Les vitraux de Cingria, chapelle Saint-Jean-Baptiste, Perly (GE)

Le vitrail fait référence à un miracle survenu en 1494.

Par Amandine Beffa | Photo : Jean-Claude Gadmer

Très critiqués à leur création, les vitraux d’Alexandre Cingria ont dû leur entrée dans la chapelle de Perly à une intervention de l’évêque de l’époque, Mgr Besson. Il est vrai qu’à première vue, leur style peut surprendre. Mais sont-ils réellement contraires à la foi et aux mœurs comme le soutenaient leurs détracteurs ou simplement une traduction moderne de la tradition ?

Le vitrail de la Vierge est appelé Notre-Dame de Ré. Il fait référence à un miracle survenu en 1494 dans un village italien situé à quelques kilomètres de la frontière suisse. La façade de l’église du village comportait une fresque de la Vierge Marie allaitante. Un jour, mécontent d’avoir perdu au jeu de palets, un garçon en lance un contre le mur de l’église, atteignant la Vierge Marie au front. Peu de temps après, les villageois constatent que la Vierge saigne. Cingria rappelle cet événement par la petite goutte de sang figurée sur le front de Marie.

Tradition ancienne
Représenter la Vierge Marie allaitant peut nous surprendre aujourd’hui, mais il s’agit d’une tradition très ancienne. On en trouve les premières traces dans les catacombes de Rome. L’apogée se situe entre les XIIIe et XVe siècles, amenant de grands peintres comme Raphaël ou Van Eyck à en proposer des versions. Peut-être sommes-nous dérangés par un accès à une grande intimité. Nous savons que la Vierge Marie est mère et que le Christ est fils, l’art nous permet peut-être de prendre conscience de ce que cela signifie réellement.

Rayonnant et saignant
Le thème du second vitrail est le Sacré-Cœur. Le Christ présente son cœur à la fois rayonnant et saignant. Traditionnellement, le cœur ne se résume pas au symbole de l’amour. Il représente le tout de la personnalité. Le Christ offrant son cœur offre en réalité tout son Etre.

Les deux vitraux de Cingria présentent ce Dieu qui nous rejoint dans l’intime de notre humanité pour nous donner la vie. Une vie qui certes n’échappe pas à la souffrance, les vitraux ne la dissimulent pas, mais qui rayonne de quelque chose en plus.

Via Jacobi: Autigny-Romont

Les vitraux de la Fille-Dieu

Texte et photos par Pascal Ortelli

Le mythique chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle traverse la Suisse romande, de Fribourg à Genève. Au-delà des sentiers battus, la Via Jacobi regorge de curiosités. Chaque mois, L’Essentiel prend son bâton de pèlerin et en réalise un tronçon sous forme d’une balade familiale à faire sur la journée. Aujourd’hui, cap sur Romont pour une étape tout en goudron.

Départ depuis le parking à côté de l’église d’Autigny, 3h05 aller simple, 12,4 km

1. Prenez à droite jusqu’à la zone alluviale où la Neirigue se déverse dans la Glâne. Longez cette dernière puis bifurquez à gauche. 

2. A Chavannes-sous-Orsonnens, la chapelle Saint-Jean-Baptiste vaut le détour. Sur l’autel latéral gauche, un tableau représente saint Jacques botté et saint Christophe, invoqués pour traverser les rivières. Sur la fresque à droite, l’inscription « Jacobus minor » est fautive : il s’agit bien d’une représentation de Jacques le Majeur avec la coquille et le bâton de pèlerin.

3. Quittez ensuite un instant la Via Jacobi pour monter à Orsonnens afin d’y découvrir le monastère Notre-Dame de Fatima. Vous le contournerez par la droite avant de descendre sur la route principale, à longer sur une centaine de mètres. Après avoir traversé la Neirigue, prenez à gauche pour rejoindre le tracé officiel qui surplombe la rivière jusqu’au croisement de la route de Massonens.

4. Là, cap à droite pour rejoindre l’abbaye cistercienne de la Fille-Dieu, l’une des plus anciennes à être encore habitée depuis sa fondation en 1268.

5. Poursuivez jusqu’à la gare de Romont, d’où, pour le retour, il est facile de prendre le train jusqu’à Cottens.

6. De là, prenez le petit chemin sous l’église et attaquez la montée avant de descendre en lisière du bois de Pertet pour rejoindre Autigny, en 50 minutes. 

Curiosité

Les vitraux de la Fille-Dieu
Un ensemble remarquable pour ses jeux de lumière, créé en 1996 par l’artiste britannique Brian Clarke. 

Coup de cœur

Le tofu des moines cisterciens d’Orsonnens.

« On est croyant… mais jusqu’à un certain point »

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Prononcées en chambre d’hôpital, certaines paroles résonnent intensément en moi. Offerts en deux temps distincts car séparés par un silence, voici les mots d’une personne ne percevant aucune issue favorable face à sa maladie : « Vous savez, on est croyant… mais jusqu’à un certain point. » Une simple parole mais dont le silence intermédiaire s’apparente à un gouffre.

PAR JEAN-FRANÇOIS BOBILLIER | PHOTO : PIXABAY

Cette patiente m’a partagé quelques mots sur sa croyance, celle qui lui a été inculquée de l’extérieur, par son éducation ou « par ce qu’on nous apprenait et qu’il fallait croire ». S’approchant de la mort et souffrant dans son corps, au moment même où elle a tant besoin du Dieu Père et Jésus Sauveur dont elle a tant entendu parler et qu’elle a tant prié, voilà qu’elle en arrive à « ce point » où tout semble caduc, lointain, stérile, insignifiant. Se trouve-t-elle face à un point de rupture ? De bascule ? Quelle parole l’aumônier est-il appelé à poser ?

Les premiers mots de la Bible m’éclairent. Dieu crée ! C’est sa vocation, son job ! Magnifique ! Mais quelle est la matière première qu’Il va travailler, façonner, pétrir pour créer ? : « La terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme. » (Gn 1, 2) In-croyable ! La création va éclore… du vide ! Il me semble que ce désert, pour cette patiente hospitalisée, a pour nom le doute, la peur, le sentiment d’abandon.

Maurice Zundel contribue aussi à ma réflexion en parlant d’un « point central où à la fois nous entrons en contact avec nous-mêmes, un nous-même tout neuf, un nous-même que nous ne connaissions pas ». Ce point de rupture est-il le lieu même d’une nouvelle naissance ? Devons-nous y accéder pour enfin faire notre propre connaissance ? Tout cela me paraît paradoxal et beau à la fois.

Je crois que cette dame vit l’expérience de l’abîme et que Dieu va se mettre à l’ouvrage. Je crois qu’elle est invitée à passer d’une certaine croyance à la foi. Je crois qu’elle est tellement proche de Jésus s’écriant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Je crois aussi que nous, chrétiens, avons à parler de Dieu comme d’une Expérience. Je crois que j’ai à habiter d’une présence, plus que de paroles, ces silences.

Je crois… Je crois… Ce dont je suis sûr, et c’est ma fonction d’aumônier qui me l’apprend chaque jour, c’est que tout ce en quoi ou en Qui je crois, parfois, ou par foi… j’en doute.

 

Saint Joseph : la source de Cotignac

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Chaque année, le 19 mars, l’Eglise fait mémoire de saint Joseph, père nourricier de Jésus. C’est l’occasion de se rappeler que cette figure, à la fois indispensable et discrète pour ne pas dire effacée, a été nécessaire à l’avènement du Seigneur Jésus.

TEXTE ET PHOTO PAR DOMINIQUE PERRAUDIN

Saint Joseph, il fait nuit. La tempête fait rage. Un vent violent agite les arbres qui se dépouillent de leurs feuilles. Toi, par une nuit glaciale avec Marie et l’enfant Dieu, tu t’enfuis. On en veut à l’enfant. Sur ton chemin, un berger vous invite à partager son maigre abri. Il n’y a pas de place pour tous dans la salle commune. Tu te protèges près d’un rocher qui t’abrite du vent et de la pluie. C’est encore loin l’Egypte ! La route n’est pas très sûre. Tu caches ton angoisse, tu rassures Marie, tu protèges l’Enfant. Ton esprit inspiré par la grâce que te donne le Père céleste demeure dans la paix… et entièrement confiant du soutien qu’il t’apporte.

Saint Joseph, tu as obéi sans te poser de questions. Après l’Egypte, tu es revenu à Nazareth. Tu as pratiqué ton métier de charpentier. Tu as transmis ton savoir à Jésus. Un travail rude. A Jérusalem, avec Marie, tu es parti à la rechercher de Jésus, un peu turbulent… Tu ne pouvais pas tout comprendre ! Certainement que, lors de tes songes, tu apprenais à goûter davantage à la paix et au bonheur d’aimer Marie et Jésus que tu admirais. Leur présence te comblait de joie !

C’est loin le paradis ! Que d’orages, que d’imprévus jalonnent notre chemin ! Souvent notre cœur fléchit, la peur nous envahit. Le chemin devient tortueux. Les obstacles s’amoncellent. Tout se dérobe sous nos pieds : que faire ? Oui, le malin est à l’affût. Il guette nos moindres faux pas et, par les temps qui courent (pandémie), sa tâche me semble facilitée. Comment poursuivre la route ? Tous les jalons que nous avions sont désormais très aléatoires, voire caducs.

Les médias et le monde politique souvent font fi du spirituel. Je pense que cela attriste et perturbe beaucoup de citoyens. Oui, l’homme a besoin de se nourrir et de se soigner. Il fréquente les épiceries, les pharmacies et toutes sortes de magasins qui lui sont utiles pour sa santé physique. Et pour la santé de l’esprit, comment agissons-nous ? Notre société est très diversement composée. Il y va de la liberté de chacun de croire ou pas, de prier ou pas. Chacun doit respecter et aimer son prochain, quelle que soit son idéologie. Il n’y a donc pas lieu de mettre au ban les lieux de culte. Nos autorités au contraire devraient faciliter leur accès aux citoyens qui le désirent. Ouvrons nos cœurs à la Parole qui nous indique le chemin à suivre avec la certitude que Jésus nous soutient et nous guide.

Peu d’écrits relatent le bref passage de Joseph sur terre. Mais, en le priant du fond du cœur, on s’aperçoit qu’il se tient en réalité près de chacun de nous. C’est comme s’il nous disait : « Ne t’affole pas ma sœur, mon frère ! Soit confiant ! Mets ton esprit et ton intelligence entre les mains du Créateur, lui seul t’indiquera le vrai chemin du bonheur et du paradis. »

 

Cotignac ? – Il s’agit d’un village situé dans le département du Var, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (F). L’apparition de saint Joseph à Cotignac désigne un événement étonnant survenu le 7 juin 1660. Un berger qui souffrait de la soif, Gaspard Ricard, raconte avoir vu un vieillard lui ordonner de soulever une grosse pierre pour y trouver une source. Le vieil homme lui avait dit s’appeler Joseph. Gaspard s’exécute et trouve la source en question, alors que le coin était connu pour n’avoir aucun point d’eau. Les pèlerins affluent, et une chapelle est construite pour y vénérer saint Joseph. Le lieu de culte est rattaché au sanctuaire de Notre-Dame de Grâces tout proche. Abandonné à la Révolution française, le lieu de culte retrouve une activité en 1975 avec l’arrivée de religieuses bénédictines. (Source : wikipédia)

 

Une église rafraîchie et lumineuse

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

En ces temps de chamboulement et d’incertitude, il fallait avoir un peu de courage pour se lancer dans un tel chantier. Force est de constater que « le jeu en valait la chandelle » ! Quelle joie de voir notre église paroissiale toute proprette et accueillante, avec des contrastes de couleurs qui mettent en évidence les lignes pures de l’architecture et qui en font un espace de prière à la fois joyeux et recueilli.

PAR JEAN-PASCAL GENOUD | PHOTO : DR

L’engagement des entreprises

Alors que le tableau de l’actualité est plutôt sombre, quelle joie de voir l’entrain des différentes entreprises, l’allant des ouvriers qui ont œuvré avec beaucoup de sérieux et de compétence pour ce qui nous paraît une réussite totale.

L’entreprise VonRo a installé quelque 220 tonnes d’échafaudages pour permettre aux peintres d’Exquis & Lattion de traiter toutes les surfaces blanches, avec une peinture particulièrement bien adaptée et mieux résistante à l’humidité. La menuiserie Duay SA a aussi contribué aux protections préalables nécessaires. De son côté, l’Atelier Saint Dismas procédait à un nettoyage complet de tous les éléments décoratifs de l’église : piliers, statues, autels latéraux, chaire, fonts baptismaux et maître-autel. A cela s’est ajouté en cours de route, le nettoyage, par une firme spécialisée, des vitraux qui en avait, il faut le dire, sérieusement besoin. Le résultat est spectaculaire.

Le serrurier Pierre-André Wœffray a été chargé de certaines améliorations techniques : le déplacement du crucifix historique de Boular, l’installation d’un nouveau système d’écran de projection, la réalisation d’un porte-lumignons très ingénieux qui absorbe désormais les fumées de bougies et enfin, en collaboration avec l’atelier Gay Décor, le renouvellement de la protection thermique des sas des portes latérales.

Il restait aux électriciens d’Etavis à mettre la dernière main à la systématisation de l’éclairage de l’édifice. Un bon coup de nettoyage et voilà que, dans les délais, grâce à la magnifique maîtrise de notre architecte François Delaloye, quelques jours avant Noël, après moins de quatre mois de fermeture, notre église était à nouveau fonctionnelle !

Le quasi-équilibre financier

Du côté financier, l’opération se conclut de façon très satisfaisante. Toutes les factures n’étant pas encore rentrées, nous ne disposons pas des chiffres définitifs. Mais d’ores et déjà, on peut dire qu’en dépit de quelques surprises qui ont provoqué un léger dépassement du devis initial, grâce à l’apport des fonds publics et le magnifique montant de Fr. 100’000.– obtenu par les dons des paroissiens, l’équilibre est quasiment assuré. Grand merci à tous les donateurs qui nous ont permis cette superbe réalisation.

Seuls Fr. 10’000.– manquent !

Nous aurions espéré, au moment de la réouverture et des concerts d’inauguration prévus en janvier, trouver encore environ Fr. 10’000.–, mais tout a été rendu impossible en raison des restrictions sanitaires qui nous ont été imposées. Merci donc à tous ceux qui feraient encore un geste pour nous permettre d’atteindre totalement notre objectif !

 

Les aides publiques
Etat du Valais 57’000.–
Commune de Martigny 50’000.–
Loterie romande 125’000.–
Fondation L. Gianadda 50’000.–

En famille au Camp Voc’ !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Une mère, un fils. Tous deux ont participé à des Camps Voc’, tous deux en sont devenus animateurs. Aujourd’hui, elle est animatrice au Camp Fun’tastic, un camp mené par son fils. Rencontre avec deux complices, Ariane et Benjamin Bender.

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTO : DR

Benjamin, en 2019, tu as demandé à ta maman de rejoindre ton équipe d’animation, pourquoi ?

Benjamin : En fait, je cherchais désespérément une personne pour rejoindre l’équipe. J’en ai fait part à ma maman qui m’a dit : « Si tu veux, je viens. » Ç’a été un oui direct !

Ariane : De mon côté, j’avais très envie de me replonger dans les camps, attirée surtout par le partage des chants, qui est ma passion, ainsi que l’ambiance, mais je n’osais pas le lui demander. Je pensais avoir fait mon temps dans les Camps Voc’ et que l’équipe préférerait rester entre « jeunes ».

Comment l’équipe a reçu cette arrivée ?

Ariane : Je crois qu’ils m’ont accueillie sans préjugés. Je ne me suis pas sentie être la maman du chef, qui vient mettre son nez dans ses affaires (rires).

Benjamin : Elle a une personnalité qui est jeune, c’est pour ça que ça marche. Quand on discute, elle a des idées folles, elle a envie de s’investir, de créer des activités pour les enfants et je pense que c’est ça le principal. Le regard d’une personne qui a une plus grande expérience de vie est également une richesse pour une équipe de jeunes.

Un fils chef de sa maman, ça n’a jamais posé problème durant le camp ?

Ariane : Benjamin, c’est mon fils dans l’intimité. Au camp, je suis animatrice comme les autres. Je pense que si on ne l’avait pas dit aux participants, ils ne s’en seraient même pas rendu compte. J’ai un autre regard sur Benjamin, et même si je suis très fière de lui, je n’en souffle pas un mot ! J’avoue que c’est merveilleux de voir son enfant à l’action. Je lui fais entièrement confiance dans la gestion de son camp.

Benjamin : Dans la vie, on échange beaucoup, comme des frères et sœurs en Christ. Au camp, c’est pareil. Elle est une animatrice, une sœur avec qui je vais partager une semaine. Entre frère et sœur, il y a toujours un moment où l’un donne un ordre à l’autre. Durant le camp, c’est moi (rires).

Ariane : Oui, j’accepte qu’il me parle comme à une animatrice et non comme à sa maman. Au camp, je suis à son service. S’il me demande de faire une tâche que je n’aime pas, et bien je vais m’y mettre. Il faut donc une certaine souplesse et se positionner autrement qu’en tant que maman.

Es-tu heureuse de partager ces moments avec ton fils ?

Ariane : Evidemment ! C’est très enrichissant pour notre relation, cela crée des liens différents, d’adulte à adulte. On ne fait pas un enfant pour le garder à la maison. Le but est vraiment qu’il vole de ses propres ailes, qu’il soit bien dans sa peau et vraiment à l’aise. Et je vois un jeune très, très à l’aise !

Es-tu heureux de partager ces moments avec ta maman ?

Benjamin : C’est clair ! Je lui fais totalement confiance, elle a une grande expérience avec les enfants qu’elle peut mettre au service de toute l’équipe. Elle est toujours présente pour donner un coup de main par-ci, un coup de main par-là. Elle a toutes les qualités pour être une animatrice hors pair !

 

« Tu as entre 8 et 20 ans ? A Pâques et en été, tu as de quoi faire ton bonheur !

Les Camps Voc’, ce sont près de 10 camps qui t’accueillent pour réfléchir aux grandes orientations de ta vie ! L’occasion de découvrir des jeunes de ton âge et de toute la Suisse romande, de partager avec eux sur ta foi ou tes expériences de vie, de célébrer ensemble… Tout ça en t’amusant ! »

Pour s’inscrire : Se rendre sur www.vocations.ch/camps-voc et prendre contact avec le responsable du camp.

 

Migrants : « Peut-être qu’un jour, ce sera vous ! »

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Elle dit, Tahani, qu’avant la guerre, la Syrie, c’était le paradis… Cinq ans déjà qu’elle vit à Martigny avec sa mère, qui est « toute sa vie », selon ses propres mots, sa mère dont elle s’occupe, jour après jour.

PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTO : DR

Car elles sont seules en Suisse, et de leur grande famille, il reste un frère en Italie et une sœur à Damas. De la grande maison, du jardin bien entretenu, de la bibliothèque inépuisable, de l’entreprise de son père, il ne reste rien…

Un matin, avant Noël, quand elle a constaté que les radiateurs de l’appartement étaient froids, elle s’est affolée, tournant comme une hélice, cherchant partout du secours… Et elle a entendu sa mère, dire d’un ton très calme : « Nous avons de la chance d’être en Suisse, à Damas, c’est tous les jours comme ça ! » Elle dit, Tahani, merci de nous avoir accueillies…

Autrefois, elle pensait qu’il n’y aurait jamais la guerre en Syrie. Elle avait vu les réfugiés arriver d’Iran ou de Palestine, mais elle n’imaginait pas devoir un jour s’exiler… Dernièrement, elle l’a dit à une personne de l’administration, « je ne pensais jamais que je devrai un jour demander de l’aide… et peut-être qu’une fois ce sera vous ! ». La personne a souri, car, comme pour Tahani, cela lui paraissait tellement impossible…

A Damas, elle a appris le français chez des sœurs religieuses qui, comme sa mère, portaient le voile et depuis ce temps-là, me dit-elle en souriant, elle connaît toutes les fêtes catholiques ! Enfant, elle s’étonnait de fêter les fêtes chrétiennes chez les sœurs et les fêtes musulmanes avec sa famille. Un jour, elle a demandé à sa mère « Mais nous, on est quoi ? » elle s’entendit répondre paisiblement : « Nous, on est des deux… »

Tahani, elle m’appelle « Ma sœur » depuis notre premier contact, et dans ce mot, il n’y a pas de confusion, je ne suis pas pour elle un membre d’une communauté religieuse, mais une sœur rencontrée dans la grande famille humaine…

Elle prie, Tahani, tous les jours, pour que cette maladie qui paralyse le monde cesse enfin, pour qu’elle puisse vivre sans craindre pour la vie de sa mère, sortir sans avoir peur d’attraper ce virus auquel on ne comprend rien.

Elle aurait voulu faire des études de médecine, mais cela n’a pas été possible… Elle est devenue professeur d’arabe, et elle a aimé son métier… Aujourd’hui, elle aime les poètes, la grammaire et le vocabulaire médical…

Elle dit, Tahani, que le français manque de mots… En arabe, par exemple, il y a tant de mots différents pour souhaiter la bienvenue à son hôte : un mot pour dire « bienvenue à toi que j’attendais le plus », un autre pour dire « bienvenue à celle qui m’est la plus chère », un autre pour dire « bienvenue à la personne la plus honorable qui est entrée dans cette maison jusqu’à ce jour » et ainsi de suite… Et en français, sa langue d’adoption, il n’y a que ce pauvre « bienvenue » dans lequel elle met, quand j’entre chez elle, tant de chaleur et d’amitié…

 

Qui fleurit l’église d’Ardon ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral des Coteaux du Soleil (VS), février 2021

Allons à la rencontre d’Annelise Gaillard, qui s’occupe de la décoration florale de l’église d’Ardon depuis 12 ans avec compétence et dévouement.

PAR AIME RIQUEN | PHOTO : ANNELISE GAILLARD

Bonjour Annelise, pouvez-vous vous présenter à nos lectrices et lecteurs ?

Je suis née à Magnot en 1971 et j’y ai passé mon enfance, ma scolarité et le temps de ma formation. Mariée en 2005 avec Pierre-André Gaillard, nous habitons à Ardon et avons adopté en 2012 un petit Ethiopien appelé Josua.

D’où vient votre attrait pour les fleurs et l’horticulture ?

Comme une graine devenue arbre, mon désir horticole s’est confirmé à l’âge de quatre ans puis n’a cessé de grandir. Alors j’en fait ma profession par un apprentissage de trois ans et un perfectionnement à l’école d’horticulture de Marcelin à Morges.

Puis j’ai travaillé 12 ans dans un Garden-centre à Fully et 9 ans au Castel-Notre-Dame à Martigny (pour amener le jardin aux pensionnaires, par des fleurs, légumes et petits fruits).

Après quelques années de pause pour élever mon fils, j’ai repris une activité partielle dans un centre horticole à Saillon.

Qu’est-ce qui vous a motivée à accepter cette tâche de décoration de l’église ?

En 1994, on m’a demandé de l’aide pour décorer le reposoir de la Fête-Dieu, et d’année en année, les reposoirs se sont succédés. En 2008, le nouveau curé Reynard m’a proposé de décorer l’église.

C’était une évidence… Comme j’avais découvert ma foi dans cette église que je connais depuis mon enfance et désireuse de participer activement à la vie paroissiale, je n’ai pas eu à réfléchir avant de dire oui.

Quels sont les principaux travaux à
effectuer ?

Choisir l’emplacement idéal des plantes par rapport au besoin de lumière naturelle qui est souvent limitée dans les églises.

Arroser, tailler selon les besoins, décorer l’autel pour les messes et les fêtes et garder Notre Dame fleurie.

J’assume seule ces tâches et j’attache beaucoup d’importance à ce qu’elles correspondent au besoin pastoral.

Comment vous procurez–vous les fleurs ?

Je cultive moi-même une partie des fleurs et souvent, j’en cueille directement dans la nature. Mes amies fleuristes me fournissent les fleurs difficiles à trouver, sinon je me sers dans les commerces. Les plantes me sont fournies par mon employeur actuel. L’hiver, j’utilise des plantes fleuries cultivées sous nos latitudes plutôt que celles coupées et importées.

Recevez-vous des remerciements des paroissiens ?

Oui, ces remerciements me touchent beaucoup et stimulent ma créativité. Il m’arrive de recevoir des dons financiers lors de décès, de fêtes particulières. Parfois des bouquets sont déposés anonymement à l’église.

Etes-vous satisfaite d’exercer cette fonction ?

Oui, beaucoup. Avoir entière liberté pour amener un peu de nature dans notre belle église est magnifique. J’apprécie ces moments de calme à l’église alors que dehors tout s’agite.

Avez-vous des souhaits ou des vœux ?

Oui : un grand merci à tous les paroissiens pour la confiance qu’ils me témoignent.

En cette période qui chamboule notre quotidien, les paroles du pape Jean-Paul II résonnent comme une espérance : « N’ayez pas peur ! ». Que Dieu vous bénisse et vous donne les grâces nécessaires pour cheminer avec lui en confiance.

Merci beaucoup Annelise pour votre témoignage et votre magnifique travail accompli avec compétence et dévouement.

 

 

Tenture de Carême 2021 : un pied brisé pour méditer ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

A peine le regard se pose-t-il sur cette toile qu’il est attiré par le pied brisé. L’artiste, Lilian Moreno Sánchez, a choisi de centrer son triptyque sur la radiographie du pied d’une personne blessée en octobre 2019 dans le cadre de manifestations dénonçant les inégalités sociales au Chili. Ce pied symbolise la vulnérabilité tant de l’être humain que du système dans lequel nous vivons.

L’artiste : Née au Chili en 1968, Lilian Moreno Sánchez a étudié les beaux-arts à Santiago. Dès les années 90, elle vit et travaille dans le sud de l’Allemagne. Son art, centré sur la thématique de la souffrance et sur la manière de la surmonter au travers de la solidarité, puise dans son vécu de la dictature militaire chilienne.

Comment se fait-il?

Que nous nous sentions
comme des éléphants dans un magasin de porcelaine menant grand train, avec une telle empreinte ?

Que faudrait-il
pour faire naître une autre vision de soi, une perception nouvelle
de nous-mêmes et des autres ?

Il faudrait peut-être
que nous la considérions avec sérieux, la réalité.
Nous ne faisons qu’un
avec toute chose.
En t’écrasant,
je me tue moi-même.

Il faudrait peut-être
que nous levions le pied.
Allégé·es, effleurant le sol
d’une démarche aérienne,
tous et toutes nous serions vivant·es.

« Un temps pour changer »

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

PAR JEAN-PASCAL GENOUD | PHOTO : PIXABAY

Le titre français du dernier ouvrage de notre Pape, paru en décembre dernier, fournit la meilleure définition qui soit pour un Carême ! « Dans la crise décisive que nous traversons, le pape François n’en doute pas un instant : c’est le temps de changer. Né de sa propre expérience du confinement, ce dernier livre du Pape est un vibrant appel à l’action. Alors que le monde traverse une nuit d’épreuves, il s’agit plus que jamais d’y discerner une dynamique de conversion. » (Préface à l’édition française.)

Certes, en raison de la pandémie du Coronavirus, nous avons vécu un nombre considérable de changements qui touchent péniblement nos personnes (gestes barrières, distanciation, isolement, solitude) et notre communauté paroissiale (messes en petits nombres, suspension de beaucoup d’activités et de réunions), mais ce sont des changements subis, acceptés bon gré mal gré comme des contraintes nécessaires. Il s’agirait de discerner dans tout cela ce qui finalement est vital, ce qui nous permettra de rester « vivants ».

Avec la durée de l’épreuve, apparaissent de nouvelles dimensions. Nous étions, il y a une année, comme en état de guerre contre le virus, avec de beaux élans de résistance. Mais le combat dure et se transforme. Il est usant. Désormais, la plus grande crainte d’un troisième confinement n’est pas seulement un désastre économique mais aussi, et tout autant, le risque de graves dégâts psychologiques. C’est probablement là que Dieu nous attend pour nous donner une force intérieure, une dose d’espérance qui repose sur sa mystérieuse présence dans le désert de nos désillusions et de nos découragements.

Sans cette espérance, l’humanité ne pourra trouver les ressources nécessaires pour ne pas se replier dans le défaitisme ou prendre les chemins de la violence. A chacun de nous, avec la grâce de Dieu, de faire en sorte que des millions de petits gestes solidaires puissent changer la face du monde.

 

Changement de cap…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Une trajectoire professionnelle a beau être programmée de longue date, il reste que d’étonnants carrefours se présentent parfois au détour d’une rencontre ou d’une expérience. C’est l’occasion d’une remise en cause d’anciennes certitudes. De nouvelles convictions jaillissent ! Cela suffit pour oser prendre une nouvelle direction… C’est ce qui est arrivé à Matthieu Bender, originaire de Fully. Il raconte…

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR, PIXABAY

Comment votre carrière professionnelle a-t-elle débuté ?

J’ai d’abord accompli un apprentissage d’assistant socio-éducatif, car il était clair pour moi que je voulais travailler avec les enfants. Et en effet, après trois ans de formation, j’ai pu exercer dans plusieurs établissements médico-sociaux. Ce fut une expérience très enrichissante tant au niveau professionnel que personnel. Là, j’ai pu développer de nombreuses compétences dans l’animation mais aussi dans le domaine des soins à la personne.

Et comment votre nouveau projet professionnel s’est-il formé ?

Il y a plusieurs facteurs. D’une part, il y a le travail en EMS. La vie en EMS amène forcément à côtoyer des personnes endeuillées. Ces personnes qu’on accueille et avec qui on tisse des liens parfois forts vivent, souvent, dans cet espace, leurs dernières années d’existence. Mon travail était donc principalement de les accompagner dans cette direction, d’être un soutien.

D’autre part, il y a quelques années, mon père est décédé des suites d’une pneumonie. Une épreuve qui m’a alors plongé au cœur même de la violence du deuil, de la souffrance au sein de la famille et du sentiment d’injustice lié à l’incompréhension d’un départ prématuré, soudain et imprévisible.

Enfin, ce qui a joué aussi dans la formation de mon projet, c’est que, à l’occasion du décès de mon père, lors de l’entretien avec les pompes funèbres, je n’ai pas senti que notre volonté, par rapport à sa prise en charge, ait été complètement respectée. En effet, mon père nous avait toujours précisé qu’il voulait une cérémonie laïque 1. La personne qui nous a accompagnés lors de ces démarches ne semblait pas impartiale quant à la forme de la prise en charge. Nous avons dû insister à plusieurs reprises afin de faire respecter les dernières volontés de mon père. Malheureusement, cela a été vain ! Aujourd’hui encore, ce manque d’écoute et d’empathie me pèse car le souhait de mon père – qui était aussi le souhait de ma famille – n’a été ni compris, ni respecté.

A quel moment avez-vous pris la décision de changer de profession ?

Après avoir voyagé quelque temps, je suis revenu en Suisse. J’ai travaillé dans des bars puis de nouveau en EMS. Je me suis finalement rendu compte que ce métier ne me donnait plus autant de satisfactions. En d’autres mots : j’avais besoin de faire autre chose, de me réorienter.

Par le fruit du hasard et… la magie des réseaux sociaux, j’ai répondu à l’annonce de Monsieur Yvan Sierro qui ouvrait son agence funéraire. Après avoir, il est vrai, hésité quelques jours, j’ai décidé de le contacter. Notre entretien a été décisif. En échangeant, j’ai découvert un homme avenant qui partageait ma vision des choses et notamment au sujet de l’importance du respect des souhaits du défunt, de la nécessité d’être très attentif au positionnement des familles en matière de convictions et croyances.

Ce qui m’a plu, c’est son souhait de s’entourer d’une équipe fonctionnant dans une organisation très horizontale. Ses collaborations notamment avec Muriel Voutaz-Duay pour l’accompagnement au deuil et « Les Concerts du Cœur » pour les familles qui désirent une prestation musicale.

Concrètement, quelles tâches assumerez-vous ? Lesquelles suscitent peut-être davantage de craintes en vous ?

Sur le long terme, je devrai assumer toutes les tâches qui incombent à un assistant funéraire, c’est-à-dire les contacts avec les proches de la personne défunte, la levée et la préparation du corps, la gestion des aspects administratifs, l’organisation de la cérémonie, etc.

Je crois que ce qui suscite le plus de crainte pour moi restent les aspects administratifs de tout ça, même si mon patron nous a expliqué les enjeux en détail et qu’il sera présent en soutien jusqu’à ce que nous soyons tous à l’aise avec nos tâches.

Comment voyez-vous votre avenir dans cette profession ?

Je suis très heureux de me lancer dans cette nouvelle profession si particulière. Ce sera probablement riche de sens pour moi. En effet, j’ai toujours eu une certaine curiosité pour ce monde. Pourtant, impossible de dire aujourd’hui si je travaillerai toute ma vie dans une agence funéraire… Pour l’instant je suis dans la découverte, dans l’appréhension de cette nouvelle expérience. Ce dont je suis sûr c’est que les aspects psychologiques et spirituels en relation à la mort et au deuil m’intéressent vraiment.

1 Une cérémonie funéraire laïque est un rite d’adieu qui ne s’appuie ni sur une spiritualité, ni sur des convictions religieuses.

 

Crise covid : vers une ré-initiation ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Covid, virus, vaccin, masques, quarantaine, maladie, symptômes, hospitalisations, RHT, confinement : il me semble que, au rythme des vagues successives de contamination, le vocabulaire 2020-2021 s’est progressivement réduit à ces quelques mots. Alors que nous en aurions rêvé (différemment), ce temps de crise vient calmer nos rythmes sociaux effrénés mais aussi, corollairement, questionner profondément nos manières de vivre. Serait-ce l’occasion d’une ré-initiation ?

PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : PIXABAY

Le virus, avec ses conséquences multiples et les mesures sanitaires qui accompagnent cette période plongent (Baptême ?) beaucoup de gens dans la souffrance, la psychose, l’angoisse, la pression, l’incertitude ou l’isolement. Et en particulier celles et ceux qui vivaient déjà des difficultés auparavant et aussi, de surcroît, les patrons de petites entreprises, les familles monoparentales, les soignants, etc. Les questions se bousculent : à quand la tête hors de l’eau ? A quand la lumière ?

D’une certaine manière, la présence du virus a aussi été un vecteur de solidarité et de belles communions (Eucharistie ?) – dans l’immeuble, par téléphone, entre générations ou dans le quartier par exemple – et ce, bien au-delà de ce qu’une organisation, même religieuse, aurait pu induire…1. Un virus qui nous met en communion, belle ironie ! De nombreux exemples montrent qu’il a permis de confirmer (Confirmation ?) la solidité de liens préexistants entre des personnes et même les renforcer ou encore qu’il a permis d’engager des synergies entre des organismes qui autrement auraient poursuivi leurs routes en solitaire.

Tout cela me donne à penser… Ne pourrait-on y voir une forme de ré-initiation à la vie sociale (reset) 2 que j’aime rapprocher de l’idée de « ré-initiation chrétienne », du nom du cheminement proposé par l’Eglise et qui va du baptême à la confirmation ? Un chemin de re-conversion ? Un tremplin ? Dur de parler ainsi lorsque tant souffrent à nos portes ! Et pourtant, je le crois, cette situation 3, alliée à la grâce, a ce potentiel de transformation de nous-mêmes et de notre société.

Bien sûr, nous ne sommes pas égaux devant la maladie. Ainsi, au-delà des potentiels « effets positifs » que l’on pourrait tirer de cette situation, je suis conscient que le virus crée des fossés profonds et des blessures difficiles à refermer. La capacité de rebondir des êtres humains à travers l’épreuve (résilience) n’est pas automatique. Un de ses ressorts est notre capacité à nous remettre en lien et à retrouver un sens. « Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu, dira Job, acculé dans les difficultés existentielles, et le malheur, pourquoi ne l’accepterions-nous pas aussi ? » (Job 2, 10). L’accepter, éventuellement, mais pas comme un don de Dieu, donc… Pour avoir de nouveau le couteau par le manche !

Testé « positif » en octobre dernier, une foule de questions ont affleuré en moi. Je me suis immédiatement dit : « Je n’ai pas été assez prudent. J’espère n’avoir donné cette saleté à personne ! » Et le journal intérieur des contacts des derniers jours s’est enclenché… Lorsqu’on n’est pas touché soi-même dans sa chair, dans sa vie, on ne comprend pas. A travers cette expérience, un mouvement intérieur est advenu. J’ai senti s’élargir une brèche, une sensibilité plus grande à la réalité de vie de personnes que j’entrevois aujourd’hui sous un jour nouveau. J’apprivoise différemment les personnes en situation difficile qui m’appellent ou qui se présentent au hasard des rencontres dans la rue ou au Prieuré. N’est-ce pas là une transformation intérieure du regard qui pourrait être une sorte de « ré-initiation chrétienne ? »

Au dixième jour de quarantaine, coupé des rythmes et activités habituels que j’affectionne, j’ai commencé à trouver le temps long… Dans cette longueur de temps – une langueur – j’ai pu y voir, paradoxalement, un lieu fondateur. Et ce n’est pas la première fois. Parce qu’il me met au défi, ce « phénomène de creux » est souvent source d’une fécondité exceptionnelle pour autant que, restant confiant, je me laisse transformer. Alors, je suis comme happé. Je n’ai plus les cartes en main. Je suis comme dépossédé, vide… Le Corona qui devait être ce rival viral, a été le vecteur d’un « reset », une avancée, une ré-initiation humaine !

Mais, n’est-ce pas souvent dans le sillage de ces moments douloureux que montent les abandons les plus féconds, les solitudes les plus habitées, les silences les plus puissants ou les cris les plus significatifs ? Je pense évidemment à Jésus au Calvaire…

Je crois que l’Amour montre son vrai visage dans ces moments-là, dans les creux, où il peut enfin se nicher et éclater à travers un cœur devenu de braise… Crises que beaucoup relisent si souvent comme des instants charnière, des zones de transformation, des lieux de bascules, des opportunités de dernière minute, des revirements insoupçonnés. Et pourquoi pas des parcours d’initiation chrétienne… Oui, mais que personne n’aimerait revivre !

1 Je tire mes propos de situations tirées du sondage réalisé dans la partie fran­cophone du Diocèse de Sion par le Service diocésain de Diaconie intitulé « Corona Expériences ».

2 « Reset » : du nom du bouton qui permet de revenir à la configuration originelle d’un appareil informatique.

3 En grec, on parle de « kaïros », c’est-à-dire de moment favorable à un change­ment profond et durable pour nous permettre parfois en claudiquant, d’aller vers le meilleur.

 

Les joies de la frugalité

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Conscience • Le Carême est la période idéale pour repartir à la rencontre de soi-même et découvrir les joies d’une vie en pleine conscience en se contentant de l’essentiel.

PAR CARMEN LONFAT | PHOTO : DR

La société de consommation dans la-­
quelle nous sommes plongé·es valorise à outrance l’achat. Et, le cercle vicieux est tel que, plus l’objet est cher, plus il est convoité, plus il faut travailler, et donc soutenir le système capitaliste.

La différenciation extrême des activités, notamment à travers la séparation du travail et l’exploitation inégale des ressources des pays, permet des miracles de production et induit une consommation toujours plus accrue. Des besoins artificiels font miroiter le bonheur à travers le confort matériel mais ils voilent la face de bon nombre d’êtres humains. L’interdépendance croissante entre tout un chacun contribue à éloigner des pensées les préoccupations concernant la production. L’éthique et l’équitabilité disparaissent donc au profit de considérations plus matérielles.

Nombreux·euses sont donc aveuglé·es par leur mauvaise foi et oublient que le respect des peuples et de l’environnement est essentiel. Un retour à une certaine autosuffisance permet d’affronter cette ère de rareté en créant l’abondance par ses propres moyens. Sylvain Tesson, écrivain et aventurier affirme qu’« en ville, le libéral, le gauchiste, le révolutionnaire et le grand bourgeois paient leur pain, leur essence et leurs taxes. L’ermite, lui, ne demande ni ne donne rien à l’Etat. Il s’enfouit dans les bois, en tire sa substance. Son retrait constitue un manque à gagner pour le gouvernement. […] Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt est plus anti-étatique qu’une manifestation hérissée de drapeaux noirs ».

Ainsi produire les biens nécessaires à sa survie contribue à une prise de conscience en vue de faire face à la production industrielle massive et destructrice. Dès lors, consommer en connaissance de cause est plus aisé et son attention est centrée sur la traçabilité et les conditions de production de ses achats afin d’être responsable de la protection de l’environnement et des populations.

Par surcroît, repartir à la rencontre de soi-même permet aussi d’évoluer à une plus petite échelle. Nos relations avec autrui ne sont-elles pas très souvent le produit direct de nos pensées intérieures ; ne remarquons-nous pas souvent chez l’autre ce que nos déterminismes nous contraignent à voir ? Décider de repartir à la rencontre de soi-même nous permettra de commencer à nous percevoir nous-mêmes d’une façon nouvelle. A terme, gageons que, si cette culture de la rencontre avec soi-même se prolonge – au-delà du Carême – elle puisse bonifier profondément nos relations avec autrui.

La période du Carême peut donc être une occasion de réfléchir aux conséquences de nos attitudes de consommation ainsi qu’à nos responsabilités face à nous-mêmes, mais aussi, à une échelle plus petite, à nos relations avec autrui afin que chacun soit servi selon ses besoins.

Saisirons-nous cette occasion ?

 

La nature, une échelle dressée vers le ciel

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Sainte Marguerite Bays (FR), février 2021

Tout le monde connaît les références agraires ou pastorales des paraboles du Christ et chacun reconnaît qu’elles
sont nombreuses. Mais la nature se cantonne-t-elle à un rôle illustratif dans la spiritualité chrétienne, ou occupe-t-elle une place plus importante dans notre montée vers Dieu ? Faisons un bref voyage scripturaire, pour y répondre.

TEXTE ET PHOTOS PAR L’ABBE VINCENT LATHION

Dans le récit de la Genèse tout d’abord, nous voyons Dieu créer toutes choses : le ciel et les étoiles, la terre, les volatiles et les espèces marines, les êtres vivant sur terre et toutes les bêtes sauvages. A chaque nouvelle étape de sa création, Dieu constate que toute son œuvre est bonne et s’en réjouit. Signalons ici un point important : Dieu a voulu la création et l’a voulue bonne. Relevons qu’à l’opposé d’autres textes religieux de l’époque, la Bible exclut tout mélange entre Dieu et sa création. Ainsi, alors que certains peuples environnants adoraient le soleil et les astres, la Genèse les présentent sobrement comme des luminaires et les range résolument du côté des créatures ; il n’est donc pas question de se prosterner devant eux (cf. Jr 8, 2). On pourrait d’ailleurs étendre cette remarque à tous les animaux, puisque d’autres passages interdisent strictement de les adorer (cf. Sg 12, 24 et Sg 13, 10). Ainsi la Bible nous pousse à voir au-delà de la splendeur de la création. La beauté du monde est une marque de la gloire de Dieu et nous renvoie à la bonté du créateur ; en cela, elle nous aide à nous élever jusqu’à lui.

Nous voyons ensuite Dieu confier à l’homme tous les autres vivants dans le récit de la création (Gn 1, 28-29). Le Seigneur l’appelle à « dominer » sur eux, c’est-à-dire à exercer sur eux son autorité pour faire croître leur vie. L’homme est donc responsable devant Dieu des autres créatures et doit s’en occuper avec soin. Citons le livre de la Sagesse qui développe le passage de la Genèse (Sg 9 ,2) :

« Toi qui, par ta Sagesse, as formé l’homme pour dominer sur les créatures que tu as faites, pour régir le monde en sainteté et justice et exercer le jugement en droiture d’âme. »

On pourra aussi se souvenir de Noé qui, à la demande de Dieu, prend un couple de chaque espèce animale pour les préserver du déluge et pour qu’ainsi, aucune ne disparaisse. La domination de l’homme sur la nature n’est donc pas une invitation à abuser de ses ressources, ni à exercer quelques violences que ce soit contre les créatures vivantes, mais elle pose simplement une hiérarchie, un ordre, voulu par Dieu et qui participe à l’harmonie du monde.

Bien plus, la Bible à plusieurs reprises recommande à l’homme d’observer les bêtes pour acquérir la sagesse. Ainsi l’homme paresseux est invité à regarder les fourmis pour apprendre le zèle au travail (Pr 6, 6-8). De même, les damans, les lézards et les sauterelles sont aussi donnés en exemple aux hommes (Pr 30, 24-28). On pourra encore mentionner Job qui encourage ses amis à s’instruire auprès des animaux pour connaître les œuvres de Dieu (Jb 12, 7-10) ou le Christ qui invite ses disciples à s’abandonner à la providence divine comme le font les corbeaux et les lys des champs (Lc 24-27).

La Révélation nous dévoile également que la nature est directement influencée par la bonté ou par la malice des hommes. L’écologie ne saurait donc être détachée de la morale et de l’éthique dans la vision biblique. C’est ainsi que les prophètes Jérémie et Osée déclarent que la mort des animaux en Israël est due à l’inobservance de la Loi (Jr 12, 4 et Os 4, 1-3). Saint Paul lie également le renouvellement de la création au salut des hommes (Rm 8, 19-21) :

« Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : […] avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. »

Enfin, dans plusieurs passages des Ecritures, nous voyons la création entière glorifier Dieu, comme dans le psaume 148 ou dans le cantique des trois jeunes gens du livre de Daniel (Dn 3, 57-90). Dans ces textes, chaque créature rend grâce à Dieu d’une manière qui lui est propre et se joint à la prière de l’homme.

Au terme de ce bref tour d’horizon biblique, il nous est plus aisé de répondre à la question du début : non, la nature ne sert pas uniquement à offrir quelques exemples au chrétien dans sa vie de foi, comme une référence lointaine parmi d’autres. En effet, par sa richesse, elle révèle au croyant différents aspects de la perfection divine ; placée par Dieu sous l’autorité de l’homme, elle possède néanmoins sa propre fin et, tout en participant à sa louange du Seigneur, elle lui ouvre des trésors de sagesse. Enfin, la nature partage la destinée de l’homme dans son retour vers Dieu : elle s’épanouit s’il est proche de son Créateur, elle dépérit s’il s’en éloigne. La nature occupe donc une place très précieuse dans le rapport de l’homme à Dieu : avec son langage, elle nous parle du Seigneur et nous chante sa grandeur.

 

L’homme chassé hors de la nature

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Sainte Marguerite Bays (FR), février 2021

PAR L’ABBE VINCENT LATHION
PHOTO : DR

Parler de nature n’est pas chose facile, car le sens de ce mot est multiple et a sensiblement changé au cours du temps : la nature signifiait d’abord chez les anciens cette force interne que possède chaque être vivant et qui lui permet de se développer selon ce qu’il est. Ainsi, l’arbre a sa nature, le chien a sa nature, mais aussi l’homme. Par extension, on utilisa ce terme pour des êtres inanimés également. Il est alors synonyme de « caractéristique » de la chose ; nous parlons par exemple de la nature de la pierre ou de celle de l’air.

Mais au fil des siècles, un autre sens du mot « nature » s’est progressivement imposé, opposé à celui de culture ou de civilisation. L’adjectif « naturel » est devenu alors le contraire d’artificiel ou de civilisé et a pris un sens proche de celui de brut ou de sauvage (pas touché par l’homme). Le changement peut paraître futile, mais il a pourtant des répercussions sur notre vision de l’homme et de sa place dans la création. Dans cette perspective, l’homme est pour ainsi dire sorti de l’ordre de la nature et dépouillé de la sienne propre. En schématisant peut-être à outrance, nous pourrions dire que l’homme dans notre société, parce qu’il ignore sa nature, se retrouve un peu comme une page blanche sur laquelle il pense être libre d’écrire ce qu’il veut, en faisant fi de son origine, de son but et de ses limites. Si cette approche montre admirablement que l’homme dispose en tout temps de sa liberté, elle le fait de telle manière qu’il devient presque un être déraciné. Bien plus, elle semble interpréter à tort la liberté de l’homme qui ne consiste pas dans la simple possibilité de choisir quelque chose ou son contraire, mais dans la capacité de choisir son bien. En effet, nous en faisons l’expérience, celui qui agit bien – selon sa nature –, devient plus humain et par là plus libre ; au contraire, la personne qui choisit un mal s’asservit toujours à quelque chose (souvent à une passion) et sa liberté s’en trouve amoindrie.

Voilà pourquoi, de même que le mouvement écologique a permis de redécouvrir que l’environnement possédait des règles et qu’en les respectant, la nature en devenait plus vivante et belle, de même il serait bénéfique que l’homme moderne redécouvre qu’être homme, c’est aussi posséder une nature qui a ses propres règles et que, pour développer toutes ses potentialités, il est bon de les suivre. Sans doute alors, l’homme deviendra plus homme et la création entière plus belle.

 

 

Dieu se met au vert

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur Aigle (VD), février 2021

PAR PASCAL LUKADI | PHOTO : FABIENNE THEYTAZ

Par ce temps qui court, nous entendons partout parler de l’environnement, de l’écologie. Dans quelle mesure faire participer Dieu pour nous en sortir ? Le respect de la création doit être une conséquence du respect dû à Dieu.

En effet, il n’est pas malvenu d’inviter le Créateur de tout
ce qui existe à nous en dire un peu plus. Dans sa deuxième encyclique, Laudato si’ (Loué sois-tu), le pape François nous donne des pistes pour nous rappeler que le respect de la Création était dans le plan même de Dieu. Dieu, en bénissant l’Homme, l’invite en même temps au respect de cette création. Voilà pourquoi en ce temps de carême, nous sommes invités à une prise de conscience pour une conversion écologique globale (Jean-Paul II), en évitant en même temps une sorte de consumérisme et un développement irresponsable qui dégradent l’environnement et provoquent le réchauffement climatique. C’est aussi un appel à des relations plus humaines qui nous rendent responsables les uns des autres : comment penser aux autres pendant ce temps de carême qui pointe à l’horizon ? Comment consommer de façon que le faible ne se sente pas exclu et pour une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité ? Nous sommes invités à prendre conscience pour comprendre « jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure » (Pape François, Laudato si’, no 10).

Aujourd’hui, si nous disons que Dieu se met au vert, c’est qu’Il est préoccupé par les tournures que prennent les choses, ainsi que l’étaient les péchés, les abominations des peuples au temps hébraïque d’autrefois. Cependant, les souffrances de Ses enfants ne le laissaient pas indifférent. Et les sanctions
ne tardaient pas. Nous ne sommes plus là. Aujourd’hui comme au début
de la création, Dieu continue son œuvre de création par l’Homme que tu es, que nous sommes tous : Il nous responsabilise. Il nous faut à tout prix éviter le langage de Caïn qui ne se sentait pas responsable non seulement de la
mort d’Abel son frère, mais aussi de sa vie. « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9) Quelle inconscience ? quel égoïsme ?

Aujourd’hui, nous avons une occasion en or par le Carême qui nous interpelle sur notre manière de nous comporter vis-à-vis de la création, notre consommation des biens de la terre, donc de l’Homme (comment le traitons-nous). J’ai toujours eu la joie d’entendre une maman, un papa dire à l’un de ses enfants envers celui qui se sent blessé : c’est ton frère/ta sœur ! donc une invitation au pardon, au partage, à la responsabilité de l’un envers l’autre. C’est ce qui amène à la cohésion interne, humaine ! Sans cette cohésion, pas d’écologie
ni de développement !

Que ce temps de Carême nous apporte plus de grâces pour vivre notre
responsabilité à l’égard de Dieu, mais aussi à l’égard de l’Homme, facteur de ce développement ! Un développement intégral !

 

 

Les animaux dans la Bible

La fourmi

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Nendaz – Veysonnaz (VS), février 2021

PAR FELICIEN ROUX | PHOTOS : PIXABAY

Dans la Bible, la fourmi a une excellente réputation.

Elle s’y retrouve en deux endroits dans le livre des Proverbes (6, 6 et 30, 25).

Ce petit insecte est le modèle de la prévoyance et de l’activité. Son exemple est souvent repris dans les Fables de Jean de La Fontaine ou bien d’Esope.

L’auteur des Proverbes, au chapitre 6, verset 6, conseille aux paresseux de suivre l’exemple de la fourmi. Ces conseils nous rappellent ceux de la fable bien connue de La cigale et la fourmi.

Notre seconde occurrence du chapitre 30, verset 25, qui fait partie de la Collection VII des Proverbes, est un proverbe numérique, dont le procédé est de faire appel au nombre pour éveiller l’attention du lecteur.

Ainsi, en Proverbes 30, 25, la fourmi fait partie des quatre petits êtres sur terre qui sont sages. Les trois autres animaux considérés comme sages sont les damans 1, les sauterelles 2 et les lézards.

La sagesse chez la fourmi est le soin qu’elle a de préparer durant l’été des provisions pour l’hiver. Pourtant, certains savants trouvent cette observation erronée. Car selon eux, les fourmis sont des insectes qui hibernent et qui n’ont donc pas besoin de réserve pour l’hiver. Cependant, on trouve en Israël deux espèces de fourmis qui font des provisions pour l’hiver…

 

1 Le daman est un petit mammifère qui ressemble à une marmotte.

2 La Nouvelle Bible de Segond,
bible protestante, traduit par
« les criquets ».

 

Bible de Jérusalem

Pr 6, 6-8

6 Va voir la fourmi, paresseux !

Observe ses mœurs et deviens sage :

7 elle qui n’a ni magistrat,

ni surveillant ni chef,

8 durant l’été elle assure sa provende

et amasse au temps de la moisson,
sa nourriture.

 

Pr 30, 24-28

24 Il est quatre êtres minuscules sur la terre.

mais sages entre les sages :

25 les fourmis, peuple chétif,

mais qui, en été, assure sa provende ;

26 les damans, peuple sans vigueur,

mais qui gîtent dans les rochers ;

27 chez les sauterelles, point de roi !

mais elles marchent toutes en bon ordre ;

28 le lézard que l’on capture à la main,

mais qui hante les palais du roi.

 

Traduction officielle liturgique (2013)

Pr 6, 6-8

6 Va vers la fourmi, paresseux !

Regarde-la marcher et deviens sage :

7 elle n’a pas de supérieur,

ni surveillant ni gouverneur,

8 et tout l’été, elle fait ses provisions,

elle amasse, à la moisson, de quoi manger.

 

Pr 30, 25-28

24 Il y en a quatre, tout petits sur la terre,

mais sages entre les sages :

25 les fourmis, race bien faible,

qui font en été leurs provisions ;

26 les damans, race chétive,

qui, dans le rocher, se font un gîte ;

27 point de roi chez les sauterelles,

mais elles avancent toutes en bon ordre ;

28 le lézard, on l’attrape à la main,

mais il est chez lui au palais du roi.

 

Traduction œcuménique de la Bible (2012)

Pr 6, 6-8

6 Va vers la fourmi, paresseux 3 !

Considère sa conduite et deviens sage.

7 Elle n’a pas de surveillant, ni de patron 4.

8 En été elle assure sa provende, pendant
la moisson elle amasse sa nourriture.

 

Pr 30, 25-28

24 Il existe sur terre quatre êtres tout petits
et pourtant sages parmi les sages :

25 les fourmis, peuple sans force, qui, en été, savent assurer leur nourriture.

26 les damans, peuple sans puissance,

qui savent placer leur maison dans le roc ;

27 les sauterelles qui n’ont pas de roi

et qui savent sortir toutes en bande ;

28 le lézard qui peut être attrapé à la main

et qui pourtant est dans le palais des rois !

 

3 En note, nous lisons : « La référence à la fourmi comme modèle de travail et prévoyance est commune à bien des littératures :
en Grèce (chez Esope) et déjà en Canaan. Voir aussi 30, 25 où la fourmi est symbole de sagesse. »

4 En note le traducteur commente : « La libre activité de la fourmi est mise en opposition avec le travail contrôlé de l’homme, véritable assujettissement. Les termes employés sont certainement des termes de métier dont les nôtres ne peuvent prétendre être l’équivalent exact. »

 

 

Dieu Créateur – Homme cocréateur

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral des Coteaux du Soleil (VS), février 2021

PAR CHRISTOPHE ANÇAY

La notion d’écologie intégrale est entrée dans la doctrine de l’Eglise avec l’encyclique Laudato Sì, mais dans les premières pages de la Bible se trouve déjà la mission de l’homme au service de la création.

Dans le premier récit de la création, Dieu confie à l’homme et à la femme la terre par ces mots : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons […] et de tous les animaux. » (Genèse 1, 28) Dans l’histoire, certains ont lu dans ce récit le droit d’user et d’abuser de la création comme d’un objet que Dieu nous aurait donné. Cependant, l’humain, créé le sixième jour à la suite des animaux, est une partie de ce tout qu’est la création.

Le maître veut que son disciple soit le meilleur et le maestro, son œuvre parfaite. Celui qui ne cherche que son pouvoir ou sa renommée n’est qu’un tyran
ou un vaniteux. Prenons l’exemple de Jésus. Nous voyons vite avec lui ce que
veut dire être maître et comment il a exercé sa royauté : le maître est celui qui se met
au service de tous. La mission que Dieu nous confie est donc, je crois, de poursuivre son œuvre créatrice dans le monde qu’il nous confie. A chacun de nous de trouver dans sa situation concrète
en quoi il peut parfaire le monde qui l’entoure et, déjà, ne pas endommager plus la « maison commune » dont nous parle le Pape.

Le Carême est un temps privilégié pour réfléchir à notre façon de vivre, à notre impact sur l’environnement et aux valeurs que nous voulons placer au centre de notre vie. Nos privations sont l’occasion idéale de protéger des ressources en faveur des plus démunis. Soyons créateurs durant ce temps de préparation à la fête de Pâques !

 

 

Via Jacobi: Posieux-Autigny

Le mythique chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle traverse la Suisse romande, de Fribourg à Genève. Au-delà des sentiers battus, la Via Jacobi regorge de curiosités. Chaque mois, L’Essentiel prend son bâton de pèlerin et en réalise un tronçon sous forme d’une balade familiale à faire sur la journée. Aujourd’hui, cap sur Autigny.

Texte et photos par Pascal Ortelli

Départ depuis le parking de l’auberge de la Croix-Blanche à Posieux, 2h15 aller simple, 8, 8 km.

  1. Longez la route principale puis prenez à droite sous l’autoroute en direction d’Ecuvillens. Après avoir dépassé l’église d’une centaine de mètres, prenez sur la gauche en ne manquant pas l’allée des assoiffés.
  2. Le chemin vous conduit jusqu’au bout de la piste de l’aérodrome.
    Continuez en lisière du bois Cornard et rejoignez la route goudronnée perpendiculaire. Traversez la forêt et entamez la descente sur Posat.
  3. Là une pause s’impose pour découvrir la chapelle du bienheureux Apollinaire Morel, un capucin originaire de Posat, mort en martyr sous la Révolution française.
    Plus d’infos sur la chapelle
    Plus d’infos sur le bienheureux Apollinaire Morel
  4. Descendez ensuite le sentier boueux jusqu’au pont sur la Glâne puis remontez en direction d’Autigny. Ne manquez pas d’admirer les vitraux du chœur de l’église Saint-Maurice, réalisés par Alexandre Cingria.
  5. Si vous avez le courage de poursuivre jusqu’au terrain de foot, vous pourrez alors vous prélasser dans la zone alluviale protégée d’Autigny en empruntant le sentier didactique.

Pour le retour, il est difficile de faire une boucle hormis dans le bois Cornard.

Curiosité: l’eau miraculeuse de Posat

Sous la chapelle, se niche une fontaine en forme de coquille Saint-Jacques. Les gens viennent de loin pour son eau qui soigne les yeux. 

Coup de coeur

Un poulet au panier à l’auberge de la Croix d’Or, située à côté de la chapelle de Posat et construite sur les fondations d’un ancien couvent de Prémontrées (chanoinesses de la stricte observance).

Verdir aussi le Christ!

Par Pascal Ortelli
Photo: DR
Parler d’écologie chrétienne, n’est-ce qu’un simple coup de marketing pour gagner de nouveaux fidèles ? C’est que l’Eglise a vraiment le chic pour christianiser les valeurs païennes : Noël, la Chandeleur, Halloween… Un vieux truc ! L’accusation est un peu courte : bien des gens approfondissent leur compréhension des valeurs chrétiennes par le biais de petits gestes « écolos ». Non sans en venir parfois à déifier la nature. 

Pour éviter cet écueil, ne « christianisons » pas les choses à moitié. Je m’explique : quand on parle d’écologie chrétienne, on le fait principalement sous l’angle de la sauvegarde de la Création. Il s’agit de cultiver et protéger le jardin que Dieu nous a confié. Or, c’est oublier le volet de l’incarnation. Dieu ne nous confie pas seulement d’en haut un bien à gérer ; il s’implique dans sa Création par la venue de son Fils, et ce pour la transformer de l’intérieur et la ramener à Lui.

Comme le relève Thierry Collaud dans notre dernier livre 1, « s’il y a une écologie chrétienne, celle-ci ne peut pas faire l’économie de sa tâche qui est de prendre conscience et de faire prendre conscience au monde de ce qui se joue pour lui dans le mystère du Christ ». Oui à une éco­spiritualité chrétienne, mais pas sans référence à son moteur, le Christ vert, au risque sinon de passer pour des usurpateurs…

1 Ecologie et technologie au prisme de l’enseignement social chrétien, pp. 248-249.

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