Le théâtre au service de Dieu…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2020

Propos recueillis par Pascal Tornay | Photos: Mathilda Olmi, Teintureries 2020

Benjamin Bender, 22 ans, a grandi à Martigny-Bourg. Il vient de terminer sa formation à l’Ecole Supérieure de Théâtre à Lausanne devenant ainsi comédien professionnel. Catholique et engagé en Eglise, amateur de chant et de musique et notamment membre du groupe de pop-louange Raising Hope, la foi est pour lui un des piliers de son existence. Il exprime ici comment il met en résonance son travail, sa vie et sa foi…Pendant de nombreuses années, je me fixais un objectif, un but à atteindre : le bonheur. Pour y parvenir au plus vite, je laissais de côté ce qui était difficile, me mentais à moi-même, mettais le masque de la joie sur mon visage. Mais c’était sans compter sur ma formation à l’Ecole Supérieure de Théâtre ! Trois années intenses à remuer mes sentiments, ma façon de me voir, de voir les autres, de penser. Grâce à ces trois années, j’ai pu me reconnecter à mes sensations, m’autoriser à exprimer toutes mes pensées, sans censure, ni tabou. Maintenant en accord avec moi-même, je peux vraiment laisser Dieu me transformer, sans Lui cacher mes défauts, mes pensées et ce qui me fait honte. 

Dieu, théâtre de ma vie ?
Je n’ai jamais caché ma Foi. Je l’ai même parfois trop exhibée. Mais je crois aujourd’hui qu’être chrétien se passe dans les actes, non dans les paroles. (Un comble pour un comédien, me direz-vous !) Il faut être chrétien et non se dire chrétien.
Notre façon de vivre les événements, les difficultés, les joies – toujours dans le Seigneur –, doit être un exemple de rayonnement autour de nous. C’est cela qui suscitera des questions chez l’autre. Une des plus belles discussions sur la foi que j’ai eue à l’école s’est déroulée alors que nous faisions des étirements après une longue journée de danse. Mon collègue avait une question, j’ai pu l’écouter et discuter avec lui parce qu’il était prêt et ouvert. 

L’Eglise et le théâtre, une complémentarité ?
Les milieux du théâtre sont connus pour casser les codes et tout remettre en question. L’Eglise catholique est connue pour être un paquebot difficile à faire changer de cap. Je pense qu’il y a du bon dans les deux. L’Eglise possède une coque solide qui nous permet de ne pas chavirer. La difficulté, depuis le temps qu’elle navigue sur les eaux de la vie, est de distinguer la coque des porosités, corrosion, pourritures qui s’y sont développées. Le théâtre peut être un moyen de nous replonger dans le concret de la vie, lui qui, sur scène, passe à la loupe les relations humaines de notre temps. 

L’Eglise véhicule les Evangiles, source de toute vie. Le théâtre questionnant notre société, tentant parfois d’y trouver des réponses, pourrait s’inspirer des enseignements de Jésus « qui a tout accompli ». Il est le Chemin, la Vérité et la Vie. De la même manière qu’au théâtre nous tentons d’actualiser Euripide, Sophocle ou Racine, utilisons notre savoir afin de (re)découvrir tout ce que la Bible, ce texte ancien et pourtant criant d’actualité, peut nous apporter aujourd’hui.

L’UP La Seymaz et l’UP Champel/Eaux-Vives accueillent avec joie leurs nouveaux curés modérateurs!

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), septembre 2020

Après des mois d’attente depuis le départ du Père Ernest Janczyk, curé modérateur de l’UP La Seymaz, et le décès de l’abbé Marc Passera, curé in solidum de l’UP Champel/Eaux-Vives, notre évêque, Mgr Charles Morerod, a nommé, à compter du 1er septembre, un nouveau curé modérateur à 50% pour l’UP La Seymaz, l’abbé Frédéric Le Gal, et un curé modérateur à 100% pour l’UP Champel/Eaux-Vives, l’abbé Thierry Schelling.
Les paroissiens et paroissiennes rendent grâce à Dieu pour la venue de ces deux prêtres et espèrent que la riche expérience de ces deux personnalités apportera un esprit d’émulation, la paix et la sérénité dans nos paroisses.

Bienvenue à l’abbé Frédéric Le Gal

Par Karin Ducret | Photo: DR

L’abbé Frédéric Le Gal, tessinois né à Paris, entre en 1987 à l’Abbaye de Hautecombe, où il est accueilli par le Père Marc-François Lacan, frère du célèbre psychanalyste Jacques Lacan. Ce théologien et philosophe de renom, réunissait autour de lui des groupes de personnes en recherche de sens, parmi lesquelles des psychanalystes comme Marie Balmary. « Nul doute que l’écoute de la Parole de Dieu aussi bien que celle d’une parole d’homme transmise par l’un et l’autre Lacan m’auraient guidé dans cette quête de la vérité sur ma vie d’homme, et aussi de prêtre. » confie Frédéric Le Gal 1. Après la mort du Père Lacan en 1994, il est envoyé à l’Université grégorienne à Rome. Pour sa thèse il traite de la folie dans le domaine spécifique de la théologie dogmatique. Il devient alors aumônier à l’hôpital psychiatrique Sainte-Marie à Nice et participe au programme de recherche de l’OMS autour du thème de la stigmatisation 2. Conférences, publications et rencontres  jalonnent ces années passionnantes. Par ailleurs, l’évêque de Nice confie à Frédéric Le Gal la mission d’exorciste.3 Depuis 2009 Frédéric Le Gal est aumônier au sein des HUG à Genève dans les services de psychiatrie et de gériatrie et, depuis 2014, il est l’exorciste du diocèse LGF, responsable du Service d’Ecoute et de Délivrance Spirituelle (SEDES).4 5 En juin 2020 Mgr Charles Morerod nomme l’abbé Frédéric Le GAL modérateur à 50% de l’équipe des prêtres in solidum et de l’équipe pastorale de l’UP La Seymaz dès le 1er septembre 2020. Les paroissiens et paroissiennes souhaitent une chaleureuse bienvenue à notre nouveau curé.

1 Les informations dans l’article sont notamment tirées de : Frédéric Le Gal, Délires et sérénité : du spirituel en milieu psychiatrique, Cerf, 2013, pp. 17-22.
2 Frédéric Le Gal, « Du stigma de la folie à la sainteté », dans Jean-Yves Giordana (dir.), La Stigmatisation en psychiatrie et en santé mentale, Elsevier-Masson, 2010, pp. 152-160.
3 L’exorcisme vise à expulser les démons ou à libérer de l’emprise démoniaque.
4 Le Service d’Ecoute et de Délivrance Spirituelle (SEDES) est constitué de fidèles laïcs bénévoles et formés à l’écoute et d’un prêtre-exorciste. Le SEDES a pour mission d’accueillir et d’écouter des personnes en grande détresse, d’accompagner leurs souffrances psychiques, physiques et spirituelles. Il s’agit avant tout d’exorciser les peurs et les angoisses tout en favorisant un travail de discernement.
5 Voir aussi l’interview avec l’abbé Frédéric Le Gal « Le délire mystique : Dieu me parle, on m’enferme »  https://www.youtube.com/watch?v=QiiomJwaarc

Bienvenue à Thierry Schelling

Texte et photo par Thierry Schelling

Bonjour, je m’appelle… Thierry… Oui, je sais, cela ne va pas être facile avec l’autre Thierry… Nom de famille : Schelling. Genevois (rive droite, rue du Grand-Pré). Né en 1968, grande année pour plein de choses dans le monde et dans l’Eglise…

D’une famille non croyante, non pratiquante, ce qui me donne une GRANDE liberté de pensée et d’agir, j’ai été formé, tour à tour, chez et grâce aux Missionnaires d’Afrique (1989-1997) puis aux Jésuites (1997-2006), tout deux adhérents de la spiritualité de saint Ignace de Loyola. Puis, j’ai rejoint notre diocèse en 2011, comme curé modérateur de l’unité pastorale pluriculturelle de Renens-Bussigny, ouest de Lausanne.

Dublin, Londres, Kasama, Nairobi, Addigrat, Wukro, Innsbruck, Le Caire, Rome, Puteaux… sans oublier Carouge et Lausanne… les villes où j’ai missionné. Oui, je suis un urbain !

Comme dans les sites de rencontres, je peux vous dire que j’aime la marche, Hercule Poirot (en British English svp !) et le silence… L’histoire de l’Eglise – et des Eglises – me passionne car on y trouve tout : spiritualité, théologie, ethnologie, politique, économique, cartographie…

J’apprécie le pape François évidemment : je suis particulièrement interpellé par son envoi sur les périphéries du monde, de l’Eglise, de nos sociétés, de nos vies. Même ex-Jésuite, je reste profondément attaché au Principe et Fondement des Exercices Spirituels, ce qui est un bon instrument pastoral et humain pour… discerner !

Je me réjouis de découvrir les communautés chrétiennes des Eaux-Vives et Champel et de la collaboration avec l’équipe pastorale : l’abbé Thierry Fouet qui demeure à Sainte-Thérèse, l’abbé Karol Garbiec, à la cure de Saint-Joseph, 2e étage, et qui est aussi le Chapelain de la communauté polonaise, et notre assistante pastorale Anne-Marie Colandréa. 

Accueillir une, deux, trois communautés linguistiques en paroisse est toujours une chance de vivre plus catholique grâce à leur interaction. J’arrive, curieux et sans apriori. Conscient aussi que l’après-pandémie nécessitera d’être inventif pastoralement sans être farfelu ; à l’écoute les uns des autres et non pas unilatéralement ; au service, nous le clergé, d’un Peuple de Dieu que j’espère proactif plus que réactif… 

Rendez-vous le dimanche 20 septembre, à St-Jo’, pour la messe de nos débuts, moi comme votre nouveau curé modérateur et curé de Saint-Joseph, et vous, comme chrétien-ne-s en marche. Aussi lentement que nécessaire…

Bas les masques!

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), septembre 2020

Par Claude A. | Photo: @ Carmel du Pâquier

Marguerite Yourcenar fait dire à l’empereur Hadrien : « La possibilité de jeter le masque en toutes choses est un des rares avantages que je trouve à vieillir. » 1 Un peu provocateur me direz-vous, d’oser jeter le masque en ces temps incertains de pandémie où on ne parle que de lui. Et pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit, entre autres parmi les résidents de nos maisons de retraite. Aux jours des vents contraires, tout particulièrement, ils sont nombreux à s’être débarrassés, dirait-on, de tout ce qui leur est inutile, à commencer par les encombrantes certitudes de la jeunesse. Place à la douceur et à l’humour désormais qui relativisent les carences du quotidien. Place à la solitude qui donne du prix à ce qui leur est essentiel : une musique qui décrit l’inexprimable, un livre qui fait voyager à l’autre bout du monde, un tricot qui fera la joie de petits ou grands, un film qui rappelle peut-être le plaisir partagé des salles obscures, un coup de fil attendu d’une amie, la prière qui accompagne, console et guérit auprès de Quelqu’un présent en toutes circonstances, aujourd’hui aimé plus que tout au monde.

Place enfin à la simplicité : celle d’oser dire qu’à certaines heures, le temps s’étire sans saveur ; qu’on n’a plus le souci du jugement des autres ; qu’on voudrait bien – avec le sourire – rejoindre ceux qui nous ont quittés et que nous avons tant aimés ; que les habitudes sont une sécurité mal comprise ; que les souvenirs sont tout ce qui nous reste ; qu’on se sent inutile ; que l’absence des proches en période de confinement est douloureuse, malgré les précautions sanitaires comprises ; que leur présence en période de progressif déconfinement l’est parfois davantage encore, tel dans une prison aux règles rigoureuses imposant des rencontres en terrain neutre, privant nos résidents de la seule chose qu’ils puissent offrir à leurs hôtes : l’accueil – dans leur chambre, empreinte et signe de leur existence tout entière. 

Et voici que le rythme normal de la vie a – presque – repris son cours dans nos maisons de retraite, avec ses activités, ses rencontres, ses résidents dont les silences, les sourires et confidences ont peu changé, quoique… On pourrait y ajouter la discrétion et la gratitude que leur silence manifeste – envers le personnel soignant ou nous autres qui n’avons cessé de leur être restés fidèles avec autant de liberté qu’auprès de nos amis du dehors – comme ces saints de la vie ordinaire qui malgré blessures ou exil involontaire, ne se sont pas départis de leur bienveillance et contribuent à laisser entrevoir un fragment de ce bonheur dont est transfiguré notre bel aujourd’hui : le mien, le leur, le vôtre.  

LAUDATO SI’, MI SIGNORE !

1 Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien (coll. Folio/Gallimard).

Fontaine de la Miséricorde: école d’oraison 2020-2021

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), septembre 2020
Autour de la prière

Rencontrer Dieu dans l’oraison… l’oraison est une intimité avec Dieu, un dialogue spirituel avec le Seigneur, un rendez-vous d’amour, c’est vivre l’union à Dieu dans le silence. 

La Communauté Fontaine de la Miséricorde à Genève propose un parcours d’initiation à l’oraison, une « rencontre et union à Dieu dans le silence », dès la rentrée, avec des rencontres mensuelles, un jeudi en soirée. Le parcours d’initiation se fait sur deux ans. Les séances d’une heure et demie permettent un approfondissement de la prière, personnelle et silencieuse. Chaque rencontre se vit en quatre temps : accueil, enseignement, temps d’oraison ensemble et partage.
La première rencontre aura lieu le 17 septembre à 19h au Cénacle, Promenade Charles-Martin 17, 1208 Genève.
Accueil par l’équipe, eucharistie et buffet canadien, informations concernant le parcours, partage avec les participants des sessions précédentes.
Des feuillets seront à disposition dans les églises du secteur.
Envoi par mail à ceux qui le demandent.

Renseignements :
Rosemarie Grant, +41 79 554 08 36, romygrant@hotmail.com
Dominique Reymond, +33 450 840 447, domiefata@hotmail.com

«Black Lives Matter»: une insurrection éthique

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), septembre 2020

Photos : L. Horgan, Jr. Wikimedia Commons, DR

Alabama, 1889 : « Les arbres du Sud portent un fruit étrange ».

Que faire après la vague ? Voici un bref extrait de ses propos :

« A condition bien sûr que nous soyons déjà entrés dans une phase nous permettant de prendre un peu de recul par rapport à cette vague qui nous a submergés, je me suis appliqué à répondre à cette question de la manière suivante. Que nous révèle aujourd’hui cette pandémie ? Et qu’aurons-nous à faire après celle-ci ? Il m’a semblé que parmi les mille et une leçons que l’on peut tirer de cette expérience inouïe, il y a l’urgence de la question des inégalités. Nous étions bien sûr pleinement conscients avant cette période Covid-19 de cette problématique, mais je crois que la pandémie a jeté une lumière extrêmement crue sur ce thème, une lumière nouvelle. Ce que cette pandémie met en évidence c’est le côté existentiel de ces inégalités. Ce ne sont pas seulement des inégalités économiques, mais surtout l’évidence d’une inégalité devant la maladie et devant la mort, devant ce qui fait notre existence humaine. Bien sûr le virus peut frapper le premier ministre de Grande-Bretagne comme l’éboueur du coin, mais dès lors que l’on regarde ce qu’on appelle le «  big picture  », le tableau général, on se rend compte qu’il y a une inégalité profonde entre les nations d’une part et, d’autre part, au sein des nations.

En ce qui concerne l’inégalité au sein des nations, la pandémie nous force à jeter un regard très sévère sur la situation. Ici, à New York, dès les premiers jours après le confinement, on a commencé à analyser les chiffres et il est très vite apparu que la pandémie avait frappé de manière totalement disproportionnée les plus pauvres qui, comme on pouvait s’y attendre, sont les Noirs et les Latino-Américains. Cela signifie très concrètement une inégalité devant la maladie et devant la mort.

Ce n’est pas forcer la comparaison que de lier ce qui est arrivé à la suite du «  meurtre  » de George Floyd le 25 mai dernier, à Minneapolis, à la pandémie de Covid-19. On peut se poser la question suivante : pourquoi la mort de Georges Floyd a-t-elle déclenché les manifestations universelles auxquelles nous assistons ? Cela aurait parfaitement pu avoir lieu bien avant, à la mort d’Eric Garner, en 2014, qui avait prononcé les mêmes paroles – 11 fois – que George Floyd : «  je ne peux pas respirer  ». Cela aurait également pu arriver après la mort de Tamir Rice, ce gamin de 12 ans tué par des policiers, à Cleveland en 2014, qui, dès qu’ils sont arrivés sur le lieu où on leur avait signalé la présence d’un Noir soi-disant armé d’un revolver, ont abattu le gosse qui tenait en main un simple jouet. Mais il a fallu le cas George Floyd. Une raison émerge : la pandémie et l’inégalité que celle-ci a révélée, cette inégalité devant la maladie et la mort, ont servi de cadre dans lequel la fin tragique de Georges Floyd a revêtu un puissant aspect symbolique. Cette fin a provoqué ce que j’appellerais une «  insurrection éthique  ». 

C’est ainsi que l’on peut comprendre qu’un slogan comme «  Black lives matter  », «  les vies noires comptent  », soit devenu un cri de ralliement pour une majorité d’humains dans le monde, s’insurgeant contre une inhumanité intolérable. Cela explique que même des Blancs ont manifesté sous la bannière de «  Black Lives Matter  ». Ce qui tenait du particulier est devenu universel. Dire que les vies noires comptent, c’est simplement dire que la vie humaine en général n’a pas de prix. 

Alors, que faire après la vague ? Transformer cette insurrection éthique en une politique d’humanité. Nous comporter comme si nous étions tous d’un seul pays, avec un sentiment politique commun d’humanité, de solidarité, avec une volonté de redéfinir ce que nous appelons le développement, en mettant l’humanité au cœur de celui-ci. Une politique d’humanisation de la Terre, un peu à la manière de Teilhard de Chardin. »

Si vous aimez le jazz, vous craquerez immanquablement pour la voix lente et légèrement éraillée de Billie Holiday, surtout quand elle murmure Strange fruit : « Southern trees bear a strange fruit / Blood on the leaves and blood at the root / Black bodies swinging in the southern breeze / Strange fruit hanging from the poplar trees… » (Les arbres du Sud portent un fruit étrange / Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines / Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud / Un fruit étrange suspendu aux peupliers). 

Cette complainte a eu un immense succès à sa sortie en 1939, aux Etats-Unis. Il n’y a encore pas très longtemps, ce n’était pas la chanson de Billie Holiday que l’on entendait le plus fréquemment sur les radios « jazzy ». 

« Black Lives Matter » :  écoutez ou ré-écoutez Strange fruit sur Youtube.

La soupe de la Maison de la Diaconie et de la Solidarité à Sion

 

Par Pascal Ortelli

A Sion, il est un bistrot pas comme les autres abritant la Maison de la Diaconie et de la Solidarité. Sise à la rue de Lausanne 69, c’est un lieu d’accueil communautaire où chacun est le bienvenu, avec ses forces et ses richesses, mais aussi avec sa fragilité. En semaine, la soupe avec d’autres accompagnements y est servie avec beaucoup de chaleur humaine.

Des services offerts aux plus fragiles
Ici on mange mieux qu’au restaurant», confie un hôte régulier. Aujourd’hui au menu : la traditionnelle soupe aux légumes, du riz avec un émincé de bœuf et un gratin de choux-fleurs, sans oublier les pâtisseries offertes par les boulangeries de la région. Le tout est concocté et servi par une équipe de bénévoles de l’association Accueil Hôtel-Dieu.

Fondée en 2014 pour poursuivre le travail des Sœurs hospitalières, l’association regroupe entre autres les pôles solidarités des paroisses catholiques et réformées de Sion. Elle bénéficie du soutien de nombreux partenaires et fournisseurs locaux. L’Accueil Hôtel-Dieu, c’est 7500 repas de midi servis en 2019, 1700 petits-déjeuners et plus de 8000 heures de bénévolat ! Du lundi au vendredi, un accompagnement multiforme est offert, de 9h30 à 16h au sein de la Maison de la Diaconie et de la Solidarité.

La Maison occupe les locaux du restaurant Verso l’Alto. Elle a pour vocation de fédérer les synergies entre les différents acteurs ecclésiaux et de porter ensemble l’appui aux migrants, la pastorale des prisons et le soutien des personnes en précarité ou en fragilité psychique.

Atelier et convivialité
Les après-midi, un café est ouvert sur le quartier. Georges, un bénévole, propose également des ateliers de couture, de pyrogravure et de peinture sur pierre pour que «les gens qui s’ennuient trop ne traînent pas dans la rue».

La maison dispose également d’un appartement au premier étage. Joëlle Carron, la responsable des lieux, explique qu’«un accès aux soins de base pour les populations qui ne peuvent pas payer les primes d’assurance maladie ainsi qu’un réseau juridique solidaire y sont offerts». Pas besoin de s’inscrire pour passer et partager un moment de convivialité.

[thb_image image= »5035″]

Point de vente

Plus d’infos:

Maison de la Diaconie et de la Solidarité, Rue de Lausanne 69 à Sion, maisondiaconie@gmail.com, 079 891 67 07

Colonie de vacances « La Joie de Vivre » – Jusqu’au 21 août 2020 – Genève et La Côte-aux-Fées (NE)

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP des Boucles du Rhône (GE), janvier 2020

Photo: DR

Découvrez l’historique de cette colonie, créée en 1959 par des paroissiens de Sainte-Marie du peuple, et ses activités sur le site www.lajoiedevivre.net, ainsi que sur sa page Facebook.Les inscriptions pour les séjours 2020 de la colonie « La Joie de Vivre » à La Côte-aux-Fées (canton de Neuchâtel) sont ouvertes. Voici toutes les informations et conditions générales nécessaires concernant nos camps.

Dates, âges et responsables
Séjour B : du dimanche 26 juillet au vendredi 7 août 2020
• pour les enfants de 7 à 14 ans.
• direction assurée par Anne-Laure Magnin & Grégoire Gretsch

Séjour C : du dimanche 9 août au vendredi 21 août 2020
• pour les enfants de 7 à 14 ans.
• direction assurée par Sabrina Chirenti et Lucien Camacho

Prix des séjours
Le prix des pensions tient compte des subventions accordées par l’Etat de Genève, des communes genevoises, la Loterie romande et la Fédération catholique des colonies de vacances.

– Enfant résidant dans le canton de Genève : Fr. 490.–
– Enfant résidant en France et dont l’un des parents travaille sur le canton de Genève : Fr. 490.–
– Autre : Fr. 600.–

Le prix des séjours comprend : le logement, la nourriture, les activités diverses ainsi que le retour en car à Saint-Pie X (au Bouchet, Genève). Les parents amènent les enfants à la colonie, c’est la coutume !
Conditions spéciales familles (enfants vivant dans le même ménage) : rabais accordé : Fr. 50.– sur la 2e inscription, Fr. 100.– sur la 3e, etc.
Le prix du séjour ne doit pas empêcher un enfant de participer, des réductions sont possibles. Veuillez adresser une demande écrite à la responsable des inscriptions.

Inscriptions et enseignements

Colonie La Joie de Vivre – Rte de Saconnex-d’Arve 100 – 1228 Plan-les-Ouates
Tél. 022 771 45 57 ou camps@lajoiedevivre.net

Camps Voc’ Marguerite Bays – Jusqu’au 21 août 2020

Les Camps Voc’ ont malheureusement dus être annulés. Une nouvelle formule t’est proposée cette année pour réfléchir aux grandes orientations de ta vie !

En collaboration étroite avec les Camps Voc’ initialement prévus, tu pourras vivre « un peu » la vie d’un camp depuis chez toi et mettre tes pas dans les pas de sainte Marguerite Bays, pour mieux les mettre dans ceux de Jésus.

C’est ouvert à tout le monde ! 🥳
Tous les fichiers seront disponibles sur le site

🎬 Les infos en vidéo ici :
➡️ https://youtu.be/cSMpm-pc15A

💻 Les infos pratiques ici :
➡️ www.vocations.ch/camps-voc

Viens louer et célébrer Celui qui t’appelle; viens réfléchir à ce qui peut te rendre heureux et combler ton coeur; viens partager avec des jeunes de ton âge. Tu as entre 8 et 20 ans ? Cet été, toute une équipe t’attend: laïcs en couple ou célibataires, prêtres, religieux et religieuses, jeunes, séminaristes, etc.

Le bonheur au bord de l’eau

Situé au bord du lac de Neuchâtel, le camp biblique œcuménique de Vaumarcus fait figure d’institution. Depuis plus de 70 ans, le lieu accueille des hôtes venant se ressourcer et découvrir l’univers fascinant de la Bible. Rencontre avec Noémie Moulin, une participante devenue coordinatrice, qui goûte aux joies du camp depuis ses… 9 mois.

Par Myriam Bettens
Photos: Andrea Bastian
« Pas moins de 24 éditions », raconte fièrement Noémie Moulin, lorsqu’on lui demande depuis combien de temps elle participe au camp biblique œcuménique de Vaumarcus (CBOV). Ses parents lui ont transmis le virus alors qu’elle avait tout juste 9 mois. Elle prend part chaque année à la semaine organisée au mois de juillet en tant que participante et plus récemment, à titre de coordinatrice. Or, depuis mars dernier, l’incertitude face à l’évolution de la pandémie de Coronavirus laisse craindre une suppression du séjour de cette année. « Personne n’avait envie de penser à cette éventualité », avance la coordinatrice, mais la nouvelle a fini par tomber fin avril. Le cœur gros, le comité du CBOV décide de reporter le camp à l’année suivante tout en conservant la même thématique : les apparitions de Jésus ressuscité. Malgré l’annulation, la semaine au bord du lac de Neuchâtel demande une organisation de longue haleine. L’animatrice socioculturelle de profession nous donne un petit aperçu du travail nécessaire pour la préparer.

Une préparation marathon

L’équipe de préparation constituée d’un groupe « théo-liturgique » et d’un autre d’animation offre son temps bénévolement durant le camp, mais aussi lors de week-ends de préparation. Lors de ces moments, la mission de Noémie Moulin prend tout son sens. « Mon rôle consiste essentiellement à ce que les choses se passent bien, mais surtout selon l’horaire défini », précise-t-elle. « Certains points nécessitent plus de discussions, il me faut donc aménager le temps en conséquence », selon la coordinatrice. Entre étude de la thématique théologique, décision des futurs ateliers ou débat de fond sur la structure du camp, les séances d’organisation s’apparentent le plus souvent à un marathon. Planifiée sur deux jours, la rencontre ayant eu lieu peu avant la pandémie s’engage à 9h par un temps convivial autour d’un café, suivi à 9h30 par une méditation sur le thème du camp. La suite de la journée s’annonce chargée, les participants devront faire preuve d’endurance !

La spiritualité en priorité

Lors de la traditionnelle semaine de juillet, les textes bibliques choisis sont « mis en résonance » au travers de techniques manuelles, artistiques, sportives ou théologiques. Ces ateliers changeant d’une année à l’autre. La phase « de travail » débute donc à 9h40 par une discussion sur les souhaits des animateurs quant aux activités du camp à venir. Puis à 10h45, l’animation proposée par l’équipe théo-liturgique se concentre sur les croyances et questionnements des bénévoles vis-à-vis de la fin de vie. De quoi soulever un certain nombre d’interrogations qui ont tôt fait de creuser les méninges et l’appétit du groupe. Une pause repas bien méritée scinde la journée et permet ainsi aux animateurs de se ressourcer avant d’entamer la suite, à 14h, par une nouvelle discussion théologique. Cette fois-ci, le débat s’oriente sur la manière dont chaque personne vit la spiritualité et la liturgie offerte au camp. L’après-midi se poursuit par plus d’une heure d’étude des textes bibliques liés au thème du séjour à Vaumarcus. A 16h15, « nous prenons trente minutes de vraie pause pour souffler un peu, car la journée est intense. A la fois dans le rythme et les discussions », indique Noémie Moulin. La poignée d’heures précédant le souper constitue l’occasion de s’exprimer concernant la structure générale du camp ou encore la charte que chaque bénévole doit signer. Le reste de la soirée est consacré à la mise sous plis de la correspondance, avant de clore la journée. L’équipe se couche bien souvent éreintée, mais heureuse à la perspective du bonheur manifeste des familles durant leur séjour à Vaumarcus.

L’animation fait partie de ses tâches.

Une journée de préparation

9h Arrivée du comité d’organisation du camp
9h30 Méditation en lien avec le thème du camp
9h40-10h30 Préparation des futurs ateliers du camp
10h45-12h Animation théo-liturgique en lien avec la thématique spirituelle du camp
12h Repas en commun
14h Discussion théologique
15h-16h15 Echange sur le texte biblique du thème
16h45 Débat en lien avec la charte du camp et l’organisation générale
18h30 Souper avec toute l’équipe
20h Mise sous plis de la correspondance du camp
21h Soirée libre

Lettre à une maman confinée

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Nyon-Founex (VD), juillet-août 2020

Texte et photo par Sylvie Humbert

D’après un tableau d’Elaine Massy, la mère.

C’était déjà difficile avant, quand tu ne t’étais pas cassé le fémur et que tu marchais inlassablement parmi les pensionnaires de ton Ehpad (EMS). C’était difficile de te savoir si loin : loin de moi, loin de la femme que tu as été, peintre, sculptrice, entourée d’amis. Nous parlions de nos lectures, de poésie. Je t’admirais, j’admirais ta liberté…

Aujourd’hui, tu es enfermée dans une chambre exiguë avec une dame qui en a marre que tu répètes sans cesse les mêmes choses, attachée à ton fauteuil ou enfermée dans ton lit à barreaux parce que tu oublies que tu as la jambe cassée. C’est pire qu’en prison : il n’y a pas de visites ni d’heure de promenade.

Douloureuse impuissance
Je pleure d’être impuissante et de ne pouvoir t’entourer, car il m’est interdit de te tenir la main, interdit de te serrer dans mes bras, interdit de t’amener au restaurant alors que c’est ce qui te reste de joie : bien manger.

Au téléphone, tu ne comprends plus ce que je te dis. Alors je te dis « au revoir, maman » et tu me réponds « au revoir, ma fille » parce que ça, tu ne l’as pas encore oublié. Et je n’arrive pas à comprendre que pour vous préserver d’un virus on vous laisse crever de solitude. En raccrochant ce matin, je me disais que je ne te reverrais sans doute pas, que je ne pourrais pas t’accompagner sur le dernier bout du chemin et que tu n’avais certainement pas mérité cette fin, ni moi !

La mort est devant, toujours,
A deux pas ou à cent,
Point d’orgue qui fera résonner
La vacuité de la vie
Ou sa richesse.
Parfois les dernières mesures
Sont lentes et dépouillées.
Les silences et les rondes,
Nuages suspendus au bord des cils.
Pour ces dernières mesures te bercer doucement,
Sans un bruit.
Musique qui s’achève à six cents kilomètres dans un lit à barrières.

Je t’aime tant, maman !

Sous le souffle de l’Esprit!

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur Aigle (VD), juillet-août 2020

Par Florence Cherubini | Photo de groupe : Studio Massy

Le parcours de confirmation proposé par notre secteur, suit depuis quelques années un même rythme, une même organisation, des mêmes thématiques, une quasi même équipe d’animation fidèle au poste.
Pourtant, chacun de ces parcours est unique. Bien sûr, me direz-vous, puisque, dans chaque volée, chacun est unique ! Bien sûr puisque, à chaque fois, « le vent souffle où il veut… »  (Jn 3, 8)
Et le vent a été chahuteur pour cette volée ! 

Au départ, en novembre dernier, un souffle réjouissant a permis un passage de témoin en douceur entre l’ancien et le nouveau groupe. C’est un moment toujours émouvant de voir les confirmés « tout frais » transmettre la flamme, symbolisée par une bougie personnalisée, à chaque nouveau confirmand, appelé ainsi personnellement par son nom, à rejoindre, de manière volontaire, la grande famille des baptisés. A partir de là, le groupe s’est formé ; la joie de nouvelles rencontres, de nouveaux liens entre jeunes des différentes paroisses a pu se manifester pleinement.
Et dans le vent tempéré de cet hiver doux, le Souffle rassurant de l’Esprit leur a murmuré à l’oreille que chacun est aimé de Dieu-Père. Que ce Père-Créateur se donne pleinement à chacun d’eux par Jésus, le premier des Frères, manifestant ainsi à chacun la place qu’il a à prendre dans le Corps du Christ, en développant ses propres talents en signe d’action de grâce. Mais aussi, comme témoignage, en les mettant au service de ses frères en humanité.

Et puis un vent peu printanier s’est mis à vraiment souffler, nous emportant dans un tourbillon déstabilisant : on a tous entendu sa voix, mais on ne savait ni d’où il venait, ni où il voulait aller. Alors, bien que la nature se déployait de manière somptueuse, chacun s’est mis à l’abri chez soi. Le temps du confinement était là ! Un temps pascal ponctué de retrouvailles familiales bienfaisantes, de temps d’incertitude, de solitude aussi pour certains de ces ados pleins de vie, privés de leurs amis et de leurs activités. Mais surtout, temps de découvertes et de maturation bienvenu pour développer, chacun, sa propre créativité, et aussi pour apprendre à se laisser porter par le vent et à faire confiance à son murmure…

Durant cette période, bien que confinés, nous nous sommes quand même retrouvés. Une rencontre, réalisée de manière inédite puisqu’elle a pu avoir lieu à travers un écran. Un beau moment où chacun a pu raconter son expérience et comprendre un peu mieux comment ce vent créateur, porté par l’Esprit, communique le souffle nécessaire pour poursuivre son chemin.

Aujourd’hui, au seuil de l’été, au lendemain de cette belle fête de Pentecôte, dans nos maisons qui commencent à s’ouvrir, le vent souffle toujours. Mais c’est le souffle divin et libérateur promis par Jésus à ses disciples ! Pour ouvrir le cœur de chacun des 21 jeunes de cette belle volée, leur permettre d’entendre et d’accueillir encore mieux l’Evangile du Christ… Et poursuivre ce parcours (dont le programme sera peut-être encore un peu chamboulé) jusqu’au 8 novembre, date de leur confirmation.
Bon vent à eux tous !

Fontaine de la Miséricorde école d’oraison

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), juillet-août 2020

L’oraison est une intimité avec Dieu, un dialogue spirituel avec le Seigneur, un rendez-vous d’amour, c’est vivre l’union à Dieu dans le silence.L’Association Fontaine de la Miséricorde propose à Fribourg, un parcours d’initiation à l’oraison, une « rencontre et union à Dieu dans le silence ». Dès la rentrée 2020, des rencontres mensuelles sont organisées le lundi à 16h. Les séances d’une heure et demie permettent un approfondissement de la prière personnelle et silencieuse. Chaque rencontre se vit en quatre temps : accueil, enseignement, temps d’oraison ensemble et partage.

La première rencontre aura lieu le lundi 7 septembre 2020 à 18h au Centre Sainte-
Ursule, Rue des Alpes 2 à Fribourg
. (Accueil par l’équipe, eucharistie et buffet canadien, information concernant le parcours.) 

Les dates des rencontres suivantes sont: 28 septembre, 9 novembre, 7 décembre 2020, 11 janvier, 8 février, 1er mars, 19 avril, 10 mai et 7 juin 2021.
Prix : Fr. 120.– pour l’année complète.

Renseignements :
Association Fontaine de la Miséricorde, www.misericorde.ch, Anne Collaud : 079 422 55 73
Centre Sainte-Ursule : 026 347 14 00, www.centre-ursule.ch 

Samedi-désert

L’Association Fontaine de la Miséricorde invite aussi toute personne à participer à un « samedi-désert » le 27 février 2021, de 9h à 16h, au Centre Ste-Ursule.
Cette journée se vit au rythme de l’office du matin, de temps d’oraison et d’adoration, d’une exhortation sur le texte du jour, de démarches et d’un repas partagé (apporter son pique-nique). La messe clôture la journée. Le samedi-désert est ouvert à tous, la seule condition est d’accepter de vivre ces journées dans le silence.

L’humour, chemin vers Dieu

Le besoin de rire universel, inscrit dans le cœur de toute personne humaine, ne pourrait-il pas nous dire quelque chose de celui qui nous a créés? Dieu est-il l’ancêtre des humoristes de tous bords?

Par Calixte Dubosson
Photos: flickr, pxhere, drIl suffit de zapper sur nos postes de TV, de parcourir l’Internet pour constater que notre époque, très ou trop sérieuse, accouche d’un besoin irrésistible de faire baisser la tension. On voit aussi se multiplier les émissions au caractère décontracté et bon enfant auxquelles participent des humoristes et imitateurs de talent tels que Nicolas Canteloup, Anne Roumanoff, Yann Lambiel ou Emil. Ce besoin de rire qui est universel, inscrit dans le cœur de toute personne humaine, ne pourrait-il pas nous dire quelque chose de celui qui nous a créés ? Dieu est-il l’ancêtre des humoristes de tous bords ? La Bible est plutôt avare de citations qui pourraient le définir ainsi.

Il y a bien sûr le rire de Sara et d’Abraham à l’annonce de la prochaine maternité de Sara, déjà très avancée en âge. Dieu n’a pas trouvé très drôle cette réaction spontanée et, malgré les protestations de Sara, il tranche en disant : « Si, tu as ri ! » (Gn 18, 15) Il y a aussi le rire moqueur du prophète Elie qui ridiculise les prêtres de Baal dont le dieu est resté sourd à leurs prières et supplications. « Criez plus fort. Puisque que c’est un dieu, il a des soucis ou des affaires ; ou bien, il est en voyage ; il dort peut-être mais il va se réveiller. » (1 R 18, 27) Le psaume 125 est un chant d’allégresse qui fait du retour des captifs à Jérusalem un symbole du retour de l’humanité dans le royaume des cieux : « Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie… nous étions en grande fête. »

Le clown Gabidou, figure de l’humour en Eglise.

Humour humain

Si la Bible n’est de loin pas un recueil de passages humoristiques, les humoristes s’en sont largement inspirés pour en faire des dessins, des blagues et des plaisanteries parfois pleines de finesse mais d’autres fois de très mauvais goût. Cela nous révèle que tout humour n’est pas forcément spirituel mais qu’il peut contribuer à faire rire de bon cœur. Des hommes politiques s’en sont servis pour détendre l’atmosphère alors que la tension était tangible. Winston Churchill se fait apostropher par une femme dans la foule : « Si j’étais votre femme, je vous préparerais une tasse de thé et j’y mettrais du cyanure. » Réponse du premier ministre britannique : « Si vous étiez ma femme, je le boirais ! » Le général de Gaulle s’entend dire par un opposant virulent : « Mort aux cons ! » Réponse du grand homme : « Lourde tâche, vaste programme ! » provoquant l’hilarité générale.

Plus proche de nous, M. Adolf Ogi raconte la scène vécue lors de visite officielle du président chinois Jiang Zemin, en 1999, qui était arrivé au Palais fédéral conspué par des manifestants. Durant la réception officielle, il s’était emporté contre Mme Ruth Dreyfuss et, hors de lui, avait menacé de s’en aller. On frisait l’incident diplomatique. « Je l’ai alors pris par le bras, nous dit l’ancien président de la Confédération, et lui ai dit : « You are not leaving ! – Vous ne partez pas ! » Peu après, je lui ai offert un morceau de cristal de Kandersteg que j’avais dans la poche en lui expliquant sa force symbolique. Il s’est détendu et le reste de la soirée s’est bien déroulé. Les relations entre la Suisse et la Chine étaient sauves ! »

Humour = Humilité

Il est bon ici de se souvenir que dans le mot humour, il y a un autre mot qui correspond mieux à une définition que l’on pourrait attribuer à Dieu. Il s’agit du terme humilité. La révélation de Dieu est truffée de gestes et d’actions qui montrent que Dieu n’est pas dans l’ouragan ou la tempête mais qu’il se devine dans le « murmure d’une brise légère » (1 R 19, 12). Le père envoie son fils comme un bébé confié à Marie et Joseph dans « une étable obscure ». Ce même Jésus, devenu adulte, choisit 12 apôtres pas tous très recommandables pour annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection. Et lui-même meurt délaissé de tous sur la croix d’infamie. Notre Dieu aime ce qui est petit, ce qui est humble parce que c’est la seule façon de parler au cœur de l’homme. On sait ce qu’a provoqué la soif de puissance des grands de ce monde. Les rassemblements hitlériens, staliniens et maoïstes étaient vécus comme de grandioses liturgies. Résultat : des millions de morts et des handicapés physiques et psychiques. C’est la rançon du pouvoir et de la haine, ennemis héréditaires de notre créateur.

Humilité des disciples

Saint Macaire, ou quand l’humilité conduit à l’humour.

« Est véritablement humble, affirme Isaac le Syrien, celui qui a, dans le secret de son âme, de quoi s’enorgueillir et ne s’enorgueillit pas. » Cette force habitait saint Macaire, moine du désert qui, un jour, rencontra le diable. Celui-ci lui dit : « J’ai beaucoup à souffrir de ton fait, Macaire, et cela parce que je ne parviens pas à te vaincre. Je fais pourtant tout ce que tu fais ; tu jeûnes et moi je ne mange pas, tu veilles et moi je ne dors pas ; et il n’y a qu’une seule chose où tu me dépasses. » Et l’abbé dit : « Quelle est donc cette chose ? » Et le diable : « C’est ton humilité, en raison de laquelle je suis sans force contre toi ! »

Humour, humilité, il y a une troisième signification de ce mot, c’est le vocable « humus » autrement dit de l’engrais ou du fumier qui pénètre petit à petit la terre pour qu’elle donne plus vite de l’herbe, des légumes, des fruits. Le chanoine de Saint-Maurice, Michel-Ambroise Rey, ancien missionnaire au Pérou, raconte qu’au moment où lui et son confrère retournaient définitivement en Suisse, un Péruvien dans l’assemblée a pris la parole et, s’adressant à eux, leur dit : « Vous avez été pour nous des fumiers ! » Silence gêné et pesant, émotion sensible chez les chanoines avant que l’interlocuteur poursuive son discours en ces termes : « Vous avez été pour nous des fumiers parce que vous avez jeté sur notre terre péruvienne les semences de la Parole de Dieu qui a fait lever les magnifiques fruits du christianisme tels que la foi, l’espérance et la charité. »

Signes de bonheur

« Pleurez avec ceux qui pleurent, riez avec ceux qui rient », nous dit saint Paul. (Rm 12, 15)

Rire de bon cœur, être victimes de fous rires contagieux, non seulement ne sont pas des manques de compassion envers les malheurs de notre monde mais sont plutôt le signe de ce bonheur sans fin que Notre Père des cieux nous prépare dans son paradis où il n’y a « plus de larmes, ni de douleur ». (Ap 21, 4)

L’humour entraîne-t-il… l’amour ?

Par Rose-Marie Charest, psychologue et conférencière

« Absolument, car il rend les gens plus aimables. Dans une rencontre amoureuse, c’est un élément de séduction fondamental, puisque la plupart des gens recherchent la compagnie des personnes qui ont de l’humour. On constate aussi que les personnes qui ont un défaut physique et veulent prendre leur place dans un groupe vont utiliser l’humour pour se faire aimer. »

«La prière du tapis», ou l’humour du Seigneur pour élargir mon coeur!

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Clins Dieu sur les Contrées (VS), juillet-août 2020

Par Marie-Blanche Cordonier | Photo: DR

Marie-Blanche Cordonier, Montana-Village

Ce numéro de L’Essentiel a pour thème central « L’humour, chemin vers Dieu ».

Il y a deux ans environ, je croisais sur mon chemin, le président du Conseil de gestion de notre paroisse. Tout souriant, il me demande : « Es-tu passée à l’église aujourd’hui ? » « Oui, ce matin, pour relever les lumignons. » « Alors, tu n’as pas encore vu le nouveau tapis d’entrée. Il est beau, brun foncé, très chic. »

Curieuse, je n’ai eu de cesse d’aller admirer la merveille. Horreur ! Une personne aux chaussures boueuses avait dû passer par là. Plus très chic le tapis ! Je m’empresse de le nettoyer et c’est ainsi que depuis ce jour, chaque matin, l’aspirateur est en action.

Je dois bien l’avouer, les premiers temps, j’ai régulièrement maugréé quant au choix de la couleur. Et puis, un jour, l’idée m’est venue de faire de cette corvée un temps de prière pour les personnes qui me sont confiées sans que je les connaisse particulièrement, pour celles dont j’apprends la maladie, les souffrances, les soucis. Quand une personne me demande de prier pour elle, je lui parle de « la prière du tapis » gage de ma prière fidèle.

Ces traces que je découvre en arrivant, le matin, sont aussi le signe des visites faites au Seigneur dans sa maison et j’en viens même à regretter lorsque le tapis est tout propre ! On peut dire que Dieu n’a vraiment pas manqué d’humour pour élargir mon coeur aux autres, car je suis loin d’être une « fan » d’aspirateur !

Alors je vous invite à profiter des beaux jours qui viennent, pluvieux ou ensoleillés, pour rencontrer le Seigneur dans sa maison, peu importe si vous laisserez des traces sur le tapis.

Humour: chemin vers Dieu

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Sainte-Claire (FR), juillet-août-septembre 2020

Par l’Abbé Robert Niêm | Photo: Chantal Sciboz

On lit souvent sur internet et dans les journaux de petits articles sur l’humour religieux : Sœur Sourire Dominique – Abbé Sourire Pierre – Bière de l’évêque Morerod – Plaisanterie du pape François… Pourquoi ? Parce que la joie et le sourire qui en découlent, sont les véritables signes qui permettent de reconnaître un chrétien heureux. Car, « vec une tête d’enterrement, vous ne pouvez pas annoncer Jésus . La provocation du pape François n’est pas une plaisanterie lancée au hasard, et l’idée que les chrétiens ne doivent pas avoir l’air triste n’est pas nouvelle : « Il faudrait qu’ils me chantent de meilleurs chants, pour que j’apprenne à croire en leur Sauveur », disait Nietzsche !

L’humour joue un rôle important dans notre vie quotidienne : « Un sourire coûte moins cher que l’électricité, mais donne autant de lumière », dit l’abbé Pierre ! « Un sourire, c’est du repos pour l’être fatigué et de la consolation pour le cœur endeuillé », dit Raoul Follereau ! « Ne soyez jamais tristes, un chrétien ne peut l’être », dit le pape François. L’humour est aussi nécessaire dans une homélie ; il aide à l’attention des fidèles. Faire sourire fait souvent du bien dans la foi des pratiquants : « Il n’y a qu’à regarder les plus petits auxquels il nous faut ressembler pour entrer dans le Royaume. » Leur rire et leur joie sont communicatifs. La joie chrétienne passe donc nécessairement par l’humour, chemin vers Dieu !

L’humour est un remède simple et gratuit à bien des maux ! C’est pourquoi, si vous rencontrez une personne qui ne vous donne pas le sourire que vous méritez, soyez généreux, offrez-lui le vôtre pour le Royaume de Dieu ! A vous tous, bel été plein de joie et de rires, en vous et autour de vous !

L’humour de la Bible

Par François-Xavier Amherdt
Photo: DR« Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve. Notre bouche était pleine de rires et nos lèvres de chansons ! » (Psaume 126 (125), 1-2) Les Psaumes éclatent d’une allégresse communicative, telle celle des exilés de retour à Jérusalem, leur terre bien-aimée, après leur exil à Babylone.

Etymologie
C’est beau de penser qu’« humilité », « humain » et « humour » ont la même étymologie ! Les trois termes viennent du mot latin humus, le sol. Etre humain, c’est garder les pieds sur terre et cultiver le sens de l’humour. C’est vital.

D’autant plus que Jésus, même si les évangiles ne nous le montrent jamais rire aux éclats, manie l’ironie avec dextérité et tendresse. Il répond sans cesse à côté des questions-traquenards que lui posent ses adversaires, comploteurs et manipulateurs. Lorsque les grands prêtres et les anciens du peuple cherchent à l’accuser, après qu’il a chassé les vendeurs du Temple, en lui demandant : « Par quelle autorité fais-tu cela ? », il leur réplique par une autre question qui les met dans l’embarras : « Le baptême de Jean, était-il du ciel ou des hommes ? » Les accusateurs sont pris à leur propre piège, puisque, quelle que soit leur réponse, ils seront ennuyés (Matthieu 21, 23-27). 

Tel est pris…
Puis, lorsque les pharisiens et les partisans d’Hérode veulent « coincer » le Christ au sujet de l’impôt dû à César, il les renvoie à leurs propres contradictions. Il les presse de lui montrer une pièce à l’effigie de l’empereur, ce qu’ils s’empressent de faire. Or, détenir sur soi une telle monnaie de l’occupant romain détesté et de son chef qui se prenait pour un dieu constituait un délit d’impureté et une grave compromission avec l’envahisseur. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » « Nanana », entendons-nous derrière le sourire ironique de Jésus, « tel est pris qui croyait prendre » ! D’ailleurs, précise le texte, « A ces mots, ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent. » (Matthieu 22, 15-22)

Peut-être est-ce de là que vient la tradition de l’humour des « Compagnons de Jésus » : « Mon père, est-ce vrai que les jésuites répondent toujours à une question par une question ? – Qui vous a dit cela ? »

Humour-humeur

Par Thierry Schelling
Photo: CiricFrançois a le sens de la formule, même « pinçante » parfois. Il est bon de le lire et de l’écouter aussi à ce niveau moins solennel de son magistère. Car si l’on y perçoit évidemment la sagacité de sa formation jésuite, il y a également ce côté presque primesautier du prédicateur qui sait faire le contrepoids aux déclarations graves lorsqu’il admoneste et dénonce tour à tour l’hypocrisie humaine, la cupidité du monde, la culture du déchet, etc.

Les bons mots au bon moment !
Alors, dégustation, car la courte sélection ci-après se passe de commentaire : « L’Eglise ne peut pas être une baby-sitter qui prend soin d’un enfant pour qu’il s’endorme (…) Je préfère mille fois une Eglise accidentée (…) qui a le courage de sortir (…) et non une Eglise malade (…) toujours fermée [sur elle-même] (…). Quand une communauté est fermée, elle [ne donne pas la vie], (…), elle est stérile. »

Pour les agents pastoraux, notamment les prêtres : « Le Seigneur veut que nous soyons des pasteurs, pas des brosseurs de brebis ! » On se rappelle aussi le conseil de « sentir l’odeur des brebis »…

Pour les chrétiens en général, il rappelle : « Ne soyez pas (…) mélancoliques, (avec) davantage le visage de piments au vinaigre ! (…) des chrétiens amidonnés qui parlent de théologie en prenant tranquillement leur thé… (…) » Il met aussi en garde contre les « chrétiens de pâtisseries, (…) de beaux gâteaux, (…) de belles confiseries » s’ils voulaient faire un « christianisme plus humain, sans croix, sans Jésus, sans dépouillement »…

La mosaïque de l’Assomption

De Mario Rupnik à Bernex (GE)

Par Amandine Beffa
Photo: Jean-Claude GadmerFêter l’Assomption, c’est avant tout fêter la résurrection. En effet, selon une belle tradition populaire orthodoxe, la fête de la Pentecôte est comme la « Pâque de l’été ». 

En contemplant cette mosaïque, à l’église Saint-Maurice à Bernex, nos regards sont attirés par le Christ, personnage central de l’œuvre. Comme l’explique Georges Lemopoulos, nous sommes face à un thème inverse : « D’habitude, nous avons l’icône de la Mère de Dieu tenant tendrement dans ses bras son enfant, l’Homme-Dieu. Celui qui « a pris chair pour nous et pour notre salut ». » Ici, le Christ présente sa Mère au monde. Le poupon entre ses mains représente l’âme de Marie. Elle est la première à avoir bénéficié de la résurrection. Elle nous précède même dans la résurrection pour nous montrer la voie jusqu’au bout.

Le personnage imberbe est saint Jean (il est traditionnellement représenté sans barbe parce que considéré plus jeune que les autres). Il est celui à qui Jésus avait confié sa mère (Jean 19, 27). D’une certaine manière, il nous représente, nous tous enfants à qui Dieu a choisi de donner une mère. Sur la mosaïque, il nous indique le Christ, à la fois pour nous rappeler vers quelle direction doit être dirigée notre foi et pour nous montrer l’âme de Marie que le Christ est venu chercher. Certes, la vie terrestre de Marie est terminée, mais ce n’est pas une fin définitive.

Guide dans la confiance
A l’Annonciation, Marie nous invitait à oser le oui qui donne la vie. A l’Assomption, elle nous guide dans la confiance qui va jusqu’au bout. Oui, nous ne comprenons pas tout à la résurrection – bien orgueilleux qui affirmerait le contraire – mais nous pouvons faire confiance au Seigneur. Car, comme le dit Job : « Je sais que mon rédempteur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la terre. Quand ma peau sera détruite, il se lèvera ; Quand je n’aurai plus de chair, je verrai Dieu. » (Job 19, 25-27)

Source: https://chemindejoie.ch/dormition/

Saint Thomas More, martyr

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur Vallée d’Illiez (VS), juillet-août 2020

Par Denyse Gex-Collet | Photo: DR

Homme de loi, homme de lettres, homme d’Etat, mais avant tout homme de Dieu

En lien avec le thème du mois: «L’humour»

On me reproche de mêler boutades, facéties et joyeux propos aux sujets les plus graves. Avec Horace, j’estime qu’on peut dire la vérité en riant. Sans doute aussi convient-il mieux au laïc que je suis de transmettre sa pensée sur un mode allègre et enjoué, plutôt que sur le mode sérieux et solennel, à la façon des prédicateurs.(Saint Thomas More – L’utopie)Fils de l’homme de loi John More et petit-fils de boulanger, Thomas More naît le 7 février 1478 à Londres. Son père, nourrissant de grandes ambitions pour lui, veille à ce qu’il reçoive une instruction irréprochable. Grâce à ses connaissances, il devient page du cardinal Morton, archevêque de Cantorbéry. Puis il part pour l’Université d’Oxford afin de compléter ses études. 

Quelle voie choisir ?
Il est très attiré par la prêtrise mais son père décidant d’en faire un avocat, il entreprend des études de droit durant lesquelles il a comme maîtres John Colet et Erasme avec lequel il se lie d’une profonde amitié. Grâce à cet ami, il participe pleinement au renouveau de la pensée qui caractérise cette époque, ainsi qu’à l’humanisme dont il est le plus illustre représentant anglais. 

Thomas More mène alors l’existence intéressante d’un honnête homme aux multiples talents. Il enseigne le droit et a à cœur de défendre les habitants de Londres qui le nomment juge. Se battant sur plusieurs fronts avec toujours un fort idéal éthique, il défend la justice plus que les juristes, prône les arrangements à l’amiable et prend la plume pour convaincre l’humanité de s’améliorer. Il est également historien, poète et théologien.

A la bifurcation des chemins
Ayant envisagé d’entrer dans les ordres, il reste plusieurs années durant à la Chartreuse de Londres. Constatant que le célibat n’est pas pour lui, il se marie avec Jane Colt dont il a trois filles et un fils, puis devenu veuf il prend pour épouse Alice Middleton, veuve et mère de deux enfants. 

Nommé « ambassadeur extraordinaire », puis « chancelier du roi » par Henri VIII, Thomas More devient membre du Parlement. Il refuse alors une pension du roi pour rester libre de ses opinions. Il démissionne de sa charge en refusant de prêter serment à Henri VIII, lorsque le roi rompt ses relations avec Rome et se proclame chef de l’Eglise d’Angleterre afin de pouvoir divorcer et épouser Anne Boleyn.

La voix de la conscience
Il a réfléchi et prié avant de prendre sa décision. « A présent, constate-t-il, ma conscience est si claire que j’en tressaille de joie… Je ne fais rien de mal. Je ne dis rien de mal. Je ne pense rien de mal. Et si cela ne suffit pas pour qu’un homme ait le droit de vivre, ma foi, je ne tiens pas à vivre. » Car jamais Thomas More n’a renié sa liberté de conscience, et devant la persistance de son attitude, il est emprisonné  à la Tour de Londres. Henri VIII le condamne à mort comme « traître » pour n’avoir pas reconnu la suprématie du roi sur l’Eglise d’Angleterre.

Homme de lettres
Dans toute son œuvre littéraire, on apprécie la simplicité, la profondeur de la spiritualité, la connaissance des Ecritures et bien sûr une dose d’humour. Durant son emprisonnement, il rédige le magnifique ouvrage « La tristesse du Christ ». Méditant et contemplant la Passion de Jésus, il offre un témoignage sur les démarches entreprises durant sa vie  inspirées des Ecritures et sur les derniers instants de sa vie. Cet ouvrage inachevé restera le testament spirituel d’un des plus grands humanistes chrétiens confronté à sa conscience, à son obéissance et à sa foi.

Son humour
Thomas More, doté d’un esprit délicat, utilise l’ironie avec brio. Quelques-unes de ses réparties nous sont parvenues par le biais de ses écrits ou de ceux que nous ont transmis ses contemporains. 

• Durant son emprisonnement à la tour de Londres, dans l’attente de son jugement, Thomas More s’adressa un jour en ces termes au Lieutenant de la Tour:

« Maître Lieutenant, en toute sincérité, je crois que vous êtes pour moi un excellent ami, et que vous me traiteriez du mieux que vous pourriez comme vous le dites ; je vous en remercie de tout cœur. Mais soyez assuré, Maître Lieutenant, que ma nourriture ne me déplaît point, et que si pareille chose devait m’arriver un jour, je vous autorise à me jeter dehors sur le champ ! »

• Un jour que le gouverneur de la Tour s’excuse avec politesse sur la frugalité de son ordinaire, il lui répond : « Si quelqu’un d’entre eux n’est pas content du régime, qu’il aille chercher un gîte ailleurs ! »

• Il est condamné à être pendu, éviscéré et écartelé mais le roi commue cette sentence en décapitation, par « faveur », ce qui aurait, dit-on, inspiré à Thomas More cette boutade : « Dieu préserve mes amis de la même faveur. » 

• Dans la lettre d’adieu à sa fille Margareth, il écrit : « … Mais ce sera bientôt fini. Je trouverai dur s’il me fallait attendre à plus tard que demain, car c’est la vigile de saint Thomas et l’octave de saint Pierre. Voilà pourquoi je brûle d’aller à Dieu demain… » 

• Avant de monter sur l’échafaud, il dit à son bourreau : « Merci de m’aider à monter. Pour la descente, je me débrouillerai tout seul. » 

En ces ultimes instants, il conserve son humour et conseille au bourreau de bien viser car « il a le cou un peu court ». La tête sur le billot, il trouve encore l’esprit d’épargner la barbe qui lui était poussée pendant sa captivité : « Celle-ci n’est pas à couper ; elle n’a pas commis de trahison. » 

Pour le peuple de Londres venu assister à sa décapitation, il prononce ces paroles qui résonnent comme un testament et un acte de foi : « Je meurs, bon serviteur du roi, et de Dieu premièrement. »

Béatifié par Léon XIII en 1886, canonisé par Pie XI en 1935, Thomas More est fêté le 22 juin. En 2000, Jean-Paul II le proclame patron céleste des responsables de gouvernement et des hommes politiques, en raison notamment de sa « cohérence morale ».

Prière de saint Thomas More, dans sa cellule de condamné à mort

Dieu tout-puissant, écarte de moi
toute préoccupation de vanité,
tout désir d’être loué,
tout sentiment d’envie,
de gourmandise,
de paresse et de luxure,
tout mouvement de colère,
tout appétit de vengeance,
tout penchant à souhaiter du mal à autrui
ou à m’en réjouir,
tout plaisir à provoquer la colère,
toute satisfaction que je pourrais éprouver
à admonester qui que ce soit
dans son affliction et son malheur,
Rends-moi, Seigneur, bon, humble et effacé,
calme et paisible, charitable et bienveillant,
tendre et compatissant.
Qu’il y ait dans toutes mes actions,
dans toutes mes paroles
et dans toutes mes pensées,
un goût de ton Esprit saint et béni.

L’humour, chemin vers Dieu

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur Vallée d’Illiez (VS), juillet-août 2020

Par l’abbé Gérald Voide | Photo: DR

Quel beau thème ! Surprenant, mais aussi très vrai. Si l’humour peut être grinçant, caustique, blessant, voire noir, il peut aussi être léger, candide, jovial. « Humour » rime avec « amour ». Il y a parfois de l’humour très tendre, profond d’humanité et même de spiritualité : pensons, par exemple, à de nombreuses scènes de Fernandel dans Don Camillo. Elles vous touchent droit au cœur. 

L’humour peut attirer l’attention des fidèles dans la prédication. Il peut aussi susciter la réflexion. Petite illustration à travers le dessin ci-dessous qui a couru sur les réseaux sociaux durant la pandémie. 

La Bible
La Bible, pourtant, ne parle guère d’humour. Elle évoque le rire. Il y a le rire célèbre de Sara, l’épouse d’Abraham, lorsque les trois mystérieux visiteurs divins annonceront qu’elle va avoir un fils, elle qui était très avancée en âge et qui « avait cessé d’avoir ce qui arrive aux femmes », comme le dit pudiquement le livre de la Genèse au chapitre 18. 

Mais l’Ecriture Sainte vise surtout la joie. Jésus, dans le long discours d’adieu lors de son dernier repas avec ses disciples, leur dira : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » (Jean 15, 11) Cette joie donnée par le Christ est très profonde, et nul ne pourra nous la ravir : « … maintenant (que je vais m’en aller, que je vais mourir), vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. » (Jean 16, 22) Pas surprenant que saint Paul puisse dire : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche » (Philippiens 3, 4-5). « Soyez toujours dans la joie », toujours, même dans les épreuves et les difficultés, parce que nous croyons à la proximité et à la présence aimante du Seigneur en toute circonstance.

Le pape François et l’humour
Dans son livre-entretien Dieu est jeune, le pape François nous dit que « si l’on n’a pas le sens de l’humour, il est très difficile d’être heureux ». Et le Pape de confier qu’il récite quotidiennement, depuis presque 40 ans, la « Prière de la bonne humeur » de saint Thomas More, un britannique mort en martyr en 1535 : Donne-moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer.

Donne-moi la santé du corps, avec la bonne humeur pour la garder au mieux.

Donne-moi une âme sainte, Seigneur, qui ait les yeux sur la beauté et la pureté, afin qu’elle ne s’épouvante pas en voyant le péché, mais qu’elle trouve dans Ta présence la voie pour redresser la situation.

Donne-moi une âme qui ignore l’ennui, le gémissement et le soupir, et ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle « moi ». 

Seigneur, donne-moi l’humour. Concède-moi la grâce de comprendre la plaisanterie, pour que je tire quelque bonheur de cette vie et que j’en fasse profiter les autres. Amen. 

Wordpress Social Share Plugin powered by Ultimatelysocial
LinkedIn
Share
WhatsApp