 1973, dans une famille catholique traditionnelle. Touchée par Jésus lors de sa première communion, il vient à nouveau frapper à sa porte alors qu’elle mène une carrière effrénée de mannequin chez Elite. Elle quitte cette vie de paillettes pour le suivre, se marie avec Julien, termine des études en psychologie à l’Université de Lausanne et, avec lui, ils accueillent six garçons. Aujourd’hui, ils sont pasteurs au Gospel Center d’Annecy.

Athanase le Grand

Saint Athanase, cathédrale Sant’Agata de Catane.

Par Paul Martone | Photo : DR

Athanase est né vers 295 à Alexandrie, en Egypte. Enfant, il a vécu les persécutions sanglantes des chrétiens sous l’empereur Dioclétien, qui l’ont rendu dur et intransigeant. 

Il reçut une éducation classique dans sa jeunesse et devint diacre et secrétaire de son évêque Alexandre d’Alexandrie. En 325, il participa en tant qu’expert au concile de Nicée, qui reste encore aujourd’hui fondamental pour le développement de la théologie chrétienne. Après la mort de l’évêque Alexandre, Athanase lui succéda en 328 et occupa cette fonction pendant presque 50 ans. Cependant, en raison de son opposition farouche à l’arianisme, il se heurta rapidement à des difficultés ecclésiastiques et politiques, car d’innombrables évêques, ainsi que l’empereur, adhéraient à la doctrine hérétique des Ariens. 

Aucun compromis

Ceux-ci croyaient que Jésus n’était qu’une créature, tandis que le concile de Nicée affirmait la consubstantialité du Christ, Fils de Dieu, avec le Père. Athanase, qui ne faisait aucun compromis en matière de foi, fut donc plusieurs fois destitué de sa fonction d’évêque, chassé et exilé. 

Au total, il passa 17 ans en exil, dont une partie à Constantinople (aujourd’hui Istanbul) et à Trèves, puis à Rome et enfin dans la clandestinité à Alexandrie. Son dernier exil, décrété par l’empereur Valens en 365, dut finalement être levé suite aux protestations de la population. De 366 à 373, Athanase put exercer librement son patriarcat. Il mourut le 2 mai 373 à Alexandrie.

Athanase a rédigé une multitude d’écrits, de nombreuses lettres et des ouvrages sur l’interprétation de la Bible. Ses écrits sur l’incarnation de Dieu en Jésus-Christ ainsi que sur l’unité et l’égalité du Père et du Fils, ont marqué la théologie jusqu’à aujourd’hui. Sa biographie sur la vie de saint Antoine d’Egypte, écrite vers 370, est considérée comme un projet programmatique du monachisme et a largement contribué à sa diffusion. 

Son destin et sa fermeté face aux interventions impériales et aux hérétiques ont fait de lui un héros du monde catholique de son époque. Sa grande influence sur la théologie ultérieure s’exprime dans des qualificatifs tels que « pilier de l’Eglise » et « père de l’orthodoxie ». Le pape Pie V l’a nommé docteur de l’Eglise en 1568. Il est aujourd’hui vénéré dans toutes les Eglises chrétiennes et occupe une place de premier plan parmi les docteurs de l’Eglise. Il est invoqué en cas de maux de tête.

Sa fête est célébrée le 2 mai.

Citations d’Athanase

« Dieu est devenu ce que nous sommes afin de pouvoir nous rendre ce qu’il est. »

« Le Christ ressuscité fait de la vie des hommes une fête ininterrompue de la foi. »

« Pour les justes, il n’y a pas de mort, mais seulement un passage. »

L’hydrogène

L’Hippomobile d’Etienne Lenoir se déplaçait avec un moteur à hydrogène.
François Isaac de Rivaz.

Par Pierre Guillemin | Photos : DR

L’eau est très présente dans les Evangiles. Elle apparaît dans des épisodes clés de la vie de Jésus et porte une forte charge théologique, liée à la vie, à la purification, à la foi et à la transformation spirituelle.

Du point de vue chimique, l’eau est composée de deux atomes d’hydrogène pour un atome d’oxygène. C’est pourquoi, en réalisant une combustion de l’hydrogène, la réaction chimique produit une molécule d’eau en associant hydrogène et oxygène. Le résultat est extrêmement séduisant, car non polluant (production de vapeur d’eau).

Cependant, l’utilisation de l’hydrogène comporte de nombreux risques limitant son exploitation comme carburant :

Inflammabilité et explosion : la principale menace est l’incendie ou l’explosion en cas de fuite et de confinement. La flamme d’hydrogène est quasiment invisible en plein jour.

Fuites et perméation : molécule très petite, l’hydrogène s’échappe plus facilement que les combustibles fossiles, notamment à travers certains matériaux (perméation).

Stockage haute pression : utilisé sous haute pression (généralement 700 bars pour les véhicules) ou en forme cryogénique (-253 °C), ce qui impose des réservoirs renforcés et des précautions extrêmes pour éviter les ruptures et les brûlures froides.

Risque acoustique : une fuite à haute pression (200 bars) peut générer un bruit dépassant les 140 décibels. 

Technologiquement, on ne peut pas considérer que le moteur à hydrogène soit particulièrement révolutionnaire… Les premières expériences dans le domaine remontent au début du XIXe siècle. En 1806, François Isaac de Rivaz a conçu le premier moteur à combustion interne, fonctionnant avec un mélange hydrogène/oxygène. L’Hippomobile (1883) d’Etienne Lenoir se déplaçait avec un moteur à hydrogène.

De nos jours, la filière hydrogène est vue comme une excellente solution pour les véhicules lourds (camions, trains) qui sont plus à même de sécuriser le processus de gestion des risques tout en réduisant considérablement le niveau de pollution généré. Citons le fabricant suisse Stadler Rail qui est à la pointe de la technologie avec son train à hydrogène, le FLIRT H2, qui a établi un record du monde en parcourant 2 803 km sans ravitaillement. De même, de grands distributeurs suisses intègrent des camions à hydrogène dans leurs flottes logistiques pour réduire leurs émissions de CO2.

L’eau, c’est la vie et c’est aussi une source d’énergie remarquable grâce à ses composants hydrogène et oxygène.

La réponse à un appel

Elle est toujours aussi souriante et avenante. J’éprouve une grande joie à revoir Karin Hämmerli. Nous nous connaissons depuis fort longtemps. Nous nous sommes croisées pour la première fois lors d’un pèlerinage avec les jeunes à Lourdes en 1995 ! Rencontre avec une femme très investie au sein de son unité pastorale (UP) de Notre-Dame de La Brillaz, dans le canton de Fribourg.

Karin Hämmerli est infirmière de formation. Elle a débuté son engagement en répondant à un appel. « La cousine de Bruno (ndlr. son compagnon) est venue me voir en me disant que l’unité pastorale cherchait des catéchistes. J’ai d’abord travaillé en binôme avec une ancienne catéchiste, puis je me suis lancée toute seule avec une classe de 3H. Actuellement, j’ai quatre heures de catéchèse par semaine. Par la suite, je me suis mise au service du parcours de préparation à la première communion. Cette année, je suis responsable du nouveau parcours de préparation au sacrement de la réconciliation. »

Depuis peu, Karin Hämmerli est  engagée à 20 % pour le catéchuménat dans son UP. Elle est membre du Conseil de communauté et s’occupe des servants de messe. Depuis 2023, elle siège également au Conseil de paroisse de Cottens, sa commune de domicile.

Karin donne généreusement de son temps pour l’Eglise, mais également pour la société comme assistante parentale pour Famiya. 

Pour elle, c’est un vrai bonheur de rencontrer des enfants et de voir leur désir d’apprendre à connaître Jésus. « Les enfants sont généralement très motivés et très curieux. Souvent ils nous disent qu’ils ne peuvent pas venir à la messe parce qu’ils n’ont pas le temps. Dans la société actuelle, les familles et les enfants font tous énormément d’activités. Pourtant, 60 minutes sur une semaine qui en compte plus de dix mille, ce n’est pas grand-chose ! »

Pour devenir catéchiste, Karin Hämmerli a suivi le parcours Galilée puis la formation Emmaüs. « Ce furent des moments très enrichissants tant au niveau du contenu que des rencontres que j’ai faites. »

Le quotidien de Karin Hämmerli est fait de multiples entrevues avec des enfants, des adultes ou des personnes âgées. Dans son engagement ecclésial, elle retrouve le côté social de son métier d’infirmière et c’est ce qui la motive. Son sourire est le reflet d’une joie profonde, une joie qui va à la
rencontre de l’autre pour être partagée.

Karin avec les enfants lors de leur entrée en catéchuménat.

Un souvenir marquant de votre enfance ?

Le pèlerinage à Lourdes, en 1995, avec mon frère, un copain et une copine. J’avais 16 ans, j’ai rencontré le groupe des jeunes de Lourdes. C’est un souvenir mémorable.

Votre moment préféré de la journée ou de la semaine ?

Je n’ai pas de jour ou d’heure préféré dans la journée. Mais dès que les beaux jours sont là, je sors ma moto et je m’en vais là où la route me mène. C’est une passion que je partageais avec mon papa et qui continue actuellement avec mon compagnon et mes enfants. 

Votre principal trait de caractère ?

La générosité et le fait d’être toujours souriante.

Un livre que vous aimez particulièrement ?

J’aime beaucoup les livres d’Eric-Emmanuel Schmitt. Je citerai également celui d’une amie : L’invisible de Danielle Dousse. 

Une personne qui vous inspire ?

Mes grands-mères ont été pour moi des modèles. Je me souviens aussi des années de MADEP, avec notre accompagnateur Frère Charles et Solange qui jouait de la guitare et chantait.

Votre citation préférée ?

J’aime particulièrement cette phrase de Mère Teresa : « Nous savons bien que notre action n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, mais sans notre action, cette goutte manquerait. »

Karine Hämmerli

• Karin Hämmerli habite Cottens. En couple avec Bruno depuis près de 30 ans, elle est maman de trois grands garçons qui ont 16, 18 et 20 ans. 

• Infirmière de formation, elle a arrêté son métier après la naissance de son troisième enfant. Elle est assistante parentale pour Famiya, l’Association d’accueil familial de jour de la Sarine.

• Elle est catéchiste et depuis peu, elle est engagée pour le catéchuménat des adultes en lien avec la Région diocésaine Fribourg francophone. 

• A l’automne 2026, Karin reprendra la responsabilité du parcours de confirmation sur l’UP Notre-Dame de La Brillaz et augmentera son pourcentage de travail à 50 %.

En librairie – mai 2026

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Cheminer vers la Lumière
Valérie Mazeau

A 53 ans, Valérie Mazeau entame son itinéraire de catéchumène en lisant les Evangiles. Elle y découvre le Christ. Pour elle, c’est une révélation, une déflagration en plein cœur. Une expérience intime qu’elle restitue avec beaucoup de sensibilité et d’allégresse, heureuse de partager cette aventure qui a bouleversé sa vie. Ce livre retrace son cheminement spirituel commencé à l’adolescence, alors qu’elle cherchait Dieu à travers les récits chrétiens et les lieux sacrés.

Editions Salvator

Acheter pour 27.60 CHF

La vie de Jésus commentée par le pape François
Andrea Tornielli

Qui est Jésus ? Que savons-nous de lui, de sa vie, de sa mort ? Qu’en disent les évangiles ? De Bethléem à Jérusalem en passant par le sermon sur la montagne, la résurrection de Lazare et la trahison de Judas, cet ouvrage sans précédent nous fait vivre page après page dans l’intimité, la destinée et l’épopée de celui qui a changé l’histoire de l’humanité. Une vie de Jésus accessible, lumineuse, magistrale. Un superbe récit. Une aventure exceptionnelle. Un livre événement.

Editions Cerf

Acheter pour 16.40 CHF

Le Messie
Marie-Noëlle Thabut

A la question « Quelle est la différence entre les juifs et les chrétiens ? », la réponse est apparemment simple : les juifs attendent encore le Messie, les chrétiens l’ont trouvé : c’est Jésus de Nazareth ; d’ailleurs, ils l’appellent publiquement « Jésus Christ », qui veut dire « Jésus le Messie ». Mais est-ce si évident ? La Bible évoque en effet la figure du Messie en termes qu’il convient d’éclairer. Quelles étaient les attentes des hommes de la Bible ? A partir de quand et de quelle manière ont-ils commencé à parler d’un Messie ? Pourquoi les chrétiens ont-ils identifié Jésus de Nazareth avec le Messie qu’ils attendaient ?

Editions Desclée De Brouwer

Acheter pour 12.30 CHF

La belle histoire de Jésus
Maïté Roche

De l’Annonciation à la Pentecôte, ce très beau livre raconte l’histoire merveilleuse du Christ à partir des principaux épisodes des évangiles. Tout le talent et l’expérience de Maïte Roche pour raconter l’Evangile aux enfants avec des mots et des illustrations qui savent toucher les cœurs. Un livre indispensable pour mieux connaître Jésus, au plus près des textes des Evangiles. A partir de trois ans.

Editions Mame

Acheter pour 26.10 CHF

Pour commander

Qui est Jésus pour moi

Par Astrid Belperroud | Photo : DR

Dans la prière du Notre Père… ne dit–on pas… Notre Père ? Ne sommes-nous pas tous frères et sœurs en Christ ? Donc, Jésus est mon frère, votre frère… aurais-je aimé avoir un frère, moi qui n’ai eu qu’une sœur ? Je ne me suis jamais posé vraiment la question…mais ne dit-on pas que notre famille, on ne la choisit pas ? 

Jésus est avant tout mon ami, infaillible, que j’ai choisi. Pas à mon baptême, mes parents l’ont fait pour moi, mais à ma confirmation et à maintes reprises dans ma vie. Je lui renouvelle ma confiance chaque jour et je le rencontre dans le regard de chaque jeune que j’accompagne.

Il est ma tête pensante, mon intelligence, il est des oreilles qui m’écoutent, il est la bouche qui me nourrit par sa Parole, il est ce regard qui me rend unique, il est cette épaule qui me console ; ses bras et ses jambes sont là pour me porter et me supporter quand je n’en peux plus, et il est ses pieds qui marchent pour moi quand alors je me repose dans ses bras.

Il est mon bâton de pèlerin qui m’invite chaque matin à me mettre debout physiquement et ou mentalement et qui me murmure de l’imiter pour à mon tour me mettre au service de mes amis.

Le pape Léon XIV nous dit que, pour lui, le Christ est avant tout le « Roi de la paix », un sauveur apportant une paix désarmée, humble et universelle. Il est le centre de la vie, l’unique médiateur et rédempteur, et le visage de l’amour de Dieu pour les pauvres, exigeant des fidèles un engagement actif pour la justice et le pardon. Au lendemain de Pâques, la vie est jaillissante et nous rappelle que Christ est vivant ! A nous de poursuivre notre engagement pour que la paix advienne.

Qui est Jésus pour moi ? il est vivant en moi et par moi et pour chacun de nous. Gratitude.

Mon baptême, pourquoi et pour quoi?

Sébastien, baptisé le 19 avril 2025 à Saint-Joseph.

Témoignage à la messe de la Chandeleur, 31 janvier 2026 à Saint-Joseph.

Par Sébastien Weilenmann | Photos : Chrystophe Rakotondranaivo

Je m’appelle Sébastien Weilenmann, j’ai 25 ans et je vis depuis ma naissance ici, dans le bassin genevois. […] Français, Savoisiens, Anglais, révolutionnaires, monarchistes, impérialistes, immigrants des quatre coins du monde et j’en passe et des meilleurs, tous ont influencé et permis aux citoyens genevois de s’identifier ainsi aujourd’hui. Rassurez-vous, je ne suis pas venu vous donner un cours d’Histoire. Mais si je m’adresse à vous aujourd’hui c’est parce que je suis, comme vous, arrivé dans ce monde, sur ces terres remplies d’Histoires qui nous échappent et qu’on oublie bien souvent.

Je me suis donc très souvent demandé, et cela me tracasse encore beaucoup aujourd’hui : « Mais pourquoi suis-je là ? Pourquoi moi ? Quel est le but de tout cela ? » Et puis, certainement comme beaucoup d’entre vous de la génération Z, j’ai grandi avec un téléphone dans la main, quand ce n’était pas une manette de Play ou de Wii !

J’ai également grandi avec Internet et donc eu un accès immense à l’information et au monde gigantesque des réseaux sociaux. 

Ce qui est sûr, c’est que mon cerveau ne s’est jamais réellement ennuyé car stimulé en permanence. Très tôt j’ai donc été touché par les guerres, les tragédies, les drames qui arrivent partout sur la planète. Bien que privilégié car disposant d’un toit, de nourriture abondante et de la possibilité de me divertir à souhait, il m’était impossible de me satisfaire de cette situation. En effet, à force de suivre de près ces parcours de stars, des sportifs d’élite, très vite millionnaires et célèbres, j’ai moi-même voulu en devenir une. Pour ce faire, j’ai joué au basket toute mon enfance dans l’espoir de devenir le nouveau Michael Jordan, mais cela n’a pas réussi. Ensuite je voulais devenir un trader riche et je n’ai pas été pris dans l’université prestigieuse à laquelle j’aspirais. Ce youtuber très connu, je voulais mener le même train de vie, voyager à travers le monde et vivre des expériences de fou ! Et puis je me suis lassé. J’ai même un jour voulu être président… Quelle idée…

Rarement cependant, je voulais être… moi-même.

C’était donc avec une forte déception, un état quasiment dépressif, nihiliste en tout cas, que je suis passé à l’âge adulte. Malheureux, me sentant bon à rien, presque aigri d’un monde où j’avais l’impression que rien ne me souriait, que rien n’était fait pour moi. J’enchainais soirées arrosées, conquêtes sans lendemain et surtout des heures devant ma Playstation, arrêtant le sport, m’abrutissant de substances néfastes.

Et puis un jour, lassé de ma médiocrité, secoué par la fille qui deviendra très vite ma copine, réveillé par son cœur pur, j’ai voulu trouver le chemin du bonheur, celui des Béatitudes.

C’est, par coïncidence, à ce moment-là que mon grand-père m’a tendu un livre, me disant : « Tiens, ce livre décrit les paraboles de Jésus, si tu l’aimes bien, alors je t’en passerai un autre. » […] Elles ont changé ma vie car pour la première fois je me suis penché sur la vie du Christ et son enseignement. J’ai pu lever la tête vers toutes les choses qui sont le fruit de la création du Divin. Cette communauté chrétienne qui a tant œuvré pour la paix, qui a tant enseigné et qui a permis à tant de personnes de vivre dans l’allégresse, peu importe la noirceur de notre Monde.

A la suite de cela, j’étais décidé à demander le baptême. La démarche fut simple : une recherche Google, un e-mail à la paroisse la plus proche de chez moi et le lendemain j’avais déjà une réponse. Je remercie encore le Père Thierry de m’avoir tendu sa main. C’était il y a tout juste un an. Nous avons fait un tour dans le parc La Grange et, très vite je suis allé à la rencontre des autres cheminants. […]

C’est à ce moment que j’ai assisté à ma première messe, un moment magnifique mais aussi confus pour moi. Ne sachant pas quoi dire, comment faire, heureusement une autre cheminante m’a guidé. […] Et je remercie Dieu tous les jours de m’avoir fait croiser le chemin de cette fille, de m’avoir fait connaître ces livres qui m’ont donné l’envie de lire l’Evangile. Je remercie Dieu car je suis allé à la rencontre du Père Thierry ainsi que de tous les autres frères et sœurs en Christ lors de mon cheminement et ensuite. Je remercie enfin Françoise, ma marraine, que je ne connaissais pas avant de commencer mon cheminement et qui s’est généreusement proposée pour m’accompagner le jour de la Veillée pascale.

J’ai arrêté les soirées à outrance, les différentes substances abrutissantes, je me suis fait une raison de vivre, une raison d’être. Le sport, mon travail, apprendre et progresser n’a jamais été aussi gratifiant et facile. Vivre et partager me rendent toujours plus heureux et surtout, l’amour me guide. L’amour de Jésus mais aussi celui de ma compagne qui est auprès de moi et qui me donne la force d’avancer sans craintes dans ce monde.

Je suis convaincu que vous vivrez la même chose que moi, que vous serez transcendé par cette même joie et que vous serez heureux et je me réjouis pour vous. Le jour de votre baptême sera votre naissance et votre essence pour avancer dans votre vie, avancer sans craintes et avec courage.

[…] Voyagez, entrez dans les églises et faites la messe partout où vous le pourrez. Allez à la rencontre de vos frères et sœurs en Christ, de cette paroisse et d’ailleurs, découvrez, identifiez et admirez les créations de Dieu et œuvrez pour apporter plus de beauté, de paix et d’amour. Réjouissez-vous d’être vous-même, unique à votre manière.

Depuis le banc du fond

Devant une tisane fumante, c’est un joli moment de partage avec Marie. Même si un froid hivernal s’invite au crépuscule, la glace fond immédiatement dès les premiers mots d’une discussion aussi sérieuse que joyeuse avec cette dynamique jeune femme.

Propos recueillis par François Riondel 
Linographie: Raphael Beffa

La foi de Marie s’est réellement développée sur le banc du fond de l’église de son village. Sa grande famille, très pratiquante, s’y installait afin d’éviter de trop déranger les paroissiens. Alors enfant, Marie n’a jamais caché à ses camarades sa pratique religieuse qui, pour elle, était totalement normale. Cette attitude conduisait son entourage à diverses réactions : « Toute petite, on m’a beaucoup «  charriée  », que ce soit sur mon prénom, ou ma religion et ma foi. » Mais, dit-elle, ces attitudes provenaient certainement d’une forme d’ignorance.

Grâce à l’éducation reçue par ses parents et l’aide du Seigneur, Marie explique avoir vite compris que ses interlocuteurs, qui lui posaient de multiples questions, n’avaient pas reçu la même éducation qu’elle, ce qui lui permettait de rester calme et compréhensive, même face à des propos très crus, difficiles à vivre et à décrypter.

Jeune adulte, Marie a vécu des expériences plus compliquées, en recevant des remarques et des questions dont le but était certainement de la faire trébucher. Les gens ont souvent peur de parler de leur foi, de crainte d’être jugés comme appartenant à un groupe. Ils peuvent discuter de religion entre eux, mais ont oublié la primo-communication entre leur âme et Dieu. Cette communication doit être entretenue et développée. Une fois qu’on est aligné sur ce principe, on accepte de ne pas être d’accord lors de certaines discussions et de le vivre sains crainte.

Dans ses relations, Marie ne parle pas de sa foi de prime à bord, mais la croix qu’elle porte autour du cou amène les gens à l’interpeller. Ces personnes ont souvent beaucoup d’idées reçues, telles un Dieu punisseur ou la promesse de l’enfer si l’on n’est pas pratiquant. « Les gens ont monté une sorte de fantasme cauchemardesque de ce qu’est la religion parce qu’ils n’ont pas rencontré le Christ. »

Lors de ses études, Marie a vécu une période difficile, désertique, à travers une relation amoureuse où son compagnon ne croyait pas en Dieu. Peu à peu, Marie se rendait moins souvent à la messe et priait moins pour ne pas le déranger. Bien plus tard, Marie s’est rendu compte que cette personne avait brouillé sa ligne avec Dieu. Pour la première fois, Marie se sentait gênée de parler de sa foi : « Difficile de ne pas être acceptée comme on est, ça fait mal ! » Marie ne parlait plus de Dieu, allait seule à la messe, dans le silence. Elle se sentait incomprise et incomplète. Au milieu de cette période, Marie a reçu un grand « coup de pouce » du Seigneur : elle se retrouva, sans l’avoir vraiment décidé, dans une église où elle put exprimer sa détresse lors d’une confession et en y déversant toutes les larmes retenues depuis longtemps : « En sortant de là, j’ai cru que je ne touchais plus le sol, tellement je me suis sentie allégée et en paix. » Cet événement n’a pas résolu tous les problèmes, mais lui a redonné confiance et force.

Aujourd’hui, Marie sent cette présence du Seigneur tant chez elle que chez ses interlocuteurs : « Le Seigneur se manifeste de la manière qui permet à chacun de l’accepter. Il va se cacher dans les choses les plus banales pour que chacun puisse le comprendre à sa manière. »

Marie a envie de nous dire que, lors de toute discussion sur notre Seigneur et la religion, il faut s’efforcer d’enlever nos préjugés : « Ce n’est pas parce qu’on a quelqu’un en face de nous qui est hargneux et qui en veut à la religion, à la terre entière… et même à Dieu, que cela signifie qu’il est contre nous. On ne peut que l’encourager à se libérer de ses préjugés. De plus, on peut ainsi vivre des conversations passionnantes. »

Marie constate avec joie que des personnes à qui elle a pu porter son témoignage peuvent, bien plus tard, lui dire que cela les a aidés à avancer. Dans le cantique des cantiques, relève Marie, il y a un magnifique verset : « Je vous en conjure, … , n’éveillez pas, ne réveillez pas l’Amour, avant qu’il le veuille. » (8, 4)

Votre paroisse dans la poche

La paroisse Saint-Joseph attendait avec impatience un outil tel que MyChurch.

Développée pour rester connectée à la vie de sa paroisse, l’application MyChurch est pensée comme un outil de proximité, qui s’adapte aux besoins des églises locales. Tout en continuant à « donner une voix à Dieu », le groupe Saint-Augustin s’adapte aux enjeux contemporains en intégrant les technologies numériques pour rapprocher les communautés de foi.

Par Myriam Bettens | Photos : DR

Un outil plus efficace que les annonces en fin de messe, moins fastidieux qu’une recherche sur Google et dont les données seraient hébergées localement.Un vœu pieux ? Plutôt du pain béni… et à portée de clic ! Le groupe Saint-Augustin a lancé, le 1er octobre dernier, l’application MyChurch « pour rapprocher les communautés de foi », tout en poursuivant sa vocation de « donner une voix à Dieu ». Elle offre aux paroisses un espace taillé sur-mesure leur permettant de partager avec leur communauté, et au-delà, toute une série d’outils et d’informations pour fluidifier leur communication. 

Plus qu’un réseau social-chrétien, l’application se veut intuitive, inclusive et multilingue. De plus, MyChurch s’adapte aux besoins des paroisses, que vous souhaitiez y trouver les horaires de messe, les annonces en temps réel, les invitations aux événements ou les messages que vous avez ratés à cause d’une visite inopinée de belle-maman, tout s’y trouve ! La plateforme offre aussi la possibilité d’animer des groupes et d’échanger des vidéos et des photos. Les images de la première communion du petit neveu sont floues ? Vous savez maintenant où aller les chercher !

Cerise sur l’application : les données sont entièrement hébergées en Suisse. MyChurch ne fait donc pas de la sécurité et de la confidentialité une option. Cet espace, aussi unique que chaque paroisse, ne nécessite pas non plus le recours à un spécialiste de l’informatique. Avec des publications planifiées et synchronisées automatiquement entre l’application et le site de la paroisse, les mises à jour s’opèrent en temps réel. Autrement dit, un gain de temps, tout en évitant les tracasseries informatiques.

Appelée à « connecte[r] toutes les communautés d’Eglise en Suisse »  – puis dans un second temps, les paroisses des pays francophones voisins, avant de s’étendre au reste du monde – l’application se déploie aujourd’hui dans de nombreuses communautés romandes et linguistiques, ainsi qu’à des groupes tels que Cath.ch ou en encore Action de Carême. Côté terrain, à la paroisse Saint-Joseph des Eaux-Vives, l’application était attendue comme le Messie. « Nous souhaitions proposer un accès direct à ce qui se passe dans la paroisse. Cette « app » donne la possibilité à l’équipe pastorale de la Région Voie Verte – Eaux-Vives jusqu’à Presinge – d’alimenter l’actualité paroissiale avec des textes et des photos et aux fidèles de devenir acteurs de leur vie paroissiale. Elle offre de l’information en temps réel tout en permettant une grande réactivité », explique Thierry Schelling, le prêtre responsable, d’un air réjoui.

Curieux de voir à quoi ressemble cette application ?

• L’application est téléchargeable sur Apple Store et Google Play Store sous l’appellation MyChurch by Saint-Augustin

Envie d’installer l’application dans votre paroisse ? 

• Prenez contact avec mychurch@saint-augustin.ch ou au 024 486 05 00

Antennes spirituelles

Par Myriam Bettens
Photo : DR

Les miracles, qu’ils soient considérés comme des « contes » extraordinaires, des phénomènes expliqués par la science ou des illustrations de la puissance de Dieu, continuent de questionner. Ne peuvent-ils pas être les trois à la foi(s) ?

Si Dieu est omniscient – ce que je crois – Il a mis un phénomène météorologique à profit de Moïse et des Hébreux pour leur donner ce dont ils avaient besoin à ce moment-là. Toutefois, pour que « le miracle » se produise, les antennes spirituelles de Moïse devaient être suffisamment affûtées afin d’écouter la voix de Dieu. Et cela même si ce qu’il entendait semblait, peut-être, complètement insensé.

Parfois nous ratons notre miracle, moi la première, en limitant Dieu à notre vision étriquée du monde. Et parfois il nous faut avoir les « armées de pharaon » aux trousses pour que nous consentions à laisser Dieu agir. Le miraculeux est devenu une denrée rare, car nous ne lui donnons plus la possibilité de se produire dans nos vies. Mais je crois que Dieu peut reculer l’ombre du soleil de dix degrés, suspendre la course de la lune et ouvrir une voie à travers les eaux pour moi. Simplement parce qu’Il m’aime.

Le passage de la mer Rouge vu par la science

Moïse séparant les eaux, vu par Hollywood, fait appel à la puissance divine et non à un phénomène naturel.

Le passage de la mer Rouge par Moïse constitue l’un des épisodes les plus emblématiques de l’Ancien Testament. Rapporté principalement dans le livre de l’Exode, cet événement marque l’aboutissement de la libération du peuple hébreu, réduit en esclavage en Egypte depuis plusieurs générations. 

Par Pierre Guillemin
Photos : Flickr, DR

L’archéologie biblique étudie les vestiges matériels (inscriptions, ruines, objets divers) au Proche-Orient pour éclairer le contexte historique et culturel de la Bible. Discipline scientifique, elle analyse la Terre sainte, l’Egypte et la Mésopotamie, confirmant ou pas, selon des méthodes scientifiques, le cadre matériel des récits.

Le Passage de la mer Rouge a ainsi suscité de nombreuses interprétations historiques, théologiques et scientifiques. De nombreux chercheurs ont tenté d’identifier le lieu exact de la traversée ou d’expliquer le phénomène par des causes naturelles, comme des vents violents ou des marées exceptionnelles. 

Un premier point essentiel concerne la localisation exacte de la « mer Rouge » mentionnée dans la Bible. Le terme hébreu utilisé, Yam Souph, signifie littéralement « mer des roseaux » et ne correspond pas forcément à la mer Rouge actuelle. L’interprétation scientifique penche alors vers une zone marécageuse ou lagunaire, située dans le delta du Nil ou dans la région des lacs Amers entre Suez et Ismaïlia, composée d’eaux peu profondes. Cette précision géographique ouvre la voie à des explications basées sur des phénomènes hydrologiques. Dans cette hypothèse, l’une des explications scientifiques les plus souvent évoquées est celle du « wind setdown », ou effet d’abaissement du niveau de l’eau par le vent. Ce phénomène, bien documenté, se produit lorsqu’un vent fort et constant souffle pendant plusieurs heures dans une même direction, repoussant l’eau et découvrant temporairement une bande de terre. Des études de modélisation informatique ont montré qu’un vent d’Est soutenu, correspondant à la description biblique, aurait pu dégager un passage praticable dans une zone peu profonde, permettant à un groupe humain de traverser à pied. Selon cette hypothèse, lorsque le vent cesse ou change brusquement de direction, l’eau revient rapidement à son niveau initial. Cela pourrait expliquer la submersion soudaine des troupes égyptiennes poursuivant les Hébreux. Un tel phénomène, observé dans certains estuaires et lagunes, peut être spectaculaire et dangereux, surtout pour des troupes lourdement équipées de chars et d’armes.

D’autres scientifiques ont évoqué des phénomènes liés aux marées ou à des variations saisonnières du niveau de l’eau. Bien que les marées soient faibles dans cette région, leur combinaison avec des vents puissants pourrait avoir amplifié l’effet de retrait des eaux. Certains chercheurs suggèrent également un lien avec des événements sismiques, fréquents dans la région, capables de provoquer des déplacements temporaires de masses d’eau, bien que cette hypothèse soit moins étayée par des données précises.

Erreur géographique ?

L’éruption du Santorin a longtemps été la thèse scientifique retenue. S’il est probable que les cendres de Santorin sont effectivement arrivées en Egypte et peuvent être à l’origine des 7 plaies d’Egypte du moins en partie, il faut se rappeler que l’éruption a eu lieu en Méditerranée et non en mer Rouge ; sauf à considérer que le texte biblique comporte une erreur et fasse la confusion entre les deux mers, il est impossible que le tsunami provoqué par l’explosion du volcan ait atteint l’Egypte en mer Rouge. En effet, le raz de marée déclenché par l’éruption pourrait expliquer parfaitement le retrait puis le retour soudain des eaux de la Méditerranée, voire des eaux du delta du Nil.

L’hypothèse d’une éruption volcanique, celle du Santorin (à droite), n’est plus celle retenue en priorité.
Les fouilles dans la péninsule du Sinaï n’ont pas mis au jour des vestiges attribuables à un grand groupe d’exilés.

Pas de consensus

Le bilan actuel de la recherche scientifique sur cet évènement extraordinaire se résume ainsi : 

• A ce jour, il n’existe aucun consensus scientifique archéologique prouvant directement que l’Exode – y compris le passage de la mer Rouge – s’est produit exactement comme décrit dans la Bible. Les textes égyptiens anciens n’incluent aucune mention claire d’une fuite massive d’esclaves d’Egypte ni d’une armée engloutie dans la mer telle qu’elle est racontée dans l’Exode. Les archéologues professionnels soulignent que l’absence de preuves directes rend difficile toute conclusion affirmative sur l’authenticité historique détaillée du récit biblique. 

• Les fouilles, dans la péninsule du Sinaï, supposée être la route de l’Exode, n’ont pas mis au jour de vestiges attribuables à un grand groupe d’exilés ni à une armée détruite dans un plan d’eau.

• Aucun document égyptien ancien découvert jusqu’ici ne mentionne une catastrophe militaire de ce type ou une disparition massive de soldats.

• Les structures sociales, démographiques et archéologiques de l’Egypte ancienne ne montrent pas de signe d’une perte considérable de main-d’œuvre ou d’une crise catastrophique coïncidant avec la période de l’Exode.

Prudence… et foi !

Certaines affirmations très médiatisées ou populaires sur Internet ou dans des publications non académiques prétendent avoir trouvé des preuves tangibles du passage de la mer Rouge :

• Des sites ou annonces non confirmées parlent d’ossements humains, d’armures ou d’ossements de soldats découverts dans le golfe de Suez ou ailleurs, supposés être des restes de l’armée égyptienne. Toutefois, ces découvertes ne sont pas validées par des publications scientifiques évaluées par les pairs ni par des institutions archéologiques reconnues. 

• Des récits parlent de piliers avec inscriptions paléohébraïques ou autres artefacts marquant un lieu de passage. Là encore, aucune inscription ou artefact acceptés par l’égyptologie académique n’atteste formellement cet événement.

• Des vidéos et chaînes Internet présentent des « preuves archéologiques » (roues de chars, structures, territoires identifiés) mais celles-ci ne reposent pas sur des publications scientifiques ou sur le consensus archéologique. Elles doivent être considérées avec prudence. 

La stèle de Mérenptah mentionne Israël comme groupe ou entité en Canaan.

Même si le passage de la mer Rouge lui-même n’a pas de preuves directes, certains éléments indirects ou contextuels sont étudiés par les spécialistes de l’archéologie biblique :

• La stèle de Mérenptah (~1200 av. J.-C.) est une inscription égyptienne mentionnant Israël comme groupe ou entité en Canaan, ce qui donne une indication que ce nom était connu à l’extérieur de la Bible à cette période – bien que cela n’ait aucun lien direct avec l’Exode ou le passage de la mer Rouge. 

• De nombreuses fouilles en Israël et dans le Levant documentent des sociétés locales et migrations humaines, mais rien ne permet de relier clairement ces traces à l’exode massif d’un peuple depuis l’Egypte tel que décrit dans les récits religieux.

Toutefois, quelle que soit l’approche adoptée, le cœur du récit demeure sa signification religieuse et symbolique : il s’agit d’affirmer que la liberté est un don divin et qu’elle exige confiance, mémoire et engagement.

Souffle et partage des eaux (Exode 13-14)

Ce texte paradigmatique est devenu le modèle des libérations successives dont les Israélites ont bénéficié au long de leur histoire.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

La preuve que le récit biblique ne cherche pas à nous offrir une description scientifique et précise du passage de la mer par les Israélites, c’est que le texte lui-même présente le miracle de deux manières différentes : 

Deux lectures

D’une part, pour souligner qu’il s’agit d’une véritable « re-création », l’eau se sépare par l’action du bâton de Moïse et les Hébreux marchent à pied sec entre les deux murailles ainsi formées, puis les flots reviennent sur les Egyptiens engagés derrière le peuple élu. De même que le Seigneur a fait apparaître la terre ferme en séparant les eaux au début du monde (Genèse 1), ainsi la nation sainte est-elle engendrée par le Créateur en passant à travers les flots. Nous vivons notre baptême de la même façon, comme une traversée nous conduisant de la mort à la vie, par laquelle les forces du mal sont noyées au fond de la cuve sacramentelle.

D’autre part, selon la version la plus ancienne de l’épisode, le prophète assure les Israélites poursuivis que Dieu va agir pour eux sans qu’ils n’aient rien à faire : alors le Seigneur fait souffler un vent qui dessèche la mer Rouge et les Egyptiens qui y pénètrent sont recouverts par son reflux. De cette manière, Israël qui avait eu peur de la puissance égyptienne l’a « vue » détruite sur le bord du rivage, et ainsi a pu « voir » la prouesse accomplie par son Sauveur.

La Vérité profonde

Ce qui compte donc, pour le rédacteur final de l’Exode et sa narration « épique », c’est de conserver et de combiner les diverses traditions du miracle et d’affirmer théologiquement la vérité profonde de l’événement. Quand les Hébreux sont acculés par leurs ennemis, le Rédempteur intervient pour eux et les arrache à toute forme de servitude.

Ce texte « paradigmatique » (exemplaire) est devenu de ce fait le modèle des libérations successives dont les Israélites ont bénéficié au long de leur histoire. Comme déjà le passage du Jourdain pour l’entrée en terre promise en Josué 3-4. 

Grâce à l’Agneau pascal, le mal est traversé, la mort est engloutie et nous pouvons pénétrer dans le Royaume de la promesse.

«Annoncer la libération»

Pie XII, François ou Léon XIV ont chacun éclairé à leur manière ce passage biblique.

Par Thierry Schelling | Photos : DR

De Pie XII…

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est Papa Pacelli qui a le premier, du haut de la chaire de Saint-Pierre, permis l’usage de la méthode historico-critique pour lire la Bible – alors interdite dans le sérail catholique-romain – pour améliorer par cette approche scientifique la compréhension du message théologique et, partant, pastoral, des Ecritures. Par son encyclique Divino Afflante Spiritu, il a décidé de mettre de côté l’historicisme biblique – ce qui est écrit verbatim est vrai – et, avec tact et intelligence, ouvert le champ d’études de la Bible avec les moyens que sont l’archéologie, le traitement de texte, la sociologie, etc.

… à François

En 2018, dans le cadre de la clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Papa Bergoglio reprend le mythe du Passage de la mer Rouge en rappelant son symbolisme : le baptême y est préfiguré, comme le passage d’une rive à l’autre au travers des eaux « nettoyeuses » et pour une vie nouvelle, dans une terre nouvelle, à l’écoute du Dieu qui sauve et qui libère, jadis les Hébreux (comme le raconte le Livre de l’Exode) et aujourd’hui les migrantes et migrants qui fuient tout pareillement une terre d’esclavage pour un brin de liberté au risque de perdre la vie, car trop souvent engloutis dans les eaux de l’aléatoire… 

Léon XIV à ses débuts

Dans son premier écrit pontifical, Dilexi te (2025), Papa Prevost a repris le thème de la libération, illustré par cet épisode de la traversée de la mer Rouge, au profit du cri central des pauvres, et du devoir premier des baptisés. Il explique : « La mission de l’Eglise, lorsqu’elle est fidèle à son Seigneur, est toujours d’annoncer la libération. […] Lorsque l’Eglise s’incline pour briser les nouvelles chaînes qui entravent les pauvres, elle devient un signe pascal. »

Pas étonnant que ce passage de l’Ancien Testament en Exode 14 et 15 se retrouve en troisième lecture « obligatoire » de la Vigile pascale…

Pâques! Alléluia?

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Sœur Marie-Emmanuel Minot, représentante de l’évêque pour la vie consacrée du diocèse de LGF, est l’auteure de cette carte blanche. 

Par Sœur Marie-Emmanuel Minot, représentante de l’évêque pour la vie consacrée du diocèse de LGF
Photo : DR

Incroyable mais vrai ! Quelqu’un de chez nous, de notre race, de notre chair, est ressuscité. Il a vaincu la mort, il ne meurt plus, il est vivant à jamais. N’est-ce pas vraiment une « Bonne Nouvelle » au sens étymologique du mot « évangile » ? 

C’est ce qui a fait courir les apôtres à travers tout le bassin méditerranéen. C’est le message originaire et original de l’Eglise : « Dieu l’a ressuscité, nous en sommes témoins. » Témoins de l’impossible, croyants de l’incroyable.

Garder l’Espérance malgré les persécutions

Pour une telle bonne nouvelle, nous allons emplir nos liturgies d’alléluias, acclamation de joie, chantés du fond de nos cœurs ; nous en avions été privés pendant les 40 jours du Carême. Pourquoi ai-je mis un point d’interrogation dans le titre « alléluia ? » ? Parce que je pense à toutes les personnes qui vivent en zones de guerre, en situation difficile, et il y en a partout dans le monde. En 1994, j’ai vécu au Rwanda une expérience dramatique : Pâques était le 3 avril et trois jours plus tard, commençait le génocide. Comment chanter les alléluias, comment vivre la liturgie pascale quand on tue autour de toi ? C’est ce que vivent aujourd’hui tant de chrétiens qui ne savent comment célébrer cette liturgie pascale dans les zones de guerre, de conflits, dans les persécutions… Comment garder l’Espérance ?

Il faut pourtant nous rappeler que le Ressuscité est à nos côtés, qu’il souffre avec nous. Le Christ ne nous a-t-il pas dit : « Prenez courage ! J’ai vaincu le monde. » (Jn 16, 33)

La méditation de Maurice Zundel

Maurice Zundel a longuement médité ce problème du mal au cœur de la Deuxième guerre mondiale « Notre mission de chrétien est d’entrer dans cette douleur, de la vivre […] Il faut nous hâter de créer de la joie […] Il est nécessaire de faire provision d’espérance et de courage, de dilater toute notre puissance d’aimer avant qu’il ne soit trop tard. […] Qu’une vague d’amour et de lumière se répande sur tout être ! Que chacun de nos actes soit un acte d’amour, une offrande, que chaque observation soit une joie ! […] Dieu nous envoie au-devant des autres comme des ambassadeurs d’amour et de joie. »

Wordpress Social Share Plugin powered by Ultimatelysocial
LinkedIn
Share
WhatsApp