Entrer en résonance avec la Parole

Faire résonner la Parole de Dieu, voilà le grand défi de la catéchèse.

PAR MARIE-CLAIRE GAY-DES-COMBES | PHOTOS : MARION PERRAUDIN

C’est au travers de gestes, de vie partagée toute simple mais en vérité que la résonance de l’amour infini de Dieu peut être visible. En ce temps un peu spécial pour partager la vie d’une façon spontanée, la catéchèse est bien vivante:

En communauté, porté par tous ceux qui se rassemblent pour se nourrir de la vie du Ressuscité, les enfants, petits et grands, trouvent une place adaptée à leur âge :

• soit d’une façon active au travers du service de la messe ou du chant ;

• soit en désirant approfondir le message de Jésus au travers des ateliers de la Parole ➊ ;

• soit en se laissant imprégner de l’ambiance de la messe en profitant de l’espace réservé aux tout-petits.

Elle est également vivante lors de rencontres où l’enfant peut vivre des moments :

• de paix, de tranquillité pour prier, louer, adorer ➋;

• ou pour se mettre concrètement au service des plus démunis ➌;

• ou pour vivre des temps forts comme un sacrement ➍ ou une montée vers Pâques;

• ou encore pour partager ses questionnements avec la communauté ➎;

Oui, les catéchistes du Secteur vous font des offres d’activités. N’oubliez pas d’aller les consulter régulièrement sur notre site paroissemartigny.ch

➊ Tous les samedis à Martigny-Ville et tous les dimanches

à Martigny-Bourg lors des messes de 18h.

➋ Enfants adorateurs « Prier et louer le Seigneur » (les 11 et 15 mars).

➌ Dimanche des malades (6 mars).

➍ Vivre le pardon (26 mars).

➎ Entrée en Carême (2 mars).

On pense spécialement aux personnes malades le dimanche 6 mars

Se mettre au service, fabriquer un objet avec ses mains qui fera plaisir à une personne malade, voilà une attitude qui ouvre à l’amitié et que les enfants cultivent lors d’un après-midi de catéchèse. Le dimanche 6 mars, jour du « Dimanche des malades », les cadeaux faits main seront offerts directement aux personnes présentes à la messe de 10h à Martigny-Ville.

Semaine sainte dans nos deux UP et Saint-Paul

Voici la tabelle des célébrations de la Semaine sainte dans les 6 paroisses de nos deux unités pastorales et à Saint-Paul.
Il y a le choix !

PHOTO : CHRYSTOPHE RAKOTODRANAIVO

Dimanche des Rameaux (10 avril)
9h30 à Thônex
10h à Saint-Joseph
10h30 à Saint-Paul
11h à Presinge
11h à Saint-Joseph
11h à Sainte-Thérèse
18h à Choulex
18h30 à Saint-Paul

Jeudi saint (14 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
19h à Puplinge
20h à Saint-Paul
20h à Saint-Joseph
20h à Sainte-Thérèse

Vendredi saint (15 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
10h à Saint-Joseph
15h à Choulex
15h à Saint-Paul
15h à Sainte-Thérèse
19h Chemin de croix à Thônex

Vigile pascale (samedi soir 16 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
20h à Chêne-Bourg
20h30 à Saint-Joseph
21h à Sainte-Thérèse

21h à Saint-Paul

Dimanche de Pâques (17 avril)
9h30 à Thônex
10h à Puplinge
10h à Saint-Joseph
10h30 à Saint-Paul
11h à Saint-Joseph
11h à Sainte-Thérèse
18h à Choulex

18h30 à Saint-Paul

Découvrir la bible, cent textes essentiels commentés

Durant le confinement, des membres des Editions Robert Laffont se sont rendu compte que les libraires vendaient un nombre de bibles plus important que d’ordinaire. Les lecteurs cherchaient peut-être des clés pour comprendre ce moment de crise particulier, seulement voilà… en ouvrant la bible, ils ne comprenaient rien !

PAR FRANÇOISE BESSON
PHOTO : JURAPASTORAL.CH

C’est ainsi qu’est né le projet de ce livre, pour «offrir une lecture de la bible en partant de la vie, et pour vivre plus!» 1

Philippe Haddad, Bernard Miserez «Découvrir la bible – 100 textes essentiels commentés» Ed. Robert Laffont, Paris, novembre 2021.

Les auteurs. – Deux auteurs se partagent les commentaires des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament en respectant les proportions initiales des deux parties : Philippe Haddad, rabbin de l’Union
Libérale Israélite de France, très investi dans le dialogue interreligieux, commente les soixante premiers textes et Bernard Miserez, prêtre de la chapelle du Vorbourg 2 et animateur de retraites, les quarante suivants.

La Première Alliance. – Quand nous ouvrons la bible au hasard, dans sa première partie, il n’est pas rare que nous fassions la même expérience que les lecteurs lambda dont il était question : on n’y comprend pas grand-chose… Dans ses commentaires, Philippe Haddad relie les personnages et les histoires, par exemple Caïn et Juda, frère de Benjamin ou encore Noé et Abraham… De nombreux termes sont mentionnés en hébreu avec leurs différents sens possibles. La lecture proposée est à l’opposé du fondamentalisme et le rabbin relève les avantages liés à une compréhension contemporaine des textes. Par exemple, à propos de la « chute de Jéricho » il commente avec humour : « L’archéologie nous soulage, ces faits n’ont jamais eu lieu. » (p. 94) Puis il explique les motivations que pouvaient avoir les auteurs du livre de Josué en parlant au peuple de cette manière-là : « Montrer la puissance de l’Eternel par rapport aux divinités cananéennes et […] mettre en garde Israël contre ses infidélités à Dieu. » Et de conclure ainsi : « A défaut d’être historique, le livre de Josué se veut pédagogique. Si l’homme ne supprime pas l’idole, l’idéologie, alors l’idole, l’idéologie supprimera l’homme. A ce niveau de lecture, le texte demeure éloquent. » (p. 96) Grâce à ces commentaires, ces textes deviennent plus compréhensibles et peuvent nourrir notre réflexion.

Le Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance. – Ces textes nous sont évidemment plus familiers, du moins ceux des évangiles, mais il est intéressant de les découvrir éclairés par les tournures de phrases très incarnées de Bernard Miserez (➱ vous en trouverez quelques exemples dans les encarts). Les commentaires ouvrent aussi sur une actualisation et ne font pas l’impasse sur les remises en question : « Prendre soin des plus fragiles et des plus pauvres n’est pas une option caritative ou humanitaire. […] Tout geste de compassion atteint le Christ en l’homme souffrant. » (p. 204) Lire ces textes et se laisser interpeller nous aidera peut-être à répondre joyeusement à l’invitation que nous fait l’auteur : devenir des « contagieux de la Bonne Nouvelle » !


1 Interview de Bernard Miserez à Radio Fréquence Jura (RFJ) le 25 novembre 2021.
2 Lieu de pèlerinage près de Delémont.

La Samaritaine: «Jésus vient nous trouver au milieu de nos tâches quotidiennes.» (p. 191)

La résurrection de Lazare: «La parole de Jésus va jusque dans la mort. Elle fait de la vie avec ce qui est mort. Seulement, encore faut-il enlever la pierre du tombeau.» (p. 211)

La multiplication des pains: «Rien de ce que nous donnons n’est dérisoire ni insignifiant.» (p. 194)

La guérison du paralytique: «Le pardon est un acte de résurrection. Il est une renaissance où tout est donné pour se recevoir de Dieu.» (p. 182)

Le diacre Christian Thurre, ambassadeur diocésain pour l’écologie

Inciter toutes les entités paroissiales et ecclésiales à penser et agir écologie : c’est, en résumé, le mandat que l’évêque de Sion a confié à Christian Thurre, diacre, ordonné en juin dernier. Une mission qui permet à ce scientifique de conjuguer écologie et spiritualité. Rencontre.

PAR CLAUDE JENNY | PHOTOS : GÉRARD RAYMOND, RAPHAËL ZBINDEN / CATH.CH

Comme tous les diacres permanents, Christian Thurre parcourt son chemin diaconal d’abord dans le cadre de son univers professionnel, en l’occurrence le Service de l’environnement de l’Etat du Valais. En tant que collaborateur scientifique, il participe aux études d’impacts écologiques pour que les projets mis à l’enquête soient conformes aux exigences légales. Il assure évidemment aussi régulièrement, comme tout diacre, un service à l’autel aux côtés du célébrant. Mais il fonctionne depuis quelques mois également comme mandataire de Mgr Lovey pour effectuer tout un travail de sensibilisation auprès des entités diocésaines pour qu’elles se soucient d’écologie.

Appliquer « Laudato Si’ ». – Un rôle qui est désormais dévolu à tous les diocèses par le Pape lui-même qui s’est souvent exprimé sur le thème de la protection de la Création, de cette « Maison commune » qui ne nous appartient pas mais qu’il nous incombe de protéger. L’encyclique papale « Laudato Si’ » est un texte de référence sur le sujet. Même si son expérience est encore brève, Christian Thurre est à l’évidence l’homme qu’il fallait pour remplir cette mission de sensibilisation que le Pape appelle les « intendants responsables du jardin de la Création ».

Agir via des éco-diagnostics. – Le délégué de l’évêque est, par son mandat, le seul délégué du diocèse au sein d’EcoEglise, l’organe œcuménique qui œuvre au niveau national à favoriser cette prise de conscience que les Eglises ont également leur rôle à jouer en matière d’écologie. Pour Christian Thurre, c’est une évidence : « Les Eglises doivent interpeller leurs communautés ! Chacun doit apporter sa pierre pour avoir une attitude éco-responsable. » Ainsi, l’organisme EcoEglise (➱ https://ecoeglise.ch) est spécialisé dans l’établissement d’éco-diagnostics qui conduisent à des propositions de mises en œuvre de mesures éco-responsables. Ce qui peut toucher au matériel pour les célébrations et l’administration, aux bâtiments, aux espaces verts gérés par les paroisses, etc.

Opération « Maison de la diaconie ». – Christian Thurre, en collaboration avec son épouse Marie-France, a effectué une première démarche dans ce sens début janvier 2022 avec la « Maison de la Diaconie » à Sion qui abrite notamment l’établissement Verso-l’Alto. Il trouve excellent que ce soit ce lieu diocésain qui lui permette de démarrer son action. Il espère que d’autres communautés, paroisses, etc. feront appel à lui. Il est disponible pour aller à la rencontre de ceux qui veulent agir à leur échelle dans une démarche qu’il qualifie non seulement d’écologiste, mais aussi de spirituelle.

Une dimension spirituelle. – Il cite la parabole du colibri qui apporte sa gouttelette, juste ça, mais déjà ça ! « Dans cette protection de la « Maison commune », il y a quelque part une dimension de conversion spirituelle, de se laisser blesser par cette réalité d’une nature insuffisamment respectée et de décider d’agir, à son échelle, individuelle, associative, paroissiale, etc. » s’enflamme Christian Thurre qui peste contre certains abus, comme la multiplication des canons à neige, par exemple, qui entraîne un gaspillage d’eau : « Nous ne pouvons pas, plus, nous comporter en enfants gâtés. Mais je suis optimiste : je crois qu’il y a une prise de conscience que l’on ne peut pas continuer à surexploiter la nature. De plus en plus de personnes se laissent toucher et décident d’agir ».

Le gaspillage fait des ravages

Pour freiner le dérèglement climatique, il est urgent d’opérer une transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables, sans en faire payer le prix aux pays les plus pauvres. Tel est le message clé de la Campagne œcuménique 2022 qui reprend le slogan «Justice climatique, maintenant !»

PAR ACTION DE CARÊME, EPER ET ÊTRE PARTENAIRES | PHOTOS : VICTOR LOPEZ, MEINRAD SCHADE, DR

Les conséquences du dérèglement climatique telles que l’élévation du niveau des mers, les inondations, les vagues de chaleur et la fréquence plus élevée des sècheresses et des cyclones bouleversent déjà la vie de nombreuses populations dans les pays du sud : elles accentuent la faim, les risques pour la santé et les conflits sociaux.

Responsable de plus de 70 % 1 des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et de 78 % 2 en Suisse, l’utilisation de combustibles fossiles fait partie des principales causes du dérèglement climatique. En consommant une quantité disproportionnée d’énergie fossile, les pays industrialisés sont ceux qui contribuent le plus au dérèglement climatique et qui sont les moins touchés par ses conséquences, alors qu’ils vivent aux dépens des pays du Sud et des générations futures. L’injustice est double.

Non aux « fausses solutions ». – Nombreux sont les projets énergétiques – y compris les projets d’énergies dites renouvelables – qui constituent de « fausses solutions » à la transition énergétique. En effet, ils entraînent des conflits et ne tiennent pas ou peu compte des droits et revendications légitimes des populations locales. S’ensuivent souvent des expulsions, la restriction des droits d’utilisation des terres communautaires ou la destruction des sites sacrés des communautés autochtones. Même le droit fondamental à l’alimentation est bafoué.

Les organisations partenaires d’Action de Carême dans le Mato Grosso au Brésil montrent, dans leurs rapports, que les projets hydroélectriques qui n’envisagent pas la participation des communautés locales peuvent avoir des conséquences dévastatrices. Ils empêchent notamment la migration des poissons. En conséquence, la communauté indigène de Manoki, pour ne citer qu’un exemple, ne parvient plus à pêcher dans les sites habituels et doit parcourir de longues distances pour se nourrir. L’EPER fait des constats similaires en Indonésie où des plantations industrielles de palmiers à huile sont créées pour produire des biocarburants dits durables. Pour ce faire, des forêts tropicales vitales sont défrichées. Les conséquences sont fatales pour le climat et pour les communautés qui n’ont d’autre choix que de quitter leurs habitations.

« La transition écologique doit constituer une opportunité et un moteur de développement pour les communautés défavorisées du monde entier.»

Dans son encyclique Laudato si’, le pape François appelle « à écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ». Autrement dit, les solutions techniques pour la transition énergétique doivent toujours être évaluées au regard de leurs conséquences écologiques et sociales.

Par énergies renouvelables, Action de Carême et l’EPER entendent des solutions respectueuses du climat, socialement justes et tenant compte des intérêts des communautés locales qui doivent être impliquées dans la planification, la création et la production d’énergie, qui doit être considérée comme un bien commun.

Assumons nos responsabilités. – En Suisse, nous devons assumer nos responsabilités en tant qu’actrices et acteurs de la crise climatique. Nous pouvons toutes et tous nous approvisionner en énergie à partir des sources les plus propres possibles, réduire notre consommation (électricité, carburant, chauffage, etc.) et tenir compte du lieu de production des biens de consommation (par exemple les denrées alimentaires et les appareils électroniques) au sein de notre pays comme à l’étranger.

Invitation à tous !
Lancement de la campagne 2022.
Sion, Notre-Dame du Silence au Chemin de la Sitterie 2 de 18h30 à 21h30.

Le Conseil fédéral a décidé que la Suisse devait atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. En collaboration avec l’Alliance climatique, Action de Carême et l’EPER demandent au Parlement de viser cet objectif d’ici 2040 de façon linéaire. Puisque la Suisse a les moyens techniques et financiers de réaliser cet objectif, elle devrait montrer l’exemple en se passant complètement des combustibles fossiles. Ainsi nous soutiendrons de manière pertinente la cause de la justice climatique.

1 https://ourworldindata.org/emissions-by-sector du 26.07.2021.
2 Rapport 2018 de l’Agence internationale de l’énergie.

Méditer autour de la tenture de Carême

André Besson, de Charrat, a été choisi par les responsable de la Campagne œcuménique 2022 pour écrire la méditation autour de la tenture de Carême. Il s’est laissé inspirer par cette image, ce pied dont l’ossature est blessée, brisée… Il élargit ici sa réflexion sur notre humanité souffrante, à notre terre meurtrie par l’homme. Voici quelques textes sur ce thème, en complément du carnet de méditation de la tenture de Carême 2022.

PAR ANDRÉ BESSON | PHOTOS : PIXABAY

Le chant de la terre profanée
Les grincements et crissements
Des bulldozers aux dents meurtrières
Les arbres, ces amis silencieux
S’effondrent brisés,
arrachés, déchiquetés,
Et me voilà dévastée,
Comme une bouche édentée
Sous la main du bourreau,
Avant que le feu me calcine
Et me livre nue sous le ciel nu.

J’ai perdu mon âme et ma beauté.
Dans le secret je dépéris
Mes sources cachées se tarissent
Et le vent sans entrave
Emporte le meilleur de moi-même.

Ils m’ont usée, abusé de moi,
Puis ils m’ont quittée, abandonnée,
Quand mon sol vieillit trop vite,
Crevassé par les pluies diluviennes,
N’a plus su produire que des buissons d’épines
et des chardons.
Ils sont partis vers des terres plus jeunes,
Plus fertiles, vers des conquêtes faciles.

Abandon, misère, désert de l’âme.

Toi, l’humain
Tu te sens invulnérable,
Tu domines tu exploites,
Tu arraches et tu brûles,
Tu me violentes et tu prends.

N’oublie pas
Que c’est moi qui te porte,
Soutiens ta vie et te nourris :
Quand tu me piétines
Et me méprises,
Moi, ta Terre-Mère,
C’est ton propre destin
Que tu piétines.

Louange de la terre
Dieu, mon Dieu,
Je te loue et je te bénis
Par l’humain à qui tu m’as confiée
Par celles et ceux qui ont choisi
De me soigner avec respect
Et m’honorent comme une mère aimée.
Ils me cultivent avec délicatesse.
Remplis de gratitude,
Ils sauront te rendre grâce
De ma générosité première.

Dieu, mon Dieu,
Je te loue et je te bénis
Par le souffle vital
Qui nous traverse tous,
Et qui nous vient de toi.

Dieu, mon Dieu,
Loué sois-tu pour la vie
Que tu nous donnes en partage,
Si précieuse et si fragile,
Et si belle,

Amen.

Le carnet de méditation 2022 est disponible sur simple demande au secrétariat.

Et que l’idéal demeure !

A tour de rôle, des jeunes de divers cantons romands profitent de cet espace de liberté pour évoquer un sujet qui les intéresse. Au tour de la jeune vaudoise Marie Larivé de prendre la plume.

PAR MARIE LARIVÉ | PHOTO : DR

Source de promesses infinies, mais aussi terreau fertile des abus, l’idéal recueille nos grands
écartèlements. Car souvent, l’idéal et notre humanité s’entrechoquent. Dymas de Lassus, prieur de la Grande Chartreuse, l’évoque en ces mots : « Il y a des limites à notre être humain, à nos forces physiques à notre santé, à notre psychisme, et là se trouvent les risques de l’amour : l’amour n’a pas de limites. Personne n’aimera jamais trop, mais les moyens destinés à développer l’amour comportent des limites et si celles-ci sont dépassées, le moyen peut donner la mort au lieu de la vie » (Risques et dérives de la vie religieuse, p. 31).

Nouveaux ajustements

Quitter une communauté religieuse n’est pas quitter le grand Amour, mais plutôt un chemin qui peut y mener. On peut parler de bifurcation, de choix, de chute, de libération ou bien d’autres mots encore, car il y en a autant que d’histoires personnelles et ces mots changeront encore pour chacun, probablement, au fil du temps. Là où peuvent se mêler la culpabilité, le soulagement, la colère ou la paix, encore l’idéal fraye son chemin. Poursuivre l’Amour infini demandera de nouveaux ajustements, différents des grands élans précédents, mais dans ce nouveau quotidien, banal et commun, la sainteté peut là aussi pousser.

Points d’ancrage

« Toutes les vertus chrétiennes sont suspendues entre deux abîmes : notre être de créatures tirées du néant et l’infini de Dieu qui nous attire à lui. Que l’un des deux points d’ancrage lâche et la vertu se mue en folie. Nous n’avons pas à choisir entre l’humain et le divin, le Christ qui est notre voie a uni les deux en sa personne et la spiritualité n’est plus chrétienne si elle ne tient pas les deux ensemble », écrit encore Dymas de Lassus (p. 208). Au milieu de ces deux abîmes que beaucoup ont frôlés à des périodes de leur vie, émerge une existence à toujours davantage simplifier, loin des rêves et des craintes. Un nouveau chemin s’ouvre où, là aussi, Dieu peut être le grand idéal. Un Dieu qui reste le même alors que nous changeons, un Dieu qui nous attend, patiemment.

A tout instant, c’est dans notre plus simple humanité que l’idéal pourra être poursuivi. Non pas comme horizon grandiose et héroïque, mais dans cet équilibre du quotidien qui unit le plus grand Amour à notre humble réalité incarnée, ici et maintenant.

Une crèche pour nous laisser questionner

«Avec lui espérer encore»: tel était le thème proposé aux paroissiens de Nyon pour le temps de l’Avent. Le Conseil de communauté a approuvé l’idée de baliser le chemin de l’Avent de la Colombière avec quatre images reliées à la crèche, à faire résonner en nous.

PAR INÈS ET OLIVIER CAZELLES | PHOTO : OLIVIER CAZELLES

Si le mois de décembre est marqué par l’agitation, la frénésie, la liturgie nous offre la possibilité de faire une pause pour résister à l’emballement général. Car travailler sur les images balisant le chemin de l’Avent nous a obligés à nous arrêter pour discuter et nous a enrichis. Quatre images, exposées dans l’église de la Colombière au fil des quatre semaines de l’Avent, ont invité chacun tour à tour à l’écoute, à la rencontre, au partage et à la joie. Chacune s’articulait aux autres pour proposer un chemin de progrès soutenu par l’assurance qu’« avec lui, on peut espérer encore ».

L’écoute

Il ne nous est pas plus facile d’écouter le Seigneur que notre voisin. Notre qualité d’écoute est parasitée par trop de stimulations commerciales ou une trop grande attention à nos propres soucis. Le pape François recommande cet exercice entre paroissiens dans le cadre de la préparation au prochain synode, consacré à la synodalité. L’exercice est exigeant, car il nous demande décentrement et disponibilité.

La rencontre

L’écoute vraie fait advenir la rencontre. L’autre ose se dire sans crainte d’être jugé, rabaissé. Les personnes que nous rencontrons à un moment ou à un autre de nos vies sont mises sur notre chemin pour nous permettre de devenir meilleurs, de grandir par elles.

Le partage

La rencontre est un partage ! Complémentaire des dons aux associations qui nous sollicitent en fin d’année. Car le contraire de la misère ce n’est pas la richesse, c’est le partage.

A travers l’écoute, la rencontre et le partage, l’Esprit saint nous guide. Nous travaillerons à combler les vallées de mésentente, à aplanir les montagnes d’indifférence et de discorde et ainsi à rendre le monde qui nous entoure un peu plus humain.

La joie

Et la joie nous sera offerte. Elle s’exprime par le sourire. C’est un soleil qui illumine ceux qui la possèdent et réchauffe ceux qui reçoivent ses rayons. Nous avons tant besoin de personnes qui rayonnent !

Noël

Devant l’enfant de la crèche, comme les publicains et les soldats face à Jean Baptiste, nous avons pu demander : « Et nous, Seigneur, que pouvons-nous faire ? ». Avançons sur les voies qui mènent à une abondance de vie. C’est le Seigneur, présent dans l’enfant de la crèche, qui mettra la joie dans nos cœurs.

Je t’aimerai toujours

Geneviève est originaire du Valais, elle était institutrice avant son entrée au Monastère de la Visitation à Fribourg.

PAR ANTOINE MBOMBO TSHIMANGA | PHOTO : DR

L’engagement au monastère : quelles références, quelle intuition?
Jeune, Geneviève tisse une relation toute personnelle avec Marie, «Marie m’a conduite vers Jésus».

Originaire du Valais, à 19 ans Geneviève fait connaissance avec la Communauté
du monastère de la Visitation à Fribourg lors de la retraite de l’école Normale de Sion. Cette rencontre comptera énormément dans son engagement futur tant elle a été marquée par la joie de cette communauté.

Autre expérience marquante, le partage de foi entre jeunes notamment auprès des Jeunes de Lourdes.

A 21 ans, Geneviève est interpellée par l’exemple d’un prêtre engagé dans la pastorale jeunesse.

Son attrait pour la Visitation se confirme lors d’un pèlerinage à Compostelle, elle a 24 ans.

Geneviève exerce son métier d’institutrice durant quatre années avant de frapper à la porte du monastère de la Visitation, elle a 25 ans. Elle se souvient, en ces temps-là, nourrir un secret espoir d’expérimenter une vie exempte de tensions familiales.

Départ du monastère
Geneviève n’a pas oublié une remarque de sa formatrice durant son noviciat « Tu es comme un œuf sans croise (coquille). » « J’ai compris aujourd’hui que je suis une hypersensible » concède Geneviève, ce qui ne l’a pas aidée à trouver et prendre toute sa place au monastère.

En 2014, âgée de 50 ans, elle quitte le monastère après 25 ans de vie religieuse et retourne vivre en Valais.

Retour à la vie hors les murs
Automne 2014, Geneviève repart à Fribourg où elle occupe parallèlement un poste de secrétariat et comptabilité, compétence acquise au monastère, et d’animatrice en pastorale jeunesse et de rue. Septembre 2015, retour de Geneviève en Valais vers l’enseignement, son métier de formation.

En 2016, au bout d’une année d’enseignement Geneviève connaît une grave dépression, elle passe un mois à l’hôpital. Il s’en suit une ouverture d’un dossier AI. Toutefois elle obtient un poste, à temps partiel, en comptabilité pour une association. Elle tient ce poste durant cinq années.

Tout au long de ces années de « réinsertion » dans une société civile qui a énormément changé en 25 ans, ses premiers lieux d’amitié et de soutien sont d’une part le Groupe Salésien qui se réunit une fois par mois au monastère de la Visitation, groupe dont elle était l’une des deux instigatrices six ans plus tôt, et d’autre part le Cercle de femmes de Vallorbe.

Un autre lieu d’ancrage important sont les amitiés : celles fidèles depuis la jeunesse et celles tissées nouvellement notamment par le travail et la chorale, Geneviève y rencontre notamment trois bonnes amies dont « sa marraine ». «Je rencontre des personnes dans la même ligne humaine et ou spirituelle que moi. Même si certaines se disent non pratiquantes tout en étant ouvertes et accueillantes au Dieu dont je parle avec elles.»

«Ma famille se faisait présente au début mais je crois que mon « craque » leur a fait peur… J’ai senti un peu de prise de distance, depuis j’ai fait le deuil d’un soutien tel que je l’attendais et j’accueille ce qui est donné.»

En 2021, Sœur Catherine, nouvelle prieure de la Communauté de Géronde à Sierre lui demande de travailler au monastère, entre autres au service d’accueil. « J’ai vécu un coup du Saint-Esprit ! Je sens une mission d’interface entre la Communauté des sœurs et la société actuelle.»

«J’ai longtemps vécu avec le sentiment d’un échec, aujourd’hui j’accueille mon chemin, mon histoire. Malgré mes anxiétés je peux dire, le Seigneur a toujours été là et j’ai toujours eu ce qu’il me fallait. »

«Avec humour, je racontais à une amie que dans une période compliquée financièrement, je priais le Père ainsi: tu sais mon ordinateur, ma voiture, mon téléphone, j’en ai besoin alors merci d’en prendre soin. Et voilà que mon imprimante tombe en panne ! Mince, Père, j’ai oublié de te la confier. Mais (sourire) quand je sors la garantie, je découvre qu’elle est valable encore un mois. Du coup je dis au Père : pardon, tu as même pris soin de mon imprimante. Cela fait sourire mon amie mais souvent, elle me dit elle-même que j’ai un Grand Patron génial.»

Que retirer de l’expérience de vie au monastère?
«Le monastère a forgé en moi une grande ouverture de Cœur, ça sert pour le service d’accueil. Je me rends compte qu’aujourd’hui j’ai un cercle d’amis anciens et nouveaux. J’ai même rencontré un couple d’enseignants qui est devenu « parrain et marraine » pour moi.»

«Dans une communauté on ne sent pas la hiérarchie des unes vis à vis des autres. Ce qui compte c’est la fraternité de la communauté et de la Sœur supérieure. Beaucoup de décisions se prennent en commun, la synodalité est donc vécue concrètement.»

Au monastère, Geneviève a exercé différents métiers, du travail manuel de blanchisserie, en passant par le jardinage, la liturgie, au travail de gestion et comptabilité (économat) étudié en formation interne. «Tout travail quel qu’il soit a une valeur, dans une communauté on reçoit toutes le même « salaire » : logée, nourrie, etc.»

«La Communauté de Géronde vient de vivre un changement de prieure, l’ancienne redevient simple Sœur. Est-ce que dans notre monde on verrait un patron redevenir simple ouvrier?»

Où trouver aujourd’hui la joie de vivre
«J’ai retrouvé ma capacité d’émerveillement, par la nature, par mes relations, et parce que je ne suis pas seule ; quelqu’un m’accompagne. En plus j’ai la chance aujourd’hui d’avoir une patronne avec qui je ris beaucoup !»

«Quand je jette un œil dans le rétroviseur je perçois que même dans les périodes les plus sombres la lumière du Ressuscité reste discrètement présente. » Ce qui confirme la phrase reçue de Jésus lors de ma dernière retraite au monastère : « Quoi que tu fasses, ou que tu ailles, je t’aimerai toujours.»

Quel conseil à la personne qui entre dans la vie religieuse et celle qui en sort?
Pour la personne qui entre : «Ecoute ton cœur et prends ton temps.»

Pour celle qui sort du couvent ou monastère: «Cherche le soutien auprès d’une autre communauté pour faire une transition et n’aie pas peur de confier ce que tu vis à tes amis proches. » Ton expérience de vie est particulière, ose en parler même si parfois tu te sens « en décalage».

Quel cri à l’Eglise et au monde?
A l’Eglise «Oser parler et vivre d’Amour et même d’Amour inconditionnel ! » et au monde « Connectez-vous à votre cœur, aimez-vous et aimez les autres, c’est le cœur de notre vie».

Autolimitation

PAR JEAN-PASCAL GENOUD | PHOTO : PIXABAY

L’immense penseur et écrivain russe, Alexandre Soljenitsyne, au soir de sa vie, donnait trois conditions qui lui paraissaient nécessaires à l’avenir de l’humanité. L’une d’entre elles, il l’appelait autolimitation, se référant à la longue tradition chrétienne.

Il est évident que notre monde s’est emballé dans une frénésie de consommation, rendue possible par les révolutions industrielles et technologiques des derniers siècles. Longtemps cela a paru être de l’ordre d’un formidable progrès, dans une sorte d’ivresse devant les possibilités offertes par le développement stupéfiant de la science et de la technique.

Le XXIe siècle devait toutefois marquer un tournant. Prise de conscience douloureuse que les ressources de notre planète de sont pas infinies et que la hausse du niveau de vie d’une bonne partie du monde s’accompagnait de tout un cortège de fléaux redoutables. Pollution engendrée par l’activité économique, perturbations repérées dans les équilibres climatiques, perte de la biodiversité s’additionnent pour assombrir un avenir devenu plein de risques.

Dans ce contexte, la sagesse du vieux sage russe ne peut que nous interpeller, lui qui, des décennies à l’avance, prônait le principe d’autolimitation. Je peux faire trois voyages par année, mais je peux aussi choisir de n’en faire qu’un, que je prépare avec d’autant plus de soin et que je risque d’apprécier avec davantage de goût. Je peux céder à la tentation des sirènes de la publicité pour avoir l’ordinateur ou le téléphone portable dernier cri, mais je peux y résister librement. Je peux décider de faire moins de kilomètres avec ma voiture pour une occupation de mes loisirs plus en qualité qu’en quantité.

Devrais-je tomber dans un christianisme tristement puritain ? Avec au ventre, la peur de vivre pleinement et une mauvaise conscience permanente ?

Le Carême pourrait être au contraire ce temps d’une réflexion pour une joyeuse exigence. Le temps d’un engagement pour dépenser moins afin de vivre mieux. Avec la joie morale de conjurer un avenir menaçant. Nous serions alors les témoins d’un Dieu qui ne nous a pas voulus tout-puissants, mais capables de vivre intensément et solidairement nos limites humaines.

Une église pour l’avenir

PAR GENEVIÈVE DE SIMONE-CORNET
PHOTO: JEAN-CLAUDE GADMER

La communauté de Gland était en fête le 13 février (voir pages 9-11) : elle vivait, avec joie et fierté, la consécration par Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, de sa nouvelle église. Douze ans qu’elle portait, avec l’ensemble de l’Unité pastorale Nyon-Terre Sainte, ce projet ambitieux et mobilisateur. Aujourd’hui, elle dispose d’une église fonctionnelle, moderne et belle. Simplicité et sobriété s’y conjuguent pour la plus grande joie des paroissiens et des visiteurs.

Un projet mené à terme à force de persévérance, de travail et de foi. Un signe d’espérance pour les croyants d’aujourd’hui et de demain. Un pari sur l’avenir : oui, dans cinquante ans, voire un siècle, des chrétiens continueront à se réunir à Gland. A y vivre des célébrations recueillies, émouvantes, solennelles ou simples sur les pas des bâtisseurs d’aujourd’hui.

Car une église est d’abord au service d’une communauté : de sa vie et de sa croissance, de son présent et de son avenir. Elle est d’abord un lieu source pour les paroissiens : là ils se nourrissent du Christ, le prient, l’adorent ; là ils puisent force et espérance pour leur marche quotidienne au cœur d’un monde souvent fort éloigné de la dimension spirituelle de l’existence ; là ils se ressourcent pour témoigner avec joie de Celui qui habite ces murs et leurs cœurs.

Des murs qui rassemblent, des cœurs qui s’unissent, des mains qui se tendent : c’est cela, une église. Et celle de Gland, si belle soit-elle, est d’abord un lieu où fortifier sa foi pour repartir plus joyeux en témoins de la Bonne Nouvelle. Ils le savent, ceux qui l’ont voulue et construite, et c’est pour cela qu’ils ont mis du cœur à l’ouvrage.

La célébration fut belle, l’atmosphère recueillie, les visages et les cœurs étaient à la fête. Mais tout cela n’est que le début de la route : c’est maintenant que tout commence. Il faudra désormais habiter ces murs tout neufs, donner une âme à cette église, en un mot devenir des pierres vivantes et agissantes dans les remous du monde et les incertitudes de notre temps.

Place à la créativité, à l’imagination, pour faire de ce lieu un endroit accueillant, un endroit où il fait bon s’arrêter, prier, se retrouver. Mais pas trop longtemps, car Dieu nous attend sur les routes du monde. Halte bienfaisante, oasis, lumière dans nos nuits : elle sera cela, cette nouvelle église, et bien plus. Elle sera ce lieu où nous ressourcer pour repartir, joyeux et confiants, vers nos frères et sœurs en humanité.

Merci à tous ceux qui ont œuvré à ce projet. Merci à ceux qui désormais l’habiteront et le feront vivre jour après jour.

Le chemin…

… mystérieux d’un appel

Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai sois une bénédiction ! » (Gn 12, 1-2)

PAR ALAIN VIRET, THÉOLOGIEN FORMATEUR | PHOTO : DR

Il y a des détours dans une vie qui manifestent encore plus la fidélité du Seigneur qu’une ligne droite.

En réfléchissant sur mon parcours pour répondre à la demande de cet article, j’ai éprouvé combien le Seigneur nous invite à la confiance et combien il nous accompagne dans les joies comme dans les épreuves. Il nous appelle à entrer en dialogue avec lui dans le concret de l’histoire de son peuple comme de l’histoire singulière de nos vies.

Issu d’une famille modeste de France voisine, j’ai beaucoup reçu à travers l’amour et la foi de mes parents et la riche animation d’une paroisse où je me suis très tôt engagé comme servant d’autel, catéchiste et membre de groupes de jeunes. C’est là qu’a grandi en moi le désir de suivre le Christ de plus près.

Des joies et des charges

Après des études profanes et une expérience de travail en hôpital, j’ai opté pour une longue formation théologique qui m’ouvrit au ministère de prêtre diocésain. Pendant 26 ans, j’ai accompagné la vie de communautés et me suis passionné pour l’intelligence de la foi de mes frères et sœurs baptisé-e-s. Si j’ai éprouvé bien des joies dans ce service, bientôt, le poids de la charge, la sacralisation du prêtre de plus en plus soupçonné à cause des abus, tout comme la difficulté de vivre une fraternité interculturelle et le manque d’une vie affective et le sacrifice d’une descendance m’ont mis en crise.

Sans le justifier, ce climat ouvrit sur une rencontre amoureuse qui me révéla à moi-même et sur la naissance d’une enfant qui trouva dans le nom de Marie et sous la protection de sainte Anne d’Auray, un chemin inédit de promesses ! S’imposa à moi un choix difficile mais vécu dans la confiance et non dans l’hypocrisie d’une double vie pour continuer à vivre mon baptême d’une autre manière. L’opportunité me fut donnée de venir en Suisse et de poursuivre ce travail de formation chrétienne qui m’a toujours finalement habité. J’ai goûté à la joie de collaboration œcuménique et à la possibilité de servir, avec l’expérience accumulée, la diversité des ministères dans une Eglise en pleine mutation.

En relisant ce chemin parcouru, je perçois mieux la fidélité du Seigneur à mon égard et le déploiement de mon baptême dans ce chemin singulier. A l’heure où, sous l’impulsion du pape François, l’Eglise approfondit sa nature synodale, j’entends de nombreuses voix qui demandent une évolution de la discipline de l’Eglise latine concernant le célibat sacerdotal. Sans renier sa valeur quand il est pleinement assumé, la rencontre de pasteurs réformés et de prêtres mariés de rite oriental présents en Suisse romande me fait penser que l’Eglise catholique gagnerait en crédibilité à ouvrir avec discernement, ce choix comme elle l’a fait pour le ministère diaconal. Je ne doute pas qu’elle sera amenée à le faire dans une dynamique œcuménique et pour répondre aux besoins des communautés. Il est temps d’écouter ce que l’Esprit dit aux Eglises dans la fidélité à la Parole de Dieu et la confiance au sensus fidei !

Les chartreux

De nombreuses communautés composées de religieux ou de laïcs sont présentes en Suisse romande, comme autant de témoins de la vitalité et de la diversité de l’Eglise. Ce mois-ci, cap sur les chartreux de La Valsainte qui mènent une vie de prière et de solitude.

PAR PASCAL ORTELLI | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

Nom officiel: Ordre des chartreux ou Ordre cartusien.

Fondateur: saint Bruno (vers 1030 – 6 octobre 1101).

Date de fondation: 1084 pour la Grande Chartreuse et 1295 pour La Valsainte.

Sigle: O. Cart.

Devise: « La Croix demeure tandis que le monde tourne ».

Habit : une tunique blanche et une cuculle (scapulaire avec une bande de tissu qui
relie les deux pans) avec capuchon, de même couleur.

Organisation: chaque monastère est dirigé par un prieur élu au service des moines
du cloître (prêtres) et des frères convers.
Les moines du cloître passent la majorité de leur temps en ermitage, véritable « désert à l’intérieur du désert », composé d’une chambre, d’un atelier et d’un jardin où ils prient, travaillent, mangent et dorment. Ils ne sortent de la cellule que pour les activités communes prévues : prière liturgique à l’église, récréation et promenade hebdomadaire.
Les frères occupent une cellule plus petite, sans jardin ni atelier, car une part importante de leur journée se passe dans le lieu où chacun travaille, en solitude, au service de la communauté.

Mission: la contemplation et la prière continuelle vécues dans une consécration totale
à Dieu, en renonçant aux contacts sociaux ordinaires autant que le permettent l’équilibre
des personnes et la charité chrétienne.

Présence en Suisse et dans le monde: La chartreuse de la Valsainte dans le Val de Charmey (FR).
Outre la maison-mère dans le massif de Chartreuse au-dessus de Grenoble, l’ordre compte une vingtaine de monastères dans le monde dont cinq de moniales.

Une particularité: le grand office liturgique de la nuit entre minuit et 2h du matin.

Pour aller plus loin: le film Le grand silence, disponible sur playsuisse.ch

«Etre chartreux, c’est…» par un chartreux de la Valsainte

« Une vie de silence, de solitude pour Dieu, de prière continuelle. Une vie de louange, qui s’étend durant la liturgie de la nuit, lorsque le monde sommeille. Une vie partagée avec des frères, où chaque solitaire accomplit sa tâche, dans la charité mutuelle. Une vie exigeante : comme pour Jésus, le désert est le lieu du combat spirituel. Mais le Christ est notre paix ! Il mène le chartreux dans la solitude pour l’unir à Lui dans un amour intime, qui se diffuse dans la prière pour tous les hommes, surtout les plus souffrants. »

Une église toute neuve, pari sur l’avenir

La communauté de Gland était en fête dimanche 13 février pour la consécration de sa nouvelle église. Fruit d’un travail de longue haleine, moderne et fonctionnelle, elle permettra aux catholiques de Gland et de toute l’Unité pastorale (UP) Nyon-Terre Sainte de se rassembler et de se ressourcer pour être témoins du Christ au cœur du monde.

PAR GENEVIÈVE DE SIMONE-CORNET | PHOTOS : PHILIPPE ESSEIVA

Elle a fière allure, l’église Saint-Jean Baptiste qui conjugue l’acier, le béton, le bois et le verre dans une belle harmonie. Quel signe d’espérance ! Il en a fallu du professionnalisme, de l’enthousiasme, de la persévérance et de la foi pour mener à bien ce projet ! Aujourd’hui, il faut habiter cette église et la faire vivre. Pour qu’elle devienne un lieu ouvert à tous, accueillant et stimulant.

Consacrer une église est un événement rare à notre époque, marquée par la crise de l’Eglise et la désaffection des lieux de culte. Pour Gilles Vallat, président de la paroisse de Nyon, c’est « un véritable défi, une folie même » dans une société matérialiste et individualiste. Et un pari sur l’avenir : « Oui, malgré les vicissitudes de notre époque, nous pensons que dans trente, cinquante ans, voire un siècle, il y a aura toujours des chrétiens qui se réuniront à Gland pour célébrer le Christ ».

La messe de consécration, célébrée le 13 février par Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, fut sobre, joyeuse et recueillie. L’occasion de remercier tous les acteurs d’une belle aventure et de se réjouir de pouvoir désormais se réunir dans un lieu de beauté et de simplicité qui invite à la prière. Brigitte Besset, présidente du Conseil de communauté, a rendu grâce pour « cette nouvelle église qui a été projet, puis construction et qui devient aujourd’hui maison de prière ». Ce jour, s’il marquait l’aboutissement de nombreux efforts – il a fallu douze ans pour que le rêve devienne réalité –, était aussi un commencement: les paroissiens de Gland-Vich-Coinsins et leurs pasteurs ont les yeux tournés vers l’avenir dans le désir d’être des pierres vivantes de l’Eglise. Car un bâtiment est d’abord au service d’une communauté.

Tisser une histoire

La dédicace transforme un bâtiment en un lieu de culte, un lieu où Dieu est présent. La nouvelle construction devient, selon le Père Norbert Hennique, directeur du Service national français d’art sacré, « un signe de transcendance dans notre société sécularisée. Pour les uns un témoin du passé, pour d’autres un lieu de prière, de recueillement, de célébration toujours actuel ». Ni salle de spectacle ni musée, mais des murs au service d’une communauté vivante qui y trouvera de quoi nourrir sa foi et témoigner. Et qui y tissera une histoire au gré des rassemblements et des sacrements.

Pour l’architecte Flavio Boscardin, du bureau Coretra à Nyon, une église « doit pouvoir transmettre du bien-être, des émotions. Pour certains, des rites de passage et des souvenirs seront liés à ce lieu ». L’artiste, Alain Dumas, a relevé la présence de trois colombes, symboles de l’Esprit Saint, qui soulignent l’idée de cheminement dans l’espace liturgique : la première, sur la cuve baptismale, dans le narthex, rappelle le baptême et invite à entrer ; la seconde, sur l’ambon, souligne l’élévation de la Parole ; la troisième oriente la porte du tabernacle vers l’autel. Au cours de son travail s’est dégagée, sur la face avant de l’autel, une veine grise qui évoque l’hostie partagée – un « cadeau ».

Une messe riche de sens

En ouverture de la célébration de la dédicace, le curé modérateur, Jean-Claude Dunand, a salué « une journée cadeau » pour la communauté de Gland, la paroisse et l’Eglise. A suivi une liturgie qui a comporté nombre d’étapes riches de sens. Au début, Mgr Morerod s’est rendu à l’entrée de l’église pour déposer une boîte en inox contenant des documents – les plans de l’église, des noms et un numéro spécial de L’Essentiel – dans une cavité recouverte d’une pièce en bronze gravée. Pour dire à ceux qui nous suivront qui est à l’origine de ce projet.

Puis l’évêque a béni l’eau de la cuve baptismale et en a aspergé l’assemblée, l’autel et l’ambon. Après la liturgie de la Parole, le rite de la dédicace a commencé par la litanie des saints. Ont suivi la prière de la dédicace, l’onction de l’autel et des murs, l’encensement de l’autel et l’illumination de l’autel et de l’église. La célébration, animée par une chorale de jeunes, fut sobre, avec la présence de trois anciens gardes suisses en uniforme.

Signes de Dieu

Dans son homélie, Mgr Morerod s’est interrogé : « Si Dieu est partout, pourquoi bâtir une église ? Pour que le peuple se rassemble au nom de Dieu et parce que l’édifice que Dieu bâtit, c’est nous : nous sommes l’Eglise, le corps du Christ, nous sommes des signes de Dieu, des signes paradoxaux. Et pourtant, Dieu agit à travers nous et à travers cette église. »

Pourquoi ? « A cause de nous, car nous ne connaissons le monde et Dieu que par nos sens. Et Dieu en tient compte, c’est pourquoi il nous donne des signes : la beauté de la création qui révèle sa grandeur ; cette église ; le peuple rassemblé ; et le signe le plus grand, frappant, complet, inattendu, paradoxal : le Christ. C’est pour nous que tous ces signes existent, car passant par eux, Dieu se met à notre niveau parce qu’il nous aime. Tellement qu’il nous rend partie prenante de son œuvre. C’est un signe d’espérance qu’il choisisse des signes comme nous et comme cette église au travers desquels il peut manifester sa présence. » Et cette église « ne prend sens et vie que si Dieu s’y trouve ».

A l’issue de la messe, la partie officielle, dans la salle communale, fut l’occasion pour les autorités politiques de se réjouir et de remercier les catholiques de Gland et environs pour cette initiative au service de la population (lire l’encadré ci-dessous).

Deux concerts donnés l’après-midi dans l’église par le chœur gospel Accroch’chœur de La Lignière et le chœur mixte de Gland « Le Chêne » ont clôturé ce jour de fête ensoleillé au-dedans comme au-dehors.

Au service de tous

Trois salles sous l’église, accessibles de façon indépendante et équipées d’une cuisine, de sanitaires et d’un parking, serviront de lieux de réunion pour les paroissiens. Elles pourront aussi être louées pour accueillir des expositions, des rencontres, des conférences ou des concerts. L’Association culture et rencontre de Gland et environs, fondée en 2021 sous l’impulsion du comité de pilotage, gérera les réservations. Association à but non lucratif, apolitique et aconfessionnelle, elle veut encourager la convivialité.

GdSC

Retour aux sources

En forme de cône tronqué, la nouvelle église de Gland peut accueillir 250 fidèles. Sa forme ronde rappelle les églises paléochrétiennes – un retour aux sources – et facilite la communion. Si sa façade est recouverte de plaques métalliques, l’intérieur est en bois. On y pénètre de deux côtés : par le parvis sud, avec la porte principale et des escaliers ; et le parvis nord, qui permet d’entrer de plain-pied. L’église bénéficie d’un éclairage naturel avec un interstice entre le cône et la toiture et, derrière l’autel, un puits de lumière.

Le mobilier liturgique se veut d’une noble simplicité. En marbre Bleu de Savoie, il est l’œuvre du sculpteur français Alain Dumas. On pénètre dans l’église en passant par le narthex où nous accueillent les fonts baptismaux – circulaires, ils permettront le baptême des bébés par immersion; une fontaine y évoque l’eau source de vie.

L’autel est orné de motifs sphériques évoquant la symbolique romane du cercle (l’univers céleste) qui s’inscrit dans la forme carrée (le monde terrestre). Le siège de la présidence forme, avec l’autel et l’ambon, un triangle équilatéral rappelant la Trinité. Il est en bois de noyer, comme la croix, en forme de Tau, reprise de l’ancienne chapelle.

GdSC

Portrait de Sœur Marie Bénédicte…

… de la communauté du Monastère de Géronde

PAR LAURA PELLAUD
PHOTOS : LDD, MARIE-FRANÇOISE SALAMIN

Sœur Marie-Bénédicte, vous êtes l’une des douze sœurs qui forment la communauté de Géronde, comment avez-vous choisi de la rejoindre ?

Avant de choisir, j’ai été choisie. A travers la lecture de l’Evangile, Jésus-Christ s’est révélé comme l’Amour qui peut combler un cœur, remplir une vie. Des rencontres, des événements, m’ont orientée vers la vie monastique et, plus précisément, vers Géronde. Un jour, après avoir découvert, par la lecture, saint Benoît et la vie cistercienne, je suis venue pour «voir»…

Et qu’avez-vous trouvé ?

Des sœurs saisies, elles aussi, par l’amour du Christ, appelées à le préférer à tout. C’est lui qui continue de nous rassembler, qui suscite l’entraide, le partage, le pardon mutuel, afin que nous soyons un signe d’unité et de communion. Ce vivre ensemble pourrait être étouffant si le silence n’était pas là pour assurer à chacune un espace intérieur personnel pour vivre avec Dieu une relation unique. En ce qui me concerne, je suis comme aimantée par la prière de Jésus au désert ou sur la montagne dans la solitude et dans la nuit. Dès mon entrée au monastère, j’ai aimé le lever très matinal et la prière prolongée qui précède le lever du jour, vécue d’abord ensemble à l’église puis, dans l’écoute personnelle de la Parole de Dieu. Cette longue veille prépare à la célébration de l’eucharistie et oriente la journée.

Cette journée, de quoi est-elle faite ?

Ceux qui entendent la cloche de Géronde savent que des temps de prière jalonnent la journée. Mais le travail, y compris le travail manuel, est tenu en haute estime dans notre tradition spirituelle. Il est éclairé par l’exemple de Jésus qui s’est présenté comme « celui qui sert ». Au monastère, chacune accomplit le travail qui lui est confié dans les différents services de la maison ou bien dans la fabrication des hosties, l’accueil des hôtes, la vente du vin. Nous ne sommes plus en mesure de cultiver nous-mêmes les vignes mais le travail reste une composante de nos journées, il est un lieu où le don de soi donne leur poids de vérité aux paroles prononcées dans la prière.

Quelles autres dimensions de votre vie aimeriez-vous encore évoquer ?

En ce moment, beaucoup se réjouissent de voir l’Eglise se lancer dans une démarche synodale faite de dialogue et de concertation. Or, cette manière de consulter la communauté en vue de prendre une décision est prévue par saint Benoît dans sa Règle écrite au VIe siècle. Cela vaut au niveau du monastère et au niveau de notre Ordre. Un autre point est la question de l’environnement. Le monastère est établi dans la solitude, on y vit en silence, dans un climat de simplicité qui doit caractériser les bâtiments, la prière, le style de vie. Nous veillons aussi à la sobriété dans l’usage des moyens de communication tout en restant très à l’écoute des souffrances et des attentes de notre monde pour leur donner voix dans la prière.

Pouvez-vous rappeler un souvenir ?

Je n’ai jamais oublié un certain dimanche d’été où, à la tombée de la nuit, au moment de fermer la porte du monastère, j’ai vu arriver un jeune homme qui gardait un air d’enfant. Tout en lui, son allure, ses vêtements usés, son sac de pèlerin, m’ont fait penser à saint Benoît Labre, mais un Benoît Labre très propre ! Je lui ai proposé d’entrer au parloir et, tout de suite, il m’a dit qu’il était venu pour poser une question. Il s’appelait Kevin, venait d’Australie et faisait le tour du monde à pied avec sa Bible pour seule richesse. Il la feuilletait déjà et, arrivé au chapitre 22 de l’Evangile selon saint Luc, il posa le doigt sous le verset 19 : il (Jésus) dit : « Ceci est mon Corps donné pour vous. » Il voulait savoir quel sens les catholiques donnent à ces paroles. Dans son Eglise, issue de la Réforme, il avait appris qu’elles ont un sens purement symbolique. Mais cela le laissait insatisfait, il pressentait que Jésus avait voulu dire davantage. J’ai donc essayé de lui dire, tant bien que mal, notre foi en la présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie. Un éclair de joie a brillé dans ses yeux et nous sommes restés en silence. Puis, je lui ai proposé de manger et de faire halte au monastère pour la nuit. Non, il n’avait pas besoin de cela. Il avait reçu ce qu’il cherchait et, sans tarder, il est reparti, enveloppé par la grande paix du soir. Le souvenir de cette rencontre reste gravé en moi.

Pourquoi quittent-ils la vie consacrée ?

Ils ont dit oui à Dieu en pensant que c’était pour la vie. Il arrive pourtant que certains religieux et religieuses discernent que leur place n’est plus là. Eclairage sur les motivations qui les poussent à quitter la vie consacrée et les implications de la remise en cause de leur engagement.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER, PXHERE, DR

Dieu écrit droit avec des lignes courbes.

«Les responsables de l’Eglise ne sont pas vraiment préparés à ce type de situations», affirme Maxime Morand, consultant en ressources humaines et lui-même prêtre ayant quitté le ministère. De nombreuses personnes se sont adressées à lui au moment de quitter une institution religieuse. Pourtant, « cette sortie est canoniquement assez simple à effectuer », se souvient Geneviève*. « La supérieure générale m’a déliée de mes vœux. Elle a également communiqué à l’évêque ma décision de partir. Pour ma part, j’ai rencontré ce dernier au tout début de mon temps d’exclaustration », poursuit-elle. Après plus de trente ans de vie communautaire, elle décide de quitter son Institut qui lui accorde trois ans afin de vérifier que sa décision est juste. Des deux côtés, « il y a un processus de deuil à mener » et cette autorisation à vivre à l’extérieur de sa communauté pour un temps défini fait partie d’un sain(t) cheminement de discernement, juge Sœur Marie-Brigitte Seeholzer, supérieure des Ursulines de Fribourg. «En congrégation, nous osons parler des questions de sortie, de fidélité à notre vocation ou de changement de communauté. Cette démarche me semble importante, à la fois dans une fidélité à soi-même et à l’appel de Dieu.»

Un faisceau de circonstances

« Ma vocation avec le Christ n’est plus dans ce style de vie », reconnaît Geneviève qui refuse dans un premier temps d’accepter cette réalité qui s’impose peu à peu. Elle a également de plus en plus de peine à supporter « de ne pas être simplement Geneviève, témoin du Christ, mais uniquement Sœur Geneviève ». Presqu’à en perdre son identité. Matthieu*, quant à lui, prend conscience qu’il « attendait de la vie religieuse la réalisation de quelque chose qui ne s’est pas donné ». Néanmoins, il reste moine durant plus de vingt ans et ce n’est qu’au moment du premier confinement qu’il reconnaît le sentiment d’oppression et d’enfermement qui le limite. Pour André*, c’est un faisceau de circonstances qui l’ont mené à reconsidérer son choix de vie, dont un important problème de santé. Il quitte sa communauté pour « cet ailleurs où il pourra servir Dieu d’un cœur plus tranquille ». Ces trois anciens religieux considèrent que leur communauté a accepté et accompagné moralement comme financièrement leur choix, ce qui n’est pas toujours le cas.

«Les responsables de l’Eglise ne sont pas vraiment préparés à ce type de situations.»

Maxime Morand
Quitter sa communauté est un choix de vie difficile à évoquer.

Des signes trompeurs

« Du jour au lendemain, je n’avais plus de communauté, plus de travail. Je n’existais plus », raconte Isabelle*. Un douloureux sentiment « d’effacement » qu’elle ne cache pas. La petite communauté de femmes dont elle fait partie traverse alors une crise sans précédent. « A partir du moment où on a cette vocation, on ne veut pas décevoir Dieu, on veut faire sa volonté. Savoir porter sa croix, consentir à des sacrifices fait encore partie de l’enseignement et interpréter les signes qui nous disent de sortir comme une croix à porter mène droit dans le mur. » La jeune religieuse cherche du soutien auprès des frères qui les accompagnent spirituellement. A leurs yeux, c’est elle le problème : elle doit partir. Après le choc de cette annonce, une difficulté plus grande encore se présente. Elle ne peut prétendre au chômage, son emploi auprès des frères n’a jamais été établi contractuellement. En plus de cela, la communauté n’a pas cotisé pour elle à la prévoyance vieillesse. Mis à part Geneviève, dont la communauté a effectué toutes les démarches en ce sens, les autres témoins se sont tous retrouvés au sortir de la vie religieuse avec un trou béant dans l’AVS et le deuxième pilier. Certains d’entre eux ont d’ailleurs eu recours aux conseils de Maxime Morand pour parvenir à une « convention de sortie » avec leur congrégation.

Un texte passé sous les radars

En octobre 2020, la congrégation romaine pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique a publié Le don de la fidélité, la joie de la persévérance. Le texte, passé inaperçu, présente des « orientations » pour prévenir les abandons de vie consacrée ou, le cas échéant, les accompagner au mieux. Une sorte de guide pour accompagner les situations de séparation d’un Institut. Le document comporte trois parties. La première vise à mieux penser les situations de mal-être qui provoquent les crises. La deuxième veut soutenir l’effort de la persévérance par un accompagnement et un discernement adéquat. La troisième donne les normes canoniques en la matière. Cette partie s’achève sur le rappel de l’aide qui devrait légitimement être apportée à celui quittant son Institut et la responsabilité inhérente à chacun : « Celui qui abandonne doit se poser des questions sérieuses sur les raisons de la perte de son choix vocationnel. Celui qui reste, sur la cohérence de son demeurer et ses éventuelles implications dans les causes de l’éloignement et de refroidissement de la persévérance de qui est parti. »

Le regard des autres

Outre l’aspect financier, ce changement de statut a aussi impliqué une grande part de culpabilité pour chacun des témoins. « Revenir sur une parole donnée est extrêmement violent », relève André. Echec, désaveu, infidélité sont quelques exemples d’expressions employées à l’encontre de ces « démissionnaires », tous reconvertis professionnellement. Sœur Marie-Brigitte souligne « qu’on s’imagine parfois la vie religieuse comme quelque chose de trop statique », un idéal de perfection remis en question depuis Vatican II. « L’habit ne fait pas le moine, mais fait l’image qu’on a de lui », abonde Geneviève. Aujourd’hui, elle se dit témoin du « Verbe fait frère » et peut le transmettre sans avoir cette couleur religieuse qui la précède dans toute relation. Comme les autres, elle est convaincue que le chemin emprunté n’est pas une rupture, mais une continuité de sa vocation initiale.

«En congrégation, nous osons parler des questions de sortie, de fidélité à notre vocation ou de changement de communauté..»

Soeur Marie-Brigitte, supérieure des Ursulines de Fribourg

L’après de la vie religieuse

En France, le Réseau Véro (reseauvero@gmail.com), fondé en 2014, accompagne ces « ex » religieux. Il fonctionne essentiellement par le bouche-à-oreille, mais est connu des instances ecclésiales. Il favorise la rencontre amicale et apporte aussi un soutien matériel. Rien de similaire en Suisse. Plusieurs témoins relatent le recours aux conseils de Maxime Morand, appelé en renfort par les instances ecclésiales ou les religieux eux-mêmes. Le consultant accompagne, notamment, les personnes dans la négociation de « conventions de sortie ». Il a d’ailleurs publié en 2020 avec deux pasteurs, Cultures chrétiennes et pratiques ressources humaines, un manuel d’accompagnement dans les situations de la vie ecclésiale.

Une messe radiodiffusée riche d’harmoniques

La messe radiodiffusée sur RTS Espace 2 du dimanche 16 janvier était retransmise de l’église Saint-Robert de Founex. Une célébration tournée vers la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens célébrée par l’abbé Jean-Claude Dunand, curé modérateur.
La prédication était assurée par la diacre Christel Hofer.

PAR GENEVIÈVE DE SIMONE-CORNET
PHOTOS : ELISABETH HAUSER

C’est la communauté de Founex qui, dimanche matin 16 janvier, rejoignait par les ondes les auditeurs de Suisse romande. Une messe célébrée par l’abbé Jean-Claude Dunand, curé modérateur, et concélébrée par l’abbé André Fernandes, curé répondant. Elle était animée par Nathalie Breault avec à l’orgue Olivier Borer. Quelques paroissiens de Nyon s’étaient joints à la communauté pour apporter leur soutien dans les parties chorales. L’homélie avait été confiée à la diacre Christel Hofer, de la paroisse de Terre Sainte-Céligny de l’Eglise évangélique réformée vaudoise. L’occasion pour elle de souligner la diversité des dons ou charismes, des ministères et des modes d’action.

Ensemble dans nos différences

Dans son homélie, Christel Hofer a commenté la deuxième lecture, tirée de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens, rappelant la diversité dans l’unité de l’Esprit. Les gens à qui Paul s’adresse vivent dans une ville riche « où règnent le pluralisme et le syncrétisme religieux. Au sein même de la communauté des croyants, il existe des divergences d’opinions », a-t-elle précisé en ouverture. Il en est de même aujourd’hui, à l’intérieur de nos communautés et entre nos Eglises, « qu’elles soient protestantes, catholique, évangéliques ou orthodoxe », dans lesquelles nous vivons notre foi de diverses manières : les attentes diffèrent et la difficulté à communiquer est une réalité – sur certains points, comme la Covid-19, cela peut être source de discorde.

Mais la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous invite, a poursuivi la diacre, « avec nos similarités et nos différences, à vivre quelque chose ensemble dans l’unité de la foi qui nous anime ». Ainsi, « prenons le temps de partager ce que nous vivons dans nos différentes communautés, de partager sur nos différences et sur nos similarités, et rappelons-nous que nous croyons au même Dieu ». Et que chacun reçoit un ou des dons de la grâce qui « proviennent tous du même et seul Esprit ». Pour Paul, « la diversité des dons de la grâce, la diversité des ministères et la diversité des modes d’action sont offertes à chacun et chacune dans l’unité de l’Esprit pour le bien de tous ».

A l’exemple de la Trinité

Diversité des dons de la grâce, d’abord. Ce sont les charismes, « des dons offerts à tous par l’Esprit. Il n’y en a pas un qui domine les autres. Ils sont tous importants. Ils sont là pour le bien de tous, pour le bien commun de notre communauté, de nos communautés ». Diversité des ministères ensuite : loin d’être « l’apanage des ministres du culte », « ils concernent aussi tous les chrétiens. Et ces ministères sont des services. Chacun d’entre nous est capable de mettre ce qu’il a reçu du Seigneur au service des autres ». Pour cela, il est invité à « suivre l’exemple du Christ, lui qui s’est mis au service des autres et surtout des plus petits ».

Diversité des modes d’action enfin : « Nous avons chacune et chacun des capacités différentes et c’est grâce à cette diversité que nous agissons pour le bien de notre communauté, de nos communautés ». Cette diversité nous est « donnée en vue du bien de tous » : les dons que nous avons reçus « sont nécessaires pour la communauté ». « Il y a diversité des dons de la grâce, mais un même Esprit. Il y a diversité des ministères, mais un même Seigneur Jésus-Christ. Il y a diversité de modes d’action, mais un même Dieu », a affirmé Christel Hofer. Et ces diversités « nous rendent capables, chacun à sa façon, de manifester l’amour de Dieu ».

« La Trinité est pour nous un exemple de la diversité dans l’unité de Dieu, lui qui est à la fois Père, Fils et Saint-Esprit. Et c’est à l’exemple de leur modèle de relation que nous pouvons, nous chrétiens, trouver la juste articulation entre la diversité et l’unité », a relevé la diacre en conclusion.

A l’issue de la messe, un apéritif a été servi dans la salle de paroisse. Une initiative bienvenue pour mieux se connaître entre paroissiens de Founex et de Nyon.

 

Quelle vocation ?

PAR THIERRY SCHELLING
PHOTO : DR

Dieu ne (se) trahit jamais et appelle chaque baptisé.e à vivre de sa vocation de base : on pourrait dire laïque. Oui, avant tout, l’Eglise, ce sont les laïcs qui sont appelés à louer, servir et révérer Dieu par leur service de l’autre et leur relecture d’eux-mêmes. Au quotidien. Par les mille et une façons que l’humain a de vivre: métier, amour, passion, prière… Et les religieuses et religieux discernent à partir de cette vocation de base un appel spécifique. Que trois vœux (parfois quatre) viennent scander tout au long de leur vie. Jusqu’au jour où l’un ou l’autre n’épanouit pas, ou plus.

Alors on quitte les Ordres, et s’oriente différemment, non sans mal. Mais toujours appelé.e à vivre sa vocation de baptisé.e, qui, elle ne souffre d’aucune rupture. Et mûrit à chaque étape de l’existence…

On parlait de « défroqué » au temps où le moine portait le froc ! Mais l’expression est définitivement désuète. Désormais, nous portons toutes et tous des jeans !

A prier pour les vocations, on ne saurait cependant être trompé par Dieu : 400 agentes et agents pastoraux laïcs dans notre diocèse de LGF ! La moisson abondante peut s’enorgueillir d’ouvrières et ouvriers nombreux ! Regardons au bon endroit la réponse de Dieu !

Gardien du bisse

Les bisses sont des canaux d’irrigation conçus le long du coteau pour amener de l’eau dans les pentes arides, afin d’arroser prés et cultures. Et si la métaphore du bisse était une invitation pour ma vie ?

TEXTE ET PHOTOS PAR OLIVIER TARAMARCAZ

Le bisse de Saxon, le plus long du Valais, s’étend sur 32 kilomètres. Il a fonctionné de 1876 à 1966. La nécessité de résoudre le problème de l’aridité des terres de montagne a amené les populations à se concerter, à s’accorder pour garantir l’accès à l’eau sur les coteaux. Des gardiens avaient la responsabilité de prendre soin du bisse.

Promenade au fil de l’eau. – Le bisse de Saxon est bordé de conifères : mélèzes, épicéas, pins, arolles. Sur ce sentier balcon à 1700 m d’altitude, le regard surplombe la vallée du Rhône, plonge à même la pente. Ainsi est-il courant d’observer le casse-noix moucheté, de surprendre le troglodyte mignon, d’écouter les battements du pic noir contre les troncs. L’humidité apportée par l’eau glaciaire du bisse, réchauffée par les rayons du soleil, favorise l’émergence d’espèces végétales variées, comme la parnassie, la scabieuse, la pulmonaire, la molène, la pétasite, la prêle. Passant par Balavaud, à mi-parcours, la promenade permet de découvrir 250 mélèzes parmi les plus vieux d’Europe dont le plus âgé aurait près de 1000 ans.

Le marteau du bisse. – A proximité des cabanes où logeaient les gardiens du bisse, des roues à aube étaient positionnées à la surface de l’eau. Le mouvement de l’eau actionnait un marteau appelé le marteau du bisse. Il frappait une planche de bois, et indiquait par son tapotement, le rythme de l’eau circulant dans le bisse. Tant que le rythme du marteau était régulier, le gardien savait qu’aucun matériau indésirable n’était tombé dans le bisse. Même la nuit, il était à l’écoute du marteau. S’il ralentissait, ou s’arrêtait, cela signifiait que le bisse était obstrué. Le silence
du marteau résonnait comme une alerte. Le gardien devait alors repérer à quel endroit le bisse était abîmé et réparer les dégâts. Le gardien parcourait chaque jour le bisse, observant son état, le nettoyant systématiquement. Par la constance de ce travail quotidien, la qualité de l’eau et la fluidité du courant étaient préservées.

Faire la netteté. – Chaque année, à des moments différents de la saison estivale, je me promène le long du bisse. Sa fréquentation m’a amené à établir un parallèle avec mon identité intérieure. Au rythme du pas, je me laisse interpeller par les aléas de l’histoire du bisse qui se donne à lire à ciel ouvert. Un bisse sans eau ne sert à rien ! Sa fonction première est d’arroser la terre qui, recevant l’eau, verra ses pentes fleurir. L’enjeu de maintenir le bisse en bon état a une portée dépassant le fait de nettoyer le bisse pour lui-même. L’eau qui y circule est destinée à se répandre. Quelle est ma conscience de l’état du bisse de ma vie intérieure ? Y a-t-il des signes qui m’incitent à chercher en amont, ce qui pourrait faire obstacle au courant de l’eau vive ? Si le marteau de la Parole éternelle ne bat plus dans mon cœur à un rythme régulier, que le poids du silence s’est installé comme une pierre, de quelle manière je réagis ? Est-ce que je m’arrête pour faire la netteté sur mon territoire intérieur ?

Sortir les pierres du bisse. – Comme un bisse ne peut transporter de l’eau s’il est obstrué, il est impossible de marcher avec un sac à dos chargé de pierres. Mais comment sortir les pierres du bisse ? Le Seigneur me répond : « J’ôterai de votre corps le cœur de pierre […]. Je mettrai mon Esprit en vous. » (Ezéchiel 36, 25-27) Le
Seigneur Jésus-Christ est le gardien du bisse par excellence. Il désire ôter les pierres de mon cœur. Il m’invite en tout premier lieu à me laisser renouveler intérieurement par son Esprit, à le laisser opérer dans mon cœur. Jésus dit : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » (Evangile de Jean 4, 14)

Se tenir à la brèche. – La valeur du travail du gardien se reconnaissait dans le fait que l’eau du bisse était redistribuée sur les terres. Comme le gardien se tenait à la brèche, pour protéger le bisse, le garder en bon état, de même, en marchant dans les pas de Christ, je suis gardien du bisse, responsable de maintenir la Parole vivante en moi, le manifestant par mon amour pour mon Créateur et par des actes orientés vers le service aux autres. Ma part consiste à me tenir à l’écoute des battements de cœur du Ressuscité, à l’instar du marteau actionné par le mouvement de l’eau sur la roue à aube de ma vie. Si la roue à aube de mon âme est en contact étroit avec l’eau vive de la Parole mue par l’Esprit de Vie, alors, sans en mesurer la portée, mettant la Parole en action, la redistribuant dans sa pureté, je puis être assuré que l’eau qui passe par mon canal désaltérera des terres et des cœurs assoiffés.

«Scrutez les horizons de votre vie»

PAR THIERRY SCHELLING
PHOTO : DR

Aux religieuses et religieux (2014), François les exhortait ainsi : « Ne cédez pas à la tentation du nombre et de l’efficacité, moins encore à celle de se fier à ses propres forces. Scrutez les horizons de votre vie et du moment actuel en veille vigilante. » Une façon de centrer ses énergies et objectifs de vie différemment, voire de quitter les Ordres pour plus de cohérence…

Une manière aussi de faire comprendre que le nombre diminuant de vocations religieuses est un signe… positif des temps modernes : on s’engage autrement aujourd’hui, mais toujours au nom de sa foi ! Voyez les jeunes : service humanitaire, ONG, défense de l’environnement, des droits des minorités et autres LGBT+, bénévolat auprès des aînés, des handicapés, des malades… Aux JMJ, il n’a de cesse de leur répéter : engagez-vous sur le terrain social et politique « pour changer le monde » ! Il a eu cette formule à Rio (2013) : « Ne restez pas au balcon de la vie ! Engagez-vous ! »

Pape autrement

Lui-même, comme pontife, fait le pape autrement : premier voyage ? Lampedusa ! Parmi les premières visites romaines, un bidonville ! Il se consacre à mettre les sans-voix, les petits, les victimes de la pédophilie, les femmes battues, les itinérants, les pauvres non pas sur le devant de la scène, mais au cœur de l’Eglise, de sa raison d’être – celle de l’Eglise et celle de son pontificat. Emblématique : la statue du convoi de migrants sur la place Saint-Pierre qui, dépareillant peut-être la vision d’optique voulue par Bernini, focalise le regard non plus sur un triomphe de l’esthétique baroque, mais sur l’essentiel du message évangélique : « J’étais étranger et tu m’as accueilli. » Quitte à froisser un peu…

Laudato si’ !

Extrait, qui résume tout : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie, mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. »

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