Sortie paroissiale du samedi 8 octobre

PAR FRÉDÉRIC MONNIN
PHOTO : WIKIMEDIA

La destination de cette année est le Monastère Royal de Brou (Bourg-en-Bresse), monument historique parmi les plus beaux de France.

Les participants seront accueillis en matinée par les Sœurs Dominicaines du Cœur immaculé de Marie, pour la célébration de l’eucharistie et le repas de midi (pique-nique tiré du sac).

La visite du Monastère de Brou se fera dans l’après-midi, avant le retour à Saint-Paul en fin de journée.

Voyage en car (départ vers 8h30). Prix pour la journée : Fr. 20.– par personne (gratuit pour les enfants jusqu’à 12 ans).

Inscriptions auprès du secrétariat jusqu’au 5 octobre à midi.

Vitrail du baptême du Christ Jean Prahin, Saint-Pierre-et-Paul (Le Brassus)

Il y a certes deux fils, mais un seul amour du Père.

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

Proposer sur le même vitrail le baptême du Christ (Luc 3, 21-22) et le retour du fils perdu et retrouvé (Luc 15, 11-32) n’est pas forcément une évidence. Jean Prahin choisit pourtant de lier les deux scènes. L’artiste ayant une grande connaissance des textes religieux, ce ne peut être un hasard.

Au premier registre, le père accueille son fils dans une représentation que nous connaissons bien. En arrière-plan, sur la gauche, une servante présente « le plus beau vêtement » (Luc 15, 22), symbole de la fête des retrouvailles. Sur la droite, le fils aîné toise la scène de toute sa supériorité, refusant de prendre part à la joie.

Au second registre, Jean baptise Jésus. La main qui descend sur eux rappelle les Cieux ouverts et la voix du Père qui déclare : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » (Luc 3, 22)

Ce vitrail nous parle de deux fils. Un fils qui revient auprès de son père après avoir cédé à la tentation. Un autre fils qui va être envoyé au désert pour affronter la tentation dont nous savons déjà qu’Il sortira victorieux. Un fils qui est parti loin de son père et un autre qui lui restera fidèle jusqu’au bout. A première vue, tout les sépare. Il semble d’ailleurs que nous soyons invités à n’en imiter qu’un des deux.

Toutefois, c’est le plus important qui les lie. Il y a certes deux fils, mais un seul amour du Père. Un Père qui se réjouit de notre présence, quel que soit le chemin que nous ayons parcouru. Une joie que mentionnent les deux extraits d’Evangile.

Nous sommes certes appelés à suivre et imiter Jésus, mais il serait dommage d’écarter trop vite le fils perdu. Parce qu’au final, le seul fils que nous ne sommes pas invités à imiter, c’est le fils aîné, celui qui refuse de partager la joie de son Père. En effet, si le Christ est un exemple parfait de la relation au Père, le fils perdu est le rappel que quoi qu’il arrive, nous pouvons toujours revenir. Et Jésus est le Fils envoyé pour que nous puissions revenir au Père.

Sur le parvis du temple

A la Pastorale des Milieux ouverts, l’Eglise remplit pleinement son rôle prophétique, d’une part, en interpelant l’Etat et la société sur la grande précarité. Et d’autre part, en ne réduisant pas les personnes à leurs étiquettes, tout en les rendant acteurs du changement.

PAR MYRIAM BETTENS 
PHOTOS : PASTORALE DES MILIEUX OUVERTS

Les framboises du potager font le bonheur des petits comme des grands. 

« A Genève, si l’on est pauvre, c’est parce qu’on n’a pas réussi ou qu’on est à l’aide sociale. En bref, on est un poids pour la société », détaille Inès Calstas concernant le regard porté sur la grande précarité. Elle poursuit : « Il y a beaucoup de culpabilité et de honte, alors que la grande précarité n’est jamais un choix ! » Provoquée bien souvent par « des accidents de la vie, de grandes cassures, voire même des injustices sociales », cette misère s’est matérialisée dans les interminables files d’attente pour des biens de première nécessité, lors de la crise Covid. Les Genevois ont-ils pour autant pris conscience que derrière la façade d’une des villes les plus riches du monde se cache une vraie détresse ?

« Il est certain que cela dérange et questionne beaucoup. On peut vite tomber dans le refus de cette réalité ou la critique en se donnant des réponses pour éviter de se confronter à cette grande précarité. La question est de savoir comment réagir à cette misère ? Est-ce qu’on se barricade ou on choisit d’essayer de faire quelque chose pour changer la situation ? » A la Pastorale des Milieux ouverts, on a choisi la seconde option en rendant les personnes en situation de grande précarité acteurs de ce changement.

Par le biais de « cercles de conversation », toutes les activités de la pastorale ont été choisies et planifiées ensemble. L’atelier couture permet d’acquérir des compétences dans ce domaine et de vendre les créations sur la boutique en ligne de la pastorale. Les potagers urbains, quant à eux, offrent l’opportunité de partager la récolte tout en faisant connaître ceux qui vivent la précarité au quotidien. Outre cela, la pastorale « essaie de trouver des partenariats avec des associations ou des entreprises pour donner un espoir de sortie de la grande précarité. Ces personnes sont motivées et capables. Le rôle de l’Eglise est aussi de déceler l’immense potentiel que ces personnes possèdent ».

Au service, mais comment ?

Une chose que la Pastorale des Milieux ouverts accomplit et dont on ne se rend pas compte ?
Inès Calstas : Une des choses que l’on ne sait peut-être pas concerne les mendiants. J’ai vu certaines de ces personnes mendier à genoux à la rue de Lausanne. Actuellement, elles ont un emploi. Je n’affirme pas qu’elles soient complètement sorties de la précarité, il ne faut pas se méprendre. La Pastorale des Milieux ouverts n’est pas une baguette magique qui fonctionne sans effort. Par contre, je crois qu’il est possible de sortir des personnes de la grande précarité, si on n’y met les moyens, de la bonne volonté, que l’on croit en Dieu et dans l’être humain. Nous avons relevé ces personnes qui mendiaient à genoux. Aujourd’hui elles sont debout.

Quel « service » apportez-vous aux Genevois, de manière générale ?
IC : Nous renflouons les caisses de l’Etat ! (rires). Nous avons un système pour les personnes en grande précarité et très endettées. Elles peuvent effectuer un travail bénévole à la ville de Genève ou auprès d’associations. En contrepartie, nous recevons de l’argent de fondations et de personnes qui croient en nous. Par ce biais, nous pouvons payer des dettes, qui autrement auraient été transformées en jour de prison. Ce procédé coûte cher à l’Etat et brise des personnes. Dans cette démarche, nous acceptons aussi en stage des jeunes soumis à un travail d’intérêt général ou lors de l’exécution d’une peine sous forme de surveillance électronique [bracelets, ndlr.]. Les stagiaires sont donc parfois des personnes à qui nous évitons la prison.

Une équipe pour vivre l’unité pastorale

PAR THIERRY SCHELLING
PHOTO : ÉTIENNE SCHMELZER

Comme le rappelle régulièrement notre pape François, ce ne sont pas les changements qui marquent notre époque, mais bien que nous changeons d’époque. Et ce, en Eglise également !

Il ne s’agit plus de quelque modification cosmétique mais un nouveau mode de faire Eglise. Plus simple, plus pauvre et plus modeste.

Votre équipe pastorale est envoyée dans l’unité pastorale pour, comme son nom l’indique, créer l’unité dans nos diversités, et faire de la pastorale.

Nos trois paroisses ont désormais – depuis le 1er septembre – un duo de répondant.e.s, un binôme, si vous voulez : pour Puplinge-Presinge, Etienne et le Père Sviatoslav ; pour Choulex-Vandoeuvres, Sabrina et le Père Joël ; pour Chêne-Thônex, Astrid et le Père Thierry.

Cela signifie que chaque binôme est la présence de l’EP dans la paroisse désignée, et la courroie de transmission de la paroisse dans l’EP. Ainsi, aux diverses réunions de conseils y seront présent.e.s les membres du binôme désigné, afin d’améliorer l’interconnaissance et l’échange. Faire l’unité.

Et l’équipe autant que chaque binôme vont faire de la pastorale : catéchèse, rencontres, sorties de nos sacristies et églises, rassembler, regrouper, célébrer… Evangéliser, en d’autres termes. Car on passe beaucoup de temps sur l’organisationnel et si peu sur l’évangélisation !

Soyons missionnaires, car personne d’autre ne le fera à notre place !

« Allez porter l’Evangile du Seigneur »

PAR SIMON RODUIT
PHOTO : MARION PERRAUDIN

Hugues de la Boussinière, nouveau prêtre, ordonné le 27 août 2022 au Châble.

Après l’ordination presbytérale de mon confrère Hugues, le 27 août dernier au Châble, a eu lieu une prière des vigiles pour conclure cette belle journée festive. Le nouveau prêtre y a fait une courte prédication sur l’Evangile de la fête de saint Augustin. En écoutant mon jeune confrère qui venait de recevoir le mandat – comme le dit la prière d’ordination – de « collaborer avec l’évêque pour que le message de l’Evangile porte du fruit dans les cœurs par sa prédication et avec la grâce de l’Esprit Saint », j’étais ému de le voir remplir la même mission que j’ai moi-même reçue un an auparavant.

Mais cette responsabilité d’annoncer l’Evangile n’est pas réservée qu’aux évêques, aux prêtres et aux diacres. La nouvelle traduction du missel, qui entrera en vigueur dans notre secteur dès l’Avent 2022, le rappelle très justement par plusieurs formules à choix pour l’envoi en mission final de la messe. Le classique « Allez dans la paix du Christ » proclamé par le diacre pourra être remplacé par les expressions « Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie » ou « Allez porter l’Evangile du Seigneur ». Or, ces phrases sont adressées à tous les baptisés, à chaque messe à laquelle ils participent.

Il me semble bon de mesurer la portée de cet envoi. C’est Jésus lui-même qui nous envoie en mission, lui qui nous a donné la paix, qui nous l’a laissée pour qu’elle porte du fruit dans notre vie concrète et autour de nous. La première mission du baptisé est de rendre gloire à Dieu, de lui dire merci pour le don de la vie, du pardon et de la communauté. Jésus nous demande de continuer cette action de grâce après la messe dans notre quotidien en remerciant Dieu d’une prière continue et en menant une vie qui puisse témoigner d’un Dieu qui est amour, paix, patience, bienveillance.

D’autre part, à chaque messe, nous recevons la responsabilité de « porter l’Evangile du Seigneur » à tous ceux que nous rencontrons. Cette bonne nouvelle que Jésus nous sauve, nous aime et nous conduit, nous la transmettons par notre joie de vivre, par nos efforts pour aimer notre prochain, ou encore en rendant compte de l’espérance qui est en nous.

Ces deux envois en mission résonnent comme en écho à la raison pour laquelle nous offrons l’eucharistie, rappelée à chaque offertoire : « pour la gloire de Dieu et le salut du monde. » Que le Seigneur nous aide à remplir dans nos vies ces belles missions, en nous soutenant les uns les autres, quelle que soit notre vocation, dans un esprit synodal.

Une proposition…

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : ECR, ESPACE-MADELEINE

… de soutien à la future Maison d’Eglise

En 2024, une Maison d’Eglise ouvrira ses portes au cœur de Genève, sur la Plaine de Plainpalais. Pour soutenir ce projet architectural d’envergure, un concert de soutien a lieu le lundi 10 octobre prochain à 19h30, au Victoria Hall. Organisé par l’Eglise catholique romaine – Genève (ECR), l’Orchestre de Chambre de Genève et l’ensemble vocal Le Motet interpréteront le Requiem de Mozart, sous la direction de Gábor Takács-Nagy. Cette soirée musicale est l’occasion d’encourager les efforts déployés pour transformer le bâtiment en un lieu unique qui fera rayonner la présence de l’Eglise catholique au cœur de la ville.

« Dans ce lieu central, explique Fabienne Gigon, représentante de l’évêque pour la région diocésaine de Genève, le personnel administratif et pastoral de ECR sera sous le même toit et pourra proposer des activités de proximité, en lien avec leurs missions pastorales respectives. »

L’aménagement intérieur est dessiné par l’architecte Christian Rivola et le cabinet Ribo+. L’édifice sera éclairé par un puits de lumière traversant le bâtiment du sommet jusqu’au sous-sol. Un restaurant ouvrira ses portes à l’arrière du bâtiment. « La future Maison d’Eglise sera à la fois un lieu de culte pour les catholiques, de travail pour les collaborateurs de l’ECR, d’accueil, d’échange et de rassemblements », termine Fabienne Gigon.

Une levée de fonds projetant de réunir Fr. 2’255’000.– est en cours. Le concert est l’occasion de découvrir l’avancée des travaux et les personnalités impliquées dans ce projet d’envergure. La billetterie est en ligne sur le site de la ville de Genève sur billetterie-culture.geneve.ch

… et de pèlerinage intérieur

« Les Pèlerins » de l’artiste Johann Kralewski ont déjà pris place dans plusieurs églises de Suisse allemande, mais font halte pour la première fois en Suisse romande. « L’installation, sous cette forme, a spécialement été pensée par l’artiste pour le Temple de la Madeleine », confie Silvia Fiorini, coordinatrice de l’Espace-Madeleine, lors du vernissage de l’œuvre, le 16 août dernier.

Les 17 sculptures grandeur nature sont visibles dès l’entrée du temple. Ces pèlerins, disposés sur les bancs du temple, invitent à s’arrêter, à faire une pause sur nos propres chemins de pèlerinage. Plus loin, quelques souliers attirent l’œil du visiteur. L’artiste a tenu compte de la spécificité architecturale du lieu pour créer deux autres espaces, ou installations, rappelant le thème du pèlerinage. Né en 1949 en Pologne, le sculpteur et peintre Johann Kralewski vit depuis de nombreuses années en Suisse. Au travers de son art, il s’intéresse à de nombreuses problématiques sociétales. Il qualifie d’ailleurs lui-même ses Pèlerins de « pont entre la vie que l’on a laissée derrière soi, avec tous ses problèmes, et l’avenir, plein d’espoir, mais qui doit encore être façonné avec difficulté. Pèleriner, c’est partir, être prêt à affronter activement les risques et peut-être aussi souffrir en chemin ».

A visiter au Temple de la Madeleine jusqu’au 30 octobre, du mardi au dimanche, de 12h à 17h, avant qu’ils ne repartent en direction de l’Allemagne… Documentation et renseignements auprès de Silvia Fiorini à silvia.fiorini@ref-genf.ch ou auprès de l’Espace-Madeleine au 022 310 47 29.

Comment être témoin aujourd’hui ?

« Vous serez mes témoins ! » (Ac 1, 8), telle est la devise du mois de la Mission universelle 2022. Cette parole est celle que Jésus a laissée à ses amis avant qu’il n’ait été soustrait de leurs yeux au jour de son Ascension. Et voici la réalité à laquelle les disciples ont dû faire face…

PAR JOSÉ MITTAZ | PHOTO : DR

« La Visitation », peinture d’Arcabas, peintre français (1926-2018).

Celui qui assurait le leadership depuis trois ans s’en est allé sans avoir pris soin de décider quoi que ce soit pour faciliter un tant soit peu l’organisation de la vie après son départ. Le seul appui pour les disciples résidait dans une promesse d’avenir, celle qu’une force serait donnée, quand l’Esprit Saint viendrait sur eux. Mais parmi eux, nul ne savait ni où ni quand cela se manifesterait.

Dès lors, on comprend que les disciples démunis se soient figés en eux-mêmes, regardant éperdument vers le ciel. Et pour qu’ils se remettent en mouvement, il aura fallu l’intervention de deux hommes en blanc : venus d’on ne sait où, ils n’appartenaient pas au groupe des disciples. Leur prestance et leur présence font signes, du côté de ce Dieu invisible qui se laisse reconnaître lorsque nous quittons nos uniformes pour apprendre à nous rencontrer, simplement, avec « la fine chemise de notre humanité », selon la belle expression d’Etty Hillesum.

Vers la chambre haute

Les amis de Jésus vont se remettre en route : ils quittent le Mont des Oliviers pour trouver refuge du côté de « la chambre haute », là où, grâce à la prière partagée entre tous, s’échafaudera humblement le premier visage d’une communauté non encore chrétienne, mais déjà rassemblée au nom du Christ. Et c’est sur l’appui de cette fragile communauté que Pierre aura l’initiative de se lever au « milieu des frères » pour se risquer à mettre des mots sur un drame qui les a tous marqués : la mort tragique de Judas. L’événement est relu à la lumière des Ecritures qui leur inspirera un premier discernement : le choix de Matthias pour reprendre la part de ministère, laissée vacante depuis la défection de l’Iscariote.

A ce moment de l’histoire, l’Esprit Saint n’était pas encore descendu sur la communauté et pourtant celle-ci était déjà en train de se constituer. C’est comme si la chambre haute était la matrice au sein de laquelle la communauté encore embryonnaire se fortifiait pour naître à elle-même et au monde, avant de recevoir son baptême : la force venue d’en haut, la promesse de l’Esprit Saint accomplie au jour de Pentecôte.

Comment être témoins aujourd’hui ?

Je ne sais pas ! Et s’il fallait oser un renversement de perspectives ? Apprendre à recevoir de l’autre ce que je pensais initialement pouvoir lui apporter. Apprendre à reconnaître en chaque visage rencontré l’homme en blanc qui peut-être, me fait signe du côté de Dieu. Comme lors de la Visitation de Marie chez Elisabeth : Marie est la première à pouvoir témoigner de la présence du Christ en son sein et pourtant c’est l’enfant en Elisabeth qui tressaille de l’Esprit Saint. Dans son exclamation, Elisabeth dit ce que sa tête ne pouvait encore savoir, mais que la vie en son ventre déjà lui inspirait : « Tu es bénie… »

Prendre soin des autres

Rencontre avec Sébastien Gauye, jeune Sédunois engagé

PROPOS RECUEILLIS PAR ALINE JACQUIER | PHOTO : GS

Sébastien, qui es-tu ?

Je m’appelle Sébastien Gauye, j’ai 22 ans et habite à Sion. Je suis une formation en soins infirmiers à la HES-SO. J’aime m’occuper des autres, prendre soin d’eux. Dans ma paroisse de Saint-Guérin, je suis notamment engagé en tant que responsable des servants de messe et depuis une année, je préside le Chœur des Jeunes de Saint-Guérin.

En juin dernier, tu as reçu ton diplôme de JB 3 (Jeunes bénévoles en Eglise) des mains de l’aumônier jeunesse diocésain. Peux-tu nous expliquer en quoi consiste cette formation ?

JB signifie « Jeune bénévole en Eglise ». Cinq parcours sont proposés en fonction des âges et des engagements des adolescents et des jeunes. Pour ma part, je viens effectivement de terminer la première volée du parcours JB3 qui s’adresse aux jeunes adultes à partir de 18 ans. Nous avons participé à six journées de formation et d’approfondissement sur la Bible et la théologie. Nous étions cinq jeunes venant des quatre coins du diocèse et des liens forts d’amitié se sont tout de suite créés entre nous. Nous avions aussi un travail de diplôme à réaliser.

Je crois savoir qu’il y a également un aspect pratique à cette formation. Sur quoi a porté ton expérience de terrain ?

Je suis parti du constat que je suis le même Sébastien que ce soit avec mes amis, avec mes patients et mes collègues ou dans mes différents engagements paroissiaux. Dès lors, il était important pour moi que cette unité se retrouve dans mon travail de diplôme. C’est pourquoi je l’ai effectué dans le cadre du projet « Un soin… juste ! » créé par une infirmière, Aline Pellerin, et qui offre des soins aux personnes en précarité.

Tes lieux de ressourcement ?

La marche et la prière du chapelet. J’allie régulièrement les deux en arpentant le sentier qui mène à la Basilique de Valère ou à l’Ermitage de Longeborgne. Ce sont des lieux calmes et reposants. Au milieu de ces pierres plusieurs fois centenaires, on ne peut que s’arrêter et contempler. Là-haut, j’ai fait la connaissance de l’abbé Joël
Pralong qui accueille et écoute les pèlerins et les gens de passage. De nos échanges,
il en a tiré un livre qui verra le jour prochainement. Mais je vous en parlerai plus en détail une prochaine fois !

Je te donnerai du repos

Le Dieu personnel de la Bible nous invite à sortir de l’agitation, à recevoir la paix et le repos qui se trouvent en Jésus seul.

TEXTE ET GRAVURE PAR OLIVIER TARAMARCAZ | PHOTOS : ARTETFOI.CH, DR

L’alliance de la grâce

La grâce apparaît pour la première fois dans la Bible dans le premier Livre : « Noé trouva grâce aux yeux de l’Eternel […] J’établirai mon alliance avec toi. » (Genèse 6, 8-18) Noé porte dans son prénom le sens de l’alliance de grâce établie par Dieu : Noé signifie repos, consolation, en hébreu. Dieu nous invite dans le « Noé », dans la grâce et dans le repos, dans la consolation de la sécurité de l’arche. Le monde pourtant s’agite, se rebelle, se détourne du Créateur, méprise le salut offert par Dieu en Jésus-Christ. Paul interpelle : « La parole qui leur fut annoncée ne leur servit de rien parce qu’elle ne trouva pas de foi chez ceux qui l’entendirent. » (Hébreux 4, 3) Le rejet de Dieu est la marque de l’homme centré sur lui-même. « C’est ici le repos. Mais ils n’ont pas voulu écouter. » (Esaïe 28, 12) Jésus a dit à ses auditeurs : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. » (Jean 5, 40) Jésus-Christ libère, délivre, renouvelle chaque personne se repentant de ses fautes, les déposant à la Croix : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » (Matthieu 11, 28)

L’agitation des désirs

Nous avons un choix à faire entre le vrai repos qui se trouve dans la foi en Jésus, et l’agitation attachée à notre nature séparée de notre Créateur. Salomon a évoqué « l’agitation des désirs » (Ecclésiaste 6, 7-9), précisant : « Les désirs ne sont jamais satisfaits. » La boussole des désirs est déréglée. Adam et Eve, nos premiers parents, ont exprimé leur désarroi après avoir cru trouver une vie plus excitante dans la bulle de la séduction autocentrée : « J’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. » (Genèse 3, 5-10) Notre société porte la marque de la morsure de « l’agitation des désirs ». Mais elle ne veut pas revenir à Dieu, cette agitation lui procurant quelque jouissance momentanée. Le terme grec « Ponos » est traduit par : désir intense, grand trouble, douleur, peine, péril. « Poneros », l’un de ses dérivés, signifie : rempli de contrariétés, pressé, harassé par le labeur, envieux, méchant, mauvais. Il n’y a pas de repos en soi-même, dans l’homme naturel, contrairement à ce que prétendent tant de paroles gonflées à l’hélium. Notre territoire intérieur occupé par notre ego déboussolé a besoin non de positivisme, ni d’assouvir ses désirs, mais d’être radicalement transformé, régénéré, libéré des racines de l’agitation.

La bonne fréquence

Dieu appelle. Il constate que nous sommes affairés, harassés, agités. Il pose une question : « Quand le fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » (Luc 18, 8) Il y a toujours quelque chose qui vient interférer entre l’invitation du Seigneur à s’asseoir à ses pieds, pour l’écouter, et mon agenda, mes urgences, mes occupations. Y a-t-il quelque chose à quoi je suis attaché qui m’éloigne de la présence de Dieu ? La bonne fréquence pour recevoir les notes symphoniques de la part de Dieu, se résume en cinq lettres : J E S U S. La vie naturelle greffée à la vie surnaturelle de Dieu est la seule capable de transformer l’être humain. Jésus veut me décentrer de moi-même pour me centrer sur l’éternel. Pour cela Pierre insiste : « Laissez le Seigneur être le centre de votre vie. » (1 Pierre 3, 5) Jésus veut m’amener plus loin que mon petit moi. Il m’attend dans la tente de la rencontre, m’invite à trouver en lui le repos. Dieu dit à Moïse : « Je marcherai moi-même avec toi, et je te donnerai du repos. » (Exode 33, 14) David a expérimenté la douce présence du bon berger : « Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles. » (Psaumes 23, 2)

Rencontre avec le nouveau chancelier et son épouse

Gilles et Véronique Gay-Crosier Lemaire habitent Bramois depuis août 2021. Leur famille compte quatre enfants, Salomé-Anna, Zacharie-Ange, Gabriel-Elie et Rébecca-Marie. Gilles est le nouveau chancelier et directeur administratif du Diocèse de Sion depuis le 1er juillet.

PAR RÉGIS MICHELOUD | PHOTOS : ZACHARIE-ANGE GAY-CROSIER, LAURA CORVAGLIA

➤ Leur formation

Gilles pensait travailler dans le secteur bancaire. A la suite d’un pèlerinage d’été à Lourdes, il a ressenti un appel encore vague. A la demande de ses parents, il termine sa formation bancaire, puis obtient un baccalauréat français à Sion. Il entame ensuite des études de philosophie et de théologie à Fribourg, Lugano, Bruxelles où il décroche son De Universa en philosophie et son baccalauréat en théologie à l’Institut d’Etudes Théologiques (IET). Sa licence à Rome complète sa formation en théologie. Les aléas professionnels font qu’il a suivi une formation de journaliste à Lausanne entre 2010 et 2012 couronnée par un certificat.

Véronique a passé son baccalauréat en droit à l’Université Saint Louis de Bruxelles, en vue de faire du droit canonique. La faculté ayant été fermée par manque de professeurs, elle enchaîne avec un baccalauréat en philosophie sans trop savoir pourquoi. Elle y rencontre de jeunes catholiques qui la mettent en contact avec un jésuite; lequel la convainc de poursuivre sa route avec un baccalauréat en théologie à l’IET à Bruxelles, où elle rencontre son futur époux. Décidée comme lui à aller à Rome pour sa licence, c’est l’Institut Jean-Paul II auprès de l’Université du Latran qui obtient sa faveur et elle y retrouve son mari. Elle y obtient une licence en Sainte Théologie du mariage et de la famille. Pour des raisons obscures, le doctorat s’imposait à elle. Il se réalisera en morale à l’Université de Fribourg, en 2008.

➤ Leur expérience professionnelle

Gilles assume d’abord la tâche de collaborateur scientifique auprès du Programme Interdisciplinaire d’Etudes catholiques et comme secrétaire auprès du Département de Patristique et Histoire de l’Université de Fribourg. Puis il est tuteur auprès des étudiants de l’Institut Philanthropos à Bourguillon/Fribourg et aumônier catholique francophone de l’Université de Fribourg. A partir du 1er janvier 2013, il est nommé chancelier du Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. A ces divers postes, il multiplie les expériences et développe de nombreuses compétences.

De son côté, Véronique est d’abord membre de l’Equipe cantonale fribourgeoise des vocations avec son mari. Puis elle exerce le tutorat auprès de l’Institut Philanthropos à Bourguillon/Fribourg. Membre du conseil de communauté et de paroisse, elle a enseigné le catéchisme à l’école primaire du Botzet à Fribourg. Mais auparavant, elle a été assistante diplômée en morale fondamentale, puis assistante docteur en morale spéciale à l’Université de Fribourg et enfin a occupé une charge de cours un semestre en remplacement du professeur Thierry Collaud. Depuis janvier 2021, elle anime l’émission « Clair de Paradis » chaque premier mercredi du mois (à 10h) sur Radio Maria Suisse romande. Quand elle trouve encore un peu de temps, elle écrit des articles et participe à des colloques. Elle a publié un ouvrage en Enseignement social de l’Eglise. La mystique la passionne : Thérèse de Lisieux – sujet de sa thèse de doctorat – l’y a initiée. Véronique lui a d’ailleurs consacré un livre qui paraîtra début 2023.

➤ Leur travail

Comme chancelier, Gilles établit et légalise des actes officiels (décrets, ordonnances, nominations, attestations…). Il est à disposition de l’évêque pour la préparation de dossiers, assiste à différents conseils diocésains, coopère avec des instances ecclésiales, étatiques et associatives. Il coordonne et répartit le travail au sein de la chancellerie diocésaine, organise des célébrations et manifestations. Les archives de l’évêché étant rattachées à la chancellerie, il a le souci, avec sa collaboratrice, de leur conservation, gestion et organisation. Il est aussi chargé de veiller à ce que les actes de curie soient rédigés, expédiés et conservés aux archives. De par sa fonction, il est notaire et secrétaire de curie. Enfin, il répond aux nombreuses questions des prêtres, agents pastoraux, secrétaires des paroisses et des fidèles.

Pour réaliser ce travail, il bénéficie de l’aide de collaboratrices et collaborateurs qu’il remercie. Car sans eux, il ne pourrait jamais faire tout ce travail.

Avec sa nomination à Sion s’ajoute le volet de directeur administratif. Etant en place depuis peu, il observe et découvre le fonctionnement diocésain. Riche de son expérience à LGF, des modifications seront peut-être apportées, en vue d’un meilleur fonctionnement.

Véronique coordonne son émission radiophonique et donne des conférences. Comme sa passion pour la « théologie des saints » la dévore, elle espère pouvoir encore la diffuser à travers des écrits – car la famille passera toujours avant.

➤ Conclusion

Lorsque je leur ai demandé ce qui les motivait dans le choix de leurs engagements, la réponse a été immédiate : ce sont des appels de Dieu. Après la discussion que nous avons eue, je comprends leur enthousiasme. Une foi profonde guide leurs décisions. Une confiance en la Providence également, car il n’est pas rare qu’ils aillent à l’encontre de leurs impressions personnelles. S’abandonner n’est pas facile, mais ils y tendent de tout leur cœur.

« L’obéissance est une vertu d’homme libre »*

A tour de rôle, des jeunes de divers cantons romands profitent de cet espace de liberté pour évoquer un sujet qui les intéresse. Au tour de Pauline de Gromard (25 ans), étudiante en droit à Fribourg et future carmélite, de prendre la plume.

PAR PAULINE DE GROMARD
PHOTO : DR

Nous commençons par comprendre ce que signifie la liberté, avant même de nous poser la question de son lien avec l’obéissance.

Chaque homme nait avec le libre-arbitre, il est libre de choisir dans le champ des possibles qui s’étend devant lui. Mais la liberté est plus que cela. Celui qui est vraiment libre, selon Thomas d’Aquin, est celui qui réalise effectivement ce qu’il veut et cherche véritablement, à savoir le bien. Et plus haut est le bien atteint, plus il est libre. Seul donc ceux qui réalisent le bien sont dit véritablement libres (Liberté).

Par exemple, nous recherchons une amitié dans le but d’atteindre le bien qu’est l’amour. Or, il arrive que nous nous trompions en prenant pour un bien ce qui n’en est pas un. Ainsi la recherche du luxe à tout prix ou le plaisir de la drogue ne rendent pas heureux, ils ne sont pas des biens que nous voulons vraiment et ne nous rendent pas libres.

Maintenant que nous avons une définition plus claire de ce qu’est la liberté, nous pouvons nous interroger si l’obéissance s’oppose ou, au contraire, permet d’être libre.

Obéir signifie renoncer à sa volonté propre pour accueillir et faire la volonté de celui à qui on se soumet. Cela s’oppose peut-être au libre-arbitre, car cela réduit le champ des possibles. Mais cette obéissance n’est pas accordée à n’importe qui. L’obéissance est due à Dieu, et à l’Eglise que le Christ a instituée. Et concrètement, c’est par l’obéissance aux supérieurs religieux que le religieux obéit à Dieu.

Dieu choisit des médiations pour nous communiquer sa volonté. Par exemple, Dieu s’adresse à la Vierge Marie à travers l’ange Gabriel. Au moment de leurs vœux, les religieux remettent leur volonté dans les mains de leur supérieur et posent comme acte de foi de prendre ce dernier comme médiation de la volonté de Dieu. Celui-ci a été nommé et reconnu par la hiérarchie de l’Eglise à qui il doit obéir et rendre des comptes. Sa mission est de permettre aux religieux qui lui sont confiés, de suivre la voie qu’ils ont choisie. Le supérieur est là non pas pour écraser mais pour élever. Pour obéir vraiment, il faut être capable de désobéir !

Ainsi, le fruit d’une juste obéissance est la liberté, car obéir à Dieu, par l’intermédiaire des supérieurs, nous fait mûrir dans le bien.

* Labourdette

La dignité d’être

Je connais de significatif seulement ce qui est porté par une dimension de réel. Le réel trouve son fondement dans le Livre de la Vie. La Bible révèle l’identité de l’homme, son origine, sa dignité.

TEXTE ET PHOTO PAR OLIVIER TARAMARCAZ

La dignité humaine n’est pas fondée seulement subjectivement, selon des valeurs humanistes, mais objectivement, selon les principes de vie établis par le Dieu Créateur. La dignité prend racine dans la Parole qui porte le réel. La Bible est le seul livre qui exprime une telle estime à la vie humaine, de la conception à la mort, de la vie passagère sur terre à la vie éternelle.

Le poids du réel. – Si nous ne sommes pas reliés à ce qui constitue l’ADN de notre vie, nous nous perdons. Nous ne discernons plus ce qui nous concerne de près, ce qui est important, digne de confiance, bon. Ce qui constitue notre vie, c’est en premier lieu notre identité spirituelle. Annuler le réel de notre dignité spirituelle, c’est se comporter comme si le réel naturel autant que le réel spirituel n’existaient pas. Nous pouvons gonfler des bulles, nous forger une identité par préférence personnelle. Il n’est pas besoin d’analyse poussée pour observer que nous avons incorporé un désordre des choses, avec tout son poids de perte, de confusion, substituant l’illusion au réel. Notre temps est marqué par des goûts qui portent de moins en moins de saveurs. Le savoir est au service d’idéologies imposant comme nouvelles bornes, les normes subjectives, au fondement sans fondement de vérité autre que soi-même.

Culture libidinale. – Après avoir évacué le Dieu relationnel, qui confère à l’être humain sa dignité, l’inscrivant dans une identité de filiation avec son Créateur, l’homme, maître de lui-même, prétendument libéré de la Loi intérieure, est déboussolé. Il a perdu le nord. Il s’ingénie à redéfinir les pôles d’attraction hors de la réalité des lois de la physique, hors de la réalité des lois spirituelles, révélées dans le Livre par lequel Dieu parle, la Bible. Il cherche son équilibre hors du réel, dans le déséquilibre du sentimentalisme.

Le nouveau jardin d’Eden, sans Dieu, devient un laboratoire libéré des lois antérieures à soi. Il faut tout refondre, partir de zéro. Il convient en premier lieu de labourer, d’extraire toute racine spirituellement inconvenable, comme la pensée d’un Dieu créateur, personnel, qui aurait quelque chose à dire sur notre manière de vivre. La laïcité reconnaît les lois de la Babel inclusive, mais exclut ce qui vient la questionner dans ses fondements. Tout devient possible dans ce champ d’expérimentation, à l’instar de l’arc-en-ciel, signe de l’alliance entre Dieu et les hommes, détourné de son sens réel, premier, récupéré par les tenants d’une culture libidinale. A défaut de porter une Parole d’alliance transformatrice, la cause rassemble autour d’un alliage performatif, les enfants rois criant à tout va, pancartes et poings levés.

Etre au monde. – J’ai choisi pour ma part de préserver l’alliance de Dieu, la vie relationnelle à laquelle le Seigneur de la vie m’invite. J’ai choisi de suivre Jésus-Christ, qui a donné sa vie pour racheter mon être séparé, pour régénérer ma nature marquée par le péché et par la mort. En ouvrant la porte de mon cœur au Dieu Saint, en me repentant devant Dieu d’avoir vécu selon la loi de mes désirs, j’ai expérimenté ce qu’est la dignité. Jésus m’a lavé de mes fautes, libéré de mes errances. Il a pris sur lui la tache qui m’aveuglait. Dieu m’a donné une nouvelle identité. Je vis dans la dignité d’être qu’il m’a donnée, acceptant de me laisser transformer intérieurement par le Jésus-Christ.

Le Christ, maître de l’école buissonnière…

C’est une nouvelle rentrée pastorale, c’est une nouvelle rentrée des classes, et L’Essentiel semblerait nous guider vers l’école buissonnière, est-ce bien raisonnable?

TEXTE ET PHOTOS PAR MARIUS STULZ

L’école peut désigner l’établissement scolaire, l’ensemble des élèves et du personnel ou le mode d’enseignement lui-même.

A l’école de son Père, Jésus, par son incarnation dans notre monde (l’infini entre dans le monde du fini), va faire une école buissonnière en vue du bien de l’humanité, profitable à toutes et à tous. Pour cette rentrée scolaire ou pastorale, comme pour notre rentrée dans la vie, tous, nous sommes appelés à l’école de l’Amour, à l’école de Jésus.

Sa pédagogie, son école, est simple, exigeante et belle: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.»

Etre chrétien c’est se mettre à l’école de Dieu, à l’école de la foi qui est avant tout une rencontre personnelle avec le Christ. Jésus, sans cesse, nous demande de faire l’école buissonnière de nos certitudes, de nos convictions avec comme seule règle indispensable, incontournable et irremplaçable pour chacun, celle de demeurer dans ce lien d’amour personnel avec lui. Mon seul devoir d’école, mon seul devoir de vie est de compter sur lui et avec lui (la liturgie dira par lui, avec lui et en lui) et saint Augustin de résumer à notre intention le devoir des bons écoliers que nous voulons être ou devenir par: «Aime et fais ce que tu veux.»

Sans cesse, dans cet excellent terreau qui est ce lien d’amour qui nous unit au Christ, Jésus pousse à l’école buissonnière et promet à celui qui lui fait confiance de vivre d’énormes dépassements et de vivre des événements plus grands que tout ce que lui-même a mis en route ou vécu (Jean 14, 12). Ou encore rappelons-nous lorsque Jésus amène les disciples d’Emmaüs, enfermés dans leur tristesse, leurs regrets et leur manque d’espérance, à vivre avec lui l’école buissonnière qui devient une expérience concrète de la liberté, de la résurrection et de l’infini de Dieu; que c’est bon d’être et de se savoir si bien accompagné sur notre chemin.

Ou encore, lorsque Jésus appelle Paul, le pharisien légaliste, le rigoureux, celui qui écoute et vit avec droiture la tradition juive, fidèle aux lois et aux rites, à devenir son apôtre en le poussant au dépassement, afin qu’il rende caduques ses lectures exhaustives de la loi qui séparaient les gens à cause du droit de naissance (lignage), de la culture et la tradition religieuse, de la place sociale, le poussant à revisiter et réinterpréter les rites et les usages à la lumière du ressuscité ; saint Paul l’a si bien fait avec le carcan des règles concernant des rites comme la circoncision et l’ensemble des lois de Moïse contenues dans les cinq premiers livres de la Bible que les juifs-chrétiens voulaient imposer aux païens qui ont accueilli le Christ; au Concile de Jérusalem, les apôtres sous la houlette de Pierre réduisent les centaines observances de la loi juive, en trois grandes orientations qui aideront les nouveaux chrétiens d’origine païenne à progresser dans leur spiritualité en leur demandant de s’abstenir de l’idolâtrie, de l’immoralité, de la viande étouffée et du sang (Ac 15, 5-21). C’est à l’école du maître que les apôtres on pu prendre ces positions nouvelles, rappelons-nous la méditation de Jésus «ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur, mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur», pensée qui ouvre à tous, même aux mécréants, aux pécheurs et aux rejetés, l’accès à une intense rencontre en Dieu, l’accès à la communion. Cette citation est un vrai tuteur pour n’importe quelle situation de vie, lorsque tu ouvres la bouche quel est le bien que tu pourras en faire sortir; … je pense que je devrais me taire plus souvent!

Jésus est et sera toujours le maître de l’école buissonnière pour l’Eglise qu’il ne veut jamais démolir, mais accomplir. «Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous appelle amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père.» (Jn 15, 15) Par l’Esprit-Saint, l’Esprit d’Amour accueilli chaque jour dans nos vies, nous sommes amis de Dieu, donc à même de découvrir dans l’Esprit ce qui est bien, ce qui est bon, ce qui est juste et nous n’avons pas peur de l’annoncer ni de le confronter avec les découvertes de nos sœurs et frères qui eux aussi vivent de l’Esprit, même si le plus souvent il s’exprime à travers eux d’une manière différente, mais qui vient nourrir, construire, édifier, s’harmoniser, communier à l’Esprit qui s’active en chacun de nous.

N’est-ce pas à ce déplacement intérieur auquel sont conviés les catéchumènes qui se préparent au baptême ou les confirmands qui vivent ou qui vont commencer à vivre à la rentrée le cheminement vers la confirmation ; par des moments communautaires où le vivre ensemble devient l’occasion de se laisser rejoindre par le Christ, afin de le reconnaître, de l’accueillir, de l’écouter et de se laisser transformer par cette relation d’Amour qu’il nous offre, et vivre cette école buissonnière qui emmènera chacun au-delà de ses limites, à battre campagne, pour vivre de son amour.

Bonne route et bon cheminement à tous !

Confirmands, marraines et parrains 2021.

La communauté Vie Chrétienne (CVX)

De nombreuses communautés sont présentes en Suisse romande, comme autant de témoins de la vitalité et de la diversité de l’Eglise. Ce mois-ci, cap sur des groupes de laïcs dont la spiritualité d’inspiration jésuite s’incarne dans la pratique des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

PAR PASCAL ORTELLI | PHOTO : DR

Dates clés

1540 Approbation par le pape de la Compagnie de Jésus.

1563 Des premiers groupes de laïcs voient le jour au travers de la Congrégation mariale.

1967 A la suite du Concile Vatican II, les Exercices spirituels connaissent un regain d’intérêt. Les groupes de laïcs, alors appelés « Communauté dans le monde », redéfinissent leurs statuts et s’appellent désormais « Communauté vie Chrétienne » (CVX). En Suisse, Anna Beck s’attèle à ce renouvellement.

1982 Naissance des premiers groupes helvétiques.

2001 L’Association CVX en Suisse prend forme avec ses propres statuts

2013 La CVX mondiale fête ses 450 ans et un pèlerinage se déroule de Constance à Einsiedeln.

Organisation : une communauté mondiale constituée de petites équipes qui se réunissent une fois par mois pour discerner comment Dieu parle à chacun au travers de la prière et d’un échange autour des joies et peines du quotidien.

Mission : à la suite de saint Ignace, « chercher et trouver Dieu en toute chose », c’est-à-dire reconnaitre Dieu présent au cœur du monde et de notre vie, apprendre à nous voir comme il nous voit et devenir des « contemplatifs dans l’action ».

Présence en Suisse romande : deux équipes à Lausanne, une à Genève et une à Fribourg.

Une particularité : la relecture ou prière d’alliance, soit s’arrêter chaque jour un instant pour voir comment Dieu a été présent en nous à travers les situations et les personnes rencontrées afin de discerner ce qui va dans le sens de la vie ou ce qui divise.

Pour aller plus loin : gcl-cvx.ch

« Faire partie d’une équipe CVX, c’est… »

Par Catherine Guerbet (équipe Emmaüs, Lausanne)

« Pour moi, c’est un chemin de croissance qui m’aide à vivre ma foi dans mon quotidien, à unifier ma vie (travail, famille, loisirs, engagements…), à faire des choix porteurs de vie. Retrouver mon équipe chaque mois m’oblige à m’arrêter pour relire le mois écoulé, y voir les traces de Dieu ou ce qui est à transformer. Avec les membres de l’équipe, c’est un compagnonnage dans la foi. CVX m’invite également à plus de liberté intérieure et à être actrice de ce monde, à ma façon. »

Le «fils prodigue» ou «un père a retrouvé»…

La parabole du «fils prodigue», lue en temps de Carême et durant ce mois de septembre est un texte d’une richesse extraordinaire qui vaut la peine d’être regardé dans son contexte: Luc en fait l’aboutissement d’une argumentation de Jésus, face à ceux qui lui reprochent ses mauvaises fréquentations.

PAR FRANÇOISE BESSON
PHOTO : DR

Les trois paraboles dites de la brebis perdue (Luc, 15, 4-7), de la pièce perdue (Luc, 15, 8-10) et du fils prodigue (Luc, 15, 11-32) ont le même sujet : quelque chose (quelqu’un) de précieux est perdu puis retrouvé et quand ce qui était perdu est retrouvé, la joie du « propriétaire » est grande, si grande qu’elle se doit d’être partagée, les amis sont réunis et la fête commence !

Les différences mettent en évidence la gradation du récit et la place de l’homme dans le cœur de Dieu. Tout d’abord, au ras des chiffres, ce qui est perdu, c’est d’abord le centième, puis le dixième, puis la moitié, donc par rapport à la richesse initiale, on pourrait dire que la partie qui manque est de plus en plus importante. Et si l’on regarde la nature de ce qui est perdu, on se rend compte qu’on passe d’un bien nécessaire au travail quotidien, à la fortune économisée, et à ce qu’il y a de plus précieux en soi : son propre enfant.

Jésus met en scène des pertes que les hommes peuvent subir et, chaque fois, la joie éprouvée est à la hauteur de ce qui avait manqué. Les personnes autour de lui ont vécu des attentes similaires, sans certitude de pouvoir enfin serrer dans leurs bras celle ou celui qui revient sain et sauf : la joie du Père, ils la connaissent… A l’heure où nous pouvons suivre en temps réel le déplacement de chacun autour de cette planète, il nous faut sans doute faire un petit effort d’imagination, et peut-être avons-nous, dans nos souvenirs, un de ces moments de retrouvailles longtemps attendu où, enfin, on est avec ceux qu’on a tant souhaité revoir ? Ce qui est plus difficile, c’est de se représenter que nous pouvons être pour Dieu l’occasion d’une telle joie… C’est déjà tellement difficile de nous représenter Dieu, de le voir comme un père aimant, mais en plus de tout cela, de se dire que, selon les mouvements de notre cœur, nos retours vers la vie, nous pouvons susciter « quelque part » une joie vibrante… C’est vraiment un mystère…

Il est enfin une différence, et non des moindres, qui parle de nous : la brebis et la pièce ont été activement recherchées, mais le fils non… Il aurait pu mal finir et ne pas revenir, il aurait pu épouser la fille d’un autre éleveur (à l’instar de Moïse) et ne jamais revenir et, dans les deux cas, le père, chaque jour, se serait usé les yeux à regarder au loin les premiers signes d’un retour. Il aurait pu… car tout n’est pas joué puisque ce fils est libre… Vaste sujet que la liberté de l’homme, évidence pour certains, mythe ou illusion pour d’autres, cadeau empoisonné pour d’autres encore… Mais dans cette histoire en tout cas, il y a manifestation de liberté : en temps de famine ou d’abondance, le choix de revenir plutôt que d’aller plus loin reste un choix. Le fils est revenu sans escorte des forces de l’ordre ou des serviteurs de son père, c’est un homme libre…

Mystère troublant de la joie de Dieu, aléas de nos vies et de nos choix, quotidien désenchanté et retour sur soi (et par tant d’autres aspects encore) ce texte de l’évangile de Luc n’a pas fini de faire résonner en nous questions et réflexions… à moins que ce ne soient les premières notes de musique de la fête !

Un pont entre la recherche et la société

Les développements de la biologie et de la médecine poussent l’Eglise à se positionner sur de nouvelles questions de société. Stève Bobillier, membre de la Commission de bioéthique des évêques suisses, tente de concilier valeurs chrétiennes et enjeux de la recherche scientifique.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER

En bioéthique, il est généralement question de limites. Quels sont les processus de discernement pour les fixer ?

Comme dans toute recherche scientifique, il faut d’abord laisser de côté ses opinions, établir les arguments pour et contre et éliminer ce qui semble incohérent pour tenter de discerner une réponse. Ce qui est intéressant, c’est de parvenir à trouver ce que j’appelle des « nœuds », c’est-à-dire des concepts fondamentaux comme la liberté ou la sécurité, qui entrent en concurrence dans une question éthique. Idéalement, il s’agit ensuite de trouver une solution pour les dépasser ou au moins de proposer des orientations. Le but n’est donc pas de convaincre, mais de donner à penser, car dans ces questions, il n’est pas possible de fixer une frontière stricte entre ce qui est juste ou non, mais plutôt une latitude.

Les discours concernant la vie humaine opposent fréquemment la logique du bénéfice individuel à celle du bien commun. Comment concilier ces deux logiques ?

Dans nos sociétés ultra-individualistes, nous oublions souvent que toutes nos actions ont un impact sur les autres. Idéalement, il faut viser le bien commun, parce qu’on comprend que c’est le bien et que c’est ce qu’il faut faire. Cela suppose de ne pas le confondre avec nos envies ou nos plaisirs individuels. Dans un second temps, comme nous faisons partie de la communauté, ce bien rejaillira d’une certaine manière sur nous.

Face à l’avancée des sciences et à leur impact sur l’humain, est-ce que la vérité d’hier est celle de demain ?

Il faut distinguer la vérité de notre saisie de la vérité. La vérité est universelle, elle vaut en tout temps et pour tous, mais notre compréhension change et doit s’approfondir. Cela vaut tant pour la philosophie ou la théologie que pour les sciences exactes qui se comprennent toujours « en l’état actuel de nos connaissances ». Donc les contextes changent, mais le questionnement fondamental, de ce qu’est l’homme et de son rapport au monde, demeure le même depuis toujours et ne
changera pas.

Dans ces domaines, les pratiques devancent bien souvent les normes qui permettent de les juger. La bioéthique a-t-elle un temps de retard ?

(Rires) Le rôle de la bioéthique est de mettre des garde-fous à la recherche. Souvent, nous intervenons après les découvertes, car la science évolue rapidement, mais il y a des questions que nous pouvons prévoir. La modification de l’ADN humain, par exemple, risque d’avoir des conséquences irréversibles et nous devons anticiper les problèmes pour mettre des limites claires à la recherche.

La bioéthique qui s’est imposée est de nature déontologique et juridique. Peut-elle faire face à des enjeux d’ordre anthropologiques, voire métaphysiques ?

La traduction pratique de la bioéthique se fait dans la loi. Cela dit, le droit fixe ce qui est légal, pas ce qui est juste. Il est important de défendre des valeurs humaines comme la défense du plus faible. Face aux questions bioéthiques qui concernent les limites de la vie, l’aspect juridique ne suffit pas, car la dimension spirituelle de l’homme resurgit inévitablement. Il y a par exemple aujourd’hui un fort tabou de la mort, qui est abstraite, statistique, chiffrée. On parle peu de sa propre mort comme d’une réalité. Il est pourtant essentiel de l’anticiper, pas seulement administrativement, mais surtout sous l’aspect humain et spirituel.

Autour de la vie humaine

La Commission de bioéthique des évêques suisses se penche sur toutes les questions touchant à la vie humaine. Des thématiques telles que le consentement présumé dans le don d’organes, le diagnostic préimplantatoire, l’euthanasie, l’expérimentation animale et humaine, le suicide assisté ou encore la procréation médicalement assistée ont été abordées.

Biographie express

Docteur en philosophie et éthicien, Stève Bobillier est aujourd’hui professeur au Collège Saint-Michel (FR) et membre de la Commission de bioéthique de la Conférence des évêques suisses (CES). Cette dernière officie en tant qu’organe consultatif de l’Assemblée des évêques ou de l’Etat. Composée d’éthiciens, de philosophes, de médecins, de juristes et de théologiens, la commission propose des éclairages sur toutes les thématiques entourant la vie humaine.

Le pouvoir de pardonner

Pardonner: quelle gageure! Par-delà la blessure infligée, rester les mains ouvertes… Cela ne laisse-t-il pas nombre d’entre nous perplexes? La miséricorde, voilà bien une des plus puissantes et des plus étonnantes facettes de l’identité du Dieu de Jésus Christ. Une facette qui caractérise aussi proprement l’être humain.

PAR PASCAL TORNAY
PHOTOS : DR, PONTIFEXENIMAGES.COM

Dans son livre « Le pouvoir de pardonner »1, la théologienne réformée Lytta Basset explore les dédales du problème du mal non pas à partir des concepts a priori de bien et de mal, mais à partir de l’expérience dont elle fait le point de départ de sa réflexion. Un point de départ tout intérieur, autrement dit le moi souffrant ou la part de moi-même qui souffre du mal subi.

En s’appuyant sur les textes bibliques tirés du livre d’Isaïe 2 et des évangiles de Luc 3 et de Matthieu 4, son travail fait apparaître que tout être humain possède en lui le pouvoir de pardonner, à condition qu’il accepte de mettre sa blessure à nu, de regarder en face ce qui s’est passé, et ensuite de « laisser aller »5 le mal subi sans condition et en toute liberté.

Oublier, non, mais réintégrer

J’entends souvent dire qu’il faut « oublier » et qu’ainsi on pourra pardonner ou qu’avec le temps, les choses s’estomperont. Oublier ? Cela reviendrait à refouler, à rejeter cette part de nous-mêmes qui a été touchée par le mal. Lytta Basset prend ici justement le contre-pied de cette approche trop spontanée qui est si souvent le chemin du pourrissement et/ou de la reproduction du mal subi et finalement de la mort. Echo aux textes bibliques, elle propose une autre voie.

Il s’agirait plutôt d’accepter d’entrer en relation avec cette part souffrante de soi pour la laisser nous parler, pour laisser remonter des tréfonds le suc même de ce qui a été touché et ainsi permettre sa réintégration puis la guérison. En abandonnant le fantasme de vouloir par nous-mêmes faire le tri entre bien et mal, nous refusons ainsi de nous ériger en juge pour nous-mêmes. Deuxièmement, en refusant de nous enfermer dans la condamnation de nous-mêmes – confondant par là le mal et la part souffrante de nous en nous – nous nous laissons une chance de nous ouvrir à une réalité plus grande encore : l’ouverture à l’autre et la solidarité avec notre moi souffrant.

Notre théologienne a redécouvert dans les Ecritures la source d’un rapport profondément différent à soi-même qui trouve son origine dans le rapport de Dieu lui-même avec chacun de nous. Il ne s’agit jamais d’un rapport d’accusateur à accusé, car sinon comment Dieu nous ouvrirait-il au salut ? Tributaires de cette vision infernale que nous attribuons parfois encore au Seigneur, nous nous enfermons dans un jugement mortel sur nous-mêmes au lieu d’éduquer notre regard au regard même de Dieu sur nous qui envisage, qui nous sauve de nos propres jugements durs et inquisiteurs sur nous-mêmes.

Renoncer à être un juge

Après avoir renoncé à devenir le juge de la part souffrante de nous-mêmes, Lytta Basset nous fait entrevoir un chemin de résurrection. Elle en fait une sorte de programme : il s’agit premièrement de s’abaisser à entrer en relation (comme de petits enfants) avec le Royaume intérieur dont Lytta Basset dit par ailleurs qu’elle est la part perdue de nous-mêmes. Puis, d’accueillir son enfance blessée au risque, sinon, de reproduire le mal et de blesser à son tour.

L’accueil de cette part blessée en nous, nous aidera à renoncer à une image de nous-mêmes non entamée par le mal et à assumer cette image imparfaite de nous-mêmes. C’est l’acceptation de notre image entachée par le mal qui va, en réalité, dit Lytta Basset, nous permettre de nous mettre en quête, en compagnie de Dieu, de notre moi perdu et, de là, de nous remettre à la recherche de cet autrui par qui le mal est venu.

Laisser aller

Les dernières étapes se proposent de « laisser aller » le mal subi sans condition et en toute liberté. Cela revient, en d’autres mots, à éviter de retenir, d’entretenir la présence du mal subi et de s’engager résolument sur cette voie en « sachant » que ce pouvoir de décider qui nous est laissé est un pouvoir de vie ou de mort que nous rappelle le livre du Deutéronome : « Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie. » (Dt 30, 19)

Laisser aller sans condition et en toute liberté ressemble bien à la capacité souveraine du Seigneur envers nous. Lui ressembler et faire œuvre de miséricorde d’abord envers nous-mêmes restera un défi éternel pour nous les humains. Mais il n’y a pas de petites victoires !

1 Lytta Basset, « Le pouvoir de pardonner », Ed. Albin Michel / Labor et Fides, Coll. Spiritualités vivantes, Paris, 1999, 320 p.
2 ch. 52-53 : le serviteur souffrant.
3 ch. 23 : la Passion.
4 ch. 18 : les paraboles de la miséricorde.
5 C’est ainsi que du grec au français, on transpose le verbe « pardonner » ce qui l’éclaire de manière neuve.

« Une personnalité libre »

PAR THIERRY SCHELLING
PHOTO : VATICAN.NEWS

« Nous ne sommes plus en chrétienté, nous ne le sommes plus ! Nous ne sommes plus les seuls aujourd’hui à produire la culture, ni les premiers, ni les plus écoutés », dixit François à la Curie Romaine en décembre 2019 !

Et cela vaut aussi pour les écoles catholiques : le 29 mars dernier, la Congrégation pour l’Education catholique (et les universités) a publié une instruction sur l’identité d’une école catholique aujourd’hui. Et le constat est clair : « L’identité [catholique] n’est pas une notion défensive, selon le préfet du dicastère, le cardinal Versaldi, mais une notion proactive. Dans le sens où nous avons certaines valeurs que nous proposons et n’imposons à personne, aussi parce que ce n’est pas nous qui choisissons les élèves dans nos écoles, mais ce sont les élèves et les familles qui choisissent nos écoles. »

Dialogue

Former des élèves à avoir une attention à la personne et aux plus faibles spécialement, voilà le trait caractéristique d’une école catholique ! On est loin de l’esprit de croisades ou du « entre-soi » face au « méchant monde »… L’instruction précise le devoir de telles écoles : « Un jeune doit se sentir accompagné, non pas dans un climat de sévérité ou de scientificité, mais par des personnes qui respectent, proposent, corrigent et permettent l’émergence d’une personnalité libre, en tant que citoyen et en tant que chrétien. » Et cela doit aussi concerner les enseignants !

De « Education » à « Culture »

La marque du changement est également notoire dans le cadre de la réforme de la Curie romaine acté par sa nouvelle constitution Praedicate Evangelium : désormais, le dicastère se nomme « de la culture et de l’éducation », rassemblant deux anciennes entités datant respectivement du Concile Vatican II (le conseil pour la culture) et du XIXe siècle (congrégation des universités).

Ce furent les Papes qui soutinrent les premières académies (Bologne, Paris, Oxford…) depuis le XIe siècle et donc formèrent la culture européenne pendant des siècles. Désormais, Rome propose de développer les valeurs humaines selon l’anthropologie chrétienne… et dans le contexte du monde contemporain : « Nous n’y sommes plus les premiers à produire de la culture », alors cultivons modestement !

Notre belle ville ! Et nous, dans cette ville ?

Nous avons voulu, l’an passé, en Eglise, marquer pour la première fois, le mois de septembre comme «mois de la Création»1 . Cela avait pris la forme de quelques «Chemins de traverse», sur Martigny et les alentours. Nous sommes tout motivés à récidiver cette année avec une proposition encore plus singulière! C’est que, au fil des mois, c’est une sorte de rêve qui a pris forme et qui pourrait, avec vous tous, devenir réalité!

PASCAL TORNAY ET JEAN-PASCAL GENOUD
PHOTOS : VEGETALYS.CH, PEXELS

Un élément nouveau a fait irruption et a fait progressivement basculer nos perspectives. Il s’agit probablement d’une opportunité historique : la disponibilité d’une belle parcelle parsemée d’arbres fruitiers au cœur de Martigny. Elle pourrait voir naître, à deux pas de l’église, un espace de rencontre et de partage.

En effet, ce verger d’abricotiers (sis à la rue des Morasses) de plus de 6’000 m2 semble de plus en plus difficile à être exploité comme tel. Pourquoi ne pas y aménager des jardins ? Pour y cultiver, bien sûr, toutes sortes d’herbes et de légumes aux côtés des arbres présents, mais aussi – et pourquoi pas surtout – des liens sociaux et humains entre des personnes aux motivations diverses…

Le rêve se fait vision…

Ici, de petits sentiers bordés de belles plates-bandes pleines de légumes de toutes sortes… Là, un espace de jardinage pour des familles, là un espace pour des personnes en situation de précarité qui apprécieraient d’investir un peu de temps dans ce lieu de paix… Ou encore un lieu d’accueil et de convivialité…

Les choses s’emballent… Une association à but social, bien en vue sur Martigny, aurait besoin de 2’000 m². Elle doit quitter en 2023 son emplacement actuel et s’était faite à l’idée qu’il serait impossible de trouver place au centre-ville.

Le projet est encore au stade d’ébauche. Il suppose l’implication complexe de plusieurs décideurs, dont la Congrégation du Grand-Saint-Bernard et la Commune de Martigny, ainsi que le respect de toute une série de contraintes administratives.

Nous avons confié le soin à une jeune architecte paysagiste, Valentine Meylan, de nous proposer quelques dessins illustrant ce que cet écrin de verdure au cœur de notre ville pourrait devenir… Voyez donc !

Rendez-vous sur le terrain

Dès lors, pour mieux laisser mûrir ce projet et recueillir vos premières impressions ou interrogations, nous avons la joie de vous proposer deux soirées de discussion. La première, vendredi 16 septembre, avec des personnes expérimentées en matière de « ville verte » et la deuxième, le lendemain, avec un couple qui va nous amener à envisager la Création comme le rendez-vous incontournable de notre idéal de chrétiens.

Les rencontres auront lieu sur le terrain même où nous tenterons de réaliser notre rêve (entrée par la rue des Morasses et parking sur place). Elles se veulent des moments d’approfondissements, de partages d’expériences et d’échanges conviviaux en lien avec des personnes ayant expérimenté diversement le rapport entre la terre et l’Homme… Nous vous y attendons avec joie pour partager nos visions et les enrichir !

1 C’est-à-dire le mois « vert » de l’Eglise. Il débute le 1er septembre et se termine le 4 octobre, fête de saint François d’Assise. Il a été instauré dans l’Esprit de l’encyclique Laudato Si’ par les Eglises chrétiennes en Suisse.

Le long de la rue des Morasses, les habitants découvrent les cultures maraîchères travaillées par les associations locales et groupes communautaires.

Vitrail de Cingria…

… église de Saint-Joseph (Rolle)

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

Le vitrail de Cingria qui se trouve dans l’église de Rolle nous invite à nous pencher sur l’histoire du diocèse de Lausanne. L’artiste a représenté : Notre-Dame de Lausanne entourée par deux saints évêques, Marius et Amédée.

Les deux saints apparaissent comme des statues, sur des socles portant leur nom.

Saint Marius (à droite) vit au VIe siècle. Il semble qu’il entre très jeune à l’abbaye de Saint-Symphorien à Autun. C’est saint Gontran, le Roi des Burgondes, qui le choisit pour devenir évêque. Marius vit sa mission avec humilité et ascèse. Il s’engage particulièrement auprès des plus pauvres. Il est aussi l’auteur d’une chronique universelle.

A l’époque, l’évêque réside dans la capitale de l’Helvétie : Aventicum (Avenches). Il aurait transféré le siège épiscopal à Lausanne.

A sa mort, il est canonisé par la population, ce qui était la pratique à l’époque.

Il est représenté ici avec la crosse à la main et la mitre à ses pieds (un signe de sa piété et de son humilité ?).

Saint Amédée de Lausanne (à gauche) vit au XIIe siècle. Il entre chez les cisterciens. Il est ici représenté avec un vêtement brun qui pourrait rappeler l’habit monastique. Jusqu’en 1335, la tenue des cisterciens se devait simplement d’être en laine non teinte. Les couleurs variaient donc entre l’écru, le gris et le brun.

Amédée est envoyé au monastère d’Hautecombe qui traverse une période de troubles. La réputation du moine est telle que la population de la ville de Lausanne le choisit comme évêque lorsque le siège devient vacant. Amédée refuse plusieurs fois, mais le Pape confirme son élection.

Dans la partie haute du vitrail, la Vierge Marie tient dans une main un calice et dans l’autre Jésus en train de lire. Est-ce une façon d’indiquer que le Christ est présent dans l’Eucharistie et dans la Parole ?

Le médaillon au-dessus de la tête de la Vierge porte l’inscription « Electa ut sol » : éclatante comme le soleil. Elle provient d’un hymne chanté à l’Assomption, lui-même issu du Cantique des Cantiques (Cant. 6, 10).

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