Entrer en résonance avec la Parole

Faire résonner la Parole de Dieu, voilà le grand défi de la catéchèse.

PAR MARIE-CLAIRE GAY-DES-COMBES | PHOTOS : MARION PERRAUDIN

C’est au travers de gestes, de vie partagée toute simple mais en vérité que la résonance de l’amour infini de Dieu peut être visible. En ce temps un peu spécial pour partager la vie d’une façon spontanée, la catéchèse est bien vivante:

En communauté, porté par tous ceux qui se rassemblent pour se nourrir de la vie du Ressuscité, les enfants, petits et grands, trouvent une place adaptée à leur âge :

• soit d’une façon active au travers du service de la messe ou du chant ;

• soit en désirant approfondir le message de Jésus au travers des ateliers de la Parole ➊ ;

• soit en se laissant imprégner de l’ambiance de la messe en profitant de l’espace réservé aux tout-petits.

Elle est également vivante lors de rencontres où l’enfant peut vivre des moments :

• de paix, de tranquillité pour prier, louer, adorer ➋;

• ou pour se mettre concrètement au service des plus démunis ➌;

• ou pour vivre des temps forts comme un sacrement ➍ ou une montée vers Pâques;

• ou encore pour partager ses questionnements avec la communauté ➎;

Oui, les catéchistes du Secteur vous font des offres d’activités. N’oubliez pas d’aller les consulter régulièrement sur notre site paroissemartigny.ch

➊ Tous les samedis à Martigny-Ville et tous les dimanches

à Martigny-Bourg lors des messes de 18h.

➋ Enfants adorateurs « Prier et louer le Seigneur » (les 11 et 15 mars).

➌ Dimanche des malades (6 mars).

➍ Vivre le pardon (26 mars).

➎ Entrée en Carême (2 mars).

On pense spécialement aux personnes malades le dimanche 6 mars

Se mettre au service, fabriquer un objet avec ses mains qui fera plaisir à une personne malade, voilà une attitude qui ouvre à l’amitié et que les enfants cultivent lors d’un après-midi de catéchèse. Le dimanche 6 mars, jour du « Dimanche des malades », les cadeaux faits main seront offerts directement aux personnes présentes à la messe de 10h à Martigny-Ville.

Semaine sainte dans nos deux UP et Saint-Paul

Voici la tabelle des célébrations de la Semaine sainte dans les 6 paroisses de nos deux unités pastorales et à Saint-Paul.
Il y a le choix !

PHOTO : CHRYSTOPHE RAKOTODRANAIVO

Dimanche des Rameaux (10 avril)
9h30 à Thônex
10h à Saint-Joseph
10h30 à Saint-Paul
11h à Presinge
11h à Saint-Joseph
11h à Sainte-Thérèse
18h à Choulex
18h30 à Saint-Paul

Jeudi saint (14 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
19h à Puplinge
20h à Saint-Paul
20h à Saint-Joseph
20h à Sainte-Thérèse

Vendredi saint (15 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
10h à Saint-Joseph
15h à Choulex
15h à Saint-Paul
15h à Sainte-Thérèse
19h Chemin de croix à Thônex

Vigile pascale (samedi soir 16 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
20h à Chêne-Bourg
20h30 à Saint-Joseph
21h à Sainte-Thérèse

21h à Saint-Paul

Dimanche de Pâques (17 avril)
9h30 à Thônex
10h à Puplinge
10h à Saint-Joseph
10h30 à Saint-Paul
11h à Saint-Joseph
11h à Sainte-Thérèse
18h à Choulex

18h30 à Saint-Paul

Découvrir la bible, cent textes essentiels commentés

Durant le confinement, des membres des Editions Robert Laffont se sont rendu compte que les libraires vendaient un nombre de bibles plus important que d’ordinaire. Les lecteurs cherchaient peut-être des clés pour comprendre ce moment de crise particulier, seulement voilà… en ouvrant la bible, ils ne comprenaient rien !

PAR FRANÇOISE BESSON
PHOTO : JURAPASTORAL.CH

C’est ainsi qu’est né le projet de ce livre, pour «offrir une lecture de la bible en partant de la vie, et pour vivre plus!» 1

Philippe Haddad, Bernard Miserez «Découvrir la bible – 100 textes essentiels commentés» Ed. Robert Laffont, Paris, novembre 2021.

Les auteurs. – Deux auteurs se partagent les commentaires des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament en respectant les proportions initiales des deux parties : Philippe Haddad, rabbin de l’Union
Libérale Israélite de France, très investi dans le dialogue interreligieux, commente les soixante premiers textes et Bernard Miserez, prêtre de la chapelle du Vorbourg 2 et animateur de retraites, les quarante suivants.

La Première Alliance. – Quand nous ouvrons la bible au hasard, dans sa première partie, il n’est pas rare que nous fassions la même expérience que les lecteurs lambda dont il était question : on n’y comprend pas grand-chose… Dans ses commentaires, Philippe Haddad relie les personnages et les histoires, par exemple Caïn et Juda, frère de Benjamin ou encore Noé et Abraham… De nombreux termes sont mentionnés en hébreu avec leurs différents sens possibles. La lecture proposée est à l’opposé du fondamentalisme et le rabbin relève les avantages liés à une compréhension contemporaine des textes. Par exemple, à propos de la « chute de Jéricho » il commente avec humour : « L’archéologie nous soulage, ces faits n’ont jamais eu lieu. » (p. 94) Puis il explique les motivations que pouvaient avoir les auteurs du livre de Josué en parlant au peuple de cette manière-là : « Montrer la puissance de l’Eternel par rapport aux divinités cananéennes et […] mettre en garde Israël contre ses infidélités à Dieu. » Et de conclure ainsi : « A défaut d’être historique, le livre de Josué se veut pédagogique. Si l’homme ne supprime pas l’idole, l’idéologie, alors l’idole, l’idéologie supprimera l’homme. A ce niveau de lecture, le texte demeure éloquent. » (p. 96) Grâce à ces commentaires, ces textes deviennent plus compréhensibles et peuvent nourrir notre réflexion.

Le Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance. – Ces textes nous sont évidemment plus familiers, du moins ceux des évangiles, mais il est intéressant de les découvrir éclairés par les tournures de phrases très incarnées de Bernard Miserez (➱ vous en trouverez quelques exemples dans les encarts). Les commentaires ouvrent aussi sur une actualisation et ne font pas l’impasse sur les remises en question : « Prendre soin des plus fragiles et des plus pauvres n’est pas une option caritative ou humanitaire. […] Tout geste de compassion atteint le Christ en l’homme souffrant. » (p. 204) Lire ces textes et se laisser interpeller nous aidera peut-être à répondre joyeusement à l’invitation que nous fait l’auteur : devenir des « contagieux de la Bonne Nouvelle » !


1 Interview de Bernard Miserez à Radio Fréquence Jura (RFJ) le 25 novembre 2021.
2 Lieu de pèlerinage près de Delémont.

La Samaritaine: «Jésus vient nous trouver au milieu de nos tâches quotidiennes.» (p. 191)

La résurrection de Lazare: «La parole de Jésus va jusque dans la mort. Elle fait de la vie avec ce qui est mort. Seulement, encore faut-il enlever la pierre du tombeau.» (p. 211)

La multiplication des pains: «Rien de ce que nous donnons n’est dérisoire ni insignifiant.» (p. 194)

La guérison du paralytique: «Le pardon est un acte de résurrection. Il est une renaissance où tout est donné pour se recevoir de Dieu.» (p. 182)

Le diacre Christian Thurre, ambassadeur diocésain pour l’écologie

Inciter toutes les entités paroissiales et ecclésiales à penser et agir écologie : c’est, en résumé, le mandat que l’évêque de Sion a confié à Christian Thurre, diacre, ordonné en juin dernier. Une mission qui permet à ce scientifique de conjuguer écologie et spiritualité. Rencontre.

PAR CLAUDE JENNY | PHOTOS : GÉRARD RAYMOND, RAPHAËL ZBINDEN / CATH.CH

Comme tous les diacres permanents, Christian Thurre parcourt son chemin diaconal d’abord dans le cadre de son univers professionnel, en l’occurrence le Service de l’environnement de l’Etat du Valais. En tant que collaborateur scientifique, il participe aux études d’impacts écologiques pour que les projets mis à l’enquête soient conformes aux exigences légales. Il assure évidemment aussi régulièrement, comme tout diacre, un service à l’autel aux côtés du célébrant. Mais il fonctionne depuis quelques mois également comme mandataire de Mgr Lovey pour effectuer tout un travail de sensibilisation auprès des entités diocésaines pour qu’elles se soucient d’écologie.

Appliquer « Laudato Si’ ». – Un rôle qui est désormais dévolu à tous les diocèses par le Pape lui-même qui s’est souvent exprimé sur le thème de la protection de la Création, de cette « Maison commune » qui ne nous appartient pas mais qu’il nous incombe de protéger. L’encyclique papale « Laudato Si’ » est un texte de référence sur le sujet. Même si son expérience est encore brève, Christian Thurre est à l’évidence l’homme qu’il fallait pour remplir cette mission de sensibilisation que le Pape appelle les « intendants responsables du jardin de la Création ».

Agir via des éco-diagnostics. – Le délégué de l’évêque est, par son mandat, le seul délégué du diocèse au sein d’EcoEglise, l’organe œcuménique qui œuvre au niveau national à favoriser cette prise de conscience que les Eglises ont également leur rôle à jouer en matière d’écologie. Pour Christian Thurre, c’est une évidence : « Les Eglises doivent interpeller leurs communautés ! Chacun doit apporter sa pierre pour avoir une attitude éco-responsable. » Ainsi, l’organisme EcoEglise (➱ https://ecoeglise.ch) est spécialisé dans l’établissement d’éco-diagnostics qui conduisent à des propositions de mises en œuvre de mesures éco-responsables. Ce qui peut toucher au matériel pour les célébrations et l’administration, aux bâtiments, aux espaces verts gérés par les paroisses, etc.

Opération « Maison de la diaconie ». – Christian Thurre, en collaboration avec son épouse Marie-France, a effectué une première démarche dans ce sens début janvier 2022 avec la « Maison de la Diaconie » à Sion qui abrite notamment l’établissement Verso-l’Alto. Il trouve excellent que ce soit ce lieu diocésain qui lui permette de démarrer son action. Il espère que d’autres communautés, paroisses, etc. feront appel à lui. Il est disponible pour aller à la rencontre de ceux qui veulent agir à leur échelle dans une démarche qu’il qualifie non seulement d’écologiste, mais aussi de spirituelle.

Une dimension spirituelle. – Il cite la parabole du colibri qui apporte sa gouttelette, juste ça, mais déjà ça ! « Dans cette protection de la « Maison commune », il y a quelque part une dimension de conversion spirituelle, de se laisser blesser par cette réalité d’une nature insuffisamment respectée et de décider d’agir, à son échelle, individuelle, associative, paroissiale, etc. » s’enflamme Christian Thurre qui peste contre certains abus, comme la multiplication des canons à neige, par exemple, qui entraîne un gaspillage d’eau : « Nous ne pouvons pas, plus, nous comporter en enfants gâtés. Mais je suis optimiste : je crois qu’il y a une prise de conscience que l’on ne peut pas continuer à surexploiter la nature. De plus en plus de personnes se laissent toucher et décident d’agir ».

Le gaspillage fait des ravages

Pour freiner le dérèglement climatique, il est urgent d’opérer une transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables, sans en faire payer le prix aux pays les plus pauvres. Tel est le message clé de la Campagne œcuménique 2022 qui reprend le slogan «Justice climatique, maintenant !»

PAR ACTION DE CARÊME, EPER ET ÊTRE PARTENAIRES | PHOTOS : VICTOR LOPEZ, MEINRAD SCHADE, DR

Les conséquences du dérèglement climatique telles que l’élévation du niveau des mers, les inondations, les vagues de chaleur et la fréquence plus élevée des sècheresses et des cyclones bouleversent déjà la vie de nombreuses populations dans les pays du sud : elles accentuent la faim, les risques pour la santé et les conflits sociaux.

Responsable de plus de 70 % 1 des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et de 78 % 2 en Suisse, l’utilisation de combustibles fossiles fait partie des principales causes du dérèglement climatique. En consommant une quantité disproportionnée d’énergie fossile, les pays industrialisés sont ceux qui contribuent le plus au dérèglement climatique et qui sont les moins touchés par ses conséquences, alors qu’ils vivent aux dépens des pays du Sud et des générations futures. L’injustice est double.

Non aux « fausses solutions ». – Nombreux sont les projets énergétiques – y compris les projets d’énergies dites renouvelables – qui constituent de « fausses solutions » à la transition énergétique. En effet, ils entraînent des conflits et ne tiennent pas ou peu compte des droits et revendications légitimes des populations locales. S’ensuivent souvent des expulsions, la restriction des droits d’utilisation des terres communautaires ou la destruction des sites sacrés des communautés autochtones. Même le droit fondamental à l’alimentation est bafoué.

Les organisations partenaires d’Action de Carême dans le Mato Grosso au Brésil montrent, dans leurs rapports, que les projets hydroélectriques qui n’envisagent pas la participation des communautés locales peuvent avoir des conséquences dévastatrices. Ils empêchent notamment la migration des poissons. En conséquence, la communauté indigène de Manoki, pour ne citer qu’un exemple, ne parvient plus à pêcher dans les sites habituels et doit parcourir de longues distances pour se nourrir. L’EPER fait des constats similaires en Indonésie où des plantations industrielles de palmiers à huile sont créées pour produire des biocarburants dits durables. Pour ce faire, des forêts tropicales vitales sont défrichées. Les conséquences sont fatales pour le climat et pour les communautés qui n’ont d’autre choix que de quitter leurs habitations.

« La transition écologique doit constituer une opportunité et un moteur de développement pour les communautés défavorisées du monde entier.»

Dans son encyclique Laudato si’, le pape François appelle « à écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ». Autrement dit, les solutions techniques pour la transition énergétique doivent toujours être évaluées au regard de leurs conséquences écologiques et sociales.

Par énergies renouvelables, Action de Carême et l’EPER entendent des solutions respectueuses du climat, socialement justes et tenant compte des intérêts des communautés locales qui doivent être impliquées dans la planification, la création et la production d’énergie, qui doit être considérée comme un bien commun.

Assumons nos responsabilités. – En Suisse, nous devons assumer nos responsabilités en tant qu’actrices et acteurs de la crise climatique. Nous pouvons toutes et tous nous approvisionner en énergie à partir des sources les plus propres possibles, réduire notre consommation (électricité, carburant, chauffage, etc.) et tenir compte du lieu de production des biens de consommation (par exemple les denrées alimentaires et les appareils électroniques) au sein de notre pays comme à l’étranger.

Invitation à tous !
Lancement de la campagne 2022.
Sion, Notre-Dame du Silence au Chemin de la Sitterie 2 de 18h30 à 21h30.

Le Conseil fédéral a décidé que la Suisse devait atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. En collaboration avec l’Alliance climatique, Action de Carême et l’EPER demandent au Parlement de viser cet objectif d’ici 2040 de façon linéaire. Puisque la Suisse a les moyens techniques et financiers de réaliser cet objectif, elle devrait montrer l’exemple en se passant complètement des combustibles fossiles. Ainsi nous soutiendrons de manière pertinente la cause de la justice climatique.

1 https://ourworldindata.org/emissions-by-sector du 26.07.2021.
2 Rapport 2018 de l’Agence internationale de l’énergie.

Méditer autour de la tenture de Carême

André Besson, de Charrat, a été choisi par les responsable de la Campagne œcuménique 2022 pour écrire la méditation autour de la tenture de Carême. Il s’est laissé inspirer par cette image, ce pied dont l’ossature est blessée, brisée… Il élargit ici sa réflexion sur notre humanité souffrante, à notre terre meurtrie par l’homme. Voici quelques textes sur ce thème, en complément du carnet de méditation de la tenture de Carême 2022.

PAR ANDRÉ BESSON | PHOTOS : PIXABAY

Le chant de la terre profanée
Les grincements et crissements
Des bulldozers aux dents meurtrières
Les arbres, ces amis silencieux
S’effondrent brisés,
arrachés, déchiquetés,
Et me voilà dévastée,
Comme une bouche édentée
Sous la main du bourreau,
Avant que le feu me calcine
Et me livre nue sous le ciel nu.

J’ai perdu mon âme et ma beauté.
Dans le secret je dépéris
Mes sources cachées se tarissent
Et le vent sans entrave
Emporte le meilleur de moi-même.

Ils m’ont usée, abusé de moi,
Puis ils m’ont quittée, abandonnée,
Quand mon sol vieillit trop vite,
Crevassé par les pluies diluviennes,
N’a plus su produire que des buissons d’épines
et des chardons.
Ils sont partis vers des terres plus jeunes,
Plus fertiles, vers des conquêtes faciles.

Abandon, misère, désert de l’âme.

Toi, l’humain
Tu te sens invulnérable,
Tu domines tu exploites,
Tu arraches et tu brûles,
Tu me violentes et tu prends.

N’oublie pas
Que c’est moi qui te porte,
Soutiens ta vie et te nourris :
Quand tu me piétines
Et me méprises,
Moi, ta Terre-Mère,
C’est ton propre destin
Que tu piétines.

Louange de la terre
Dieu, mon Dieu,
Je te loue et je te bénis
Par l’humain à qui tu m’as confiée
Par celles et ceux qui ont choisi
De me soigner avec respect
Et m’honorent comme une mère aimée.
Ils me cultivent avec délicatesse.
Remplis de gratitude,
Ils sauront te rendre grâce
De ma générosité première.

Dieu, mon Dieu,
Je te loue et je te bénis
Par le souffle vital
Qui nous traverse tous,
Et qui nous vient de toi.

Dieu, mon Dieu,
Loué sois-tu pour la vie
Que tu nous donnes en partage,
Si précieuse et si fragile,
Et si belle,

Amen.

Le carnet de méditation 2022 est disponible sur simple demande au secrétariat.

Jeux, jeunes et humour – mars 2022

Par Marie-Claude Follonier

Question d’enfant

Que fête-t-on le 25 mars ?
Célébrée depuis le VIIe siècle, l’Annonciation est une fête importante qui passe souvent inaperçue en plein Carême. On y commémore l’annonce faite à Marie par l’ange Gabriel comme quoi elle serait la mère du Sauveur. Comme l’Eglise a fixé la naissance de Jésus au 25 décembre, il est logique que le moment de sa conception virginale dans le sein de la Vierge ait été arrêté neuf mois plus tôt, signe d’une grande régularité dans les cycles… liturgiques.

par Pascal Ortelli

Humour

Deux vignerons vaudois sont attablés dans une auberge de Saint-Saphorin. Au même moment, entre un couple d’adeptes de la course à pied ruisselants de sueur. 
Ils s’installent près de nos deux viticulteurs et appellent le garçon. Celui-ci leur propose trois décis de Saint-Saphorin pour étancher leur soif. Le couple surpris leur rétorque :
– Mais dis donc garçon, le vin ne fait pas passer la soif, vous le savez bien !
Et les deux vignerons de s’exclamer : 
« Heureusement ! »

par Calixte Dubosson

Chemins de traverse

PAR PASCAL ORTELLI
PHOTOS : PXHERE, DR

Les jeunes sont en quête d’absolu, dit-on. Pour ma part, cela s’est traduit à l’époque par un attrait pour la vie sacerdotale: Dieu me voulait là illico prestissimo, au risque sinon de rater ma vie de foi et ma vie tout court. C’est du moins la perception binaire que j’avais alors de la «vocation»: y répondre ou passer à côté, en ayant manqué de sauter dans le train en marche.

Comme dans la Bible, les choses ne se passent pas comme prévu quand Dieu – et non l’image qu’on s’en fait ! – s’y mêle vraiment. Discerner sa vocation pour répondre à un appel – et choisir un état de vie – ne consiste pas à suivre aveuglément un ordre de marche ou un « plan de carrière » arrêté de toute éternité. Dieu nous parle et nous guide au cœur du quotidien et des circonstances parfois tumultueuses de nos existences avec beaucoup plus de subtilité, de pédagogie, de patience et d’humour qu’avec les gros sabots et les ornières que nous endossons bien souvent quand nous le prions.

J’ai mieux compris par la suite qu’il n’y a pas une voie avec ou sans Lui, mais un sens unique. Quel que soit finalement l’itinéraire emprunté (prêtrise ou mariage), nos pas sur les chemins de traverse sont à coup sûr inscrits dans les siens. « Je suis le chemin », nous dit Jésus. L’important n’est-il pas dès lors de ne pas perdre pied sur la route ?

Le groupe de jeunes en plein réveil

Ces derniers mois, le groupe de jeunes de l’Unité pastorale Nyon-Terre Sainte (GDJ) a vécu plusieurs expériences de foi et d’amitié importantes. Entre les soirées thématiques et les soirée chill du vendredi soir, la messe des jeunes et les autres projets, difficile de s’ennuyer. Les restrictions dues à la pandémie n’ont pas empêché les jeunes de notre région de se retrouver pour manger, prier, marcher et partager.

PAR JEAN-CLAUDE DUNAND, ARMELLE, DAVYD, MATTHIEU, STÉPHANE
PHOTOS : CHARLOTTE OBEZ

« Des jeunes aux parcours de vie fort différents invités à se réunir pour partager des moments de vie qui font du bien. Ils apportent ce qu’ils sont, échangent, prennent un petit repas, prient parfois. L’animatrice, Charlotte Obez, leur ouvre de riches pistes de réflexion et témoigne de sa foi, joyeuse et dynamique. »

Jean-Claude Dunand, curé modérateur

Convivialité et amitié soudent le groupe

Soirées chill

Le quatrième vendredi du mois, un temps libre est proposé au local pour permettre aux jeunes de se rencontrer, de prier et de construire ensemble des projets pour l’avenir du groupe. Chacun est libre d’apporter des idées, mais aussi d’être simplement présent pour partager un moment convivial.
« J’ai rencontré pour la première fois de ma vie des jeunes animés par la foi catholique. Leur existence et leur présence me font chaud au cœur. Le groupe de jeunes est un lieu convivial où je me sens juste bien. »

Davyd

Messe des jeunes

Depuis de nombreuses années, les jeunes animent la messe du soir le premier dimanche du mois à la Colombière. Cette dynamique de prière se poursuit cette année avec de nouveaux visages dans l’équipe d’organisation.
« Ça me fait plaisir de retrouver des jeunes de mon âge qui partagent ma foi. C’est un vrai phare dans ce monde antichrétien et nos conversations sont riches. »

Matthieu

Autres projets

De nombreux moments de convivialité ont été vécus en dehors des soirées et de la messe des jeunes: la rénovation du local, la journée graffiti, la soirée de prière pour l’unité des chrétiens, le week-end randonnée à Crans-Montana ou encore la soirée cocktail-débat qui a réuni une quinzaine de jeunes pour discuter de leur place dans l’Eglise et dans le monde.
Tout chrétien a besoin de rencontres, de joie et de partage autour du Christ. Ce que veut construire le groupe de jeunes, c’est une Eglise qui donne envie de rencontrer Jésus et de vivre avec lui chaque jour.
« Le groupe de jeunes est un lieu d’échange. La fraternité, le soutien et le respect sont ses valeurs centrales, auxquelles je souscris et qui me font venir aux différentes soirées. Celui qui veut frotter les cervelles – je me permets de paraphraser Montaigne – trouvera absolument sa place dans ce groupe à l’occasion d’un cocktail-débat ou d’un autre événement. »

Stéphane

Rien de tel qu’une randonnée en montagne pour partager et s’entraider.

Histoire d’une vocation

Je m’appelle Lucie Moullet; en religion Sœur Anne-Cécile.

PAR SŒUR ANNE-CÉCILE MOULLET
PHOTOS : ANDRÉ BISE

Je suis née le 29 novembre 1939 à Châbles (FR) dans une famille très chrétienne. C’était au début de la guerre. Je suis arrivée en sixième position, remplaçant un frère – si l’on peut parler ainsi – décédé à l’âge de 10 mois. Lors de mon baptême, mes parents me prénommèrent Lucie comme ma marraine. J’ai grandi dans une famille harmonieuse, où l’on s’aimait.

Le Vendredi saint 1945, je fus emmenée à l’hôpital d’Estavayer-le-Lac, atteinte d’une méningite cérébro-spinale foudroyante, sans grand espoir de me sauver. Je me rappelle d’une seule chose; je disais: «J’ai mal à la tête, je veux de l’eau.» La Sœur Hubertine dit à maman: «Allez lui chercher de l’eau de Bonnefontaine.» J’ai guéri: Notre Dame avait intercédé auprès de son Fils.

Ayant terminé ma scolarité à Pâques 1955, j’ai été engagée pour travailler à l’hôpital d’Estavayer-le-Lac. Là, au contact des Sœurs de la Charité que je voyais se dévouer jour et nuit au service des malades, je me posais la question : quel sens donner à ma vie? Un jour, Sœur Marie Cécile Lottaz me taquine: «Dans trois ans, tu seras bonne pour faire comme moi .» Le soir, impossible de dormir jusqu’à ce que j’aie dit: «Et bien, Seigneur, si tu veux, dans trois ans je viendrai.»

Mes parents m’ont conduite chez les Sœurs de la Charité pour entrer au postulat le 16 septembre 1958. Après la formation religieuse, les Supérieures m’ont envoyée à l’école normale de Sainte Agnès, tenue par les Sœurs Ursulines, pour y acquérir le brevet froebélien (ndlr, enseignement pédagogique). En septembre 1963, je fus envoyée à Domdidier pour y enseigner en première année primaire. Là, pendant 23 ans, j’ai donné le meilleur de moi-même, ainsi que dans d’autres activités parascolaires.

De 1986 à 1988, me revoilà sur les bancs de l’école… deux ans d’étude à l’Ecole de la Foi et des ministères, à Fribourg. Au terme, Sœur Elisabeth Grebex, supérieure provinciale, m’a posé la question: «Te sentirais-tu de partir en Afrique?» J’ai beaucoup prié, me suis fait aider par un Père Jésuite pour le discernement et, sentant un appel du Seigneur, j’ai répondu oui. Pendant 12 ans, à Bocaranga, en République Centrafricaine, j’ai œuvré dans la formation des catéchistes, dans la formation à la vie religieuse des jeunes filles demandant leur entrée dans notre Congrégation. Depuis l’an 2000, je suis à Yaoundé dans notre communauté pour les jeunes Sœurs étudiantes préparant leur mission pour mieux servir leurs frères et sœurs africains.

Je veux simplement témoigner que, malgré les difficultés inhérentes à toute vie, je suis heureuse et je n’ai jamais regretté mon choix.

Si vous souhaitez soutenir  le projet de formation de jeunes filles et de jeunes religieuses porté par Sœur-Anne-Cécile, vos dons sont les bienvenus sur le CCP 10-248349-5.

En librairie – mars 2022

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Vivre en Dieu
Claire Dumont

Dans la tradition chrétienne, diverses formes de vie consacrée sont apparues pour répondre à la quête humaine et spirituelle. Certaines ont développé davantage le service évangélique de la charité envers les pauvres. D’autres se sont tournées résolument vers la recherche d’absolu inscrite dans nos cœurs. Toutes, à leur source, ont bénéficié d’une expérience bouleversante des fondateurs et des fondatrices. 
Dans ce livre, l’auteure s’applique avec bonheur à dévoiler les nouveaux visages de la vie consacrée, précieux trésor dans des vases d’argile. Elle ouvre à une vision plurielle et créatrice, où la quête de l’Absolu est première.

Editions Mediaspaul

Acheter pour 27.70 CHF

Le chemin des estives
Charles Wright

« Partout, il y avait trop de bruit, trop de discours. Un jour, j’en ai eu marre de cette frénésie et je suis parti. Certains vont chercher le bonheur en Alaska ou en Sibérie, moi je suis un aventurier de la France cantonale. » Sans le moindre sou en poche, misant sur la générosité des gens, un jeune aspirant jésuite s’échappe de la ville et de la modernité avec le désir de renouer avec l’élémentaire. Il s’offre une petite promenade de sept cents kilomètres à pied. Le chemin des estives, récit de ce voyage, est une ode à la liberté, à l’aventure spirituelle. On y croise les figures de Rimbaud, de Charles de Foucauld, mais aussi des gens de caractère, des volcans, des vaches. Au fil des pages, une certitude se dessine : le bonheur est à portée de main, il suffit de faire confiance et d’ouvrir les yeux.

Editions Flammarion

Acheter pour 36.00 CHF

Dieu passe tout près de nous
Bénédicte Delelis

D’une plume poétique et nourrie par les plus grands auteurs, Bénédicte Delelis nous entraîne dans une aventure spirituelle lumineuse. Ses méditations s’appuient sur l’exemple des saints comme sur les situations de notre vie ordinaire pour y découvrir, sous le poids des épreuves ou le voile du quotidien, la force de la Résurrection déjà à l’œuvre. Elle éclaire d’une manière aussi incarnée qu’enthousiasmante les mystères de la foi pour nous aider à en vivre.

Editions Emmanuel

Acheter pour 25.50 CHF

Dessine-moi la prière
Laure Enplume – Alba Ariza

« Dessine-moi un mouton », demande le Petit Prince. Et Saint-Exupéry s’en tire en dessinant la caisse où est le mouton. Avec Dessine-moi la prière, c’est le trésor de notre vie intérieure qui est donné à voir en dessins. Nous suivons deux adolescents : Pablo, plein de questions et Tim son ami enthousiaste qui vient de découvrir la vie spirituelle. Pour partager ses découvertes, Tim fait un résumé en dessins. Pablo a la mauvaise idée de les regarder en cours et se les fait confisquer. S’ensuit une recherche pleine de péripéties qui les conduit jusqu’à une abbaye…

Editions du Carmel

Acheter pour 22.50 CHF

Pour commander

Donner du sens à l’investissement

Après vingt-trois ans de carrière chez Nestlé et alors patron de la branche chinoise du groupe, Roland Decorvet quitte tout. En 2014, il part pour diriger bénévolement le navire-hôpital Africa Mercy. Aujourd’hui, il s’engage à traduire sa foi en un capitalisme responsable et social.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : DR

Pourquoi avoir laissé tomber le «meilleur job du monde» pour occuper une cabine aussi grande que votre garage ?

Au niveau professionnel, j’occupais aux yeux de tous « un des meilleurs jobs du monde », mais il y avait un stress énorme et j’avais atteint ce que je peux considérer comme mon sommet. Il valait mieux partir au sommet que continuer à faire la même chose encore pendant vingt ans. Du côté privé, le stress, les nombreux voyages et la pression me montraient clairement que continuer sur ce chemin-là aboutirait à sacrifier ma famille et mon couple. Je crois aussi profondément que chacun dans son domaine et sa profession doit refléter la gloire de Dieu. J’avais donc le besoin de retrouver un sens à ma vie en étant là pour les autres et en aidant mon prochain.

La responsabilité sociale et spirituelle fait donc partie intégrante d’une bonne gestion économique ?

Le but d’une entreprise devrait être le bien de toutes les personnes avec qui elle a des interactions. Dire qu’il n’y a que l’actionnaire qui compte n’est pas mon concept de l’économie. Aujourd’hui, les consommateurs veulent comprendre ce qu’il y a derrière les produits qu’ils achètent. Ce qui était à l’époque une sorte d’économie de niche est devenu la norme et c’est encourageant.

Une entreprise peut-elle produire de manière durable et équitable tout en étant extrêmement rentable ?

Un des problèmes que nous avons dans l’économie est ce besoin constant, dû à la pression des marchés, d’augmenter toujours plus la profitabilité. D’un autre côté, faire du bien a un coût et cela serait mentir que de dire le contraire. Pour investir dans l’équitable et le durable, il faut accepter d’être plus patient, de recevoir un retour sur investissement moins élevé. C’est un juste équilibre à trouver entre un
capitalisme sauvage et un autre beaucoup plus social.

Aujourd’hui, le continent africain est le seul à croître économiquement et au niveau de sa population. Pourquoi les investisseurs sont-ils si frileux ?

Les investisseurs européens n’investissent en Afrique que dans les domaines très rentables que sont les mines, la télécommunication ou la fintech (nouvelles technologies dont l’objectif est d’améliorer l’accessibilité ou le fonctionnement des activités financières, ndlr.), mais très peu dans l’industrie qui, elle, permettrait un vrai développement. Dans ce secteur, il faut être prêt à avoir moins de retour sur investissement avec un profil risque plus élevé. Très peu de gens sont prêts à sauter le pas. Il faut trouver un juste milieu entre les dons gratuits et un plus grand nombre d’investissements pour développer le pays.

Dans ce cas, de quelle manière aider sans verser dans la pitié ou par pure charité ?

Entendons-nous bien, je ne parle pas de couper l’aide d’urgence ou l’apport médical des ONG en Afrique, mais je pense que ce continent possède un réel potentiel économique. Cependant, il faut être conscient que le rendement sera moindre et le risque plus élevé. Par contre, l’impact social sera énorme et aura, par ricochet, aussi une incidence sur l’Europe. Sans alternative durable sur place, les jeunes Africains tenteront toujours de traverser la Méditerranée au péril de leur vie.

Biographie express

Né dans le canton de Vaud en 1965 de deux parents missionnaires, Roland Decorvet passe les premières années de sa vie à Kinshasa (RDC). Il garde de ces années-là une affection particulière pour l’Afrique. Celui qui vendait des nouilles Maggi à Bornéo pour Nestlé est propulsé patron de la branche chinoise du groupe pendant douze ans. En 2014, il quitte tout et part avec sa famille pour diriger bénévolement un bateau-hôpital de l’ONG Mercy Ships durant plus d’un an. Fondée à Lausanne et basée sur des valeurs chrétiennes, l’ONG prodigue gratuitement des soins médicaux dans plusieurs ports d’Afrique. Roland Decorvet devient le directeur général de l’Africa Mercy et gère les quelque 450 collaborateurs bénévoles attachés au navire. Aujourd’hui, convaincu que l’industrie agroalimentaire peut aider son prochain, il s’est installé avec sa famille en Afrique du Sud pour élaborer un modèle d’affaire « mi-Nestlé, mi-œuvre d’entraide » en adéquation avec ses valeurs chrétiennes.

Nous sommes Eglise

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. »
(Mt 16, 18)

PAR EMMANUEL MILLOUX, MEMBRE DE L’ÉQUIPE PASTORALE

Peu de chrétiens le savent, mais nous ne trouvons que trois fois le mot «Eglise» dans les évangiles. La première occurrence est le passage de Matthieu cité ci-dessus; les deux autres se trouvent dans le chapitre 18 du même évangile. En revanche, nous le trouvons trente-deux fois dans les lettres de Paul. Il est vrai qu’il a joué un rôle fondamental dans la fondation des premières communautés chrétiennes. Et c’est à lui que nous devons la toute première réflexion théologique sur le mystère de l’Eglise. Ce déséquilibre entre les évangiles et les lettres de Paul a donné à certains l’illusion qu’au fond, l’Eglise était plus ou moins une invention de l’apôtre. Jésus aurait prêché l’Evangile et le Royaume de Dieu, Paul aurait fondé l’Eglise.

Rare, donc précieux

Mais la rareté du mot « Eglise » dans les évangiles a peut-être une tout autre signification. Ce qui est rare n’est-il pas précieux ?

Dans la citation de Jésus qui figure en titre, ce qui est étonnant au premier regard, c’est l’adjectif possessif. Il y a de la tendresse dans ce possessif, comme un jeune époux qui parlerait de sa jeune épouse.

Jésus a donc bien voulu l’Eglise. On pourrait même dire qu’il l’a désirée. Ce n’est pas une invention des hommes. Et s’il l’a voulue, c’est qu’elle est hautement nécessaire au projet de Dieu.

De son côté, Pierre, dans sa première lettre, nous dit : « Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel […], vous êtes une race élue, un sacerdoce royal […] pour proclamer les louanges de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 5, 5-9).

Ce passage est d’une grande importance. Il nous montre que s’il existe un sacerdoce ministériel dans l’Eglise (prêtres et évêques), il y a aussi un sacerdoce baptismal, plus fondamental encore puisque partagé par tous les baptisés, laïcs, religieux et prêtres – on parle aussi de sacerdoce commun. C’est à partir de cette vérité théologique que le concile Vatican II a rappelé l’importance vitale de la mission des laïcs – décrets « Lumen gentium » et « Apostolicam Actuositatem ».

Bâtir l’Eglise ensemble

Jésus a promis à Pierre qu’il bâtirait son Eglise et ce dernier nous dit que nous devons tous prendre part à cette œuvre. Quelle que soit leur place dans la communauté chrétienne, tous les baptisés sont donc associés à cette édification. Nous sommes tous des collaborateurs, nous partageons tous la responsabilité d’édifier ensemble « la maison de Dieu pour tous les peuples » (cf. 1 Tm 3, 14 ; Is 56, 5-7). Non seulement nous y œuvrons mais, plus encore, nous en sommes déjà les pierres vivantes.

La prochaine conférence proposée par notre Unité pastorale, mercredi 9 mars à 19h30 dans la grande salle de la Colombière, nous aidera à approfondir notre compréhension du mystère de l’Eglise. Elle explorera la problématique de la coresponsabilité des baptisés avec Philippe Becquart, responsable du Département des adultes de l’Eglise catholique dans le canton de Vaud, qui abordera le thème « Vivre l’Eglise en coresponsabilité ». Une veillée de prière aura lieu jeudi 31 mars à 19h30 à la Colombière. Le 5 mai à 19h30 dans la grande salle de la Colombière, Frère Benoît-Dominique de la Soujeole, dominicain, parlera de « Marie, mère de l’Eglise ».

Ils ont renoncé à la vie consacrée

La vie consacrée était un des chemins à prendre. Après quelques années de discernement, voici le cheminement en écho de deux témoins qui consacrent actuellement leur vie à autre chose…

PAR NICOLE CRITTIN | PHOTO : ANONYME

1. A quel âge vous êtes-vous dirigés vers une communauté et quelle était la place
de la vie chrétienne au sein de votre famille ?

Je suis entré dans la congrégation à l’âge de 26 ans. Je dirais que la vie chrétienne avait dans ma famille une place première. La prière en famille m’a beaucoup porté.

Ayant grandi dans une famille où la foi en Dieu avait une place centrale, j’ai toujours vécu dans une proximité avec Dieu. Nous priions quotidiennement le chapelet en famille et nous allions au moins deux fois par semaine à la messe. Une retraite silencieuse chez les Jésuites à l’âge de 17 ans m’a particulièrement marqué. Depuis, j’ai toujours eu soif de Dieu. A la fin de ma formation à
27 ans, j’ai pris du temps pour pérégriner. C’est durant ce temps que j’ai eu un appel pour m’engager dans une vie consacrée.

2. Est-ce que le choix de la communauté a été aisé?

Le choix de la communauté a été aisé. A l’écoute du pape François et à la lecture des écrits de Jean Vannier
(eh oui…), j’ai eu comme une incitation de m’y lancer…

Ce ne fut pas évident car j’étais attiré par plusieurs communautés. J’ai effectué des petits séjours dans des congrégations pour mieux vivre de l’intérieur. Afin d’effectuer un choix
définitif, j’ai fait une retraite lors de laquelle j’ai pu discerner où j’allais postuler.

3. Quels sont les facteurs qui ont déclenché la décision de ne pas formuler les voeux définitifs?

Le seul facteur a été la paix intérieure. J’appréciais la vie en communauté, la vie de prière, le contact auprès des gens, mais je n’avais pas la paix intérieure en vue de faire les vœux définitifs et c’est la base pour faire le pas.

En fin d’année, nous pouvons faire la demande pour quitter
la vie religieuse, prolonger le temps de noviciat ou pour prononcer des vœux temporels de trois ans. Pour mon cas,
j’ai senti le besoin de prendre un temps supplémentaire
pour approfondir ma vocation. Au final, j’aurai fait deux ans et demi de noviciat.

4. A l’heure actuelle, êtes-vous encore actifs au sein de la communauté chrétienne?

Oui et non. Etant étudiant, je donne des petits coups de main quand l’occasion se présente, spécialement pour
des activités avec des jeunes, des temps de louange ou des activités caritatives. Je suis « actif » par ma prière communautaire et personnelle.

Le Bon Dieu est bien présent dans ma vie et je Lui rends grâce pour ce chemin parcouru. Ne dit-on pas qu’Il écrit droit avec nos lignes courbes (Mt 1, 18-25) ? Ce verset fait vraiment écho chez moi.

Malgré le fait que ce temps de discernement a aussi été
une épreuve d’un point de vue spirituel, je reste toujours très attaché à la communauté catholique. Je trouve très important de pouvoir donner de mon temps et de ma personne pour
les autres, pour le bien commun. C’est pourquoi je me suis engagé comme responsable auprès des Scouts d’Europe, qui est pour moi une école de vie complète pour nos jeunes. On entend souvent dire que chanter c’est prier deux fois. Avec quelques autres jeunes, nous essayons d’embellir la liturgie de notre paroisse par nos voix. J’ai aussi beaucoup de plaisir à accompagner des retraites ou des camps en montagne.

Et que l’idéal demeure !

A tour de rôle, des jeunes de divers cantons romands profitent de cet espace de liberté pour évoquer un sujet qui les intéresse. Au tour de la jeune vaudoise Marie Larivé de prendre la plume.

PAR MARIE LARIVÉ | PHOTO : DR

Source de promesses infinies, mais aussi terreau fertile des abus, l’idéal recueille nos grands
écartèlements. Car souvent, l’idéal et notre humanité s’entrechoquent. Dymas de Lassus, prieur de la Grande Chartreuse, l’évoque en ces mots : « Il y a des limites à notre être humain, à nos forces physiques à notre santé, à notre psychisme, et là se trouvent les risques de l’amour : l’amour n’a pas de limites. Personne n’aimera jamais trop, mais les moyens destinés à développer l’amour comportent des limites et si celles-ci sont dépassées, le moyen peut donner la mort au lieu de la vie » (Risques et dérives de la vie religieuse, p. 31).

Nouveaux ajustements

Quitter une communauté religieuse n’est pas quitter le grand Amour, mais plutôt un chemin qui peut y mener. On peut parler de bifurcation, de choix, de chute, de libération ou bien d’autres mots encore, car il y en a autant que d’histoires personnelles et ces mots changeront encore pour chacun, probablement, au fil du temps. Là où peuvent se mêler la culpabilité, le soulagement, la colère ou la paix, encore l’idéal fraye son chemin. Poursuivre l’Amour infini demandera de nouveaux ajustements, différents des grands élans précédents, mais dans ce nouveau quotidien, banal et commun, la sainteté peut là aussi pousser.

Points d’ancrage

« Toutes les vertus chrétiennes sont suspendues entre deux abîmes : notre être de créatures tirées du néant et l’infini de Dieu qui nous attire à lui. Que l’un des deux points d’ancrage lâche et la vertu se mue en folie. Nous n’avons pas à choisir entre l’humain et le divin, le Christ qui est notre voie a uni les deux en sa personne et la spiritualité n’est plus chrétienne si elle ne tient pas les deux ensemble », écrit encore Dymas de Lassus (p. 208). Au milieu de ces deux abîmes que beaucoup ont frôlés à des périodes de leur vie, émerge une existence à toujours davantage simplifier, loin des rêves et des craintes. Un nouveau chemin s’ouvre où, là aussi, Dieu peut être le grand idéal. Un Dieu qui reste le même alors que nous changeons, un Dieu qui nous attend, patiemment.

A tout instant, c’est dans notre plus simple humanité que l’idéal pourra être poursuivi. Non pas comme horizon grandiose et héroïque, mais dans cet équilibre du quotidien qui unit le plus grand Amour à notre humble réalité incarnée, ici et maintenant.

Une crèche pour nous laisser questionner

«Avec lui espérer encore»: tel était le thème proposé aux paroissiens de Nyon pour le temps de l’Avent. Le Conseil de communauté a approuvé l’idée de baliser le chemin de l’Avent de la Colombière avec quatre images reliées à la crèche, à faire résonner en nous.

PAR INÈS ET OLIVIER CAZELLES | PHOTO : OLIVIER CAZELLES

Si le mois de décembre est marqué par l’agitation, la frénésie, la liturgie nous offre la possibilité de faire une pause pour résister à l’emballement général. Car travailler sur les images balisant le chemin de l’Avent nous a obligés à nous arrêter pour discuter et nous a enrichis. Quatre images, exposées dans l’église de la Colombière au fil des quatre semaines de l’Avent, ont invité chacun tour à tour à l’écoute, à la rencontre, au partage et à la joie. Chacune s’articulait aux autres pour proposer un chemin de progrès soutenu par l’assurance qu’« avec lui, on peut espérer encore ».

L’écoute

Il ne nous est pas plus facile d’écouter le Seigneur que notre voisin. Notre qualité d’écoute est parasitée par trop de stimulations commerciales ou une trop grande attention à nos propres soucis. Le pape François recommande cet exercice entre paroissiens dans le cadre de la préparation au prochain synode, consacré à la synodalité. L’exercice est exigeant, car il nous demande décentrement et disponibilité.

La rencontre

L’écoute vraie fait advenir la rencontre. L’autre ose se dire sans crainte d’être jugé, rabaissé. Les personnes que nous rencontrons à un moment ou à un autre de nos vies sont mises sur notre chemin pour nous permettre de devenir meilleurs, de grandir par elles.

Le partage

La rencontre est un partage ! Complémentaire des dons aux associations qui nous sollicitent en fin d’année. Car le contraire de la misère ce n’est pas la richesse, c’est le partage.

A travers l’écoute, la rencontre et le partage, l’Esprit saint nous guide. Nous travaillerons à combler les vallées de mésentente, à aplanir les montagnes d’indifférence et de discorde et ainsi à rendre le monde qui nous entoure un peu plus humain.

La joie

Et la joie nous sera offerte. Elle s’exprime par le sourire. C’est un soleil qui illumine ceux qui la possèdent et réchauffe ceux qui reçoivent ses rayons. Nous avons tant besoin de personnes qui rayonnent !

Noël

Devant l’enfant de la crèche, comme les publicains et les soldats face à Jean Baptiste, nous avons pu demander : « Et nous, Seigneur, que pouvons-nous faire ? ». Avançons sur les voies qui mènent à une abondance de vie. C’est le Seigneur, présent dans l’enfant de la crèche, qui mettra la joie dans nos cœurs.

Je t’aimerai toujours

Geneviève est originaire du Valais, elle était institutrice avant son entrée au Monastère de la Visitation à Fribourg.

PAR ANTOINE MBOMBO TSHIMANGA | PHOTO : DR

L’engagement au monastère : quelles références, quelle intuition?
Jeune, Geneviève tisse une relation toute personnelle avec Marie, «Marie m’a conduite vers Jésus».

Originaire du Valais, à 19 ans Geneviève fait connaissance avec la Communauté
du monastère de la Visitation à Fribourg lors de la retraite de l’école Normale de Sion. Cette rencontre comptera énormément dans son engagement futur tant elle a été marquée par la joie de cette communauté.

Autre expérience marquante, le partage de foi entre jeunes notamment auprès des Jeunes de Lourdes.

A 21 ans, Geneviève est interpellée par l’exemple d’un prêtre engagé dans la pastorale jeunesse.

Son attrait pour la Visitation se confirme lors d’un pèlerinage à Compostelle, elle a 24 ans.

Geneviève exerce son métier d’institutrice durant quatre années avant de frapper à la porte du monastère de la Visitation, elle a 25 ans. Elle se souvient, en ces temps-là, nourrir un secret espoir d’expérimenter une vie exempte de tensions familiales.

Départ du monastère
Geneviève n’a pas oublié une remarque de sa formatrice durant son noviciat « Tu es comme un œuf sans croise (coquille). » « J’ai compris aujourd’hui que je suis une hypersensible » concède Geneviève, ce qui ne l’a pas aidée à trouver et prendre toute sa place au monastère.

En 2014, âgée de 50 ans, elle quitte le monastère après 25 ans de vie religieuse et retourne vivre en Valais.

Retour à la vie hors les murs
Automne 2014, Geneviève repart à Fribourg où elle occupe parallèlement un poste de secrétariat et comptabilité, compétence acquise au monastère, et d’animatrice en pastorale jeunesse et de rue. Septembre 2015, retour de Geneviève en Valais vers l’enseignement, son métier de formation.

En 2016, au bout d’une année d’enseignement Geneviève connaît une grave dépression, elle passe un mois à l’hôpital. Il s’en suit une ouverture d’un dossier AI. Toutefois elle obtient un poste, à temps partiel, en comptabilité pour une association. Elle tient ce poste durant cinq années.

Tout au long de ces années de « réinsertion » dans une société civile qui a énormément changé en 25 ans, ses premiers lieux d’amitié et de soutien sont d’une part le Groupe Salésien qui se réunit une fois par mois au monastère de la Visitation, groupe dont elle était l’une des deux instigatrices six ans plus tôt, et d’autre part le Cercle de femmes de Vallorbe.

Un autre lieu d’ancrage important sont les amitiés : celles fidèles depuis la jeunesse et celles tissées nouvellement notamment par le travail et la chorale, Geneviève y rencontre notamment trois bonnes amies dont « sa marraine ». «Je rencontre des personnes dans la même ligne humaine et ou spirituelle que moi. Même si certaines se disent non pratiquantes tout en étant ouvertes et accueillantes au Dieu dont je parle avec elles.»

«Ma famille se faisait présente au début mais je crois que mon « craque » leur a fait peur… J’ai senti un peu de prise de distance, depuis j’ai fait le deuil d’un soutien tel que je l’attendais et j’accueille ce qui est donné.»

En 2021, Sœur Catherine, nouvelle prieure de la Communauté de Géronde à Sierre lui demande de travailler au monastère, entre autres au service d’accueil. « J’ai vécu un coup du Saint-Esprit ! Je sens une mission d’interface entre la Communauté des sœurs et la société actuelle.»

«J’ai longtemps vécu avec le sentiment d’un échec, aujourd’hui j’accueille mon chemin, mon histoire. Malgré mes anxiétés je peux dire, le Seigneur a toujours été là et j’ai toujours eu ce qu’il me fallait. »

«Avec humour, je racontais à une amie que dans une période compliquée financièrement, je priais le Père ainsi: tu sais mon ordinateur, ma voiture, mon téléphone, j’en ai besoin alors merci d’en prendre soin. Et voilà que mon imprimante tombe en panne ! Mince, Père, j’ai oublié de te la confier. Mais (sourire) quand je sors la garantie, je découvre qu’elle est valable encore un mois. Du coup je dis au Père : pardon, tu as même pris soin de mon imprimante. Cela fait sourire mon amie mais souvent, elle me dit elle-même que j’ai un Grand Patron génial.»

Que retirer de l’expérience de vie au monastère?
«Le monastère a forgé en moi une grande ouverture de Cœur, ça sert pour le service d’accueil. Je me rends compte qu’aujourd’hui j’ai un cercle d’amis anciens et nouveaux. J’ai même rencontré un couple d’enseignants qui est devenu « parrain et marraine » pour moi.»

«Dans une communauté on ne sent pas la hiérarchie des unes vis à vis des autres. Ce qui compte c’est la fraternité de la communauté et de la Sœur supérieure. Beaucoup de décisions se prennent en commun, la synodalité est donc vécue concrètement.»

Au monastère, Geneviève a exercé différents métiers, du travail manuel de blanchisserie, en passant par le jardinage, la liturgie, au travail de gestion et comptabilité (économat) étudié en formation interne. «Tout travail quel qu’il soit a une valeur, dans une communauté on reçoit toutes le même « salaire » : logée, nourrie, etc.»

«La Communauté de Géronde vient de vivre un changement de prieure, l’ancienne redevient simple Sœur. Est-ce que dans notre monde on verrait un patron redevenir simple ouvrier?»

Où trouver aujourd’hui la joie de vivre
«J’ai retrouvé ma capacité d’émerveillement, par la nature, par mes relations, et parce que je ne suis pas seule ; quelqu’un m’accompagne. En plus j’ai la chance aujourd’hui d’avoir une patronne avec qui je ris beaucoup !»

«Quand je jette un œil dans le rétroviseur je perçois que même dans les périodes les plus sombres la lumière du Ressuscité reste discrètement présente. » Ce qui confirme la phrase reçue de Jésus lors de ma dernière retraite au monastère : « Quoi que tu fasses, ou que tu ailles, je t’aimerai toujours.»

Quel conseil à la personne qui entre dans la vie religieuse et celle qui en sort?
Pour la personne qui entre : «Ecoute ton cœur et prends ton temps.»

Pour celle qui sort du couvent ou monastère: «Cherche le soutien auprès d’une autre communauté pour faire une transition et n’aie pas peur de confier ce que tu vis à tes amis proches. » Ton expérience de vie est particulière, ose en parler même si parfois tu te sens « en décalage».

Quel cri à l’Eglise et au monde?
A l’Eglise «Oser parler et vivre d’Amour et même d’Amour inconditionnel ! » et au monde « Connectez-vous à votre cœur, aimez-vous et aimez les autres, c’est le cœur de notre vie».

Autolimitation

PAR JEAN-PASCAL GENOUD | PHOTO : PIXABAY

L’immense penseur et écrivain russe, Alexandre Soljenitsyne, au soir de sa vie, donnait trois conditions qui lui paraissaient nécessaires à l’avenir de l’humanité. L’une d’entre elles, il l’appelait autolimitation, se référant à la longue tradition chrétienne.

Il est évident que notre monde s’est emballé dans une frénésie de consommation, rendue possible par les révolutions industrielles et technologiques des derniers siècles. Longtemps cela a paru être de l’ordre d’un formidable progrès, dans une sorte d’ivresse devant les possibilités offertes par le développement stupéfiant de la science et de la technique.

Le XXIe siècle devait toutefois marquer un tournant. Prise de conscience douloureuse que les ressources de notre planète de sont pas infinies et que la hausse du niveau de vie d’une bonne partie du monde s’accompagnait de tout un cortège de fléaux redoutables. Pollution engendrée par l’activité économique, perturbations repérées dans les équilibres climatiques, perte de la biodiversité s’additionnent pour assombrir un avenir devenu plein de risques.

Dans ce contexte, la sagesse du vieux sage russe ne peut que nous interpeller, lui qui, des décennies à l’avance, prônait le principe d’autolimitation. Je peux faire trois voyages par année, mais je peux aussi choisir de n’en faire qu’un, que je prépare avec d’autant plus de soin et que je risque d’apprécier avec davantage de goût. Je peux céder à la tentation des sirènes de la publicité pour avoir l’ordinateur ou le téléphone portable dernier cri, mais je peux y résister librement. Je peux décider de faire moins de kilomètres avec ma voiture pour une occupation de mes loisirs plus en qualité qu’en quantité.

Devrais-je tomber dans un christianisme tristement puritain ? Avec au ventre, la peur de vivre pleinement et une mauvaise conscience permanente ?

Le Carême pourrait être au contraire ce temps d’une réflexion pour une joyeuse exigence. Le temps d’un engagement pour dépenser moins afin de vivre mieux. Avec la joie morale de conjurer un avenir menaçant. Nous serions alors les témoins d’un Dieu qui ne nous a pas voulus tout-puissants, mais capables de vivre intensément et solidairement nos limites humaines.

Une église pour l’avenir

PAR GENEVIÈVE DE SIMONE-CORNET
PHOTO: JEAN-CLAUDE GADMER

La communauté de Gland était en fête le 13 février (voir pages 9-11) : elle vivait, avec joie et fierté, la consécration par Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, de sa nouvelle église. Douze ans qu’elle portait, avec l’ensemble de l’Unité pastorale Nyon-Terre Sainte, ce projet ambitieux et mobilisateur. Aujourd’hui, elle dispose d’une église fonctionnelle, moderne et belle. Simplicité et sobriété s’y conjuguent pour la plus grande joie des paroissiens et des visiteurs.

Un projet mené à terme à force de persévérance, de travail et de foi. Un signe d’espérance pour les croyants d’aujourd’hui et de demain. Un pari sur l’avenir : oui, dans cinquante ans, voire un siècle, des chrétiens continueront à se réunir à Gland. A y vivre des célébrations recueillies, émouvantes, solennelles ou simples sur les pas des bâtisseurs d’aujourd’hui.

Car une église est d’abord au service d’une communauté : de sa vie et de sa croissance, de son présent et de son avenir. Elle est d’abord un lieu source pour les paroissiens : là ils se nourrissent du Christ, le prient, l’adorent ; là ils puisent force et espérance pour leur marche quotidienne au cœur d’un monde souvent fort éloigné de la dimension spirituelle de l’existence ; là ils se ressourcent pour témoigner avec joie de Celui qui habite ces murs et leurs cœurs.

Des murs qui rassemblent, des cœurs qui s’unissent, des mains qui se tendent : c’est cela, une église. Et celle de Gland, si belle soit-elle, est d’abord un lieu où fortifier sa foi pour repartir plus joyeux en témoins de la Bonne Nouvelle. Ils le savent, ceux qui l’ont voulue et construite, et c’est pour cela qu’ils ont mis du cœur à l’ouvrage.

La célébration fut belle, l’atmosphère recueillie, les visages et les cœurs étaient à la fête. Mais tout cela n’est que le début de la route : c’est maintenant que tout commence. Il faudra désormais habiter ces murs tout neufs, donner une âme à cette église, en un mot devenir des pierres vivantes et agissantes dans les remous du monde et les incertitudes de notre temps.

Place à la créativité, à l’imagination, pour faire de ce lieu un endroit accueillant, un endroit où il fait bon s’arrêter, prier, se retrouver. Mais pas trop longtemps, car Dieu nous attend sur les routes du monde. Halte bienfaisante, oasis, lumière dans nos nuits : elle sera cela, cette nouvelle église, et bien plus. Elle sera ce lieu où nous ressourcer pour repartir, joyeux et confiants, vers nos frères et sœurs en humanité.

Merci à tous ceux qui ont œuvré à ce projet. Merci à ceux qui désormais l’habiteront et le feront vivre jour après jour.

Le chemin…

… mystérieux d’un appel

Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai sois une bénédiction ! » (Gn 12, 1-2)

PAR ALAIN VIRET, THÉOLOGIEN FORMATEUR | PHOTO : DR

Il y a des détours dans une vie qui manifestent encore plus la fidélité du Seigneur qu’une ligne droite.

En réfléchissant sur mon parcours pour répondre à la demande de cet article, j’ai éprouvé combien le Seigneur nous invite à la confiance et combien il nous accompagne dans les joies comme dans les épreuves. Il nous appelle à entrer en dialogue avec lui dans le concret de l’histoire de son peuple comme de l’histoire singulière de nos vies.

Issu d’une famille modeste de France voisine, j’ai beaucoup reçu à travers l’amour et la foi de mes parents et la riche animation d’une paroisse où je me suis très tôt engagé comme servant d’autel, catéchiste et membre de groupes de jeunes. C’est là qu’a grandi en moi le désir de suivre le Christ de plus près.

Des joies et des charges

Après des études profanes et une expérience de travail en hôpital, j’ai opté pour une longue formation théologique qui m’ouvrit au ministère de prêtre diocésain. Pendant 26 ans, j’ai accompagné la vie de communautés et me suis passionné pour l’intelligence de la foi de mes frères et sœurs baptisé-e-s. Si j’ai éprouvé bien des joies dans ce service, bientôt, le poids de la charge, la sacralisation du prêtre de plus en plus soupçonné à cause des abus, tout comme la difficulté de vivre une fraternité interculturelle et le manque d’une vie affective et le sacrifice d’une descendance m’ont mis en crise.

Sans le justifier, ce climat ouvrit sur une rencontre amoureuse qui me révéla à moi-même et sur la naissance d’une enfant qui trouva dans le nom de Marie et sous la protection de sainte Anne d’Auray, un chemin inédit de promesses ! S’imposa à moi un choix difficile mais vécu dans la confiance et non dans l’hypocrisie d’une double vie pour continuer à vivre mon baptême d’une autre manière. L’opportunité me fut donnée de venir en Suisse et de poursuivre ce travail de formation chrétienne qui m’a toujours finalement habité. J’ai goûté à la joie de collaboration œcuménique et à la possibilité de servir, avec l’expérience accumulée, la diversité des ministères dans une Eglise en pleine mutation.

En relisant ce chemin parcouru, je perçois mieux la fidélité du Seigneur à mon égard et le déploiement de mon baptême dans ce chemin singulier. A l’heure où, sous l’impulsion du pape François, l’Eglise approfondit sa nature synodale, j’entends de nombreuses voix qui demandent une évolution de la discipline de l’Eglise latine concernant le célibat sacerdotal. Sans renier sa valeur quand il est pleinement assumé, la rencontre de pasteurs réformés et de prêtres mariés de rite oriental présents en Suisse romande me fait penser que l’Eglise catholique gagnerait en crédibilité à ouvrir avec discernement, ce choix comme elle l’a fait pour le ministère diaconal. Je ne doute pas qu’elle sera amenée à le faire dans une dynamique œcuménique et pour répondre aux besoins des communautés. Il est temps d’écouter ce que l’Esprit dit aux Eglises dans la fidélité à la Parole de Dieu et la confiance au sensus fidei !

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