Après de longs débats sur le sexe des anges, nous voici devant une nouvelle question: Et si Dieu était une femme? La première phrase de la Bible se traduit ainsi: Au commencement, Dieu enfanta. Dans les Evangiles, Jésus nous parle de Dieu en disant Notre Père. Mais dans la béatitude Heureux les miséricordieux… il emploie le terme Rahamim, qui suggère les entrailles maternelles de Dieu. Dieu est miséricorde, c’est sa nature d’être maternel.
Plutôt que de se creuser les méninges pour élucider ce mystère, je suggère de chercher une ébauche de réponse dans le secret de notre cœur. Dieu est Amour. Voilà notre Credo. Pour nous, qui sommes des hommes et des femmes sur terre, il y a plusieurs sortes d’amour : amour matrimonial, amour paternel, amour maternel, amour filial, amour fraternel, amitié… Cela dépend de notre situation dans une famille, de nos rencontres, de nos choix. Ces diverses sortes d’amour s’inscrivent dans un projet. La mère donne la vie, elle protège, veille, soigne, nourrit, rassure son enfant. Elle désire de tout cœur l’aider à grandir et écarter tout ce qui pourrait lui nuire…
Le père aussi veut le meilleur pour son enfant. Il représente l’autre, celui qui va élargir le couple fusionnel mère-enfant, celui qui lui donne un nom, une place dans une famille, qui va l’ouvrir au monde… Il en va de même pour toutes les sortes d’amour. Le projet d’un frère ou d’une sœur est différent de celui qui se tisse avec un ami. On pourrait en parler longuement.
Eh bien, justement ! Dieu est pur amour. Il rassemble tous ces projets que nous expérimentons, et bien d’autres encore, dans son amour pour chacun de nous. Il ne peut pas se restreindre à une seule façon d’aimer. Il est à la fois infiniment père, mère, ami et bien plus encore ! Il nous aime d’une façon totale et parfaite. Il désire le bien, le meilleur, le bonheur infini, la vie éternelle pour chaque être humain.
Un jour, mon fils alors âgé de 8 ans, me demanda comment c’était le ciel. Je ne sais plus bien ce que je lui ai répondu, mais j’ai tenté de lui parler de l’amour infini de Dieu et de son désir de bonheur pour chacun. Et mon petit homme a conclu ainsi: Ce sera plein de bonnes surprises ! Plein de bonnes surprises ! Je me réjouis !
Avec la même confiance, la même joie, ouvrons-nous à toutes les bonnes surprises qui nous attendent…
En complément au dossier de la Rédaction romande de L’Essentiel sur le thème «Dieu au féminin» (lire au centre de ce journal), nous avons demandé aux représentantes féminines de l’équipe pastorale et de notre rédaction paroissiale de dire en quoi le fait d’être une femme influençait leur façon d’agir en Eglise. Cinq femmes ont accepté de s’exprimer. Leurs témoignages ci-dessous et ci-contre.
Nicole Monnard, auxiliaire pastorale
«Masculin? Féminin? Les deux à la fois!»
« Pourquoi faudrait-il que Dieu soit masculin ou féminin ? N’est-il pas les deux à la fois ? La Genèse écrit à propos de la création de l’humain : Dieu le créa à son image, homme et femme, Il les créa. Cette illustration me donne à penser que c’est ensemble, hommes et femmes, que nous sommes image de Dieu. Complémentaires ! Dans notre travail pastoral, je trouve particulièrement riche et nécessaire ce partenariat. Nous devrions être envoyés en mission deux par deux… et si nos sensibilités sont différentes, c’est tant mieux ! Nous n’en serons que davantage ajustés pour rejoindre nos frères et sœurs en Christ dans ce qu’ils vivent. »
Bernadette von Niederhäusern, ancienne agente pastorale et membre de la rédaction du journal paroissial
«Une femme accueille mieux les émotions ¨»
« Comment puis-je, en tant que femme, apporter quelque chose de différent dans l’engagement en Eglise ? J’ai remarqué que je suis plus attentive à l’accueil, au décor. La convivialité est un point important afin de faciliter la rencontre. Souvent, les femmes préparent un gâteau pour les réunions. La femme est habituée aux émotions et elle a moins peur de les exprimer. Elle a aussi la facilité de les accueillir. Cela la rend proche des gens. Pour elles, c’est normal, cela fait partie de la vie. »
Marianne Berset, agente pastorale
« Chacun a sa place, nous sommes tous convoqués »
« Depuis de très nombreuses années, je suis femme en Eglise, d’abord comme bénévole et aujourd’hui comme engagée. Je fais partie de cette communion de personnes unies au Christ où chacun a sa place aussi bien les femmes que les hommes car nous y sommes tous convoqués. Si je me réfère au texte biblique qui m’a portée lors de mon discernement : » Avant de t’avoir formé dans le sein de ta mère, je t’ai choisi… » (Jr 1.5), je pense que c’est Dieu qui nous choisit et qu’en vivant ma foi je fais sa volonté. En tant que maman de trois enfants aujourd’hui adultes, je connais la valeur de la vie que l’on porte dans nos entrailles. Avec mon instinct maternel, il est important pour moi de donner ma vie pour ma famille mais aussi pour les autres. Aujourd’hui, notre évêque est sensible à cette situation et a ainsi nommé des représentantes de l’évêque. Personnellement, je pense que l’important dans l’Eglise n’est pas tant de savoir qui doit siéger à droite ou à gauche (Mt 10, 35-45) mais d’être une Eglise de proximité qui transmet un témoignage vivant et joyeux qui donne envie de rencontrer le Christ, afin de constituer une communauté fraternelle et heureuse. Et là, le chantier est encore immense… »
Nathalie Angelini, membre de la rédaction du journal paroissial
«Etre une femme ne change pas radicalement mon rôle»
«Personnellement, je n’ai jamais réfléchi à une déclinaison de Dieu au féminin, car au final pour moi Dieu est TOUT. Dieu est notre créateur, notre consolateur, il est pour moi une immensité rassurante, inexplicable. Mais je sais que croire en Dieu est une évidence qui me rend heureuse. Et en ce qui concerne mon engagement dans l’Eglise ou dans ma vie de chrétienne au sens féminin et au sens plus large, je dirais que l’apport est mon dynamisme et mon amour passionnel pour le Christ, ma fraîcheur et ma jeunesse. Mais finalement aujourd’hui, dans un monde libre où nous avons tous plus au moins l’opportunité de montrer qui nous sommes, je n’ai plus la sensation que d’être une femme change radicalement ce que nous pouvons apporter à la communauté chrétienne ou non d’ailleurs.»
Rachel Jeanmonod, agente pastorale
«Nous avons à décider et gouverner ensemble»
«Quelle place pour les femmes dans l’Eglise ? Majoritairement présentes, engagées, compétentes, disponibles, courageuses aussi… elles sont pourtant absentes des instances décisionnelles. A mes yeux, l’être humain ne peut donner le meilleur de lui-même qu’en présence de l’autre sexe. Nous avons été créés hommes et femmes pour nous compléter. Cette mixité est voulue par Dieu. Nous avons à œuvrer mais aussi à décider et gouverner ensemble. Plutôt que se demander ce que celles-ci ont de plus ou de moins que ceux-ci, demandons-nous ce que la mixité a de si précieux aux yeux de Dieu pour qu’il nous aie créés ainsi. L’équilibre hommes-femmes est à rechercher autant dans la gouvernance que dans n’importe quel autre engagement de baptisé.»
Récemment dans l’Eglise évangélique-réformée de Genève, le débat autour de la question du genre de Dieu s’est envenimé.
Il suffit de coupler ces deux mots pour, souvent, déchaîner l’ire des uns, le rictus des autres. Quand on ne nous traite pas de «féministe» ou, au contraire, de «misogyne». C’est bien que le bât blesse quelque part… Posons quelques arguments, calmement.
PAR THIERRY SCHELLING | PHOTOS : DR
Qu’il soit bien clair : le Dieu révélé par Jésus-Christ n’est ni homme ni femme, mais à la fois tous les deux, et, mieux, les deux ensemble, sans être réductible ni à l’une ni à l’autre ! Car Dieu est Dieu… mais pas éloigné ou indifférent à sa création : l’univers, le minéral, le végétal, l’animal, dont l’expression chérie par Dieu est ce vis-à-vis tant désiré et intime : l’être humain, à qui Dieu a tout confié de sa création, et qui est chemin vers Dieu 1.
Sacré Zeus !
La mythologie grecque s’en est donné à cœur joie pour personnifier le panthéon des divinités sous les traits d’hommes, de femmes et d’animaux, pour les rendre visibles (efficaces ?). Ces anthropomorphismes sont inévitables, car on ne peut pas parler de Dieu sans utiliser un langage… humain, qui peut prendre moult formes : parabolique (les fameux « comme » dans les évangiles, Dieu est comme une femme qui, comme un homme qui), métaphorique (Dieu est un semeur, « Notre Père », une mère qui rassemble ses petits), etc.
Problème de langue
Le langage est un inévitable moyen pour visualiser… l’invisible. Tout le monde comprend le mot « courage » mais comment le définir si ce n’est par une périphrase : « le courage, c’est quand on ressent que, c’est comme… » ? Comme tout moyen, le langage est partiel et partial ; il est à apprendre et à utiliser pour communiquer et il est relatif: au vu des milliers de langues dans le monde, comment prétendre qu’une seule d’entre elles – le latin, le grec, le chinois ? – saurait épuiser ce que l’on pourrait dire de Dieu ? Les traducteurs émérites le savent bien : il y a des mots intraduisibles… Et traduttore traditore 2 !
L’art chrétien a figé la représentation de Dieu comme un homme barbu et grisonnant.
La Mère de Dieu et l’enfant, à Istanbul. Mais la Vierge n’est pas le pendant féminin de Dieu.
De plus, l’art chrétien a exclusivement figé la représentation de Dieu comme un homme barbu et grisonnant : tout le monde a en tête le « Jugement dernier » de la chapelle Sixtine. A relever en passant une certaine confusion visuelle de ce Dieu-là avec les images de… saint Joseph !
De plus, la mariolâtrie – le culte excessif rendu à Marie – a exposé une femme à notre vision, compensant quelque part la « phallocentrie » de Dieu par l’abondante illustration de la Vierge – mais Marie n’est pas son pendant féminin 3 !
Dieu est humain
Il n’empêche, et homo factus est, affirme le dogme chrétien : « Dieu s’est fait être humain », Mensch, diraient les germanophones. Même si nous affirmons que le Christ est le Fils de Dieu, donc un mâle – et il y a peu de doute sur cela ! –, Dieu devint homo (sic !), être humain que Dieu a créé « mâle et femelle… à son image et à sa ressemblance » selon Genèse 1. C’est bien que les deux sexes, chacun pour soi et ensemble, sont les représentations les plus proches de ce qu’est Dieu, sans rivalité entre eux, mais plutôt en dialogue.
Deux articles
Au contraire de l’allemand, nos langues latines ont abandonné l’article neutre des origines, pour ne garder que le masculin et le féminin. En hébreu, l’appellation Elohim pour parler de Dieu est… plurielle ! Il y a donc une variété d’usages due à la grammaire, mais en français, on ne peut dire que « il » ou « elle » pour parler de Dieu, depuis que cette langue a été reconnue comme vernaculaire (sous François Ier, roi de France de 1515 à 1547). Et une société patriarcale a vite fait son choix !
Une Bible en version inclusive.
Option des sexes
Récemment 4 dans l’Eglise évangélique-réformée de Genève, le débat autour de la question du genre de Dieu s’est envenimé de manière impressionnante, voire écœurante… avant même d’avoir commencé la réflexion sur les arguments de tout bord. Cette virulence est-elle l’effet post-Covid où l’impatience est à bout après avoir trop tiré sur nos cordes existentielles depuis deux ans ? Gageons que non. Car les « détracteurs » déraillent avant même que le train ne soit parti de la gare, en exprimant une véhémence qui nécessite de s’interroger paisiblement sur leurs raisons. Pourquoi ? « Cela me gêne à l’oreille », entend-on dire de qui peine avec le féminin utilisé pour Dieu. Est-ce un problème auditif par inhabitude ?
Dieu est belle
Et pourtant, Dieu est aussi femme, Elle est « Notre Mère qui es aux cieux », Elle est féminine, car matricielle 5. Et l’on peut lister nombre de métaphores pour « émasculer », l’espace d’une réflexion, le Dieu mâle qui caractérise notre société et nombre d’Eglises chrétiennes. Car le christianisme est la religion de l’Incarnation humaine par excellence, « Et le Verbe s’est fait chair ». C’est que tout l’humain traduit, transmet, illustre, véhicule le Dieu de Jésus-Christ.
Femme tout simplement…
Alors, on relit d’une part la Bible – compilation de 10 siècles d’écritures tout de même ! – et de l’autre, l’histoire de nos sociétés humaines et notamment de la place de la femme dans celles-là 6. Et on peut découvrir des pistes, des icônes, des témoins, des narratifs où Dieu est aussi… féminin ! N’est-ce pas leur non-usage ou leur oubli qui les a fait passer à la trappe ? Par exemple, le féminin rouah, notre Esprit saint ; l’intriguante présence au côté du Créateur de hokmah, la Sagesse dans le Livre du même nom ; la shekinah, présence de Dieu au milieu de son peuple tout au long de son Exode ; Dieu qui accouche de son peuple dans le Psaume 127… Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas accorder à ces métaphores leur part féminine intrinsèque, en parfaite équivalence des « Notre Père » et autre « Seigneur des armées » bien testostéronés !
Témoins
Des femmes mystiques ont prié Dieu au féminin : Dieu ma Mère véritable (Christina de Markyate), Dieu est tout autant notre Mère que Dieu est notre Père (Julienne de Norwich). Ont-elles été excommuniées ? Non. Et le bienheureux Jean-Paul Ier de conclure : « [Dieu] est papa, plus encore, Il est mère » (Angélus du 10 septembre 1978). So what ?
Dans l’Eglise anglicane, les femmes peuvent devenir prêtres et évêques.
1 Selon le titre d’un ouvrage de G. Daucourt (et al.), Dieu, chemin vers l’homme ; l’homme, chemin vers Dieu, Parole et Silence, Paris, 2006, qui relit le document du Concile Vatican II Gaudium et Spes. 2 Proverbe italien : un traducteur est un traître ! 3 C’est un point dénoncé dans le Coran quant à notre « hérésie trinitaire » ! 4 Article de L.Vuilleumier dans Le Temps, 16 janvier 2022. 5 Dans la Bible, la compassion de Dieu s’image par le mot rahamim, les entrailles maternelles. 6 Cf. A.-M.Pelletier, L’Eglise et le féminin. Revisiter l’histoire pour servir l’Evangile, Paris: Editions Salvator, 2021.
L’œuvre de Pergolesi chantée dans notre église. Emouvante et tellement… actuelle !
Stabat Mater, «la mère se tient debout». Marie au pied de la croix, comme ces mères et ces épouses et ces fiancées et ces petites amies et ces filles qui tiennent debout malgré les outrages des hommes, les ravages de la guerre, la honte du mariage forcé ou de l’infibulation, le désastre du viol, la plaie de la misogynie… Oui, Stabat Mater dolorosa.
Iuxta crucem lacrimosa, « à côté de la croix, pleurant ». Marie pleure à côté de son Fils moribond, comme ces mères et ces sœurs qui ont vu leurs maris, leurs frères, leurs époux, leurs amis mourir, l’arme à la main, dépérir parce qu’en prison, disparaître parce que cherchant un avenir meilleur ailleurs. Et ils n’en reviennent pas vivants, entiers, apaisés… Oui, iuxta crucem lacrimosa.
Dum pendebat Filius, « pendant que le Fils pendait [au bois de la croix] ». Marie contemple l’ineffable, l’impensable, l’irréel, presque : la chair de sa chair, le fruit de ses entrailles, l’expression de son amour de Dieu et pour Joseph, l’héritier de sa douceur et fermeté… son Fils qui se meurt, cloué alors qu’innocent. Un parent ne devrait pas voir sa progéniture mourir, et pourtant : les enfants abusés, ou malades, ou accidentés à vie, ou handicapés, ou orphelins, ou soldats, ou prostitués de force… Oui, dum pendebat Filius.
Victoire, le Christ mort est ressuscité, le Christ est vivant… grâce à une femme, Marie, et à une autre, première témoin, Marie-Madeleine…
Elles visitent les habitants, leur apportent la communion, les accueillent à la chapelle, les saluent lorsqu’elles les croisent dans la maison que leur congrégation a fondée en 1954. Mais qui sont donc les Sœurs du Castel Notre-Dame? Petites mains de l’âme, nos sœurs: Anne-Françoise, Verena ont accepté de partager ce qui les anime et les grands traits du chemin qui les a conduites jusqu’au Castel!
PAR LAURE BARBOSA-STRAGIOTTI PHOTOS : DR
Par une vie de louange, de témoignage et de compagnonnage au cœur du monde, les Sœurs de Saint-Maurice s’inscrivent dans le sillage du libre don de Maurice et ses hommes. Vers l’an 280 près d’Agaune, ces soldats romains originaires de Thèbes (Egypte) refusèrent de renier le Christ, de persécuter leurs frères et moururent martyrs au nom de leur foi. Aujourd’hui comme hier, les Sœurs vivent leur vocation dans des engagements variés. Actives dans divers lieux en Suisse et à Madagascar, leur maison-mère se situe à La Pelouse sur Bex.
Pour Sœur Anne-Françoise Sager, la foi apparaît en filigrane : contrairement à Paul foudroyé sur la route de Damas, c’est dans le rétroviseur de son existence qu’elle découvre la présence de Dieu… Elle acquiert néanmoins très tôt la certitude que la vie est don de Dieu et que tout don peut à son tour devenir semence de vie. Pour elle, la foi est ce cadeau qui, loin de nous installer dans le confort, pousse à vivre cette aventure en communion avec tout et tous, à travers les épreuves et l’obscurité. Après son enfance zurichoise, elle arrive au foyer Clairval à Finhaut tenu par les Sœurs de Saint-Maurice. Elle apprécie cette équipe de femmes vivant ensemble simplement et vouées aux autres. Anne-Françoise enchaîne ensuite l’Ecole Normale, juniorat et Profession. Elle enseigne durant 13 ans à la Pelouse où elle s’imaginait que le majestueux tilleul dans le jardin serait encore là après elle. Mais un jour, ils l’ont coupé ! Et celle qui dit : « La vocation est toujours devant nous » se retrouve à Zurich pour gérer un centre d’accueil touristique et social. Près de 10 ans plus tard s’ensuivront un retour à la Pelouse, une formation d’aide-soignante et un engagement à la Clinique Saint-Amé, puis au Castel dans les soins et finalement en aumônerie. Anne-Françoise a fêté ses 50 ans de profession religieuse en 2021.
Sœur Verena Boss est née à Berne en mars 1944. A 15 ans, sa mère voulait l’inscrire pour un cours d’été de français mais celui des Ursulines a été supprimé cette année-là et elles leur ont donné l’adresse des Sœurs de Vérolliez. Là, elle a appris l’histoire de saint Maurice et celle de sainte Vérène, ermite égyptienne proche des martyrs thébains. C’est là que le Seigneur lui adressa son premier appel. « Je me sentais à ma place au milieu des Sœurs de Saint-Maurice pour vivre un témoignage de foi et du don de ma vie par amour pour le Christ. » En 2024, elle aura la joie de fêter ses 50 ans de profession après avoir œuvré deux ans à la Clinique générale de Sion et 42 ans à la Clinique Saint-Amé à Saint-Maurice. « Et maintenant, je fais une nouvelle expérience auprès des personnes aînées du Castel qui m’ont accueillies pour être avec elles et avec eux sur leur route ! Le Christ m’attirait et ça comptait plus que toute autre chose. On ne voit pas encore clairement mais on sait, sans doute, qu’il est présent. »
La deuxième partie de cette interview paraîtra dans notre prochain numéro. Vous y découvrirez un peu de la vie de leurs deux consœurs Claire Sierro et Marie-Thérèse Rieder.
La Bible est un ensemble de textes racontant l’action de Dieu dans l’histoire de son peuple et dans l’Eglise. Nous y rencontrons la destinée de très nombreuses personnes – des hommes célèbres mais aussi des femmes connues ou moins connues.
PAR EMMANUELLE BESSI | PHOTOS : LDD
Esther Image tirée de: Esther (Bible) – Wikipédia (wikipedia.org)
Parmi les femmes les plus connues de l’Ancien Testament, il y a bien entendu Eve – première femme mentionnée dans la Bible (Gn 2-4). Nous trouvons aussi les femmes légitimes des patriarches : Sarah, la femme d’Abraham (Gn 12-23), Rebecca, la femme d’Isaac (Gn 24-27), ainsi que Léa et Rachel, les femmes de Jacob (Gn 28-36). D’autres épouses moins connues sont citées, comme Asnath, la femme de Joseph (Gn 41,45) ou encore Cippora, la femme de Moïse (Ex 2, 21). En dehors des « épouses de », on trouve des femmes intéressantes comme Rahab, prostituée de Jéricho qui protège les espions des Hébreux et facilite la prise de la ville et du pays par Josué et ses combattants (Josué 2), ainsi que Déborah, prophétesse et juge d’Israël qui mène les armées à la guerre et vainc l’ennemi (Jg 4-5).
La rencontre de Marie de Magdala et de Jésus au tombeau. Image tirée de: Marie de Magdala – Wikipédia (wikipedia.org)
Trois livres bibliques portent d’ailleurs des noms féminins. Il y a le livre de Ruth où Ruth (jeune veuve de Moab et sa belle-mère Noémie rentrent à Bethléem) devient l’épouse de Booz. Dans le livre de Judith, Judith (jeune et belle veuve de Béthulie) arrive à éviter une invasion en séduisant le Général Holopherne assiégeant sa ville ; elle profite de l’ivresse de ce dernier pour le décapiter et libérer ainsi la Judée des Babyloniens. Quant au livre d’Esther, Esther (jeune juive exilée avec le peuple juif à Babylone et qui devient la favorite du roi Assuérus) parvient à faire annuler le décret d’extermination des juifs. D’autres femmes sont encore mentionnées dans l’Ancien Testament comme : Anne la mère de Samuel (1 S 1-2), ou Sara la maudite, qui perd tous ses maris lors de ses nuits de noces (Tobie 3 et 7-8).
Dans le Nouveau Testament, les femmes sont aussi très nombreuses. La figure la plus connue est, bien entendu, Marie la mère du Christ, présente dans les quatre Evangiles et au début des Actes des Apôtres. La seconde femme dont il est question dans les Evangiles est Elisabeth (Lc 1, 39-80), puis on trouve Anne, qui prophétise sur l’enfant Jésus venant d’être présenté au Temple (Lc 2, 36-38). Nous y rencontrons aussi Marthe et Marie, les sœurs de Lazare (Lc 10, 38-42 / Jn 11, 1-44), Marie de Magdala – la femme la plus citée du Nouveau Testament, qui resta auprès de Jésus durant son ministère public, à la croix (Mc 15, 40-47) et lors de sa résurrection (Jn 20, 11-18).
On trouve encore des femmes dont le nom n’est pas connu, comme la Samaritaine (Jn 4, 4-29), la fille de Jaïre que Jésus ramène à la vie (Lc 8, 40-56), la femme adultère (Jn 8, 1-11), la pécheresse qui verse un parfum précieux sur les pieds de Jésus (Lc 7, 36-50).
Femmes de la Bible, les Cahiers de l’ABC-9, Edition Saint-Augustin, 2021, 387 p.
N’oublions pas les femmes présentes dans le reste du Nouveau Testament comme Tabitha, que Pierre ressuscita (Ac 9, 36-43), Marie mère de Jean surnommé Marc, qui mit sa maison à disposition de l’Eglise (Ac 12, 12), Priscille, épouse d’Aquila qui a soutenu Paul, (Ac 18) ou Evodie et Syntché, deux femmes ayant eu une querelle dans l’Eglise de Philippe (Ph 4, 2-3).
La liste n’est assurément pas exhaustive, mais si vous voulez en savoir davantage sur quelques grandes figures féminines de la Bible, je vous suggère la lecture de l’ouvrage ci-dessous :
Le Covid et sa cohorte de restrictions me sont apparus comme une expérimentation mondiale d’étude des comportements face à une menace. Cela peut conduire à plus de soumission à une autorité sous le contrôle «scientifique» d’experts ou, au contraire, réorienter notre avenir vers plus d’humanité. Jusqu’où tiendra notre monde?
PAR JEAN-PIERRE DEMURGER
PHOTO : PIXABAY
Une expérience réalisée dans les années 60 et connue sous le nom du psychologue américain Stanley Milgram, avait pour but d’évaluer le degré d’obéissance de sujets devant une autorité qu’ils jugent légitime et d’analyser le processus de soumission à cette autorité, notamment lorsqu’il induit des choix posant des problèmes de conscience 1.
L’expérience. – Un « professeur » inflige des « punitions » à un « élève » sous forme de chocs électriques s’il commet une erreur et ce, sous le contrôle d’une « blouse blanche ». Ces chocs peuvent être mortels. Si le professeur décide d’arrêter, l’autorité scientifique lui demande de continuer, car tout est « sous contrôle ». Lors des premières expériences menées par Stanley Milgram, 62,5 % des sujets menèrent l’expérience à terme en infligeant à trois reprises la punition maximum (mortelle) à son élève. Milgram a qualifié à l’époque ces résultats « d’inattendus et inquiétants ». J’ai longtemps vu cette expérience comme désastreuse. Je suis d’une génération où « le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière de l’Alsace », dixit les scientifiques. Aujourd’hui, j’en comprends le côté positif. Une partie de la population est capable de « résister » et de sortir d’un problème avec des solutions « nouvelles » malgré toutes les contraintes qui peuvent lui être imposées par des autorités et ce, même si le conformisme contraint une majorité de la population. C’est plein d’espérance, car c’est ainsi que, il me semble, le christianisme est né.
Nos libertés. – Pourquoi, à travers cette pandémie, sommes-nous capables d’aliéner nos libertés face à une autorité, sans que cela ne génère davantage de problèmes ? Est-ce un effet de crise ou de masse que l’exécutif décide et que, sous le stress et la contrainte, la réflexion s’efface. Avons-nous encore un libre arbitre ? Sommes-nous capables de l’exercer ? Certes, la liberté est d’abord angoissante. Et l’autorité a ceci de rassurant que nous pouvons agir dans un certain cadre sans nous poser de question mais cela implique la confiance.
Un choix pour l’avenir. – Il n’y a pas de libertés sans choix. Or, nous sommes aujourd’hui devant un choix : continuer comme par le passé ou passer à un autre paradigme respectueux de notre humanité et de notre planète. Quel est le choix pour notre avenir ?
• Exercer notre libre arbitre en faisant des choix pour notre avenir ? Et comme choisir, c’est renoncer, à quoi devons-nous renoncer ?
• Laisser notre avenir en gestion à nos autorités dans des systèmes démocratiques ou non, qui ne pourront que nous contraindre en parant aux crises qui s’enchaîneront de plus en plus vite ? Crises qui appelleront la suspension (ou la suppression) de nos libertés…
Dans son dernier ouvrage, Philippe Guillemant 2 écrit : « Une chose est sûre. Cet ancien futur est le prolongement du monde d’avant, en pire, c’est-à-dire, toujours plus de pollution, de destruction de la nature et du vivant, de surconsommation, de dépense d’énergie et d’information. C’est aussi l’aliénation de l’être humain à travers les technologies liberticides qui veulent s’imposer à nous aujourd’hui : la 5G avec les objets connectés, le traçage de la population, la surveillance par drone et le puçage humain. »Les systèmes (démocratiques, éducationnels, judiciaires, médicaux, etc.) craquent en général à la marge comme les vieilles outres avec du vin nouveau. Il y a toujours des moyens d’accélérer leur chute, en poussant les protocoles qui nous gouvernent dans leur retranchement.
Ceci ne nous dit cependant pas comment construire le futur. Dans ce sens, Philippe Guillemant dit aussi : « Si vous ne voulez pas du transhumanisme, soyez lucides et sachez dire non, mais sans vibrer la peur et la violence. Vibrez plutôt la joie et la puissance de l’être souverain et confiant qui sait que ce futur ne passera pas par lui. Vibrez des projets solidaires, autonomes et résilients qui valorisent la nature au lieu de la détruire. Rêvez de rejoindre des initiatives innovantes et créatrices en allant vous installer dans la campagne. Mais n’oubliez jamais qu’on ne crée pas son futur avec son mental, mais avec son cœur. »
Notre futur est-il déjà figé, sans que nous puissions le modifier ?
1 Source : Wikipédia. 2 Extrait de Philippe Guillemant, « Le grand virage de l’humanité : Vers quel nouveau futur nous dirigeons-nous ? », Ed. Guy Trédaniel, 2021.
Dieu au féminin. Les figures féminines de la Bible. Quelle femme des récits bibliques vous a marqués? Etonnés?Voilà la question posée à plusieurs personnes. La variété de leurs réponses nous invite à nous replonger dans ce livre saint pour redécouvrir ces femmes du peuple de Dieu.
PHOTOS : MARIE-PAULE DÉNÉRÉAZ, DISTANT SHORES MEDIA/SWEET PUBLISHING, CC BY-SA 3.0 VIA WIKIMEDIA COMMONS, EVANGILE-ET-PEINTURE.ORG, PEINTURE DE BERNA, DISTANT SHORES MEDIA / SWEET PUBLISHING, CC BY-SA 3.0 VIA WIKIMEDIA COMMONS
Illustration biblique du Livre d’Esther
Par Méloée, 10 ans
Parmi les femmes de la Bible, c’est à Marie que je pense tout de suite, mais il y en a beaucoup d’autres que j’admire, comme Esther qui est vraiment un modèle. Elle est très croyante et très sage et même si elle se marie à un roi perse, elle n’oublie pas le cousin qui l’a élevée, ni ses origines juives. Elle est rusée et intelligente et sauvera les Juifs du complot d’Haman qui voulait les exterminer. Elle est très discrète mais aussi très courageuse, comme beaucoup de femmes de la Bible. En fait, on en parle moins que des hommes mais elles ont énormément de qualités et surtout, j’ai l’impression qu’elles font confiance à Dieu alors que les hommes doutent beaucoup et veulent toujours des preuves.
Par Marlyse, env. 60 ans
Marie-Madeleine est chère à mes yeux car elle est la témoin de la Passion du Christ, elle était présente au pied de la Croix. Elle est témoin aussi de sa Résurrection, elle était au tombeau avec l’autre Marie, lorsque l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité… toutes émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. » (Mt 28, 5-8) Jésus, en lui accordant le privilège de la vision, lui a donné une connaissance parfaite du kérygme 1 et permis ainsi non seulement d’entrer elle-même dans le mystère mais d’y inviter les autres.
1 Kérygme: mot issu du grec ancien qui signifie proclamation, message. Pour les chrétiens, c’est le contenu essentiel de la foi en Jésus-Christ annoncée et transmise aux non-croyants par les premiers chrétiens.
Par Hélène, 40 ans
Marie-Madeleine a souvent été réduite à une femme pécheresse repentie, mais elle est bien plus que cela. Jésus ne stoppe pas son désir brûlant d’amour infini, mais il le réoriente. Elle est pure ouverture à Dieu. Elle est là au milieu des disciples, elle est là au pied de la Croix, elle est là comme premier témoin de la résurrection. Quel privilège pour elle, à qui Jésus demande d’être missionnaire : « Va trouver mes frères. » (Jean 20, 17) Le Seigneur, loin d’avoir peur d’elle, est proche d’elle par le cœur, et il la révèle comme une femme de lumière, de foi, de fidélité aimante. Il fait d’elle l’apôtre des apôtres, « sentinelle de l’invisible » (saint Jean-Paul II). Elle incarne pour moi une femme inspirée, initiatrice, qui brûlait d’un tel feu que rien ne l’apaisait ; sauf la source de l’Amour.
Marie-Madeleine au pied de la croix, église de Chamoson.
Illustration biblique du Livre de Ruth.
Par Régis, 57 ans
«Tu entends, n’est-ce pas ma fille? Ne va pas glaner dans un autre champ, ne t’éloigne pas d’ici, mais attache-toi à mes servantes.»
Ce passage est tiré du livre de Ruth, chapitre 2, v. 8-9. Voici une femme qui vit hors d’Israël, comme moi d’ailleurs, et qui va se déplacer sur Israël.
Ne suis-je pas moi aussi loin des chemins de Dieu? Dois-je être si loin, pour que Dieu me visite? Fais-je souvent un acte qui plaît à Dieu, et encore, lequel! Combien de fois vais-je vers Dieu chercher des réponses! De quelle humilité suis-je fait? D’un instant ou de 40 ans? Suis-je fidèle à Dieu, ou bien est-ce que je reste attiré par le monde? Ce monde dont Jésus dira: «Je ne suis pas de ce monde.»
Par Greg, 47 ans
Parler d’une figure féminine de la Bible ? Deux me viennent spontanément à l’esprit : Elisabeth et Marie. L’image d’une famille solidaire et aimante. Apprenant la grossesse et pensant au besoin d’aide de sa cousine Elisabeth, Marie s’élance sur les chemins de Palestine pour la rejoindre, l’aider et la soutenir. Elisabeth devient la confidente du secret de Marie, beau témoignage de confiance entre les deux femmes. J’aime l’image de ces deux cousines qui, au-delà de leur différence d’âge, partagent la joie de leur grossesse et se réjouissent ensemble de ce beau projet de Dieu pour elles.
A tour de rôle, des jeunes de divers cantons romands profitent de cet espace de liberté pour évoquer un sujet qui les intéresse. Au tour du Fribourgeois Matteo Antunno de prendre la plume.
PAR MATTEO ANTUNNO | PHOTO : DR
Je m’appelle Matteo Autunno et j’ai 21 ans. J’étudie les mathématiques à l’EPFL et j’habite à Grolley, dans le canton de Fribourg. J’ai été servant de messe et sacristain dans la paroisse de mon village et désormais je suis animateur pour le parcours de confirmation dans l’unité pastorale Sainte-Trinité. Aujourd’hui, je souhaite vous parler d’un projet qui me tient tout particulièrement à cœur : le festival Crossfire de Belfaux.
Il s’agit d’un mini-festival lancé par des jeunes confirmés de l’unité pastorale Sainte-Trinité qui a eu lieu pour la première fois en juin 2018. Une deuxième édition était initialement prévue en 2020, mais elle a été reportée deux fois à cause du Covid ; elle aura finalement lieu le samedi 11 juin 2022. Je fais partie du comité d’organisation depuis 2019 et je suis aujourd’hui le coordinateur adjoint de cet évènement. A quelques mois de cette nouvelle édition, une tournée de messes Crossfire a débuté dans différentes unités pastorales du canton de Fribourg, l’occasion de donner un léger avant-goût du festival.
Ces messes Crossfire sont des rencontres vécues dans l’esprit du festival : une messe dynamique et animée musicalement, des moments de convivialité à la sortie de l’église, voire une partie dansante avec le DJ du festival pour une soirée festive. Rejoignez-nous à ces différentes messes pour découvrir une partie de l’ambiance du festival !
Bien entendu, le principal est le festival Crossfire lui-même. Un festival ouvert à toutes et tous, organisé par les jeunes et pour les jeunes. L’esprit festif et convivial régnera durant toute la journée, dès l’après-midi et jusqu’à tard dans la nuit. Une journée qui fera écho avec ce qui est vécu en partie lors des messes Crossfire. Diverses animations ludiques, un témoignage et la messe célébrée par Mgr Alain de Raemy, l’évêque des jeunes, marqueront la première partie du festival. Ensuite, il y aura la possibilité de se restaurer à des food-trucks, puis des animations par des artistes locaux tant en danse qu’en chant et en musique. Enfin, en soirée, il y aura le concert du groupe français de pop-louange Hopen, suivi par DJ The Docteur. Un programme idéal pour se rassembler autour des valeurs humaines et spirituelles, pour vivre la joie chrétienne !
Il ne me reste plus qu’à vous dire : rendez-vous à Belfaux le samedi 11 juin prochain !
Dès l’école primaire, les enfants comprennent qu’être performant n’est pas facultatif. Il semble qu’exiger des enfants et des jeunes le meilleur d’eux-mêmes soit insuffisant! A l’image de notre société et du monde économique et professionnel actuels dont les milieux éducatifs sont l’antichambre, la formation serait-elle devenue un lieu de torture? Et au service de qui, de quoi? Les souffrances semblent être énormes autant que méconnues. Certains étudiants décident parfois de mettre fin à leurs études et à changer complètement de voie.
PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY
PHOTO : PIXABAY
Leonora a 20 ans. Elle vit à Martigny. Elle témoigne de ce que nombre de jeunes gens vivent au quotidien… Elle suit actuellement sa première année à la HES-SO Valais à Sion en filière soins infirmiers. Elle est de nature joviale et essaie de toujours être de bonne humeur même dans ses mauvais jours, précise-t-elle. Elle dit aussi être très à l’écoute des autres et empathique.
Leonora, quelles sont ces pressions et comment vivez-vous cela ?
En dernière année du Cycle d’orientation, la pression principale pour un jeune ado est de devoir choisir la voie ou le métier vers lequel il veut se tourner après le Cycle (C.O). Cette décision doit se prendre vers l’âge de 15 ans. Je trouve que c’est très tôt et surtout c’est un choix qui est posé pour une vie entière. Dans mon cas, j’ai toujours su que je voulais devenir infirmière et j’ai donc choisi de me tourner vers l’Ecole de culture générale (ECG). Pour pouvoir intégrer l’ECG, il fallait avoir un certain niveau sans lequel l’admission était impossible. C’est une pression énorme sur toute une année scolaire pour atteindre les notes requises. Parfois, lorsque j’avais de mauvaises notes, je me décourageais et je perdais confiance en moi. Je me disais que je n’allais pas y arriver et que je ne pourrais jamais devenir infirmière.
Quelles conséquences ont ces pressions dans votre vie ?
Malheureusement, je n’ai pas obtenu les notes requises pour être admise à l’ECG. J’ai donc dû aller à l’Ecole Préprofessionnelle (EPP). C’est une école qui se déroule sur une année et qui soutient les jeunes qui n’ont pas trouvé d’apprentissage après le C.O. Elle permet aussi de donner une seconde chance à ceux qui, comme moi, n’ont pas eu le niveau nécessaire pour intégrer l’ECG. C’est une année de pression car il faut atteindre un certain quota de points pour pouvoir avoir une autre chance d’intégrer l’ECG. Il faut savoir qu’à ce moment-là, c’était ma dernière chance d’accéder à l’école que je voulais. Dans cette école, on nous mettait beaucoup de pression en nous menaçant sur le fait que si on échouait, on ne trouverait pas de place d’apprentissage.
Ensuite à l’ECG, je ressentais une grosse pression au niveau des mauvaises notes. Il y avait beaucoup de matières dans chacune des branches et je ressentais beaucoup de pression et de stress lors des périodes d’examens : jusqu’à 7 ou 8 examens par semaine, c’est énorme ! A la suite de l’ECG, je suis allée en Maturité spécialisée santé, cette année était la moins stressante depuis le C.O. mais il y avait tout de même une certaine pression car c’est une année passerelle qui permet d’intégrer le niveau tertiaire (HES). Il faut donc absolument réussir sans quoi l’admission au niveau tertiaire est impossible. Redoubler l’année n’est pas autorisé, mais on peut refaire l’examen raté. En revanche, on ne peut pas le rater deux fois.
A l’heure actuelle, je suis à la HES et la pression est différente, les semaines sont très intenses avec beaucoup de matières à assimiler, mais j’apprécie ce que j’apprends contrairement aux écoles précédentes, j’apprends le métier que j’ai choisi !
Selon vous, y a-t-il une aggravation depuis quelques années ?
Effectivement, je pense qu’il y a une aggravation depuis quelques années et que ça ne va pas aller en s’arrangeant !
A votre avis, qu’est-ce qui pousse le corps enseignant à augmenter toujours plus les exigences ?
Je ne pense pas que le corps enseignant souhaite cette sélection ou ce rythme
aigu, mais il est très certainement lui-même mis sous pression pour donner telles ou telles matières en un laps de temps aussi court et à telle période de l’année scolaire.
Existe-t-il des accompagnements, des lieux de parole à ce sujet ?
A ma connaissance, il n’existe aujourd’hui aucun groupe de parole ou de soutien psychologique mis en place dans les établissements scolaires.
Quelles leçons de vie tirez-vous pour vous-mêmes ?
C’est qu’il faut sans cesse se battre pour ce que l’on désire le plus. Ne jamais baisser les bras… Il faut demander de l’aide lorsqu’on en a besoin et ne surtout pas avoir honte d’avoir des difficultés !
Comment voyez-vous votre avenir professionnel ? Quels sont vos désirs ?
Aujourd’hui, je vois mon avenir professionnel de manière sereine. Au fur et à mesure, je gagne en confiance en moi et je souhaite devenir la meilleure infirmière possible pour pouvoir aider mon prochain et sauver des vies !
Lorsque Dieu parle au féminin, c’est le retour à l’émerveillement de cette relation géniale, cette force oubliée, qui est en chaque femme. Oui, la femme est la préférée de Dieu, c’est là qu’il se dévoile le mieux. Il l’a nommée «femme» et appelée toutes les fois que Sa Création en avait un urgent besoin, au risque d’être anéantie.
Une vraie rencontre avec Dieu permet de creuser en nous des possibilités dans la complémentarité. N’est-elle pas la « femme » celle qui donne vie, celle en qui Dieu a confié le devenir de sa Création, sa co-créatrice.
Première rencontre : Eve, à qui il a confié un rôle magistral de mère de tous les humains. C’est énorme comme responsabilité. Et tout au long de la vie, déjà dans l’Ancien Testament où Dieu fait appel à la « femme » lorsque son peuple en a besoin. Pensons, ici, à Sarah, qui malgré son grand âge, donne naissance à Isaac étayant la descendance d’Abraham. Voyons, ici, la mère de Moïse, qui, en sauvant son fils Moïse de la mort, sauve le peuple hébreu voué à l’extermination.
Et n’oublions pas Esther et Judith et tant d’autres survenues, là où il fallait pour éloigner la catastrophe, la destruction de son peuple juif, lorsque tout était perdu. Et tout au long de l’histoire biblique, que ce soit dans l’A.T. et le N.T., on comprend la valeur de la rencontre de la « femme » envoyée par Dieu pour assainir une situation désespérée, en insufflant à sa co-créatrice des chemins inattendus, audacieux et salvateurs.
D’ailleurs, les Evangiles nous exposent la relation respectueuse qu’avait Jésus avec les femmes. Il les considérait comme des partenaires d’égal à égal, capables de croire et de suivre sa Parole et d’exécuter avec amour leur mission. Chaque fois que Dieu entend la misère et les cris angoissés de son peuple, il confie le sauvetage à la « femme ».
Dans les Evangiles, nous pouvons suivre pas à pas des femmes aux moments clés de la vie de Jésus, et faire des découvertes qui nous permettent de creuser en nous des possibilités oubliées. Regardons Marie, la première en chemin, la mère du Fils de Dieu, Jésus, qui par son oui, a été à ses côtés tous les jours, et plus tard, avec Marie-Madeleine, fidèles et confiantes au pied de la croix. Elles ont cru subito à sa Résurrection, tandis que les apôtres étaient anéantis devant l’ampleur de la Croix.
Poursuivons avec la Samaritaine, on comprend la valeur de cette rencontre, qui créa des chemins d’évangélisation chez les siens. Avec la Cananéenne, nous apprenons qu’il faut persévérer dans la prière, et ne pas avoir peur de casser les oreilles du Seigneur pour lui confier ceux que l’on aime. Et avec le message de la pauvre veuve qui glisse dans le tronc, ses deux sous. Pour Jésus, le cœur de cette femme est plus précieux que tout.
Avec Marthe et Marie de Béthanie, les amies de Jésus, qui l’ont accompagné dans sa marche vers sa passion à venir.
Dans la Bible, il y a un nombre impressionnant de femmes qui ont œuvré pour Dieu. Il faudrait des pages pour développer ces chemins au féminin. Mais le plus surprenant, c’est Marie mère de Jésus, qui est venue des milliers de fois, par ses apparitions, nous annoncer L’INOUï de l’amour de son Fils pour nous son peuple. Oui, la « femme » est bien la préférée de Dieu. Ne n’oublions pas qu’IL créa l’homme et la femme complémentaires pour le bien de l’Univers. Dieu ne serait-il pas le premier féministe ?
De nombreuses communautés composées de religieux ou de laïcs sont présentes en Suisse romande, comme autant de témoins de la vitalité et de la diversité de l’Eglise. Ce mois-ci, cap sur les carmélites de Develier.
PAR PASCAL ORTELLI | PHOTO : DR
Nom officiel : Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel.
Sigle : O.C.D. pour ordre des Carmes déchaux.
Date de fondation : 1562 pour la réforme de l’ordre menée par sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) et saint Jean de la Croix (1542-1591). Pour marquer leur différence avec les carmes de l’antique observance (O. Carm), ils allaient pieds nus dans leurs sandales, d’où leur nom de déchaux.
Origine : Vers la fin du XIIe siècle, en Palestine, des ermites se regroupent sur le Mont Carmel à l’instar du prophète Elie. Au retour des croisades, le carmel se répand en Occident avec une branche féminine attestée dès le XVe siècle.
Devise : « Je suis rempli d’un zèle jaloux pour le Seigneur Sabaot ! Il est vivant le Seigneur devant qui je me tiens. » (selon les mots d’Elie tirés du Premier livre des Rois).
Habit : Une tunique et un scapulaire de couleur marron avec un voile noir.
Mission : Etre prophète de feu à la suite d’Elie, c’est-à-dire mettre Dieu au centre de sa vie en accordant une grande place à l’oraison, prière silencieuse où on lui parle comme à un ami.
Présence en Suisse romande : Le carmel de Develier est le plus jeune couvent de Suisse. Après une histoire mouvementée allant de Marseille à Middes (FR), les moniales se sont établies dans le Jura en 1980. Il existe une autre communauté de carmélites au Pâquier.
Une particularité : A Develier, un couvent à l’architecture résolument moderne dédié à Notre-Dame de l’Unité, tout un symbole pour le Jura !
Pour aller plus loin : visitez leur site web mocad.ch
« Un carmel, c’est… »
par une carmélite de Develier
« Un espace de liberté où l’Esprit Saint façonne une communauté de sœurs appelées à s’aimer dans la joie, en grandissant dans l’amitié du Christ, sous le manteau de la Vierge Marie. Filles de l’Eglise, désireuses de voir le Seigneur connu et aimé de tous, leur vie de prière qui se déploie dans une existence des plus ordinaires (travail, solitude, rencontres fraternelles, détente…), rejoint par sa nature même, le cheminement de tous les hommes en quête de vie et de bonheur. »
On croyait ce genre d’épreuves réservées aux autres. On a vu récemment l’Eglise de France, ou encore le diocèse de Fribourg, en être profondément ébranlés. Et nous voici tout à coup touchés de près. L’affaire concerne notre Congrégation de chanoines et nos paroisses, impliquant des personnes que nous avons pu connaître et même hautement apprécier. J’ai entendu beaucoup de réactions critiques : « Pourquoi faire remonter ces affaires au grand jour ? N’y a-t-il pas un travail de sape d’une presse qui serait intéressée à ternir l’image de l’Eglise ? »
Je trouve pour ma part beaucoup plus intéressant le point de vue contraire de notre prévôt Jean-Michel Girard, déclarant, non sans une étonnante audace : « Malgré les profondes blessures causées par ces révélations, je suis content que la lumière puisse être faite. » Il fallait oser le dire !
En fait, on n’y comprend rien dans cette affaire si l’on ne prend pas ce virage pris en Eglise, sous l’impulsion du Pape lui-même, qui consiste à partir des victimes de ces cas tragiques d’abus spirituels ou sexuels. C’est en accueillant le long et exigeant travail intérieur, souvent sur plusieurs décennies, d’accès à la parole que notre point de vue peut changer du tout au tout. « La vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 32)
A partir de là, reste ouverte la question de savoir comment réagir. Entre un premier temps de refus de ce qui nous paraît impossible ou invraisemblable et un deuxième temps de sidération devant ce qui s’impose comme un mal inconcevable, il nous faut pourtant faire face au réel avec toutes les ressources de la foi et de l’humanité. La foi, avec ce qu’elle nous donne comme certitude de la victoire du Christ sur le mal. L’humanité, avec la conscience humble de notre compréhension partielle de choses qui nous dépassent et avec la confiance qu’à force de paroles vraies, cette épreuve nous purifiera et nous simplifiera. Que toute l’Eglise en sera transformée pour être mieux à l’image de son Sauveur et Seigneur.
PAR L’ABBÉ DAVID RODUIT
PHOTO: GETTYIMAGES VINCENZO PINTO
En ce temps où certains veulent combattre le patriarcat jusque dans le langage et l’écriture, convient-il encore d’appeler Dieu notre Père, comme nous l’a enseigné Jésus ? Le christianisme ne se montre-t-il pas affreusement sexiste, machiste?
Il faut affirmer d’emblée que Dieu n’est bien sûr pas sexué… Il n’est ni homme ni femme. Ajoutons également que les mots n’arriveront jamais à contenir entièrement le mystère du Dieu vivant qui déborde ce que nous pouvons penser et dire de Lui.
En s’adressant à son Père, Jésus a repris un des attributs que le peuple de la Première Alliance conférait à son Dieu, même s’il est utilisé chez lui de manière très intime, absolument inhabituelle : « Abba, papa ! » Relevons également que le Christ qui s’est fait notre frère se reçoit quant à son origine d’une mère humaine, la Vierge Marie, ainsi que d’un Père des Cieux.
Mais, dans la Première Alliance, Dieu se révèle aussi comme mère. Ainsi peut-on lire par exemple chez le prophète Isaïe : « La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas ! »
(Is 49, 15)
Sans parler du fameux terme « rahamim » qui évoque le sein maternel, l’utérus, et qui est employé en lien avec Dieu, notamment chez le prophète Jérémie : « Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, …, que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse ? » (Jr 31, 20)
Cet amour de Dieu qui le touche là où il a porté son enfant et qui désire lui redonner vie se retrouve aussi dans le Nouveau Testament, par exemple dans la parabole du fils prodigue où se dévoile la Miséricorde du Père. Rembrandt l’a très bien compris, peignant le visage du Fils appuyé sur le sein du Père, et attribuant à ce dernier une main masculine et une main féminine.
Pas besoin de vous peindre un autre tableau : Dieu est un Père qui nous aime comme une mère !
Dans cette rubrique, L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg, à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix. Ce mois, c’est Michel Racloz qui prend la plume.
MICHEL RACLOZ, REPRÉSENTANT DE L’ÉVÊQUE, RÉGION DIOCÉSAINE VAUD (LGF) | PHOTO : CATH.CH
Dans notre société, les relations entre les femmes et les hommes sont en redéfinition constante. Des avancées importantes ont été réalisées pour arriver à davantage d’équité et de respect. Mais, des « retours en arrière » très durs sont vécus. Je demeure choqué par le nombre de violence faite aux femmes dans tous les milieux. Pourquoi tant de paroles et de gestes blessants à l’égard des femmes ? Le récit de Caïn et d’Abel s’actualise encore trop. Mais la parole s’est libérée. Des femmes ont dénoncé l’inacceptable : l’atteinte à leur dignité et à leurs droits. La psychologie nous dit aussi qu’il y a une part de féminin et de masculin en nous. Chacun peut avoir peur et / ou croître.
A l’écoute de la Bible, nous découvrons que Dieu est une communion d’Amour, entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Cet Amour, tout ouvert vers l’ensemble de l’humanité et de la création, s’est manifesté de manière unique par la venue et la proximité de Jésus. J’ai envie de dire qu’il s’est dévoilé pleinement masculin et féminin, tout en se révélant Fils de Dieu. En effet, à la lecture de l’Evangile, ne percevons-nous pas des gestes et des paroles de sa part que nous attribuons spontanément à « l’homme » et / ou à la « femme » ? Une caractéristique les fonde : le service de la Vie.
Et si nous entrions davantage dans cette dynamique d’aimer la diversité des visages qui se présentent à nous ? Nous pouvons aimer, de manière différenciée, au sein de nos familles, nos collègues, nos amis, celles et ceux qui souffrent, des « prochains » bien plus éloignés. Des gestes et des paroles tant féminins que masculins font grandir la sororité et la fraternité. Le Ressuscité a pris le risque de ce chemin qui conduit au Bonheur tout en se confrontant au refus et à la mort. C’est un chemin délicat et exigeant qui nous ouvre des horizons inouïs. Oserons-nous poursuivre la marche avec Celui qui est tout Amour ?
L’homme né de manière naturelle, soit d’un homme et d’une femme, porte la vie naturelle qu’il a reçue. Personne ne s’est créé tout seul. L’homme né de manière spirituelle, soit de l’Esprit de Dieu, porte la vie qu’il a reçue, qu’il ne peut pas produire par lui-même.
PAR OLIVIER TARAMARCAZ | PHOTO : ART ET FOI
Personne ne porte la vie de l’Esprit en lui-même. Il s’agit d’une nouvelle naissance, et ce n’est pas de la capacité de l’homme d’engendrer un être spirituel. Nous avons besoin d’être ensemencés par Dieu, par le souffle de son Esprit, pour que germe en nous la vie.
Le tableau noir de couleurs. – Si je ne reçois pas la semence de la nouvelle naissance proposée par Jésus-Christ, qui efface de mon être intérieur le tableau noirci de ma vie, alors je reste simplement avec mon cœur clos sur lui-même. Je peux le peindre en blanc, dessiner toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, le fond du tableau reste noir, même si je me persuade par des exercices de méditation, d’hypnose, de conditionnements positivistes, que le noir a disparu. La nouvelle illusion contemporaine, procure une certaine vitalité, nourrissant le sentiment d’unité intérieure, faisant office de transcendance de substitution. Je reste pourtant comme Adam, caché dans mes buissons, habillé de feuilles de figuier, d’artifices dont je m’accommode à défaut de transformation intérieure effective. Reconnaître mon incapacité à me libérer moi-même, est difficile, dans une culture inclusive, ouverte à chaque variant, cherchant à faire éclore l’harmonie intérieure dans un éveil à soi. Jésus parle autrement : « Si le fils vous affranchit, vous serez réellement libres. » (Jn 8, 36) Faute de me fier à cette parole, je peux toujours chercher ailleurs, longtemps. Des hommes meurent pourtant sans avoir reçu la semence de vie. Mourir sans être né spirituellement, c’est cela le véritable drame. Jésus lui-même le dit : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » (Jn 3, 3)
La semence reçue dans la bonne terre. – Jésus donne la vie. Est-ce que je l’ai reçue ? Si oui, j’ai alors expérimenté la nouvelle naissance. Si la Parole de Vie n’a rien changé en moi, il est probable que je me sois contenté d’une approche intellectuelle, sans accueillir la Parole dans la terre de mon cœur. Voici une petite histoire pour illustrer le principe de la semence :
Au printemps, peut-être as-tu déjà préparé des pots de terreau. Dans l’un, tu mets une graine que tu prends soin de placer quelques centimètres sous la terre, tu l’arroses, l’exposes au doux rayonnement du soleil. Après un peu de temps, la semence germe, une plante commence à sortir de terre. Dans l’autre, tu décides de ne mettre aucune semence, estimant que tout est déjà là, que le pot porte en lui la vie qu’il suffit d’éveiller. Tu arroses la terre meuble, installe le pot au soleil. Tu attends… Seras-tu surpris qu’aucune plante ne germe dans ce pot livré à lui-même ? Il en est de même de ta vie spirituelle. Si tu ne reçois pas dans ton cœur la vie nouvelle que Jésus te donne, tu pourras arroser ta terre avec les paroles que tu veux, rien ne germera. C’est une loi physique et spirituelle si simple qu’un enfant peut la comprendre.
La négation de Dieu : la mort de l’homme. – Le grand échec de la connaissance humaine, c’est de se déconstruire en évacuant Dieu. Les déterminismes sont combattus, avec des variantes de formes, de revendications, de langages. La négation de Dieu conduit à la négation de l’homme. Dans nos sociétés contemporaines, un narratif s’est substitué à la Parole de Vie, qui prétend que l’homme porte en lui-même le potentiel de son épanouissement, qu’il peut se libérer lui-même de ce qui l’entrave, en se reconnaissant comme être libre. La Parole de vie est pourtant sans équivoque : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. » (1 Jn 1, 8-10) Les paroles de la Bible sont inacceptables pour des hommes qui s’estiment en mesure de libérer l’humanité des contraintes, du patriarcat, de tous les carcans. Les paroles du Dieu créateur, du Dieu personnel, unique, de la révélation biblique, sont intolérables. Si elles viennent du ciel, elles doivent être renvoyées à l’expéditeur avec le sceau : « Refusé ». Elles doivent être impérativement déboulonnées, renommées. « Sur la terre comme au ciel » n’a aucun sens, mais « au ciel comme sur la terre », a probablement un avenir, promis par les libertaires.
Jésus a fait une croix sur la mort. – Le dernier acte, ce n’est pas la mort de l’homme. Le dernier acte, c’est l’amour de Dieu envers l’homme. A la croix, Jésus a fait une croix sur la mort, sur les déterminismes sociaux, culturels, religieux, sur nos égarements, sur notre vraie culpabilité. Jésus n’est pas venu pour accuser qui que ce soit. A la différence de toutes les religions, de toutes les idéologies, Jésus veut prendre le poids qui est sur mon cœur, le poids qui m’empêche de lever la tête, de marcher le cœur léger. Jésus me dit : « Ne reste pas avec ton fardeau. » Nos fardeaux font écran à notre vraie vie. Jésus a décidé de résoudre le problème impossible à résoudre par les humains empêtrés dans la glu. Il s’est chargé de nos souffrances. Il ne s’agit pas d’une vie toute neuve offerte par les supermarchés du développement personnel. Jésus me demande : « M’aimes-tu ? » (Jn 21, 18) il m’invite dans une relation. Dans la mesure où je réponds à cette invitation, ma vie commence à germer.
La place des femmes et des hommes fait débat aujourd’hui dans de nombreux domaines, qu’ils soient domestique, professionnel, politique, culturel et forcément ecclésial. Faut-il donc «démasculiniser» un Dieu patriarcal et dominateur, question posée en ce début d’année par plusieurs organes de presse?
Relevons au passage qu’au sein de l’Eglise nous vouvoyons la Vierge Marie (« Je VOUS salue Marie… » et que nous tutoyons Dieu (« Notre père, qui ES aux cieux, que TON nom soit sanctifié… », ceci depuis Vatican II pour la seconde pratique 1. Voilà notamment l’un des signes de profond respect des femmes par l’Eglise.
Mais revenons au débat « femme – homme ». C’est, à mon avis et avant tout, une question posée au sein de notre monde occidental. Beaucoup d’intellectuels, lorsqu’il s’agit d’une préoccupation sur un mode de vie essentiellement en cours sur le quart Nord-Ouest de notre mappemonde, en font souvent un problème censé concerner la planète entière. Est-ce une nouvelle forme d’ethnocentrisme, voire de racisme ? Faut-il déboulonner, bille en tête, la première statue venue, car elle n’est plus en ligne avec nos opinions du moment ?
Il est, en effet, inquiétant de juger les faits historiques à l’aune de la morale, des valeurs peut-être, à la mode. Surtout de vouloir l’imposer à la terre entière. Le faire, n’est-ce pas devenir ainsi de nouveaux iconoclastes 2 qui n’auraient rien à envier aux talibans qui détruisirent les gigantesques Bouddha de Bâmiyân 3. Doit-on maintenant reprocher à Michel-Ange d’avoir reproduit sur les voûtes de la Chapelle Sixtine un Dieu blanc, âgé et barbu ?
Il n’en demeure pas moins que, chez nous, la question est compréhensible et qu’il s’agit certainement de donner aujourd’hui et à chacun, femmes et hommes, les places, rôles, missions, fonctions, professions les plus adéquats et respectueux des uns et des autres et en adéquation avec leurs aspirations naturelles réciproques. Et c’est heureux de voir des sages-hommes dans les maternités, des sapeuses-pompières dans nos casernes, etc. !
De manière plus concrète, Dieu, qui transcende toute détermination limitative, voit-il ombrage qu’une femme ou un homme le considère comme féminin, masculin, ou indéterminé ? Ne pouvons-nous pas penser qu’un Dieu d’Amour n’y voit aucun problème et accepte toute « orientation » de nos prières, aussi maladroites soient-elles ?
Plus fondamentalement, pour nous chrétiens, la Bible est la Parole de Dieu. C’est Lui qui a inspiré ses rédacteurs, prophètes, évangélistes. Ces derniers ont-ils subit un esprit « patriarcal », influencé par leur environnement ? Assurément non, puisque les religions pratiquées, hormis le judaïsme, en Terre Sainte à ces époques, par les Gréco-romains, les Cananéens, etc. étaient polythéistes avec autant de dieux que de déesses !
Dieu s’est-il soudain levé du mauvais pied pour inspirer ces textes en se présentant au travers de pronoms masculins, et encore plus en s’incarnant en Jésus-Christ qui n’était point femme ? Certains auteurs expliquent cela par le fait que Dieu crée « en dehors » de lui comme engendre un homme et non pas « en dedans » de lui comme engendre une femme. Ainsi le théologien réformé Paul Wells précise : La distinction « père » et « mère » à propos de Dieu dans le langage est celle qui existe entre le théisme biblique et le panthéisme. Dans le théisme biblique, le Dieu est transcendant, Créateur, instaure une séparation entre lui-même et le monde ; dans le panthéisme, le monde existe en dieu et dieu existe dans le monde et de conclure appeler Dieu « ma Mère » est une hérésie qui conduit au panthéisme païen4.
Aussi, n’en déplaise aux zélotes d’un féminisme outrancier, je préfère que nous laissions la liberté aux chrétiens de voir en Dieu qu’ils prient un être masculin, féminin ou indifférencié en toute sincérité, humilité, voire maladresse !
1 Adopté pour cette prière liturgique (l’Ave Maria est une prière de dévotion) par l’Eglise en janvier 1966, dans le sillage du concile Vatican II, tenu entre 1962 et 1965.
2 Du grec « eikonoklastês » : briseur d’icône, d’image. Qualifie une personne qui est contre les traditions et les habitudes du passé.
3 Haut-relief excavé dans une falaise située en Afghanistan, (patrimoine mondial de l’UNESCO) détruit en mars 2001
4 Paul Wells, « Dieu : masculin et / ou féminin ? », La Revue réformée no 217, Aix-en-Provence, mars 2002, pp. 31 et 33
L’église Saint-Hyppolite, au Grand-Saconnex, abrite quatre vitraux réalisés par frère Eric de Saussure. Fils de pasteur, l’artiste est né à Genève en 1925. Il a étudié les Beaux-Arts à Paris et Florence avant d’entrer dans la Communauté de Taizé parmi les huit premiers frères. Il crée alors un atelier de vitraux à l’origine de nombreuses œuvres dans le monde.
Les verrières que l’on peut observer dans la nef de l’église Saint-Hyppolite mettent en couleurs quatre grands personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament : saint Jean l’Evangéliste, saint Pierre, le prophète Isaïe et Moïse.
Moïse tient dans ses mains les Tables de la Loi. A ses pieds, se trouvent un agneau et l’inscription : « Que ma loi soit toujours sur vos lèvres. » L’animal peut rappeler que Moïse a été berger avant que Dieu ne se révèle à lui à travers le buisson ardent.
La phrase semble inspirée du début du livre de Josué : « Ce livre de la Loi ne quittera pas tes lèvres ; tu le murmureras jour et nuit, afin que tu veilles à agir selon tout ce qui s’y trouve écrit : alors tu feras prospérer tes entreprises, alors tu réussiras. » (Jos 1, 8) Est-ce un choix étonnant alors que les épisodes concernant Moïse ne manquent guère ? Pas nécessairement. Ce sont les paroles par lesquelles le Seigneur s’adresse à Josué après la mort de Moïse. Le peuple d’Israël est désormais confronté à la délicate tâche de vivre sans celui qui l’a guidé hors du pays d’Egypte.
Mais, ce qui compte réellement, ce ne sont pas les personnes que le Seigneur peut choisir pour effectuer une mission particulière à un moment précis. Ce qui compte réellement, c’est ce que Moïse présente entre ses mains : la Parole. Nous n’avons peut-être pas la chance d’avoir côtoyé de grands prophètes, d’avoir eu une révélation divine dans un buisson ardent ou d’avoir pu rencontrer le Christ en personne. Mais c’est la même Parole qui nous est donnée aujourd’hui. Et cette parole, nous sommes invités à la garder sur nos cœurs et sur nos lèvres.
Luda et Dacha, c’est le nom qu’elles portaient, quand elles étaient dans leur pays, quand elles étaient des petites filles, Luda en Ukraine et Dacha en Russie. Puis les jours ont passé, elles ont grandi, elles ont voyagé et un jour, la vie les a menées en Valais. Elles ont changé de nom, elles ont perdu leur «petit nom» et pris le nom qui figure sur les papiers officiels: Lyudmyla et Daria. Nous nous sommes retrouvées les trois, en marge de la fête interculturelle de Martigny et ces deux femmes, nées là-bas, ont beaucoup à nous dire…
PROPOS RECUEILLIS PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTOS : DR
Lyudmyla
Je m’appelle Lyudmyla Barkova. Je suis née à Lvov en Ukraine et cela fait 20 ans que je vis à Martigny. J’ai deux enfants de 19 et 15 ans. Je me suis bien intégrée : j’ai appris la culture, la langue. En Ukraine, j’ai fait une formation universitaire de professeur de sport et ici j’ai travaillé à l’école primaire, pour les cours de gym et de natation et actuellement je suis maître-nageur à la piscine de Martigny. Je travaille aussi avec Mahamadou (service de l’intégration) pour l’organisation de soirées. C’est important qu’on puisse vraiment vivre ensemble avec les personnes de toutes ces nationalités installées à Martigny. Voilà ma vie…
«Nous sommes tous différents et on peut tellement apprendre avec des personnes d’autres cultures !»
Daria
Je m’appelle Daria. Je suis née à Moscou. J’ai mon diplôme universitaire en finance et crédit, obtenu en Russie. Actuellement, j’habite à Martigny depuis 9 ans. Je travaille à Verbier. Je suis mariée et j’ai deux enfants de trois et six ans. J’adore mon travail car j’ai beaucoup de collègues de nationalités et de langues différentes. J’essaie de rester en contact le plus possible avec mes parents en Russie. Ils sont âgés et depuis cinq ans ils ont la tutelle de mon neveu, 15 ans, et ma nièce, 11 ans, suite au décès de ma sœur. Normalement je vais les voir une à deux fois par an pour les aider et pour garder ce lien. Malheureusement c’est devenu très difficile maintenant.
La guerre à l’heure de la récréation. – (Daria) Ma vie a beaucoup changé depuis le 24 février, je me sens moins en sécurité… La Suisse est un pays neutre, mais je sens maintenant que tout le monde n’est pas tolérant et compréhensif. Ma fille qui a six ans a eu un problème à l’école, deux jours après le début du conflit avec l’Ukraine. A la récréation, un garçon avec qui elle s’entend très bien habituellement lui a dit que tous les Russes sont méchants et que son grand-père est mort à la guerre (donc mon père…). C’était tellement blessant ! Plusieurs enfants qui étaient autour ont dit la même chose : « Tous les Russes sont méchants ! » Quand elle est revenue de l’école, elle est venue vers moi et m’a dit : « Maman, je dois te dire quelque chose » et j’ai eu mal au cœur parce que je savais ce qu’elle allait dire… Avant, je m’étais demandé s’il fallait lui parler de la guerre, mais je n’ai pas pensé qu’à six ans elle serait concernée… A cet âge, elle ne regarde pas les informations et elle n’a pas besoin de savoir tout ce qui se passe autour de nous. Puis les choses se sont arrangées, j’ai téléphoné à la maman de ce garçon, le lendemain ils ont fait la paix. Par la suite, mon mari a écrit à la maîtresse de ma fille. La maîtresse a pu en discuter en classe pour parler aux enfants de cette situation et leur rappeler la tolérance et l’amitié. J’apprécie la compréhension et la tolérance de cette enseignante. C’est vraiment une bonne solution de parler aux enfants, il faudrait que cela se fasse dans toutes les écoles. Il faudrait leur dire que nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe dans le monde, nous ne décidons rien, c’est comme ça…
« Au sommet il y a des dirigeants, ils font des erreurs, mais nous, nous sommes des humains, nous avons une âme et c’est ça qui va nous sauver.»
Au travail. – Au travail mes collègues me posent beaucoup de questions, mais moi je ne suis pas politicienne. J’ai mon propre avis mais je n’ai pas de solution, personne ne sait ce qu’il faut faire, je ne peux que donner mon avis. Et je me rends compte que tout est très difficile à comprendre pour ceux qui sont loin des réalités russe et ukrainienne.
Ne pas alimenter le conflit. – (Lyudmyla) On est spécialiste de notre histoire, de notre culture, on peut raconter ce que cela veut dire de vivre chez nous. La vie n’a pas toujours été facile, spécialement en Ukraine pour les femmes seules avec leur enfant ou pour les personnes âgées. On peut donner notre petite opinion sur ce qui se passe parce qu’on connaît la base. Mais quand les gens qui ont écouté quelques phrases dans les médias et n’ont jamais visité ni la Russie, ni l’Ukraine, commencent à se mêler de ça et d’alimenter le conflit à leur manière, c’est dommage… On n’a pas besoin de toute cette excitation, maintenant, on a besoin de paix entre les Russes et les Ukrainiens. C’est triste de penser à la richesse de cette terre ukrainienne, cette si bonne terre qui est en train d’être déchirée.
Je reçois beaucoup de soutien au travail, et de la part de mon entourage. La première semaine, c’était un vrai choc émotionnel, même si je suis ici, ma famille est là-bas. Les Russes et les Ukrainiens sont tellement liés que cela ne parait pas réel, pas possible.
«Je voulais dire aussi un immense merci à toutes les personnes de Suisse qui ont envoyé des vêtements, de l’argent en Ukraine, merci pour leur générosité !»
Frères et sœurs, d’une même culture. – Je suis Ukrainienne, mon pays est en souffrance, mais avec les Russes nous sommes frères et sœurs. Nous sommes tous des Slaves, on a la même culture, et j’espère que les gens là-bas, vont commencer à agir quand ils vont se rendre compte combien on est proches… j’espère…
Nos deux nations ont une culture tellement riche ! On ne peut pas supprimer tout cela, faire souffrir encore ce peuple. Toutes ces sanctions qui sont prises contre la Russie punissent d’abord le peuple, les plus pauvres qui risquent de mourir de faim. J’espère que tous les dirigeants pensent aux peuples. Cela fait des années qu’il y a des problèmes, c’est aussi à nous de bouger, de manifester, car si on ne parle pas, c’est comme si on accepte tout cela et cela ne peut qu’empirer la situation.
La même personne. – (Daria) J’aimerais vous dire que la personne à l’intérieur n’a pas changé : je suis la même qu’avant le conflit, toujours la même personne… Ma fille est si gentille cela m’a fait tellement mal au cœur de la voir souffrir… Il faut déjà que la paix revienne entre nous, qu’il y ait moins de conflits, qu’on reste amis, et aussi que cette guerre se termine le plus vite possible. Il faut penser au futur de nos enfants, on est inquiet pour eux.
Derniers messages. – (Lyudmyla) Dans ce désespoir, il y a toujours un espoir : il nous faut croire, prier pour l’Ukraine et pour la Russie. N’oublions pas la force de la prière, la lumière qu’on a en nous, il faut la cultiver.
Chacun doit commencer à changer soi-même – faire de belles actions – s’aimer encore plus et rayonner de cet amour pour soi et pour les autres. Il y a du chemin à faire et notre conscience doit évoluer : nous sommes tous « peuple de la terre »…
(Daria) Les gens qui prennent les mauvaises décisions, ont malheureusement trop peu à perdre, contrairement aux millions de gens qui doivent se taire. A notre niveau, nous ne pouvons que nous soutenir et espérer un jour être entendus.
Guerre en Ukraine Communiqué des Eglises
Les Eglises remercient vivement tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui s’engagent pour venir en aide à la population ukrainienne et aux centaines de milliers de personnes qui fuient les hostilités. Elles invitent à persévérer dans cet élan de solidarité par tous les moyens possibles et à l’accompagner par une prière incessante pour la paix.
Les Eglises encouragent ceux et celles qui pourraient contribuer à l’accueil des réfugiés ukrainiens en Valais à prendre contact avec la Hotline mise en place par le canton au 079 765 70 95 ou 027 606 48 74 ou encore par e-mail à entraide2022valais@admin.vs.ch
Sont recherchés : ➯ des logements, dans l’idéal indépendants, ainsi que des hébergements collectifs ; ➯ des bénévoles pouvant offrir du temps et faire du lien avec les personnes accueillies.
Événement phare du paysage religieux fribourgeois à la fin du printemps (60 jours après Pâques), la Fête-Dieu s’inscrit dans une histoire pluriséculaire. Perturbée par la pandémie en 2020 (messe chez les sœurs de Montorge et bénédiction depuis Lorette) et en 2021 (messe en comité réduit à l’église du collège Saint-Michel), la procession de la Fête-Dieu va marquer son grand retour en 2022 si la météo est clémente. C’est l’occasion de revenir dans ces quelques lignes sur l’histoire de cette fête.
PAR SÉBASTIEN DEMICHEL | PHOTOS : DR, JEAN-CLAUDE GADMER
La Fête-Dieu, également appelée Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, est d’origine médiévale. Elle procède d’une vision mystique d’une religieuse, sainte Julienne de Cornillon, près de Liège en 1246. Dans une révélation du Christ, elle voit une lune étincelante dont il manque un morceau, signifiant l’absence dans l’Église d’une solennité dédiée au corps et au sang du Christ. En 1264, suite à un miracle eucharistique (du sang jailli d’une hostie consacrée), la fête est étendue à toute l’Église et institutionnalisée par le pape Urbain IV. La fête de l’Eucharistie enveloppe ainsi par une adoration annuelle de l’hostie le rite quotidien de la messe.
Le développement de la liturgie eucharistique est toutefois bien antérieur. Au IVe siècle, Cyrille de Jérusalem réfléchit déjà aux changements qu’opère la consécration sur le pain et le vin. À la même époque, saint Ambroise évoque une conversion miraculeuse des espèces eucharistiques. Entre le IXe et le XIe siècle, l’Église remplace le pain levé par du pain azyme (non levé) et au XIIe siècle, le rite de l’élévation est introduit. La Fête-Dieu prend naissance en parallèle des réflexions de saint Thomas d’Aquin sur la métaphysique de la transsubstantiation, seule explication autorisée du mystère eucharistique. Le pain et le vin deviennent véritablement corps et sang du Christ. Ainsi, la Fête-Dieu n’a rien d’une génération spontanée, mais se greffe sur les développements eucharistiques contemporains. Saint Thomas compose d’ailleurs à cette époque le célèbre Pange lingua dont les premières lignes renvoient au mystère eucharistique : «Chante, ô ma langue, le mystère du corps glorieux et du précieux sang que versa, rançon du monde, le fruit d’un ventre généreux, le Roi des peuples.»
La diffusion du rite
La solennité de la Fête-Dieu se diffuse en Occident durant la première moitié du XIVe siècle. Elle consiste d’abord en un office chanté propre au jeudi suivant la Trinité, puis s’accompagne rapidement d’une longue procession en plein air. Le pape Clément V confirme l’institution de la fête qui devient populaire et se développe en procession dans les rues des cités. Le Saint-Sacrement, placé dans l’ostensoir, est au cœur de cette liturgie d’adoration qui glorifie le Corps du Christ au milieu des hommes.
La Fête-Dieu est introduite dans le diocèse de Lausanne en 1322. On ne connaît pas exactement la date de la première procession à Fribourg, mais la première attestation remonte à 1425. Cette année-là, le Conseil de la ville produit un document qui règle un conflit de préséance entre corporations devant le Saint-Sacrement, prouvant que la procession est déjà bien établie. Puis, le rite perdure sans grands changements durant les siècles suivants et s’incorpore aux institutions.
Les époques moderne et contemporaine
« Le jour et les hommes peuvent se lever, fêter le corps mystérieusement présent d’un Dieu fait homme : sur terre, l’état de ciel est proclamé. » C’est par ces mots que Claude Macherel et Jean Steinauer, auteurs d’un ouvrage de référence sur la Fête-Dieu, caractérisent la solennité. La journée débute par un réveil de la ville en fanfare, le grondement du canon à l’aube et la diane (chant d’usage militaire) jouée par l’Union instrumentale. Depuis 1643, la procession est précédée d’un tir d’artillerie. Jusqu’à la fin des années 1960, elle part de la cathédrale et fait le tour de la ville de manière circulaire avec quatre reposoirs aux quatre points cardinaux. Depuis lors, elle chemine du collège Saint-Michel (où est célébrée la messe) à la cathédrale Saint-Nicolas.
Le cortège est formé de cinq groupes avec en son centre l’évêque qui porte l’ostensoir, entouré par les thuriféraires, les gardes suisses et la Confrérie du Très-Saint-Sacrement. Fondée en 1653, cette dernière est formée de membres d’anciennes familles patriciennes de la ville, vêtus d’habits noirs et de gants blancs et équipés d’une lanterne armoriée. Parmi les autres groupes, il convient de mentionner les fanfares, les autorités ecclésiastiques, civiles et académiques, les sociétés d’étudiants, les chœurs paroissiaux, divers ordres (Malte, Saint-Sépulcre), les premiers communiants et enfin les fidèles qui referment la marche. Huit coups de canon rythment les étapes de la célébration entre le commencement de la messe à Saint-Michel et la fin de la cérémonie à la cathédrale, en passant par la bénédiction aux reposoirs.
Ainsi, la Fête-Dieu constitue un événement majeur de la vie religieuse fribourgeoise. Fruit d’une tradition pluriséculaire, cette fête constitue un prolongement de la célébration eucharistique. Comme le soulève la Congrégation pontificale pour le culte divin et la discipline des sacrements, l’Hostie est portée en procession en dehors de l’église afin que le peuple chrétien « rende un témoignage public de foi et de piété envers le Saint-Sacrement ».
Solennité de la Fête-Dieu le 16 juin 2022
➤ à Fribourg à 9h dans la cour du collège Saint-Michel (par temps sec), plus d’informations sur : https://fete-dieu.ch/fr.html
➤ à Givisiez à 10h à l’église, procession par beau temps.
➤ à Villars-sur-Glâne à 10h à l’église, suivie de la procession du Saint-Sacrement, avec la participation des communiés du mois de mai. À l’arrivée à la cabane du Platy, il y aura un temps de prière qui sera suivi du traditionnel temps de convivialité autour d’un repas canadien.
Pour davantage d’informations voir le site de l’UP Saint-Joseph :
➤ MACHEREL, Claude; STEINAUER, Jean, L’état de ciel : portrait de ville avec rite : la Fête-Dieu de Fribourg (Suisse), Fribourg, Méandre, 1989.
➤ MULHAUSER, Johann ; GADMER, Jean-Claude, Dieu en fête. Regards sur la procession de la Fête-Dieu à Fribourg, Fribourg, La Sarine, 2009.
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