Entrer en résonance avec la Parole

Faire résonner la Parole de Dieu, voilà le grand défi de la catéchèse.

PAR MARIE-CLAIRE GAY-DES-COMBES | PHOTOS : MARION PERRAUDIN

C’est au travers de gestes, de vie partagée toute simple mais en vérité que la résonance de l’amour infini de Dieu peut être visible. En ce temps un peu spécial pour partager la vie d’une façon spontanée, la catéchèse est bien vivante:

En communauté, porté par tous ceux qui se rassemblent pour se nourrir de la vie du Ressuscité, les enfants, petits et grands, trouvent une place adaptée à leur âge :

• soit d’une façon active au travers du service de la messe ou du chant ;

• soit en désirant approfondir le message de Jésus au travers des ateliers de la Parole ➊ ;

• soit en se laissant imprégner de l’ambiance de la messe en profitant de l’espace réservé aux tout-petits.

Elle est également vivante lors de rencontres où l’enfant peut vivre des moments :

• de paix, de tranquillité pour prier, louer, adorer ➋;

• ou pour se mettre concrètement au service des plus démunis ➌;

• ou pour vivre des temps forts comme un sacrement ➍ ou une montée vers Pâques;

• ou encore pour partager ses questionnements avec la communauté ➎;

Oui, les catéchistes du Secteur vous font des offres d’activités. N’oubliez pas d’aller les consulter régulièrement sur notre site paroissemartigny.ch

➊ Tous les samedis à Martigny-Ville et tous les dimanches

à Martigny-Bourg lors des messes de 18h.

➋ Enfants adorateurs « Prier et louer le Seigneur » (les 11 et 15 mars).

➌ Dimanche des malades (6 mars).

➍ Vivre le pardon (26 mars).

➎ Entrée en Carême (2 mars).

On pense spécialement aux personnes malades le dimanche 6 mars

Se mettre au service, fabriquer un objet avec ses mains qui fera plaisir à une personne malade, voilà une attitude qui ouvre à l’amitié et que les enfants cultivent lors d’un après-midi de catéchèse. Le dimanche 6 mars, jour du « Dimanche des malades », les cadeaux faits main seront offerts directement aux personnes présentes à la messe de 10h à Martigny-Ville.

Semaine sainte dans nos deux UP et Saint-Paul

Voici la tabelle des célébrations de la Semaine sainte dans les 6 paroisses de nos deux unités pastorales et à Saint-Paul.
Il y a le choix !

PHOTO : CHRYSTOPHE RAKOTODRANAIVO

Dimanche des Rameaux (10 avril)
9h30 à Thônex
10h à Saint-Joseph
10h30 à Saint-Paul
11h à Presinge
11h à Saint-Joseph
11h à Sainte-Thérèse
18h à Choulex
18h30 à Saint-Paul

Jeudi saint (14 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
19h à Puplinge
20h à Saint-Paul
20h à Saint-Joseph
20h à Sainte-Thérèse

Vendredi saint (15 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
10h à Saint-Joseph
15h à Choulex
15h à Saint-Paul
15h à Sainte-Thérèse
19h Chemin de croix à Thônex

Vigile pascale (samedi soir 16 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
20h à Chêne-Bourg
20h30 à Saint-Joseph
21h à Sainte-Thérèse

21h à Saint-Paul

Dimanche de Pâques (17 avril)
9h30 à Thônex
10h à Puplinge
10h à Saint-Joseph
10h30 à Saint-Paul
11h à Saint-Joseph
11h à Sainte-Thérèse
18h à Choulex

18h30 à Saint-Paul

Le diacre Christian Thurre, ambassadeur diocésain pour l’écologie

Inciter toutes les entités paroissiales et ecclésiales à penser et agir écologie : c’est, en résumé, le mandat que l’évêque de Sion a confié à Christian Thurre, diacre, ordonné en juin dernier. Une mission qui permet à ce scientifique de conjuguer écologie et spiritualité. Rencontre.

PAR CLAUDE JENNY | PHOTOS : GÉRARD RAYMOND, RAPHAËL ZBINDEN / CATH.CH

Comme tous les diacres permanents, Christian Thurre parcourt son chemin diaconal d’abord dans le cadre de son univers professionnel, en l’occurrence le Service de l’environnement de l’Etat du Valais. En tant que collaborateur scientifique, il participe aux études d’impacts écologiques pour que les projets mis à l’enquête soient conformes aux exigences légales. Il assure évidemment aussi régulièrement, comme tout diacre, un service à l’autel aux côtés du célébrant. Mais il fonctionne depuis quelques mois également comme mandataire de Mgr Lovey pour effectuer tout un travail de sensibilisation auprès des entités diocésaines pour qu’elles se soucient d’écologie.

Appliquer « Laudato Si’ ». – Un rôle qui est désormais dévolu à tous les diocèses par le Pape lui-même qui s’est souvent exprimé sur le thème de la protection de la Création, de cette « Maison commune » qui ne nous appartient pas mais qu’il nous incombe de protéger. L’encyclique papale « Laudato Si’ » est un texte de référence sur le sujet. Même si son expérience est encore brève, Christian Thurre est à l’évidence l’homme qu’il fallait pour remplir cette mission de sensibilisation que le Pape appelle les « intendants responsables du jardin de la Création ».

Agir via des éco-diagnostics. – Le délégué de l’évêque est, par son mandat, le seul délégué du diocèse au sein d’EcoEglise, l’organe œcuménique qui œuvre au niveau national à favoriser cette prise de conscience que les Eglises ont également leur rôle à jouer en matière d’écologie. Pour Christian Thurre, c’est une évidence : « Les Eglises doivent interpeller leurs communautés ! Chacun doit apporter sa pierre pour avoir une attitude éco-responsable. » Ainsi, l’organisme EcoEglise (➱ https://ecoeglise.ch) est spécialisé dans l’établissement d’éco-diagnostics qui conduisent à des propositions de mises en œuvre de mesures éco-responsables. Ce qui peut toucher au matériel pour les célébrations et l’administration, aux bâtiments, aux espaces verts gérés par les paroisses, etc.

Opération « Maison de la diaconie ». – Christian Thurre, en collaboration avec son épouse Marie-France, a effectué une première démarche dans ce sens début janvier 2022 avec la « Maison de la Diaconie » à Sion qui abrite notamment l’établissement Verso-l’Alto. Il trouve excellent que ce soit ce lieu diocésain qui lui permette de démarrer son action. Il espère que d’autres communautés, paroisses, etc. feront appel à lui. Il est disponible pour aller à la rencontre de ceux qui veulent agir à leur échelle dans une démarche qu’il qualifie non seulement d’écologiste, mais aussi de spirituelle.

Une dimension spirituelle. – Il cite la parabole du colibri qui apporte sa gouttelette, juste ça, mais déjà ça ! « Dans cette protection de la « Maison commune », il y a quelque part une dimension de conversion spirituelle, de se laisser blesser par cette réalité d’une nature insuffisamment respectée et de décider d’agir, à son échelle, individuelle, associative, paroissiale, etc. » s’enflamme Christian Thurre qui peste contre certains abus, comme la multiplication des canons à neige, par exemple, qui entraîne un gaspillage d’eau : « Nous ne pouvons pas, plus, nous comporter en enfants gâtés. Mais je suis optimiste : je crois qu’il y a une prise de conscience que l’on ne peut pas continuer à surexploiter la nature. De plus en plus de personnes se laissent toucher et décident d’agir ».

Le gaspillage fait des ravages

Pour freiner le dérèglement climatique, il est urgent d’opérer une transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables, sans en faire payer le prix aux pays les plus pauvres. Tel est le message clé de la Campagne œcuménique 2022 qui reprend le slogan «Justice climatique, maintenant !»

PAR ACTION DE CARÊME, EPER ET ÊTRE PARTENAIRES | PHOTOS : VICTOR LOPEZ, MEINRAD SCHADE, DR

Les conséquences du dérèglement climatique telles que l’élévation du niveau des mers, les inondations, les vagues de chaleur et la fréquence plus élevée des sècheresses et des cyclones bouleversent déjà la vie de nombreuses populations dans les pays du sud : elles accentuent la faim, les risques pour la santé et les conflits sociaux.

Responsable de plus de 70 % 1 des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et de 78 % 2 en Suisse, l’utilisation de combustibles fossiles fait partie des principales causes du dérèglement climatique. En consommant une quantité disproportionnée d’énergie fossile, les pays industrialisés sont ceux qui contribuent le plus au dérèglement climatique et qui sont les moins touchés par ses conséquences, alors qu’ils vivent aux dépens des pays du Sud et des générations futures. L’injustice est double.

Non aux « fausses solutions ». – Nombreux sont les projets énergétiques – y compris les projets d’énergies dites renouvelables – qui constituent de « fausses solutions » à la transition énergétique. En effet, ils entraînent des conflits et ne tiennent pas ou peu compte des droits et revendications légitimes des populations locales. S’ensuivent souvent des expulsions, la restriction des droits d’utilisation des terres communautaires ou la destruction des sites sacrés des communautés autochtones. Même le droit fondamental à l’alimentation est bafoué.

Les organisations partenaires d’Action de Carême dans le Mato Grosso au Brésil montrent, dans leurs rapports, que les projets hydroélectriques qui n’envisagent pas la participation des communautés locales peuvent avoir des conséquences dévastatrices. Ils empêchent notamment la migration des poissons. En conséquence, la communauté indigène de Manoki, pour ne citer qu’un exemple, ne parvient plus à pêcher dans les sites habituels et doit parcourir de longues distances pour se nourrir. L’EPER fait des constats similaires en Indonésie où des plantations industrielles de palmiers à huile sont créées pour produire des biocarburants dits durables. Pour ce faire, des forêts tropicales vitales sont défrichées. Les conséquences sont fatales pour le climat et pour les communautés qui n’ont d’autre choix que de quitter leurs habitations.

« La transition écologique doit constituer une opportunité et un moteur de développement pour les communautés défavorisées du monde entier.»

Dans son encyclique Laudato si’, le pape François appelle « à écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ». Autrement dit, les solutions techniques pour la transition énergétique doivent toujours être évaluées au regard de leurs conséquences écologiques et sociales.

Par énergies renouvelables, Action de Carême et l’EPER entendent des solutions respectueuses du climat, socialement justes et tenant compte des intérêts des communautés locales qui doivent être impliquées dans la planification, la création et la production d’énergie, qui doit être considérée comme un bien commun.

Assumons nos responsabilités. – En Suisse, nous devons assumer nos responsabilités en tant qu’actrices et acteurs de la crise climatique. Nous pouvons toutes et tous nous approvisionner en énergie à partir des sources les plus propres possibles, réduire notre consommation (électricité, carburant, chauffage, etc.) et tenir compte du lieu de production des biens de consommation (par exemple les denrées alimentaires et les appareils électroniques) au sein de notre pays comme à l’étranger.

Invitation à tous !
Lancement de la campagne 2022.
Sion, Notre-Dame du Silence au Chemin de la Sitterie 2 de 18h30 à 21h30.

Le Conseil fédéral a décidé que la Suisse devait atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. En collaboration avec l’Alliance climatique, Action de Carême et l’EPER demandent au Parlement de viser cet objectif d’ici 2040 de façon linéaire. Puisque la Suisse a les moyens techniques et financiers de réaliser cet objectif, elle devrait montrer l’exemple en se passant complètement des combustibles fossiles. Ainsi nous soutiendrons de manière pertinente la cause de la justice climatique.

1 https://ourworldindata.org/emissions-by-sector du 26.07.2021.
2 Rapport 2018 de l’Agence internationale de l’énergie.

Découvrir la bible, cent textes essentiels commentés

Durant le confinement, des membres des Editions Robert Laffont se sont rendu compte que les libraires vendaient un nombre de bibles plus important que d’ordinaire. Les lecteurs cherchaient peut-être des clés pour comprendre ce moment de crise particulier, seulement voilà… en ouvrant la bible, ils ne comprenaient rien !

PAR FRANÇOISE BESSON
PHOTO : JURAPASTORAL.CH

C’est ainsi qu’est né le projet de ce livre, pour «offrir une lecture de la bible en partant de la vie, et pour vivre plus!» 1

Philippe Haddad, Bernard Miserez «Découvrir la bible – 100 textes essentiels commentés» Ed. Robert Laffont, Paris, novembre 2021.

Les auteurs. – Deux auteurs se partagent les commentaires des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament en respectant les proportions initiales des deux parties : Philippe Haddad, rabbin de l’Union
Libérale Israélite de France, très investi dans le dialogue interreligieux, commente les soixante premiers textes et Bernard Miserez, prêtre de la chapelle du Vorbourg 2 et animateur de retraites, les quarante suivants.

La Première Alliance. – Quand nous ouvrons la bible au hasard, dans sa première partie, il n’est pas rare que nous fassions la même expérience que les lecteurs lambda dont il était question : on n’y comprend pas grand-chose… Dans ses commentaires, Philippe Haddad relie les personnages et les histoires, par exemple Caïn et Juda, frère de Benjamin ou encore Noé et Abraham… De nombreux termes sont mentionnés en hébreu avec leurs différents sens possibles. La lecture proposée est à l’opposé du fondamentalisme et le rabbin relève les avantages liés à une compréhension contemporaine des textes. Par exemple, à propos de la « chute de Jéricho » il commente avec humour : « L’archéologie nous soulage, ces faits n’ont jamais eu lieu. » (p. 94) Puis il explique les motivations que pouvaient avoir les auteurs du livre de Josué en parlant au peuple de cette manière-là : « Montrer la puissance de l’Eternel par rapport aux divinités cananéennes et […] mettre en garde Israël contre ses infidélités à Dieu. » Et de conclure ainsi : « A défaut d’être historique, le livre de Josué se veut pédagogique. Si l’homme ne supprime pas l’idole, l’idéologie, alors l’idole, l’idéologie supprimera l’homme. A ce niveau de lecture, le texte demeure éloquent. » (p. 96) Grâce à ces commentaires, ces textes deviennent plus compréhensibles et peuvent nourrir notre réflexion.

Le Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance. – Ces textes nous sont évidemment plus familiers, du moins ceux des évangiles, mais il est intéressant de les découvrir éclairés par les tournures de phrases très incarnées de Bernard Miserez (➱ vous en trouverez quelques exemples dans les encarts). Les commentaires ouvrent aussi sur une actualisation et ne font pas l’impasse sur les remises en question : « Prendre soin des plus fragiles et des plus pauvres n’est pas une option caritative ou humanitaire. […] Tout geste de compassion atteint le Christ en l’homme souffrant. » (p. 204) Lire ces textes et se laisser interpeller nous aidera peut-être à répondre joyeusement à l’invitation que nous fait l’auteur : devenir des « contagieux de la Bonne Nouvelle » !


1 Interview de Bernard Miserez à Radio Fréquence Jura (RFJ) le 25 novembre 2021.
2 Lieu de pèlerinage près de Delémont.

La Samaritaine: «Jésus vient nous trouver au milieu de nos tâches quotidiennes.» (p. 191)

La résurrection de Lazare: «La parole de Jésus va jusque dans la mort. Elle fait de la vie avec ce qui est mort. Seulement, encore faut-il enlever la pierre du tombeau.» (p. 211)

La multiplication des pains: «Rien de ce que nous donnons n’est dérisoire ni insignifiant.» (p. 194)

La guérison du paralytique: «Le pardon est un acte de résurrection. Il est une renaissance où tout est donné pour se recevoir de Dieu.» (p. 182)

Méditer autour de la tenture de Carême

André Besson, de Charrat, a été choisi par les responsable de la Campagne œcuménique 2022 pour écrire la méditation autour de la tenture de Carême. Il s’est laissé inspirer par cette image, ce pied dont l’ossature est blessée, brisée… Il élargit ici sa réflexion sur notre humanité souffrante, à notre terre meurtrie par l’homme. Voici quelques textes sur ce thème, en complément du carnet de méditation de la tenture de Carême 2022.

PAR ANDRÉ BESSON | PHOTOS : PIXABAY

Le chant de la terre profanée
Les grincements et crissements
Des bulldozers aux dents meurtrières
Les arbres, ces amis silencieux
S’effondrent brisés,
arrachés, déchiquetés,
Et me voilà dévastée,
Comme une bouche édentée
Sous la main du bourreau,
Avant que le feu me calcine
Et me livre nue sous le ciel nu.

J’ai perdu mon âme et ma beauté.
Dans le secret je dépéris
Mes sources cachées se tarissent
Et le vent sans entrave
Emporte le meilleur de moi-même.

Ils m’ont usée, abusé de moi,
Puis ils m’ont quittée, abandonnée,
Quand mon sol vieillit trop vite,
Crevassé par les pluies diluviennes,
N’a plus su produire que des buissons d’épines
et des chardons.
Ils sont partis vers des terres plus jeunes,
Plus fertiles, vers des conquêtes faciles.

Abandon, misère, désert de l’âme.

Toi, l’humain
Tu te sens invulnérable,
Tu domines tu exploites,
Tu arraches et tu brûles,
Tu me violentes et tu prends.

N’oublie pas
Que c’est moi qui te porte,
Soutiens ta vie et te nourris :
Quand tu me piétines
Et me méprises,
Moi, ta Terre-Mère,
C’est ton propre destin
Que tu piétines.

Louange de la terre
Dieu, mon Dieu,
Je te loue et je te bénis
Par l’humain à qui tu m’as confiée
Par celles et ceux qui ont choisi
De me soigner avec respect
Et m’honorent comme une mère aimée.
Ils me cultivent avec délicatesse.
Remplis de gratitude,
Ils sauront te rendre grâce
De ma générosité première.

Dieu, mon Dieu,
Je te loue et je te bénis
Par le souffle vital
Qui nous traverse tous,
Et qui nous vient de toi.

Dieu, mon Dieu,
Loué sois-tu pour la vie
Que tu nous donnes en partage,
Si précieuse et si fragile,
Et si belle,

Amen.

Le carnet de méditation 2022 est disponible sur simple demande au secrétariat.

Pourquoi quittent-ils la vie consacrée ?

Ils ont dit oui à Dieu en pensant que c’était pour la vie. Il arrive pourtant que certains religieux et religieuses discernent que leur place n’est plus là. Eclairage sur les motivations qui les poussent à quitter la vie consacrée et les implications de la remise en cause de leur engagement.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER, PXHERE, DR

Dieu écrit droit avec des lignes courbes.

«Les responsables de l’Eglise ne sont pas vraiment préparés à ce type de situations», affirme Maxime Morand, consultant en ressources humaines et lui-même prêtre ayant quitté le ministère. De nombreuses personnes se sont adressées à lui au moment de quitter une institution religieuse. Pourtant, « cette sortie est canoniquement assez simple à effectuer », se souvient Geneviève*. « La supérieure générale m’a déliée de mes vœux. Elle a également communiqué à l’évêque ma décision de partir. Pour ma part, j’ai rencontré ce dernier au tout début de mon temps d’exclaustration », poursuit-elle. Après plus de trente ans de vie communautaire, elle décide de quitter son Institut qui lui accorde trois ans afin de vérifier que sa décision est juste. Des deux côtés, « il y a un processus de deuil à mener » et cette autorisation à vivre à l’extérieur de sa communauté pour un temps défini fait partie d’un sain(t) cheminement de discernement, juge Sœur Marie-Brigitte Seeholzer, supérieure des Ursulines de Fribourg. «En congrégation, nous osons parler des questions de sortie, de fidélité à notre vocation ou de changement de communauté. Cette démarche me semble importante, à la fois dans une fidélité à soi-même et à l’appel de Dieu.»

Un faisceau de circonstances

« Ma vocation avec le Christ n’est plus dans ce style de vie », reconnaît Geneviève qui refuse dans un premier temps d’accepter cette réalité qui s’impose peu à peu. Elle a également de plus en plus de peine à supporter « de ne pas être simplement Geneviève, témoin du Christ, mais uniquement Sœur Geneviève ». Presqu’à en perdre son identité. Matthieu*, quant à lui, prend conscience qu’il « attendait de la vie religieuse la réalisation de quelque chose qui ne s’est pas donné ». Néanmoins, il reste moine durant plus de vingt ans et ce n’est qu’au moment du premier confinement qu’il reconnaît le sentiment d’oppression et d’enfermement qui le limite. Pour André*, c’est un faisceau de circonstances qui l’ont mené à reconsidérer son choix de vie, dont un important problème de santé. Il quitte sa communauté pour « cet ailleurs où il pourra servir Dieu d’un cœur plus tranquille ». Ces trois anciens religieux considèrent que leur communauté a accepté et accompagné moralement comme financièrement leur choix, ce qui n’est pas toujours le cas.

«Les responsables de l’Eglise ne sont pas vraiment préparés à ce type de situations.»

Maxime Morand
Quitter sa communauté est un choix de vie difficile à évoquer.

Des signes trompeurs

« Du jour au lendemain, je n’avais plus de communauté, plus de travail. Je n’existais plus », raconte Isabelle*. Un douloureux sentiment « d’effacement » qu’elle ne cache pas. La petite communauté de femmes dont elle fait partie traverse alors une crise sans précédent. « A partir du moment où on a cette vocation, on ne veut pas décevoir Dieu, on veut faire sa volonté. Savoir porter sa croix, consentir à des sacrifices fait encore partie de l’enseignement et interpréter les signes qui nous disent de sortir comme une croix à porter mène droit dans le mur. » La jeune religieuse cherche du soutien auprès des frères qui les accompagnent spirituellement. A leurs yeux, c’est elle le problème : elle doit partir. Après le choc de cette annonce, une difficulté plus grande encore se présente. Elle ne peut prétendre au chômage, son emploi auprès des frères n’a jamais été établi contractuellement. En plus de cela, la communauté n’a pas cotisé pour elle à la prévoyance vieillesse. Mis à part Geneviève, dont la communauté a effectué toutes les démarches en ce sens, les autres témoins se sont tous retrouvés au sortir de la vie religieuse avec un trou béant dans l’AVS et le deuxième pilier. Certains d’entre eux ont d’ailleurs eu recours aux conseils de Maxime Morand pour parvenir à une « convention de sortie » avec leur congrégation.

Un texte passé sous les radars

En octobre 2020, la congrégation romaine pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique a publié Le don de la fidélité, la joie de la persévérance. Le texte, passé inaperçu, présente des « orientations » pour prévenir les abandons de vie consacrée ou, le cas échéant, les accompagner au mieux. Une sorte de guide pour accompagner les situations de séparation d’un Institut. Le document comporte trois parties. La première vise à mieux penser les situations de mal-être qui provoquent les crises. La deuxième veut soutenir l’effort de la persévérance par un accompagnement et un discernement adéquat. La troisième donne les normes canoniques en la matière. Cette partie s’achève sur le rappel de l’aide qui devrait légitimement être apportée à celui quittant son Institut et la responsabilité inhérente à chacun : « Celui qui abandonne doit se poser des questions sérieuses sur les raisons de la perte de son choix vocationnel. Celui qui reste, sur la cohérence de son demeurer et ses éventuelles implications dans les causes de l’éloignement et de refroidissement de la persévérance de qui est parti. »

Le regard des autres

Outre l’aspect financier, ce changement de statut a aussi impliqué une grande part de culpabilité pour chacun des témoins. « Revenir sur une parole donnée est extrêmement violent », relève André. Echec, désaveu, infidélité sont quelques exemples d’expressions employées à l’encontre de ces « démissionnaires », tous reconvertis professionnellement. Sœur Marie-Brigitte souligne « qu’on s’imagine parfois la vie religieuse comme quelque chose de trop statique », un idéal de perfection remis en question depuis Vatican II. « L’habit ne fait pas le moine, mais fait l’image qu’on a de lui », abonde Geneviève. Aujourd’hui, elle se dit témoin du « Verbe fait frère » et peut le transmettre sans avoir cette couleur religieuse qui la précède dans toute relation. Comme les autres, elle est convaincue que le chemin emprunté n’est pas une rupture, mais une continuité de sa vocation initiale.

«En congrégation, nous osons parler des questions de sortie, de fidélité à notre vocation ou de changement de communauté..»

Soeur Marie-Brigitte, supérieure des Ursulines de Fribourg

L’après de la vie religieuse

En France, le Réseau Véro (reseauvero@gmail.com), fondé en 2014, accompagne ces « ex » religieux. Il fonctionne essentiellement par le bouche-à-oreille, mais est connu des instances ecclésiales. Il favorise la rencontre amicale et apporte aussi un soutien matériel. Rien de similaire en Suisse. Plusieurs témoins relatent le recours aux conseils de Maxime Morand, appelé en renfort par les instances ecclésiales ou les religieux eux-mêmes. Le consultant accompagne, notamment, les personnes dans la négociation de « conventions de sortie ». Il a d’ailleurs publié en 2020 avec deux pasteurs, Cultures chrétiennes et pratiques ressources humaines, un manuel d’accompagnement dans les situations de la vie ecclésiale.

Une messe radiodiffusée riche d’harmoniques

La messe radiodiffusée sur RTS Espace 2 du dimanche 16 janvier était retransmise de l’église Saint-Robert de Founex. Une célébration tournée vers la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens célébrée par l’abbé Jean-Claude Dunand, curé modérateur.
La prédication était assurée par la diacre Christel Hofer.

PAR GENEVIÈVE DE SIMONE-CORNET
PHOTOS : ELISABETH HAUSER

C’est la communauté de Founex qui, dimanche matin 16 janvier, rejoignait par les ondes les auditeurs de Suisse romande. Une messe célébrée par l’abbé Jean-Claude Dunand, curé modérateur, et concélébrée par l’abbé André Fernandes, curé répondant. Elle était animée par Nathalie Breault avec à l’orgue Olivier Borer. Quelques paroissiens de Nyon s’étaient joints à la communauté pour apporter leur soutien dans les parties chorales. L’homélie avait été confiée à la diacre Christel Hofer, de la paroisse de Terre Sainte-Céligny de l’Eglise évangélique réformée vaudoise. L’occasion pour elle de souligner la diversité des dons ou charismes, des ministères et des modes d’action.

Ensemble dans nos différences

Dans son homélie, Christel Hofer a commenté la deuxième lecture, tirée de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens, rappelant la diversité dans l’unité de l’Esprit. Les gens à qui Paul s’adresse vivent dans une ville riche « où règnent le pluralisme et le syncrétisme religieux. Au sein même de la communauté des croyants, il existe des divergences d’opinions », a-t-elle précisé en ouverture. Il en est de même aujourd’hui, à l’intérieur de nos communautés et entre nos Eglises, « qu’elles soient protestantes, catholique, évangéliques ou orthodoxe », dans lesquelles nous vivons notre foi de diverses manières : les attentes diffèrent et la difficulté à communiquer est une réalité – sur certains points, comme la Covid-19, cela peut être source de discorde.

Mais la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous invite, a poursuivi la diacre, « avec nos similarités et nos différences, à vivre quelque chose ensemble dans l’unité de la foi qui nous anime ». Ainsi, « prenons le temps de partager ce que nous vivons dans nos différentes communautés, de partager sur nos différences et sur nos similarités, et rappelons-nous que nous croyons au même Dieu ». Et que chacun reçoit un ou des dons de la grâce qui « proviennent tous du même et seul Esprit ». Pour Paul, « la diversité des dons de la grâce, la diversité des ministères et la diversité des modes d’action sont offertes à chacun et chacune dans l’unité de l’Esprit pour le bien de tous ».

A l’exemple de la Trinité

Diversité des dons de la grâce, d’abord. Ce sont les charismes, « des dons offerts à tous par l’Esprit. Il n’y en a pas un qui domine les autres. Ils sont tous importants. Ils sont là pour le bien de tous, pour le bien commun de notre communauté, de nos communautés ». Diversité des ministères ensuite : loin d’être « l’apanage des ministres du culte », « ils concernent aussi tous les chrétiens. Et ces ministères sont des services. Chacun d’entre nous est capable de mettre ce qu’il a reçu du Seigneur au service des autres ». Pour cela, il est invité à « suivre l’exemple du Christ, lui qui s’est mis au service des autres et surtout des plus petits ».

Diversité des modes d’action enfin : « Nous avons chacune et chacun des capacités différentes et c’est grâce à cette diversité que nous agissons pour le bien de notre communauté, de nos communautés ». Cette diversité nous est « donnée en vue du bien de tous » : les dons que nous avons reçus « sont nécessaires pour la communauté ». « Il y a diversité des dons de la grâce, mais un même Esprit. Il y a diversité des ministères, mais un même Seigneur Jésus-Christ. Il y a diversité de modes d’action, mais un même Dieu », a affirmé Christel Hofer. Et ces diversités « nous rendent capables, chacun à sa façon, de manifester l’amour de Dieu ».

« La Trinité est pour nous un exemple de la diversité dans l’unité de Dieu, lui qui est à la fois Père, Fils et Saint-Esprit. Et c’est à l’exemple de leur modèle de relation que nous pouvons, nous chrétiens, trouver la juste articulation entre la diversité et l’unité », a relevé la diacre en conclusion.

A l’issue de la messe, un apéritif a été servi dans la salle de paroisse. Une initiative bienvenue pour mieux se connaître entre paroissiens de Founex et de Nyon.

 

Quelle vocation ?

PAR THIERRY SCHELLING
PHOTO : DR

Dieu ne (se) trahit jamais et appelle chaque baptisé.e à vivre de sa vocation de base : on pourrait dire laïque. Oui, avant tout, l’Eglise, ce sont les laïcs qui sont appelés à louer, servir et révérer Dieu par leur service de l’autre et leur relecture d’eux-mêmes. Au quotidien. Par les mille et une façons que l’humain a de vivre: métier, amour, passion, prière… Et les religieuses et religieux discernent à partir de cette vocation de base un appel spécifique. Que trois vœux (parfois quatre) viennent scander tout au long de leur vie. Jusqu’au jour où l’un ou l’autre n’épanouit pas, ou plus.

Alors on quitte les Ordres, et s’oriente différemment, non sans mal. Mais toujours appelé.e à vivre sa vocation de baptisé.e, qui, elle ne souffre d’aucune rupture. Et mûrit à chaque étape de l’existence…

On parlait de « défroqué » au temps où le moine portait le froc ! Mais l’expression est définitivement désuète. Désormais, nous portons toutes et tous des jeans !

A prier pour les vocations, on ne saurait cependant être trompé par Dieu : 400 agentes et agents pastoraux laïcs dans notre diocèse de LGF ! La moisson abondante peut s’enorgueillir d’ouvrières et ouvriers nombreux ! Regardons au bon endroit la réponse de Dieu !

Gardien du bisse

Les bisses sont des canaux d’irrigation conçus le long du coteau pour amener de l’eau dans les pentes arides, afin d’arroser prés et cultures. Et si la métaphore du bisse était une invitation pour ma vie ?

TEXTE ET PHOTOS PAR OLIVIER TARAMARCAZ

Le bisse de Saxon, le plus long du Valais, s’étend sur 32 kilomètres. Il a fonctionné de 1876 à 1966. La nécessité de résoudre le problème de l’aridité des terres de montagne a amené les populations à se concerter, à s’accorder pour garantir l’accès à l’eau sur les coteaux. Des gardiens avaient la responsabilité de prendre soin du bisse.

Promenade au fil de l’eau. – Le bisse de Saxon est bordé de conifères : mélèzes, épicéas, pins, arolles. Sur ce sentier balcon à 1700 m d’altitude, le regard surplombe la vallée du Rhône, plonge à même la pente. Ainsi est-il courant d’observer le casse-noix moucheté, de surprendre le troglodyte mignon, d’écouter les battements du pic noir contre les troncs. L’humidité apportée par l’eau glaciaire du bisse, réchauffée par les rayons du soleil, favorise l’émergence d’espèces végétales variées, comme la parnassie, la scabieuse, la pulmonaire, la molène, la pétasite, la prêle. Passant par Balavaud, à mi-parcours, la promenade permet de découvrir 250 mélèzes parmi les plus vieux d’Europe dont le plus âgé aurait près de 1000 ans.

Le marteau du bisse. – A proximité des cabanes où logeaient les gardiens du bisse, des roues à aube étaient positionnées à la surface de l’eau. Le mouvement de l’eau actionnait un marteau appelé le marteau du bisse. Il frappait une planche de bois, et indiquait par son tapotement, le rythme de l’eau circulant dans le bisse. Tant que le rythme du marteau était régulier, le gardien savait qu’aucun matériau indésirable n’était tombé dans le bisse. Même la nuit, il était à l’écoute du marteau. S’il ralentissait, ou s’arrêtait, cela signifiait que le bisse était obstrué. Le silence
du marteau résonnait comme une alerte. Le gardien devait alors repérer à quel endroit le bisse était abîmé et réparer les dégâts. Le gardien parcourait chaque jour le bisse, observant son état, le nettoyant systématiquement. Par la constance de ce travail quotidien, la qualité de l’eau et la fluidité du courant étaient préservées.

Faire la netteté. – Chaque année, à des moments différents de la saison estivale, je me promène le long du bisse. Sa fréquentation m’a amené à établir un parallèle avec mon identité intérieure. Au rythme du pas, je me laisse interpeller par les aléas de l’histoire du bisse qui se donne à lire à ciel ouvert. Un bisse sans eau ne sert à rien ! Sa fonction première est d’arroser la terre qui, recevant l’eau, verra ses pentes fleurir. L’enjeu de maintenir le bisse en bon état a une portée dépassant le fait de nettoyer le bisse pour lui-même. L’eau qui y circule est destinée à se répandre. Quelle est ma conscience de l’état du bisse de ma vie intérieure ? Y a-t-il des signes qui m’incitent à chercher en amont, ce qui pourrait faire obstacle au courant de l’eau vive ? Si le marteau de la Parole éternelle ne bat plus dans mon cœur à un rythme régulier, que le poids du silence s’est installé comme une pierre, de quelle manière je réagis ? Est-ce que je m’arrête pour faire la netteté sur mon territoire intérieur ?

Sortir les pierres du bisse. – Comme un bisse ne peut transporter de l’eau s’il est obstrué, il est impossible de marcher avec un sac à dos chargé de pierres. Mais comment sortir les pierres du bisse ? Le Seigneur me répond : « J’ôterai de votre corps le cœur de pierre […]. Je mettrai mon Esprit en vous. » (Ezéchiel 36, 25-27) Le
Seigneur Jésus-Christ est le gardien du bisse par excellence. Il désire ôter les pierres de mon cœur. Il m’invite en tout premier lieu à me laisser renouveler intérieurement par son Esprit, à le laisser opérer dans mon cœur. Jésus dit : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » (Evangile de Jean 4, 14)

Se tenir à la brèche. – La valeur du travail du gardien se reconnaissait dans le fait que l’eau du bisse était redistribuée sur les terres. Comme le gardien se tenait à la brèche, pour protéger le bisse, le garder en bon état, de même, en marchant dans les pas de Christ, je suis gardien du bisse, responsable de maintenir la Parole vivante en moi, le manifestant par mon amour pour mon Créateur et par des actes orientés vers le service aux autres. Ma part consiste à me tenir à l’écoute des battements de cœur du Ressuscité, à l’instar du marteau actionné par le mouvement de l’eau sur la roue à aube de ma vie. Si la roue à aube de mon âme est en contact étroit avec l’eau vive de la Parole mue par l’Esprit de Vie, alors, sans en mesurer la portée, mettant la Parole en action, la redistribuant dans sa pureté, je puis être assuré que l’eau qui passe par mon canal désaltérera des terres et des cœurs assoiffés.

«Scrutez les horizons de votre vie»

PAR THIERRY SCHELLING
PHOTO : DR

Aux religieuses et religieux (2014), François les exhortait ainsi : « Ne cédez pas à la tentation du nombre et de l’efficacité, moins encore à celle de se fier à ses propres forces. Scrutez les horizons de votre vie et du moment actuel en veille vigilante. » Une façon de centrer ses énergies et objectifs de vie différemment, voire de quitter les Ordres pour plus de cohérence…

Une manière aussi de faire comprendre que le nombre diminuant de vocations religieuses est un signe… positif des temps modernes : on s’engage autrement aujourd’hui, mais toujours au nom de sa foi ! Voyez les jeunes : service humanitaire, ONG, défense de l’environnement, des droits des minorités et autres LGBT+, bénévolat auprès des aînés, des handicapés, des malades… Aux JMJ, il n’a de cesse de leur répéter : engagez-vous sur le terrain social et politique « pour changer le monde » ! Il a eu cette formule à Rio (2013) : « Ne restez pas au balcon de la vie ! Engagez-vous ! »

Pape autrement

Lui-même, comme pontife, fait le pape autrement : premier voyage ? Lampedusa ! Parmi les premières visites romaines, un bidonville ! Il se consacre à mettre les sans-voix, les petits, les victimes de la pédophilie, les femmes battues, les itinérants, les pauvres non pas sur le devant de la scène, mais au cœur de l’Eglise, de sa raison d’être – celle de l’Eglise et celle de son pontificat. Emblématique : la statue du convoi de migrants sur la place Saint-Pierre qui, dépareillant peut-être la vision d’optique voulue par Bernini, focalise le regard non plus sur un triomphe de l’esthétique baroque, mais sur l’essentiel du message évangélique : « J’étais étranger et tu m’as accueilli. » Quitte à froisser un peu…

Laudato si’ !

Extrait, qui résume tout : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie, mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. »

Le chemin de croix de la Rencontre

L’art pour donner accès au sacré, le sacré pour donner accès à l’art

Ce mois-ci, nous donnons la parole à Romaine Masserey qui partage le chemin de croix depuis plus de 20 ans avec des personnes de tous horizons. A chaque fois, l’Esprit Saint surprend, provoquant la rencontre entre la soif de chacun et l’abondance de la Source divine.
Cher lecteur, aujourd’hui, par ces quelques lignes, c’est à toi qu’elle aimerait faire découvrir ou redécouvrir cet extraordinaire chemin que nous offre le Père par son Fils pour faire de nous des êtres d’Amour.

TEXTE ET PHOTOS PAR ROMAINE MASSEREY

Le chemin de croix est un outil thérapeutique de pointe alliant art, spiritualité et psychologie, de l’art thérapie avant l’heure. Le chemin de croix nous permet de rétablir le lien d’amour qui devrait nous unir à nous-mêmes ainsi que à ce qui est autre que nous-mêmes. Plus ce lien est faible et fragile, plus il y a risque de mal être et de maladie. Le renforcement de ce lien permet à notre dynamique de vie de prendre le dessus sur notre dynamique de mort et de souffrance.

Une œuvre sacrée pour la personne dans sa globalité

Les scènes représentées à chaque station sont des images structurantes chargées de sens. Les stations forment dans leur ensemble une œuvre représentant le processus d’individuation. L’œuvre du chemin de croix est composée pour nous, sur mesure, elle est identitaire de la nature humaine.

Bien souvent, nous ne voyons pas les choses comme elles sont, mais comme nous sommes. Ce que nous voyons et ressentons devant une station relève de ce que nous vivons ou avons vécu ! Les scènes structurantes des stations sont des modèles influents bien plus complets que ce que nous en percevons dans un premier temps. Les scènes nous invitent à rectifier notre pensée. Les émotions qui en découlent alors sont plus positives et influencent positivement l’homéostasie 1 du corps. La Passion du Christ offre un soin englobant le mental, les émotions ainsi que le corps de la personne.

Les artistes qui créent des chemins de croix s’approprient parfois l’œuvre et la falsifient quelque peu. Cela n’a guère d’incidence en soi car l’Esprit Saint qui est derrière le projet fait son propre œuvre.

Derrière l’œuvre, LA Rencontre

Les scènes représentées aux stations sont des supports d’expression de l’Esprit Saint. Au fur et à mesure de la contemplation et des révélations de chaque station, l’œuvre laisse transparaître un processus qui existe sur le plan subtil. Nous ne pouvons pas contrôler ce processus, il est d’un ordre différent de celui de l’imagination ou des connaissances personnelles. Il est bien établi, fondamental, universel.

Petit à petit, devant l’évidence de l’existence de ce processus, la personne entre en relation avec lui et commence à se spiritualiser. Elle découvre alors une intelligence supérieure. Cette intelligence interagit avec notre intellect, mais également avec notre affect. De même qu’elle donne une réponse intellectuelle aux questions intellectuelles, elle donne une réponse affective aux questions affectives que nous nous posons. La douceur et la tendresse émanant d’une source indépendante de nous-mêmes nous touchent peu à peu.

Pour communiquer avec la Source, la Passion du Christ nous réapprend l’art de la prière. Elle nous apprend la sagesse de l’émotion et du sentiment. Cette sagesse est nécessaire à la prière afin que celle-ci ne soit pas qu’un ensemble de mots, la prière est ce que nous sommes. L’intellect ainsi que l’affect de la personne peuvent dès lors fonctionner ensemble, de façon éclairée et nourrie. La relation réciproque avec Dieu s’établit.

Chacune des scènes du chemin de croix met en avant un soin différent. Dieu nous donne l’entier du mystère de la Passion à chaque station même s’il est réparti visuellement et conceptuellement sur les 14 stations. Sans forcément en avoir conscience, nous recevons l’entier de ce mystère en chaque instant.

La Passion du Christ nous livre un extraordinaire mode d’emploi de l’Homme et de sa rencontre fondatrice avec Dieu. Elle rétablit le sens ainsi que le lien, deux éléments indispensables à l’équilibre.

ECCE HOMO

Quelques stations sur le site paroisses-sierre.ch

Chemin de Résurrection »

Par Chantal Salamin-Bérard

Cet ouvrage écrit par Marcel Dürrer nous fait entrer dans le mystère du Chemin de Résurrection qui propose un chemin pour repérer dans nos vies ces signes qui nous « ressuscitent ». C’est un chemin pour aujourd’hui, qui puise sa source dans le chemin de croix et propose 14 pas à franchir à partir des mystères essentiels de la vie : la rencontre, l’amour, la souffrance, la mort et la renaissance. Une étape préalable « La porte, le seuil » nous invite à y entrer autrement et une étape finale « La Table » nous invite à partager plus loin. Le défi de chaque pas est de se laisser transformer par la force de Dieu qui a ressuscité son Fils, à laisser parler l’image en soi.

Chemin de Résurrection, Marcel Durrer, Editions Saint-Augustin.

Rencontre avec Joëlle Carron La vie consacrée, une joie !

La vie consacrée, une joie !

Joëlle Carron, 40 ans, laïque consacrée Responsable de la Maison de la Diaconie et de la Solidarité, un pôle de compétences des Eglises pour le service des plus pauvres, et Déléguée épiscopale à la Diaconie. Dans mon vécu hebdomadaire:

  • Un avant-goût du Royaume au Verso l’Alto, le café social des Eglises
  • Plusieurs répétitions de chœurs
  • Une coloc de jeunes à Cana-Myriam
  • Une équipe incroyable, des frères et sœurs en ministère que j’admire
  • De multiples visages, quelques bouquins, des cours de travail social et beaucoup de crêpes

TEXTE ET PHOTOS PAR JOËLLE CARRON

Parfois on m’interroge sur ma bague d’alliance. Héritée de mes arrière-grands-parents, elle est double. Les deux alliances, aujourd’hui soudées, disent la longue fidélité de Benjamin et Amanda. Cette double alliance, ma marraine de confirmation me l’a offerte lors de ma consécration le 23 août 2015. Elle est signe que nous sommes bien deux à nous être engagés ce jour-là : Dieu et moi.

Peu de gens savent que je suis laïque consacrée. Un état de vie que beaucoup vivent en toute discrétion, dans leur cadre de vie habituel. Quant à moi, mon engagement comme laïque consacrée s’est fait dix ans après mes débuts comme animatrice pastorale. Ce choix de vie unifie mon être, dit quelque chose de ce que j’aimerais vivre, même si, bien sûr, tout n’est pas toujours simple. Il dit mon envie de donner ma vie, de Le suivre dans une certaine radicalité, à travers les mêmes vœux que les religieux.

Adopter une simplicité de vie, savoir que les biens matériels sont donnés à tous à travers nous, comprendre que mon essentiel est bien autre – c’est le vœu de pauvreté. La pauvreté n’est jamais bonne en soi. Et dans mon ministère, je lutte chaque jour pour en combattre les conséquences. Vécue comme un choix, le vœu de pauvreté libère pourtant. Il me permet de passer de l’avoir à l’être.

J’ai fait le choix aussi du célibat consacré, comme une disponibilité à tous, une possibilité de faire famille avec ceux qui n’en ont pas. De vivre pleinement cette fraternité d’Evangile, complémentaire à nos fratries biologiques et tout aussi forte. Je reçois de Dieu des frères à aimer, des sœurs à chérir. Avec la conviction que le lien, déjà tissé en creux, fleurira et qu’il n’y pas de hasard si la route se fait ensemble.

Enfin, mon engagement m’a permis de choisir qui j’ai envie de suivre. « Rabbouni »… dit Marie-Madeleine. Ce maître-là fait grandir ma liberté. A son école, j’apprends à devenir plus pleinement humaine, un peu plus à son image, tout cela avec mes ratés et ma fragilité. Heureusement, il est capable d’écrire droit avec mes lignes courbes.

Mon état de vie de consacrée me rend heureuse. Heureuse car je suis à ma juste place, en famille avec ceux que la société néglige. Heureuse d’expérimenter Sa fidélité – Il est toujours là, même si je ne le suis pas. Heureuse d’oser l’autrement de l’Evangile.

 

Statue de la Vierge noire…

La Vierge porte Jésus dans ses bras.

… église des cordeliers (Fribourg)

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

Au XVIIe siècle, de nombreux Fribourgeois se rendent à Einsiedeln. En effet, le sanctuaire schwytzois est un des lieux de pèlerinage les plus importants de Suisse. Naît alors la volonté de construire une réplique de la Vierge noire et de la chapelle qui l’accueille. Le but est de permettre à ceux dont les finances ou la santé rendent un long voyage impossible de bénéficier des grâces. Einsiedeln est très lié à la détresse et à la maladie. Les pèlerins ramenaient dans leurs bagages des copies de la statue. Ces répliques en argile étaient porteuses de protection et de guérison.

Jean Ulrich Wild, le fondateur du projet fribourgeois, s’engage par contrat à financer non seulement la construction du sanctuaire, mais aussi le matériel nécessaire à la célébration des messes. Les cordeliers, pour leur part, promettent de chanter en chœur dans la chapelle tous les samedis et à l’occasion des fêtes mariales.

Il existe plus de 500 Vierges noires en Europe. Plusieurs tentatives d’explication de leur couleur ont été proposées. Une relecture ultérieure les lie au verset du Cantique des cantiques : « Noire, je le suis, mais belle. » (1, 5) Toutefois, la théorie la plus probable est celle de l’oxydation des pigments. La peinture blanche contient du plomb qui, avec le temps, noircit. Les fidèles se sont progressivement attachés à la couleur des statues. Ainsi, quand en 1803, la Vierge d’Einsiedeln a été restaurée, retrouvant sa teinte claire d’origine, les pèlerins ne l’ont pas acceptée. La statue a alors été recouverte de peinture noire. Le modèle fribourgeois est peint en noir depuis sa création pour correspondre au modèle.

La Vierge porte Jésus dans ses bras. L’enfant tient dans la main un oiseau. Il pourrait s’agir d’un
chardonneret. L’oiseau annonce la Passion. La couleur rouge de sa tête évoque le sang versé et son nom rappelle la couronne d’épines. Cela donnerait un autre sens aux riches atours dont Jésus est paré. C’est un roi, mais pas à l’image de ce monde.

Le chemin de croix

La période du carême que nous vivons en ce moment nous invite à nous pencher, à l’approche de la Semaine sainte,
sur le mystère de la croix et la pratique dévotionnelle du chemin de croix. J’aimerais revenir sur l’histoire de cette pratique et sa représentation dans l’art à partir de l’exemple du chemin de croix du Christ-Roi réalisé par l’artiste
fribourgeois Armand Niquille.

PAR SÉBASTIEN DEMICHEL | PHOTOS : J. MÜLHAUSER

« Car le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. » (1 Co 1, 18) Par ce passage, saint Paul lie le langage de la croix à celui du salut. Les souffrances du Christ crucifié en rachat des péchés humains ramènent à l’essentiel de la foi catholique en la mort et la résurrection.

Histoire du chemin de croix

Le chemin de croix est un exercice de piété qui a traversé les siècles jusqu’à être intégré dans le calendrier liturgique de l’Église. Le symbole de la croix comme représentation de la Passion du Christ remonte aux premières communautés chrétiennes. Au IIe siècle, on constate un intérêt croissant pour les lieux historiques de la Passion du Christ qui deviennent des lieux de pèlerinage. Des chrétiens se rendent à Jérusalem pour faire la via dolorosa et ainsi s’unir à la Passion du Christ.

L’édit de Milan en 313 autorise la liberté de culte et met fin aux persécutions dont les chrétiens étaient victimes. Les pèlerinages en Terre Sainte deviennent alors plus fréquents. Les chrétiens de l’Antiquité reproduisent le chemin suivi par le Christ entre le prétoire (tribunal de Pilate) au bas de Jérusalem et le Golgotha (Calvaire) au sommet de la ville, lieu de la crucifixion.

Au Moyen Âge

Durant les siècles suivants, le chemin de croix ne se pratique qu’en Terre Sainte, mais les récits de voyageurs le font connaître en Europe. Ce n’est toutefois qu’au Moyen Âge, sous l’impulsion de figures marquantes telles que saint Bernard de Clairvaux et saint François d’Assise, que la pratique du chemin de croix se diffuse. À cet égard, le rôle des Franciscains est particulièrement important. Ils se voient en effet confier la garde des lieux saints au XIVe siècle et réalisent des représentations de la Passion du Christ pour permettre la méditation des fidèles sur ces mystères. Soucieux d’offrir le chemin de croix aux pauvres et invalides ne pouvant se rendre en Terre Sainte, les Franciscains souhaitent diffuser sa pratique à l’ensemble de la chrétienté.

D’abord limité à deux points (le prétoire et le calvaire), le chemin de croix est ensuite segmenté en stations dont le nombre varie entre le XVe et le XVIIe siècle pour se fixer à 14 au XVIIe siècle. En 1731, le pape Clément XII reconnaît le chemin de croix comme une prière de l’Église. Dès le
XVIIIe siècle, cette forme de dévotion se propage dans l’ensemble du monde catholique. Le privilège franciscain est également levé et sa pratique est généralisée.

Aujourd’hui, le chemin de croix a une triple dimension. Une dimension historique puisqu’il célèbre le dernier chemin parcouru par Jésus du prétoire au Golgotha en se fondant sur les textes des évangiles (Jean-Paul II en a d’ailleurs modifié certaines stations pour mieux respecter le récit évangélique) ; une dimension liturgique puisqu’il s’agit d’une prière célébrée en 14 stations ; et enfin une dimension artistique, puisque le chemin de croix est généralement représenté dans les églises.

Le chemin de croix d’Armand Niquille

L’église du Christ-Roi nous offre un bel exemple de la présence du chemin de croix dans l’art. Construite en 1951, cette église accueille sa première messe en 1953 devant 1500 fidèles et est consacrée l’année suivante. En 1955, sur mandat de l’architecte Honneger, le peintre fribourgeois Armand Niquille (1912-1996) réalise le chemin de croix du Christ-Roi. L’année précédente, il avait déjà réalisé celui de Nuvilly, dans la Broye fribourgeoise. Armand Niquille est particulièrement marqué par le mystère de la croix : « Mon enfance a été ainsi marquée par le Crucifié dont le mystère, fascinant et inquiétant, faisait partie des émois d’un garçon rêveur et bagarreur. Ce n’est pas impunément que l’on représente le Christ crucifié. L’on se pose des questions. On se plonge dans la mystique chrétienne […]. Avec le Christ, il y a toujours la croix. La croix de notre rédemption et de la divinisation de notre âme. »

Le chemin de croix d’Armand Niquille s’articule autour de 14 tableaux de la Passion du Christ qui représentent chacun une station (liste en annexe). Niquille s’appuie sur la technique de l’icône. Fidèle à cette tradition, il insère ses tableaux dans le mur de béton comme dans une iconostase. Les fonds dorés polis à l’agathe, fidèles à la tradition byzantine et médiévale, symbolisent la gloire de Dieu et la lumière céleste, annonces d’une résurrection à venir.

Au niveau artistique, ce chemin de croix est assez dépouillé et représente généralement trois personnages, dont le Christ (voir station I : condamnation), dans une attitude hiératique (sacrée) et expressionniste. Certains personnages, tels que Simon de Cyrène (station V) sont vêtus d’habits contemporains. Cet anachronisme voulu doit illustrer le caractère contemporain de la Passion, que le fidèle revit à travers une méditation lors du chemin de croix. Enfin, l’artiste a veillé à représenter la figure du prêtre (station XIII). Des détails, tels que les fleurs présentes au pied de la croix pour annoncer la résurrection, contribuent à la richesse de l’œuvre.

Le frère dominicain Luc Dumas admire ce chemin de croix peu après sa réalisation et y voit une correspondance, un dialogue entre l’effet sensible et la cause intelligible à faire entendre : « Toute œuvre qui parle exige qu’on lui réponde ; et lorsque cette œuvre dit tout entière la Passion du Christ, lui ôter la chance d’un dialogue c’est lui faire perdre son sens et sa fin. »

14 stations du chemin de croix d’Armand Niquille :

• I : la condamnation à mort de Jésus

• II : le chargement de la croix

• III : la première chute de Jésus sous le poids de la croix

• IV : la rencontre avec Marie

• V : le portement de croix par Simon de Cyrène

• VI : le visage du Christ essuyé par Véronique

• VII : la deuxième chute de Jésus

• VIII : Jésus consolant les saintes femmes

• IX : la troisième chute de Jésus

• X : le dépouillement des vêtements

• XI : la mise en croix

• XII : la mort de Jésus

• XIII : la déposition

• XIV : la mise au tombeau

Rencontre avec Marie-Jeanne Seppey

En lien avec le thème «la joie de la vie consacrée», nous avons demandé à deux femmes, originaires de Saxon et de Fully, de témoigner de leur vie de consacrée. Merci à Marie-Jeanne et Joëlle de nous partager leur joie de servir et de se donner à la suite du Christ.

TEXTE ET PHOTO PAR MARIE-JEANNE SEPPEY

La joie du Seigneur est mon rempart ! Le retour d’exil des Israélites ressemble à notre quotidien : rebâtir une communauté, un lieu de vie. L’essentiel est ailleurs : le Seigneur cherche à vivre en nous. Telle est ma joie.

Joie de son choix qui surprend. J’ignorais ce qu’était un institut séculier. Je compris que là serait mon chemin. Etre saisi par l’absolu de Dieu en vivant comme tout le monde, par un travail. Je n’ai jamais regretté un seul jour cet engagement prononcé pour toujours. Ce n’est pas nous qui choisissons notre vocation, il nous revient de choisir le choix de Dieu.

Joie de sa présence dans mon histoire. Le pays et la famille où je suis née, les amis et les rencontres de mon village de Saxon, les professeurs lors de mes études, les personnes rencontrées : autant de médiations qui ont signifié l’attente du Christ à mon égard. Il n’a cessé de me regarder, de m’aimer, de me servir.

Joie des rencontres au quotidien. Tel élève qui découvre ce qu’est la vérité, le bien, qui prend conscience de la responsabilité de son libre-arbitre ; telle voisine qui va mourir et qui dit croire en ma foi ; tels amis invités avec qui nous cherchons à donner un sens à ce que nous vivons ; tel collègue de travail et tel membre de la famille avec qui nous échangeons : Il est là, présent.

Joie de l’expérience intérieure de sa Vie. En m’exerçant à lire la Parole de Dieu, je découvre que nous sommes les perles que le Seigneur cherche. Cela change mon regard. Il habite vraiment en moi, en chaque personne. Il passe par ma présence, mes paroles, mes actes, pour visiter et servir son peuple.

Joie de la prière d’alliance du soir. En faisant mémoire de la présence de Dieu dans ma journée, de mes parts d’ombre, je lui confie le lendemain. Ce qui advient est reçu comme de sa main. Je reste paisible et confiante, dans l’espérance.

Joie de le choisir même en exil. Parfois nous paraissons insensés pour les gens de ce monde, de nos communautés. Ce sont des moments où nous expérimentons différemment la liberté de Dieu. Tout est grâce : que ce soit le don ou la privation. C’est le moment d’offrir ma disponibilité, pour ce qu’Il veut, sans tout comprendre.

Le Christ est mon rempart. Telle est ma foi.

Une seconde conversion (Marc 10, 17-22)

PAR FRANÇOIS-XAVIER AMHERDT | PHOTO : DR

Cela n’est pas propre aux religieux, religieuses et personnes consacrées, qu’elles demeurent dans leur communauté ou qu’elles changent de vie. Tout être, à un certain moment de son chemin spirituel, est invité à vivre comme une seconde conversion, celle par laquelle, après l’enthousiasme des débuts, où il a l’impression de faire des choses POUR Dieu, il en vient à se laisser pleinement conduire par l’Esprit Saint, à lui donner le gouvernail de sa vie, et donc à faire désormais l’œuvre DE Dieu (opus Dei, en latin, au sens premier de l’expression).

C’est le cas du jeune homme riche (Marc 10, 17-22) dont aucun des trois évangiles synoptiques ne mentionne qu’il était « jeune ». Son désir, tel qu’il est formulé à l’adresse de Jésus en accourant vers lui et en se mettant à ses genoux, est plus que recommandable : « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Il appelle même le Christ « Bon Maître », entraînant la première partie de la réaction du Fils de Dieu qui le renvoie au seul Bon Maître, le Père.

Puis l’homme abonde dans le sens de la deuxième partie de la réplique du Seigneur, en affirmant que « dès sa jeunesse », il a accompli les commandements du Décalogue (Exode 20, 12-16) : il n’a ni tué, ni commis d’adultère, ni volé, ni proféré de faux témoignage. Admirable fidélité qui provoque un regard d’amour porté sur lui par Jésus !

Et pourtant, cela ne suffit pas, car voilà que retentit le second appel : « Une seule chose te manque, si tu désires te faire un trésor dans le ciel : va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis suis-moi. » Quelle radicalité ! Quelle exigence ! Le Seigneur veut que nous lui donnions tout, que nous lâchions la maîtrise de notre existence, que nous quittions la toute-puissance et que, comme Thérèse de Lisieux, nous nous jetions dans ses bras. Le texte ne dit pas si l’homme riche a accepté finalement de solder tous ses biens, qu’il avait abondants. Marc dit simplement qu’il s’en alla tout triste.

Quelque orientation que nous prenions dans notre vie, que nous options pour un autre chemin ou que nous poursuivions dans la ligne de la vocation première, un abandon décisif dans les mains de Dieu est requis. Avec l’assurance que le Seigneur ne nous laisse jamais tomber.

A Corpataux, des «Bonjour» et des «Au revoir»

Des visages souriants à nos portes

 

 

PHOTOS : CATHERINE SOLDINI
TEXTE ET PHOTO PAR CATHERINE SOLDINI, POUR LE CONSEIL PASTORAL DE CORPATAUX

Le 28 novembre 2021, tout un petit monde gravite autour de l’autel, certaines personnes, on les voit régulièrement, d’autres, on les aperçoit au loin, d’autres encore se font discrètes… mais toutes ces personnes permettent aux célébrations de se dérouler harmonieusement et dans un beau cadre.

Ainsi lors de cette célébration, nous avons à la fois accueilli et à la fois dit aurevoir !

Ce furent des instants remplis d’émotions: Mélissa et Jessica quittaient le service à l’autel et la communauté a accueilli Agathe, Albane, Naomi et Louanne qui ont reçu officiellement la croix et le « certificat » de servant de messe même si elles avaient commencé depuis un certain temps.

De même, les responsables des servants de messe:
Florence Butty et Catherine Soldini ont tiré leur révérence pour laisser la place à Adeline et Anne Meuwly !

Ces dernières porteront plusieurs casquettes : sacristines (avec l’appui fidèle de Thérèse Monney), responsables des servants de messe et auxiliaires de communion ! En particulier, Adeline s’occupe de l’animation musicale quand il n’y a pas le chœur et Anne décore désormais l’église à la place d’Alice.

Justement, nous adressons un merci tout particulier à Alice Schouwey qui s’est occupée de la décoration et de l’entretien de l’église durant 35 ans. Tous ces bouquets ont varié au gré des saisons et ont été confectionnés avec beaucoup d’amour. Un bouquet géant de merci pour toi Alice.

Quant au nettoyage de l’église, c’est Judith Geinoz qui remplace dorénavant Alice.

Merci à toutes ces grandes et petites mains. Bonne continuation sur votre chemin de vie ! Qu’il soit lumineux et fleuri !

Sacrée(s) fidélité(s) !

PAR LE CHANOINE LIONEL GIRARD
PHOTO : MADEMOISELLE BÉRAUD-VILLARS

Si par le baptême, notre vie est fondamentalement consacrée à Dieu, certains d’entre nous ont modalisé cet appel en répondant par leur profession des vœux évangéliques, à suivre le Christ à l’écart selon le charisme propre de chaque institut.

Par leur temps de probation, ils ont dû vérifier que cet élan aussi généreux que radical n’émanait pas seulement d’un désir personnel ou d’une séduction passagère mais s’ancre bel et bien en Dieu. Ainsi l’avis de leur communauté valide de son vote cet engagement pour la vie.

Cependant les motivations des premiers temps vont vite apparaître différentes de celles qui leur permettront de persévérer dans la fidélité… et face à ces épreuves incontournables, il arrive que certains
ne voient d’autre issue que de devoir y renoncer.

Choix déchirant pour le consacré, pour sa communauté et tout son entourage.

Comment accompagner ces dispenses qui constituent une rupture existentielle sans tomber dans un jugement accusateur blessant la charité ? Car même confrontés à cette réorientation, le Seigneur ne saurait les abandonner. Reconnaissons que sa fidélité rejoint nos infidélités chroniques et nous donne la grâce de recommencer encore et encore.

Oui prions pour les consacrés qui au désert, mènent un vrai combat spirituel dont les fruits portent nos familles, nos paroisses, nos missions pastorales et manifestent cette espérance que confère la foi. Aidons-les à persévérer toute une vie durant et si besoin, à passer les caps difficiles des épreuves où son amour nous façonne afin de témoigner qu’il est l’auteur du Salut.

Le Seigneur est toujours présent, quel que soit notre chemin de vie !

Si le thème de ce mois nous parle de la vie consacrée en communauté avec ses défis, ses succès, ses échecs, nous pouvons poser un regard interrogateur sur les laïcs qui ont reçu un appel différent.

PAR THÉRÈSE GERBER | PHOTO : ORDOVIRGINUM.FR

Dans la discrétion, de nombreuses personnes donnent du temps au Seigneur, dans la prière, l’adoration, l’Eucharistie plusieurs fois par semaine. Parmi elles, nous trouvons des laïcs qui vont jusqu’à faire un engagement, comme une consécration. Quelques exemples se trouvent proches de chez nous, même dans nos paroisses.

Les Maisons d’adoration, fondées en 1998, s’adressent aux laïcs vivant dans le monde, qu’ils soient célibataires ou mariés. Ils ont pour mission d’essaimer pour porter au monde l’Amour de Jésus-Eucharistie, par un ministère de visitation accompli dans la simplicité de leur vie quotidienne. L’adhésion aux Mai-sons d’adoration est préparée par un cheminement en trois étapes : 1. Donation à Marie ; 2. Renouvellement des promesses du baptême, de la confirmation et du mariage pour les époux ; 3. Consécration à la personne vivante du Christ, par laquelle s’expriment l’attachement au Seigneur et le désir de vivre en union avec lui. Leur modèle de vie est la Sainte Famille.
www.lesmaisonsdadoration.com

L’ordre des vierges consacrées, créé en 1970, par le pape Paul VI. Une vocation encore méconnue mais qui, de par son insertion dans le monde, fait pleinement sens à notre époque. Il existait déjà dans l’Eglise primitive des formes de vie consa-crée : des femmes choisissaient volontairement la chasteté et la virginité perpétuelle. Cette vocation spécifique et originale permet en effet à des femmes de recevoir une consécration de la part de leur évêque diocésain tout en demeurant dans leur contexte de vie et non plus en intégrant une communauté monastique. Leur célibat est une manière de se donner entiè-rement à Dieu, dans une relation étroite avec l’Eglise en se mettant à son service, tout en restant dans le monde.
www.ordovirginum.fr

La Famille Solitude Myriam, fondée au Canada en 1981, soutient des personnes ayant vécu une séparation ou un divorce. En découvrant de plus en plus la grandeur du sacre-ment de mariage, elles approfondissent le mystère, afin de le vivre pleinement, et cela même au-delà du divorce. Là aussi, après un cheminement, des étapes d’acceptation, de pardon, de réconciliation, il y a la possibilité de faire un engagement qui consiste à renouveler les promesses du baptême et du sacre-ment de mariage, pour vivre la fidélité à leur sacrement de mariage. Ces laïcs se mettent au service, à la suite du Christ, dans les situations auxquelles ils sont confrontés, tout en priant pour les familles et les prêtres.
www.famillesolitudemyriam.org

Voici un aperçu de quelques possibilités d’engagements, il en existe certainement d’autres. Si vous souhaitez en parler, n’hésitez pas. Un témoignage de vie est toujours un cadeau qui peut aider d’autres personnes à trouver leur chemin.

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