Compatible ?

PAR FRANÇOIS-XAVIER AMHERDT | PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER, DR

C’est vrai que depuis le nouveau Code de droit canon, publié en 1983 à la suite du concile Vatican II, le Magistère de l’Eglise catholique a supprimé la mention des francs-maçons parmi ceux qui se mettaient «automatiquement» hors de la communion de l’Eglise, ce que l’on appelle aussi «l’excommunication». Et les textes officiels valorisent les collaborations possibles au service de la paix et de la justice sociale avec les francs-maçons, considérés comme des personnes estimables, des hommes et des femmes de bonne volonté, dont la quête spirituelle et symbolique mérite d’être prise en considération dans sa part de vérité.

Il n’en reste pas moins que la question demeure : est-il vraiment possible d’appartenir totalement à la maçonnerie et de croire pleinement au Christ qui, par sa Résurrection, nous comble de son Esprit, nous sauve par sa grâce et nous conduit au Père ? La foi en la Trinité ne se situe-t-elle pas au-delà des rites initiatiques maçonniques ? Et en christianisme, aucun «secret» ne se justifie en rigueur de terme: c’est à tous, surtout aux petits, que Jésus-Christ se révèle.

Via Jacobi: Montpreveyres – Lausanne

Basilique Notre-Dame du Valentin.

Texte et photos par Pascal Ortelli

Le mythique chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle traverse la Suisse romande, de Fribourg à Genève. Au-delà des sentiers battus, la Via Jacobi regorge de curiosités. Chaque mois, L’Essentiel prend son bâton de pèlerin et en réalise un tronçon sous forme d’une balade familiale à faire sur la journée. Aujourd’hui, cap sur Lausanne pour une étape urbaine entre lac et forêt.

Départ depuis Montpreveyres, 4h30 aller simple, 17,6 km

1. Longez la route principale puis entrez dans le bois du Grand-Jorat que vous traverserez en lisière jusqu’au Chalet-à-Gobet. Descendez ensuite à Vers-chez-les-Blanc. Après avoir traversé le Flon-Morand, contournez les dernières maisons d’Epalinges jusqu’au Centre Sylvana.

2. Là ne manquez pas de faire une halte au temple des Croisettes pour admirer le paysage. Descendez dans la zone résidentielle en suivant bien les panneaux jaunes, car le tracé se perd dans les quartiers. Aux Croisettes, visez la gare du métro puis traversez la route principale pour rejoindre Les Tuileries.

3. Sur votre droite, une jolie route forestière s’engouffre dans le vallon du Flon. Après avoir retrouvé la route principale, longez-la sur votre droite.

4. Vous entrerez alors dans le bois de Sauvabelin avec son fameux lac et sa tour. Au Signal, admirez la vue dégagée sur la ville puis descendez en lisière du verger jusqu’à la Fondation de l’Hermitage. De là, vous rejoindrez facilement la Cité.

5. Après vous être recueilli dans la cathédrale, ne manquez pas de traverser la place de la Riponne pour découvrir la basilique Notre-Dame du Valentin et sa librairie.

6. En vous prélassant dans les rues piétonnes, vous gagnerez facilement le haut des quartiers du Flon et le Grand-Pont avant de plonger sur la gare par la rue du Petit-Chêne.

Pour le retour à Montpreveyres, il vous suffit d’emprunter le métro jusqu’à Croisettes puis le bus en direction de Moudon-Gare.

Curiosité

Le lac de Sauvabelin avec son magnifique parc de jeux qui fait la joie des enfants.

Coup de cœur

La librairie du Valentin où vous trouverez la perle rare en plus de succulents produits monastiques.

Se connaître soi-même

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Sainte Marguerite Bays (FR), juin 2021

PAR MARIUS STULZ | PHOTO : DR

Chers amis lecteurs, avant de vous laisser interroger par ce journal sur les liens historiques et la compatibilité entre la foi catholique et la franc-maçonnerie, je vous invite à entreprendre cette exploration en passant par une porte qui me semble importante à un voyage fructueux. Je propose à chacun, avant de lire cette revue, de répondre d’une manière introspective et personnelle aux questions suivantes :

Suis-je chrétien ? Suis-je catholique ?

Quelles sont les facettes objectives de ma pensée et de ma vie qui témoignent que je suis chrétien et catholique ? Comment s’exprime concrètement cette filiation dans mon quotidien ?

Mon postulat est le suivant : une réflexion intéressante est une réflexion où je m’implique, à laquelle je suis partie prenante. L’intérêt d’un apport théorique, d’un article ou d’un témoignage est d’interroger ou de nourrir sa propre existence, son propre point de vue. Dès lors, il m’apparaît important de prendre conscience d’où je me situe pour lire ces articles.

En effet, si par exemple dans ma vie la conception de mon catholicisme consiste en une facette essentiellement culturelle – ne suis-je pas né dans un canton dit catholique – je vais lire le questionnement entre catholique et franc-maçon d’une manière quelque peu extérieure à ma réalité de vie, car je suis un catholique d’office, pas trop concerné, je pourrais dire un catholique de naissance.

Ce n’est pas la même lecture, si je reconnais être un catholique par choix, dont je partage foi, fondements et certains fondamentaux que j’ai identifiés personnellement pour certains en répondant aux questions. En effet dans ce cas, je deviens un partenaire, mon avis et mes connaissances prennent part à la discussion, à la réflexion. Je suis davantage concerné, car je confronte ce qui est dit à ma propre compréhension et me situe en étant d’accord, un peu d’accord ou en trouvant tout cela « pas très catholique » pour reprendre une expression de Mérimée (1840) tombée dans le langage populaire.

Il est important de se connaître un peu, de se situer soi-même aujourd’hui, pour pouvoir rencontrer d’une manière très profitable d’autres personnes, d’autres points de vue, d’autres croyances qui viendront interroger mon existence, mes choix. Ainsi, ils me feront la plupart du temps, grandir en humanité et en foi.

Rappelons-nous : le plus souvent, ce n’est pas ce qui vient de l’extérieur qui est mauvais, mais c’est ce que nous en faisons dans notre cœur et qui en ressort déformé ou sali par notre propre bouche (paraphrase de Mt 15, 11, Mc 7, 15, Lc 11, 38-41).

Bonne lecture impliquée !

En librairie – juin 2021

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

J’étais franc-maçon
Maurice Caillet

Maurice Caillet, chirurgien, attiré par l’ésotérisme et l’occultisme, explique comment il est rentré dans une loge maçonnique, quelles furent les raisons de son entrée et la perspective dans laquelle il l’a fait. Jusqu’à ce qu’il vive, à la cinquantaine, un retournement inattendu et décisif. Ces confessions d’un initié, qui a été membre actif du Grand Orient de France pendant quinze ans, évoquent les rites, les symboles et les compromissions qui accompagnent, parfois, la vie des initiés. Elles démystifient une organisation qui se présente sous le masque de l’humanisme et de la tolérance.

Salvator

Acheter pour 15.60 CHF

Comme des cœurs brûlants
Alexia Vidot

Toute découverte authentique de Dieu est le miracle d’une rencontre. Convertie à l’âge de 20 ans, Alexia Vidot témoigne, en mêlant les voix des plus grands auteurs spirituels, de la merveilleuse délicatesse de Dieu envers l’homme. Et pour approcher – autant que faire se peut – l’œuvre divine dans l’âme du converti, elle dresse le portrait spirituel de sept hommes et femmes du XXe siècle, qu’au moment favorable Dieu a séduits pour ne plus jamais les lâcher. Un livre fascinant et brûlant comme ces témoins de l’Amour.

Artège

Acheter pour 26.60 CHF

J’étais possédé
Michel Chiron

« La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », disait Charles Baudelaire. Après avoir participé à des séances de spiritisme et avoir interrogé des esprits à l’aide d’un pendule, l’auteur s’est vu envahir pendant plusieurs mois par des entités dont un exorciste est parvenu à le libérer. Il décrit avec précision les phénomènes physiques et psychiques causés par cette présence maligne en lui et met en garde contre l’attrait pour les pratiques occultes. 

Artège

Acheter pour 22.20 CHF

Le Sacré-Cœur de Montmartre
Jean-François Vivier / Emmanuel Cerisier

La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre est certainement un des monuments les plus visités de France, mais qu’en connaissons-nous ? A l’occasion d’une balade au cœur de ce lieu de culte emblématique avec son petit-fils, un grand-père retrace l’histoire de cet édifice religieux. Cette BD a le mérite d’être bien documentée et accessible au plus grand nombre. Graphiquement, le dessin sobre et réaliste d’Emmanuel Cerisier sied parfaitement à ce type d’ouvrage historique. Une lecture plutôt captivante pour tous.

Artège

Acheter pour 22.20 CHF

Pour commander

Un facteur du divin

PAR MYRIAM BETTENS

PHOTO : GAËLLE MAY

Ses tableaux sont comme autant de missives colorées, délivrées par un ange à vélo. Au soir de sa vie, celui qui se disait « facteur d’un message dont il ignore le contenu » accepte une rencontre avec Gaëlle May et le chanoine José Mittaz. Les deux protagonistes se font alors, à leur tour, passeurs de l’œuvre d’Arcabas dans un documentaire à paraître ce mois-ci.

Le cadeau de la rencontre

Gaëlle May, la réalisatrice, dé­-couvre l’œuvre d’Arcabas dans le cadre de son projet de diplôme en cinéma. Elle désire allier deux formes d’art dans son court-métrage : la peinture et le film. Elle rencontre donc Arcabas par l’entremise du chanoine José Mittaz. Une rencontre filmée est organisée dans l’atelier de l’artiste en France. Quelque chose de l’ordre du cadeau mutuel « se donne » entre la réalisatrice et le peintre. Pour Gaëlle May, l’idée d’un documentaire germe alors. De son côté, le chanoine pense organiser dans le Val de Bagnes la première exposition de l’artiste en Suisse. La rencontre fondatrice servira alors à rendre le peintre « présent » au milieu de son œuvre durant toute la durée de l’exposition, mais également de support au futur documentaire de Gaëlle May. La jeune femme ne se contente pas uniquement de filmer le dialogue entre Arcabas et José Mittaz. De l’île de Ré jusqu’à Notre-Dame de la Salette en passant par Grenoble, elle emmène le spectateur visiter des œuvres monumentales et rencontrer des personnes le connaissant bien. Cela apporte ainsi un regard complémentaire sur un artiste préférant mettre en lumière son œuvre plutôt que lui.

Un arc-en-ciel au quotidien

Gaëlle May considère la peinture d’Arcabas comme « un encouragement à la vie » d’autant plus pertinent en cette période particulière que le monde traverse actuellement. La parole et la peinture de l’artiste véhiculent la possibilité « d’une vie en couleurs. Un témoignage d’espérance malgré l’adversité ». Le chanoine abonde : « Arcabas est un évangéliste pour aujourd’hui. » En effet, son œuvre qui ne distingue pas le sacré du profane « amène un surcroît d’âme au cœur de notre quotidien. Elle oriente notre regard vers un horizon qui nous dépasse. Là réside pour moi la force spirituelle d’Arcabas », ajoute encore José Mittaz.

En vente au prix de Fr. 28.– sur la boutique en ligne des éditions Saint-Augustin https://saint-augustin.ch/shop/

Transmettre le sens de l’effort

PAR BÉNÉDICTE DROUIN-JOLLÈS | PHOTO : PXHERE

Quelle chance d’habiter un pays de montagnes pour des parents… A l’heure des écrans dont nous avons tous du mal à nous défaire, elles sont une école de vie, d’émerveillement et de formation du caractère. Leur ascension facilite l’acquisition du sens de l’effort inégalement réparti dans une fratrie et pourtant si précieux à tous les âges de la vie quand viennent les inévitables contrariétés. Le sens de l’effort est l’une des vertus les plus difficiles à développer dans nos sociétés occidentalisées repues où tout arrive en abondance et trop vite, laissant souvent une impression de vide ou de tristesse. A pied en montagne, tout paysage se mérite et toute ascension amène son lot de récompenses.

Long et subtil travail parental

Arrêtons de rêver, l’acquisition du courage, l’entraînement de la volonté ne sont jamais innés, ils résultent d’un long et subtil travail parental pour entraîner, encourager, demander sans lasser, exiger sans décourager. Le tout sans négliger de remercier, de récompenser si nécessaire et de féliciter haut et fort… Si nous pouvions apercevoir le besoin de valorisation d’un jeune… il est abyssal. Ces attentions rechargent les batteries qui faiblissent pour surmonter de futurs défis. Le pape François aime interpeller les jeunes sur leurs désirs et leur courage : « Chers jeunes, nous ne sommes pas venus au monde pour « végéter », pour vivre dans la facilité, pour faire de la vie un canapé qui nous endorme ; au contraire, nous sommes venus pour autre chose, pour laisser une empreinte. […] », disait-il aux JMJ de Cracovie en 2016. Il n’oubliait pas alors les parents… « Sûrement que pour beaucoup il est plus facile et avantageux d’avoir des jeunes étourdis et abrutis qui confondent le bonheur avec un canapé ; pour beaucoup, c’est plus convenable que d’avoir des jeunes éveillés, désireux de répondre, au rêve de Dieu et à toutes les aspirations du cœur. […] »

Et si nous profitions de cet été pour réveiller et stimuler ceux qui ont besoin de bouger et de s’émerveiller ?

Culture chrétienne, où es-tu ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, décanat Sion (VS), mai-juin 2021

PAR L’ABBÉ PHILIPPE AYMON

PHOTO : PIXABAY

Une amie polonaise m’a raconté cette histoire de la procession de Notre-Dame de Jasna Góra. Une année, sous le communisme, les autorités décidèrent d’empêcher la traditionnelle procession en obligeant le clergé à conserver l’image de la Vierge à l’intérieur du sanctuaire. Le jour de la fête, une procession aussi importante que les années précédentes se mit en route. L’icône de la Mère de Dieu resta bien à l’intérieur du sanctuaire, mais les fidèles portèrent en procession le cadre vide qui entourait habituellement le tableau. Et la Vierge fut acclamée avec autant d’enthousiasme que les années précédentes ! Notre-Dame de Jasna Góra est le fruit de la foi et de la résistance des Polonais au cours de leur histoire. Elle a façonné leur culture, et même si l’image est interdite, la foi demeure : c’est bien la foi qui modèle la culture.

Une culture aussi bien présente chez nous. En conduisant les visites de la Cathédrale, c’est cette culture chrétienne que l’on découvre au travers les œuvres d’art. Mais qu’il est triste de noter une si grande ignorance religieuse dans la découverte des vitraux, tableaux et autels. La culture se donne à voir, mais la foi n’est plus là pour la comprendre. Qui peut nommer la scène biblique d’un vitrail, les symboles représentés sur le triptyque, le pourquoi des objets qui permettent de nommer le saint qui se trouve sur le tableau ? Qu’il est difficile alors à la culture de conduire à la foi.

Au Moyen Age le peuple ne savait pas lire, mais les prédications lui permettaient de reconnaître à coup sûr ce que l’art lui donnait à voir. Et ceci à travers toute l’Europe. Aujourd’hui nous savons lire, mais notre analphabétisme religieux nous laisse silencieux devant une œuvre qui exprime la foi.

Quant à l’art religieux abstrait, il semble nous dire qu’il n’a plus rien à dire. En effet : « Culture chrétienne, où es-tu ? »

 

Le tour des chapelles

La chapelle de Notre-Dame de la Garde

h5>Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur du Val d’Hérens (VS), mai 2021

PAR GISÈLE PANNATIER | PHOTOS : MONIQUE GASPOZ

Combien de sanctuaires édifiés sur le territoire de nos paroisses témoignent de la foi des habitants ! Sur un éperon rocheux surplombant les rochers et les éboulis du défilé de la Garde fut construite vers 1620 la chapelle de Notre-Dame de la Garde. C’est sur le flanc abrupt et escarpé de la vallée, au bord de l’ancien chemin muletier qui remontait jusqu’à ce replat pour relier Evolène à la partie inférieure de la vallée et à la limite naturelle qui séparait les paroisses d’Evolène et de Saint-Martin, que s’élève le sanctuaire dédié à la Vierge afin d’implorer la protection des voyageurs.

L’architecture y est exceptionnelle : la blanche chapelle est érigée sur un plan hexagonal et abritée par un toit conique couvert d’ardoises. Le porche, placé à l’est, repose sur deux colonnes. A l’intérieur, l’autel de style baroque date de la seconde moitié du XVIIIe siècle et comporte au centre une grande statue de Notre Dame portant l’Enfant. Elle est vêtue d’une robe blanche et parée du tsapèlètt.

Parmi les autres statues en bois polychrome figurent celle de sainte Catherine, patronne du Valais, et celle de saint Gothard, évêque. En effet, vers 1700, la chapelle, bâtie pour protéger les voyageurs, fut aussi dédiée à ce saint. En outre, l’antependium le présente encore dans un médaillon peint sur du bois. De chaque côté de l’autel, deux huiles sur toile sont accrochées aux murs, l’une représentant saint François et l’autre saint Martin.

Depuis quatre siècles, les générations de croyants expriment leur dévotion entière à Notre Dame de la Garde et lui confient leurs demandes d’intercession et de protection. Le pèlerinage et la messe du mois de mai rassemblent toute la paroisse quand le coronavirus ne s’invite pas.

 

Culture en quête de sens

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs de Sierre (VS), mai 2021

Dès sa naissance l’homme est intégré dans une culture, une tradition. Celle-ci oriente sa vie et ses comportements. Chaque culture prône une philosophie et des valeurs clés. Quelles sont les valeurs de la culture chrétienne et quelle est l’influence de la Foi ?

PAR SERGE LILLO | IMAGE : LDD

La culture chrétienne met en avant les valeurs de vérité, de justice et de liberté pour la recherche avec sagesse du bien commun et de la paix.

Foi et raison au service de la vérité

La recherche de la vérité et la compréhension du monde qui l’entoure occupe
l’esprit de l’homme quelle que soit la culture dans laquelle il vit ; de la réponse aux questions de fond qui caractérisent le parcours de l’existence humaine dépend l’orientation qu’il va donner à son existence. « Qui suis-je ? D’où viens-je et où vais-je ? Pourquoi la présence du mal ? Qu’y aura-t-il après cette vie ?

Pour la culture chrétienne, cette recherche de la vérité fait appel à la raison et à la Foi, comme l’écrivait saint Jean-Paul II dans Fides et Ratio : « L’Eglise est partie prenante à ce parcours de recherche de la vérité. En effet, depuis ses débuts, Elle est en pèlerinage sur les routes du monde pour annoncer que Jésus Christ est  » le Chemin, la Vérité et la Vie  » (Jn 14, 6). » (Fides et ratio, 1-2) Il ajoutait : « la foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, de Le connaître lui-même afin que, Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même. »

La justice n’est pas l’égalité :

Quant à la justice, l’Eglise la définit comme « la vertu morale qui consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû ». (CEC §1807) Pour comprendre cette définition, rien de telle que la parabole des talents, dans laquelle Dieu n’exige pas la même chose de tout le monde, mais il exige plus de ceux à qui il a donné plus. A l’image de la photo ci-contre, la justice éclairée par l’Amour, recherche donc plutôt l’équité et la complémentarité que l’égalité.

Le « oui » libre de Marie

Enfin la culture chrétienne prône la liberté. En effet, Dieu nous a créés libres pour que nous puissions répondre à ses appels de façon volontaire et sans contrainte. Et ceci tant au niveau de nos activités, que dans le domaine de la foi. Jésus dit en effet : « Qu’il te soit fait selon ta foi. »
(Mt 9, 29) Il montre ainsi que la foi appartient en propre à l’homme, puisqu’elle relève de sa décision personnelle. L’exercice de notre liberté requiert donc bon sens et sagesse, car l’homme tire également les conséquences de ses choix libres. Nous nous en rendons bien compte, lorsque nous regardons dans le rétroviseur de notre vie : de bons choix augmentent notre liberté et portent du fruit, alors que de mauvais choix nous enchaînent.

Qui mieux que Marie pour nous guider vers un bon usage de notre liberté ? En ce mois de Marie, laissons-nous inspirer par son « oui » libre à l’ange Gabriel qui a conduit à la naissance de notre Sauveur : « Voici la servante du Seigneur ; Qu’il me soit fait selon ta parole. » (Lc 1, 38) Saint Jean-Paul II concluait d’ailleurs son encyclique Fides et Ratio avec ces mots : « Puisse Marie, Trône de la Sagesse, être le refuge sûr de ceux qui font de leur vie une recherche de la sagesse ! Puisse la route de la sagesse, fin ultime et authentique de tout véritable savoir, être libre de tout obstacle, grâce à l’intercession de Celle qui, engendrant la Vérité et la conservant dans son cœur, l’a donnée en partage à toute l’humanité pour toujours ! » (Fides et ratio, 108)

 

Le retour de Marie

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs de Sierre (VS), mai 2021

Il y a peu, une ancienne statue de la Vierge a retrouvé son lustre et une place à l’église Sainte-Catherine. Nous avions confié une œuvre datée de la fin du XIXe siècle en très mauvais état à la restauratrice d’art Claudia Guntern. Notre statue nous est revenue « comme neuve ». Rencontre avec celle qui a su lui redonner son aspect d’origine.

PAR LÉONARD BERTELLETTO

PHOTOS : HERBERT HEISS, LÉONARD BERTELLETTO

C’est grâce à notre confrère Herbert Heiss que nous avons pu restaurer cette statue de la Vierge. Le curé de la paroisse germanophone de Sierre connaissait Claudia Guntern pour lui avoir déjà confié du travail. Claudia habite Geschinen dans la vallée de Conches. Son atelier de restauration d’art se trouve à 3 kilomètres de là, dans le village de Reckingen, dont l’église baroque est bien connue. Claudia avait commencé sa formation à Brigue puis l’a continuée à Berne et à Rome.

Ses clients

Ses clients sont des paroisses, qui désirent rénover leur patrimoine, ou des particuliers. Claudia redonne une nouvelle jeunesse à des statues, des tableaux, des fresques, des maîtres-autels dorés à la feuille… La Vallée de Conches recèle un très vaste patrimoine religieux, qui trouve son origine dans la Contre-Réforme catholique du XVIe siècle.

Un travail d’exception

De quel travail garde-t-elle un souvenir particulier ? Sans doute de la châsse du saint pape Jean XXIII que Claudia a dorée quand elle était en stage à Rome. Cette œuvre destinée à présenter aux fidèles le corps du bon pape Jean se trouve maintenant dans la basilique Saint-Pierre. Plus proche de nous, citons la rénovation de l’autel à l’église de Ze Hoheflüe (Mörel), ou encore des travaux à l’église d’Ernen, dans le village d’origine du cardinal Schiner. Quant à la rénovation de notre statue de la Vierge, elle a nécessité 17 heures de travail. Puisse-t-elle soutenir notre dévotion et notre affection filiale envers la Mère de Jésus et notre Mère. Grand merci à notre ami Jean Formaz pour la réalisation du socle en bois.

Des jeunes !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, décanat Sion (VS), mai-juin 2021

Les adolescents et les jeunes ont de nombreuses possibilités de vivre leur foi sur nos paroisses…

TEXTE ET PHOTOS PAR ALINE JACQUIER

… des après-midi fun et foi

Le groupe composé de jeunes dès la 8H, se retrouve un samedi après-midi par mois, à la salle paroissiale de la Cathédrale. Pour le côté « Foi », la rencontre débute par un enseignement et se termine par la célébration de la messe à laquelle les jeunes participent activement à travers les lectures. La partie « Fun » intervient en cours de route avec le goûter suivi d’un film, un bricolage ou un jeu. Un pèlerinage à Rome est agendé début 2022, affaire à suivre !

… les Relais

Il s’agit d’un mouvement issu de l’Action Catholique qui s’adresse aux adolescents (11-15 ans) et propose des rencontres sous forme d’activités, jeux, discussions, échanges et prières. Deux groupes sont actuellement actifs sur nos paroisses. Le premier, du côté de la paroisse de St-Guérin, se retrouve régulièrement depuis bientôt trois ans et planche actuellement sur un projet de jardin solidaire en lien avec l’encyclique Laudato si’ du pape François. Quant au deuxième, il regroupe des jeunes Léonardins dont le projet, lui aussi inspiré par le texte du Saint-Père, consiste à aménager un local paroissial avec du matériel de seconde main.

… des chorales

Le Chœur des Jeunes de Bramois, tout comme celui de St-Guérin, la Schola ou l’Ecole Maîtrisienne comptent dans leurs rangs des jeunes qui mettent leurs talents musicaux au service la liturgie. Nous pensons bien à toutes ces chorales réduites publiquement au silence depuis novembre dernier, en raison de la situation sanitaire. Nous espérons les retrouver très bientôt !

… des soirées Fun & God

Cinq fois par année, un peu moins cette année en raison des restrictions dues à la pandémie, des ados et des jeunes se retrouvent à la salle paroissiale de St-Guérin pour des rencontres, soirées jeux, films, témoignages… Un pèlerinage d’un jour ou deux est également au programme.

… des Jeunes Bénévoles en Eglise

Une dizaine de jeunes œuvrant comme aide animateur dans un groupe, directeur d’une chorale ou responsable des servants de messe ont suivi la formation « Jeune Bénévole » JB2 ou suivent actuellement celle du JB3. Ces parcours sont diocésains et permettent d’acquérir des compétences et d’enrichir ses expériences.

… et encore

Une présence dans les aumôneries d’école (Collège de la Planta, des Creusets, ECCG-EPP) ainsi que diverses activités organisées pour et par les jeunes dans notre diocèse et en Suisse romande : DJP, Cure Ouverte, JMJ, OpenSky…

Une de ces propositions t’intéresse ?

Tu souhaiterais obtenir plus d’informations ou soumettre une idée ?

N’hésite pas à prendre contact par e-mail jeunesse.sion@gmail.com ou par téléphone au 079 325 74 04.

 

Les enfants et la Semaine sainte

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur de l’Entremont (VS), mai-juin 2021

PAR MICHEL ABBET | PHOTOS : BÉNÉDICTE BENDER

Semaine sainte animée pour le secteur des paroisses d’Entremont. Si les adultes doivent toujours ronger leur frein et attendre que la situation se normalise, les enfants ont pu, dans le respect des règles sanitaires, prendre conscience à travers divers ateliers de la dimension spirituelle de cette semaine à nulle autre pareille pour les Chrétiens. Ainsi, près de 80 enfants du secteur ont pu s’imprégner de la Passion, d’adoration, de fabrication de pain azyme ou ont pu transmettre en décorant des palettes la joie de Pâques dans le village d’Orsières. Et cela grâce à une quinzaine de mamans et à des jeunes qui ont offert leur temps et leur enthousiasme pour que tous ces projets deviennent réalité. Un tout grand merci et un non moins grand bravo pour la richesse des activités proposées.

 

Culture chrétienne, où es-tu?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unité pastorale Sainte Marguerite Bays (FR), mai 2021

PAR L’ABBÉ THEOPHIL MENA

PHOTO : DR

En Suisse, plus particulièrement dans le canton de Fribourg, les statistiques officielles nous révèlent que notre canton est de tradition chrétienne. L’Eglise catholique constitue la communauté principale, suivie de l’Eglise protestante (reformée). Le paysage religieux a fortement évolué
au cours des dernières décennies : la part de personnes sans appartenance religieuse a progressé tandis que d’autres religions et sectes chrétiennes sont apparues.

Aujourd’hui, culture chrétienne, où es-tu ? Il est vrai que cette dernière ne jouit plus de l’intérêt général ; elle est devenue une langue étrangère voire inconnue pour une grande partie des jeunes générations dans notre Eglise. Si nous nous demandons ce qu’il reste des connaissances de base de
la religion catholique, sa doctrine, son enseignement, ses dogmes, ses rites, ses prières, ses fêtes religieuses (Noël, Pâques…) et surtout leur sens, on constate une sécularisation exacerbée de notre société. Les études officielles récentes menées à ce sujet nous montrent que la culture chrétienne dans notre canton de Fribourg se maintient, même elle connaît une baisse importante chez les jeunes, phénomène qui n’épargne pas non plus
les catholiques pratiquants. De plus en plus, on rencontre des jeunes et aînés dans la foi qui manquent de repères pour bien appréhender la société dans laquelle ils évoluent et à laquelle ils sont confrontés.

En effet, cela nous interroge sur la transmission de notre culture chrétienne. Dans nos familles, on parle de moins en moins, rarement voire jamais de la religion ou de la foi chrétienne. A l’heure où les parents catholiques se questionnent sur l’enseignement religieux à l’école, reconnaissons que le canton de Fribourg est le seul canton qui conserve encore un enseignement religieux scolaire confessionnel (facultatif). Mais pour combien de temps encore ?

Tous, nous savons bien que la survie de l’Eglise repose sur les générations futures, mais le défi est de taille. Le Saint-Père mise beaucoup sur une nouvelle évangélisation pour reconquérir l’âme de nos sociétés. C’est notre mission à tous. C’est sur nos familles et paroisses qu’il faut compter pour favoriser des cheminements de foi et pour transmettre l’héritage précieux que nous avons reçu.

Comment partager sa foi ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP de la Champagne (GE), mai 2021

PAR PAULETTE TREMBLET | DESSIN : PIXABAY

Parler de Dieu pour un chrétien, c’est d’abord témoigner de son amour. Témoigner de l’amour de Dieu peut se faire par la parole, par des actes… en fait par la combinaison des deux, car si les actes et la parole ne concordent pas, la crédibilité est faible.

Combien de fois avons-nous essayé de parler de Dieu ou expliqué notre foi et avons-nous subi un échec ? Car même si on croit fortement, exprimer sa foi est par expérience un exercice particulièrement difficile. Nous pouvons nous rassurer en lisant les Evangiles. Jésus, malgré toute sa perfection et sa capacité à réaliser des miracles,
a également connu des échecs.

En ce temps pascal, il est peut-être plus aisé de parler librement de Celui qui est mort et ressuscité. Nous pouvons parler de Dieu avec joie, force et simplicité, Lui qui nous a tant aimés jusqu’à donner sa vie pour nous.

Selon le dictionnaire, la définition de la foi est : fidélité à tenir sa parole, confiance en quelqu’un ou quelque chose et le fait de croire en Dieu.

Il y a matière à réfléchir et à par­tager. Pour ma part, deux témoignages me touchent : une paroissienne qui récite quotidiennement son chapelet depuis des années et notre organiste qui met un terme à son engagement après 50 ans d’activité au service de nos communautés, pour agrémenter nos célébrations.

Respect et merci.

Et en ce mois de mai, mois de Marie, n’ayons pas peur de nous engager et, à son image, formulons notre « oui », afin que nos rassemblements soient un témoignage de notre foi.

 

« Parler de Dieu ?… Il y a matière à réfléchir.»

Culture chrétienne, où es-tu?

De plus en plus de chrétiens choisissent la dispersion des cendres dans la nature.

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Clins Dieu sur les Contrées (VS), mai 2021

Par Pierre-Martin Lamon, enseignant en philosophie, Chermignon
Photo: DR

La question révèle un profond désarroi. La « culture chrétienne » se serait comme évaporée en Occident avec l’émergence de la modernité (autour du 16e siècle), même si dans nos régions, elle n’a vraiment commencé de s’imposer que plus tard – depuis une centaine d’années environ. Le christianisme, en effet, n’organise plus, n’inspire plus fondamentalement notre vivre-ensemble. Inculture religieuse, déplorent les profs de lettres de l’enseignement secondaire et de l’Université. Explosion exponentielle de l’indifférence religieuse, constatent les sociologues. Effondrement de la foi, sont tentés de dire les clercs et les rangs clairsemés des fidèles à l’église. Culture chrétienne, où es-tu ?

Hé, les amis ! On se reprend !

1. Tentation
Réaction première mais stérile. Maintenir le passé en l’état ; bloquer le mouvement de l’histoire en restaurant habitudes, rites et coutumes de jadis, en répétant mécaniquement les dogmes élaborés, dit-on, depuis toujours et pour toujours. On pense ainsi sauver la tradition, rester fidèle à l’esprit du Christ. Nostalgie sans avenir, hélas ! L’Evangile propose une espérance qui nous projette non pas en arrière mais au-devant de nous. La Bonne Nouvelle est sans cesse nouvelle.

2. Ouvertures
Comment, avec réalisme, raviver parmi nous et au-delà de nous l’esprit du christianisme, c’est-à-dire une forme de « culture chrétienne » ?
➢ Redécouvrir des textes évangéliques, leur puissance d’éveil, grâce à une parole qui circulerait au sein de groupes de lecture indistinctement ouverts à tous, où chacun(e) pourrait s’exprimer sans contrainte ni fausse modestie, avec confiance en soi et dans les autres. Un lieu de parole : réflexions partagées, surprenantes, innovantes.
➢ Préparer des homélies ensemble, laïcs et prêtres – par exemple à l’occasion des messes en famille. Rappel. La vie chrétienne se branche sur trois références : la Parole de Dieu, les sacrements, une éthique conforme aux perspectives de l’Evangile. « Ce qui est premier n’est pas le sacrement, mais bien la Parole de Dieu. » 1 D’où les suggestions précédentes.

N.B. : En consultant le site internet www.noble-louable.ch, le lecteur trouvera une version « annotée », étayée, étoffée, argumentée, très intéressante par les citations-choc qui en constituent la teneur essentielle. (nda).

1 Louis-Marie Chauvet, Études, mars 2021.

L’exigence de la culture chrétienne

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Saint-Barnabé (VD), mai-juin 2021

Le cahier romand de L’Essentiel nous propose en ce mois de mai, sous forme interrogative, le thème de la culture chrétienne : « Culture chrétienne, où es-tu ? » C’est à ce propos que nous voulons nous poser deux questions : quelles sont les exigences de la culture chrétienne ? Ma culture est-elle chrétienne ?

PAR PATRICK CHUARD ET LAZARE PRELDAKAJ

PHOTOS : VISITE VIRTUELLE DU PALAIS FÉDÉRAL, PARLEMENT.CH, LAZARE PRELDAKAJ

Depuis des mois, le Covid et ses « nouveaux variants » déroule son cortège de souffrances et de morts. Mais le monde est ravagé par des virus encore pires. Ils ont un dénominateur commun, l’« égoïsme ». En effet, c’est à cause de ce fléau et de ses multiples variants, comme la famine en temps d’abondance, des guerres en temps de paix, des conflits en dépit des accords bilatéraux, des violences malgré un monde globalisé, que des millions d’innocents fuient leur pays et meurent chaque année dans le monde. A voir la durée de vie persistante de cette pandémie « d’égoïsme », nous serions tentés de dire que «contre ces virus, il n’y a pas de vaccin», comme l’a rappelé notre curé modérateur et doyen de la Broye, l’abbé Luc de Raemy, lors de son homélie à la veillée de Pâques.

Le « vaccin », a ajouté l’abbé Luc, existe non seulement depuis toujours, mais nous le connaissons tous, car nous le possédons. Il est capable par la seule volonté de créer « l’immunité collective » tant désiré en temps de pandémie. Ce « vaccin » se nomme « charité ». En hébreu, le mot est synonyme de justice, alors que dans la théologie chrétienne, il désigne l’amour de Dieu pour l’homme et l’amour de l’homme pour Dieu, pour lui-même et pour le prochain : « Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer le prochain comme soi-même, vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices » (Mc 12, 33).

Autrement dit, la charité est au cœur de la culture chrétienne, même s’il est parfois difficile de sortir de notre zone de confort. La charité a bouleversé et bouleverse en permanence le ron-ron du monde. C’est pourquoi, dans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (« La Joie de l’Evangile »), le pape François écrivait qu’il « est nécessaire d’évangéliser sans cesse les cultures afin d’inculturer l’Evangile. » Chez nous, on trouve des restes de cette culture chrétienne partout. Les croix qui nous accueillent aux entrées de nos villages, de même que la croix sur le drapeau helvétique en sont des signes évidents. « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres », dit la Constitution, traduction laïque d’une valeur héritée de l’Evangile.

La culture chrétienne doit être ravivée et préservée, certes. Mais est-ce suffisant ? Si la foi n’irrigue plus la culture contemporaine, « ce n’est pas seulement à cause de la sécularisation, mais aussi de la tiédeur des chrétiens », soulignait le pape François, lors d’une conférence de presse à son retour de Suède, en 2016. Autrement dit, la vague de religiosité fleurissant depuis quelques années, les rites, les coutumes, de même que nos célébrations ne remplacent pas la foi et l’amour du prochain.

Sans vouloir tomber dans la culpabilité, laissons-nous provoquer par ces paroles de Raoul Follereau qui résonnent encore, aujourd’hui comme il a plus de cinquante ans, avec la même urgence : « La faim écrase aujour­­d’hui le monde et ne nous permet plus à nous, si nous prétendons être des chrétiens, voire simplement des hommes, un seul instant de repos ou de véritable bonheur. Est-ce que nous continuerons de manger trois fois par jour, de dormir et de rire, alors que nous savons que tout hurle, pleure et se désespère autour de nous ? » (Une bataille pas comme les autres, 1964)

 

La culture chrétienne en recul

PAR CALIXTE DUBOSSON

PHOTOS : CIRIC, DR

L’histoire se passe il n’y a pas si longtemps, plus précisément le Mercredi des cendres. La présentatrice d’une chaîne de télévision française conclut son bulletin météo en lançant chaleureusement aux téléspectateurs : « … et bonne fête à toutes les Cendres. » Le jour de la Toussaint 2020, une journaliste de l’émission « Mise au Point » lance son sujet en ces termes : « En ce jour des morts… » Et au lieu d’un reportage sur des fidèles se rendant à la messe ou d’une enquête sur le processus de béatification dans l’Eglise catholique, on nous a servi ces perpétuels reportages sur les employés des pompes funèbres et sur la progression des incinérations par rapport aux inhumations. Dans mon village de Vernayaz, quand on demande aux enfants ce qu’est la Fête-Dieu, certains répondent sans hésiter : « Le tournoi de foot ! » En effet, la Fête-Dieu coïncide ici avec le traditionnel tournoi organisé par le FC du coin.

Des anecdotes comme celles-là, tout le monde, à commencer par les conservateurs de musée ou les professeurs de français ou d’histoire, pourrait en citer des quantités. Il y a aussi l’aspect de la culture biblique à prendre en considération. « Nul n’est prophète en son pays, tuer le veau gras, trouver son chemin de Damas, séparer le bon grain de l’ivraie » : toutes ces expressions tirées du vocabulaire biblique n’ont souvent plus d’écho chez les jeunes générations totalement étrangères à cette culture dans laquelle ils n’ont pas baigné. Et chacun s’accorde à déplorer l’ignorance religieuse contemporaine. Il faut donc se poser la question : comment en est-on arrivé là ?

Echec dans la transmission des valeurs

« Nous sommes chrétiens, au même titre que nous sommes allemands ou périgourdins. » Cette affirmation de Montaigne au XVIe siècle, qui la partagerait encore aujourd’hui dans une société dont il est convenu désormais que l’un de ses traits les plus caractéristiques est le pluralisme ? Comment se fait-il, nous disent des grands-parents, que nous ayons pu tout mettre en œuvre pour une éducation de la foi aussi intelligente que possible et que le résultat soit tellement médiocre, sinon négatif ?

Quand les enfants sont baptisés, presque tous sont inscrits au catéchisme pour pouvoir être admis à la communion, à la confirmation et, un jour, au mariage religieux ; et voici que, au lendemain de la communion ou de la confirmation, « on ne les voit plus », en ce sens qu’il n’en reste qu’une minorité dont la fidélité se marquera visiblement par l’assiduité à la messe dominicale. Un curé se plaignait à ses confrères de la présence persistante de chauve-souris dans son église. Il avait utilisé tous les moyens pour s’en débarrasser mais sans succès. Un de ses confrères lui a suggéré de les baptiser et de les confirmer, et c’est ainsi qu’il put résoudre son problème. Boutade humoristique qui traduit assez bien le sentiment général devant une catéchèse qui n’atteint pas son but.

La dynamique de la foi chrétienne commande de transmettre ce que nous avons reçu. Par deux fois, Paul emploie, comme en un couple indissociable, les verbes « recevoir » et « transmettre » : « Voici ce que j’ai reçu et ce que je vous ai transmis » ; « Je vous ai transmis ce que j’avais moi-même reçu. » (1 Co 11, 23 ; 15, 3) Telle est la logique, dès l’origine, de l’Eglise : le passage du témoin des uns aux autres. La foi n’a jamais été, et ne sera jamais, une expérience absolument autonome et solitaire.

Il semble bien dès lors que là se situe le vrai problème de la perte d’une grande partie de la culture chrétienne qui s’est longtemps nourrie de traditions et de façons de vivre bien ancrées socialement et que personne n’avait l’idée de remettre en question. Il se pourrait ainsi que l’Evangile ait été mis au second plan et qu’il n’ait pas pénétré le sens profond qui donnait à ces traditions et manifestations religieuses leur entière légitimité. Résultat : un abandon progressif de la pratique religieuse par une génération qui, à l’image de la société, se tourne vers un individualisme qui ne trouve plus sa place dans les phénomènes de masse qui étaient monnaie courante chez ses aînés.

Résurgence de pratiques individuelles

A cela s’ajoute un vaste courant de déchristianisation que pourrait illustrer ce débat qui a eu lieu dans le Parti démocrate-chrétien pour savoir s’il fallait abandonner le « C » et ainsi changer de nom pour devenir : « Le Centre ». Cela laisse à penser que « le christianisme est devenu un repoussoir dans un pays dont le drapeau est orné d’une croix – pour combien de temps encore ? », affirme Thibaut Kaeser dans l’Echo Magazine du 8 octobre 2020. « Reléguer le christianisme qui nous a tant façonnés, en avoir honte, voire l’effacer… C’est à ce défi que nous sommes confrontés. Il est monumental », poursuit notre interlocuteur.

Un autre défi qui attend la nouvelle évangélisation voulue par saint Jean-Paul II, c’est la résurgence de pratiques spirituelles individuelles. On voit ça et là naître un « culte de la nature » encouragé par les vagues vertes de la politique qui met au centre la lutte contre le réchauffement climatique, la défense et la protection de l’environnement. De plus en plus de personnes, dont des chrétiens, choisissent l’incinération et la dispersion des cendres dans la nature dans leur testament. Initiatives qui pourraient être comprises comme un acte d’athéisme puisque en disparaissant sans laisser de trace, ils revendiquent « un retour au néant ». Dieu n’est plus le Créateur et c’est la créature qui devient Dieu.

Comme la nature a horreur du vide, il faut bien remplacer les rites anciens par des rites modernes. « Voyez, monsieur le curé », me confiait un paroissien, même dans notre village à 90% chrétien, il y a maintenant une salle pour le yoga dont les responsables doivent refuser du monde, des expériences parents-enfants sous la dénomination de « Moments magiques », des ventes de pierres philosophales que l’on porte sur soi pour attirer les ondes positives ! »

Une lumière dans la nuit

La situation nouvelle, dans une société comme la nôtre, est celle d’une transmission qui est appelée à se faire explicitement en direction de jeunes ou d’adultes qui n’ont jamais rien reçu, soit qu’ils n’aient jamais été catéchisés, soit même qu’ils n’aient pas été baptisés ; ce qui est relativement différent du cas de ceux qui ont reçu une éducation chrétienne et qui ont délibérément choisi de penser et de vivre selon des représentations de l’existence étrangères à la foi en Jésus-Christ. Ces jeunes et ces adultes sans passé chrétien, ou même sans aucun passé religieux, comment peuvent-ils être rejoints par une démarche de transmission ? « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » (Evangelii nuntiandi, 1975, nº 41) Peut-être aussi, dans une ou deux générations, ceux et celles qui auront vécu sans notion précise de l’Evangile, le découvriront comme un trésor
et en deviendront les hérauts ? L’histoire nous le dira.

Patrimoine sacré

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTOS : DR

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 15 avril 2019 en fin de journée?

L’espace d’une soirée, le monde entier retenait son souffle alors que Notre-Dame de Paris s’embrasait. Les médias ne faisaient pas dans la demi-mesure dans le choix des mots, et l’incendie d’une cathédrale apparaissait soudain comme un choc planétaire.

Cela peut sembler étonnant. Après tout, pour un non-croyant, qu’est-ce qu’une église si ce n’est un bâtiment appartenant à un passé désormais révolu ?

Et pourtant, guide bénévole depuis près de dix ans, je suis chaque été témoin du pouvoir de l’art. C’est qu’il y a dans la beauté quelque chose qui touche au plus profond. Quelque chose qui arrête le touriste pressé de visiter tout Paris en une journée ou qui captive l’adolescent embarqué malgré lui par ses parents.

Les Pères de l’Eglise, et certains papes après eux, parlaient de la voie de la beauté. A nous d’en retrouver le chemin pour rejoindre ceux que nos mots, parfois maladroits, ne convainquent pas toujours.

Changement d’époque

PAR THIERRY SCHELLING | PHOTOS : DR

«Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change», lit-on dans le célèbre ouvrage italien Il Gattopardo, mis en scène par Visconti (1963)… et cité par le pape François dans son discours à la Curie romaine (2019) ! Quel amalgame des genres ! Et le pontife de renchérir: «Nous ne sommes plus en chrétienté, nous ne le sommes plus! Nous ne sommes plus les seuls aujourd’hui à produire la culture, ni les premiers, ni les plus écoutés !» Voilà, c’est dit.

Devant un tel changement d’époque, soit on se rue sur le passé pour s’en gargariser, soit on le relit, certes, mais pour en détacher le dynamisme, l’évolution, les oscillations, et préparer l’avenir – explique-t-il en substance quelques lignes plus tard. Et de citer le compositeur allemand Gustave Mahler : « La tradition est la garantie du futur et non pas la gardienne des cendres ! »

Modernité zen

Malgré son âge (84 ans), Papa Bergoglio est d’une modernité sereine, loin de secouer le cocotier pour n’en agiter que les palmes. Mais convaincu que le catholicisme contemporain ressemble plus à la graine de moutarde, ou au grain semé dans les champs, les ronces, les pierres, et la bonne terre – où ne pousse qu’une « semaille » sur quatre ! – qu’à un hypothétique retour au clinquant d’antan (Benoît XVI ressortait les ornements de pontifes ayant vécu à la Renaissance ou à la toute fin du Risorgimento !).

Nouvelle évangélisation

Jean-Paul II avait répondu au même questionnement avec son concept de « nouvelle évangélisation », invitant l’Eglise à « s’avancer vers de nouvelles frontières » 1 ; Benoît XVI avait érigé l’impulsion wojtylienne en Conseil pontifical ; François, lui, opère le changement à partir de ces périphéries – migrants, pauvres, divorcés, gays, personnes âgées, malades – pour regarder toujours et d’abord le Christ (le centre
de l’Eglise) et se laisser évangé­liser à nouveau… Plus tant nova et vetera mais plutôt nova et cetera !

1 Redemptoris missio, 7 décembre 1990, no 30.

Culture et foi selon Paul (Philippiens 4, 8)

PAR FRANÇOIS-XAVIER AMHERDT | PHOTO : DR

C’est une véritable charte culturelle que saint Paul inscrit dans la lettre aux Philippiens. Cette épître rayonne d’appels à la joie («Réjouissez-vous sans cesse», placé juste avant notre passage, 4, 4), alors même que son auteur est en captivité. Elle convient donc parfaitement à la coloration d’allégresse que le pape François donne à son pontificat (La joie de l’Evangile, La joie de l’amour, Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, pour citer les titres de trois de ses documents essentiels) et à la constitution du Concile Vatican II sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes (Joie et espérance).

Cette dernière propose du reste de mettre en œuvre les intuitions pauliniennes avec son beau chapitre sur la culture au sein de la société actuelle [section II de la
2e partie, « Quelques principes relatifs à la promotion culturelle », no 57-62]. Au nom de l’Incarnation, affirme l’apôtre des nations, la culture chrétienne se tisse de « tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaine ». (Philippiens 4, 8)

Participer de l’intérieur

Cela signifie, d’une part, que les chrétien·ne·s insérés dans le monde ont d’abord à valoriser ce qui se vit et se fait de beau et d’authentique dans le contexte contemporain. L’Esprit Saint est à l’œuvre en cet âge, il soulève la pâte de l’humanité, tel un ferment secret mais divin, et bien des réalités estimables, pertinentes, courageuses et dignes d’intérêt se vivent « en dehors des frontières ecclésiales ». La culture chrétienne, c’est participer de l’intérieur à la vie culturelle civile et y apporter un éclairage évangélique.

D’autre part, le patrimoine culturel chrétien n’est pas de l’ordre du passé à sauvegarder. Il offre des ressources inestimables pour aujourd’hui dans les registres anthropologiques de la dignité de la personne, dotée d’une liberté de conscience, enracinée dans une intériorité s’ouvrant à la Transcendance, appelée à s’épanouir en communauté. L’articulation entre foi, vie et culture dans la perspective chrétienne peut se traduire dans une proposition d’éducation intégrale (globale), des pratiques sociales libératrices et des relations en vue de la communion. Au service de ce qui est « juste, pur et vertueux » !

Wordpress Social Share Plugin powered by Ultimatelysocial
LinkedIn
Share
WhatsApp