Chemin de croix en marche pour la paix…

Le 24 février : ce jour marquait le début de la guerre en Ukraine, il y a un an. L’équipe pastorale a trouvé bon de réunir les paroissiens pour vivre un chemin de croix.

Par Marianne Berset | Photos : Pierre Bondallaz

Bénéficiant d’une belle soirée de février, c’est dans les jardins du Centre de rencontre des Focolari à Montet, que ce chemin de croix a été vécu. Ce temps de prière fut un très beau moment de communion avec la communauté des Focolari qui nous accueillait.

Présidés par l’abbé Darius Kapinski, nous avons marché d’une station à l’autre avec les nombreux paroissiens, les jeunes et les permanents du centre qui, à tour de rôle, ont animé notre prière.

Dans la situation actuelle où il est difficile de garder l’espoir et l’espérance, nous avons senti un réel besoin de se mettre ensemble pour prier. Avec cette certitude que nous savons que le Christ est là, qu’il nous écoute et nous soutient. Nous avons mis nos pas à la suite du Christ, pour soutenir tous ces peuples qui souffrent de la guerre, d’un tremblement de terre et des difficultés qui habitent le monde. 

Et maintenant restons unis dans la prière à l’Esprit Saint, afin qu’il mette en œuvre des moyens pour conduire à la paix.

Groupe de jeunes du secteur Haut-Lac

Les enfants ayant fait leur première communion ou leur confirmation et qui souhaitent continuer à se rencontrer en ont la possibilité : ils peuvent faire partie d’un groupe de jeunes animé par Vanessa Gonzalez et Stéphanie Besse et qui se réunit à Vouvry une fois par mois. Rencontre et explications.

Propos recueillis par Yasmina Pot | Photos : Vanessa Gonzalez

Vanessa, quel est ce groupe de jeunes dont vous vous occupez ?
Dans le secteur du Haut-Lac, on s’est aperçu que certains jeunes s’étant préparés à la première communion ensemble étaient intéressés à continuer à se rencontrer après ce parcours. Or, entre la première communion et le début de la préparation à la confirmation il n’existait aucun groupe pour ces jeunes. Nous en avons donc créé un en septembre 2022, qui compte, à chaque rencontre mensuelle le samedi, environ une quinzaine d’enfants. Parmi eux des jeunes ayant fait leur première communion et aussi des confirmés.

Quel est le but de ces rencontres ?
Globalement, l’apprentissage des valeurs chrétiennes et humaines est au cœur de ces rencontres ; le but est de rassembler notre communauté en passant de bons moments récréatifs ensemble. Chaque samedi, j’encourage aussi les enfants à terminer la rencontre en assistant à la messe.

Quelles sont les activités proposées aux enfants ?
On commence par un goûter à 16h. Puis il y a toujours un bricolage, le plus souvent en rapport avec le calendrier liturgique : en décembre par exemple nous avons confectionné une couronne de l’Avent, activité au cours de laquelle je leur ai expliqué la symbolique de la couronne. En ce moment nous colorions un chemin de Carême. Nous faisons aussi des jeux. A noter que les activités diffèrent un peu pour les enfants confirmés, puisqu’ils sont plus âgés. 

Qu’en disent les enfants ?
Ils sont très contents, la preuve : ils reviennent ! On a aussi souvent des retours très positifs des parents. J’en profite d’ailleurs pour préciser que les parents qui souhaitent participer à l’accompagnement du groupe sont les bienvenus, surtout si celui-ci s’agrandit cette année avec les communiants de 2023 !

Le groupe de jeunes animé par Vanessa Gonzalez et Stéphanie Besse se rencontre une fois par mois, le samedi, de 16h à 17h30 à la cure de Vouvry. Les enfants et leurs parents sont ensuite invités, s’ils le souhaitent, à assister à la messe. 
Inscriptions : Vanessa Gonzalez, 077 457 89 41, vanessadenver@gmail.com

La place du mort

Par Nicolas Maury | Photo: Flickr

Maints sont les critères qui peuvent être utilisés pour définir quand est née la première civilisation. Conteuse et thanatologue, Alix-Noble Burnand m’avait expliqué, lors d’une interview réalisée il y a fort longtemps, que d’après elle, le moment clef est survenu lorsque les hommes des cavernes ont commencé à enterrer leurs morts. 

Le sociologue Jean Ziegler * va dans le même sens en prétendant que rien ne détermine mieux une société que la place qu’elle fait à la mort. En ce sens, le Brésil, à travers les rites de l’Umbanda ou du Candomblé, a des années-lumière d’avance sur un Occident qui, depuis le XXe siècle, refoule ses futurs trépassés dans des chambres aseptisées. 

La ritualisation de la mort de l’autre la rend pourtant supportable, permettant à chacun de canaliser son angoisse devant sa propre finitude. Même en voulant l’éviter, on ne pourra pas l’empêcher de nous rattraper… au contour.

Celui qui en parle le mieux, c’est évidemment Pierre Desproges : « Au Paradis, on est assis à la droite de Dieu. Normal, c’est la place du mort ! »

* Ziegler, Jean : Les vivants et la mort, Seuil, 1975.

Tamis de la miséricorde

Par Klaus Sarbach | Photo : DR

A Pâques, on célèbre la vie qui a vaincu la mort du corps. En réfléchissant sur les différentes sortes d’abus, on constate qu’ils peuvent provoquer des « morts » dans les cœurs et les esprits. Les abus commis par des chrétiens nous choquent. Nous devons reconnaître la vérité des faits et tout faire pour la justice (réparation des torts, indemnisation) et pour la « guérison » des victimes. Mais doit-on condamner pour toujours les coupables, brûler leurs écrits et démolir leurs œuvres de charité qui ont nourri tant de cœurs assoiffés ?

Après le repentir, au fils prodigue, le père redonne la clé de son coffre-fort et au bon larron la clé du paradis. Ne devrions-nous pas appliquer les paroles de Jésus : « Faites et observez tout ce qu’ils vous disent ; mais n’agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent, et ne font pas » ? (Mt 23, 3)

Je nous propose donc d’employer le « tamis de la miséricorde ». Dans le tamis on met le « tout-venant ». Le rôle du tamis est de trier et de séparer les choses. A cause d’un mal commis faut-il « enterrer » tout le bien que la personne a fait sur la terre ? On doit jeter ce qui est mal. Mais on garde les semences faites pour être semées, cultivées et pour porter des fruits.

En plus de 40 ans de pastorale auprès des personnes handicapées mentales, j’ai collaboré avec Jean Vanier, le cofondateur de l’Arche et de Foi et Lumière. Par ses livres, conférences, retraites et pèlerinages, il est devenu mon « maître » dans la pastorale avec les petits et les pauvres. Avec un cœur blessé nous admettons ses torts. Maintenant que Jean se tient devant Jésus qui est Justice et s’appelle Miséricorde, je ne vais jeter aucun livre ou texte de Jean. Je continue à partager les richesses des personnes handicapées et de leurs familles.

En ce temps de mort au péché et de vie nouvelle par le pardon, faisons nôtre ces réflexion de Gabrielle Nanchen : « Sans pardon, il n’est pas possible de vivre ensemble. Il faut que la vérité et la justice soient faites, mais après on doit tourner la page. Sans pardon, nous trimballons un cadavre dans notre sac à dos. »1

1 Gabrielle Nanchen dans « Le goût des autres », Ed. Saint-Augustin, Saint-Maurice, 2018.

Carême africain

Quel cadeau pour moi de vivre le Carême au Togo ! Le Carême s’appuie sur 3 piliers : la prière, l’aumône et le jeûne. J’essaie de le vivre chaque année de mon mieux, mais cette année il a résonné de manière très différente et surtout de manière concrète pour moi !

La visite des « P’tits Suisses » a réjoui les enfants.

Texte et photos par Gérard Dévaud

Tout d’abord, la prière. Avec l’abbé Antoine et une amie, nous avons pris cinq jours de retraite au monastère l’Ascension de Dzogbegan, au nord-est de Lomé. Un cadre somptueux, au milieu de la forêt tropicale et des plantations de poivre, café, ananas, bananes, mangues et autres délicieux fruits. Cinq jours rythmés par la prière des moines, par les balades dans le parc, par la lecture de la Bible et la méditation. Quel cadeau !

Ce fut aussi pour moi l’occasion de jeûner un peu de mon téléphone portable ! C’est vrai que c’est un outil très pratique, surtout lorsque l’on est à des milliers de kilomètres de chez soi pour garder le contact avec ses proches. Mais dans ce cadre si calme et serein, mon téléphone n’a plus ou moins servi qu’à faire quelques photos !

Visite staviacoise

En ce qui concerne l’aumône, j’ai l’occasion de le vivre presque quotidiennement au travers de rencontres. Mais le moment le plus fort pour moi fut certainement le jour de la visite de Nathalie et Matthieu Angelini, membres de l’association God-is-love Saint-Laurent Estavayer. A cette occasion, l’abbé Antoine, avec le comité de gestion, avait mis sur pied une magnifique journée de découvertes et de remerciements. Quel accueil extraordinaire par les filles-mères, leurs enfants et toute l’équipe accompagnante ! « Le bien que nous faisons à l’autre nous revient toujours d’une manière ou d’une autre ! » C’est par ces mots que l’abbé Antoine a débuté son discours de bienvenue. « Je peux être bien mais si quelqu’un à côté de moi est affamé, ma vie n’a pas de sens. Ma vie ne vaut rien. Je ne peux pas être rassasié seul et être indifférent. L’indifférence est un poison qui détruit nos sociétés ! » a-t-il ajouté, faisant écho à l’évangile de Matthieu au chapitre 25 : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire […]. Amen je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » 

Il en a profité de remercier tous les généreux donateurs de la Suisse qui ont permis de réaliser ce superbe projet. Projet qui va bientôt être complété par un nouvel atelier : une boulangerie. Après un délicieux repas et les cadeaux apportés par les P’tits Suisses, ce fut le moment pour tous de danser. Oui, je peux vous l’affirmer : Dieu était vraiment présent au milieu de nous ce jour-là à travers les rires de ces filles-mères, de leurs enfants et de toutes les personnes présentes, ainsi qu’à travers tous les moments magiques d’échanges et de partages. « A chaque fois que tu mets les pieds ici, tu repars joyeux ! Merci les filles pour votre joie de vivre ! » a conclu l’abbé Antoine. Mais le temps passe vite, et ce fut déjà le moment de quitter le centre, avec des souvenirs et des images plein la
tête.

A l’heure où je vous écris, il me reste exactement un mois avant mon retour en Suisse… et j’appréhende déjà le moment où je devrai quitter mes nombreux amis d’ici. Mais pour le moment je profite de chaque instant qui m’est donné et je me dis que j’y reviendrai certainement un jour !

Belle collaboration entre les paroisses du Haut-Lac et le CO de Vouvry

Qu’en est-il de l’apport religieux au niveau du Cycle d’Orientation (CO) de Vouvry? (apport soutenu ou animé par les Paroisses du Haut-Lac). En voici un bref aperçu.

Texte et photo par Vanessa Gonzalez

Que ce soit avec la matinée des religions ou avec la journée sur les émotions pour les 9 CO ou avec les journées contre le harcèlement ou à propos du deuil pour les 10 CO, vous trouverez toujours quelques membres des équipes pastorales catholiques ou réformées impliqués dans l’organisation.

Depuis 2001, le catéchisme a été bouté hors des préaux mais le gouvernement valaisan reste très attaché à l’importance de la collaboration entre son école et les Eglises reconnues. L’Etat et l’Eglise continuent à offrir aux élèves la possibilité d’approfondir leur culture religieuse et leur spiritualité dans le respect de la personnalité, de la pensée, de la conscience et des libertés fondamentales de chacun/e. C’est dans cet esprit que les paroisses catholiques et réformées, la Cimenterie et le CO mettent leurs forces en commun pour organiser des journées thématiques ludiques et épanouissantes.

Pierre-Yves Bruttin, adjoint à la direction du CO et Christophe Allet, animateur pastoral, m’ont parlé avec enthousiasme et passion de leur travail avec les ados du cycle. La réalité de la violence dans notre société rend presque indispensable ce travail auprès des jeunes. 

Dans le cadre de ces quatre journées hors-cadres, les élèves reçoivent une multitude d’outils qui leurs permettront de se connaître eux-même et de connaître les autres dans leurs différences. Ce sont deux notions primordiales pour construire le monde de demain. Pierre-Yves Bruttin est convaincu que l’école, avec son éducation académique, est importante mais que l’école peut aussi aider les adolescents à grandir émotionnellement en les dotant d’une sensibilité à la diversité et en les formant à un esprit critique. 

Les animations proposées par l’équipe éducative ont été intégrées aux programmes d’éducation santé du cycle et cela a permis au CO d’être reconnu comme école partenaire au Réseau 21.

La matinée des religions (en 9 CO) née en 2012 est une journée interreligieuse qui rassemble chrétiens, juifs, musulmans et bouddhistes pour faciliter la compréhension de son prochain (sa foi, ses croyances) et ne plus en avoir peur.

La journée du deuil (en 10 CO) est née en 2014 suite à une réflexion entre un enseignant, le pasteur Jeff et Christophe. Cette journée permet aux élèves de découvrir quelques outils pour vivre le processus de deuil et les rites qui aident à surmonter une perte. 

La journée sur les émotions (en 9 CO) née en 2019, sous l’impulsion de Laetitia Chanton, médiatrice du CO, a pour objectifs de permettre aux ados d’être capables de reconnaître les émotions et de les nommer, de les exprimer, de les comprendre et d’apprendre à les utiliser en relation avec les autres. 

La journée contre le harcèlement (en 10 CO) est une initiative du CO née en 2021. Au vu de la bonne entente avec la paroisse, M. Bruttin a demandé à Stéphanie et Christophe de collaborer pour un atelier. 

Pour terminer, au début de l’Avent, jusqu’en 2021, l’équipe pastorale met en place les décorations de Noël ainsi que la crèche dans le hall du CO avec les adolescents volontaires. 

J’ai eu la chance de vivre chacun de ces évènements et j’ai été ravie de voir l’énergie positive de tous les partenaires de ces rencontres tant du côté des animateurs, des enseignants que des élèves. Longue vie à ces journées riches à tout point de vue ! 

Mortellement vôtre

Parler de la mort est peu plaisant. Tellement peu qu’elle a été reléguée en marge et confiée à des personnes qui savent s’en occuper sans trop faire de bruit. Le Covid l’a ramenée sur le devant de la scène et avec fracas. Ne serait-il pas temps de lui redonner sa place au sein de notre société. Au sein de la vie ?

Par Myriam Bettens | Photos : Flickr, Pxabay, DR

La mort est abstraite. Elle incarne l’altérité radicale, l’expérience qu’il n’est jamais possible de vivre à la première personne. Pourtant, que la mort puisse difficilement se penser ne signifie pas que l’Homme en soit réduit à son ignorance. Elle est au contraire sa marque distinctive : l’humain est le seul animal qui sait qu’il va mourir. Il y a là une irréductible singularité et une unicité de l’expérience humaine. Or, dans une société obsédée par le besoin de maîtrise, « se retrouver face à la mort, c’est accepter l’échec », glisse Rachel Wicht. L’aumônière aux HUG, maintenant retraitée, poursuit : « Dans un hôpital, tout est fait pour que tu ne croises jamais la mort. » Un paradoxe d’autant plus flagrant au vu de la dernière pandémie. Philosophe et éthicien, Stève Bobillier nuance néanmoins cette trompeuse contradiction : « Elle est restée virtuelle, immatérielle. Nous nous trouvions dans une sorte d’administration de la mort pour protéger la société. » Une manière de l’intellectualiser pour mieux la gommer ? Rachel Wicht et Stève Bobillier s’accordent à dire que le tabou entourant la mort persiste encore fortement et que, même présenté comme un mécanisme de protection légitime, il est plus délétère qu’autre chose. 

C’est le passage à trépas que les gens redoutent le plus, comme le montre cette sculpture de Rodin intitulée « le Cri ».

De vie à trépas

« Nous avons une bonne représentation de ce procédé avec les enfants. Croyant les protéger, nous enrobons le tragique de la mort avec des métaphores qui produisent l’effet contraire de celui recherché », affirme Franziska Bobillier. La psychologue donne notamment l’exemple d’enfants terrorisés par le fait de devoir dormir, car on leur avait expliqué que « grand-maman s’était endormie pour toujours ». D’où la nécessité « d’impliquer l’enfant dans le processus de deuil tout en restant le plus clair et factuel possible ». Qu’est-ce qui finalement angoisse nos contemporains au travers de ce blasphème suprême qu’est la mort ? Rachel Wicht indique que c’est le passage de vie à trépas que les gens redoutent le plus et que de nombreuses « légendes » entourent ce moment, lui donnant un caractère encore plus effrayant. « Le mourant va-t-il hurler ou se redresser d’un coup au moment du trépas, sont certaines des questions qu’on m’a posées. » Pour sa part, Stève Bobillier pointe en premier lieu les acceptions du terme et le vocabulaire utilisé pour la qualifier. « Le français reste en définitive très vague sur ce qu’est la mort. On sait difficilement la définir. » Insaisissable par le vocabulaire et la pensée, la mort se soustrait, encore une fois, à notre maîtrise. 

Un deuil soumis à résultats

Son confrère Thierry Collaud, éthicien et médecin, se demande si le tabou de la mort n’est pas en fin de compte un refus du tragique. « La société a tendance à vouloir effacer les manifestations de chagrin et de douleur, car finalement notre souffrance dérange les autres. » De là à dire qu’il faudrait mourir sans faire de bruit, il n’y a qu’un pas. Rachel Wicht acquiesce : « Aujourd’hui, la perte d’un proche ne « nécessite » que trois jours de congé. Implicitement, cela signifie qu’on peut être triste, mais pas trop longtemps. » Experte des questions de deuil, Franziska Bobillier parle même d’une obligation de résultats. « On ressort systématiquement le schéma des étapes du deuil, comme des échelons à gravir pour nécessairement aller mieux. Or, l’ordre des étapes n’a pas pu être confirmé par les études scientifiques. Le processus est fait d’innombrables allers-retours qui prennent du temps. » Cela souligne aussi la propension de nos sociétés à faire disparaitre les difficultés et « il est urgent qu’elles réapprennent à vivre avec des échecs et des recommencements, car c’est bien cela que la mort nous enseigne : à vivre « malgré » », développe Thierry Collaud. En outre, ce qui freine l’acceptation pleine et entière de notre finitude réside peut-être « dans le désir originel d’immortalité de l’être humain », précise Fiorenza Gamba, chercheuse dans le domaine de la Digital Death (mort numérique, ndlr.) à l’Université de Genève. De ce point de vue, la toile répond à une part de cette attente. En effet, « notre double numérique » continue d’exister, même après le décès.

Le désir d’immortalité freine l’acceptation pleine et entière de notre finitude.

Un cimetière dans la poche

« Nous avons un cimetière dans la poche » lance Stève Bobillier avec un geste éloquent à son smartphone. En effet, « dans cinquante ans et avec la croissance actuelle, Facebook comptera plus de comptes utilisateurs de morts que de vivants ». Pour Stéphane Koch, spécialiste des questions numériques, « notre relation à la mort a énormément évolué. Les réseaux sociaux sont devenus les médiums privilégiés pour annoncer un décès, mais aussi pour perpétuer la mémoire des défunts par des pseudos anniversaires. C’est comme si le rituel ne prend jamais fin ». A cela, Fiorenza Gamba réplique que le Net a ouvert « un espace incroyable pour inventer des manières différentes et personnelles de ritualiser la mort ». Dans ces sphères numériques, les endeuillés peuvent partager leur chagrin et « vivre ce deuil à leur rythme ». Par ailleurs, même si le numérique nous laisse effleurer l’idée d’immortalité et rend la frontière entre monde des vivants et des morts de plus en plus poreuse, Thierry Collaud se demande si, en définitive, la mort ne se laissera jamais apprivoiser.

Eternité numérique

« Il y a une vraie réflexion à mener de son vivant concernant la trace que l’on désire laisser sur le Net », pointe Stéphane Koch. Malgré le décès, l’empreinte numérique continue d’exister. C’est pourquoi le consultant conseille de se pencher sur ces questions de son vivant, par des dispositions testamentaires. Il note aussi la possibilité de se tourner vers des services tiers, tels que tooyoo.ch, permettant de gérer les questions liées aux réseaux sociaux, comptes e-mail et nettoyage des référencements sur les moteurs de recherche après le décès. Au sujet de la « mort numérique » et ses implications, la fondation TA-SWISS publiera en septembre 2023 les résultats d’une vaste étude sur « l’influence des technologies numériques dans la prévoyance funéraire, la gestion des données numériques d’un-e défunt-e et le travail de deuil. Elle tirera des conclusions et, si possible, des recommandations à l’intention des parlementaires, des juristes, des professionnels du domaine funéraire et de la population sur la manière d’aborder cette question ». A suivre sur www.ta-swiss.ch/fr/mort-a-l-ere-numerique

Malgré le décès, l’empreinte numérique continue d’exister.

Une maison qui revit

C’est en septembre 2021 que le Conseil de Fondation de la Maison Cana-Myriam s’adresse à la Maison de la Diaconie et de la Solidarité pour faire revivre la magnifique bâtisse occupée jusqu’en 2017 par la communauté Cana-Myriam à Muraz (Collombey). En étroite collaboration avec les membres du Conseil de fondation, une équipe de projet se met alors en route. Sa mission ? Discerner ce qui pourrait être le dessein de Dieu pour ce lieu hors du commun et mûrir un projet stimulant et viable.

Par Joëlle Carron, déléguée épiscopale à la diaconie | Photo : DR

Laudato Si’ – Consacrée aux questions environnementales et sociales, à l’écologie intégrale et à la sauvegarde de notre maison commune, la Terre, l’encyclique Laudato Si’ publiée en 2015 par le pape François nous invite à une approche globale intégrant écologie et développement humain. La situation paisible de la maison, en pleine nature tout en étant à quelques pas du village de Muraz, et le grand terrain qui l’entoure incitent très naturellement à mettre en valeur la beauté de la propriété en la mettant au service des impulsions de Laudato Si’.

Une maison d’Eglise, au service de tous – Dès août 2021, l’équipe de la Maison de la Diaconie se rend disponible pour permettre le redémarrage de la maison. Très vite, les premiers habitants prennent leurs quartiers dans l’aile droite de la propriété. Rassemblant six jeunes adultes, étudiants ou déjà dans la vie active, la coloc’ est une présence permanente, qui ouvre volontiers ses portes aux gens du village ou de la région. Ainsi tous sont invités à rejoindre Cana le mardi soir, pour la messe de 19h et/ou le souper qui suit.

L’espace intermédiaire entre les deux ailes de la maison est rafraîchi avec soin, courant 2022, par des bénévoles. En février 2023, tout est prêt pour accueillir, un samedi par mois, une petite buvette, une friperie et des ateliers, sous la responsabilité de Corine Rebord et Fiorella Bürki, toutes les deux en charge de l’animation spirituelle à l’hôpital de Malévoz. Leur idée ? Proposer un accueil, une écoute, un lieu bienfaisant face à la solitude ou la maladie psychique. L’inauguration a eu lieu le 25 février dernier. Les extérieurs sont également mis en valeur, grâce à l’association Terra Durabilis. En automne 2022, la rosace existante est remise à neuf, avec ses herbes aromatiques et médicinales. Un magnifique jardin communautaire en permaculture est en création.

En parallèle, l’équipe de projet et le Conseil de Fondation travaillent sur les plans de rénovation de l’aile gauche de la maison. Elle accueillera dès le printemps 2024 un projet de logement pour femmes en difficulté psychique, financière ou sociale, donnant suite à la tradition d’accueil chère à l’ancienne communauté Cana-Myriam.

Touche par touche, Cana reprend progressivement vie et se fait belle. La maison se veut ouverte sur l’extérieur, en lien avec la paroisse, le village, la région.

Le retour des soupes de Carême!

Le deuxième week-end de mars se sont tenues, dans plusieurs localités de la paroisse, les premières soupes de Carême selon un déroulement normal post-covid. Estavayer, Lully et Aumont ont servi les premières soupes. A Estavayer, la fréquentation a été moyenne aux dires de l’équipe organisatrice, sûrement en raison de conditions météo peu favorables. Par contre, à Aumont, la soupe de la communauté des Montets, servie après la messe dominicale, a connu une belle fréquentation. Reflets en images de deux de ces actions de Carême, à Estavayer vendredi 10 mars et à Aumont dimanche 12 mars. D’autres soupes seront servies jusqu’à la veille de Pâques (voir ci-dessous). (cjy)

Photos : Georges Losey, Pierre Bondallaz

A Estavayer

A Aumont

Encore quelques soupes…

Quelques soupes de Carême seront encore servies le vendredi 7 avril aux lieux suivants :
• Les Montets – dès 11h30 à la salle communale ; 
• Murist – dès 11h30 à la salle du Skater Hockey ;
• Nuvilly – dès 11h30 au Broccafé ;
• Rueyres-les Prés – dès 11h30 à la salle communale ;
• Seiry – dès 11h30 à la salle communale ;
• Cheyres – dès 11h30 à la salle communale 
• Cugy – dès 11h30 à la grande salle.

Mortellement vôtre

Texte et photo par Laetitia Vergère

Ce n’est un secret pour personne : Jésus a accepté sa destinée et est mort sur la croix, bras ouverts, accueillant sans différence tous les pécheurs de l’humanité. Sa mort est un symbole d’amour, de rédemption et de sacrifice pour tous les chrétiens. En offrant sa vie, Jésus nous montre un exemple d’amour inconditionnel, révélant ainsi l’amour infini de Dieu pour l’humanité. 

Mais, 2000 ans plus tard, que pouvons-nous tirer d’un tel acte ? Il s’agit d’une invitation à la réflexion, à l’introspection et à l’action. Nous sommes toutes et tous appelés à l’amour et au sacrifice pour les autres, actes que nous faisons sans nous en rendre compte au quotidien : sacrifier nos besoins personnels pour subvenir à ceux des membres de notre famille ou de notre communauté, se « tuer à la tâche » pour pouvoir payer nos factures ou donner à ceux qui sont dans le besoin, prendre de son temps pour s’inquiéter de son voisin… Le message reste intact au fil des années : vivre en aimant les autres comme nous-mêmes, à lutter contre l’injustice et à travailler pour la paix et la réconciliation dans le monde. La mort de Jésus est un symbole puissant de l’amour et de la compassion que nous devrions toutes et tous cultiver les uns envers les autres.

En fin de compte, Jésus, « mortellement nôtre », nous rappelle que nous ne sommes pas seul·e·s et que nous avons un chemin à suivre dans la vie, en nous inspirant de son exemple d’amour et de sacrifice pour chercher à vivre de manière plus authentique et alignée avec nos valeurs… En méditant sur ce message, nous pouvons trouver un sens plus profond à notre existence et être inspiré·e·s à vivre de manière plus aimante et plus authentique.

« Vivre et mourir pour le Seigneur »

Le Christ a accompli sa trajectoire d’humanité jusqu’au bout.  Dans la mort et dans l’amour. 

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

« Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur. » (Romains 14, 8) Que voilà une parole qui contraste avec nos farouches revendications d’autonomie et d’indépendance, comme si l’être humain pouvait se couper de son Créateur et s’autogérer sans en référer à la Transcendance ! Sans cette interpellation de Paul aux Romains, nous tombons dans le « transhumanisme ».

D’abord, sous le regard de Dieu, vie et mort sont inséparables. Nous savons que nous mourrons inéluctablement, mais c’est afin de rejoindre le Christ Vivant. Si Jésus est mort et ressuscité, c’est pour nous faire vivre en plénitude : « Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. » (Jean 10, 10) Tout dépend de Jésus-Christ. Lui seul a accompli sa trajectoire d’humanité jusqu’au bout, dans l’amour. Lui appartenir dans la mort, vivre les derniers temps de notre existence terrestre en nous « lâchant » sur son cœur et en le laissant disposer de notre souffle, c’est nous livrer à cette seigneurie d’amour qui nous veut vivants. Dans la toute-faiblesse de notre mortalité, nous expérimentons ainsi la toute-puissance de notre seul Maître.

Il nous a donné l’être, au premier moment de notre conception, il est là pour accueillir notre dernier souffle, à l’heure que nous ne choisissons pas. Toute notre vie dépend du Dieu Sauveur. Elle est un cadeau dont nous ne disposons pas. Et cela est très libérateur ! « Mourir dans la dignité », c’est nous abandonner dans les bras du Père, avec le moins de souffrance possible, en toute confiance.

En outre, « Nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même. » (Romains 14, 7) Ni notre existence ni notre trépas ne peuvent être cachés. Ce que nous expérimentons de beau ou de rude a des incidences sur la communauté à laquelle nous appartenons. Sinon, nous dépéririons. Car dans le Seigneur, notre existence et notre décès concernent aussi nos proches et nos amis. Pâques, c’est partager notre vie et notre mort, sans
retenue.

« Je te garderai jusqu’à ton arrivée… »

Christophe Rosay au guidon.

Le sierrois Christophe Rosay ne pouvait pas manquer le spectacle sur la vie de Charles de Foucauld présenté à l’église du Bourg le 8 janvier dernier. En effet, l’Assekrem, où a vécu de Foucauld, a été le théâtre d’un bouleversement détonnant dans sa vie. C’est à cheval sur sa moto, en 1979, au cours d’une folle aventure qui le mènera dans le massif du Hoggar, dans cette Algérie si chère au Père de Foucauld, qu’il va découvrir le mystère de Dieu. 

Par Christophe Rosay | Photos : Gérard Brondy, DR

On est en juillet 1979, j’ai 21 ans. Au moment du départ pour le raid Paris-Tamanrasset – 12’500 km à moto sur des terres très inhospitalières – la crainte de l’inconnu me fait prendre un petit livre bleu, le Nouveau Testament, que je retrouve perdu au fond d’un tiroir et que je glisse dans la poche de ma veste comme un grigri. Il y sera encore dans le Hoggar lors de la terrible montée au col de l’Assekrem, là où le Père Charles de Foucauld s’était réfugié pour méditer sur l’humanité.

A 2’900 m. d’altitude, mes amis et moi, nous sommes les maîtres du monde en regardant le soleil à l’horizon sur le sable ocre du Tanezrouft. Un des nôtres trouve dommage de n’avoir pas songé à emporter ce fameux traité de sagesse que le religieux français a écrit à cet endroit. C’est alors que je sors le Nouveau Testament et le passe à un équipier qui se met à lire à haute voix : « Pendant le jour le soleil ne te frappera point, Ni la lune pendant la nuit. L’Eternel te gardera de tout mal, Il gardera ton âme ; L’Eternel gardera ton départ et ton arrivée, dès maintenant et à jamais. » C’est la fin du Psaume 121 (Ps 121, 6-8, Bible Segond). En silence on se regarde, pétrifiés. Je comprends que Dieu est là. Il venait de nous parler : « Le soleil ne te frappera pas » et « Je garderai ton départ et ton arrivée ». Je n’étais plus fatigué. Je n’avais plus de douleur. J’étais juste bien. Nous, les durs, défaits par la fatigue, poussés aux limites du possible, la paume des mains couverte de bandages protégeant la chair que les cloques dues aux vibrations de la tôle ondulée ont mise à vif… On se passe une mini-bible comme si Gutenberg venait de l’imprimer !

Durant les jours suivants, cette expérience spirituelle va être mon réconfort dans un désert hostile et sur des pistes qui interdisent le moindre relâchement. Arrivée d’étape à Timimoun dans une chaleur surnaturelle et une poussière de sable qui me brûle les yeux. Je me réfugie à l’hotel. Là, soudain, l’ennemi invisible : le « coup de bang ». C’est une déshydratation foudroyante engendrée par le déséquilibre du sel. La sueur entraînant hors du corps l’eau et le sel, celui-là même qui doit retenir l’eau vitale pour notre corps. Moins de sel donc plus de perte d’eau : ceci augmentant la soif. La boisson à son tour provoquant la transpiration engendrant l’évacuation du sel restant. Ce processus devient irréversible et mortel en quelques heures. Mais le Seigneur a tenu sa promesse : « L’Eternel te gardera de tout mal […] jusqu’à ton arrivée. »

Le début de la nuit se passe au bain-marie dans la baignoire puis à dormir enroulé dans les draps mouillés à intervalles réguliers. Bien gardé par un membre de notre équipe médicale me faisant avaler de grands verres d’eau avec des pastilles de sel. Un homme formidable et dévoué qui m’a dit avec son accent provençal : « Oooh, t’as pris une Bible : tu es un bon croyant toi ! Je ne pense pas que ton Dieu va te laisser crever ici, mais c’est aussi à toi de te battre pour lui montrer que t’as envie de vivre, hein ! » Déçu et résigné, j’ai quand même bu autant d’eau qu’il y avait de pastilles de sel en rappelant à Dieu le Psaume 121… Le lendemain à 8h, j’étais sur ma moto. Alors, j’ai dit : « Si à l’Assekrem tu me fais passer pour un contemplatif, je te comprends. Mais me sortir en une nuit d’un coup de chaleur mortel, seul toi peut faire une chose pareille. » Le retour auprès des miens s’est passé dans les larmes de joie et le bonheur de retrouver les toutes petites choses si simples qu’on oublie même qu’elles existent. C’est en repensant à cette épreuve que je puise la force de toujours regarder vers l’avant en cherchant à aligner mes trois balises comme le pilote dans le désert : être vrai avec les autres, sincère avec moi-même, cohérent avec la Parole de Dieu.

Les décisions que j’ai prises sans les avoir préalablement fait passer par ces balises m’ont toutes entraîné dans des situations sans issue. Avec le recul, je trouve que la vie est similaire à un rallye, avec ses étapes, les guides incertains qui nous égarent de la bonne piste, les casses mécaniques, les accidents, les découragements, les désespoirs, mais aussi l’entraide, le dépassement de soi et l’obligation de continuer quoi qu’il advienne. L’exploit sportif m’a ouvert la porte à d’autres rallyes et souvent amené des verres sur la table du bistrot. Je paraissais toujours le même, mais c’est à l’intérieur que j’avais changé. 

A mon retour de cette folle aventure, il me semblait futile de parler de nos petits problèmes de confort par manque de vraies difficultés existentielles. Je sentais de l’envie mais aussi de la jalousie et quelquefois même de la haine. Un jour, j’ai décidé de ne plus en parler aussi largement. J’évitais ainsi les questions et les incompréhensions. Le commerce dans le sang, je décide de prendre la gérance d’un garage s’ouvrant tout près de chez moi. A cette période de ma vie, des copains et amis m’entourent mais le vide en moi s’agrandit. Le projet de reprendre un garage à mon nom se profile tandis que celui de fonder une famille s’éloigne. Au fond de moi-même, je me sais dans l’erreur et je me sens profondément malheureux. La perception des événements et des gens est différente, les codes sociaux intégrés jusque-là n’ouvrent plus les mêmes portes et font fuir les amis. Je vis en oubliant de me confier à Dieu, de suivre sa balise qui brille au loin. Je n’ai pas rejeté Dieu, mais je ne m’en occupe plus, voilà tout. Sans en être conscient, ma porte est restée ouverte, comme si les voleurs et pilleurs d’âmes n’existaient pas. Combien de personnes qui m’étaient chères, ont œuvré à un vide spirituel ? Combien de fois j’ai entendu : « Si tu écoutes ces sornettes, tu ne fais plus rien. » Ou alors : « Ça, tu gardes pour le dimanche… » Pourtant, il ne nous vient pas à l’idée de surfer sur internet sans antivirus. Pour remplir ce vide, il me fallait un nouveau challenge. Le projet Dakar…

L’Assekrem est le haut plateau situé dans les montagnes du Hoggar, dans le sud de l’Algérie.
La moto avec laquelle Christophe Rosay a voyagé en 1979.

N.-D. de Bonnefontaine: le sanctuaire à un tournant

De très nombreux paroissiens et nombreux visiteurs connaissent le sanctuaire de Notre-Dame de Bonnefontaine, niché dans son écrin de verdure. Ils y viennent pour prier ou simplement la saluer et goûter un moment de paix. La gestion de ce sanctuaire est en train de changer de main. Eclairage.

Notre-Dame de Bonnefontaine : un lieu pieux cher à de nombreuses personnes.

Par Denyse Chanez et Claire Moullet | Photos : LDD

Depuis 1636, date d’une mention écrite, combien de fidèles ou passants ont-ils fréquenté ce sanctuaire ? Autrefois, la statue était posée sur une colonne en chêne, tenant un sceptre dans sa main droite et de l’autre l’enfant-Jésus. Un simple toit soutenu par quatre piliers constituait un abri. Et ce n’est qu’en 1959 que le sanctuaire actuel voit le jour avec sa coupole adossée à la paroi rocheuse et sa statue au cœur immaculé.

Le souvenir du jubilé de 2009

En 2009 s’est déroulé le jubilé du cinquantenaire les 3 et 4 octobre : office du samedi avec un petit « son et lumière » et messe solennelle le dimanche avec tous ceux qui avaient répondu à un dépliant diffusé dans tous les ménages pour rappeler que nous avons un « mini-Lourdes » dans la région. Cette fête est encore bien vivante dans le cœur des enfants, du chœur-mixte et la pose d’une pièce demi-cylindre, mémorial de ce jubilé.

Des bénévoles très engagés

Bonnefontaine ne pourrait vivre sans l’engagement de bénévoles connus et parfois inconnus. Jusqu’à maintenant, une équipe fait vivre ce joyau grâce à un entretien impeccable au rythme des saisons et des événements. Jean-Claude Monney et Claude Delley ont consacré une grande partie de leur vie à ce service, tout comme Madeleine Monney et Gertrude Ducrest, âmes des traditionnels pèlerinages de mai et d’octobre et la décoration avec amour du lieu et des fleurs. Claudine Balestra, trésorière des dons reçus, complète cette équipe dont les membres aspirent à une retraite bien méritée après tant d’années de dévouement.

Gestion désormais paroissiale

Depuis le 1er février dernier, la gestion du sanctuaire a été  reprise avec bienveillance par la paroisse Saint-Laurent-Estavayer, qui n’a pas manqué de remercier, féliciter et relever la longévité de ces ouvriers de la première heure par une rencontre amicale et festive.

D’autres bonnes volontés et services de notre commune contribueront certainement au maintien de ce sanctuaire qui ne demande qu’à vivre par ses pèlerinages, rencontres ou autres célébrations d’ici ou d’ailleurs.

Appel

Les personnes intéressées pour un service à Bonnefontaine peuvent s’adresser à Denyse Chanez (079 229 87 19) et Claire Moullet (079 312 54 15).  

L’ultime passage

Texte et photo par l’abbé Frédéric Mayoraz

Souvent dans les homélies et les célébrations de funérailles, je parle de la mort comme d’un passage. Un passage qui implique qu’il y ait un avant, un pendant et un après. Ces mots n’ont pas pour but de dédramatiser la mort, même Jésus était triste à la mort de son ami Lazare. D’ailleurs, la mort est un mystère que de simples mots ne peuvent appréhender totalement. Mais pour nous en approcher, nous sommes invités chaque année à suivre le Christ à travers le mystère Pascal et c’est pour nous l’occasion d’essayer de donner un sens à la mort, ou tout du moins, d’avancer dans la compréhension de ce mystère. 

Antoine de Saint-Exupéry écrivait dans « Terre des hommes » que ce qui donne un sens à la vie, donne un sens à la mort. Et la littérature regorge de livres traitant la mort sous cet angle : « Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons vivre en paix et mourir en paix. » 

Avant, pendant et après… et sur ce chemin, il ne faut pas se le cacher, il y a la peur, la peur de l’inconnu, la peur de devoir vivre ce passage seul. Mais si nous avons foi en Dieu et en ceux qui nous entourent, et avec qui nous partageons notre vie, nous ne sommes pas seuls pour franchir ce passage vers l’après et rappelons-nous que comme le dit si bien ce chant : « Il restera de nous ce que nous avons donné… » 

En effet, pour ceux qui sont appelés à laisser partir ceux qu’ils ont aimés, ce moment est certes vécu comme une absence, un vide, mais il serait beau de le voir plutôt comme une « différence de présence » qui se vit dans les souvenirs et les valeurs transmises. Alors appliquons-nous à bien vivre ici et maintenant pour qu’au moment de « passer les ravins de la mort », nous soyons heureux et en paix en voyant Celui qui nous guide et nous conduit dans l’avenir qui nous est promis. Bonne montée vers Pâques à tous.

« Méditer sur sa mort»

Par Thierry Schelling | Photo : DR

« Je suis devant la porte obscure de la mort », disait Benoît XVI au début de l’année 2022, qui s’acheva sur son trépas. Réalisme d’un nonagénaire, souligné par son successeur, François, qui présida, fait rarissime, ses obsèques 1

Et d’exposer, selon le rituel prévu, mais allégé (car Benoît n’était plus Pontifex regnans), le corps de Ratzinger au vu et au su des pèlerins venus se recueillir. Ou s’interloquer sur cette « exposition macabre », comme l’a titré un journal. C’est vrai, sous nos occidentales latitudes, on est peu habitué à voir des cadavres, même embellis : des os (ossuaires, etc.), oui ; des corps entiers qui ne sont pas des momies, moins…

De fait, « la culture contemporaine du bien-être semble vouloir évacuer la réalité de la mort et de notre finitude ; notre foi chrétienne ne nous dispense pas de la peur de la mort, mais elle nous aide à l’affronter. Et la vraie lumière qui éclaire le mystère de la mort, c’est la résurrection du Christ. » (février 2022) Tout est dit et François de rajouter : « On n’a jamais vu un camion de déménageurs derrière un corbillard ! […] Accumulons plutôt la charité et le sens du partage. »

« Méditer sur sa mort est un exercice des plus enrichissants », assure-t-il. Un exercice propre (mais pas exclusivement) à la Compagnie de Jésus. S’habituer à l’inéluctable permet de « mourir en paix » selon l’expression. « Quelle sagesse dans cette demande », souligne le Pape. Et de rappeler que le « Je vous salue, Marie » se conclut par « Priez pour nous… aujourd’hui et à l’heure de notre mort. » Ou de se tourner vers saint Joseph appelé jadis « patron d’une bonne mort ». 

En effet, Benoît XV s’y référa dans son motu proprio Bonum sane de juillet 1920. Cherchait-il à panser les incommensurables plaies laissées en Europe (notamment) par la Première Guerre mondiale et ses 40 millions de morts ? Tant faire se peut…

1 Pie VII avait présidé en 1802 les obsèques de son prédécesseur Pie VI, mort en exil, mais certes, pas « pape émérite »…

Le chemin de la sortie

Elle s’appelle Janine. Quand je la rencontre, elle a 90 ans passés. Elle ne ressemble pas à une grand-mère classique, mais à un troll, un lutin, un djinn… Janine, elle est un peu d’ici, un peu d’ailleurs… Rencontre.

Par Françoise Besson | Photo : Pexels

Elle aime le jaune et le mauve, les matières douces, le velours, le mohair et, quand je ferme les yeux, c’est comme ça que je la revois : en pyjama de velours mauve, sa grande jaquette en laine fermée jusqu’au menton, s’appuyant sur son rollator à l’entrée de sa chambre. Elle est tellement fatiguée, Janine. Elle porte le poids d’une vie… 

Elle est très cultivée. Elle s’intéresse encore à ce qui se passe dans le monde, au Moyen-Orient, en Israël particulièrement. Sur sa table basse, elle garde, ouvert, un grand livre de photos sur le Yémen : un drame humain dévaste cette région. Elle s’est rendu compte que certaines soignantes ne connaissaient pas l’existence de ce pays. En passant chez elle, elles l’apprendront… Janine est citoyenne du monde, active, militante encore… 

C’est l’angoisse

Mais proche d’elle, pas grand monde justement… Pas d’enfant, pas de sœur ni de frère, pas de neveu ni de nièce, plus de mari, ce compagnon avec qui elle partageait tout. Un beau-fils comme « proche répondant », un homme de 70 ans passés, très préoccupé par sa santé et le placement en EMS de sa propre mère, première femme du mari de Janine.

Elle n’a ni cancer ni sclérose en plaques. Elle pèse 40 kg avec sa jaquette et son pyjama. Elle se préoccupe de ce qu’elle mange, elle marche tous les jours dans les couloirs de l’EMS un quart d’heure au moins : la perspective d’une vie quotidienne en chaise roulante la terrifie. Sa maladie à elle, sa croix quotidienne – elle qui n’a pas la foi – c’est l’angoisse… Une angoisse pathologique, dévastatrice, ingérable qui l’envahit dès le réveil : pouvoir se lever ou non, attendre – mais combien de temps ? – le premier anxiolytique, aller aux toilettes et être sûre d’y avoir fait tout ce qu’il fallait faire pour être à peu près tranquille une heure ou deux… Et ainsi de suite. Les sujets d’angoisse sont innombrables et cette sensation, intolérable. 

Quand Janine commence à parler d’Exit, les soignantes n’y croient qu’à moitié. En la voyant aller et venir, demander une énième fois un ajustement du traitement ; en la regardant composer avec soin ses menus pour digérer le mieux possible, elles se disent que le projet est théorique, un sujet de discussion, tout au plus. 

Enfin le grand jour

Puis Janine commence ses démarches, le chemin est semé d’embûches, avec ce premier choc : le psychiatre qui doit remplir un formulaire sur sa patiente la déclare « sans capacité de discernement ». C’est l’humiliation pour cette femme si vivante dans la réflexion, si vigilante d’esprit. Mais cela ne l’arrêtera pas. Il y aura contre-expertise et avis favorable. Enfin, un médecin d’Exit lui rend visite. Il est très ennuyé car Janine ne rentre pas « dans les clous ». Sa maladie n’est pas létale à terme, ni à proprement parlé invalidante… Mais dans la rencontre, il comprend. Il saisit dans les propos de Janine le pénible et lent déroulement des heures, du lever au coucher, la gorge serrée, l’oppression qui entrave le souffle… S’il fallait évaluer la qualité de vie, elle serait proche du niveau zéro. Dès lors, les choses iront très vite. Quand Janine m’appelle pour la dernière fois, elle me dit : « Demain, c’est le grand jour. » Elle est calme et demande au personnel dont elle a tant réclamé la présence, de la laisser seule. Ses dernières heures seront à elle, savoureuses parce que dernières, justement…

Une amitié indéfectible

Elle s’appelait Janine et, en cheminant avec elle, en l’écoutant, en saisissant quelque chose de ce quotidien douloureux sans amélioration possible, j’ai laissé de côté beaucoup de convictions et quelques certitudes… Notre amitié est indéfectible. Je sens encore dans mes bras ce petit corps de moineau, tout en os sous les couches de laine. J’entends sa voix un peu éraillée et mon cœur chavire au souvenir de son sourire et de ses yeux brillants d’affection. En rédigeant ces lignes pour vous, je retrouve tout cela, comme autant de cristaux ramassés au fil des mois sur ce chemin d’accompagnement.

Triduum pascal avec l’abbé Donzé au Monastère des dominicaines

Par Claude Jenny | Photo : Sœur Anne-Sophie

Le Triduum pascal, tout ou partie, sera célébré dans plusieurs églises de la paroisse et notamment intégralement à la collégiale (voir l’horaire en page 8). Et également au monastère des dominicaines. Les moniales ont l’habitude d’inviter un religieux pour la circonstance qui, outre les célébrations, apporte des temps supplémentaires d’enrichissement et de partage à l’occasion de conférences qui sont agendées durant le temps pascal.  

Cette année, les sœurs ont convié l’abbé Marc Donzé à animer ce Triduum pascal. Un prêtre bien connu et très apprécié. C’est ainsi que, en plus de présider les célébrations, il donnera deux conférences : le Vendredi saint à 11h et le Samedi saint à 11h également. 

Nous publions ci-dessous l’affiche du programme du Triduum pascal au monastère.

La mort

Texte et photo par Jean-Christophe Crettenand

Si en lisant pour la première fois le titre de ce numéro – « Mortellement vôtre » –, ce sont les visages de Roger Moore et de Tony Curtis qui me sont venus à l’esprit – associés aux personnages de Lord Brett Sinclair et de Daniel Wilde (dit « Danny ») dans la série des années 70 « Amicalement vôtre » –, j’ai très vite recentré mes réflexions sur la mort, car c’est bien de cette thématique dont il est question dans la présente édition de notre magazine paroissial.

Je me suis d’abord focalisé sur l’expression complète utilisée pour ce titre avec ce « vôtre » qui m’avait fait dévier du sujet (cf. 1er paragraphe). Je ne suis pas allé très loin sur cette voie en me disant « Oui, bien sûr, ce «  mortellement vôtre  », cela fait allusion à Jésus qui a donné sa vie pour nous ». Mais comment développer cela ?

J’ai finalement décidé de partager avec vous deux aspects de « la mort » qui ont animé mes réflexions lors de la rédaction de cet édito : la célébration de la fête de la Toussaint et une expérience personnelle.

La fête de la Toussaint

Je reste impressionné, année après année, par la célébration de la fête de la Toussaint en tant qu’évènement rassembleur pour de nombreuses familles. L’église est quasi remplie ce jour-là et au moment de se rendre au cimetière, l’assemblée prend encore de l’ampleur. Je suis fasciné par ces liens qui se manifestent à cette occasion. Si l’on est avant tout en famille, on prend cette occasion pour partager tout particulièrement avec les autres familles « voisines de cimetière ». Je ressens à chaque fois un sentiment général de bienveillance encore plus fort qu’habituellement. Les familles qui ont perdu un être cher durant l’année peuvent alors se sentir membres à part entière d’une communauté solidaire. 

Peur de la mort ?

Quelques mois avant la mort d’un de mes oncles qui se savait condamné du fait de sa maladie (Edgar Challandes, qui habitait Fontaines, dans le canton de Neuchâtel, décédé en 2000), je me suis retrouvé seul avec lui dans le salon familial. A bien y repenser, je crois que c’est la seule et unique fois où j’ai eu une conversation sérieuse, seul à seul avec lui. Je me souviens parfaitement lui avoir demandé : « Tonton Edgar, est-ce que ça te fait peur de savoir que tu vas bientôt mourir ? » Il a réfléchi quelques instants et m’a répondu, avec son humour habituel : « Non, ça ne me fait pas peur. Il paraît juste que ça fait un peu bizarre la première fois ! »…

Pâques, fête de la Mort…

La croix n’est plus seulement un instrument de supplice, mais l’arbre de vie qui fleurit encore aujourd’hui.

L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg, à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix.

Par Céline Ruffieux, représentante de l’évêque à Fribourg
Photos : cath.ch, DR

Pâques, fête de la Mort… sans tabou, avec la cruauté, avec la douleur, avec le sang et l’agonie. On ne tait rien de la souffrance de ce Jeune Homme condamné par la vanité de quelques-uns, à un supplice tellement violent que les Romains l’avaient interdit – c’est dire ! Chaque année, à deux reprises au moins, les chrétiens se plongent dans ce récit, mot après mot. Chaque année, on se demande comment on va aborder le sujet avec les enfants. Et alors, quelqu’un propose d’en faire l’impasse – « c’est compliqué quand même, d’en parler aux plus jeunes… Ce n’est pas adapté à leur âge et qu’est-ce que ça apporte vraiment ? Autant se concentrer sur la Résurrection, sur la Vie ! ». Et chaque année, pourtant, ce récit de la Passion prend vie, avec parfois toute une mise en scène, d’une procession avec les Rameaux au dernier souffle conté à plusieurs voix, avec musique de circonstance et vénération de la croix.

Le pape François répète à plusieurs reprises que « la compassion est le langage de Dieu1 ». Osons donc ce vocabulaire tellement riche d’incarnation, tellement plein de ce Dieu qui fit don de son Fils, vrai Homme et vrai Dieu. Compassion, Passion, deux mots qui trouvent leur origine dans le grec pathos : c’était la souffrance physique d’abord, puis le sens a glissé vers la souffrance psychique, celle qui dévore, qui aveugle. Et pourtant, ce « souffrir avec » de la compassion nous permet d’inverser la perspective de la souffrance. « O Crux ave, spes unica, Hoc Passiónis tempore, Auge piis justitiam… » (Salut ô Croix, (notre) unique espérance. En ces temps de Passion, fais grandir l’esprit de justice des gens de bien) nous dit bien que la croix n’est plus seulement un instrument de supplice, mais bien l’arbre de vie qui nous a donné le fruit le plus fécond, d’une fécondité qui fleurit encore aujourd’hui.

1 Par exemple : 17 sept. 2019 – Pape François. Méditation matinale en la chapelle de la maison Sainte-Marthe. La compassion est un acte de justice. Mardi 17 septembre 2019.

L’attente, une perle très belle

Notre engagement dans le monde est parfois happé par une visée d’efficacité, de productivité, de rendement, au risque de perdre notre inscription dans le temps réel, nourri de l’attente.

Par Olivier Taramarcaz | Photo : DR

Acheter sans attendre – Nous vivons dans un temps agité, effréné, noyé dans l’immédiateté. Lorsque nous désirons quelque chose, nous voulons l’obtenir tout de suite, ou nous nous en détournons. Nous avons un pouvoir d’achat, soit le pouvoir d’acquérir quelque chose sans le produire, en payant. Si nous désirons un bien, nous l’achetons, sans avoir participé à tisser ce vêtement, à semer la semence de ce fruit. Le fait de semer une graine en terre, de l’arroser, de la voir germer, croître, établit une relation avec le réel, avec une durée. La facilité apparente de payer en échange d’un produit, sans avoir à le produire, dispense de l’engagement dans le réel. En étant dispensés du temps qui produit la maturité, par l’épreuve de la patience, nous participons à devenir des êtres immatures, sans racines, ne portant pas de fruit. Marguerite Duras exprime cette posture de l’homme avide, insatisfait : « On attend toujours quelque chose. […] Quand l’attente est trop longue, alors on change, on attend autre chose qui vient plus vite. » 1

Le pommier âgé de générosité – J’habite Chemin d’en Haut, en Valais. Dans le jardin, jouxtant le chalet situé à 1’300 mètres d’altitude, nous avons planté un pommier, en 2007. Il a donné une centaine de pommes en automne 2022, peu avant les premières neiges. Jusque-là, l’arbre nous a toutefois gratifiés du parfum de ses fleurs, sans produire de fruit. Il a fallu du temps au pommier pour s’enraciner. Si nous l’avions coupé prématurément, nous aurions été privés, sans en mesurer la perte, de pommes issues de la terre où nous vivons. Lorsque je tiens une de ces pommes dans la main, je vois un fruit préparé depuis 15 ans. Cette pomme que je déguste a 15 ans d’âge. J’ai appris que la meilleure manière d’attendre est d’aimer ce que l’on attend.

La parabole du figuier – Dans la parabole du figuier, Jésus souligne l’importance d’une attente patiente : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des figues, mais n’en trouva pas. Il dit alors au vigneron : « Regarde : depuis trois ans je viens chercher des figues sur ce figuier et je n’en trouve pas. Coupe-le donc ! Pourquoi occupe-t-il du terrain inutilement ? » Mais le vigneron lui répondit : « Maître, laisse-le cette année encore ; je vais creuser la terre tout autour et j’y mettrai du fumier. Ainsi, il donnera peut-être des figues l’année prochaine ; sinon, tu le feras couper. » » (Luc 13, 6-9) Le vigneron, attaché à la terre, connaît par expérience, qu’il est bon d’être patient. Dans notre société utilitariste, il n’y a aucune compassion pour ce qui n’est pas utile, rentable pour soi.

Le risque de ne pas attendre – D’un coup de pioche, le vigneron aurait pu déraciner le figuier. De même, dans mon impatience, j’aurais pu couper le pommier. Ne pas attendre peut conduire à prendre des décisions désastreuses pour soi et pour les autres. A titre d’exemple, selon une estimation de l’OMS, 73 millions d’avortements auraient lieu chaque année dans le monde, 11’049 en Suisse en 2021, et autant d’enfants sacrifiés par cette pratique meurtrière revendiquée comme une liberté, un choix personnel, un droit à l’élimination d’un être, sans aucune considération pour l’enfant, privé de vie, [objecté], jeté hors du ventre de sa mère. On peut en déduire que la première cause de décès dans le monde, c’est l’avortement. Ce ne sont pas des pommes, ni des figues, ce sont des êtres dont la vie est exterminée sans attendre. David, le psalmiste a écrit : « Tu m’as tissé dans le ventre de ma mère. Merci d’avoir fait de moi une créature aussi merveilleuse. » (Ps 139, 13-14) Dans nos sociétés du prêt à jeter, la révolte et le mépris ont décapité la reconnaissance, foulé aux pieds la vie donnée par notre Créateur.

L’espérance dans le cœur – Blaise Pascal (1623-1662), évoquant la relation amoureuse, a écrit : « Il y a une place d’attente dans leurs cœurs. » 2 L’amoureux a expérimenté que dans l’attente se cache le trésor : « L’attente de celui qui attend, est une perle très belle. » (Proverbes 17.8)** L’homme attaché à Jésus ne se contente pas de croire au Messie, il l’attend parce qu’il est épris de lui. Il est saisi par le regard amoureux de Christ. « Celui qui s’attache au Seigneur est avec lui un seul esprit. » (1 Corinthiens 6, 17) Paul dit encore : « Réjouissez-vous de tout ce que le Seigneur est pour vous. » (Philippiens 3, 1) Je peux me réjouir seulement de ce qui anime mon cœur. Dans la présence de Jésus, je découvre que c’est lui qui m’accueille. Dans mon attente, je réalise que c’est lui le premier, qui m’attend.

Bibliographie 

* Les citations sans numérotation sont tirées de la Bible, avec mention des passages.
** La Sainte Bible traduite par Lemaistre de Sacy, (1701).
1 Marguerite Duras, Le Marin de Gibraltar, Paris, Gallimard, 1952.
2 Blaise Pascal, Discours sur les passions de l’amour (1652-1653), Paris, Gallimard, 2008.

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