Vie en communion spirituelle et le confinement du COVID-19

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral des Coteaux du Soleil (VS), mai 2020

Par l’abbé Léonidas Uwizeyimana

Dans le livre des Actes des Apôtres, nous lisons combien « la multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun ».
(Ac 4, 32)

Depuis mars, date à laquelle les prêtres n’ont plus pu célébrer la messe pour les fidèles dans les églises, ces derniers ont vite compris que le moment était venu de vivre aussi la solidarité par la prière. Ainsi nous avons vu les chrétiens s’évangéliser les uns les autres. Excellente communion spirituelle : 

Neuvaines contre les épidémies : le mot « neuvaine » avait presque perdu sa popularité, mais après la « neuvaine à saint Joseph », nous avons accueilli la neuvaine proposée par les recteurs des sanctuaires mariaux.

Prières et méditations : sur WhatsApp, des prières qui venaient de nos amis et connaissances, prières pour faire face aux maladies, de reconnaissance de nos péchés, implorant la miséricorde divine, d’action de grâce pour le maintien en bonne santé.

Textes bibliques en méditation : sur les mêmes supports, des textes bibliques qui avaient nourri la spiritualité de l’un ou de l’autre.

Evangile de saint Jean : proposé comme Evangile de méditation en famille durant cette année de la Bible.

Chapelet : ne pouvant plus être médité par les enfants dans l’oratoire, il a été partagé et médité ensemble grâce à l’application Zoom, à partir de nos maisons.

Chants d’espérance et de louange pour méditation : surtout les dimanches, partagés et chantés par les particuliers.

Textes de réflexion sur les valeurs humaines : ont pu être échangés.

Petites vidéos ludiques pour les jeunes : les enfants en catéchèse ont pu garder le lien entre eux…

Autant d’initiatives qui ont marqué cette attention mutuelle afin de continuer à garder notre esprit tourné vers le CHRIST ressuscité qui nous donne Vie en ces moments rendus difficiles par l’épidémie de Coronavirus. Notons que d’autres actes ont été initiés dans d’autres domaines. Tous mes remerciements à toutes celles et tous ceux qui ont pu nous faire vivre cette communion spirituelle.

Notre centre de gravité

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs de Sierre (VS), mai 2020

Texte par Marie-Françoise Salamin | Photo: Lysiane Salamin

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis confinée, vu mon grand âge! Toutes nos certitudes sont tombées comme un château de cartes. Ce qui arrive cette année à l’humanité, on ne l’avait pas vu venir. Alors pourquoi le coronavirus a-t-il réussi à mettre notre monde en panique, en confinement, à faire s’écrouler tous ces systèmes économiques savamment échafaudés?

Les jeunes voisins font du pain pour les plus âgés, la solidarité résiste au confinement…

Tandis que certains s’épuisent et prennent des risques, beaucoup d’entre nous ont du temps libre. Les théories pour expliquer ce cataclysme foisonnent. Il y a ceux qui accusent la 5G et toutes les ondes qui circulent, d’autres qui disent que cette maladie pulmonaire vient de l’air vicié que nous respirons, d’autres encore qui pensent que la terre se venge de toutes les pollutions infligées par notre mode de vie consumériste […]

Et parmi toute cette panique, je vois parfois passer sur Facebook ce petit message positif : Nous allons tous mûrir !
Mûrir, quelle bonne idée !
Il y a longtemps que nous pouvons constater que l’humanité n’a pas fini sa crise d’adolescence. La terre produit assez pour nourrir tous ses habitants. Mais la quête du profit fait que ces ressources sont réservées à certains, et refusées à d’autres. D’un côté, on jette des tonnes d’aliments, et de l’autre, on laisse les gens mourir de faim.

La faim, nous le savons, tue plus de personnes que le coronavirus ! Les exemples des absurdités, des atrocités perpétrées au nom de l’argent roi sont multiples : le trafic d’êtres humains, d’organes, de drogue, les enfants esclaves qui travaillent dans des mines dangereuses, dans des décharges immondes, le mobbing et tant d’autres injustices qui frappent les plus faibles et les plus pauvres. Et la terre, notre « maison », celle de nos enfants et petits-enfants, qui subit les pires pollutions, le déboisement, le bétonnage et l’extinction de nombreuses espèces animales et végétales. Si nous voulons mûrir, évoluer, il faudra un haut degré de coopération entre les peuples, les religions, les scientifiques, les agriculteurs, toutes les personnes de bonne volonté.

Une métaphore
A l’école, j’avais appris la notion du centre de gravité, qui permet à un corps de se tenir en équilibre. Je pense souvent que l’humain du XXIe siècle a perdu son centre de gravité. Il s’est tellement surchargé d’activités, de contraintes en tous genres (voiture, maison, mode, carrière, apparence physique, vie amoureuse, vacances…) qu’il a perdu son équilibre et bascule au moindre vent contraire. Pour retrouver notre centre de gravité, il nous faut retrouver les valeurs universelles, le bon sens et la spiritualité.

Ce qui sauvera le monde
C’est l’amour qui sauvera le monde. L’amour, c’est le centre de gravité de l’être humain. 

L’amour c’est le respect, de soi, des autres, de toute la Création. L’amour, c’est la justice, dans la répartition des biens, en sachant que dans nos société dites développées, nous vivons au-dessus du niveau de vie que nous aurions si nous vivions dans un monde de partage équitable. L’amour, c’est la fin de l’égoïsme, c’est le règne de l’altruisme. L’amour, c’est la richesse des différences, la bienveillance, le pardon. L’amour, c’est la plus grande force du monde.

Nous avons tous dans le cœur ces nombreux exemples : toutes les personnes qui se donnent sans compter, mettant leur vie en danger pour soigner les malades et les plus faibles, pour nourrir la population et lui offrir de nombreux services. La solidarité des personnes d’un voisinage, où l’on se préoccupe les uns des autres, où on apprend à s’émerveiller et à dire merci. La joie avec laquelle les artistes mettent leur art au service des autres pour ajouter de la vie à la morosité ambiante.

Depuis longtemps, déjà, des scientifiques, des sages, des saints de toutes races et de toutes cultures essaient de faire entendre leur voix pour nous mettre en garde contre tout ce qui arrive. De nombreux humanistes essaient de mieux répartir le droit d’être soignés, d’être éduqués, d’avoir des conditions de vie qui respectent la dignité de chacun. D’autres luttent pour sauver notre planète. Beaucoup de personnes, religieuses ou pas, cherchent un sens à tout cela. Des gens prient, s’envoient des pensées positives, de bonnes ondes, redécouvrent les cultes des peuples premiers. L’humanité a soif de spiritualité.

C’est aujourd’hui le bon moment pour contacter notre centre de gravité, là où réside notre conscience du bien et du mal, notre capacité d’aimer, d’ouvrir de nouveaux chemins de justice, de paix, de solidarité, de pardon, de respect, de bienveillance. Le centre de gravité, c’est le noyau de ce qui fait de nous des êtres humains, créés à l’image de Dieu. Ainsi devenus plus sages, nous pourrons veiller les uns sur les autres en préservant la terre qui nous est confiée, et nous relier à Celui qui est source de toute vie, de tout amour, à Celui qui est AMOUR.

Retour à une vie «normale»?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs de Sierre (VS), mai 2020

Texte par Boleslaw Antoni Bieniek, curé d’Anniviers | Photo: Ldd

Nous les chrétiens, savons qu’après le Vendredi saint, après les temps sombres et difficiles remplis d’angoisse, de peur, de souffrance et de la mort de Jésus-Christ, arrive le Dimanche de Pâques, jour de joie de la Résurrection et de la disparition de la peur pour laisser la place à la joie, la lumière et l’espérance. Après la nuit vient toujours le matin et le soleil. Profitons de cette période difficile, pour mener une réflexion spirituelle et profonde afin de retrouver la source de l’espérance, de la joie, de la vie.

Dans la Bible, on trouve, selon les spécialistes qui l’étudient, 365 fois la parole « N’ayez pas peur ». Avec cette parole et avec cette espérance, essayons de vivre le mieux possible, le temps d’isolement physique en communion spirituelle avec nos frères et sœurs dans la foi et l’espérance avec toutes les autres personnes.

Je vous souhaite une bonne santé physique, morale et spirituelle qui va nous conduire vers la joie de retrouver la vie « normale » avec notre vie paroissiale dans nos célébrations, nos prières, nos rassemblements festifs, nos rassemblements dominicaux et quotidiens.

La vie des prêtres retraités au temps du confinement

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Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), mai-juin 2020

Propos recueillis par l’abbé Lukasz Babiarz | Photos: LDD

Abbé Arsène Jorand : consacrer davantage de temps à la prière

« Coronavirus »… un drôle de mot, difficile à prononcer. Au début qu’on en parlait, ça me laissait très indifférent ; ça ne m’intéressait pas. Mais, peu à peu, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un problème sérieux, à tel point qu’il a pris une dimension planétaire qui influence et modifie le comportement de tous les hommes.

Faisant partie de la catégorie des personnes à risque je suis pleinement concerné par ce virus. Le confinement auquel il nous oblige est une période difficile qui nous fait mieux comprendre l’importance de la valeur des contacts, des relations les uns avec les autres. J’y suis d’autant plus sensible que ce confinement survient en même temps que plusieurs autres problèmes parmi lesquels je n’en cite qu’un : le départ en EMS d’Agnès Baudois qui était au service de l’Eglise et des prêtres depuis 60 ans, dont 47 avec moi.

Si le confinement peut être une porte ouverte à l’isolement, au repli sur soi, il y a, cependant, bien des façons d’éviter qu’il en soit ainsi : lecture, radio, télévision, journal, téléphone, tri et rangement, promenade dans la forêt ou sur des chemins de remaniement, sans oublier bien sûr la prière !

Au moment où j’écris ces lignes, j’ai encore bien de la peine à trouver un équilibre satisfaisant à ces diverses possibilités. La prière, le bréviaire, la messe célébrée chaque jour, tout seul à la cure, le chapelet (on peut s’unir à celui qui est dit tous les jours à Lourdes et qui est transmis par la chaîne de télévision française KTO) c’est ce qui me permet, pour une part importante, de dépasser au mieux les difficultés du confinement.

Comme nous sommes obligés de répartir différemment notre emploi du temps, pourquoi ne pas en consacrer un peu plus à la prière ?! Les intentions sont nombreuses : nos familles, tous les membres de la paroisse, nos frères et sœurs proches ou lointains, l’Eglise, le monde, les responsables politiques, les victimes de cette dramatique pandémie et leurs familles, les médecins, les infirmières et infirmiers, l’ensemble du personnel hospitalier et tous ceux qui exercent une activité à risque.

Prier aussi, bien sûr, pour que soit vaincu au plus tôt ce fléau qui fait aujourd’hui tant de dégâts. N’y a-t-il pas là, peut-être, pour chacun, comme une invitation à entrer davantage en contact avec le Seigneur ressuscité et à mettre ainsi une valeur positive à ce qui est fondamentalement négatif.

A tous ceux qui liront ces lignes, mes vœux de paix, de confiance, de bonheur et de santé.

Abbé André Dettwiler : l’amour et l’humour sauveront le monde

Dans la jungle, terrible jungle le lion est mort … bien faire et laisser braire !

Qu’ai-je bien pu faire au bon Dieu ? Il n’y est pour rien dans tout ce que nous vivons…

Voici quelques brèves informations pour le temps que nous vivons. Par ailleurs extrait d’un commentaire après la messe sur KTO. Nous y voici. Il fallait bien que je vous en parle. Cette chaîne TV que je regarde tous les jours.

Quand on est confiné, je prie avec tous ceux qui bénéficient de ce monde de prière en Eglise. Chaque matin, la messe avec notre pape François, le chapelet depuis Lourdes à 15h30, les offices avec une communauté religieuse, les conférences de Carême etc. c’est bien utile pour les retraités émérites.

Je n’ai encore rien dit sur le fameux coronavirus qui vient de couronner car il en a la forme. Même les grands de ce monde, des rois, des princes ne sont pas épargnés car ce fameux virus n’a pas de frontières.

J’ai l’habitude de dire que c’est l’amour et l’humour qui sauveront le monde. Quand on me rend visite je dis : « Au plaisir de vous revoir et restez toujours joyeux. »

Père Jean Richoz : « Comme un oiseau solitaire sur le toit »

Sicut avis solitarius in tecto – « Comme un oiseau solitaire sur le toit » (Psaume du bréviaire). Avec ce virus de malheur, me voilà condamné – comme tant d’autres – à une vie érémitique que je n’ai pas choisie : il faut assumer…

Mes journées commencent comme d’habitude par un  moment de prière dans ma chambre. Puis, je célèbre la messe dans la chapelle sous la cure en compagnie de mon ange gardien.

Courrier, courriels, bréviaire occupent ensuite la matinée. Les deux restaurants de la place préparent des plats du jour à l’emporter : quelle chance !

Après le repas de midi, mes 86 balais m’imposent une sieste qui m’envoie généralement quelques instants dans les bras de Morphée.

Tous les après-midi, avec KTO, je vais à Lourdes méditer le chapelet pour porter notre monde meurtri dans la prière.

Je lis. Enfin, je peux lire des livres entassés sur les rayons que je n’ai vus que de dos jusqu’à présent !

Important, le téléphone, qui permet la communication, malgré mes pauvres oreilles fatiguées.

Merci aux paroissiens attentifs qui me font signe : « M. le curé, avez-vous besoin de quelque chose ? »

Le virus n’a pas paralysé notre foi!

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), mai-juin 2020

Par l’abbé Lucasz Babiarz, curé-modérateur

Chères paroissiennes,

Chers paroissiens,

On nous dit parfois que les croyants sont mieux équipés que d’autres pour faire face au mal et à la souffrance. Alors, dans cette période de souffrance et de mal que nous vivons, nous passons par un test de foi, en se posant beaucoup de questions sur notre croyance et sur la place de notre Eglise dans tout cela. Le coronavirus a essayé de paralyser notre sainte Eglise en nous rendant tristes et en nous obligeant à vivre notre foi autrement, car il a fallu supprimer célébrations, adorations, prières en groupe, rencontres, etc.

Mais nous n’avons pas baissé les bras !  Nous avons « conçu » une autre image de l’Eglise, qui reste toujours présente dans la vie des gens, grâce à leur foi qui conserve le Christ dans leurs cœurs et nous aide à comprendre que Dieu ne sympathise pas avec le mal, mais Il est bien le Dieu de la vie. Alors, si c’est le cas, on peut dire en toute conviction que l’Eglise ne s’écroule pas malgré les réalités du moment.

Je suis vraiment content que vous gardiez votre lien avec Dieu tout en restant en union de prière avec votre paroisse et l’Eglise universelle, à travers de nombreux moyens de communication : télévision, radio, internet, journaux et autres. Et je vous en remercie.

Cet article me permet aussi de rendre grâce à Dieu pour la solidarité de toute l’action de bonté et des gestes de charité qui ont été faits en faveur de tant de nos frères et sœurs de la paroisse. Je pense donc à toutes les personnes qui ont soutenu nos malades, abandonnés, confinés, par leurs prières et leurs bonnes paroles. Merci également pour chaque acte de service dans la distribution de nourriture ou de commissions. Merci aux jeunes de notre paroisse pour leur dévouement et leur disponibilité.

Chères paroissiennes, chers paroissiens, osons continuellement être les témoins de la bonté de Dieu. Que notre foi en Christ continue de nous aider à garder la confiance, l’espérance et la charité.

Témoignages de vos agents pastoraux laïcs

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Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), mai-juin 2020

Photos: Ldd

En ce temps de pandémie et d’une Eglise qui ne peut pas fonctionner normalement, nous avons demandé à des membres de votre équipe pastorale d’exprimer leur sentiment sur la manière dont ils/elles vivent cette situation.

Mireille Duc : une grosse frustration mais aussi du positif !

De mon point de vue, une crise offre toujours des opportunités et je préfère relever les points positifs de cette pandémie. Celle-ci me pousse à me questionner sur ma façon de vivre, notamment la fréquence de mes déplacements et l’équilibre que j’ai instauré entre ma vie privée et ma vie professionnelle.

Durant cette période inédite, je mets mes ressources personnelles au service des autres. J’essaie par téléphone de réconforter les personnes qui sont seules, malades, endeuillées et je constate que nous avons tous besoin de communiquer, d’être rassurés et que les liens ne sont pas détruits par la séparation physique.

Je prie et médite plus que d’habitude et je participe au groupe de travail chargé d’envoyer chaque semaine aux enfants catéchisés et aux servants de messe l’Evangile du dimanche avec l’explication du message, prière et jeux afin de rester en contact avec les enfants, les jeunes et les parents.

Par contre, nous regrettons, mon mari et moi, comme la plupart des grands-parents, de ne plus voir nos petits-enfants et leur famille. Le contact est maintenu par visioconférence, en faisant des « skype apéros » mais on ressent le besoin de les serrer dans nos bras ces petits. Nous faisons preuve de patience, nous savons que l’épidémie va prendre fin un jour car comme le dit l’Ecclésiaste (livre de la bible hébraïque) : « Il y a un temps pour tout et un moment pour toute chose sous le soleil. Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant, un temps pour tuer et un temps pour soigner les blessures, un temps pour démolir et un temps pour construire. Il y a aussi un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser… »

Restons confiants et espérons. Dieu nous rejoint dans nos blessures et Jésus nous guérit en nous révélant le visage de tendresse de son Père. Et c’est bien de la tendresse dont nous avons besoin aujourd’hui.

Marianne Berset : vivre autrement en se rendant utile

Vivre autrement… L’annonce de la pandémie m’a beaucoup touchée et déstabilisée dans les premières heures…

Puis, cette situation particulière, je l’ai confiée au Seigneur… et rapidement j’ai trouvé des pistes. Ma première attitude fut de rester « cloîtrée ». Là, dans un cadre magnifique sous un soleil superbe, il fallait que je vive ma mission de baptisé. Je trouvais important de donner la possibilité aux enfants de continuer à les aider
à connaître Jésus, à entrer en dialogue avec lui. 

Aujourd’hui, nous avons également la chance de bénéficier de moyens de communication qui nous permettent d’entrer facilement en relation avec les collègues, les paroissiens et les catéchistes et aussi avec les familles… Au début de l’année scolaire, nous avions décidé de transmettre les infos aux familles par WhatsApp ou e-mail… comme si l’Esprit Saint nous avait soufflé une autre manière de communiquer. Je rends grâce aussi car mon âge m’a permis de maintenir le contact avec mes enfants et ma petite-fille. 

De plus, la Parole de Dieu a beaucoup de place et je ne voulais pas qu’elle ne soit que des mots, je souhaitais qu’elle soit aussi des gestes. De ce fait, je me suis inscrite comme bénévole pour l’Hôpital cantonal… A la suite d’une formation à laquelle j’ai été convoquée, je sais que je serai affectée au service de télémédecine dès qu’il sera fonctionnel et nécessaire face à l’évolution de la pandémie.

Demandons au Christ Ressuscité de soutenir et de garder chacun et chacune.

Bernadette von Niederhäusern : un Carême nouveau pour nous conduire à une Pâque nouvelle

Pour moi, ce confinement, c’est l’occasion de prendre le temps de se reposer et aussi de prier. Souvent dans la journée, je prie le « Notre Père » et le « Je vous salue Marie ». Je prends le temps de téléphoner aux personnes âgées qui ne peuvent pas sortir. Je prends des nouvelles des amis. J’essaie de garder le lien via WhatsApp. Parfois, je vais faire une petite balade qui me permet de saluer des personnes sur mon chemin. C’est sûr, cette pandémie est l’occasion de s’arrêter et de se remettre en question. C’est un désert de contacts directs, c’est un Carême nouveau qui nous mènera, j’en suis sûre, vers une Pâques nouvelle ! La Pâque des retrouvailles ! Et si on fêtait Pâques à la fin de la pandémie ! Les retrouvailles pourraient être une vraie Résurrection ! En attendant : « Joyeuses Pâques. »

Gérard Dévaud : prendre et garder de bonnes résolutions !

Pour moi, confinement ne veut pas dire rester sans rien faire ! Bien au contraire, entre le courrier par internet, les vidéoconférences avec les collègues, les téléphones avec les paroissiens et les visites au home une fois par semaine, mes journées sont déjà bien occupées. Rajouter à cela des temps de prières à la maison ou chaque jour à l’église, le ménage, le jardin, les repas et la redécouverte de jeux de société avec mes garçons, pas le temps de m’ennuyer !

Malgré tout ça, c’est vrai que cette pandémie me préoccupe et m’oblige à réinventer mon quotidien ainsi que ma relation aux autres et à Dieu. Mais je vois plutôt ceci de manière positive, comme une chance de me renouveler, de me réinventer pour m’empêcher de tourner en rond dans mon train-train quotidien.

J’espère qu’à la fin du confinement (le plus tôt possible…), je saurai garder ces nouvelles résolutions et habitudes !

« Le confinement invite au déplacement vertical ! »

Par Sœur Anne-Sophie, op, prieure du Couvent des dominicaines à Estavayer

Période pleine de contrastes que celle que nous traversons : le monde a pour une grande part ralenti sa course effrénée ; d’autre part, certains – les soignants notamment – ont vu au contraire leur vie s’accélérer considérablement, parfois jusqu’à l’épuisement.

Au milieu de tout cela, qu’en est-il de nous, moniales ?

Ceux qui habitent à proximité du monastère entendent nos cloches qui continuent à sonner les heures de la prière, autre front de la lutte contre le Covid-19, autre poste de veille d’où nous remettons chacun, dans la foi et l’espérance, à la bonté de Dieu, à son Esprit de consolation et de force pour tous ceux qui vivent un deuil, la maladie, la solitude, la précarité, la peur pour demain. Nous sommes en communion avec beaucoup d’entre vous qui prient aux mêmes intentions. En signe de cette communion, pourquoi ne pas prier ensemble l’Angélus à 12h et 18h quand sonnent les cloches ?

On pourrait dire des moniales qu’elles sont des confinées par nature… ou plutôt par appel, et non par contrainte. On utilise alors plutôt le terme de « cloîtrées ». Vivre à la maison, cela nous connaît et tout est organisé pour cela au monastère. Quel sens cela a-t-il ? Le pape François soutient cette idée qui lui est chère : « Le temps est supérieur à l’espace » (La joie de l’Evangile no 222-225). Or, notre société depuis plusieurs décennies a fait l’option inverse : toujours plus d’espace en toujours moins de temps. L’espace invite à des déplacements horizontaux : on franchit des kilomètres, parfois un peu d’altitude aussi. Le temps, lui, invite à des déplacements verticaux, si l’on peut dire : en hauteur et en profondeur, sans bouger de sa place puisque le voyage s’effectue en soi ! 

Quand on est limité dans l’espace, et que cela dure, il faut puiser profond les ressources pour vivre. Et cela prend du temps ; mais cela vaut le déplacement ! C’est là le pari de la vie monastique… et peut-être bien le pari de ce confinement que l’on peut alors choisir comme « moyen de locomotion » pour un voyage intérieur avec et à la suite du Christ qui par sa passion, sa mort et sa résurrection nous mène des profondeurs de notre cœur jusqu’au sommet de la miséricorde : le cœur du Père. Bon chemin à tous !

Encore un virus! Oh non!

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), mai-juin 2020

Par Bernadette von Niederhäusern, agente pastorale | Photo: Bernard, DR

Un air glacial traverse mon cœur en entendant les nouvelles !

Le Coronavirus est arrivé en Suisse.

Encore une mauvaise nouvelle ! Cela suffit…

Mais, connaissez-vous : le miséricordiavirus !

Un virus qui ne fait pas de mal mais
qui est sensible à la misère des gens.

Un virus qui ouvre le cœur. Qui fait la chirurgie du cœur !

Après l’avoir contracté, il reste à jamais ancré dans ton corps
et dans ton cœur !

Eh oui ! J’ai contracté ce virus ! Mais comment ?
En lisant La Bonne Nouvelle qui se trouve dans les évangiles !

Cette Bonne Nouvelle qui change la Vie !

Oh quelle surprise ! Je suis acceptée telle que je suis sans condition !
Je suis aimée pour ce que je suis et non pour ce que je fais. 

Lisez la parabole du fils prodigue (Luc 15). Vous aurez tout compris comment Dieu nous aime et nous pardonne.

Ensuite vous aurez contracté le miséricordiavirus.
Votre vie ne pourra plus être comme avant !

Tous vos sens seront en éveil.
Vos oreilles capteront les SOS autour de vous. 

Vos yeux découvriront la détresse cachée et vous n’hésiterez plus
à tendre la main pour rendre un service gratuit.

Et si chacun de nous attrapait ce miséricordiavirus,
la vie serait bien plus belle.

Et le réchauffement ne serait pas seulement dans l’air
mais dans les cœurs !

Bonne lecture de la Bonne Nouvelle et laissez-vous séduire
par le miséricordiavirus !

Un mois de mai resplendissant!

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral des Coteaux du Soleil (VS), mai 2020

Par Laetitia Willommet | Photo: DR

En paroisse le mois de mai est très attendu. Il resplendit de la joie et de l’espérance jaillies le jour de Pâques. Mai prolonge le temps pascal et invite les communautés à la fête : fête de la première communion de nombreux enfants, fête de l’Ascension, fête de la Pentecôte. Le Christ ressuscité emplit le joli mois de mai de sa présence lumineuse. 

Cette année, les communautés ne se sont pas réunies pour vivre l’attente lors de la veillée pascale et vivre la grande joie de la résurrection. Il n’y a pas eu de célébration de Pâques dans nos églises paroissiales. Le mois de mai ne verra pas de communiants joyeux s’approcher de l’autel et recevoir le Christ-hostie.

Certes nous ne nous réunissons plus dans l’église paroissiale. Mais l’Eglise du Christ est-elle réellement cantonnée à ces beaux monuments ? 

Notre pape François parle souvent de la famille comme d’une petite Eglise.

« Les familles sont l’Eglise domestique où Jésus grandit. Il grandit dans l’amour des conjoints, dans la vie des enfants. » (Pape François, juin 2015)

Alors changeons notre regard, et plutôt que de voir seulement notre église paroissiale vide, regardons toutes ces petites Eglises domestiques qui célèbrent leur foi dans leur maison, leur appartement. Christ habite en nos cœurs et depuis notre foyer nous pouvons le faire rayonner au-delà de nos murs, au-delà de notre quartier. La lumière, l’espérance, l’amour de notre Seigneur s’élancent de chacune de nos maisons. Et cela, vu depuis le ciel, doit ressembler à un magnifique feu d’artifice, plein de couleurs, d’originalité et de foi. 

Pendant ce mois de mai, ensemble, mais chacun chez soi, faisons resplendir l’Eglise du Ressuscité par nos prières et nos actes d’amour.

La malvoisie du monastère Notre-Dame de Géronde à Sierre

Par Pascal Ortelli

Photo: cath.ch

Les moniales cisterciennes de Géronde possèdent plus de deux hectares de vigne à Sierre, sur une colline surplombant le Rhône. En plus des hosties qu’elles fabriquent, elles vendent des vins: pinot noir, fendant, johannisberg et… malvoisie.

Un vin de caractère
Utilisé comme vin de messe par la communauté, le vin de malvoisie est produit par le pinot gris. Offrant une grappe com- pacte, ce cépage dérivé du pinot noir qui a changé de couleur par mutation génétique est cultivé sur les côteaux les plus ensoleillés et ventilés du canton. Il est presque toujours récolté en surmaturé. La malvoisie sèche existe également en Valais, mais garde le nom de pinot gris.
Le monastère est entouré de vignes.
«Auparavant, les moniales travaillaient elles-mêmes la vigne», confie sœur Catherine. Aujourd’hui, comme les forces vives se font plus rares, les sœurs louent leurs vignes à la famille Rouvinez. C’est une histoire de bon voisinage, car les vignes de la colline de Géronde, jouxtant celles du monastère, constituent le plus ancien domaine possédé par ces encaveurs de renom.

Le paratonnerre du Valais
Visible loin à la ronde, le monastère de Géronde est fréquemment appelé le «paratonnerre du Valais», une appellation souvent mal comprise. En effet, il ne s’agit pas d’éloigner le courroux d’un Dieu vengeur qui ferait pleuvoir les épidémies. Non, la communauté, par sa prière, a pour vocation d’attirer et de répandre le feu d’amour venu du Ciel au jour de la Pentecôte.

Les sœurs se sont installées en 1935 sur un site où la première église a été édifiée au Ve siècle. Elles viennent du monastère des Bernardines de Collombey dans le Bas-Valais. Celui-ci est issu de la réforme bernardine initiée par la Mère Louyse de Ballon (1591- 1668) et a compté jusqu’à 32 monastères. Après la Révolution française, seul le monastère de Collombey a subsisté. En 2008, après un long approfondissement de leur patrimoine spirituel, les sœurs de Géronde ont choisi d’être incorporées à l’Ordre cistercien de la stricte observance (les Trappistes).

Point de vente

Pour plus d’info et point de vente:

monastere-geronde.ch
librairie.saint-augustin.ch

Mariage civil pour tous

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), mai 2020

Photo: DR

Force est de reconnaître que la question du mariage pour tous attise les polémiques, chez nous et ailleurs. Le président de la Fédération de Russie, pour sa part,
est contre. Comme l’a rapporté cath.ch le 6 mars dernier sous la signature de Raphaël Zbinden, «le président Poutine a… émis le souhait que le texte de loi fondamentale entérine le mariage comme une union uniquement hétérosexuelle», un souhait parmi d’autres soumis en janvier au Parlement, allez savoir pourquoi, peut-être soufflé par les milieux orthodoxes russes selon certaines sources. Il voudrait aussi que la constitution mentionne… Dieu, tout simplement !

Notre Conseil fédéral ne mange pas de ce pain-là. Pas à propos de Dieu, grands dieux ! Non, à propos du mariage civil pour tous. Il nous a fait savoir par voie de communiqué daté de janvier qu’il voulait « éliminer l’inégalité de traitement des couples homosexuels ». Et c’est pourquoi il a déclaré soutenir le projet que la Commission des affaires juridiques du Conseil national a élaboré en réponse à l’initiative parlementaire «Mariage civil pour tous». C’est donc un oui hautement clamé à une révision de la loi, une révision de la Constitution n’étant pas jugée nécessaire par nos Sages. «La présente initiative demande au législateur d’ouvrir les différentes formes d’union régies par la loi à tous les couples, quels que soient le sexe ou l’orientation sexuelle des partenaires. Les couples de même sexe doivent pouvoir se marier, et les couples de sexe différent doivent pouvoir eux aussi conclure un partenariat enregistré, comme c’est le cas en France», dixit l’initiative. Qu’il en soit donc ainsi.

Mais notre Conseil fédéral est finaud: Si «la question de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels doit être réglée dans un premier temps, les autres questions, en particulier celle de l’accès à la procréation médicalement assistée, doivent être étudiées en profondeur et seront traitées séparément». Et c’est là que le bât blesse.

La société évolue, difficile de le nier, difficile d’aller contre. A ce stade, pourquoi pas un «mariage civil pour tous», au point où nous en sommes ? Mais quid d’un nouveau droit à la filiation, véritable boîte de Pandore à retardement ? Un célèbre professeur de médecine que nous ne nommerons pas ici afin de ne pas l’«instrumentaliser» a récemment rappelé «l’importance des mythes et des religions qui de tout temps ont thématisé sur la création de la vie. «Bien avant les procréations médicalement assistées», a-t-il souligné, «il y a eu des procréations divinement assistées, bien au-delà du biologique. Dans La Légende dorée de Jacques de Voragine, à l’époque de la Renaissance, il est dit que Dieu peut créer l’homme de quatre façons: sans l’homme ni la femme, comme il le fit pour Adam; par l’homme sans la femme, comme il le fit pour Eve; par la femme sans l’homme, comme cela s’est produit suite à l’Annonciation faite à la Vierge Marie – voir la Divine Comédie de Dante: O Vierge mère, fille de ton fils – et enfin, quatrième mode de création, par l’homme et par la femme selon la manière commune».

L’enjeu véritable de cette évolution sociétale est donc bien celui de la filiation, qu’on ne s’y trompe pas. Le mariage civil pour tous va passer, «comme une lettre à la poste». Mais, plus tard, sur la filiation, ça risque de coincer.

Le défi de la communion fraternelle en temps de pandémie

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel  / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), avril 2020

Par Anne-Marie Colandréa | Photo: DR

N’y a-t-il pas de quoi être choqué, désemparé à l’annonce de la suppression des messes jusqu’au 15 mai ? Pouvions-nous imaginer être à ce point touchés par un virus qui sévissaient, certes, chez nos voisins, mais chez nous, est-ce à ce point ?

Les mesures des autorités civiles et ecclésiales, nous permettent de prendre la dimension de la réalité qui ne cesse de nous provoquer. Soyons responsable, soyons créatifs ! Aidons-nous par différents moyens à demeurer présents les uns pour les autres, à prier les uns pour les autres. Regardons vers le Seigneur, Présent en toutes circonstances, ici et maintenant, pour moi en union avec toi.

« Nous ne devons pas attendre « en apnée » le retour des célébrations. Il nous appartient de vivre cette période dans la plénitude de notre Foi et de voir ce qu’il y a de bon. » (Mgr Guido Marini, maître des célébrations liturgiques du Vatican)

Prenons le temps de lire et de s’approprier les suggestions de l’Abbé Christophe Godel, Vicaire épiscopal pour le canton de Vaud, Mon Carême avec un virus : « Peut-être que ces circonstances extraordinaires peuvent être mises à profit pour nous aider à certaines poursuites de conversion. Comment construire à partir de cette dynamique négative un élan positif ? Si nous le laissons nous inspirer, Dieu nous fait découvrir comment tirer un bien d’un mal. »

A la paroisse Sainte-Thérèse vous trouverez:

  • L’église ouverte aux heures habituelles
  • La feuille dominicale avec les Lectures et une méditation
  • Des textes à méditer
  • Les indications du diocèse pour les messes radio ou via Internet
  • La prière spéciale du pape François à la Sainte Vierge (du 11.03.2020)
  • Les préparations et célébrations de baptême qui sont maintenues dans l’intimité stricte des proches
  • De même, les funérailles dans l’intimité stricte des proches
  • Pour les Rameaux, dans la mesure des livraisons : les buis seront bénis à huis clos, puis mis à disposition
  • Pour les confessions vous pouvez aussi téléphoner aux heures habituelles du secrétariat pour laisser vos coordonnées
  • L’abbé Thierry Fouet demeure à votre disposition
  • Vous pouvez aussi joindre l’assistante pastorale, Anne-Marie Colandréa

Sont suspendus:

  • Toutes les messes en semaine et le dimanche jusqu’au 15 mai, y compris en EMS
  • Pas de célébration pénitentielle du temps de Carême
  • Pas de liturgie des Rameaux, ni de la Semaine sainte et ni de Pâques Annulation des conférences, concerts, et de toute autre rencontre
  • Pas de catéchisme jusqu’au 8 avril
  • Report des célébrations de premier pardon et de première communion

Pour le cultiver et le garder

Par François-Xavier Amherdt
Photo: PixabayOn a souvent reproché à la Bible et à la théologie chrétienne, à tort, d’avoir encouragé l’exploitation de la planète par les humains. Or, c’est « pour qu’il le cultive et le garde » que le Seigneur confie « le jardin de la création à Adam ». Dieu « prend l’homme et l’établit dans Eden » (Genèse 2, 15). Lui dont le nom veut dire le « boueux » (d’adamah, la terre meuble en hébreu), il ne peut capturer pour son propre profit ce qu’il a reçu en cadeau et dont il est lui-même issu : « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant » (Genèse 2, 7), ce que signifie par ailleurs le mot Eve, la vivante. Les humains (le terme vient du latin humus, la terre) sont ainsi par nature solidaires du cosmos et ils sont appelés à respecter toute créature comme une caresse de la tendresse divine.

C’est donc en stéréophonie que les deux récits initiaux de la Genèse doivent se comprendre. L’injonction lancée à l’homme et la femme, conçus à l’image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 27, où les deux sont « déjà » présents) sonne donc comme un appel à la responsabilité. « Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la » (1, 28a) ne signifie d’aucune manière « exploitez le globe terrestre, abusez de ses ressources au point de les anéantir, jouez avec l’atmosphère si bien que l’existence de la planète soit menacée », mais au contraire : « entourez-la, domestiquez-la, car vous êtes mes représentants et mes lieutenants, poursuivez mon œuvre bonne, de manière à ce qu’elle porte du fruit et que ce fruit demeure ».

Au service de la floraison infinie
Du reste, toute l’œuvre de création en Genèse 1 célèbre comme une grande liturgie la mise en place de la multitude des espèces de plantes, d’animaux, de poissons et d’oiseaux. C’est au service de cette floraison infinie que l’être humain est placé, et non comme tyran tout-puissant, libre de réduire la biodiversité à néant. Contemplation et action de grâce, respect et protection, justice et paix : telles sont les attitudes insufflées à l’humanité pour qu’elle « sauve-garde » ce qui lui a été confié par le Créateur. Aujourd’hui plus que jamais !

Notre-Dame de Genève

Texte et photo par Myriam BettensIl se raconte à Genève que l’église Notre-Dame aurait été construite sur un terrain bien à l’extérieur de la ville afin de ne pas troubler la « paix » du culte protestant. Ironie de l’histoire, avec l’expansion de la cité, la basilique se trouve aujourd’hui en plein cœur de son centre névralgique. La légende urbaine trouve en partie sa source dans la réalité.

Durant l’aménagement de la première gare Cornavin en 1850, les fortifications alors en place sont démolies. Sur proposition de James Fazy, l’Etat de Genève fait don des terrains ainsi gagnés aux religions minoritaires. La construction de l’édifice de style néo-gothique débute en 1851 et se poursuit jusqu’en 1857 sous la direction de l’architecte Alexandre-Charles Grigny. Financée grâce aux dons réunis par des prêtres quêteurs, l’église est consacrée à l’Immaculée Conception en 1859. 

L’église reste le principal lieu de culte catholique de Genève, mais les fidèles se déplacent principalement pour la statue de la Vierge en marbre blanc de Carrare. Offerte par le pape Pie IX en 1859, cette œuvre du sculpteur italien Forzani a été couronnée par le nonce apostolique, Mgr Bernardini, en 1937.

Accès possible
– Depuis la gare Cornavin, 2 minutes à pied, environ 180 mètres.
– Depuis l’autoroute A1, suivre Evian/Genève-lac. Prendre la sortie Genève-lac. Continuer sur la route de Lausanne, puis la rue de Lausanne. Prendre légèrement à droite sur la place de Cornavin pour entrer dans le parking.

La visite

1. Gravissez les quelques marches et entrez par une des deux portes se trouvant du côté de la place Cornavin.

2. Munissez-vous d’un petit feuillet blanc : « Bienvenue à la basilique Notre-Dame de Genève », sur votre gauche en entrant, et admirez les nombreux vitraux de l’édifice.

3. Prenez le côté gauche de la nef, au niveau du déambulatoire, jetez un œil sur la Vierge sans visage, souvenir de l’ancienne Genève catholique. Ce panneau de bois sculpté provient de la cathédrale Saint-Pierre, il a été « défiguré » lors des troubles de la Réforme.

4. Continuez en direction de la chapelle de la Vierge. Laissez-vous imprégner par l’atmosphère du lieu. Tendez l’oreille au bruissement du va-et-vient des fidèles.

Le cantique de Frère Soleil par saint François d’Assise

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur des Deux-Rives (VS), avril 2020

Proposé par Alessandra Arlettaz | Photo: sarayut tanerus / sarayut_sy/adobe stock sur le site https://www.la-croix.com/

Très Haut, tout puissant et bon Seigneur,
à toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction ;
à toi seul ils conviennent, O Très Haut,
et nul homme n’est digne de te nommer.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
avec toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil,
par qui tu nous donnes le jour, la lumière ;
il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,
et de toi, le Très Haut, il nous offre le symbole.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour sœur Lune et les étoiles :
dans le ciel tu les as formées,
claires, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent,
et pour l’air et pour les nuages,
pour l’azur calme et tous les temps :
grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.
Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur Eau,
qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu,
par qui tu éclaires la nuit :
il est beau et joyeux,
indomptable et fort.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour sœur notre mère la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les fleurs diaprées et les herbes.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour toi ;
qui supportent épreuves et maladies :
heureux s’ils conservent la paix,
car par toi, le Très Haut, ils seront couronnés.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre sœur la Mort corporelle
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ;
heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire.
Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le
en toute humilité.

Mon Carême avec un virus

Abbé Christophe Godel, vicaire épiscopal pour le canton de Vaud
Photo: cath.ch

L’épidémie de coronavirus vient perturber nos vies, alors que nous sommes en pleine période de Carême. Peut-être que ces circonstances extraordinaires peuvent être mises à profit pour nous aider à certaines poursuites de conversion. Comment construire à partir de cette dynamique négative un élan positif ? Si nous le laissons nous inspirer, Dieu nous fait découvrir comment tirer un bien d’un mal.

Voici quelques suggestions :
1. Cette situation nous montre que nous sommes tous égaux, de la même humanité, vulnérables mais aussi capables de grands engagements et sacrifices. Prenons le temps d’une certaine admiration, de nous contempler frères et sœurs solidaires, ceux qui sont malades ou fragiles dans leur santé, ceux qui mettent toute leur énergie à les assister et les soigner, les chercheurs qui se battent contre le temps pour sauver le plus grand nombre, les politiciens et tant de personnes qui œuvrent sans compter pour trouver des solutions.

2. Le risque de contagion nous invite à un supplément de charité et de prudence pour ne pas mettre en danger les personnes âgées et vulnérables. C’est une responsabilité humaine et chrétienne de partager les efforts faits par tous pour que la contagion soit contenue. En même temps, ne pas regarder l’autre comme celui qui va me contaminer, mais celui qui a droit à ma bienveillance.

3. C’est une période favorable pour exercer la charité envers ceux que ces circonstances isolent. Prendre des nouvelles des personnes plus sensibles à la maladie, leur faire les courses, demander ce dont elles ont besoin. Un coup de téléphone ne transmet aucun virus, mais seulement de l’attention aimante. Lavons-nous les mains, et offrons-les à notre prochain.

4. Vivre le ministère de la consolation, c’est aussi porter une attention aux personnes qui vivent un deuil. Dans ces circonstances très spéciales, la séparation peut être encore plus difficile si une quarantaine ou des restrictions de célébration empêchent de vivre la proximité. Une oreille attentive peut être un beau cadeau. On peut aussi passer au cimetière : il y a peu de gens et les morts ne sont pas contagieux.

5. Si des personnes ne peuvent pas se rendre à l’église pour la messe, elles peuvent le vivre comme un sacrifice à mettre en communion avec tous les chrétiens dans le monde qui n’ont pas accès facilement à la Table du Seigneur. Elles peuvent prendre le temps de s’unir aux Eucharisties diffusées par la radio et la télévision, et demander au Seigneur de communier spirituellement à Lui.

6. Les cloches des églises, lorsqu’elles sonnent, peuvent être écoutées comme des messagères qui disent : « Vous n’êtes pas seuls, le Seigneur est au milieu de nous. » Pour ceux qui ne peuvent pas se rendre à la célébration, sachez que les prêtres offrent chaque jour la messe pour vous, et confient au Seigneur toutes les personnes qui vivent sur le territoire de la paroisse et au-delà. Et dans les monastères, beaucoup prient pour nous chaque jour en ces temps mouvementés.

7. Les restrictions et les difficultés d’aller aux messes du dimanche ne doivent pas empêcher de vivre la foi avec intensité et profondeur. Ce peut être l’occasion de créer un coin de prière dans sa maison, pour soi ou pour toute la famille.

8. Si les circonstances obligent à rester davantage à la maison, cela peut être une occasion privilégiée pour prendre plus de temps avec son conjoint, avec ses enfants : jouer avec eux, dialoguer avec eux, leur faire découvrir de belles figures de sainteté. Ce peut être un temps privilégié pour lire un bon livre, regarder un film ensemble, goûter la joie de passer du temps avec ceux qui nous sont chers.

9. La famille est une Eglise domestique au cœur de laquelle le Seigneur est présent. Ce temps spécial peut être l’occasion de prier ensemble, d’inventer un petit rituel pour laisser Dieu prendre davantage sa place au cœur du foyer. Lire sa Parole, la laisser résonner dans le silence, permettre à chacun de partager l’écho qu’il a perçu dans son cœur… peut être une très belle liturgie familiale.

10. Les prêtres non seulement peuvent laisser les églises ouvertes, mais profiter de cette période où des activités sont suspendues ou supprimées pour organiser des temps prolongés d’adoration du Saint-Sacrement. Jésus est présent dans les tabernacles de nos églises : « Il attend, il appelle et il accueille tous ceux qui viennent le
visiter. » (Saint Alphonse de Liguori)

11. Pendant ces espaces de prière, les prêtres peuvent offrir leur disponibilité pour confesser ou écouter les gens qui aimeraient se confier. Si personne ne les aborde, ils peuvent en profiter pour prier intensément en faveur des malades et de tous ceux dont la vie est marquée par cette épidémie. Ils peuvent aussi apporter la communion au domicile de ceux qui le demandent.

12. C’est un temps pour joindre nos mains afin de prier pour ceux qui souffrent, demander la force pour ceux qui s’en occupent, la lumière et la protection pour ceux qui se battent contre le fléau, la paix, la foi et la solidarité pour tous. C’est un temps pour se mettre un peu plus à genoux.

Prions avec le pape François

Photo: DR

Seigneur, fais de nous des instruments de ta paix. Fais-nous reconnaître le mal
qui s’insinue dans une communication qui ne crée pas la communion.
Rends-nous capables d’ôter le venin de nos jugements. Aide-nous à parler des autres
comme de frères et de sœurs. Tu es fidèle et digne de confiance.

Fais que nos paroles soient des semences de bien pour le monde :
là où il y a de la rumeur, que nous pratiquions l’écoute
là où il y a confusion, que nous inspirions l’harmonie
là où il y a ambiguïté, que nous apportions la clarté
là où il y a exclusion, que nous apportions le partage
là où il y a du sensationnalisme, que nous usions de la sobriété
là où il y a de la superficialité, que nous posions des vraies questions
là où il y des préjugés, que nous suscitions la confiance
là où il y a agressivité, que nous apportions le respect
là où il y a de la fausseté, que nous apportions la vérité. Amen.

Prière de Mgr Jean Scarcella, abbé de Saint-Maurice

Marie, mère de notre sauveur et notre mère, nous te supplions d’intercéder en notre faveur pour que le monde soit délivré sans plus attendre du coronavirus (Covid-19). 

Eve nouvelle, par ta puissante intercession, obtiens-nous la délivrance complète et durable du virus qui paralyse notre monde et ravage les familles.

Arche de la Nouvelle Alliance, repousse le fléau de la maladie par ta prière. Console, protège et guéris les malades pour la plus grande gloire de Dieu.

Marie, Mère de notre sauveur et notre mère, toi qui as toujours exaucé la prière de nos anciens quand ils étaient dans l’épreuve, veille sur nous. Amen.

Une fleur

Il existe un lieu secret dans le silence du cœur, une Terre Sacrée où Dieu vient semer en silence une graine de vie dans un rayon de lumière. Déchausse-toi, Homme, laisse tes blessures et mets-toi à genoux pour humer le parfum de la Vie qui se réveille doucement… Parfum de Résurrection!Par Valérie Pianta
Photo : DR

Alors que l’hiver touche à sa fin, dans les derniers relents de froid, les derniers frissons, voilà que Dieu fait un magnifique cadeau à son Homme, sa créature préférée et bien-aimée en dépit de toutes les apparences trompeuses ! C’est un cadeau fragile déposé au milieu d’un jardin encore frissonnant et recouvert d’un léger manteau blanc… qui rappelle le temps dur où la vie semblait être aux abonnés absents.

Autour de ce cadeau fragile, et à cause de cette fragilité si extraordinaire, ils sont nombreux les blessés de la vie, à se donner la main pour faire un cercle autour du miracle qui se dresse vers le Ciel. Derrière chacun de ces visages se profile une longue file… visages sans regard ou visages mangés par des regards immenses tant ils cherchent à capter une source de lumière.

Enfants et adolescents brisés, femmes maltraitées, personnes handicapées physiques, mentales, sociales, psychiques, exilés, malades guéris, malades en rémission, malades au seuil de la mort… Au milieu de ce cercle, Dieu a délicatement déposé son cadeau. C’est un bouton de fleur qui s’ouvre au milieu des restes de l’hiver. Une fleur qui s’appelle… résilience ! Résilience, résilience, drôle de nom pour une fleur ! Il y a dans ce mot quelque chose de doux et de fort.

Résilience a la couleur de la lumière, le parfum de la sérénité. Costaude la petite fleur ! Elle s’est préparée dans le silence et l’obscurité pour surgir juste au bon moment… ses racines ont cherché leur chemin dans la dure et froide terre de la souffrance, durant un hiver de la vie qui semblait sans fin. 

Dieu a semé le don et soudain, beaucoup de petites fleurs peuvent éclore sous la caresse de l’espérance qui renaît, ce doux soleil qui annonce le printemps de la vie. Chacun tend la main vers une petite fleur… certains clignent encore des yeux tant ceux-ci étaient collés par les larmes. Ils sont un peu comme l’aveugle Bartimée à qui Jésus ouvre les yeux doucement. Trop de lumière d’un seul coup, c’est douloureux aussi ! 

Chaque jour, des yeux s’ouvrent à nouveau sur la lumière après des temps d’obscurité, petits miracles discrets de ceux et celles qui peuvent tendre la main à nouveau vers la petite Fleur commençant à éclore. 

La Vie, l’amour plus fort que la mort !

Le pape François et l’urgence climatique

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Clins Dieu sur les Contrées (VS), avril 2020

Par François Cordonier, Ollon | Photo: DR

Il y a 5 ans, le pape François publiait l’encyclique « Loué sois-tu » sur l’écologie.

La foi doit apporter de nouvelles exigences, de nouvelles motivations face au monde dont nous faisons partie. Ces exigences formulées dans la Bible ont été pour beaucoup mal interprétées. Dans Genèse 1-28, Dieu dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ». Les hommes croyants de culture judéo-chrétienne ont agi dès qu’ils eurent les moyens conformément au texte biblique. Or, l’Encyclique dit que « c’est une fausse interprétation ; il faut lire les textes dans leur contexte avec une herméneutique adéquate ».

Nous avons recherché toujours plus de confort et de croissance économique et par conséquent nous avons été les acteurs du réchauffement climatique et de la pollution. Par ignorance ? Pourtant, depuis la fin des années 1950, un groupe de scientifiques, le Club de Rome, nous a mis en garde en nous indiquant que si nous voulions éviter les catastrophes, il fallait diminuer l’utilisation des matières polluantes. Depuis plus de 70 ans, malgré les avertissements des scientifiques et des organisations écologistes, nous continuons à augmenter l’utilisation de telles matières. C’est depuis quelques années seulement, lorsque nous avons subi les conséquences désastreuses de notre inaction, que des mesures sérieuses ont été prises par les pouvoirs publics. Hélas, pas dans tous les pays.

« La sobriété et l’humilité n’ont pas bénéficié d’un regard positif. Il est urgent de changer ! », dit le pape François, tout en insistant pour que les mesures à prendre n’aggravent pas mais corrigent les conditions de vie des plus pauvres.

Malheureusement, notre système économique nous invite, nous force même encore à consommer et gaspiller plus.

Christ est ressuscité… Il est vraiment ressuscité

Daniel Marguerat, théologien, exégète, professeur honoraire à l’université de Lausanne, a publié en 2015 un ouvrage intitulé « Résurrection, une histoire de vie 1 ». Ce petit ouvrage est une mine d’informations pour qui s’intéresse à une lecture actuelle des Ecritures.Par Françoise Besson
Photos: cabedita.ch, DR, unil.ch, pixabay

En ce temps pascal, je me propose d’en partager avec vous quelques réflexions, comme clés de lecture, non pas pour clarifier une fois pour toutes cette affaire, mais peut-être au contraire, pour redonner vie à ce mystère, nous donner envie de nous en approcher. 

L’absolue surprise
Parmi les nombreuses découvertes que propose ce texte, une première : la résurrection du Christ n’était pas attendue, c’est même, dit D. Marguerat « une absolue surprise et non l’exaucement d’un long désir » (48) 2. Quelques éléments pour comprendre le caractère inattendu de l’événement : 

• De fait, les juifs croyaient à la résurrection des morts mais en d’autres temps et d’une autre façon. Leur espérance, nous dit l’auteur, était comme une réponse face à « l’inquiétude causée par le triomphe du mal et l’apparente passivité de Dieu ». En ressuscitant les morts « justes », Dieu rétablira la justice (16). Mais, et c’est là la nouveauté, cette résurrection était attendu non pas pour aujourd’hui mais pour la fin des temps et elle n’était pas non plus envisagée pour UNE personne, en l’occurrence ce Jésus de Nazareth, mais pour tous les justes (24).

• Au moment de la rédaction du Nouveau Testament, il n’y avait pas de vocable « résurrection » qui corresponde à ce qui est devenu pour nous, chrétiens, un mot presque banal. Trois types de langages expriment cet état de fait : l’éveil (être éveillé, relevé), l’exaltation (être élevé à la droite du Père) et la Vie, ce dernier terme étant surtout utilisé dans l’évangile de Jean (17).

• Enfin, dans chacun des évangiles, on se rend compte de la difficulté qu’ont les disciples à croire ce qui leur est annoncé, c’est « une nouvelle à laquelle personne n’accorde de crédit » (49). L’exemple de Thomas (Jn 20, 25) nous est bien connu et dans l’évangile de Luc, la réaction des apôtres lorsque les femmes transmettent le message reçu est représentative de cette difficulté : « mais ils prirent ce discours pour des absurdités, ils ne crurent pas ces femmes » (Lc 24, 11).

Pas de preuves mais des signes
Il n’est pas possible de prouver la résurrection, « aucun témoin objectif n’a été spectateur de la résurrection » et le Christ ne s’est donné à voir qu’à des croyants… (35) Mais le signe de cette résurrection dit D. Marguerat, n’est pas à chercher dans une réponse à la question : qu’est devenu le corps de Jésus ? Il faut l’apercevoir dans l’efficacité d’une parole, dans l’œuvre de la grâce, dans la contagion du pardon. (36) Ce qui atteste que Paul a vu le ressuscité, c’est l’œuvre de la grâce à travers lui qui était le persécuteur des chrétiens et qui est devenu apôtre de ce Jésus-Christ. Cette rencontre est garante d’une force de vie féconde qui fait surgir la foi. (36)

Quel sens ?
Quel sens attribuer à cet événement qu’il est impossible de prouver et qui a surgi comme l’inattendu dans la vie des amis de Jésus ? Croisant les différents récits au sujet de la présence de Jésus ressuscité, D. Marguerat ouvre de nombreuses pistes de réflexions, en voici quelques-unes : 

• C’est Jésus qui se fait voir, c’est lui qui en prend l’initiative. (59) Il vient à la rencontre des disciples d’Emmaüs, il se manifeste à ses disciples et leur annonce la paix, dans cette maison « plus fermée que le sépulcre, où le groupe s’est verrouillé dans sa peur ». (63) 

• Sa présence n’est pas un retour en arrière, elle est autre : « Pâques n’annule pas l’effet de la mort, la résurrection ne vient pas rétablir ce que la mort a coupé. Pâques révèle plutôt le mystère de la présence d’un Absent » (63).

• « Ce qui arrive au Christ, montre que d’une vie brisée, de blessures profondes, peut surgir une vie nouvelle et inattendue. Cela ne justifie ni ne glorifie aucune souffrance que ce soit. » Mais croire que même des blessures profondes peuvent se régénérer en une vie nouvelle, peut alléger le poids du passé quand celui-ci semble n’être que pure perte. (66) 

• Enfin, la manifestation du ressuscité remet en route les personnes. Dans cet envoi en mission, avec la promesse des dons de l’Esprit, les croyants sont dans un re-départ et prennent le relai du Maître qui s’efface. (59)

Pour conclure
« Croire ne signifie pas avoir foi dans l’histoire, mais croire en un Dieu qui agit dans l’histoire » (70) dit D. Marguerat. J’ai espoir que dans cette période de turbulence, dans nos vies où nous nous sentons parfois si fragiles, nous saurons reconnaître le Dieu de la résurrection, celui qui relève, celui réveille, celui qui nous donne la vie…

1 Daniel Marguerat, « Résurrection, une histoire de vie », Editions Cabédita, Bière, 2015.
2 Les numéros entre parenthèses indiquent la page du passage concerné.


« Dans le monde des religions, le christianisme ne se singularise ni par un type particulier de piété, ni par des rites spécifiques, mais par une conviction fondatrice : il n’est aucun échec, pour l’homme ou pour le monde, que Dieu ne puisse surmonter. » (68)
« Croire en la résurrection nécessite une preuve par l’acte : faire confiance à un Dieu qui relève, qui met debout, même après le plus total échec. » (37)

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