« Qui dites-vous que je suis ? »

La manière dont je considère la personne de Jésus détermine la manière dont je vis ma vie, opère des choix, prends des décisions, appréhende les relations, affronte les difficultés, mais aussi la façon dont je conçois la mort, la vie éternelle. Il s’agit de la question la plus importante. Jésus interpelle ses disciples: «Qui dit-on que je suis?» Puis, il s’intéresse à connaître leur propre perception: «Et vous, qui dites-vous que je suis?» (Mt 16, 15)

TEXTE ET PHOTO PAR OLIVIER TARAMARCAZ

De quelle manière connais-tu Jésus ? Je peux dire ce que les autres disent, penser ce que les autres pensent, reproduire ce que j’entends autour de moi. Je peux avoir une représentation de Jésus nourrie par la culture, par une religion, par une tradition. Je peux me contenter de présupposés, de vagues pensées. C’est ma décision de choisir de me contenter d’une opinion sur la personne de Jésus ou d’incorporer un regard en extériorité. C’est ma décision de prendre au sérieux ses paroles ou d’y rester indifférent. Jésus ne s’intéresse pas seulement à savoir ce que tu sais de lui, ce que tu as cru bon d’intégrer comme imagerie au sujet de sa personne, faisant tiens les propos entendus ici et là. Les religieux censés être porteurs de la Parole de Vie, ne se sont approchés de Jésus que pour le prendre en défaut, dans le but de l’accuser, de le condamner. Ils ont rejeté le Messie. Les religieux ont défendu leur religion, qui s’est au final substituée à la Parole vivante. « La pierre angulaire a été rejetée par ceux qui bâtissaient. » (Ps 118, 22)

Jésus veut me sortir de ma tombe

Jésus veut me faire sortir de ma tombe religieuse, de mon piédestal philosophique, de ma prétention culturelle, de mon voile artistique, dans la mesure où ils forment des feuilles de figuier couvrant mon désarroi d’une couche de vernis. Il veut me faire connaître la vie que je ne peux connaître par moi-même.

La foi en Christ n’a rien à voir avec une morale religieuse, ni avec la pratique de rites traditionnels. La foi chrétienne révèle qui est Jésus-Christ, ce qu’il a accompli. En ouvrant la Bible, le Livre par lequel Dieu parle, je prends conscience de mon état d’être humain marqué par la Chute, mais aussi de la Bonne Nouvelle de la justice de Dieu qui répond lui-même au problème, et le résout, en me rachetant, prenant sur lui mes fautes et les effaçant. Jésus ne me laisse pas dans le doute. Il affirme qui il est : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14, 6) « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra. » (Jn 11, 25)

Affirmation tranchante

En dehors de Jésus-Christ, Il n’y a pas de chemin, pas de vérité, pas de vie. Chacun demeure libre de l’accueillir ou de s’inventer des fables, de construire un système de rédemption, de rester dans l’état de la chute d’Adam et Eve. Jésus nous dit de manière franche : « Si vous ne croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans vos péchés. » (Jn 8, 23-24) Cette affirmation est tranchante. Il n’y a pas d’alternative. Le péché entache notre nature humaine du sceau de la mort, nous entraîne inéluctablement dans son sillage sans espoir d’en sortir. Bertrand Russell, athée, l’a reconnu, confessant son désespoir : « Brève et impuissante est la vie de l’homme. Sur sa course et sur toute sa course, le destin lent et sûr tombe, impitoyable et sombre. » Russell a saisi une vérité proclamée par Jésus-Christ : par lui-même, l’homme est impuissant à vaincre la mort. Il n’a cependant pas saisi la Bonne Nouvelle qui suit le constat : « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. » (Rm 6, 23) La croix est un carrefour dans la vie de chaque personne. La Bible indique la direction, affirme l’autorité unique de Jésus : « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. » (1 Jn 5, 11) Celui qui dit qu’il croit en Dieu, mais qui rejette le Fils, ne croit pas Dieu, et n’a pas en lui la vie de Dieu.

Jésus veut me ressusciter

La vie réelle c’est de connaître intimement, personnellement celui qui m’a créé. « La vie éternelle c’est te connaître toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17, 3) Jésus m’associe à sa vie et à sa résurrection, dans la mesure où je place toute ma confiance en lui. La foi en la personne de Jésus me ressuscite, me fait découvrir ma vraie identité. Il me justifie, me restaure, me guérit. Jésus veut me ressusciter avant ma mort. Je peux expérimenter l’action libératrice de Dieu en recevant la vie nouvelle qu’il veut me donner en Christ.

L’apôtre Paul l’a expérimenté lui-même : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » (2 Co 5, 17) Cette promesse est sans pareille. Elle est unique dans l’histoire de l’humanité. Jésus n’a cessé de l’affirmer. Ses disciples également ont annoncé la voie de la délivrance, la libération de la prison du péché : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. » (Rm 8, 1) Il ne s’agit dès lors pas de religiosité, ni d’appartenance à une Eglise, à une confession, mais bien de foi personnelle en la personne de Jésus-Christ et dans l’acte qu’il a accompli. Jésus s’adresse à toi aujourd’hui : « Qui dis-tu que je suis ? » ; « Qui suis-je pour toi ? »

Le sujet est difficile

« Ah mais en fait vous aussi vous croyez en Dieu ?! »

Il y a peu j’ai appris lors de retrouvailles entre amis qu’en fait, sans qu’aucun de nous soit au courant, nous étions tous croyants. Je ne l’aurais jamais pensé, et pour cause, nous avions toujours évité le sujet. Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile d’affirmer sa foi, dans la vie de tous les jours.

Il y a la peur d’être pris pour un extraterrestre.

La flemme de devoir répondre pour la énième fois à : « Qu’est-ce que tu penses des croisades ? »

Alors, peut-être qu’on peut essayer de témoigner de notre foi par une vie exemplaire.

Mais il faut se rendre à l’évidence si on n’en parle jamais nous sommes invisibles.

Le fait de l’avoir dit une fois ne fait pas tout non plus, une fois le moment de surprise passé l’affaire est en général rapidement enterrée. La plupart des discussions sur le sujet se terminent par : « On veut bien que tu sois croyant, mais nous ça ne nous intéresse pas ».

Jusqu’au jour où l’on est consulté, à propos d’une vidéo YouTube sur une communauté Mennonites en Bolivie: «Toi qui es croyant tu en penses quoi ?»

Le point d’accroche est maigre, le sujet difficile, mais avec de la patience, à force d’en parler, peut-être un jour arrivera-t-on à quelque chose.

«Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile d’affirmer sa foi, dans la vie de tous les jours.»

Simon Moerschell

Une petite bougie en union de prière avec l’Ukraine

A nos portes le peuple ukrainien fait face à l’absurdité et à la violence d’une guerre fratricide. Face au raz de marée médiatique, on aurait tendance à se dire que plus rien d’autre n’existe. Et pourtant, tant d’autres peuples sont en grande détresse aujourd’hui. En fait, le mal fait grand bruit, on le sait. Il faut un cœur de chair pour découvrir les perles qui brillent comme un trésor d’espérance et de résurrection dans les mains, les yeux, le cœur d’une petite fille de 4 ans qui demande à sa maman d’aller à l’église allumer une bougie pour l’Ukraine. Acte qu’elle va désirer renouveler.

PAR VALÉRIE PIANTA
PHOTO : DR

A l’heure où j’ai réfléchi à ces lignes, puis à celles où je vous les écris, les bombes pleuvent sur l’Ukraine ; et avec les bombes, les tirs en rafale. C’est la terreur et le règne de la mort qui s’installent sous nos yeux atterrés. Une hémorragie de la vie se produit à travers les gens tués ou fuyant leurs terres. Nous assistons impuissants à cette nouvelle prise de pouvoir du mal et de la mort, aux portes de notre continent.

Ici, à nos côtés, se tiennent nos enfants et nos petits-enfants, comme de véritables petites éponges qui absorbent nos paroles, nos discussions, nos expressions effarées et qui voient, pour certains, des images – alors que d’autres plus petits, peut-être, les imaginent ! Dès lors que cette terrible réalité est là et qu’elle envahit d’inquiétude nos foyers à travers le débordement d’informations qui submerge tant les réseaux sociaux que les moyens de communications, comment ne pas expliquer avec nos mots à nos petits ce qui se passe ?

Et voilà qu’une petite fille devient signe de Résurrection parce qu’elle veut allumer une flamme dans cette nuit que nous, adultes, voyons menacer le monde. Une petite fille qui vient nous dire avec peu de mots, mais avec le puissant symbole pascal de la Lumière, qu’elle croit que sa prière va monter vers Jésus et vers Marie !

L’être humain porte en lui cet espace spirituel mystérieux : il est dessiné dans son ADN. C’est si puissant qu’une petite fille au cœur en alerte peut le découvrir et le révéler pour en extraire un signe de Lumière sur un chemin obscur. Elle pose une petite pierre pour construire la paix, pour ébaucher le chemin qui conduit vers Pâques, le grand passage de la mort à la vie en Jésus, le Christ, qui est venu défier le mal et la mort et en est sorti victorieux !

Tout cela, elle ne le sait pas (encore) ! Mais c’est un trésor caché en elle dans cet espace où Dieu se dessine, et l’appelle. Et nous, adultes, le mesurons-nous vraiment lorsque nous sommes nous aussi, par nos tout petits gestes, des témoins du Christ-Paix ?

Cette (ma) petite fille est un témoin de Pâques, une étincelle de vie qui participe au feu de la Résurrection ! Le croirez-­vous ?

 

Chrétien ? Comment, dans un monde qui ne l’est plus ?

PAR JEAN-FRANÇOIS DELÉAVAL
PHOTO : JEAN-MARC SUDAN

La crise de la modernité touche aussi bien la politique que la spiritualité. L’obéissance aux lois civiles s’impose de plus en plus au détriment de l’Evangile et de son esprit. Les églises se vident et le message chrétien est altéré.

Pourtant, l’heure n’est pas au découragement. « Il faut simplement se convertir pleinement au Christ et s’inspirer de saint Benoît pour bâtir des communautés ouvertes, engagées et solidaires au milieu du monde. » (Rod Dreher, journaliste)

Il est évident que l’on ne peut plus se contenter d’aller à la messe le dimanche. Il faut que le choix des loisirs, des moyens de communication, de la profession, du lieu et de la manière de vie soit subordonné à l’engagement chrétien. Il faut que chaque famille ne vive pas sa foi de manière isolée mais qu’elle s’agrège en communauté de foi au sein de ce monde.

Ne l’oublions pas : les chrétiens ont mission d’évangéliser et le levain ne peut faire lever la pâte s’il ne s’y plonge pas.

Résister à l’esprit de ce monde, matérialiste, technologique, suppose un christianisme, bien sûr, personnel mais aussi communautaire.

Je me souviens, il y a de cela fort longtemps, que l’on avait des gestes, discrets, mais qui montraient notre foi. Mon père faisait toujours un signe de croix avec son couteau au dos du pain avant de l’entamer.

Vous rappelez-vous, pour les plus anciens, la prière avant les repas : silence ! Puis le père de famille remerciait Dieu pour le repas qu’Il nous prodiguait et la cuisinière pour son travail.

Et la prière du soir ou du matin ? Qui la récite encore de nos jours ?

Lors des orages, une branche de buis, glissée sur le crucifix, ou l’eau bénite à l’entrée de la chambre devaient nous protéger du mauvais temps.

C’étaient des gestes, simples, visuels, mais qui rappelaient au monde que nous sommes chrétiens à tout moment de la journée.

Ainsi, l’Eglise se perpétuera par des gens convaincus qui agiront, dans le monde, selon leur foi, par des gestes qui exprimeront leur croyance.

Chrétien dans un monde qui ne l’est plus?

Catholique pratiquant, Martin, 16 ans, témoigne pour nous de son vécu dans notre société déchristianisée.

TEXTE ET PHOTO PAR MARIE-PAULE DÉNÉRÉAZ

En tant que jeune chrétien, ressens-tu un décalage dans certains milieux ?

Oui, quotidiennement et un peu partout : à l’école, dans les transports publics, sur les réseaux sociaux. Dans le sport, c’est un peu moins marqué.

Comment ce décalage se manifeste-t-il ?

J’entends beaucoup de moqueries et de clichés sur l’Eglise, par exemple sur les prêtres pédophiles. Des jeunes qui disent : « Je crois en la science, pas au christianisme » ; « Aller à l’église, c’est faire partie d’une secte ». Dans les transports publics et ailleurs, je suis témoin de blasphèmes proférés par des groupes sataniques comme : « C’est Satan qui fait des miracles, pas Dieu. » Je vois des jeunes qui ont un look inspiré du rock sataniste et qui proclament : « Le satanisme c’est notre religion ! » ou « Satan est dans l’Eglise ! ». Ce genre de provocations est très courant sur les réseaux sociaux. Ces outrages au sacré et à l’Eglise me font mal au cœur.

Qu’est-ce qui t’aide à tenir face à cette réalité ?

Ma relation personnelle avec Dieu dans la prière. Mes hobbies : le basket, le vélo, sont des activités qui me permettent d’échapper à cette réalité et de faire de nouvelles rencontres. Je pratique volontiers le ski et la marche en montagne où je peux rencontrer de bonnes personnes.

Dans quels groupes te sens-tu soutenu ou encouragé ?

Les membres de ma famille sont croyants et pratiquants et j’ai confiance en eux, je sais que je peux leur poser des questions en cas de doutes. Dans ma paroisse, j’apprécie les homélies de notre curé qui m’apprennent beaucoup et je peux servir la messe. Dans ces moments-là, je ressens une grande joie dans le cœur. Par ailleurs, je fais partie de l’association du Scoutisme européen suisse. Le but de ce mouvement est l’éducation du corps, de l’âme et de l’esprit. Je m’y sens libre et bien entouré. J’apprends à vivre des valeurs telles que la discipline, l’autonomie et la solidarité. Nous y pratiquons des activités de découverte et d’endurance dans le respect les uns des autres et en accord avec le nature. Je suis aussi membre du groupe OAFJ (Tout pour Jésus) lié à la fraternité Eucharistein. J’y approfondis ma foi avec des jeunes de mon âge. Nous y apprenons à mieux connaître Jésus.

Qu’espères-tu pour l’avenir de l’Eglise ?

Que les églises se remplissent, aussi de jeunes, comme à la soirée de louange du 19 février. Que les chrétiens soient moins tièdes et vraiment pratiquants.

Merci Martin. Bon vent dans le souffle de l’Esprit Saint.

Comment se réjouir de Pâques ?

Dans cette rubrique, L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg,
à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix. Ce mois, c’est Céline Ruffieux qui prend la plume.

PAR CÉLINE RUFFIEUX, REPRÉSENTANTE DE L’ÉVÊQUE À FRIBOURG
PHOTO : CATH.CH

A peine sortis de la pandémie, nous voilà confrontés à une autre violence, celle de la guerre, à deux pas de chez nous. Des temps de désert qui semblent se superposer les uns aux autres, qui semblent s’éterniser, sans porte de sortie. Que faire alors du Carême, cet autre temps de désert? Comment se réjouir de Pâques?

Notre foi et nos rites sont notre essentiel, c’est ce qui nous «reconnecte» à ce qui fait de nous des femmes et des hommes debout, capables de laisser passer la lumière de Dieu à travers soi, capables de vivre chaque nouveau jour comme une Pâques où la vie l’emporte sur la mort. Face à la peur et aux angoisses, face à la violence des hommes, nous sommes pleins d’Espérance et d’Amour. La force de la solidarité, de la prière et de la compassion sont forces de vie toujours renouvelées.

Jour après jour, pas après pas sur ce chemin vers Pâques, nous pouvons changer le monde. Par un regard plein de bienveillance, posé sur cet autre qui pense ne rien mériter, par un sourire gratuit à ce passant ou ce collègue, par un mot qui va relever celui qui est tombé. Changeons le monde! Le Carême ne se comprend qu’en regard de Pâques. Rappelons-nous: «La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ, la joie naît et renaît toujours.»1

Malgré les violences du monde et les difficultés de la vie, nous avons reçu ce don ineffable de pouvoir se laisser sauver par le Christ. Qu’en faisons-nous alors? Pouvons-nous en témoigner dans chacun des actes que nous posons, dans chaque décision que nous prenons? Savons-nous être dans la gratitude et l’émerveillement?

«Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts.» (1 Pierre 1, 3)

1 Pape François. La joie de l’Evangile – Exhortation apostolique. 2013.

Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus?

PAR LE CHANOINE PHILIPPE AYMON
PHOTO : BENOIT BRUMMER

Ne faudrait-il pas d’abord se poser la question: ce monde n’est-il vraiment plus chrétien? Qu’il y ait des régions qui ne l’ont jamais été, c’est une évidence. Mais sommes-nous bien d’accord pour dire que l’Occident, l’Europe, le Valais ne sont plus chrétiens? Ne pensons-nous pas que les reliquats culturels du christianisme font encore de notre société «un monde chrétien»?

En décembre, j’ai commis un sermon qui abordait justement cette question et dont le refrain était : « Le christianisme est mort, mais il ne le sait pas encore. » Le christianisme non pas comme foi et conviction personnelle, mais comme phénomène social. Mort, comme l’était le communisme du début des années 80, alors que l’URSS avançait par la force de l’inertie avant de s’écrouler complètement. Une inertie qui est certainement le « moteur » du catholicisme d’aujourd’hui.

Chantal Delsol, Professeure de Philosophie, a publié un livre intitulé : « La fin de la chrétienté » (Le Cerf 2021), qui dresse un tableau douloureux du fait religieux dans nos sociétés. Guillaume Cuchet, dans une interview qui traite du même sujet, a cette phrase terrible : « Les petits-enfants dans la nef, en enterrant leurs grands-parents, enterrent les derniers chrétiens de la famille. » N’oublions pas qu’il est inutile de s’en prendre à l’infirmière et de casser le thermomètre, sous prétexte que l’on refuse de reconnaître que l’on a de la fièvre !

Pour notre diocèse, la lettre pastorale de Mgr Brunner : « Rencontrer le Christ aujourd’hui », publiée en 2003, nous interpellait sur le même sujet. Comment avons-nous répondu aux réflexions de l’ancien évêque de Sion ? Vingt ans plus tard, force est de constater que la fièvre n’a pas baissé et que le malade attend toujours un remède…

N.B. : Pour aller plus loin dans la réflexion, on trouvera sur le site des paroisses de Sion (https://paroisses-sion.ch), à la page Cathédrale :

– La lettre pastorale de Mgr Brunner.

– Une brève vidéo qui est une interview de Mme Chantal Delsol.

– Une interview de Guillaume Cuchet intitulée : « Quel avenir pour le catholicisme ».

Et alors ?

PAR THIERRY SCHELLING | PHOTOS : CATH.CH / GRÉGORY ROTH, DR

«Un changement d’époque», plutôt qu’«une époque de changement», voilà le constat du pape François. L’écroulement – accéléré par le tsunami de la révélation (enfin !) des abus par le clergé – de l’institution Eglise et de ses codes est bien visible dans notre hémisphère: logiquement, moins de prêtres (même en Pologne qui s’en lamente !).

Alors soit on rafistole à coup d’«Année du prêtre», de veillées de prière pour des vocations sacerdotales et religieuses, de cybercurés (à la gamme de pertinence fort discutable d’ailleurs…), soit on change de lunettes, voire de «logiciel intérieur», et on relit: alentour (par les périphéries d’abord), le monde entier (et pas juste notre nombril centre-européen), et… l’Evangile. Et c’est plus que réjouissant!

«Le monde nouveau» promis par l’Apocalypse est déjà en route, avec le timonier François: ces milliers de jeunes engagés pour la défense des humains, des migrants, des bannis de la société, de la nature, des animaux, de la mer… ; ces milliers de femmes qui gouvernent, décident, commandent, rassemblent, bénissent, prêchent au sein de maintes communautés spirituelles et pas que chrétiennes ; etc. Ces fameux « signes des temps » invoqués déjà par Jean XXIII en 1958: ils sont là, bien visibles, inexorables! L’Eglise, c’est le «laios tou theou», le Peuple de Dieu – les laïcs! – au service du monde.

Dans quel monde vivons-nous ?

PAR L’ABBÉ JEAN-MICHEL MOIX
PHOTO : EXTRAIT DE LA REVUE CATÉCHÉTIQUE

«À LA RENCONTRE DE DIEU», TRANSMETTRE, ANNÉE 3, 2016, PP. 8-9

Nous vivons dans une société en pleine mutation, où les progrès technologiques changent notre mode de vie et promettent un avenir enchanteur… où l’homme est défini désormais comme un «objet interconnecté», où l’on parle de l’homme «augmenté».

Mais reprenons. «Hier» une révolution industrielle s’est opérée lorsque l’on a réussi à convertir de la vapeur d’eau bouillante en énergie pour faire fonctionner des trains ou des bateaux à vapeur… Par la suite, une seconde révolution industrielle s’est opérée lorsque l’on a produit une nouvelle source d’énergie : l’électricité, à partir d’une chute d’eau ou d’un moteur à explosion (pour les voitures). Puis, vint la 3e révolution industrielle avec le développement de l’informatique, des ordinateurs. A présent, nous sommes entrés dans une 4e révolution industrielle : celle de l’intelligence artificielle, celle de la numérisation, celle de la nanotechnologie (avec le développement notamment de nouveaux « vaccins »…).

Bref ! La tentation est grande de demander à la technologie ce que la foi nous faisait demander à Dieu : parvenir à l’immortalité, accéder à un bonheur (terrestre) qui rappelle l’Eden de nos premiers parents Adam et Eve…

Mais n’est-ce pas la grande illusion, le grand mensonge de notre temps ? Se passer de Dieu, vivre comme si Dieu n’existait pas, reléguer la foi dans le domaine privé, définir soi-même ce qui est bien et ce qui est mal ? N’est-ce pas une utopie vouée à la ruine, à l’échec ? Sous couvert de société parfaite ou de race supérieure, le nazisme ou le communisme s’y sont essayés et ils ont échoué… Est-ce que l’humanité a appris de ses erreurs ?

Dans la conception chrétienne du Moyen Age, il y avait la conscience que le monde dans lequel nous vivions était issu de Dieu, était Sa création, l’homme y compris. Il y avait la foi que si Dieu avait créé le monde pour l’homme, l’homme devait ensuite rapporter toute chose à Dieu. Aujourd’hui, dans un monde qui a perdu la foi, dans un monde qui se veut être connecté à tout, le drame c’est que l’homme s’est « déconnecté » de Dieu. L’homme renie son état de créature vis-à-vis de Dieu. L’homme nie ainsi sa dépendance à Dieu, oublie qu’il a besoin d’entrer en relation avec Dieu, pour l’aimer, pour le prier, pour l’adorer. L’homme contemporain qui vit comme si Dieu n’existe pas réalise ainsi la parole que Dieu adresse à l’église de Laodicée, dans le livre de l’Apocalypse : « Tu dis : – je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien – et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! » (Ap 3, 17)

La tendresse du Père

Elisabeth Parmentier a pris ses fonctions de doyenne de la faculté de théologie de Genève en juillet dernier. Rencontre avec la première femme nommée à la tête de cette vénérable institution depuis sa création.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER

Elisabeth Parmentier

En tant que première doyenne de la faculté, quels sont les projets que vous souhaitez particulièrement mettre en œuvre?

Que la théologie devienne accessible et compréhensible par tous. C’est un concept que la plupart de nos contemporains ne comprennent plus, car ils ne savent pas ce que cela recouvre. Mon premier but et celui de tous les enseignants de la faculté est de montrer la pertinence de la théologie aujourd’hui dans les questions du monde. Toutes les questions qui «agitent» l’être humain touchent à la théologie.

Comment ramener la théologie au cœur de la société et ne pas la confiner aux auditoires universitaires?

On pense souvent que les facultés de théologie sont des lieux pour former des pasteurs ou des catéchètes, alors que nous nous adressons à un auditoire bien plus large. Les gens cherchent un sens au monde, à leur vie. Toute cette catégorie de personnes est en recherche de réflexion de qualité par rapport à la vie. Pour former les esprits à l’interprétation du monde d’aujourd’hui, nous proposons tout un éventail de disciplines pour montrer en quoi la théologie a toujours sa pertinence.

Pourquoi un tel besoin de sacré, aujourd’hui, dans nos sociétés laïques?
Le monde de plus en plus rationalisé, tourné vers la réflexion cartésienne et technologique, pousse l’être humain à rechercher quelque chose de plus profond. Cette quête spirituelle habite l’être humain. Les religions traditionnelles ont souvent été décevantes du fait de leur institutionnalisation. Malheureusement, ce besoin de spirituel étant souvent identifié aux Eglises, il y a rejet. Les gens pensent alors qu’il n’y a plus rien d’intéressant à rechercher dans cette direction. Les Eglises sont comme les êtres humains, avec leurs limites, mais cela n’amoindrit pas la qualité de leur message.

En tant que spécialiste de théologie féministe, quel est le rôle de la théologie dans la place accordée aux femmes ?

La théologienne a pris ses fonctions de doyenne en 2018.

La transmission du christianisme a été adaptée aux cultures en place. Pour être accepté, le christianisme a coupé le côté nouveau et révolutionnaire du message de Jésus-Christ. Dans la plupart des sociétés dans lesquelles le christianisme s’est développé, les hommes étaient dans la vie active et les femmes au foyer et il s’est accommodé à cela. Les lectures féministes des textes bibliques essaient de les relire au-delà de ce que la tradition a «enrobé» autour. En regardant vraiment les mots et les expressions utilisées, le texte est réellement plus ouvert que ce que la tradition en a fait. Elle a polarisé sur un seul aspect alors que les textes, dans leur sens premier, brisent les stéréotypes.

Que pensez-vous de l’idée de l’Eglise protestante de Genève de «démasculiniser» Dieu ?
Je pense que la question centrale est mal comprise du grand public. En réalité, il ne s’agit pas de caser Dieu dans un attribut masculin ou féminin. Dès le début de la tradition chrétienne et de l’Ancien Testament, il a toujours été clair qu’Il est au-delà de toutes les images. Ce qui se trouve derrière cette demande, du côté catholique comme protestant, est d’insister sur la relation aimante de Dieu avec les humains, avec des analogies comme la miséricorde et la tendresse, classiquement attribuées au féminin, peut-être à tort. Certaines femmes expliquent qu’être absentes du langage condamne à l’invisibilité. Il est important qu’il n’y ait pas de polarisation entre le féminin et le masculin, mais que cette diversité de langage soit présente. Et cette diversité est nécessaire, car aucune comparaison ne veut «décrire» Dieu, mais est langage de relation. Malheureusement avec des titres comme «démasculiniser Dieu» nous nous trouvons en plein dans les clichés.

Biographie express

Née en 1961 à Strasbourg, Elisabeth Parmentier est une théologienne protestante française et professeure de théologie pratique à l’université de Genève. Spécialiste d’œcuménisme et de théologie féministe, elle a pris ses fonctions de doyenne en 2018.

Eglises désertées, fidèles vieillissants, oh là là

PAR JEAN-CHRISTOPHE CRETTENAND
PHOTOS : BENOÎT GAILLARD (BENGAIL)

Au fil des messes dominicales, il m’arrive de me dire qu’il y a de moins en moins de monde à l’église, du moins que le noyau que j’étais habitué à rencontrer dans les bancs de mon église, devient de plus en plus petit. Je ne vous parle pas des messes en semaine, car à ce que j’entends il n’y a pas grand monde…

Cependant, affirmer cela sans plus de considération, c’est oublier un peu vite que depuis quelques décennies il est devenu de plus en plus courant de choisir sa célébration en fonction de son agenda. Selon les activités du week-end, les cases libres sont identifiées et on trouve alors à coup sûr un horaire de messe qui permet de satisfaire tout le monde au coup par coup. Ainsi, le noyau est dispersé, mais il n’en reste pas moins fidèle.

De même si lors d’une messe en semaine dans une paroisse voisine je me dis qu’il y a vraiment du monde ici, c’est que je ne suis pas dans ma paroisse pour faire monter le compteur.

Dernièrement, avec mon copain Xavier (Rémondeulaz pour ceux qui le connaissent), nous nous sommes fait la réflexion, à la sortie d’une célébration, que nous étions les deux plus jeunes paroissiens du jour. Si cette perspective que deux quadragénaires représentent la base de la pyramide des âges des fidèles n’avait déjà rien de réjouissant, c’est lorsque nous nous sommes rendu compte qu’à nos 20 ans nous nous faisions déjà la même réflexion que nous nous sommes dit : « Oh là là. »

Pour aller au bout de mes théories des églises désertées et des fidèles vieillissants, basées sur mes constats sporadiques, il en faut tout de même un peu plus… Afin que ces dernières soient véritablement solides, il faudrait que je sois plus régulier dans la fréquentation des célébrations de ma paroisse. De cette façon, mes statistiques personnelles seraient réellement fiables et ne m’amèneraient pas à de bien trop hâtives conclusions…

Le mouvement des Focolari

De nombreuses communautés composées de religieux ou de laïcs sont présentes en Suisse romande, comme autant de témoins de la vitalité et de la diversité de l’Eglise. Ce mois-ci, cap sur les Focolari.

PAR PASCAL ORTELLI | PHOTO: DR

Fondatrice: Jeune institutrice, Chiara Lubich (1920-2008) initie, en pleine guerre, un nouveau style de vie au service de l’unité et d’une fraternité universelle renouvelée, en s’inspirant des principes de l’Evangile, en écho avec les valeurs présentes dans d’autres religions et cultures.

Dates clés:
1943 : une première communauté démarre à Trente. Les habitants l’appellent focolare (de l’italien « foyer »), car l’amour y circule comme dans une famille. Le nom est resté;
1948 : l’écrivain et journaliste Igino Giordani devient le premier focolarino (sorte de laïc consacré) marié et un grand promoteur du mouvement à l’internationale;
1962 : le pape Jean XXIII reconnaît officiellement le mouvement;
1987 : les Focolari, par le biais de leur organisation « Humanité Nouvelle » sont reconnus comme ONG par l’ONU ;
1998 : Chiara Lubich reçoit le Prix européen des droits de l’homme.

Organisation: Le mouvement, présidé par une femme d’après ses statuts, est présent dans 182 pays. En Suisse, il compte environ 1000 membres et est en contact avec quelque 20’000 personnes. Les formes d’engagements sont variées (rassemblement de jeunes, journée de formation pour les familles et groupes locaux de partages, volontariat, etc.). Les focolarini s’engagent à maintenir le « feu » allumé et vivent en petite communauté de laïcs, tout en travaillant dans le monde et en mettant en commun ce qu’ils possèdent.

Mission: Vivre l’unité dans la diversité, en contribuant à davantage de fraternité dans le monde.

Présence en Suisse:
A Zurich s’ouvre un premier focolare en 1961 puis à Genève, Lugano et Berne.
A Baar démarre en 1975 un centre de formation qui regroupe aujourd’hui la cité pilote «Pierre angulaire».
A Montet, un centre international assure depuis 1981 la formation des jeunes qui souhaitent entrer dans un focolare.

Une particularité: En 1962, en voyant l’abbaye d’Einsiedeln, Chiara Lubich a l’idée de créer des cités-pilotes composées de maisons, lieux de travail et d’école témoignant de l’idéal d’unité du mouvement.

Pour aller plus loin: focolari.ch

« Le mouvement des Focolari, c’est… »

par Paul Legrand, focolarino à Montet

… répondre à l’appel du Christ : « Viens, suis-moi ! Laisse tout pour moi ! Vis ce que j’ai demandé : « là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » » (Mt 18, 20). Après l’avoir vécu en Italie, Belgique, Kenya, Congo, je le vis maintenant avec une centaine de personnes de 35 nations à Montet dont la moitié, des jeunes, porteront ce feu de l’Evangile vécu dans les différents continents au terme de leur année vécue ici.

La famille Williams: Ali, Dave, Abi, Jess et Ben

 

PAR ALI WILLIAMS
PHOTOS : FAMILLE WILLIAMS

Nous sommes originaires d’Angleterre et après une longue recherche afin de trouver l’endroit idéal pour notre maison de vacances, nous avons acheté un appartement à Grimentz en 2005.

A la suite de plusieurs séjours en famille ici à Grimentz, nous avons décidé de mettre de côté notre vie londonienne et nous avons déménagé de Londres à Grimentz pour une année sabbatique, en août 2008, avec nos deux filles : Abigail et Jessica, qui avaient 4 et 3 ans.

L’idée de l’année sabbatique était de passer plus de temps avec nos filles, d’avoir une vie plus calme et de réfléchir à ce qu’on allait faire dès notre retour à Londres.

Abigail a commencé tout de suite l’école enfantine à Grimentz et Jessica la crèche à Vissoie.

C’est après seulement 2 mois que nous avons réalisé que le Val d’Anniviers était l’endroit où nous voulions vivre le reste de notre vie. Nous adorions notre vie dans les montagnes. Alors, nous avons officiellement décidé de nous y établir et nous avons mis en place notre commerce « Valet d’Anniviers » – une entreprise qui offre une gamme complète de produits et de services pour les propriétaires et les vacanciers dans le Val d’Anniviers, comme le service traiteur, la gestion des résidences secondaire, etc.

En 2010, notre fils Ben est né à Sion. Notre appartement est devenu trop petit pour une famille de 5 personnes, donc nous avons loué un chalet dans le village et en même temps, nous nous sommes mis à la recherche d’un terrain pour construire une maison.

Pendant les années suivantes, nos enfants ont eu la chance de grandir dans un environnement magnifique. Ils ont pu profiter de faire diverses activités dans la région comme par exemple le ski club, le tennis, le badminton, la danse, la musique, le foot, le hockey… IIs ont tous été servants de messe, Ben l’est toujours et Jessica est lectrice ; ils ont reçu tous leurs sacrements ici, à Anniviers. Ben recevra le sacrement de la confirmation cette année. Récemment, nos enfants ont rejoint la jeunesse d’Annivers, ils ont aussi participé au camp Moyes et font partie du Team Avalanches.

Nous aimons être impliqués dans la vie de notre village et nous profitons de chaque opportunité qui nous est offerte pour y participer. Pendant les 13-14 dernières années, nous avons eu la possibilité de vendre des spécialités anglaises aux « Firongs » durant l’été mais aussi durant l’hiver aux « Fééries de Noël », nous avons aussi pu préparer le repas pour le village lors de la Fête-Dieu.

Je fais partie du Conseil d’administration du nouveau Indoor Park ainsi que du Conseil de communauté de la paroisse de Grimentz et mon mari fait partie de la chorale l’Echo de Moiry de Grimentz.

J’ai une passion pour la cuisine et j’organise des ateliers dans le cadre du Passeport vacances pour les enfants d’Anniviers. Depuis 2 ans, j’ai ouvert une petite école de cuisine pour les écoliers / écolières d’Anniviers. Mon mari m’aide souvent. Il aime le golf, les voitures et le bricolage.

Toute notre famille adore voyager. Nous profitons de vivre dans le milieu de l’Europe pour visiter des régions et des pays pas trop lointains.

Tous nos enfants sont allés à l’école de Vissoie. Ben est en dernière année de primaire tandis qu’Abi et Jess sont au lycée collège de la Planta, en 4e et 3e année.

Nous apprécions la chance que nous avons de vivre ici avec l’idée de rester ici pendant longtemps. Nous sommes en train de faire la naturalisation.

 

«L’Eglise, c’est l’Evangile qui continue»

Dans cette rubrique, L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg,
à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix. Ce mois, c’est Mgr Charles Morerod qui prend la plume.

PAR MGR CHARLES MOREROD OP, ÉVÊQUE DU DIOCÈSE DE LAUSANNE-GENÈVE-FRIBOURG
PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER, DR

La phrase que j’ai le plus répétée (dans quatre lettres pastorales) est: «L’Eglise, c’est l’Evangile qui continue »1. Si je tiens à le répéter, c’est que ce n’est pas évident, mais que c’est absolument souhaitable. Il me semble qu’on ne peut pas lire l’Evangile sans être très frappé par la personne de Jésus et que ce choc initial pousse à un approfondissement jamais achevé de cette rencontre. C’est Jésus lui-même qui nous répète: «Venez et voyez.» (Jean 1, 39)

Si on demande ce qu’est l’Eglise, peu de monde pense à citer le Christ, ou l’Evangile. On nous répond généralement en termes de morale. Bien sûr qu’il y a une morale dans l’Evangile ! Mais elle commence par cette conversion qu’est la vie avec Jésus, sans laquelle les « valeurs chrétiennes » ne signifient pas grand-chose.

L’Evangile garde toujours une nouveauté, car le Saint-Esprit est source de jeunesse permanente, même là où l’Eglise donne l’impression d’être déjà connue, voire trop connue, voire même nocive. Et certes nous lisons l’Evangile dans l’Eglise, sans avoir à refaire tout le chemin de la foi sur des questions comme « qui est-il, celui-là ? » (Luc 5, 21 ; 7, 49 et 8, 25), « qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ? » (Jean 9, 36), « Mais pour vous, […] qui suis-je ? » (Matthieu 16, 15) et « où demeures-tu ? » (Jean 1, 38)… Nous lisons l’Evangile dans l’Eglise, mais ce n’est pas une raison pour vivre dans l’Eglise sans lire l’Evangile.

«Tous les renouveaux dans l’histoire de l’Eglise ont été des renouveaux de sainteté, marqués par un retour à l’Evangile. C’est ce dont nous avons besoin. Lisons l’Evangile, constamment, écoutons-le et que notre vie en soit marquée.»

En cette période de chemin synodal, demandons ensemble au Saint-Esprit, qui a inspiré les auteurs des Evangiles, de nous permettre d’en découvrir les richesses et d’en vivre!

1 Charles Journet, L’Eglise et la Bible, Editions Saint-Augustin, Saint-Maurice, 1960, p.45.

Sur un malentendu…

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTOS: DR

Vårfrudagen… à vos souhaits! Mieux vaut ne pas avoir un ch’veu sur la langue pour prononcer le nom de la fête de l’Annonciation en suédois. Chez nous, il est normalement d’usage de manger du poisson ce jour. En Suède, pays de spécialités marines et de surcroît protestant, il est coutume de préparer… des gaufres.

Quittons un peu nos romandes contrées pour nous diriger vers le pays du prinsesstårta, du surströmming et des våfflor suédoises. L’anecdote liée à cette tradition culinaire se base pour ainsi dire… sur un malentendu. La fête de l’Annonciation se traduit par Vårfrudagen, le jour de Notre Dame. La gaufre se dit, quant à elle, våffla, dont la forme våffel n’est utilisée que dans les mots composés. Entre la pronon- ciation de vårfru et våffel, il n’y a qu’un pas… le peuple suédois a fait l’amalgame entre les deux. Le 25 mars, commémorant normalement l’annonce de la mater- nité divine de la Vierge Marie par l’archange Gabriel, s’est donc transformé au fil du temps en Våffeldagen: le jour des gaufres!

Mieux vaut deux fois qu’une!

Une chose tout à fait étonnante concernant la fête de l’Annonciation en Suède: le culte à la Vierge Marie n’y est pas très présent, mais les calendriers comportent pourtant deux jours dédiés à cette célébration. Le Marie bebådelsedag ou Våffeldagen (dont nous avons parlé plus haut) toujours fêté le 25 mars, et le Jungfru Marie bebådelsedag qui, dans l’Eglise de Suède, se célèbre le dimanche qui tombe entre le 22 et le 28 mars, sauf si c’est le dimanche des Rameaux ou celui de Pâques.

Petit vocabulaire culinaire suédois

Prinsesstårta: gâteau suédois traditionnel, composé de couches de génoise, de confiture de framboise, de crème pâtissière vanillée et enveloppé d’une fine couverture de pâte d’amandes verte. Le gâteau «IKEA» par excellence!

Surströmming: hareng fermenté durant plusieurs mois et traditionnellement dégusté à Noël ou à Pâques. L’odeur très prononcée de ce met retient souvent d’y goûter…

Våfflor: pluriel de gaufre.

Recette: Les gaufres de Vårfrudagen / Våffeldagen

Temps de préparationTemps d’attentePortions
30 minutes30 minutes8

Ingrédients pour la pâte à gaufres

  • 3,5 dl de farine de blé – vetemjöl
  • 2 c. à c. de levure chimique – bakpulver
  • 4 dl de lait – mjölk
  • 100g de beurre fondu – smör
Våffeldagen: le jour des gaufres

Préparation des gaufres au gaufrier

  1. Dans un saladier, mélanger la farine et la levure.
  2. Ajoutez le lait, fouettez pour obtenir une pâte homogène. Versez-y le beurre fondu.
  3. Faites chauffer le gaufrier. Badigeonnez d’un peu de beurre pour la première gaufre.
  4. Versez une louche de pâte dans le gaufrier, fermez le battant et patientez quelques minutes.
  5. Servez avec de la crème fouettée et de la confiture de fraise pour manger votre gaufre à la suédoise.

Préparation des gaufres à la poêle

  1. Suivez les étapes 1 à 3 de la préparation « au gaufrier ».
  2. Versez une louche de pâte au milieu d’une poêle de façon à la cuire comme des pancakes.
  3. Dorez la pâte de chaque côté jusqu’à ce qu’elle se soulève un peu de la surface de la poêle.

Préparation à la machine à croque-monsieur

  1. Suivez les étapes 1 à 3 de la préparation « au gaufrier ».
  2. Versez une louche de pâte dans la cavité normalement réservée au sandwich, fermez le battant et patientez quelques minutes.

Entrer en résonance avec la Parole

Faire résonner la Parole de Dieu, voilà le grand défi de la catéchèse.

PAR MARIE-CLAIRE GAY-DES-COMBES | PHOTOS : MARION PERRAUDIN

C’est au travers de gestes, de vie partagée toute simple mais en vérité que la résonance de l’amour infini de Dieu peut être visible. En ce temps un peu spécial pour partager la vie d’une façon spontanée, la catéchèse est bien vivante:

En communauté, porté par tous ceux qui se rassemblent pour se nourrir de la vie du Ressuscité, les enfants, petits et grands, trouvent une place adaptée à leur âge :

• soit d’une façon active au travers du service de la messe ou du chant ;

• soit en désirant approfondir le message de Jésus au travers des ateliers de la Parole ➊ ;

• soit en se laissant imprégner de l’ambiance de la messe en profitant de l’espace réservé aux tout-petits.

Elle est également vivante lors de rencontres où l’enfant peut vivre des moments :

• de paix, de tranquillité pour prier, louer, adorer ➋;

• ou pour se mettre concrètement au service des plus démunis ➌;

• ou pour vivre des temps forts comme un sacrement ➍ ou une montée vers Pâques;

• ou encore pour partager ses questionnements avec la communauté ➎;

Oui, les catéchistes du Secteur vous font des offres d’activités. N’oubliez pas d’aller les consulter régulièrement sur notre site paroissemartigny.ch

➊ Tous les samedis à Martigny-Ville et tous les dimanches

à Martigny-Bourg lors des messes de 18h.

➋ Enfants adorateurs « Prier et louer le Seigneur » (les 11 et 15 mars).

➌ Dimanche des malades (6 mars).

➍ Vivre le pardon (26 mars).

➎ Entrée en Carême (2 mars).

On pense spécialement aux personnes malades le dimanche 6 mars

Se mettre au service, fabriquer un objet avec ses mains qui fera plaisir à une personne malade, voilà une attitude qui ouvre à l’amitié et que les enfants cultivent lors d’un après-midi de catéchèse. Le dimanche 6 mars, jour du « Dimanche des malades », les cadeaux faits main seront offerts directement aux personnes présentes à la messe de 10h à Martigny-Ville.

Semaine sainte dans nos deux UP et Saint-Paul

Voici la tabelle des célébrations de la Semaine sainte dans les 6 paroisses de nos deux unités pastorales et à Saint-Paul.
Il y a le choix !

PHOTO : CHRYSTOPHE RAKOTODRANAIVO

Dimanche des Rameaux (10 avril)
9h30 à Thônex
10h à Saint-Joseph
10h30 à Saint-Paul
11h à Presinge
11h à Saint-Joseph
11h à Sainte-Thérèse
18h à Choulex
18h30 à Saint-Paul

Jeudi saint (14 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
19h à Puplinge
20h à Saint-Paul
20h à Saint-Joseph
20h à Sainte-Thérèse

Vendredi saint (15 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
10h à Saint-Joseph
15h à Choulex
15h à Saint-Paul
15h à Sainte-Thérèse
19h Chemin de croix à Thônex

Vigile pascale (samedi soir 16 avril)
8h Office des ténèbres à Saint-Paul
20h à Chêne-Bourg
20h30 à Saint-Joseph
21h à Sainte-Thérèse

21h à Saint-Paul

Dimanche de Pâques (17 avril)
9h30 à Thônex
10h à Puplinge
10h à Saint-Joseph
10h30 à Saint-Paul
11h à Saint-Joseph
11h à Sainte-Thérèse
18h à Choulex

18h30 à Saint-Paul

Découvrir la bible, cent textes essentiels commentés

Durant le confinement, des membres des Editions Robert Laffont se sont rendu compte que les libraires vendaient un nombre de bibles plus important que d’ordinaire. Les lecteurs cherchaient peut-être des clés pour comprendre ce moment de crise particulier, seulement voilà… en ouvrant la bible, ils ne comprenaient rien !

PAR FRANÇOISE BESSON
PHOTO : JURAPASTORAL.CH

C’est ainsi qu’est né le projet de ce livre, pour «offrir une lecture de la bible en partant de la vie, et pour vivre plus!» 1

Philippe Haddad, Bernard Miserez «Découvrir la bible – 100 textes essentiels commentés» Ed. Robert Laffont, Paris, novembre 2021.

Les auteurs. – Deux auteurs se partagent les commentaires des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament en respectant les proportions initiales des deux parties : Philippe Haddad, rabbin de l’Union
Libérale Israélite de France, très investi dans le dialogue interreligieux, commente les soixante premiers textes et Bernard Miserez, prêtre de la chapelle du Vorbourg 2 et animateur de retraites, les quarante suivants.

La Première Alliance. – Quand nous ouvrons la bible au hasard, dans sa première partie, il n’est pas rare que nous fassions la même expérience que les lecteurs lambda dont il était question : on n’y comprend pas grand-chose… Dans ses commentaires, Philippe Haddad relie les personnages et les histoires, par exemple Caïn et Juda, frère de Benjamin ou encore Noé et Abraham… De nombreux termes sont mentionnés en hébreu avec leurs différents sens possibles. La lecture proposée est à l’opposé du fondamentalisme et le rabbin relève les avantages liés à une compréhension contemporaine des textes. Par exemple, à propos de la « chute de Jéricho » il commente avec humour : « L’archéologie nous soulage, ces faits n’ont jamais eu lieu. » (p. 94) Puis il explique les motivations que pouvaient avoir les auteurs du livre de Josué en parlant au peuple de cette manière-là : « Montrer la puissance de l’Eternel par rapport aux divinités cananéennes et […] mettre en garde Israël contre ses infidélités à Dieu. » Et de conclure ainsi : « A défaut d’être historique, le livre de Josué se veut pédagogique. Si l’homme ne supprime pas l’idole, l’idéologie, alors l’idole, l’idéologie supprimera l’homme. A ce niveau de lecture, le texte demeure éloquent. » (p. 96) Grâce à ces commentaires, ces textes deviennent plus compréhensibles et peuvent nourrir notre réflexion.

Le Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance. – Ces textes nous sont évidemment plus familiers, du moins ceux des évangiles, mais il est intéressant de les découvrir éclairés par les tournures de phrases très incarnées de Bernard Miserez (➱ vous en trouverez quelques exemples dans les encarts). Les commentaires ouvrent aussi sur une actualisation et ne font pas l’impasse sur les remises en question : « Prendre soin des plus fragiles et des plus pauvres n’est pas une option caritative ou humanitaire. […] Tout geste de compassion atteint le Christ en l’homme souffrant. » (p. 204) Lire ces textes et se laisser interpeller nous aidera peut-être à répondre joyeusement à l’invitation que nous fait l’auteur : devenir des « contagieux de la Bonne Nouvelle » !


1 Interview de Bernard Miserez à Radio Fréquence Jura (RFJ) le 25 novembre 2021.
2 Lieu de pèlerinage près de Delémont.

La Samaritaine: «Jésus vient nous trouver au milieu de nos tâches quotidiennes.» (p. 191)

La résurrection de Lazare: «La parole de Jésus va jusque dans la mort. Elle fait de la vie avec ce qui est mort. Seulement, encore faut-il enlever la pierre du tombeau.» (p. 211)

La multiplication des pains: «Rien de ce que nous donnons n’est dérisoire ni insignifiant.» (p. 194)

La guérison du paralytique: «Le pardon est un acte de résurrection. Il est une renaissance où tout est donné pour se recevoir de Dieu.» (p. 182)

Le diacre Christian Thurre, ambassadeur diocésain pour l’écologie

Inciter toutes les entités paroissiales et ecclésiales à penser et agir écologie : c’est, en résumé, le mandat que l’évêque de Sion a confié à Christian Thurre, diacre, ordonné en juin dernier. Une mission qui permet à ce scientifique de conjuguer écologie et spiritualité. Rencontre.

PAR CLAUDE JENNY | PHOTOS : GÉRARD RAYMOND, RAPHAËL ZBINDEN / CATH.CH

Comme tous les diacres permanents, Christian Thurre parcourt son chemin diaconal d’abord dans le cadre de son univers professionnel, en l’occurrence le Service de l’environnement de l’Etat du Valais. En tant que collaborateur scientifique, il participe aux études d’impacts écologiques pour que les projets mis à l’enquête soient conformes aux exigences légales. Il assure évidemment aussi régulièrement, comme tout diacre, un service à l’autel aux côtés du célébrant. Mais il fonctionne depuis quelques mois également comme mandataire de Mgr Lovey pour effectuer tout un travail de sensibilisation auprès des entités diocésaines pour qu’elles se soucient d’écologie.

Appliquer « Laudato Si’ ». – Un rôle qui est désormais dévolu à tous les diocèses par le Pape lui-même qui s’est souvent exprimé sur le thème de la protection de la Création, de cette « Maison commune » qui ne nous appartient pas mais qu’il nous incombe de protéger. L’encyclique papale « Laudato Si’ » est un texte de référence sur le sujet. Même si son expérience est encore brève, Christian Thurre est à l’évidence l’homme qu’il fallait pour remplir cette mission de sensibilisation que le Pape appelle les « intendants responsables du jardin de la Création ».

Agir via des éco-diagnostics. – Le délégué de l’évêque est, par son mandat, le seul délégué du diocèse au sein d’EcoEglise, l’organe œcuménique qui œuvre au niveau national à favoriser cette prise de conscience que les Eglises ont également leur rôle à jouer en matière d’écologie. Pour Christian Thurre, c’est une évidence : « Les Eglises doivent interpeller leurs communautés ! Chacun doit apporter sa pierre pour avoir une attitude éco-responsable. » Ainsi, l’organisme EcoEglise (➱ https://ecoeglise.ch) est spécialisé dans l’établissement d’éco-diagnostics qui conduisent à des propositions de mises en œuvre de mesures éco-responsables. Ce qui peut toucher au matériel pour les célébrations et l’administration, aux bâtiments, aux espaces verts gérés par les paroisses, etc.

Opération « Maison de la diaconie ». – Christian Thurre, en collaboration avec son épouse Marie-France, a effectué une première démarche dans ce sens début janvier 2022 avec la « Maison de la Diaconie » à Sion qui abrite notamment l’établissement Verso-l’Alto. Il trouve excellent que ce soit ce lieu diocésain qui lui permette de démarrer son action. Il espère que d’autres communautés, paroisses, etc. feront appel à lui. Il est disponible pour aller à la rencontre de ceux qui veulent agir à leur échelle dans une démarche qu’il qualifie non seulement d’écologiste, mais aussi de spirituelle.

Une dimension spirituelle. – Il cite la parabole du colibri qui apporte sa gouttelette, juste ça, mais déjà ça ! « Dans cette protection de la « Maison commune », il y a quelque part une dimension de conversion spirituelle, de se laisser blesser par cette réalité d’une nature insuffisamment respectée et de décider d’agir, à son échelle, individuelle, associative, paroissiale, etc. » s’enflamme Christian Thurre qui peste contre certains abus, comme la multiplication des canons à neige, par exemple, qui entraîne un gaspillage d’eau : « Nous ne pouvons pas, plus, nous comporter en enfants gâtés. Mais je suis optimiste : je crois qu’il y a une prise de conscience que l’on ne peut pas continuer à surexploiter la nature. De plus en plus de personnes se laissent toucher et décident d’agir ».

Le gaspillage fait des ravages

Pour freiner le dérèglement climatique, il est urgent d’opérer une transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables, sans en faire payer le prix aux pays les plus pauvres. Tel est le message clé de la Campagne œcuménique 2022 qui reprend le slogan «Justice climatique, maintenant !»

PAR ACTION DE CARÊME, EPER ET ÊTRE PARTENAIRES | PHOTOS : VICTOR LOPEZ, MEINRAD SCHADE, DR

Les conséquences du dérèglement climatique telles que l’élévation du niveau des mers, les inondations, les vagues de chaleur et la fréquence plus élevée des sècheresses et des cyclones bouleversent déjà la vie de nombreuses populations dans les pays du sud : elles accentuent la faim, les risques pour la santé et les conflits sociaux.

Responsable de plus de 70 % 1 des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et de 78 % 2 en Suisse, l’utilisation de combustibles fossiles fait partie des principales causes du dérèglement climatique. En consommant une quantité disproportionnée d’énergie fossile, les pays industrialisés sont ceux qui contribuent le plus au dérèglement climatique et qui sont les moins touchés par ses conséquences, alors qu’ils vivent aux dépens des pays du Sud et des générations futures. L’injustice est double.

Non aux « fausses solutions ». – Nombreux sont les projets énergétiques – y compris les projets d’énergies dites renouvelables – qui constituent de « fausses solutions » à la transition énergétique. En effet, ils entraînent des conflits et ne tiennent pas ou peu compte des droits et revendications légitimes des populations locales. S’ensuivent souvent des expulsions, la restriction des droits d’utilisation des terres communautaires ou la destruction des sites sacrés des communautés autochtones. Même le droit fondamental à l’alimentation est bafoué.

Les organisations partenaires d’Action de Carême dans le Mato Grosso au Brésil montrent, dans leurs rapports, que les projets hydroélectriques qui n’envisagent pas la participation des communautés locales peuvent avoir des conséquences dévastatrices. Ils empêchent notamment la migration des poissons. En conséquence, la communauté indigène de Manoki, pour ne citer qu’un exemple, ne parvient plus à pêcher dans les sites habituels et doit parcourir de longues distances pour se nourrir. L’EPER fait des constats similaires en Indonésie où des plantations industrielles de palmiers à huile sont créées pour produire des biocarburants dits durables. Pour ce faire, des forêts tropicales vitales sont défrichées. Les conséquences sont fatales pour le climat et pour les communautés qui n’ont d’autre choix que de quitter leurs habitations.

« La transition écologique doit constituer une opportunité et un moteur de développement pour les communautés défavorisées du monde entier.»

Dans son encyclique Laudato si’, le pape François appelle « à écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ». Autrement dit, les solutions techniques pour la transition énergétique doivent toujours être évaluées au regard de leurs conséquences écologiques et sociales.

Par énergies renouvelables, Action de Carême et l’EPER entendent des solutions respectueuses du climat, socialement justes et tenant compte des intérêts des communautés locales qui doivent être impliquées dans la planification, la création et la production d’énergie, qui doit être considérée comme un bien commun.

Assumons nos responsabilités. – En Suisse, nous devons assumer nos responsabilités en tant qu’actrices et acteurs de la crise climatique. Nous pouvons toutes et tous nous approvisionner en énergie à partir des sources les plus propres possibles, réduire notre consommation (électricité, carburant, chauffage, etc.) et tenir compte du lieu de production des biens de consommation (par exemple les denrées alimentaires et les appareils électroniques) au sein de notre pays comme à l’étranger.

Invitation à tous !
Lancement de la campagne 2022.
Sion, Notre-Dame du Silence au Chemin de la Sitterie 2 de 18h30 à 21h30.

Le Conseil fédéral a décidé que la Suisse devait atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. En collaboration avec l’Alliance climatique, Action de Carême et l’EPER demandent au Parlement de viser cet objectif d’ici 2040 de façon linéaire. Puisque la Suisse a les moyens techniques et financiers de réaliser cet objectif, elle devrait montrer l’exemple en se passant complètement des combustibles fossiles. Ainsi nous soutiendrons de manière pertinente la cause de la justice climatique.

1 https://ourworldindata.org/emissions-by-sector du 26.07.2021.
2 Rapport 2018 de l’Agence internationale de l’énergie.

Wordpress Social Share Plugin powered by Ultimatelysocial
LinkedIn
Share
WhatsApp