Mater dolorosa

Chaque minute, quarante-quatre femmes subissent une fausse couche dans le monde. Au niveau suisse, les estimations avancent qu’une grossesse sur quatre serait concernée. Malgré cela, le silence autour de cet événement douloureux et les lacunes dans l’accompagnement persistent.

Par Myriam Bettens | Photos : Micaël Lariche, Flickr, DR

N’allez pas dire à Natacha, Alice, Cynthia, Lauren et bien d’autres qu’elles viennent de perdre du « matériel gestationnel ». Pour elles, c’était déjà un enfant à naître et des projets en construction. Or, le terme même de « fausse couche » tend à signifier que ce qu’elles ont vécu n’est pas si « vrai » que cela et donc d’une importance moindre. La perte est pourtant bien réelle. Alors, qu’y a-t-il de « faux » dans cette épreuve ?

Des pertes inexistantes

Fausse couche, avortement spontané, perte de grossesse : ces termes évoquent une même réalité, tout en divergeant sur son acception. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), aucun consensus n’existe entre les pays sur la définition de la perte de grossesse. En Suisse, elle est circonscrite par le cadre légal, dont les implications se font ensuite ressentir dans les autres aspects de la prise en charge. Lorsque le fœtus meurt avant la 13e semaine, on parle de fausse couche précoce, la complication la plus courante du début de grossesse. Or, « la fréquence et le manque d’explication médicale à ces pertes précoces les banalisent », indique Caroline Chautems, chercheuse postdoctorante au Centre en Etudes Genre, à l’Université de Lausanne. Il n’existe d’ailleurs aucune statistique sur le pourcentage de fausses couches parmi la population suisse. Les estimations avancent qu’une grossesse sur quatre serait concernée. « Les hôpitaux et les gynécologues ne sont pas tenus de les répertorier. Les chiffres sont donc largement sous-évalués » pour Aurélie Pasqualino, fondatrice de l’association Naîtr’Etoile, qui soutient les familles touchées par un deuil périnatal. Un manque de données doublé d’une sous-investigation des arrêts de grossesses dans la recherche scientifique, selon Caroline Chautems, notamment à cause du désintérêt durant de nombreuses années des questions sexuelles et reproductives des femmes. De plus, l’individualisation de la responsabilité prônée par notre société implique que l’enfant est devenu un choix. Aux familles d’assumer lorsque cela ne se passe pas comme prévu.

La grossesse est une maladie comme une autre

Le cadre légal en vigueur en Suisse se charge de le rappeler. Pour la Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal), les grossesses se terminant avant la 13e semaine sont soumises au même régime que la maladie et ne sont remboursées qu’à concurrence de la franchise et de la quote-part. « Avant trois mois, votre grossesse est une maladie », illustre Marie-Laure, ancienne employée d’une assurance maladie. Elle a depuis quitté ses fonctions, ne supportant plus ce sentiment d’asséner à longueur de journée des articles de loi à des femmes en pleine détresse. Du côté professionnel, la maternité a encore des répercussions sur la carrière des femmes. Elles n’évoquent donc souvent pas leur grossesse sur leur lieu de travail avant trois mois et prennent sur leurs congés lors de la survenue d’une fausse couche, car la loi n’accorde aujourd’hui aucun congé en cas de perte de grossesse avant la 23e semaine. « C’est une affaire de santé publique qui se doit d’être débattue politiquement », affirme Sabine Cerutti-Chabert, cofondatrice de la Fondation pour la Recherche en Périnatalité (FReP). Or, « en Suisse, la famille est perçue comme une affaire privée. Le contexte néolibéral appelle à la responsabilisation individuelle », complète Caroline Chautems. Néanmoins, trois interventions parlementaires, acceptées en 2020 et 2023, sont en consultation au Conseil fédéral afin de réfléchir à l’instauration d’un congé payé en cas de fausse couche et à la gratuité des prestations pendant toute la durée de la grossesse. Un pas pour accroître la protection des femmes enceintes.

Maux compte triple

« Le problème est de nature sociétal », avance Aline Wicht, sage-femme en obstétrique aux HUG et membre du Groupe Deuil, une équipe de travail multidisciplinaire réunie autour du deuil périnatal. « Les gens sont mal à l’aise avec la mort, surtout lorsqu’elle vient contrarier le début de la vie. Cela vient rompre toute logique. » Et le personnel médical ne fait pas exception à cette règle, « d’où l’importance d’avoir un personnel formé au deuil aussi  pour les fausses couches précoces ». La mort pose aussi des limites à la médecine. Dans le cas des fausses couches précoces, on sait qu’elles sont fréquentes, mais on ne peut pas en expliquer la cause avec certitude. Il faut donc « soutenir sans chercher à être dans l’action, mais dans l’accueil ». Or, puisqu’il n’y a pas d’acte de soins à prodiguer et n’étant pas considérée comme une complication « à risques », cela tend à banaliser cet événement dans la prise en charge médicale et aussi aux yeux des patientes. Quant à l’entourage, il n’est pas mieux outillé pour accueillir ce type d’incidents. Les « tu en auras d’autres » ou les « mieux vaut maintenant que plus tard » sont alors perçus comme une minimisation de la douleur rendant la perte illégitime.

Un deuil fantôme

Pour que la perte puisse être vécue comme telle, encore faut-il que celle-ci soit reconnue et identifiée. Une condition mise en échec par l’organisation même des hôpitaux. Avant 13 semaines, les femmes enceintes passent sous les radars, ce que confirme Aline Wicht pour les HUG en notant qu’il en va certainement de même dans les autres hôpitaux romands. Jusqu’à 12 semaines, les femmes sont généralement prises en charge par la gynécologie, ce n’est qu’après ce terme qu’intervient le service d’obstétrique, dans lequel peut leur être proposé un soutien quant au deuil qu’elles viennent de vivre. La possibilité d’un accompagnement psychologique ou spirituel n’est donc pas conditionnée par le besoin des patientes, mais par le stade de leur grossesse. Un état de fait à corréler avec le délai légal de 12 semaines pour recourir à une interruption volontaire de grossesse (IVG). Un changement de statut des 13 premières semaines risquerait de remettre en cause ce droit, de l’avis d’une gynécologue et de plusieurs sages-femmes.

Donner corps au deuil avec l’aide de l’Eglise

La compréhension du deuil périnatal n’étant pas unanime, les mères se retrouvent face à une interprétation à géométrie variable de leur souffrance, car pour beaucoup, lorsqu’il n’y a pas de corps, il n’y a pas non plus de deuil. Outre les associations qui existent pour épauler les familles se retrouvant très souvent seules face à ces questions, quelques initiatives ecclésiales ont vu le jour en Suisse romande, dont une dans le Jura. « Il y a trois ans, j’ai réalisé le désarroi et la solitude de ces parents. Cette thématique est devenue mon cheval de bataille », révèle Philippe Charmillot, diacre pour le Jura pastoral. Avec ses homologues réformés, il a donc pris à bras le cœur la condition de ces parents endeuillés, quel que soit le stade de grossesse. Ils ont mis à disposition une chapelle à Develier-Dessus où les parents peuvent « déposer » ce qu’ils souhaitent et participer à une célébration œcuménique annuelle d’au revoir. Une ligne téléphonique est également à disposition, permettant aux parents de trouver informations et réconfort. La mobilisation des diacres et ministres jurassiens ne s’arrête pas là. Ils ont aussi interpelé les gynécologues et les médias de la région pour les sensibiliser à la question. Comme le glisse une des mères, c’est une manière de matérialiser, « ces enfants qui nous traversent, mais que l’on n’oubliera jamais ».

Cette enquête est réalisée avec le soutien de JournaFonds.
La version longue de cette enquête est accessible en ligne sur Cath.ch

Face à nous-mêmes!

Toute l’équipe de « Face à toi-même ».

Ils n’étaient familiers ni des scènes, ni des coulisses et pourtant ils ont assuré au spectacle écrit par Benjamin Bender et Aline Bonvin, une qualité et une profondeur exceptionnelles ! Certains d’entre eux reviennent ici sur cette expérience unique qui les a mis… face à eux-mêmes !

Propos recueillis par Pascal Tornay 
Photos : Pierre Daendliker

Sandrine Volluz, musicienne du projet :
« Face à toi-même », c’était d’abord l’occasion rêvée de refaire de la musique avec Laurine. On se connaît grâce au chant et voilà que je me retrouve à jouer sa musique à l’alto. C’est quelque chose de se retrouver avec un micro dans le pavillon pour jouer la musique tout droit sortie du cœur d’une amie – Je ne vous explique même pas la pression – et c’était magique ! Je suis toute reconnaissante de cela… mais aussi d’avoir débarqué, un peu par hasard, parmi un petit groupe d’inconnus (ou presque) et de repartir avec l’impression d’avoir lié de solides amitiés que quelques (longues) journées de répétitions et quelques heures de spectacle ont permis d’enraciner aussi profondément que des années de souvenirs accumulés. Je me souviendrai longtemps des petites impros jazzy entre deux pics de trac, des joyeux échauffements avant l’entrée en scène, et, bien sûr, de Prosper. Youplaboum ! 

Jeanne Gabioud, comédienne du projet :
« Face à toi-même », ç’a été pour moi une belle aventure. Je garde plein de souvenirs en tête et plein de belles rencontres ! Ce qui était beau c’est qu’on s’est soutenu tout le long. On était ensemble et on se sentait porté par le groupe ! Ce genre de projet apporte toujours de la confiance en soi. C’est un bon exercice pour apprendre à être sur scène devant un public ! C’était très enrichissant mais aussi exigeant et pas toujours facile ! Ce spectacle prend encore plus de sens et d’importance lorsque l’on constate qu’il a été joué lors d’un week-end dramatique en montagne… Et bien sûr, c’est une grande satisfaction et une grande fierté d’avoir participé à ce projet, de se présenter sur scène et de recevoir des compliments…

Manon Berthouzoz, comédienne du projet :
« Je marche sur le banc pour aller mettre le deuxième quand, «  pan  », je me tape contre l’angle du panneau solaire » : cette phrase tirée de la pièce « Face à toi-même » résonne encore en moi. Comment en suis-je arrivée à jouer dans cette pièce de théâtre ? J’avais vu passer, sur les réseaux sociaux en été 2023, un petit flyer qui expliquait le projet. Ça m’avait l’air très sympa ! Et c’est vrai qu’il y a plusieurs années, j’avais noté cette idée de faire du théâtre un jour si l’occasion se présentait. Je me suis donc inscrite pour cette incroyable aventure. Quand Aline Bonvin et Benjamin Bender nous ont expliqué un peu plus en détail le projet – la pièce en trois actes, la fréquences des répétitions, le lieux où nous allions jouer – et que nous allions être dotés de micros, j’ai eu des étoiles plein les yeux. Nous avons eu six mois d’intenses répétitions pour arriver jusqu’au jour du spectacle et il faut dire que j’ai apprécié chaque instant. Cette aventure m’a fait grandir, j’y ai découvert plein de facettes de ma personnalité. Chacun-e e m’a « portée » d’une manière ou d’une autre. C’était aussi une aventure collective et bienveillante, nous étions soudés les uns avec les autres et nous avons aussi beaucoup rigolé. J’y ai rencontré des personnes formidables tant chez les comédiens amateurs que chez les chanteurs, les musiciens et l’équipe technique. L’ambiance était super ! Benjamin et Aline nous ont mis en confiance. J’ai vraiment ressenti toute la passion qu’ils ont pour leur métier de comédien et, grâce à toute l’équipe, j’ai mieux compris le monde artistique et celui du théâtre. Ils ont su me faire comprendre l’importance des mots qui sont portés sur la scène et ça m’a touchée. Quand nous avons joué le spectacle, j’étais très contente de pouvoir voir le public, de pouvoir faire entendre les magnifiques textes qui parlent de la montagne et de redire ce que quelqu’un a personnellement réellement vécu. Ces mêmes textes qui, pendant six mois, m’ont touchée et tant de fois interrogée. Je remercie toute l’équipe de « Face à toi-même », ainsi que toutes les personnes qui sont venues voir ce spectacle.

Barnabé Gard, chanteur du projet :
Je chante depuis mon enfance et, pour moi, le chant est un moyen d’expression privilégié aux vertus thérapeutiques et stimulantes. Peu d’activités me font ressentir autant de plaisir. Sauf peut-être quand la musique se mêle au théâtre. Pour moi, l’expérience de « Face à toi-même » a été vraiment unique ! La musique a donné beaucoup de force au texte déjà touchant des témoignages. Non seulement participer à cette création a été un vrai plaisir, mais ç’a été une de ces expériences dont on ne ressort pas le même. Un grand merci à Aline, Laurine et Benjamin pour avoir entièrement composé et monté ce spectacle.

Léa Surmont, comédienne du projet : 
Quand je me suis engagée dans cette aventure, je n’avais jamais mis les pieds sur scène et encore moins parlé devant autant de gens. Je me suis souvent demandé : « Pourquoi donc t’être lancée là-dedans ? » Maintenant, je répondrais simplement pour tout ce que va t’apporter cette expérience : rencontrer des gens formidables, apprendre un texte par cœur, apprendre à le jouer sous l’œil bienveillant de deux brillants metteurs en scène, prendre conscience de son corps et de sa situation dans l’espace. C’était simplement beau et touchant. Ce sont des moments gravés à jamais dans mon cœur. Merci à toutes les personnes qui ont fait partie de l’aventure et qui m’ont soutenue dans toutes ces étapes.

Joie

Par Pierre Chatelanat
Photo : Pascal Voide

Voilà bientôt deux mille ans que cet évènement, fondamental dans l’histoire de l’humanité dont il changera le cours, est célébré de façons très diverses selon les différentes cultures populaires, les sensibilités religieuses ou la foi des uns ou des autres.

Parmi nous, malgré la diminution considérable des fidèles, beaucoup continuent à commémorer la Résurrection du Christ dont ils proclament la signification essentielle, passablement occultée par les coutumes qui se sont greffées au cours des siècles. 

Puissent-ils éprouver la même joie intense que les amis de Jésus lorsqu’ils ont compris qu’il était vivant et l’ont reconnu, ou tout simplement connu tel qu’il était vraiment : Fils de Dieu que la mort ne pouvait faire disparaître, révélant au contraire son immortalité ! 

Une joie enthousiaste (dans son sens profond : d’inspiration divine !), car cette Résurrection, fondement de notre foi chrétienne, est une introduction à une vie spirituelle qui dépasse nos limites mortelles et une promesse de faire de nous des vivants dans l’éternité ! Et qui surtout nous prouve, après la Passion dramatique que Jésus a subie avec courage et détermination malgré ses souffrances, que nous pouvons avoir une confiance totale en Lui !

Il nous a promis qu’il serait avec nous jusqu’à la fin des temps et Il a continué jusqu’à nos jours à se manifester de diverses façons, que ce soit à Paul de Tarse, à François d’Assise ou à tant d’autres, en se faisant connaître ou reconnaître comme lors de sa Résurrection afin que la Foi en Lui vive et éclaire le monde. 

Réjouissons-nous donc de cet évènement exceptionnel qui nourrit notre Espérance d’une vie dans un Royaume de Paix et d’harmonie, ici et maintenant et pour l’Eternité !

Et témoignons-en, notamment à travers la messe dominicale : n’est-elle pas célébration du Christ vivant ? Puissions-nous en faire une manifestation joyeuse de la certitude que Pâques a forgée en nous et que l’Eglise est chargée d’annoncer !

Stabat Mater (Jean 19, 25)

Marie Mère de Dieu pleure la mort de son fils Jésus au Golgotha. Elle est restée jusqu’au bout, avec sa sœur Marie, la femme de Cléophas, avec Marie de Magdala et avec Jean : Stabat Mater, chantent Pergolesi et bien d’autres compositeurs, en des accents si poignants.

La voyant, le Christ lui confie comme « fils de substitution » le disciple qu’il aimait : « Femme, voici ton fils. » Il la remet à Jean : « Voici ta mère », pour que celui-ci la prenne chez lui (19, 26-27).

La Vierge pleure également avec toutes ces femmes qui perdent leur enfant dans leur ventre, elle qui a porté le Fils de Dieu en son sein. Combien de mamans font des fausses couches, dont on parle si peu, hélas, et dont on fait « comme si de rien n’était ». Alors que ce sont des êtres humains à part entière !

Jésus-Christ s’identifie à chacun de ces bébés, qui sont tissés à son image. Toutes ces pertes constituent de véritables deuils. Je trouve extrêmement dommageable que le Rituel actuel des funérailles de l’Eglise catholique-romaine ne comporte pas de séquence pour les fausses couches, les enfants décédés avant terme ou mort-nés.

Combien cela peut consoler et soulager de nommer le petit, de l’inscrire dans le livre d’or de la famille, de vivre une célébration d’obsèques pour lui. Pour l’avoir pratiqué à plusieurs reprises, je puis vraiment attester du bienfait que cela procure ?

Le Magistère ecclésial qui prône tant le respect de l’existence humaine dès sa conception – à juste titre d’ailleurs – ne devrait-il pas relever davantage ces situations et leur octroyer l’accompagnement pastoral, spirituel et liturgique qu’elles réclament ?

La Mater Dolorosa pourrait servir de figure protectrice pour les mères si profondément affectées. A la paroisse de Savièse, nous disposons d’une chapelle dédiée à Notre Dame des Corbelins, c’est-à-dire les « corbeilles » où les familles en pleurs apportaient leurs enfants mort-nés. Sa fête patronale est célébrée le 8 septembre, à la Nativité de la Vierge.

Une église toute neuve!

Le comité de rénovation réjoui de l’avancée des travaux.
Des motifs colorés retrouvés sous les plâtres ont été restaurés.

Par la CoCom et le CoGest de la paroisse de Bovernier 
Photos : Gérard Puippe 

Après plus d’une année de travaux en profondeur, nous nous réjouissons de vivre ensemble l’inauguration de l’église de Bovernier, qui aura lieu le jour de la Fête-Dieu, jeudi 30 mai 2024. Vous êtes toutes et tous les bienvenus à cette fête qui réjouira toute notre communauté.

Nos comptes ne sont pas encore équilibrés et, si vous souhaitez nous aider à le faire, envoyez votre soutien à l’aide des coordonnées bancaires ci-dessous.

Au plaisir de vous rencontrer dans notre église fraîchement rénovée.

Pour vos dons :
Banque Raiffeisen Entremont, 
IBAN : CH56 8080 8008 9688 3870 4
En faveur de : 
Rénovation de l’église de Bovernier, 
Rue de l’église, 
1932 Bovernier

Les exclus du regard

On ne les voit pas ou on ne veut pas les voir. Ils sont parmi nous, mais à l’écart. Des « semblables » dont l’identité n’est constituée que de leur différence. Ces (in)visibles étaient au cœur de deux soirées témoignages organisées dans le cadre du projet Salomon 2024. Celui-ci explore durant une année la thématique de Salomon et de son jugement, ainsi que les divers sujets éthiques, théologiques et spirituels qui s’y rapportent.

Dessin du flyer de la soirée témoignage réalisé par Oscar, un immigrant colombien qui a souhaité, par cette réalisation, « rendre la pareille » à ceux qui l’ont soutenu à son arrivée en Suisse.

Par Myriam Bettens 
Photo : Oscar

« Je dois rendre gloire à Dieu, car c’est grâce à Lui si je me trouve ce soir devant vous ». Vêtu d’un pull à capuche blanc, d’un jean et de tennis bleues, la voix mal assurée de Jean-Yves contraste avec sa stature. Et pour cause, avant de se trouver face à la petite assemblée venue écouter son témoignage au Temple de la Servette, le jeune homme a connu quinze ans d’invisibilité. « En 2008, j’ai rencontré le Diable », poursuit-il. Pour lui, le diable, c’est la drogue. Une spirale infernale commence alors pour Jean-Yves, entre internements psychiatriques et incarcération. Il est alors en prison et s’adresse à Dieu « en Lui demandant de redevenir visible ». Aujourd’hui, dit-il, « je peux m’asseoir à la même table que ceux qui m’ont enfermé, invisibilisé » et il tente d’en aider d’autres à retrouver le chemin de la visibilité.

« Cette soirée thématique s’inscrit autour du récit du roi Salomon et de sa justice », indique Alexandre Winter, pasteur réformé et modérateur de la rencontre. Interpelés par les organisateurs du projet Salomon 2024, l’Espace Pâquis, l’Aumônerie Œcuménique des prisons et l’Aumônerie Genevoise Œcuménique auprès des Requérants d’asile et des Réfugiés (AGORA) se sont unis pour réfléchir à la manière de témoigner de ce que peut signifier d’être aujourd’hui (in)visible, (in)audible et (in)juste. Ils ont donc choisi de donner la parole et de porter la voix de personnes prisonnières, requérantes d’asile ou sans statut officiel.

Entre intermèdes musicaux et témoignages, d’autres intervenants se relaient au micro. Une lectrice présente, par exemple, l’histoire du jugement de Salomon du point de vue de sa mère, Bethsabée. « Salomon a demandé à Dieu l’entendement et le discernement pour gouverner avec droiture son peuple. Il est garant de la paix auprès de ses sujets, même ceux qui semblent invisibles. » Luis Velasquez, quant à lui, côtoie une autre forme d’invisibilité à l’Espace Pâquis, dont les locaux se trouvent au Temple de la Servette. Chaque jour, l’association accueille environ deux cents personnes ayant toutes des demandes en lien avec la précarité ou l’immigration, que cela soit pour des leçons de français, une aide à la rédaction de courriers officiels ou des cours d’informatique. D’ailleurs, ce soir-là, il traduit les propos d’Oscar, immigrant colombien et artiste tatoueur qui a réalisé le dessin de l’affiche de l’événement. « Nous serons les bâtisseurs d’une histoire fantastique », conclut sobrement Oscar.

Le projet Salomon 2024 : question de justice

L’histoire de Salomon et le récit biblique de son jugement « interpelle les pouvoirs de tous les temps, la manière de l’exercer et les risques d’en abuser. Il interpelle aussi la justice, son rôle et sa possibilité de révéler la vérité. En ce sens, ce personnage d’un autre temps questionne notre rapport au pouvoir et à la justice, le rôle de l’autorité et toutes les questions en lien avec la quête de la vérité », indiquent les organisateurs du projet. 

Au cœur de la démarche, la pièce de théâtre CRI ! Le Jugement de Salomon sera présentée à l’automne 2024 et les thématiques qui lui sont liées seront abordées dans des ateliers variés jusqu’à la présentation de la pièce. Plus d’informations sur salomon2024.ch

« Cent jours d’indulgence »…

Par Thierry Schelling
Photos: DR

Extrait du Stabat Mater dans un manuscrit du XVe siècle, tercets 11-16.

… pour la récitation du Stabat Mater dolorosa, dixit Innocent XI. Cette hymne déployant les émotions incommensurables d’une mère, Marie, devant son fils agonisant a connu un parcours des plus mouvementés pour entrer dans le canon des prières officielles de Rome : en effet, les pontifes l’ont tantôt interdite, réhabilitée ou modifiée. 

Ses vingt strophes ont mis du temps à mûrir, ayant une origine dans une théologie du XIIIe siècle où un certain dolorisme était encensé religieusement pour consoler et encourager la vie rude des fidèles, peut-être.

… puis interdite…

Ecrit par un Pape ou un Franciscain (origines incertaines donc), ce chant religieux a fait office de tube, notamment dans les campagnes, jusqu’au XVIe siècle, avec même des traductions en allemand, en français et en… néerlandais ! C’est à Cologne qu’il devient l’hymne de la nouvelle fête de la Compassion de la Vierge Marie (1423) et qu’il y est ensuite interdit (1538). Interdiction reprise par… le Concile de Trente et son ouvrage liturgique par excellence, le Missel Romain selon Pie V !

… puis repermise…

Benoît XIII change le nom de la fête de la Compassion de la Vierge Marie en Fête de Notre-Dame des Douleurs, en latin Beata Maria Virgo Perdolens ou… Mater dolorosa, une fête portée par l’Ordre des Servites autorisé à répandre l’hymne comme « chant fédérateur », qui a été enrichie d’un paragraphe écrit par le même pape Benoît : « Quel est l’homme qui ne pleurerait s’il voyait la Mère du Christ dans un si grand supplice ? » 

… et finalement facultative !

Même si Innocent XI lui attribue cent jours d’indulgence (1681), repris par Pie IX (1876), le Concile Vatican II remet tout en perspective : elle devient facultative… C’était sans compter le monde de la musique qui s’en est emparé à toutes les périodes de son histoire : baroque (Scarlatti, Vivaldi) classique (Haydn), romantique (Rossini, Schubert, Verdi), contemporaine (Poulenc, Pärt, Hersant). Comme quoi, même une hymne peut rebondir !

Le souffle de l’Esprit de Pentecôte

Une assemblée enflammée par la vie du Christ ! (Veillée pascale 2024 à Martigny-Ville).

Texte et photo par Marion Perraudin

Tel le souffle d’une brise douce et légère,
Qui, au matin du printemps, caresse les sillons de la terre,
En attente de semences nouvelles, promesses de fruits en devenir
Le souffle créateur de l’Esprit de Vie, 
Dans la chambre haute de nos cénacles intérieurs,
Déverse sur nous les rayons de son amour,
Pour que grandissent et fleurissent la paix et la charité.

Tel le souffle de la brise légère,
Qui, au matin du printemps, caresse les sillons de la terre,
En attente de semences nouvelles, promesses de fruits en devenir
Le souffle de force de l’Esprit de Pentecôte,
Dans la chambre haute de nos cénacles intérieurs,
Nous réveille de nos torpeurs et de nos peurs, 
Pour faire de nous des témoins du Christ Vivant ayant un cœur brûlant.

Tel le souffle de la brise légère,
Qui, au matin du printemps, caresse les sillons de la terre,
En attente de semences nouvelles, promesses de fruits en devenir
Le souffle d’amour de l’Esprit promis par Jésus,
Dans la chambre haute de nos cénacles intérieurs,
Nous ouvre à des gestes et à des paroles de pardon.

Tel le souffle de la brise légère,
Qui, au matin du printemps, caresse les sillons de la terre,
En attente de semences nouvelles, promesses de fruits en devenir
Le souffle de joie de l’Esprit de Pentecôte,
Dans la chambre haute de nos cénacles intérieurs,
Réveille en nos vies un chant de louange et de merci à la gloire de notre Dieu.

Viens Esprit Saint souffler sur notre terre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Viens Esprit Saint nous donner la douceur et nous pourrons tendre la main au lieu de juger et de condamner.
Viens Esprit Saint nous donner la joie et nous pourrons distribuer la fête à ceux qui ont perdu l’espoir.
Viens Esprit Saint faire danser dans les cœurs des vivants le feu de l’amour de Dieu.

Innovant!

Par Thierry Schelling | Photos : Pascal Voide

La dernière des messes en familles, à Vandœuvres, conclue par une excellente soupe de Carême, appréciée par petits et grands. Un temps convivial et très bien organisé par Sabrina, Conchita, Anna et les « mains dans l’ombre ». Dans notre UP La Seymaz, nous aurons OSÉ une nouveauté cette année pastorale 2023-2024 : des Messes en familles en SEMAINE, pour rejoindre les petites communautés de Choulex, Vandœuvres, Puplinge et même Presinge. Au grand dam de certain.e.s qui nous ont partagé leur scepticisme. Comme quoi, s’il faut s’écouter pour s’entendre, on n’est pas obligé d’obéir au « on a toujours fait comme ça » : innover fait partie de la PASTORALE, on appelle cela la créativité responsable. Avec une dose de confiance en l’Esprit Saint qui ne nous fait jamais défaut !

Un grand merci à Sabrina et Andrea qui ont réussi à fidéliser les enfants présents à chanter à chaque célébration leur répertoire : des chants connus s’entonnent plus facilement ! Bravo pour ce chœur en marche qui anime nos liturgies en familles et merci aux parents d’avoir « jouer le jeu » de venir dans les horaires proposés.

Fresque du Jugement dernier, église Saint-Romain du château, Rarogne, Valais

Du côté des élus, tous regardent dans la même direction.

Par Amandine Beffa | Photo : Jean-Claude Gadmer

L’église Saint-Romain du château est un des joyaux du gothique tardif en Suisse. On peut notamment y admirer une fresque du Jugement dernier réalisée par Hans Rinischer.

Il semble qu’à l’origine, la fresque comprenait un Christ juge. Cependant, des considérations architecturales ont amené à modifier l’agencement et à supprimer une portion de l’œuvre. 

Des infiltrations d’eau ont entraîné plusieurs campagnes de restauration. Celle des années 1920 a cherché à retrouver autant que possible la représentation d’origine, rajoutant visages et couleurs. Ces pratiques ont disparu aujourd’hui. La restauration des années 1970 a fait le choix de retouches visibles de près, permettant ainsi de préserver la lisibilité.

Si le ciel est bleu à gauche comme à droite, sur la terre, les réalités sont différentes. D’un côté, le sol est vert, de l’autre ocre et dépouillé. On pourrait y voir une allusion au pays de lait et de miel promis par Dieu, opposé à la terre aride. Il y a aussi la symbolique de la vie et de la mort.

A notre gauche (à la droite du Christ, s’il était représenté) se trouvent les élus. A notre droite (à la gauche du Christ), se trouvent les damnés (Cf. Mt 25, 31-46).

Du côté des élus, c’est l’unité qui prédomine. Tous regardent dans la même direction. Parmi eux, un personnage dénote. Sa peau n’est pas de la même couleur, son corps est marqué par les années. Cela peut étonner alors que l’état de conservation du corps est parfois compris comme un reflet de la perfection spirituelle. Les ecclésiastiques chargés dans une charrette et ramenés de force chez les damnés nous permettent peut-être une interprétation. Ce ne sont pas forcément ceux que l’on attendait qui seront sauvés.

En contraste avec la paisibilité des élus, c’est le désordre et l’horreur qui sont de mise chez les damnés. Mais, ce qui différencie ceux qui sont sauvés de ceux qui ne le sont pas n’est pas l’état de leur corps. On pourrait y voir un signe que ce qui distingue élus et damnés n’est pas visible, que cela se joue dans le secret du cœur.

Deux nouvelles diplômées

L’équipe pastorale est heureuse de pouvoir compter sur de nouvelles forces. Elle remercie Barbara Bargiel et Laura Johner pour leur investissement et leur motivation à se former afin d’apporter un témoignage enrichi aux personnes qu’elles vont côtoyer.

Par Marianne Berset | Photos : Pierre Bondallaz, Véronique Benz

Après le parcours Galilée basé sur un enrichissement de la foi personnel, Barbara Bargiel, de Montet, a suivi une formation d’un jour par semaine sur une année et demie à Lausanne pour l’obtention d’un certificat de pratique pastorale. Cette formation basée sur la pratique pastorale lui a permis d’approfondir sa foi mais encore de développer des techniques d’animation, de mise en œuvre de missions en collaboration avec une équipe de catéchistes ou d’enfants. Son travail final s’est essentiellement porté sur le cheminement vers la vie eucharistique. Elle sera accueillie au sein de l’équipe pastorale et sera nommée répondante de la communauté de Lully. Elle recevra son certificat le 15 juin prochain.

Après une formation Siloé de deux ans et demi à Avenches à raison de trois soirées par mois, Laura Johner a poursuivi sa formation avec le parcours Emmaüs qui s’est vécu par un stage pratique et 6 mois de spécialisation en catéchèse. Laura Johner étant titulaire d’une thèse en théologie dans son pays d’origine, la formation s’est basée essentiellement sur la pédagogie et l’animation de groupe. Elle est engagée comme catéchiste professionnelle pour accompagner les enfants de la paroisse Saint-Laurent et prendra également la responsabilité de la catéchèse enfantine pour la nouvelle année pastorale.

Nos sincères félicitations à ces deux catéchistes et merci à leur famille qui ont accepté toutes ces absences pour qu’elles prennent le temps de se nourrir de la Parole et d’acquérir les bases de la pédagogique pour la transmission de la foi.

Laura Johner (à gauche sur la photo) recevant son diplôme des mains de Céline Ruffieux, représentante de l’évêque pour la partie francophone du canton de Fribourg.

La foi en tous ses états

« Le Christ est ressuscité ! / Il est vraiment ressuscité ! » C’est ainsi que les chrétiens (spécialement en Orient) se saluent en ce temps de Pâques. C’est aussi une profession de foi. Et c’est pour préserver cette même foi que des chrétiens endurent encore aujourd’hui la persécution et même le martyre. Nous pouvons ainsi nous demander : comment se porte la foi (chrétienne) en Suisse ? Pourquoi est-ce important de « croire » ? 

Par Jean-Michel Moix | Graphiques / Photos : OFS, DR

Des données statistiques pour la Suisse

Les récentes données de l’Office fédéral de la statistique (OFS) montrent clairement en l’espace de ces 50 dernières années un recul de la foi chrétienne et une avancée de l’agnosticisme/déisme/incroyance : avec des personnes se disant « sans confession
religieuse ».

Jugeons-en par les graphiques ci-dessous :

Mais qu’est-ce donc que la foi ? 

Donnons ici une première définition : la foi, c’est notre attachement (d’intelligence comme de cœur) à Jésus-Christ, à son enseignement, à son Eglise.

Et voici une deuxième définition avec ce qu’on appelle « l’acte de foi » : Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Eglise, parce que vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper.

Et puis, pour troisième définition, nous pourrions ajouter que la foi est une vertu théologale surnaturelle. Elle est une vertu dans le sens que plus on l’exerce plus elle se fortifie et grandit, et moins on l’exerce plus elle a tendance à diminuer ou à s’affaiblir. Elle est théologale car elle nous oriente vers Dieu, elle nous unit à Lui. Elle est surnaturelle parce qu’elle est un don de Dieu qui nous est donné avec la grâce surnaturelle que nous recevons au jour de notre baptême.

Que vous procure la foi ? 
Relevons dans l’ancien rite du baptême des enfants, le dialogue préliminaire entre le prêtre et les parents, parrain et marraine : 
Prêtre : … que demandez-vous à l’Eglise de Dieu ? | Réponse : La foi.
Prêtre : Que vous procure la foi ? | Réponse : La vie éternelle.

Quel est le signe qui synthétise notre foi ?
C’est le signe de croix que l’on trace sur nous en commençant par exemple une prière. Ce faisant nous professons trois grandes vérités fondamentales qui constituent comme le cœur de notre foi : 
1) Foi en la sainte Trinité : un seul et unique Dieu en trois personnes, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit.
2) Foi en l’Incarnation du Fils : de ces trois personnes divines, c’est le Fils (Jésus-Christ) qui s’est fait homme.
3) Foi en la Rédemption : en s’immolant pour nous sur l’autel de la croix, Jésus a réalisé le grand sacrifice que Dieu le Père a agréé pour nous racheter. Dit autrement, par sa passion et sa mort sur la croix, Jésus nous a mérité la grâce des grâces, le don du Salut.

Des galons et des notes

Texte et photo par Nicolas Maury

Quand il explique qu’à l’armée, il avait « beaucoup de nouilles sur l’épaule » et qu’il a fait carrière dans la police genevoise, nombre d’éléments deviennent clairs. Notamment la manière qu’il a, durant la discussion, de plier méticuleusement chaque bout de papier à sa portée. « Je suis un peu carré, sourit Hervé Devillaz. Par exemple, quand je célèbre un enterrement, tout est réglé en amont. J’arrive dans l’église, je salue le corps, je fais une prière et j’y vais. Si tout est bien planifié, rien ne coince. » 

Dans la paroisse de Bernex, le Valaisan d’origine porte de multiples casquettes : sacristain, officiant pour les funérailles, directeur de chorale et musicien. « Je suis arrivé ici en 1979. Au départ, j’allais surtout à l’église à Perly. L’abbé Kaelin, qui y officiait, connaissait mon père. De temps en temps, je venais aussi à Bernex. Comme je joue de la guitare depuis mes 13 ans, j’ai intégré la chorale « La-midoré » que je dirige aujourd’hui. Freddy – le papa de notre pianiste – était sacristain. Je lui donnais parfois un coup de main. Il m’a tout appris. J’ai repris la fonction à son décès, dans les années 90. »

Au sein de l’UP Champagne, Hervé Devillaz a côtoyé bon nombre du curés. « J’ai toujours été proche d’eux. » Et de citer Pierre Farine, devenu évêque en 1996, et Charles Christophi. « Quand j’ai pris ma retraite, il m’a proposé de suivre la formation pour célébrer des enterrements. Ayant souvent été confronté à des levées de corps, je n’ai aucun souci pour discuter avec les gens dans des situations difficiles, tout en faisant preuve d’empathie. »

Le sacerdoce du bénévolat

Mais c’est quand il parle de musique que les yeux du Genevois d’adoption s’illuminent. « En 1992, lors d’un concert à Monthey, j’ai découvert la flûte de pan. J’ai trouvé le son tellement beau que je m’en suis acheté une avec ma solde de capitaine. J’ai eu de la chance d’apprendre cet instrument avec Zamfir et Syrinx. A l’église, je programme l’accompagnement sur ma playlist et je joue. »

Comme il le définit lui-même, son sacerdoce, c’est le bénévolat. « Je suis un laïque à disposition. Le hic, c’est que personne n’est éternel. Alors je cherche à motiver les gens autour de moi pour reprendre le flambeau. Ce n’est pas forcément facile, mais je continue d’essayer ! La clef, c’est de tout faire à travers une approche chrétienne. »

Hervé Devillaz, né en Valais en 1954. Arrivé à Bernex en 1979. Sacristain depuis 30 ans.

Retrouvez l’ensemble des textes et des vidéos de la rubrique sur le site : https://presse.saint-augustin.ch/ecclesioscope/

Bonne fête à toutes les mamans!

Le 12 mai prochain, ce sera la traditionnelle « fête des mamans ». A cette occasion, et pour leur rendre hommage à toutes, nous publions dans cette page et dans la suivante, trois témoignages personnels. Merci aux trois personnes pour leurs contributions.

« Une fête de l’amour que j’apprécie»

Liliana en compagnie de sa maman et de ses frères.

Par Liliana Pochon | Photo : Michaël Pochon

C’est bientôt le temps de la fête des mamans. Voici mon témoignage de ce que représente dans notre famille cette belle fête. Chaque année, au joli mois de mai, un dimanche qui nous met dans la joie et réchauffe les cœurs, cela nous réunit et c’est une belle occasion de dire : merci ! 

Lorsque nous sommes scolarisés jusqu’à la fin de la primaire, rien de plus facile, on se laisse guider ! Merci aux professeurs ! Entre dessins, peintures, bricolages, poèmes, tout est prêt. Mais lorsque nous passons au secondaire, la mission cadeau se corse ! Soit la mission tombe à l’eau (flemme, pas d’argent, pas d’idée, pas le temps) soit au contraire, on continue les traditions qui nous tiennent à cœur. Pour ma part, je tiens à lui dire merci ce jour-là. Cela fait du bien de rendre heureux ceux qui vous sont chers. Après tout, nous n’en n’avons qu’une, autant en prendre soin. 

Pour la petite anecdote, mon papa m’a raconté que lorsqu’il était petit, le 1er mai, jour férié pour les écoliers fribourgeois, ils allaient chanter dans les maisons du quartier, les gens leur donnaient un p’tit sous et avec l’argent récolté, ils allaient acheter un p’tit cadeau pour la fête des mamans. Alors effectivement, ils étaient bien organisés ! Mais étant en 2e année de CO, je n’ai plus cette possibilité, alors je m’organise autrement ! 

Pour la beauté de cette fête, je vous partage un poème que j’avais pris d’un poète, sans le savoir, que ma maman elle-même avait partagé à sa maman (belle coïncidence qui l’avait beaucoup émue). 

Le voici : 

Il y a plus de fleurs
Pour ma mère, en mon cœur, 
Que dans tous les vergers ; 

Plus de merles rieurs 
Pour ma mère, en mon cœur, 
Que dans le monde entier ; 

Et bien plus de baisers 
Pour ma mère, en mon cœur, 
Qu’on en pourrait donner. 

Maurice Carême

Amour, amitié, confidence, bienveillance, autant de valeurs qui se transmettent et se partagent avec sa maman, ainsi je vous souhaite à vous, les mamans, une bonne fête des mamans entourées de l’amour de vos enfants.

« Une fête vraiment nécessaire »

Par Anne Kamoo

Pourquoi est-il important de fêter la fête des mères ?  Selon moi, c’est tellement évident.

Toutes ces femmes qui donnent la vie, qui éduquent leurs enfants, qui les soignent, qui les aiment, partageant leurs joies et leurs peines…

Quelle chance ai-je d’avoir une telle maman ? De simples mots ne suffisent pas pour la remercier de tout ce qu’elle  m’apporte. Elle est un pilier dans ma vie, un soutien émotionnel et elle me guide dans mon quotidien. C’est pourquoi célébrer l’amour d’une mère au moins une fois dans l’année est vraiment nécessaire.

C’est chaque jour la fête des mamans !

Elodie en compagnie de ses enfants.

Par Elodie Mota

Qu’est-ce que la fête des mères ? 

Nos mamans sont une partie intégrante de nos vies, elles se consacrent nuit et jour à leurs enfants, à soigner les petits bobos, à faire des câlins, à les remplir d’amour, à sécher leurs larmes. 

Une fois dans l’année, elles sont mises à l’honneur, afin de les remercier, de leur montrer qu’elles sont importantes dans nos vies. La fête des mères tourne autour de ces femmes merveilleuses et si attentionnées. Une mère est prête à tous les sacrifices pour que ses enfants soient heureux. Elle consacre sa vie afin que ses enfants deviennent des hommes et des femmes respectables. Alors pourquoi n’avoir qu’un jour dans l’année pour lui dire merci ? 

Nos mères donnent absolument tout pour nous, leurs enfants. N’attendons pas un jour spécial pour les mettre sur un piédestal, faisons-le chaque jour. 

A toutes ces femmes guerrières, aimantes, soignantes, combatives, une joyeuse fête des mères ! 

C’est très important de fêter les mamans!

Par Matylda (8 ans)

La fête des mamans, c’est quelque chose où on donne des cadeaux à sa maman et on profite d’être avec sa maman. C’est très important de passer du temps avec elle. Elle doit aussi être contente de ce que l’on fait. Pour moi, ma maman est une personne que je peux croire.

Tout simplement offrir de l’amour

Par Gabriela (10 ans)

La fête des mamans, pour moi, c’est comme l’anniversaire de notre maman. Des fois, on peut lui offrir des cadeaux ou des fois on peut la remercier pour ce qu’elle fait. On peut aussi passer du temps avec elle. On peut l’aider dans ses tâches ménagères. Mais tout ce que l’on fait, ça revient à la même chose : on veut tout simplement lui offrir de l’amour !

Vie monastique et silence

Vivant en communauté, les sœurs bernardines du monastère de Collombey cherchent Dieu dans la prière, la simplicité, le silence, le travail et l’accueil des personnes qui viennent à elles. En ce début du mois de février, nous partons à la rencontre de Sœur Elisabeth qui nous parle de cette vie de prière et de silence.

Propos recueillis par Yasmina Pot
Photo : Abbé Valentin Roduit

En grimpant l’escalier jusqu’au monastère, on entend de moins en moins de bruit. On est à la fois loin de la plaine et tout proche d’elle. Les dernières marches longent l’hôtellerie et son jardinet. Puis c’est l’arrivée à la porte d’entrée. Sœur Elisabeth nous accueille au parloir en souriant.

Sœur Elisabeth, on le comprend en arrivant ici, la beauté du monastère et de la nature qui l’entoure est propice à une vie de prière. 
Oui, c’est un environnement calme qui nous permet d’être attentives au Seigneur dans la prière et le silence. 

Parlez-nous de l’importance du silence dans votre vie monastique.
Le silence est observé pendant presque toute la journée. Heureusement, sinon dans les grandes communautés, il y en aurait du bruit ! Pour notre vie de prière, le silence sert à rester avec le Seigneur, à se rapprocher de Lui. On est à l’église sept fois dans la journée, pour les différents offices. Si on avait beaucoup parlé pendant le jour, à la messe on « mijoterait » ce qu’on a entendu au lieu d’écouter la Parole et prier. On peut aussi rappeler que le silence permet de ne pas pécher par la parole. 
Pendant nos heures de travail, on parle peu parce qu’on est séparées. Bien sûr, si on a quelque chose à demander on peut le faire. Avec le silence on parle à Dieu plutôt qu’aux gens. J’aime tout particulièrement l’oraison du soir, ce temps de recueillement silencieux à la fin de la journée, c’est un moment spécial. On parle à Dieu, on peut Lui confier ses joies et ses peines, et en sortant on se dit : « Tiens ! ça va mieux. » 

Quels sont les souvenirs de vos premières années au monastère ?
Lorsque je suis entrée au monastère en 1951, à l’âge de 17 ½ ans, nous étions 21 sœurs. Aujourd’hui nous ne sommes plus que trois. Il y avait deux moments de récréation d’une demi-heure par jour : après le dîner et après le souper. Là on pouvait parler. Vu notre nombre, le respect du silence était beaucoup plus strict que maintenant. Si on nous entendait beaucoup parler, on nous reprenait. Le grand silence se faisait à partir de l’office des complies, à la tombée du jour. 

Rappelez-nous ce qu’est le grand silence.
Le grand silence commence à partir de 20h, à peu près. Nous nous levons à 4h30 du matin pour l’office de 5h. Jusqu’à la fin de la messe du matin, à 9h, on n’entend plus parler. Les prêtres vivant ici font eux aussi silence. Et si on a quelque chose à dire, on le fait à voix basse.

Notre entretien avec sœur Elisabeth touche à sa fin. Mère Gilberte, prieure du monastère, se joint à nous. Elle nous parle aussi du grand silence : « Pour moi ce sont les plus belles heures. Cette prière de la nuit, ces moments où la nature est en silence. Et maintenant avec l’hiver c’est encore beaucoup plus frappant. Cela apporte la paix, l’harmonie ; l’harmonie avec soi-même en premier et avec les autres. Le grand silence c’est un peu comme un puits dont on tire nos ressources pour la journée. Ces heures du matin on ne les retrouve plus après, ce n’est plus le même silence. »

Agriculture chrétienne

Par Pierre Guillemin | Photo : Flickr

L’agriculture moderne s’est profondément industrialisée, elle n’est plus une activité de subsistance, mais une activité de production, de rentabilité, d’exploitation des sols et des ressources végétales, animales et humaines. 

Pourtant, l’agriculture nous rappelle sans cesse notre lien à Dieu : en créant l’Univers, il nous donne la responsabilité de l’entretenir et de l’aimer. La dernière exhortation apostolique du Pape François Laudate Deum, qui complète son encyclique Laudato Si’ publiée en juin 2015, insiste sur le rôle de l’Homme dans le changement climatique actuel et ses conséquences sur les mondes végétaux et animaux et donc sur notre mode de production agricole.

Quelle façon de produire ?

Il ne s’agit pas de condamner la production agricole en tant que telle, mais de nous interroger sur notre façon de produire ce dont nous avons besoin d’abord pour subsister, ce qui n’exclut pas de bénéficier de produits d’excellente qualité gustative et nourrissants (n’est-ce pas la fonction première de l’agriculture ?).

Lieu de coexistence

L’Europe, et la Suisse n’y échappe pas, est actuellement traversée par de nombreux mouvements de protestations d’agriculteurs qui dénoncent les incertitudes croissantes, la précarité, l’isolement et le désespoir de personnes écrasées par les dettes ; qui dénoncent également la perte de sens d’un métier pourtant indispensable à la société, dont l’un des marqueurs est le nombre croissant de suicides.

Des initiatives chrétiennes se mettent en place pour répondre à ce grand défi auquel fait face l’agriculture. Parmi elles, citons « L’aumônerie pour le monde du travail et agricole » à Lausanne, qui, en étroite collaboration avec l’Eglise évangélique réformée vaudoise, apporte soutien, aide et conseils à tous les acteurs du monde du travail et agricole. 

Le fil directeur pour protéger la Nature et donc l’agriculture est, comme le rappelle le pape François, le respect de « la maison commune » c’est-à-dire de la Terre non pas comme simple théâtre de l’existence humaine, mais comme lieu de coexistence et de cohabitation porté par Dieu.

Une semaine de jeûne ouverte à tous

Le groupe lors de sa première réunion début mars.

Un groupe de la paroisse a vécu une nouvelle fois l’expérience d’une semaine de jeûne en Carême. Sa coordinatrice, Nathalie Kamoo, nous livre ci-contre le sens de cette démarche.

Cette démarche de jeûne est ouverte à tous. Le soutien du groupe, la progressivité de la descente (6 jours de lente diminution de prise de nourriture), le soutien spirituel pendant la semaine de jeûne proprement dite, ainsi que la réintroduction progressive des aliments (durant 6 jours également), tout cela permet à la grande majorité des personnes de suivre le jeûne même si elles sont en activité professionnelle.

Par Nathalie Kamoo
Photo : Georges Losey

Lors des réunions de la semaine de jeûne  – cette année du 6 mars au 13 mars – nous partageons d’abord sur les intentions que nous donnons pour ce jeûne.

Elles peuvent être multiples : comme la gratitude, une demande particulière à Dieu, une amélioration physique, etc. Dans un deuxième temps, nous échangeons sur notre ressenti, les points positifs mais aussi sur les désagréments. Nous terminons par un temps spirituel animé pour nous ouvrir à Dieu et aux autres. Pendant les réunions nous constatons souvent que « sans le groupe, ce serait beaucoup plus difficile ! ». 

Le jeûne associe donc la dimension corporelle, la dimension spirituelle et la dimension solidaire. On peut y trouver un chemin d’intériorité, un élargissement de son horizon, une nouvelle relation avec les autres et avec la Création.

Trois dimensions

Dimension du corps : Le jeûne est une invitation à renoncer volontairement à toute nourriture solide, à passer d’une alimentation extérieure à une alimentation intérieure, à lâcher du lest, à prendre du temps pour soi. Il conduit à une révision parfois salutaire de ses habitudes de vie. Le jeûne permet un retour sur soi-même, une transformation de ses besoins physiques, intellectuels, de ses peurs et ses espérances. Il apporte un profond sentiment de bien-être général qui encourage à renouveler l’expérience.

Dimension spirituelle : La dimension spirituelle qui se révèle durant le jeûne ouvre un passage à un état de conscience supérieure auquel aspirent toutes les grandes religions. Le jeûne donne un accès privilégié au silence intérieur qui peut croître. Un sentiment d’harmonie, menant à la paix est éprouvé tout comme une rencontre avec une « joie divine ». De par son action libératrice, purificatrice, le jeûne est un moyen d’intensifier le cheminement spirituel et de se nourrir de la Parole. 

Dimension sociale : Cette dimension fait référence à la capacité accrue de la personne qui jeûne à s’ouvrir aux besoins de son prochain. La dynamique du groupe est un des facteurs clés du succès de la démarche. Très vite, les membres du groupe vivent des relations fraternelles, spontanées et authentiques. La bienveillance et le soutien mutuel se développent. Le jeûne permet à notre corps de vivre le manque et la faim qu’éprouvent des millions de personnes à travers le monde. Nos semaines de jeûne proposent aussi de poser un acte de solidarité envers ces personnes en soutenant des projets proposés par l’EPER et Action de Carême, pour une vie digne pour toutes et tous.

Si cela vous intéresse de suivre une semaine de jeûne, le site de l’EPER et d’Action de Carême (https://materiel.voir-et-agir.ch/groupes-de-jeune) vous donnera les indications utiles : vous pourrez y trouver un groupe en fonction de votre localité ou en fonction de la période à laquelle chaque groupe choisit de vivre ce temps.

Témoignages sur le Silence

En ce numéro d’avril de L’Essentiel, il y est beaucoup question du « silence », le silence dans la vie monastique avec Sœur Elisabeth (p. 10), le silence dans la liturgie de la messe (p. 15), sans oublier l’éclairage romand sur le silence (pp.16-17).
Ici, nous avons voulu donner place à des témoignages personnels sur le silence, sur ses bienfaits, sur sa valeur dans nos vies…

Propos recueillis par l’équipe de rédaction de L’Essentiel | Photo : unsplash.com

C’est quoi le silence ?
Où vis-tu le silence ?

« C’est comme une prière. A la catéchèse, Béatrice nous a dit que Dieu était dans le silence. (Cf. Elie au mont Horeb ndlr) A la messe des fois, il y a du silence. Des fois, car souvent on dit des choses. Mais quand le prêtre dit « prions encore » après il y a du silence. » 
Un enfant, 7 ans

« Quand on fait un travail, la maîtresse demande de faire silence. C’est le contraire du vacarme. Je crois que c’est pour s’entraîner pour l’école des grands. Moi, je sais bien faire silence. Ce n’est pas souvent qu’on a du silence dans la classe. »
Un écolier, 6 ans

« Je trouve le silence à la montagne. Ça demande des efforts ! Mais on n’obtient rien qui vaille la peine sans effort. »
Isabelle

Le silence offre souvent une respiration bienvenue, un repos attendu. Pour ne pas nous isoler dans une solitude pesante, le silence a besoin de répondre à une vie relationnelle riche. Il devient garant de la qualité de celle-ci. Il nous donne le goût du calme, de la douceur. Il nous met à l’écoute. A l’opposé du silence du tombeau, il a besoin de la branche qui balance dans le vent, de ce banc à l’orée d’un bois, de cette Parole relue en toute intimité. Le silence s’invite dans nos vies. Hospices, couvents, etc. : des lieux fraternels pour un premier pas vers une mise en harmonie de nos vies.
Yves

« Il y a bientôt 40 ans, j’ai vécu une première retraite de six jours dans un Foyer de Charité en France. En dehors des entretiens spirituels donnés par le prédicateur et en dehors des messes et célébrations, ces retraites se déroulent dans le silence. Pas d’échanges durant les repas, pas non plus entre retraitants (ou le strict minimum), pas non plus de lectures de journaux ou autres. Au fil des jours, notre esprit gagne en intériorité, notre prière devient plus fervente, notre faim de la Parole de Dieu devient plus vive, notre recherche de la Présence de Dieu devient plus intense. Au terme de la retraite, nous nous retrouvons intérieurement changés, transformés, bonifiés. Nous regagnons notre domicile avec le sentiment qu’on l’avait quitté non pas une semaine plus tôt, mais trois semaines plus tôt. Ces fruits, ces bienfaits de la retraite, ne sont-ils pas liés, en partie du moins, à l’effort du silence vécu au cours de ces 6 jours ? ! » 
Un prêtre, 57 ans

Les soupes du partage

Une bonne douzaine de soupes de Carême ont eu lieu durant le mois de mars. Les dernières seront servies le Vendredi saint (à Cheyres, Cugy, Montet, Nuvilly, Rueyres-les-Prés et Seiry). Voici quelques reflets illustrés des deux soupes de Carême qui ont eu lieu au début du Carême à Vuissens et Font. (cjy)

Photos : André Bise (Font) et Gérard Dévaud (Vuissens)

A Vuissens…

… et à Font

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