L’Eglise face aux abus sexuels du clergé

Intro par Jean-Michel Moix

Les cas d’abus sexuels, commis par des membres du clergé, ont fait récemment la « une » de nos journaux, notamment du Nouvelliste, depuis la publication d’une étude de l’université de Zurich, le 12 septembre dernier, étude commandée et financée par l’Eglise catholique suisse. Suite à cette étude, l’émission de la RTS « Mise au point » du 19 novembre a braqué ses projecteurs sur l’abbaye de Saint-Maurice. Le magazine « l’Illustré » du 29 novembre a renchéri et a livré également sa propre enquête. Chaque divulgation charrie comme un torrent de boue qui blesse la foi des fidèles et salit l’Eglise du Christ, « notre Mère » ! Plus que jamais l’Eglise, dans son institution, est confrontée à un devoir de vérité, de justice, de réparation, de réforme intérieure. 

C’est pourquoi nous vous proposons ce texte de l’abbé Paul Martone, porte-parole de notre évêque pour la partie germanophone de notre diocèse de Sion.

L’Eglise, ma Mère

Par l’abbé Paul Martone | Photo : kath.ch

Nous tous, sommes bouleversés par les récits d’abus et d’agressions commis par des agents pastoraux qui ont ainsi trahi tout ce qui était sacré pour eux. Ils ont ainsi blessé physiquement et moralement de nombreuses personnes, et parfois même les ont détruites. Nous devons faire tout ce qui est humainement possible pour rendre justice aux victimes et prévenir les abus sexuels à l’avenir. 

Ces graves scandales ont pour conséquence de jeter une ombre de suspicion sur tous les prêtres, voire sur l’Eglise en tant que telle. N’oublions cependant pas que l’Eglise n’est pas simplement une vieille institution, mais qu’en elle agit le Christ vivant et ressuscité. Notre espoir et notre joie sont là où le Christ vit. 

C’est ce lien que nous devons remettre au centre. La solution ne se trouve pas dans une modification des structures, la suppression de l’obligation du célibat et l’introduction du sacerdoce féminin. Chacun et chacune d’entre nous, pas seulement les ecclésiastiques, mais tous les chrétiens et chrétiennes doivent entreprendre un véritable chemin de purification et de conversion, vers le Christ crucifié. Cette question est au cœur de l’Evangile. Si l’Eglise perdait de son prestige et de son influence, nous ne devrions pas le regretter, car nous correspondrions peut-être mieux ainsi au plan de Dieu pour elle. 

Mais malgré tout, l’Eglise reste notre mère. Karl Rahner la décrit avec justesse : « L’Eglise est une vieille femme avec beaucoup de rides et de ridules. Mais elle est ma mère. Et on ne frappe pas une mère. » 

Chacun de nous est invité à aimer, à ressentir et à penser avec cette Mère-Eglise : « Non seulement l’Eglise du passé, ni l’Eglise qui n’existe pas encore, mais l’Eglise concrète et présente, dont les rides et les taches doivent être effacées, même par notre humble aide. » (Jean-Paul II pendant sa visite à Sion en 1984)

La première étape pourrait être : sans vouloir minimiser ce qui s’est passé, retrouver le courage de parler de ce que cette mère nous a fait de bien, et de dire pourquoi nous l’aimons malgré tout.

Un nouveau logo pour le diocèse de Sion

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet
de son choix. Pierre-Yves Maillard, vicaire général du diocèse de Sion, est l’auteur de cette carte blanche. 

Par Pierre-Yves Maillard, vicaire général du diocèse de Sion | Photo : cath.ch

A partir de janvier 2024, le diocèse de Sion introduit une nouvelle identité visuelle : un nouveau logo et une nouvelle charte graphique.

Le logo reprend les éléments de la vision pastorale diocésaine : « Ensemble en chemin pour annoncer l’amour de Dieu… C’est cela la joie de l’Evangile. »

Valère et Tourbillon représentent l’ancrage territorial. 
La croix invite à lever les yeux. Elle est en mouvement vers l’extérieur et donne un nouvel élan à ce symbole.
Le cercle ouvert manifeste l’unité du diocèse et son ouverture aux autres. Il est signe de communion.

Le bleu évoque visuellement la sérénité, la confiance, couleur de l’eau, du ciel et de la Vierge Marie.
Le jaune manifeste la joie qu’il y a à connaître le Christ, soleil, vie et lumière. 

Le logo est un élément d’identité important pour un diocèse. Il sera progressivement introduit dans les communications, les supports écrits et visuels du diocèse. 
Le logo est accompagné d’un ensemble de déclinaisons, notamment pour les services diocésains qui sont invités à l’employer progressivement. Il permet ainsi de mieux rendre compte des propositions diocésaines, tout en les rassemblant et en les fédérant.
Les paroisses qui n’ont pas de logo pourront également utiliser le logo diocésain. Les organisateurs d’évènements d’Eglise, pèlerinages, conférences ou autres manifestations reconnus par le diocèse sont invités, s’ils le souhaitent, à employer le logo diocésain. Cette utilisation illustrera un lien mutuel entre l’évènement et le diocèse. D’une part, l’évènement pourra se réclamer du soutien moral du diocèse. D’autre part, le diocèse exercera un droit de regard sur l’évènement et son contenu, afin d’en vérifier la cohérence avec les orientations pastorales diocésaines. Toute utilisation de l’identité graphique diocésaine, et en particulier du logo, devra donc au préalable être validée par le Service diocésain de la communication ou l’autorité diocésaine.

Le successeur des apôtres à la rencontre de nos communautés

Rencontre avec la communauté de Port-Valais.

Par Stéphanie Reumont
Photos : Stéphanie Reumont, Christophe Allet

Du 4 au 10 décembre, nous avons eu la grande joie d’accueillir notre évêque Jean-Marie Lovey et son vicaire général Pierre-Yves Maillard sur nos paroisses du Haut-Lac ! Ils ont pris le temps de rencontrer nos différentes communautés en participant à la fenêtre de l’Avent à Vionnaz et en célébrant la messe dans chacune de nos paroisses. 

Le jeudi, avant de célébrer l’eucharistie, notre évêque a mangé avec des employés et des résidents de Riond-Vert ; il a pu entrevoir l’ouverture humaine et professionnelle de ces nombreuses personnes qui rendent la vie de nos aînés plus agréable et plus significative. Et de 14h30 à 16h, il a tenu à saluer chacun-e des résident-e-s
ce qui a donné lieu à des rencontres touchantes.

En soirée, nos deux voyageurs ont également rencontré et partagé un repas avec nos conseils de communauté et nos conseils de gestion ; l’occasion d’échanger et d’écouter les rêves et les espoirs de ceux qui se sont engagés dans nos paroisses. 

Le samedi, un après-midi intergénérationnel de secteur a été proposé avec une possibilité pour petits et grands de poser toutes les questions qu’ils ont toujours voulu poser à notre évêque. 

De beaux échanges, simples et fraternels, qui ont enrichi des plus jeunes aux moins jeunes ; l’occasion pour chacun de mieux connaitre le pasteur qui conduit notre diocèse, un homme à l’écoute, simple, avec une belle ouverture d’esprit. 

Cette rencontre a été suivie par une messe KT-familles de secteur à l’église de Vionnaz durant laquelle notre Evêque a confié officiellement le service de l’autel à nos 13 servants de messe présents. 

Nous remercions Mgr Lovey et Pierre-Yves Maillard pour ces quelques jours dans nos paroisses, ces riches échanges et ces beaux partages. 

Jeux, jeunes et humour – janvier 2024

Par Marie-Claude Follonier

Question jeune

Pourquoi au début la messe, le prêtre dit : « Le Seigneur soit avec vous » ? *
Après le baiser de l’autel, symbole du Christ point de jonction entre Dieu et les hommes, et le signe de croix, le prêtre prononce cette formule au début ainsi qu’à trois reprises au cœur de la célébration. Il s’agit d’une très ancienne bénédiction rappelant que Dieu vient demeurer en nous.
La réponse de l’assemblée « Et avec votre Esprit » rappelle en quelque sorte le rôle du prêtre : « Que l’Esprit qui t’a été donné le jour de ton ordination soit avec toi et agisse en toi pour que tu accomplisses bien ton ministère ! »

Par Pascal Ortelli

* Nous vous proposons cette année de décrypter la messe, en lien avec le livre de Pascal Desthieux : Au cœur de la messe. Tout savoir sur la célébration, illustrations Hélène VDB, Editions Saint-Augustin.

Humour

Un touriste arrive à Paris et s’adresse à un passant : 
Sprechen Sie deutsch ? 
– Non, répond le Parisien.
Do you speak English ?
– Non, non.
Voce fala portugues ?
– Non.
Hablas espagnol ?
– Non, non, désolé Monsieur, je ne parle que le français.

Le touriste s’éloigne. Notre Parisien se tourne vers son ami et lui dit : « Tu vois, il sait quatre langues, mais ça ne lui sert à rien ! »

Par Calixte Dubosson

Une soirée ciné en famille à Vionnaz

Le 17 novembre dernier, une « Soirée cinéma en famille » a été organisée par le Cocom (Conseil de Communauté) de Vionnaz dans sa salle de paroisse. Le choix du film s’est porté sur « Le monde de Narnia », partie une, dont l’histoire écrite par C.S. Lewis et portée à l’écran en 2005 est riche en symbolique chrétienne.

Texte et photos par Yasmina Pot

En entrant dans la maison de paroisse ce soir-là, on était immédiatement saisi par un doux parfum de popcorns chauds flottant dans l’air ; puis on découvrait, dans la salle dédiée à la projection, une variété de sièges allant de la chaise de camping au fauteuil en cuir, en passant par de gros coussins jetés çà et là sur des tapis colorés où les plus paresseux pouvaient s’étendre à leur guise pour savourer leur film.

Pour le Cocom de Vionnaz, deux buts à cette soirée : rassembler la communauté des familles de paroissiens et partager ensemble – parents, enfants et organisateurs – des moments de détente. Puis découvrir des thèmes chrétiens dans un film d’aventure fantastique pour enfants.

Salle presque comble

Les familles sont arrivées en nombre, à la satisfaction des organisateurs. Aucune inscription n’avait été demandée mais le Cocom a tablé sur une information pendant les messes, de la pub sur Facebook et par le biais de flyers. 

Avant la projection, une certaine effervescence accompagna la dégustation des pizzas sorties du four de la cuisine attenante. Puis, muni de cornets de popcorns à profusion, chacun gagna le siège de son choix. Deux membres du Cocom exposèrent alors brièvement les thèmes chrétiens du film et proposèrent un quiz à l’issue de la séance ; puis la salle fut plongée dans l’obscurité.

Les participants étant nombreux, des soirées telles que cette première devraient être reconduites. Avis aux amateurs. Mais chut ! le film commence. Comme au cinéma et même encore mieux. 

« Narnia », une histoire d’enfants dans un monde magique, où l’on découvre de nombreux thèmes chrétiens.
Le bar à sirop, pizza, popcorns et autres gourmandises.
Les spectateurs au complet, prêts à savourer leur film.

Missionnaire du continent numérique

Pour le missionnaire du web, le meilleur communicant reste le Christ.

Le continent sur lequel évolue ce missionnaire hors norme est… numérique. Cofondateur de l’association Lights in the Dark, Jean-Baptiste Maillard veut évangéliser internet. Pour cela, il prend la communication religieuse sur le web à bras de corps. Une conversion…à triple sens.

Par Myriam Bettens
Photos : Jean-Claude Gadmer

Qu’est-ce que l’évangélisation du « continent numérique » implique concrètement ?
Cela implique d’aller à la rencontre des personnes qui vont sur Internet en mettant en contact des e-missionnaires et les internautes. Ce n’est pas seulement être présent sur le web, mais à l’écoute des aspirations, questions et préoccupations de ceux qui sont loin de l’Eglise, de la foi et même de Dieu. D’ailleurs, les papes ont toujours parlé de l’importance d’utiliser les nouvelles technologies pour annoncer que nous sommes aimés de Dieu.

Elle est également source d’une triple conversion…
En effet, il y a les conversions à proprement parler, mais aussi celles des e-missionnaires que nous sommes. Sans un cœur brûlant d’amour pour Dieu, pas d’évangélisation. Impossible de transmettre l’essence de ce que nous n’avons pas nous-mêmes expérimenté. Nous avons mis en place une plateforme pour les personnes dépendantes à la pornographie. Ce n’est pas un sujet dont nous avons spontanément envie de parler. Nous devons donc nous « convertir » à plus de compassion et d’écoute pour ces personnes. L’évangélisation se trouve aussi sur ces terrains-là. Outre cela, il y a aussi une conversion à la culture du numérique à mener. Les mots ont une importance et le « jargon catho » est à oublier !

Pourquoi avoir choisi spécifiquement ce terrain de mission ?
J’ai commencé à évangéliser sur Internet avec l’avènement du numérique, en 1994. Je me suis vite rendu compte que les gens étaient intéressés par Dieu. Ils avaient plein de questions. Internet pour atteindre les gens fonctionnait ! Pourtant, j’étais loin d’imaginer qu’un jour, je monterai avec d’autres amis, une mission à part entière pour investir ce continent numérique et envoyer des e-missionnaires.

Aujourd’hui nous avons des « communicants » dans tous les domaines. Savons-nous pour autant mieux communiquer ?
Non ! Le meilleur communicant que nous n’ayons jamais eu, c’était le Christ. Tant que nous ne sommes pas à l’école de Jésus, on ne communique pas encore assez bien. Comme on le voit avec la Samaritaine, à qui Il commence par demander à boire, Il est toujours dans la posture de Celui à qui on peut apporter quelque chose et non le contraire. Jésus était à l’écoute des questions et préoccupations des gens. On doit s’en inspirer non pas pour devenir des pros de la communication, mais pour rejoindre l’autre dans ce qu’il est et vit.

On pense souvent que l’évangélisation via le numérique est plutôt l’apanage des évangéliques, à tort ?
C’est vrai qu’ils avaient, et ont peut-être encore, une grande longueur d’avance sur nous. Ils ont toujours eu comme principe de garder la rencontre au cœur d’internet et on ne parle pas de rencontre virtuelle. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’évangélisation sur Internet, en 2011, je m’étais rendu dans les bureaux de TopChrétien, en région parisienne [un précurseur dans l’évangélisation sur internet, ndlr.]. Ils m’avaient expliqué qu’ils travaillaient avec 400 églises partenaires, cela afin de rediriger les personnes rencontrées virtuellement vers des chrétiens de communautés locales. L’Eglise dit depuis plus de vingt ans que la rencontre doit être au cœur de tout processus d’évangélisation, mais c’est aux chrétiens de mettre cela en œuvre. De ce côté, les évangéliques nous interpellent et cela doit nous encourager à aller de l’avant !

Vous avez le code du Li-Fi ?

Le Li-Fi (ou Light Fidelity) est une technologie de communication sans fil reposant sur l’utilisation de la lumière visible pour coder et transmettre des données. 

L’association Lights in the Dark repose sur la lumière de l’Evangile pour décoder et transmettre un message de Vie. Fondée en 2015, elle trouve son nom dans la prophétie d’Isaïe (9, 3) : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » Ses e-missionnaires sont une présence qui « écoute, dialogue, encourage » (cf. pape François) à travers un chat mutualisé à des plateformes thématiques. Quant à son cofondateur, Jean-Baptiste Maillard, il est marié, père de trois enfants et également coauteur du livre Evangéliser sur Internet, mode d’emploi (EDB 2019).

Domaine «Les Barges»: ils sont candidats réfugiés à Vouvry

Rencontre avec Pauline Praplan, responsable du Foyer pour candidats réfugiés de Vouvry, au domaine des Barges. Entre ses nombreux rendez-vous, elle m’accorde une heure de son précieux temps, merci !

Par Nicolette Micheli | Photos : Gervaise Imhof

« Il y a du job ! » me dit-elle dans un large sourire et c’est avec dynamisme qu’elle répond à mes questions de manière nette et précise. Le Foyer est situé sur un vaste domaine  acheté par l’Etat du Valais en 1999. L’entreprise Sygenta en loue une partie pour conduire des essais sur les arbres et les plantes. Dès août 2011, l’Office Valaisan de l’Asile utilise ce site comme Centre de Formation pour les réfugiés. Marie-Pascale Chambovey se souvient de cette époque où elle a enseigné le français à une trentaine de résidents qui suivaient diverses formations.

Puis la guerre en Ukraine éclate. Il faut augmenter en urgence le nombre de places disponibles. Grâce à des conteneurs-habitations, ce Foyer accueille 200 personnes qui viennent en majorité d’Ukraine, de Turquie, d’Afghanistan et d’Afrique de l’Ouest. Familles, célibataires, jeunes et aînés se côtoient sans grand problème. La mixité de cette population contribue favorablement au « bien vivre-ensemble » du groupe, malgré leurs différences de culture.

Toutes ces personnes sont occupées. De nombreux projets sont mis en place pour répondre à leurs besoins, favoriser leur autonomie et leur intégration. Outre les cours de français, on les rend attentifs au respect de l’égalité entre hommes et femmes, on les renseigne sur les structures et le fonctionnement de la vie en Suisse. Des projets ciblés soutiennent les familles monoparentales et les mineurs non accompagnés. Pauline  précise : « Nous avons ici 40 enfants répartis en 4 classes. Ils apprennent à vivre ensemble, à être disciplinés, à communiquer en français et se préparent à l’intégration. En Valais, déjà 700 élèves sont intégrés en classes de scolarité obligatoire. Nous avons aussi 50 jeunes entre 18 et 30 ans qui partent à l’extérieur dans des structures qui leur sont destinées. Ils s’y  préparent à entrer dans la vie professionnelle. » 

Les adultes restent sur le site et, avec les personnes qui les encadrent, assurent le bon fonctionnement du Foyer. Certains sont en cuisine pour assurer chaque jour les repas de 200 personnes, d’autres entretiennent l’extérieur, participent aux nettoyages, travaillent à la buanderie, à l’intendance ou redonnent vie à des meubles ou des objets récupérés. Beaucoup cultivent l’immense potager et le verger qui leur fournissent légumes et fruits frais.

Quelques bénévoles  aident les aînés ayant des difficultés à aborder une nouvelle langue et à s’insérer dans le monde du travail. Les apprentissages visent plutôt les codes sociaux. Pauline va à l’essentiel : « Quand on sait dire : s’il te plait, merci, bonjour… et avec le sourire, c’est le début d’un échange. L’on profite aussi des fêtes pour proposer des animations afin d’apporter une nouvelle dynamique au Foyer. » Avec son équipe, Pauline Praplan a préparé une belle fête de Noël pour la joie des petits et des grands ! Nous souhaitons à chacun que l’année nouvelle s’ouvre sous le signe de l’espoir.

Témoignage d’une bénévole

Elfrieda Walter.

Propos recueillis par Nicolette Micheli | Photo : Gervaise Imhof

Et voici le témoignage d’une bénévole qui œuvre au domaine des Barges. Enseignante à la retraite, Elfrieda Walter apporte son aide aux réfugiés. 

Le domaine des Barges a toujours fait partie de ma vie. J’y suis née, j’y ai passé une partie de mon enfance et toute mon adolescence. Je l’ai quitté en 1975 pour y revenir en 1986 et, depuis, j’y passe des jours paisibles et heureux.

En 2011, lorsque l’Etat par l’Action sociale nous a convoqués pour nous expliquer que la partie du domaine où nous logions aller devenir un foyer de 2e accueil pour requérants d’asile, on nous a donné le choix : partir ou rester. Je suis restée et je ne l’ai jamais regretté.

J’ai ainsi eu la chance de côtoyer de nombreux/ses requérants/es érythréens, sri lankais, afghans, kurdes, syriens, africains, ukrainiens, etc.

C’était l’occasion pour eux de parler un peu français et de participer une fois par mois à une soirée jeux. Que de fous rires partagés autour de nos parties de UNO ou de Rummikub !

Par ma profession d’enseignante, j’ai aussi pu donner bénévolement quelques cours d’appui, puis des cours de français. Ce fut l’occasion de découvrir d’autres écritures : tigrigna, arabe, cyrillique, etc. ; d’autres religions : l’orthodoxie, l’islam et leurs pratiques. On n’imagine pas quel investissement ils font pour apprendre une nouvelle langue si différente de la leur.

Ce fut aussi l’occasion de partager un petit bout de chemin avec eux et de leur offrir un sourire, une écoute et beaucoup d’empathie. Ils en ont énormément besoin. 

Après 12 ans de cohabitation, je peux dire que j’ai fait de très belles rencontres aussi bien avec le personnel encadrant qu’avec les requérants eux-mêmes. J’y ai noué des liens d’amitiés indéfectibles. C’est toujours une joie quand au détour du chemin, je suis hélée par un homme, une femme qui me dit merci et qui me raconte leur vie.

«Mon aîné voulait devenir pape»

A travers cette nouvelle rubrique, partons à la rencontre des femmes et des hommes laïques engagés dans les diverses paroisses de Suisse romande. Fabienne Bingler, secrétaire/comptable de la paroisse francophone du Sacré-Cœur de Bâle, ouvre le chemin.

Par Nicolas Maury | Photo : DR

Quand on lui demande quelle est sa fonction, Fabienne Bingler répond du tac au tac : « Je ne fais pas seulement le secrétariat et la compta, mais m’occupe de plein de choses : l’ouverture de l’église, le rangement de la sacristie. Même la Putzfrau ! » Pour preuve, à l’heure de l’interview, elle bataille avec un chauffage récalcitrant…

L’emploi de la langue de Goethe ne doit rien au hasard. Son employeur est la Paroisse française du Sacré-Cœur de Bâle, qui compte près de 400 fidèles et trouve son origine dans l’exode de population de 1871 : « Souvent, des jeunes venus à Bâle pour échapper à l’enrôlement dans l’armée prussienne. Il y avait aussi des cheminots alsaciens, ainsi que des Jurassiens et des Valaisans voulant un enseignement religieux dans leur langue. »

Parfaitement bilingue, Fabienne se rappelle très bien la manière dont elle a été embauchée. « C’était deux ans après la naissance de mon premier garçon. Je cherchais un job et j’ai postulé. Etre catholique était un prérequis. Mais ce qui a fait la différence c’est ma souplesse professionnelle. » 

Avouant volontiers être croyante, son métier est, pour elle, un reflet de sa foi en Dieu. « J’ai essayé de la transmettre à mes enfants. Ma mère et moi leur apprenions à prier. Comme je travaillais pour la paroisse, nous allions peut-être un peu plus souvent à la messe que les autres. A l’époque, mon aîné voulait devenir pape. A l’école, quand il dessinait, il mettait des croix partout. Quand la maitresse lui a demandé pourquoi, il a expliqué que c’est parce que je travaillais dans une église. »

La Française d’origine ne dément pas avoir un caractère bien trempé. « Il faut parfois avoir de la patience avec les paroissiens qui pensent que, vu que nous travaillons pour l’Eglise, nous devons être là en permanence. Mon mari n’est pas ravi quand, le dimanche matin, nous sommes dérangés par un téléphone impromptu. Mais j’essaye d’être de bonne humeur et de montrer mes bons côtés. Même mon curé en est souvent étonné (rire) ! »

Fabienne Bingler, 55 ans, secrétaire et aide-comptable depuis mars 2006 à la paroisse française du Sacré-Cœur de Bâle. Maman de deux garçons de 19 et 13 ans.

Retrouvez l’ensemble des textes et des vidéos de la rubrique sur le site : https://presse.saint-augustin.ch/ecclesioscope/

Un magasin où l’on ne vend rien

Je rencontre Jean-Manuel au Café du Parvis. Il passe et regarde, étonné par ces tables et ces chaises en couleurs aménagées sous les marronniers devant la Maison de la Visitation. Je le hèle en lui disant qu’il y serait le bienvenu car on n’y vend rien et que chacun est le bienvenu. 

Propos recueillis par Pascal Tornay | Photos : valaissurprenant.ch, DR

Ce jour-là, je ne savais pas que mes paroles allaient rejoindre le rêve de Jean-Manuel D’Andrès. Patron d’une serrurerie de la place, il a consacré une partie de sa maison, quelques fonds, sa passion et sa retraite à l’ouverture d’un magasin, rue d’Octodure, où, justement, on ne vend rien… Allons visiter.

Jean-Manuel, comment l’idée d’une entreprise aussi insolite que (d)étonnante a germé ?
A la suite de la vente des terrains et locaux où se trouvait notre entreprise familiale, ma première idée était d’occuper ma retraite en vendant des outils pour la sculpture sur bois. Pour ce faire, je disposais de ce local à la rue d’Octodure qui m’appartient par héritage. En discutant avec ma femme, elle m’a fait prendre conscience que tenir un magasin de vente serait assez contraignant et que ce ne serait pas vraiment la retraite ! « Et si j’ouvrais un magasin où l’on ne vend rien ? Je n’aurais aucune contrainte », me suis-je dit. Ouverture selon mes disponibilités, pas de complication comptable : le rêve, quoi ! J’ai donc acheté des sculptures, des tableaux, des photos – mes coups de cœur – que je présente aux visiteurs sans aucune intention de vente. Je tiens à préciser que, sans l’argent obtenu par la vente des terrains de l’entreprise, ce rêve n’aurait jamais pu se réaliser.

Le lucre n’est visiblement pas votre obsession…
Avoir de l’argent sur un compte en banque, c’est rassurant, mais en posséder plus que nécessaire vous procure plus de soucis que de bonheur !

Vous ne vendez rien, c’est entendu. Mais pour quelles bonnes affaires devrait-on venir chez vous alors ?
Après huit mois d’ouverture et beaucoup de rencontres, la majorité des visiteurs me dit apprécier ma démarche. Surtout parce que je leur apporte une preuve tangible que, dans notre monde où l’argent est roi, des initiatives non mercantiles existent et sont source de joie !

Ça les rassure sur l’espèce humaine ! Je précise que je n’ai pas le monopole de l’offre non rémunérée, mais que, contrairement au labeur de beaucoup de bénévoles ou de personnes aidantes, mon Magasin où l’on ne vend rien bénéficie d’une grande visibilité.

Qu’aimez-vous donner à vivre comme expériences à vos visiteurs et visiteuses ?
Grâce à ce local original, à mon enthousiasme et mon plaisir à présenter des œuvres originales, j’essaie de faire passer un bon moment à mes hôtes et de susciter un dialogue. J’espère qu’à notre époque où, dans toutes les villes on retrouve plus ou moins les mêmes enseignes, ma contribution insolite, participe à l’attractivité de notre cité et particulièrement de ce vieux quartier du coin de la ville où a résidé une grande partie de ma famille…

Comment voyez-vous évoluer le « Magasin où l’on ne vend rien » ces 10 prochaines années ?
D’abord, je me suhaite de garder le plus longtemps possible une bonne santé ! Quant à l’évolution du Magasin, je n’aime pas les choses trop planifiées. Je préfère laisser faire le hasard qui souvent fait bien les choses. Je suis convaincu que grâce à mes nombreuses et enrichissantes rencontres, de nouvelles surprises vont se profiler.

Contact :

Le Magasin où l’on ne vend rien, 
c/o Jean-Manuel D’Andrès

Rue d’Octodure 5 
1920 Martigny 
Tél. : 076 725 76 33
E-mail : manupont57@gmail.com

Ouverture : lorsque je suis sur place ou sur rendez-vous.

Des dessinateurs amateurs ou professionnels…

Je cherche des dessinateurs : amateurs ou professionnels. En effet, je mets régulièrement en évidence dans mes vitrines des phrases commençant par « J’aurais pu vous vendre » avec une suite plus ou moins humoristique… Je cherche des personnes trouvant du plaisir à illustrer ces phrases au format A4. Ces illustrations seraient affichées contre une paroi de mon Magasin. 

Une liste des premières phrases peut vous être fournie sur demande ou mieux encore, venez directement les lire sur mes vitrines…

A la rue d’Octodure 5, on ne vend rien !
Un lieu aussi insolite que les objets qu’il abrite…

Histoire véritable d’un petit sapin de Noël

Découvrons une composition de Thérèse Planchamp, originaire de Vouvry, en religion sœur Sainte-Marguerite, des Franciscaines de Sainte Marie des Anges, née en 1902. Elle vécut dans un couvent à Agadir, au Maroc.

Texte abrégé, proposé par Yasmina Pot avec l’aimable autorisation de la famille de sœur Sainte-marguerite
Photos : Unsplash.com

Il y avait une fois, il n’y a pas bien longtemps, dans une jolie forêt, entre deux villages assez éloignés1, un petit sapin, bien planté et qui commençait à s’épanouir harmonieusement entre ses parents, petits frères et petites sœurs, oncles et tantes. Il avait peut-être une dizaine de printemps. Tout petit déjà, pas plus haut qu’une pomme de pin, il se mesurait avec les perce-neige, les violettes, les primevères et anémones, qui se disputaient une place dans la mousse pour être au frais et un peu au soleil.

En été, qu’il faisait bon sous l’ombrage des grands sapins ! Le torrent qui passait tout près, tantôt grondant, tantôt chantant, lui envoyait un peu de rosée à la fin des chaudes journées. L’automne, les bolets, agarics, mousserons, et d’autres petits champignons, mignons dans leurs costumes vert de gris, répandaient dans tout leur voisinage un léger parfum d’anis. Mais l’hiver arrivait trop vite pour le petit sapin qui, même blotti à l’abri, au pied de sa mère, avait de la neige jusqu’au cou – quelques heures de bourrasques encore et il était complètement enseveli. 

Le départ

Sa jeunesse se passa ainsi et chaque année avait agrandi sa taille de quelques centimètres. Mais il ne savait pas, l’automne venu, qu’il ne verrait plus refleurir les perce-neige en se réveillant après son long sommeil hivernal. Voilà qu’un matin d’une journée brumeuse de décembre, il aperçut à travers le brouillard un homme avec son petit garçon ; ils avaient l’air de chercher quelque chose. Il se frotta les yeux pour mieux y voir car ça ne pouvait pas être des promeneurs, ni des chasseurs. 

Tout à coup le petit garçon cria en l’apercevant : « Papa, papa, regarde ici, en voilà un joli, pas trop grand, bien régulier ! » Et le papa jugea lui aussi qu’il ferait un gentil arbre de Noël qui, en apportant dans ses branches le parfum de la forêt, procurerait un immense plaisir à sa sœur, perdue là-bas, au fond du Maroc. Alors, s’armant de son couteau, il trancha le pied du pauvre petit sapin. L’homme mit le sapin sous sa veste et revint à la maison comme en cachette, par les raccourcis (car il est défendu de couper les petits sapins). 

Le petit sapin, tout transi, fut heureux de se trouver dans la tiédeur du logis. Tout de suite on lui fit au pied un bon pansement humide, avec de la mousse, du papier mouillé, un bout de nappe en plastique pour que l’eau reste plus longtemps – cela lui fit grand bien et le soulagea de sa blessure. Il fut ficelé et enveloppé lui aussi dans du papier fort, comme un saucisson. 

Le voyage

Il prit le chemin du bureau de poste. Il se demandait où on pouvait bien l’emmener ! Pendant qu’on l’emballait, il avait entendu un nom étrange, en même temps qu’on griffonnait sur son dos. Mais pour lui c’était le mystère, c’était la nuit. On le jeta parmi des paquets, le sac du courrier, dans le fourgon de l’autobus ; il commençait à s’endormir, bercé au fond de l’auto, quand on l’attrapa pour le lancer dans un wagon de chemin de fer. Un jour il passa à un guichet avec tous ses compagnons de captivité et fut embarqué sur un grand bateau. Il fit la traversée de la Méditerranée sans être malade et pourtant c’était son premier voyage. Le troisième jour le bateau s’arrêta, des hommes parlaient un langage rude qu’il n’avait jamais entendu. Il n’y voyait plus depuis un mois, il ne savait plus ce qu’il devenait ! Une dernière course en auto et il arriva enfin à destination après 34 jours de voyage.

La Crèche

Vite on le déballa avec l’angoisse de le trouver mort, mais, ô surprise, son pansement humide lui avait permis de vivre tout son long voyage sans mourir de soif. On lui servit une grande boîte d’eau, pas bien bonne pour une réception, mais il en but à longs traits, il étira ses membres, bien plus engourdis qu’au printemps.

Il fut salué avec joie dans le petit couvent car toute la communauté le croyait mort. Il revit, près de lui, la mousse, les petites fougères, le lierre, aussi frais que le jour où ils avaient disparu à ses yeux. Le petit sapin, bien rafraîchi, était tout heureux de revoir le soleil, mais déjà chaud comme en été, pourtant il n’avait pas encore vu ni perce-neige ni primevères et il y avait d’autres fleurs, d’autres arbres et des espèces de sapins minces et longs comme des peupliers. Alors il se rappela qu’on avait parlé du Maroc et que c’était dans ce lointain pays qu’il était en ce moment. 

Après s’être rempli de nouveau les poumons d’air frais de la nuit, on le porta à la chapelle du couvent où la Crèche l’attendait depuis Noël et c’était le 11 janvier. On lui mit, sur sa tête, la belle étoile des Rois Mages. Tout heureux et tout fier, il étendit ses branches au-dessus de la grotte où se trouvait le Petit Jésus sur les genoux de sa Maman. A côté, Bethléem, semblable à un douar marocain, veillait au pied de la montagne. Sur le chemin, dans la nuit, seuls un dromadaire avec son cavalier, sortant silencieusement des remparts, allaient à leur tour adorer l’Enfant-Dieu.

Que c’était étrange tout cela. Et les prières et les chants, il assistait tout recueilli, tel un ange, à la messe tous les matins et le soir. Tout ému, il écoutait les cantiques de la Bénédiction, c’était nouveau ; c’était aussi beau que le chant des sapins dans le vent et les mélodies des oiseaux de la forêt.

Qu’il était content d’avoir les honneurs de la Crèche ! Mais le pauvre petit sapin sans en avoir l’air, malgré que son pied était dans l’eau jusqu’à la cheville, le petit exilé se mourait lentement de soif à son tour. On s’en aperçut le matin qu’il fallut enlever la Crèche. Toutes les aiguilles du gentil petit sapin s’éparpillèrent autour de lui, avec un bruit léger… mais triste.

Le joli petit sapin de Noël, venu de sa lointaine forêt, avait rendu, doucement, son innocente petite âme, heureux d’avoir pendant quelques jours, abrité le Petit Jésus et sa jeune Maman dans un petit couvent d’Agadir (janvier 1957).

1 La forêt de l’Avançon, les deux villages sont Vouvry et Vionnaz.

Estavayer: la chapelle de l’HIB transformée en crèche géante

Depuis le 26 novembre et jusqu’au 14 janvier, une église entière est transformée en crèche ! La chapelle de l’hôpital d’Estavayer a en effet été réquisitionnée pour y accueillir la « Crèche des 5 sens », la plus imposante de Suisse romande sans doute, œuvre de deux amis, Créa Calame et Maurice Bianchi. Rencontre à J-25 alors  que le lieu n’est encore qu’un vaste chantier.

Par Claude Jenny
Photos : Georges Losey

« Nous sommes à l’œuvre depuis le 9 septembre mais tout va bien, aucun problème et tout sera prêt pour l’ouverture » rassure la Grandsonnaise qui, avec son compère chaux-de-fonnier consacrent chaque année un millier d’heures pour mener à bien ce chantier exceptionnel. Ils n’en sont en effet pas à leur coup d’essai puisque « La Crèche des 5 sens » a déjà tourné dans plusieurs villes romandes. L’année dernière, elle était à Vallorbe. Cette année, c’est l’Office du tourisme d’Estavayer qui a pris l’initiative d’intégrer cette œuvre dans le traditionnel parcours des crèches staviacois, dont elle sera à coup sûr une attraction.

Lorsque vous pénétrez dans l’église, le choc est garanti puisque vous êtes transportés dans un village sicilien du 17e siècle qui, sur quelque 150 m2 accueille environ 1200 personnages – créations de deux artistes siciliens – qui représentent toute la vie d’une communauté villageoise où, le 24 décembre, le Messie viendra au monde. Et c’est dans ce village que Joseph et Marie cherchent un endroit pour se reposer dans l’attente de l’heureux événement. Au fil des jours, on peut les suivre à travers le village pour arriver finalement dans le « quartier de la nativité ». Et les rois Mages se mettront en marche… Toutes les activités d’un village y sont reconstituées avec une minutie – et une beauté ! – qui font de cette crèche une œuvre d’art.

« Oui, il faut regarder le volet artistique de cette crèche » dit Créa Calame. Mais pas seulement ! Il faut la reporter dans la vie d’aujourd’hui. Il faut voir dans ce parcours de la Bible un message d’espérance, une volonté de l’Orient de venir vers l’Occident » explique Créa Calame, intarissable sur chaque détail de la crèche. 

Quelque 100’000 visiteurs l’ont visitée dans la localité de Morteau, proche de la frontière suisse. Ne manquez pas de vous rendre à la chapelle de l’HIB ! Tous les jours de 10h à 20h. Des bénévoles sont encore recherchés pour assurer les permanences. Plus d’informations auprès de l’Office du tourisme d’Estavayer.

Paul Taramarcaz, l’aventurier du ciel

Paul Taramarcaz (1934-2023) est connu comme champion du monde de voltige aérienne, à bord de son avion biplan rouge, le Pitts Spécial N8069. Durant des décennies, il a survolé la vallée du Rhône, dessinant des vrilles acrobatiques, sa signature inimitable. Figure incontournable de Verbier, avec son « Tara Club », Paul est devenu aussi un aventurier de la foi, alignant sa trajectoire de vol sur celle du Seigneur de la vie, devenu son Pilote. 

Paul Taramarcaz à Verbier, le 12 février 2023.

Par Olivier Taramarcaz
Photos : Olivier Taramarcaz, DR

« Les vrais voyageurs sont ceux qui, au moment de partir, disent toujours : allons ! » (Charles Baudelaire) Paul a été l’un de ces vrais aventuriers. Il suffisait de s’asseoir un instant à ses côtés, pour se retrouver sur une rampe de lancement, sur la piste de décollage. Paul nous emportait, de son cockpit, posté à l’entrée de Verbier comme un nid d’aigle. De sa main d’artiste, il savait piloter les mots, les colorer de la palette de son nuancier.
Paul ouvrait des fenêtres. Il introduisait de l’inattendu là où tout était codifié. Paul a habité le présent, mis du dimanche dans le lundi. 

Chez un aventurier, c’est l’aventure qui fait le héros, non le héros qui fait l’aventure. Paul a été un aventurier attaché à vivre. D’abord vivre. Il a porté ses rêves d’enfant, caressant la vie comme un visage aimé. Un jour, alors que nous échangions sur une terrasse de café à Verbier, il stoppa net son propos : « Je m’arrête, nous avons une visite », pointant du regard un jeune rouge-queue noir, posé sur la balustrade, juste avant son envol. Joignant ma main à la sienne, il me confia : « Je n’ai pas de lunette d’approche, mais je sens que le temps est proche. J’arrive à la conclusion. » J’ai mesuré l’attachement de Paul aux battements du cœur. Ensemble, nous avons cueilli l’infime, le peu, le très peu qui change la vie : la bienveillance. Dans cette liberté de l’échange, comme unique port d’attache, nous avons goûté au désir de vivre chaque instant comme le premier et comme l’ultime. Alors que nous évoquions la finitude, il affinait sa pensée, comme un artiste rehausse son aquarelle : « Le fini, c’est ce qui n’est plus, l’infini,
ce qui est. »

Paul a battu des ailes sous le ciel, comme le petit prince des airs, tel un papillon, cherchant le point ultime de la liberté, l’être délivré du poids des choses, détaché de la loi de la gravitation. Pourtant, ces dernières années, il a cherché le centre de gravité de sa vie. Il a changé de cap. Réconcilié avec Dieu, pacifié avec son passé, Paul pouvait aborder des thèmes difficiles, faire le bilan de sa vie : « J’ai tout remis entre les mains du Seigneur. J’ai reçu son pardon et sa paix. J’ai pardonné aussi définitivement à ceux qui m’ont blessé, et je les aime sans attente. » Impossible de passer, même seulement quelques minutes, avec Paul, sans être déporté au cœur des vraies questions. Paul aimait le cœur à cœur avec le Père, l’intimité avec le Ressuscité, se laissant interpeller par la Parole vivante. Paul était un veilleur. Il a habité son attente, tel un guetteur qui se tient à sa tour de contrôle, espérant la venue du jour. Il s’est mis à l’affût du réel, de la vie qui ne passe pas. Sans se laisser aller ni à l’ennui, ni à la résignation, ni à la plainte, devant le poids du monde, Paul a saisi le temps qui lui a été donné, pour aligner sa trajectoire de vol sur celle du Seigneur : « J’atteins ma limite. Les battements de mon cœur vont s’arrêter bientôt, pour laisser toute la place aux battements du cœur de Dieu en moi. » 

Paul savait qu’il ne pouvait attraper la lumière, mais il avait expérimenté qu’il pouvait l’accueillir, la porter, la refléter. La ponctualité de vérité a trouvé Paul dans l’attente qui le portait à ce rendez-vous. Aujourd’hui, après son attente patiente, il a rejoint le tarmac promis. Paul Taramarcaz, l’aventurier du ciel, a répondu à l’invitation au voyage, emportant son carnet de vol, entonnant d’un ton résolu, une ultime fois comme une première : « Allons ! »

L’Annonce de la venue du Sauveur

Texte et dessins proposés par Jean-Michel Moix

La naissance de Jésus passa en son temps inaperçue pour beaucoup de ses contemporains. Des privilégiés eurent cependant le bonheur d’en recevoir l’annonce. Intéressons-nous à ce que nous en disent les évangiles : on peut y découvrir diverses annonces, à Marie, à Joseph, aux bergers, aux rois mages. Un dessin à colorier illustre chacune de ces annonces.

1. L’ANNONCE A MARIE

« Je te salue Marie, comblée de grâces, le Seigneur est avec toi… Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. » (Luc 1, 28.31)

2. L’ANNONCE A JOSEPH

« … l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi, Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint : elle mettra au monde un fils auquel tu donneras le nom de Jésus. » (Matthieu 1, 20-21)

3. L’ANNONCE AUX BERGERS

« … l’ange leur dit : ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle… aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. … vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » (Luc 2, 10-12)

4. L’ANNONCE AUX ROIS MAGES

« Où est le roi de juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. … et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. … En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. » (Matthieu 2, 2-11)

Que dire de Noël?

Par Thierry Schelling
Photo : DR

Sa rengaine du « C’était mieux avant ! » m’exaspère ; son côté infantilisant me fatigue ; son anticipation dans les magasins dès la fin octobre me lasse ; ses dépenses onéreuses en bouffe exotique et cadeaux surfaits ne m’étonnent plus ; son éternelle rivalité entre le Père Noël et ses rennes, et le Petit Jésus et ses rois, me fait plutôt sourire…

Et que dire de Noël dans ce contexte mitigé qui caractérise 2023 : guerres, climat déréglé, paupérisation des classes déjà très moyennes, assurances-maladies qui augmentent, et se loger correctement qui continue à être un parcours du combattant pour trop de monde (sans parler de se nourrir, ou de trouver l’âme (et le corps) sœur…

Bon, c’est vrai, cette année, j’ai béni des couples qui s’aiment, baptisé des enfants qui semblaient adorer l’eau, confirmé des jeunes qui emplissent nos églises (eh oui, n’en déplaise à certaine tête chenue !), accompagné des blessés de la vie, embrassé moult personnes, ri des millions de fois (ok, j’ai le rire un peu facile), compris et été compris, entendu et été entendu, ai découvert encore des nouvelles choses dans l’Evangile, terminé deux enquêtes de Sherlock Holmes dans des jeux-vidéos…

Noël, après tout ça ? Bof. Moi, c’est Pâques qui illumine ma vie ! C’est le Ressuscité qui vit en moi, qui m’aime et me conseille ! C’est le Christ adulte qui continue à me faire grandir qui me parle.

Certes, il a bien dû naître, pour vivre, mourir et ressusciter. Et j’ai encore de beaux souvenirs lorsque je donnais le biberon à mes nièces et neveu. Mais ils sont grands, désormais. Oui, ces enfants-là qui sont un peu les miens m’ont fait grandir… 

Cet Enfant de la crèche qui a grandi veut nous voir devenir adultes : dans la foi, avec notre libre pensée ; en Eglise, avec notre créativité au service des autres ; dans ce monde, comme phares de Sa lumière.

Que dire de Noël, si ce n’est que ce sera tellement mieux… après !

Comment faire un «buzz»?

Par Myriam Bettens
Photo : Jean-Claude Gadmer

Une « star » qui s’ignore, un storytelling percutant, de la créativité pour s’imposer sur un marché saturé, de bons réseaux sociaux et des modérateurs encore plus efficaces. Il n’en fallait pas plus pour mettre le christianisme sur les rails.

La recherche théologique est unanime, l’intention de Jésus n’était pas de fonder une nouvelle religion, mais de réformer le judaïsme. Le christianisme comme mouvement autonome n’advient qu’au milieu du IIe siècle « grâce » à l’échec de cette réforme. L’élan de l’influenceur nazaréen aurait pu s’arrêter là s’il n’y avait eu sa communauté de followers et l’étincelle de génie d’un de ses principaux community manager, l’apôtre Paul. Celui-ci se sert des ressorts de la culture gréco-romaine fortement imprégnée d’universalité pour reformuler la pensée de Jésus. Le christianisme aurait pu rester une secte du judaïsme, mais les premiers détracteurs s’y intéressent autour de 110-120. L’inverse de l’effet souhaité se produit. Les mises en garde font le buzz et le christianisme devient alors un trend. Or, la nécessité de pénétrer un marché religieux saturé demeure. Armés du hashtag #EssencedelaRévélation, les premiers chrétiens enchaînent les likes et se hissent au firmament de l’Empire.

Dieu dans mon prochain

Ce sont les chrétiens du Burkina Faso qui ont choisi le thème de la prochaine Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2024 qui a traditionnellement lieu du 18 au 25 janvier. Il est tiré de l’Evangile de Luc : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi-même. » (10, 27)

Par Pascal Tornay | Photos : Marion Perraudin, DR

Les chrétiens sont appelés à agir comme le Christ en aimant à l’exemple du Bon Samaritain, en montrant de la compassion pour celles et ceux qui croisent leur route quelle que soit leur identité religieuse, ethnique ou sociale. C’est vite dit ! Et encore faudrait-il, selon le dicton, commencer par soi-même pour que cet amour puisse ensuite déborder sur celles et ceux avec qui nous vivons, nous travaillons… Ce qui n’est souvent pas une sinécure ! 

Cette attention à laisser passer l’amour du Christ en soi-même d’abord, pour qu’elle devienne une source jaillissante est essentielle. Elle n’a pas d’autre but que de le faire déborder ensuite et nous inciter à nous faire devenir des proches aimants. Ainsi ce n’est pas le sentiment d’identité commune qui est à l’origine de l’amour, mais l’amour même du Christ pour chacun-e, lui qui s’identifie à toi et à moi. 

Toutefois, « l’amour de terrain » que Jésus nous présente dans sa parabole est battu en brèche dans le monde d’aujourd’hui. Guerres dans beaucoup de régions, déséquilibres dans les relations internationales et inégalités causées par les ajustements structurels imposés par les puissances occidentales ou par d’autres agents extérieurs inhibent notre capacité d’aimer comme le Christ. C’est en apprenant à nous aimer les uns les autres par-delà nos différences, dans nos fragilités mêmes, à commencer dans nos lieux communautaires, à Martigny, à Charrat, à Bovernier, à la Combe, que les chrétiens peuvent devenir des « prochains », comme le Samaritain de l’Evangile…

Une retraite intergénérationnelle pour le Haut-Lac

Aperçu des participants/retraitants en la chapelle de l’hospice.

Du 3 au 5 novembre 2023 a eu lieu la traditionnelle retraite de notre secteur (du Haut-Lac) à l’hospice du Simplon !

Par Virginie Maret | Photos : Guillaume Maret, Christophe Allet

Une semaine avant, on hésitait à prendre bottes de neige ou bottes de pluie mais la magie du lieu a opéré et un sublime paysage hivernal nous a accueillis dès vendredi soir ! Klaus Sarbach, un des chanoines de la maison nous a également accueillis avec beaucoup de joie et de jolies histoires pleines d’humour, de sagesse et de bienveillance !

Le thème de la retraite était « la prière » sous toutes ses coutures ! L’idée étant de faire découvrir ou redécouvrir quelques manières différentes de prier.

Le week-end a été rythmé par plusieurs activités tantôt pour les jeunes, tantôt pour les ados et pour les adultes mais aussi par des temps d’échanges privilégiés entre les familles. Une aération dans la neige pour tous était également au programme ainsi que des moments de détente, de jeux et de prière personnelle. 

Voici quelques témoignages de participants de tous âges et de tous horizons :

« Ta Parole est une lampe devant mes pas, elle éclaire mon sentier… Pour moi, c’est comme une prière qui touche mon cœur. » Rosalba, Vouvry

« La joie de vivre en communauté et en communion » Sabrina, Vionnaz. 

« La bienveillance et la gentillesse des personnes présentes ainsi que la rencontre de personnes exceptionnelles mais aussi de la découverte intense de la prière à la manière de Taizé m’ont beaucoup touchée. » Fanny, Vouvry

« C’est agréable de se laisser porter par le beau programme préparé par l’équipe d’animation et de pouvoir échanger avec les participants. J’apprécie l’hospitalité et les paroles des chanoines. » Sébastien, Miex.

« Ma prière préférée : Le Notre Père, la prière que je récite depuis toute petite. Les mots me parlent et je me sens concernée. » Nélia, Vionnaz.

« Les chants et la charte m’ont permis de passer un beau weekend et j’ai beaucoup apprécié la neige ! » Julie, Bouveret

« Agréable redécouverte de la prière à travers les chants, mais aussi lors des moments d’échange qui se sont avérés très émotionnels. » Alexandra, Vouvry

« Ma prière préférée : la vie n’est qu’un instant, une heure passagère. La vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit. Tu sais, Ô mon Dieu, pour T’aimer sur la terre, je n’ai… qu’aujourd’hui […]. » Lyne, Vionnaz

Merci à toutes et à tous pour vos beaux témoignages, et rendez-vous l’année prochaine du 8 au 10 novembre 2024 !

L’Avent, un temps aimant-é

Par Alain Viret 
Photo : Romeo Beatrice

Une image m’est venue pour vous parler du temps de l’Avent, celle d’un sablier. Récemment à la retraite, je redécouvre le luxe d’avoir plus de temps. Dans la vie active, nous vivons sous le diktat du chronos, terme grec qui désigne le temps qui se mesure, celui après lequel on court et qui nous épuise. 

Au contraire, le sablier nous invite à la patience et à contempler le temps qui s’écoule et se concentre en un point resserré pour remplir un autre espace. N’est-ce pas ce que nous sommes appelés à vivre dans les semaines qui précèdent Noël ? 

Alors qu’une frénésie de consommation et de fêtes de toutes sortes sature nos emplois du temps, l’Eglise nous invite à commencer une nouvelle année liturgique comme des veilleurs. Ceux-ci savent voir les signes avant-coureurs d’un kairos, autre terme grec pour dire le moment favorable, celui d’une venue espérée et désirée. 

En effet, pour le juif et le chrétien, le temps n’est pas cyclique comme un éternel recommencement ; il n’est pas non plus une juxtaposition d’activités et de courses qui s’enchaînent sans que nous sachions où cela nous mène. Non, le temps – qui a partie liée avec l’espace mais lui est supérieur comme le dit le pape François dans « la joie de l’Evangile » (n°222-225) – le temps est comme aimanté par un évènement inouï passé quasi inaperçu, il y a plus de 2000 ans : une naissance à l’écart de Bethléem qui a inauguré une nouvelle et durable alliance de Dieu avec notre humanité. 

Cet évènement était attendu par des générations de croyants dont trois figures accompagnent le temps de l’Avent : celle du prophète Isaïe (1res lectures des dimanches), prophète de l’espérance et de la consolation pour un peuple qui doute et connaît l’exil. Dieu n’abandonne pas celui qui est éprouvé ; il sera fidèle à ses promesses. Celle de Jean le Baptiste (évangile des 2e et 3e dimanches), homme charnière des deux Testaments, homme d’eau et de feu qui appelle à la conversion car le temps se fait court et le Royaume est désormais tout proche. Il réveille la foi endormie et annonce un Dieu qui fera justice. Enfin, celle de Marie de Nazareth (évangile du 4e dimanche), jeune fille qui voit la réalisation de la promesse divine venir en son sein. Dans l’humilité et la confiance, elle vit la croissance du Verbe en sa chair et nous invite à accueillir ce don dans le quotidien de nos vies.

Si l’Avent nous permet de faire mémoire, ce n’est pas pour nous tourner vers le passé, ce qui était « avant » mais bien pour nous orienter vers l’avenir, ce qui advient dans le réel d’aujourd’hui et ce qui s’accomplira en plénitude à la fin des temps (Parousie) lorsque le Seigneur viendra tout récapituler en Lui. 

Ce temps est donc celui de l’espérance et du discernement pour savoir déjà, dans la nuit, reconnaître les lueurs de Celui qui est notre Soleil levant. C’est pourquoi au cœur des longues nuits d’hiver, nous cherchons la lumière et allumons des bougies comme celles de la couronne de l’Avent ; nous fêtons l’Immaculée Conception (le 8 décembre) comme une fête lumineuse (par exemple à Lyon ou à Saint-Maurice), nous vivons des messes Rorate au petit matin (comme à Saint-Paul) et accueillons la lumière de Bethléem en priant le Prince de la Paix, une paix si fragile et tant espérée dans les nombreux conflits du monde. La lumière réchauffe les cœurs et dit aussi une chaleur et solidarité avec les plus démunis qui se manifeste par toutes sortes d’initiatives à l’approche des fêtes.

Cette année, Noël succédant immédiatement au 4e dimanche, l’Avent ne se déroulera que sur 3 semaines ; alors, prenons sans tarder notre sablier pour laisser s’écouler en nous le silence de la prière, pour nous laisser aimanter par la crèche et pour faire de Noël, l’occasion de remercier pour ce premier cadeau que Dieu nous fait en venant par amour à notre rencontre, en se révélant dans l’humanité la plus fragile qui soit, celle d’un nouveau-né. 

Oui, l’Avent est bien le temps de l’aimant !

Evangélistes et auteurs du Nouveau Testament

Les auteurs du Nouveau Testament représentés par Rubens.

Situer les auteurs des écrits du Nouveau Testament permet d’entrer plus profondément dans leur intelligence.

Par François-Xavier Amherdt
Photos : DR, cath.ch/R. Zbinden

Un Evangile à quatre voix

C’est une chance de disposer de quatre témoignages sur Jésus-Christ, comme les quatre voix composant la polyphonie d’un chœur. Chacun d’eux est inscrit dans un milieu d’origine différent et s’adresse à une communauté autre. Commençons par le plus ancien.

L’évangile de Marc : la foi persécutée (écrit vers 65-70 ap. J.-C.)

D’après les traditions rapportées par des écrivains des 2e et 3e siècles, Marc aurait rédigé son évangile à Rome pour des chrétiens d’origine païenne menacés par la persécution de l’empire. Les fidèles ne connaissaient pas certaines coutumes juives, c’est pour cela que le texte marcien les leur explique longuement (comme les ablutions avant les repas, Mc 7, 3-4).

Ces anciens païens étaient considérés comme éloignés de Dieu. Mais le 2e évangile insiste au contraire sur l’étonnante proximité que le Seigneur leur manifeste, lui qui en Jésus vient au-devant de ceux qui étaient rejetés par la pensée juive. Ce n’est donc pas du tout surprenant si le premier à affirmer la foi dans le Fils de Dieu au pied de la croix est un centurion romain (Mc 15, 39).

Les membres de la communauté de Marc sont confrontés à des moments difficiles. Ce compagnon de Paul, appelé aussi Jean-Marc, est devenu confident de l’apôtre Pierre à Rome. Il leur présente de ce fait une foi qui conduit à prendre des risques.

Le Jésus de Matthieu : le nouveau Moïse (écrit vers 75-85 ap. J.-C.)

Si l’évangile de Matthieu est placé en premier dans l’ordre des synoptiques (à regarder en parallèle), c’est qu’il est le plus « vétérotestamentaire » des quatre. Il a été écrit vraisemblablement pour des baptisés d’origine juive, habitant en Syro-Phénicie (l’actuel Liban).

Il est traditionnellement attribué à l’apôtre qui porte son nom, l’un des douze, primitivement un collecteur d’impôts. Dans le document matthéen, Jésus est figuré comme le nouveau Moïse qui, sur le mont du nouveau Sinaï, livre la nouvelle Loi : « Vous aviez appris dans la première Alliance… Eh bien moi, je vous dis dans l’Alliance nouvelle… » (Mt 5, 21-48) 

Le Christ est venu accomplir et non abolir la Torah (5, 17-19). Il propose les cinq discours du nouveau Pentateuque (les cinq rouleaux de la Loi) : le sermon sur la montagne (5-7) ; celui de la mission (10) ; des paraboles (13) ; de la communauté (18) ; et de la fin des temps (24-25). Pour un juif devenu chrétien, c’est porter sa propre tradition à son aboutissement à travers la Passion et la Résurrection du Christ. En même temps, Matthieu souligne l’affrontement violent du Rabbi de Nazareth avec les autorités de son pays : la tension demeurait vive, à la fin du premier siècle, entre les disciples de Jésus et ceux du judaïsme.

L’œuvre double de Luc (évangile écrit vers 75-85 ap. J.-C.)

L’auteur du 3e évangile était médecin d’origine païenne. Il fut le compagnon de Paul dans ses voyages. Il en décrit abondamment les péripéties sur tout le pourtour de la Méditerranée, comme un Evangile prolongé, par cercles concentriques (les Actes des apôtres, dédiés à tout amoureux de Dieu ou « Théophile »).

La communauté où son message a pris naissance était formée principalement d’anciens païens, de culture grecque, vivant hors de Syrie-Palestine. Certains étaient miséreux et méprisés. C’est pourquoi le texte lucanien traite régulièrement de la béatitude des pauvres et de la miséricorde du Seigneur à laquelle s’ouvrir par la prière fervente. Il insiste aussi fortement sur l’universalisme de la Bonne Nouvelle : elle est offerte à tous les êtres humains, sans
distinction ni exclusion.

Le langage symbolique johannique (évangile écrit vers 90-100 ap. J.-C.)

Quant au dernier évangile canonique, il est dit venir du témoignage du « disciple que Jésus aimait » rencontré à plusieurs reprises dans le texte. Dès le deuxième siècle, des traditions affirmaient que c’était l’apôtre Jean, souvent associé à Pierre.

Pour ce qui est de Jean de Patmos, l’auteur de l’ultime livre de la Bible, ce n’est sans doute pas le même personnage que le quatrième évangéliste, mais il s’inscrit dans la tradition théologique de la communauté johannique. Situé généralement à Ephèse, le milieu du 4e évangile est traversé par plusieurs influences et conflits extérieurs et intérieurs, comme du reste l’Apocalypse. 

• L’influence de la philosophie grecque est indéniable. Jean ouvre son texte par un prologue sur le Logos, décrivant Jésus comme le Verbe du Père (1, 1-18).

• L’ombre de la « gnose » (ou salut par le savoir) plane sur l’évangile johannique. La véritable connaissance qui sauve, c’est l’amour de Dieu à accueillir et à traduire envers nos frères. 

• La foi juive demeure très présente à travers les grands thèmes comme l’exode, l’agneau pascal, la manne ou l’eau vive. Le 4e évangile, par le biais de déclarations en « Je suis » de Jésus, actualise des titres jusqu’ici réservés à Dieu : lumière, berger, vie, résurrection, vérité et chemin (Jn 8 ; 10 ; 11 ; 14). 

• En outre, coexistent les communautés se réclamant de Jean le Baptiseur et celles de Jésus. Si celui-ci fut disciple de Jean Baptiste, la trame johannique affirme bel et bien que c’est Jésus le plus grand (Jean 1, 29-39).

• Enfin, des querelles divisent l’Eglise primitive, ce qui amène le texte à souligner fortement l’importance de l’amour fraternel (le lavement des pieds, Jn 13, 1-20). Le style de Jean est tissé de symboles, ce que reprend abondamment l’Apocalypse à travers une série de « septénaires » (7 Eglises d’Asie, 7 sceaux, 7 trompettes, 7 fléaux, etc.), qui montrent l’accomplissement de la Révélation.

La rédaction du milieu du quatrième évangile est située généralement dans la ville d’Ephèse en Asie Mineure.
Les épîtres de Pierre sont rattachées au premier des apôtres.

Les lettres de Jean, Jacques et Pierre

Les trois épîtres de Jean, postérieures, se situent dans la même ambiance colorée par l’amour en actes et en vérité. Cette attention mutuelle permet de rejeter l’Antéchrist et de reconnaître le Fils de Dieu fait chair (1 Jn 3, 18).

La lettre de Jacques (le frère du Seigneur) nous invite à traduire notre foi par des œuvres.

Les deux épîtres de Pierre sont rattachées au premier des apôtres, dont le tombeau se situe à Rome (mort en 66). Elles s’adressent à des Eglises dans la « ville éternelle ». Elles exhortent les chrétiens persécutés à garder l’espérance comme des pierres vivantes.

Les lettres de Paul

Sans entrer dans les innombrables hypothèses à propos des écrits du 13e apôtre, on reconnaît habituellement comme étant de sa plume les lettres aux Thessaloniciens (l’espérance ultime), celles aux Corinthiens (la consolation dans l’amour), aux Galates (le salut par la foi), aux Romains (la vie dans l’Esprit) et aux Philippiens (la joie du salut), aux Colossiens (le Christ cosmique), aux Ephésiens (l’unité dans la paix) et le billet à Philémon (l’esclave disciple).

Concernant les épîtres pastorales (1-2 Timothée et Tite), elles ne sont vraisemblablement pas de Paul, mais elles décrivent l’organisation des communautés primitives. Enfin, celle aux Hébreux est plutôt une homélie invitant à marcher dans la foi vers la terre promise.

Et si, à Noël, on (re)découvrait l’art du vitrail 

Situé au sommet d’une colline, le château de Romont constitue un magnifique cadre pour le Musée Suisse du Vitrail, tous deux inscrits comme biens culturels d’importance nationale. Fondé en 1981, le Vitromusée abrite aussi un centre de recherche et le Vitrofestival attire chaque deux ans des milliers de personnes. L’art du verre coloré, né dans les époques reculées, tient une place particulière dans l’histoire de l’art sacré et mérite un détour en ces temps de fête et de recueillement.

Par Anne-Laure Martinetti | Photos : DR

Les Grecs, les Romains et les Egyptiens pratiquaient déjà l’art du verre. Les Egyptiens excellaient dans la fabrication de petits objets alors que les riches Romains utilisaient du verre blanc ou teinté pour les claustras et les fenêtres tout en se détendant dans des thermes baignés par la lumière de mosaïques multicolores, les millefiori. Le vitrail « primitif » apparaît dans les premières églises chrétiennes dès le IVe siècle : il s’agit alors de minces feuilles d’albâtre serties dans des cadres en bois. L’une des plus anciennes rosaces, celle de la basilique Saint-Vital de Ravenne, date du VIe siècle et représente un Christ bénissant. Aux VIIe et VIIIe siècles, l’art du vitrail se répand, mais si les Byzantins vont peu à peu l’abandonner, en Occident, l’usage se répand et perdure alors qu’en Asie Mineure et en Perse, nombre de créateurs vont le préférer à la pierre. C’est cependant au Moyen Age que l’art du vitrail va atteindre sa plénitude artistique.

Le verre, la couleur et la lumière. – L’art, sacré ou profane, exprime l’humain : ses aspirations, ses peurs, ses émotions, ses croyances… La transparence du verre, les reflets colorés, la lumière : le vitrail s’offre à nous de diverse manière selon l’heure du jour et c’est peut-être cela sa magie qui tend au spirituel. En effet, nul ne peut être indifférent aux 1113 scènes des vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris ou au somptueux bleu-violet du sanctuaire Dom Bosco de Brasilia. Et comment ne pas être submergé d’émotions par le fameux « bleu de Chartres » dont la technique remonte au XIIe siècle ? Pour s’en convaincre, il suffit de consacrer une journée à la visite du Vitromusée de Romont qui expose une foule de merveilles de cet art millénaire.

L’épopée du vitrail. – L’exposition permanente nous fait d’abord revivre l’épopée du vitrail par le biais de fragments archéologiques du Ve siècle, de joyaux du Moyen Age, de la Renaissance, de l’Art nouveau et de créations contemporaines. Les vitraux les plus anciens demeurent anonymes, mais d’autres portent la touche de grands ateliers, comme ceux de Dirick Vellert (Flandres, XVIe siècle) et d’artistes de renom comme Alexandre Cingria ou Marc Chagall. Parmi les perles du musée, le visiteur peut admirer un vitrail médiéval de la fameuse cathédrale de Chartres. La collection compte également des verrières provenant de bâtiments sacrés ou profanes suisses et étrangers. Toutes ces œuvres font l’objet d’études car elles sont représentatives de techniques et d’époques particulières.

Une collection inégalée de peintures sous verre. – L’aile fribourgeoise du château présente une vaste exposition de peintures sous verre allant du Moyen Age au XXIe siècle dont la visite commence dans une magnifique pièce baroque et se termine dans la salle des baillis. En passant par l’Europe, la Chine ou encore l’Inde, on découvre les mille facettes, techniques et matériaux de cet art qui a su aussi bien enchanter les empereurs, les papes, les riches collectionneurs de la Renaissance allemande et italienne que les plus modestes des hommes. Enfin, l’histoire du verre, de l’Antiquité à nos jours, occupe une place de choix dans le musée qui soutient par ailleurs les arts du verre contemporain. Les artistes verriers explorent aujourd’hui des techniques innovantes : le fusing, le casting, le collage, le thermoformage, le sablage, ou encore l’usage d’acide et l’impression sur verre. Cela dit, les techniques traditionnelles du vitrail et de la peinture sous verre comptent encore leurs adeptes. Tableaux, sculptures, bijoux, vases, vaisselle… : l’atelier d’un maître verrier regorge de trésors et le soufflage du verre fascine toujours autant. Quant au vitrail ancestral, il nous est bien difficile d’imaginer certains lieux sacrés sans cette luminescence, cette présence ultime qui semble, depuis toujours, filtrer à travers l’éclat du verre coloré.

Infos pratiques : 

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h de novembre à mars et dès 10h d’avril à octobre. 
Fermé le 25 décembre, ouvert le 1er janvier. Tarifs : Fr. 15.– adulte, Fr. 12.– en tarif réduit et pour les groupes.
Web : www.vitromusee.ch

Au cœur du musée du Vitrail.
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