
Comment promouvoir la pleine participation et l’inclusion des personnes en situation de handicap dans nos communautés paroissiales ? A la suite du colloque « Handicap et foi », organisé conjointement par le Centre œcuménique de pastorale spécialisée (COEPS) et l’Université de Fribourg, qui a eu lieu au mois de janvier 2026, nous vous proposons une plongée dans cette pastorale spécialisée et ses défis.
Par Véronique Benz | Photos : DR, Unsplash, Pixabay
« Comment se fait-il que nos centres commerciaux prévoient des places de parc pour les personnes en situation de handicap alors que, dans nos églises, nous n’avons pas de lieu spécifique pour les accueillir ? », a constaté Michel Steinmetz, directeur de l’Institut de Sciences liturgiques de la faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Le prêtre a relevé que souvent les fauteuils roulants étaient « parqués » soit devant l’autel soit dans les allées. Pourtant les personnes handicapées ne sont-elles pas baptisées comme les autres ?
Le handicap dans la Bible
Catherine Vialle, professeure à l’Université catholique de Lille, a montré que le handicap était présent dans la Bible. Les grandes figures fondatrices sont des personnes en situation de handicap : Jacob est boiteux et Moïse souffre de difficulté d’élocution (cf. le livre de la Genèse). Le handicap de Jacob et celui de Moïse ont été le lieu d’une ouverture à l’autre. Ce n’est qu’après son combat avec l’ange que Jacob peut s’ouvrir à la reconnaissance de l’altérité et rencontrer son frère. Ce qui est frappant dans ces récits est le fait que ni Jacob ni Moïse ne sont guéris de leur handicap. Ils accomplissent leur mission avec leur handicap.

L’expérience de l’asymétrie
Thierry Le Goaziou, directeur de l’Association d’amis et de parents de personnes handicapées mentales du département de la Nièvre (France), a proposé une théologie de l’acceptation. Il a relevé que la rencontre avec une personne en situation de handicap est toujours une expérience perturbante. « Ce trouble provient de la peur de la différence, mais aussi de la crainte de la ressemblance. »
Carolina Leitao, coach de vie malvoyante avec la maladie des os de verre, nous invite à une juste relation à soi. « Nous sommes appelés à la sainteté, mais non à être parfaits. Il faut apprendre à s’accepter tel que nous sommes et pas tels que nous voudrions être. » Pour elle, l’acceptation est une attitude générale qui nous permet de regarder le handicap en face sans le diminuer ni l’augmenter. « Il faut accepter d’être acceptés même et surtout si nous nous sentons inacceptables. »
Etre créatifs
La catéchèse est la même pour tous et à tous les âges de la vie, mais sa pédagogie doit être adaptée à chacun. Christophe Sperissen, prêtre du diocèse de Strasbourg, aumônier auprès de personnes en situation de handicap, a parlé de la créativité en catéchèse spécialisée. « La créativité, c’est faire preuve de courage et d’audace, mais ce n’est pas faire n’importe quoi. Elle doit être au service de la Parole de Dieu. Elle doit nous aider à entrer dans l’imagination, à stimuler l’affection, à se sentir impliqués dans l’histoire du Salut et elle doit rendre contemporains et actuels les mystères de la foi », a souligné le prêtre de Strasbourg. « La créativité, ce n’est pas faire pour les personnes handicapées, mais c’est faire avec elles. Dans la catéchèse spécialisée, nous n’accompagnons pas seulement les personnes en situation de handicap, mais aussi tous les professionnels qui les encadrent. »
Une Eglise à bâtir ensemble
Durant le colloque, plusieurs expériences de ce qui se vit avec les personnes en situation de handicap ont été présentées. En voici quelques exemples :

L’Arche en Suisse
« Comment est-ce que des personnes avec un handicap peuvent-elles donner la vie lors de temps spirituel ? », s’est questionnée Virginie Kieninger, responsable nationale de l’Arche suisse. Elle a cité l’exemple d’Anne, qui ne peut parler qu’à travers un ordinateur. Avec l’aide de son accompagnatrice, elle a cherché son élan intérieur. Après deux jours, Anne a pu écrire : « Je veux partager l’arc-en-ciel qui est à l’intérieur de moi. » Elle a ensuite présenté cet élan devant les autres grâce à une gestuelle et des foulards. Les mots sont limités, mais Anne a pu exprimer son élan de vie à la communauté.
• Site : http://arche-suisse.ch

La fraternité diocésaine des amis de saint André Hubert Fournet à Poitiers
Cette fraternité est née à la suite d’un appel à la vocation d’un jeune handicapé. Il voulait devenir prêtre, mais en raison de son handicap, ses parents lui avaient dit qu’il ne pourrait pas. Le jeune homme handicapé a interpellé son évêque qui l’a écouté et a mis sur pied un groupe de travail. Après 10 ans de réflexion, la fraternité des amis de saint André Hubert Fournet est aujourd’hui florissante. Chaque membre de la fraternité, à la suite de sa consécration, reçoit selon son charisme et ses possibilités une mission spécifique.
• Site : www.poitiers.catholique.fr

Le SPRED à Chicago
Joe Quane, directeur exécutif de SPRED (Special Religious Developpement), a présenté ce programme diocésain composé de groupes paroissiaux de bénévoles qui offrent une amitié individuelle et une vie spirituelle aux personnes avec une déficience intellectuelle. Au cœur de cette méthode se trouvent les liens d’amitié et les relations personnelles profondes au sein d’une communauté, à travers lesquelles les catéchistes, sous la conduite du Saint-Esprit, accompagnent les autres dans la découverte de la foi. La méthode SPRED permet aux personnes en situation de handicap d’être des membres à part entière de leur communauté paroissiale.
• Site : www.spred-chicago.org
Devenir corps du Christ en fauteuil

Patrick Talom est théologien pluraliste du handicap. Il a fondé le cabinet de conseil sur le handicap et le Groupe de recherche transversal sur le handicap en Afrique. Il est chargé d’enseignement à l’Université catholique de Lille. A l’âge de 26 ans, suite à un accident, tout bascule. « Pendant 10 ans, je suis resté dans un trou noir à chercher, à comprendre ce qui se passait. A 36 ans j’ai fait le choix de me former à l’université. Mon fauteuil est un lieu d’appel à la sainteté et à l’amour. Même dans un fauteuil, je suis encouragé à être heureux et à prendre ma place dans l’Eglise. La Parole de Dieu est aussi faite pour moi avec mon handicap. L’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Je suis aimé de Dieu. J’ai un rôle à jouer. » Pour Patrick Talom la question n’est pas de savoir si les autres lui donnent sa place, mais de la prendre.




















