Un nouveau lecteur à la Colombière souriant et décontracté

Camerounais de 40 ans, Charles-Olivier Ngono a décidé de quitter son pays natal après des années de vie professionnelle à Douala pour faire un master à l’EPFL. Parallèlement à sa vie d’étudiant, il a intégré notre vie paroissiale en tant que lecteur. Nous avons voulu faire plus ample connaissance avec cet homme de foi souriant.

RECUEILLI PAR OLIVIER CAZELLES PHOTOS : CHARLES-OLIVIER NGONO

Charles-Olivier, vous avez longtemps vécu en famille au Cameroun. Comment était ta vie là-bas ?
Charles-Olivier Ngono:
Sixième d’une fratrie de neuf enfants, j’ai bénéficié d’une vie de famille accomplie. Papa était comptable et maman était à la maison. Nous avons tous pu aller à l’école et suivre des études universitaires. J’ai travaillé pendant douze ans dans la maintenance des équipements aéroportuaires à Douala et Yaoundé. Puis j’ai voulu renforcer mes capacités en ingénierie en suivant une formation en logistique à l’EPFL.
C’est une belle aventure, et je n’ai jamais été inquiet pour l’avenir. C’est vrai que j’ai dû démissionner, mais j’ai la chance que Cécile, mon épouse, travaille. Enfin, j’aimerais faire partager cette expérience à ma famille: mon épouse et mes deux filles, Mickaëla, 13 ans, et Manuela, 7 ans.

Vous quittez Douala et votre famille et vous atterrissez seul à Lausanne: quel choc !
Et je suis arrivé en pleine pandémie ! Ainsi, l’intégration sociale a été très difficile du fait de l’observation des gestes barrières qui freinaient tout contact humain. J’ai été cantonné dans ma chambre et à la bibliothèque. Dans ces conditions, je n’ai pas pu visiter la région.

Vous avez vécu le contraste des cultures: au regard des valeurs africaines, com- ment voyez-vous la Suisse?
A mon arrivée, j’ai dû entreprendre des démarches administratives. Quel contraste! Alors qu’au Cameroun il y a toujours des accompagnateurs (appelés «démarcheurs»), ici, les démarches sont impersonnelles, tout le monde est censé savoir ce qu’il faut faire. Les gens sont serviables et compétents, mais c’est un peu distant et moins chaleureux.
J’observe cette même froideur dans les lieux publics tels que les quais de gare: chacun a les yeux fixés sur son téléphone portable et les écouteurs sur les oreilles. On ne se parle pas. Par contre, à la gare de Douala, la conversation est spontanée et habituelle entre les passagers même s’ils ne se connaissent pas.

La vie paroissiale à Nyon est bien diffé- rente de celle du Cameroun. Qu’est-ce qui est important pour vous?
Dans l’ensemble, il y a beaucoup de ressemblances. Mais il vaudrait mieux parler des différences qui constituent des richesses pour chaque culture.
Au Cameroun, la «mise en scène» des célébrations du dimanche est très importante: les enfants de chœur sont particulièrement bien habillés, ils ont répété les déplacements et les gestes pour que ce soit beau; les chanteurs portent la tenue de la chorale; les paroissiens viennent en famille, les jeunes sont très nombreux et les messes durent plus longtemps, jusqu’à deux heures.
A la Colombière, les célébrations sont plus sobres et brèves et les paroissiens plus âgés. J’apprécie la participation des enfants à la procession de communion. Ils accompagnent leurs parents et ceux qui n’ont pas commencé à communier s’avancent bras croisés sur la poitrine pour recevoir la bénédiction du prêtre. Au Cameroun, seuls les enfants qui ont le droit de communier participent à la procession de communion ; les autres restent assis.

Que représente pour vous le fait d’être lecteur à la Colombière ?
A la sortie d’une messe, le curé modérateur, l’abbé Jean-Claude Dunand, m’a proposé de lire à la messe. Cela m’a agréablement surpris puisque je n’avais jamais lu en public. J’ai intégré le groupe des lecteurs et j’ai été rapidement mis en confiance pour pratiquer cet exercice. Progressivement, je découvre les détails du service de la sacristie.
Depuis que je suis lecteur, je reçois des retours favorables des paroissiens. A leurs yeux, je ne suis plus un individu lambda qu’on salue de loin, mais le paroissien Charles-Olivier; et j’aime bien cela. Merci pour cette considération.

Etiez-vous engagé en paroisse au Cameroun?
Depuis mon plus jeune âge, je vais à l’église tous les dimanches en famille. Mais dans mon pays, je n’avais jamais consacré de temps à une activité paroissiale. Une seule fois j’ai fait une tentative, ratée, de devenir servant de messe. Ici à Nyon, c’est la toute première fois que je participe activement à la vie de l’Eglise.

Un passage biblique vous marque-t-il ?
Un passage biblique en particulier me parle: c’est dans l’évangile de Luc, au chapitre 6, où Jésus dit à ses disciples: «Un aveugle peut-il guider un autre aveugle? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou? […] Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? […] Comment peux-tu dire à ton frère: « Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil » alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien?»
Ce message me fait penser au monde actuel. Nous observons des Etats donneurs de leçons qui se proclament libérateurs et disent aux autres comment résoudre leurs problèmes alors qu’ils connaissent les mêmes difficultés chez eux.

En quoi le fait d’être séparé de votre famille pour les études influence-t-il votre foi ?
Le fait d’être séparé de ma famille et de mes amis me donne du temps pour m’impliquer davantage dans la vie de l’Eglise et m’y intéresser. Je prends plus de temps pour prier ; en particulier, je suis fidèle aux neuvaines mensuelles. Au Cameroun, la tradition des neuvaines de prière à l’occasion de certaines fêtes est très vivante. Malgré les difficultés, je garde une foi solide. Je crois que Dieu m’accompagne chaque jour même s’il m’arrive de douter et de me poser des questions.

Dieu au féminin

Le thème de ce mois me laisse perplexe. Dieu au féminin ? En préambule, je voudrais rappeler que Dieu n’a pas de sexe puisqu’Il est Esprit.

PAR L’ABBÉ ALEXANDRE BARRAS
PHOTO : DR

Vitrail «hommage à la Trinité» 2013, chapelle de la Bâtiaz à Martigny. Le Père im En Joong exprime la Foi dans les couleurs et la Lumière.

Déjà, au VIIe siècle avant Jésus-Christ, un philosophe grec disait avec humour : « Les éthiopiens disent que leurs dieux ont la peau sombre et les cheveux crépus ; les Thraces, que leurs dieux ont des yeux pers et des cheveux de feu. » Pour lui, il fallait enlever de notre esprit toutes les représentations mythologiques et imaginatives des dieux.

Il est vrai que les textes bibliques de l’Ancien Testament nous parlent plutôt de Dieu au masculin : un Père qui prend soin de tous, le protecteur, le rocher sur lequel on peut s’appuyer durant la tempête. Il est justice et miséricorde, et a éduqué son peuple en lui donnant la Loi à travers Moïse. Dans le Nouveau Testament, Dieu s’est incarné en Jésus homme et Il nous a parlé de Dieu en l’appelant son Père. Dans notre société contemporaine, certains refusent cette manière de voir et veulent la changer en prétendant que c’est arbitraire et conventionnel. La multiplication des « styles de famille », le partage des tâches dans le couple, les revendications féministes, mettent à mal la figure paternelle. La différence de l’homme et de la femme devient une concurrence de genres au lieu d’être une complémentarité naturelle des personnes en vue d’un enrichissement mutuel.

Il est évident que Dieu agit aussi comme une mère. Un Père de l’Eglise du IIe siècle, Tertullien, dit que « Dieu est comme une mère qui n’abandonne jamais son fardeau ». Il est attentionné, attentif à tout ce qui nous arrive, à nos choix. Il pleure nos refus du bien, du vrai, du saint. Il se désole de nos refus d’alliance, de nos compromissions avec le malin, nos abandons divers et variés. Sa miséricorde est insondable et le cœur de Marie notre Mère, que nous fêtons en ce mois de mai, nous est donné pour nous le faire découvrir et nous aider à en vivre.

Tout comme nous ne pouvons pas être l’égal de Dieu, étant créature face à Lui le Créateur, de même notre rôle propre ne peut être interchangeable, au grand dam d’une certaine vision faussée de l’homme et de la femme. Dans l’Ecriture sainte nous rencontrons beaucoup de femmes qui ont eu des rôles importants. Dans notre Eglise également une grande part des services sont assurés par les femmes. Nombreuses sont celles qui animent et permettent à nos paroisses de vivre, de grandir. Même notre saint Père François a promu plusieurs d’entre elles à des postes importants au sein de la curie romaine. Il est bon de voir tant de dévouement de celles qui s’épanouissent et assument merveilleusement leur état de vie dans notre société. Par l’agir de tant d’entre elles nous voyons Dieu au féminin se manifester dans les périphéries de la pauvreté, de la souffrance et de la faim. Alors merci mesdames de nous montrer Dieu au féminin.

Jeunes en vadrouille !

PAR THIERRY SCHELLING
PHOTO : SABRINA FARAONE

Joie, rire, faim, prières, jeux, découverte de l’histoire de Saint-Jo, d’une autre Eglise, des autres jeunes, qu’ils ne sont pas seuls dans la foi. (WhatsApp des jeunes en retour de la matinée)

Rassembler les jeunes de nos UP pour élargir leur horizon «paroisse», cela fait sens et fait… Eglise. Ce fut l’initiative de Sabrina et Anne-Marie (l’une coordinatrice en catéchèse pour La Seymaz et l’autre agente pastorale pour Eaux-Vives / Champel), avec les deux accompagnants de confirmands – Jean et Denis – qui a été vécue samedi 2 avril.

Entre Chêne et Saint-Joseph aux Eaux-Vives, l’ambiance s’est bien détendue après des jeux « mise en bouche » ; les jeunes ont petit-déjeuné puis dans le tram 12… la neige tombant en giboulées, pour débarquer dans l’église Saint-Joseph.

Ils y ont vécu en groupes le parcours sur « Combien de saint Joseph à Saint-
Joseph ? » – 27 semble être le chiffre clé ! – avant de se grouper dans la crypte dite Salle R. Damon (sous-sol de l’église) pour un temps de relecture et de pique-nique.

MERCI à chacune et chacun : Joie, rire, faim, prières, jeux, découverte de l’histoire de Saint-Jo, d’une autre Eglise, des autres jeunes, qu’ils ne sont pas seuls dans la foi.

Dieu au féminin

TEXTE ET PHOTOS PAR
JUDITH BALET HECKENMEYER

Le Pantocrator d’Arcabas: l’image du Christ avec une main d’homme et une main de femme.

En français, nous n’avons que deux genres : masculin et féminin. Dans les temps anciens, il n’était pas convenable de représenter Dieu, de le nommer même. Mais l’homme a besoin de se raccrocher à quelque chose de connu, à se faire une image pour mieux se représenter ce que Dieu est, mais on oublie souvent que ce ne sera que des facettes, car Il est bien plus que toutes nos représentations, que nos imaginations, que nos sens et notre intelligence ne peuvent percevoir. Alors il a été choisi que la représentation de Dieu soit plutôt masculine.

Dans les dialogues avec l’ange il est dit dans l’avant-propos : les anges n’aiment pas parler de « Dieu » – ce mot que des générations d’êtres humains ont usé, galvaudé, sali ; mais emploient pour Le désigner le pronom Ö – ici traduit par Lui- qui, dans cette langue archaïque qu’est le hongrois n’est ni masculin, ni féminin mais les deux à la fois ; transcendant la masculinité du Divin qui pèse si lourdement dans nos religions révélées. Ö est le masculin et le féminin, le Père et la Mère, force et sagesse, toute-puissance et tendresse ; et point n’est besoin de le compléter par des figures féminines, puisque la féminité fait partie de Son essence même, et nous le rend tellement plus proche…

J’aime cette approche, cette particularité linguistique qui ouvre un champ bien loin des querelles intestines de la dualité homme-femme. Par commodité nous utilisons la forme masculine. Parce que Jésus était homme et parlait de son Père. Mais rien ne nous empêche d’envisager le tout, de réaliser comme dans la nature même, masculin et féminin se complètent, vont de pair.

Le symbole du Tao est représenté par le masculin et le féminin, le noir et le blanc, avec en chacun une part de l’autre, un cercle où tout se rejoint, où tout est un.

Alors Dieu ? Masculin ou féminin ? Ou tout simplement bien au-delà de la dualité ?

Vivre l’Eglise en coresponsabilité

Philippe Becquart, responsable du Département des adultes de l’Eglise catholique du canton de Vaud, a donné
une conférence dans la grande salle de la Colombière
mercredi 9 mars sur «Vivre la coresponsabilité en Eglise».
Elle s’inscrivait dans le cadre du thème d’année de l’Unité pastorale (UP) Nyon-Terre Sainte, «Nous sommes Eglise».

PAR GENEVIÈVE DE SIMONE-CORNET
PHOTOS : CCRFE, DR

Philippe Becquart, théologien laïc et père de trois enfants, a abordé le processus synodal à partir de l’expérience vécue par l’Eglise dans le canton de Vaud. Le processus synodal ? « Il veut mettre en avant notre vocation de baptisés, a-t-il dit en ouverture, pour en goûter les fruits. Dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg il a, pour sa première phase, mobilisé quelque 3000 personnes en paroisse ainsi qu’un groupe dans la partie alémanique et les moines de Hauterive, qui ont réfléchi à la situation du prêtre. La synthèse, effectuée le 4 mars par douze personnes, a été remise à l’évêque diocésain, Mgr Charles Morerod, qui la transmettra à la Conférence des évêques.

Le processus synodal lancé par le pape François en octobre a pour thème : « Pour une Eglise synodale. Communion, participation, mission ». Il se terminera en octobre 2023 par le synode des évêques à Rome. Il rejoint, dans notre canton, une initiative prise il y a quatre ans par Christophe Godel, alors vicaire épiscopal pour le canton de Vaud, qui cherchait à répondre à la question : « Comment revivifier nos communautés ? »

Un exercice spirituel

« Synode signifie marcher ensemble », a précisé le conférencier. Pour François, « le chemin de la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire », « la synodalité exprime la nature de l’Eglise, sa forme, son style, sa mission ». « C’est un exercice spirituel, un moyen de discernement personnel et communautaire, a relevé Philippe Becquart. Et toute l’Eglise est convoquée. »

Une Eglise fragilisée par la crise des abus – sexuels et spirituels –, conséquence du cléricalisme dénoncé par le pape. « Ils ont fait de l’Eglise un lieu de mort, l’ont détournée de ce qu’elle est essentiellement : synodale. » Il s’agit de retrouver cette dimension, car « le synode est une manière d’être, d’agir, d’annoncer l’Evangile et de témoigner qui prend sa source dans le baptême ».

Dix attitudes fondamentales

Le baptême, a affirmé le conférencier, est un sacrement à déployer en dix attitudes fondamentales qui se répondent : écouter /parler ; cheminer / accompagner ; discerner / décider ; célébrer / servir ; annoncer /témoigner. Il en a développé deux au cours de la soirée : écouter / parler et discerner / décider.

Première attitude : l’écoute de l’Esprit, des frères et sœurs et des charismes. « Le processus synodal est un laboratoire de l’écoute, une écoute qui vise à discerner ce que l’Esprit veut pour l’Eglise. ». Non un débat où chacun apporte ses arguments, mais « un exercice de mise en prière et d’humilité ». Lui répond, deuxième attitude, le parler vrai – « parrhèsia » en grec – « qui nous pousse à sortir de nos raisonnements et de nos représentations pour dire ce que nous discernons ensemble ». Ce faisant, nous n’échappons pas à un paradoxe, souligné par Philippe Becquart : « Nous revendiquons tout à la fois une prise de parole pour contester l’autorité – décrédibilisée par les abus – et nous nous comportons comme des moutons, attendant trop des prêtres. »

Troisième attitude : discerner – terme ignatien par excellence, et François est jésuite. Discerner en commun dans la conscience que nous sommes tous protagonistes en vertu du « sensus fidei », ce sens surnaturel en matière de foi et de mœurs que possède la collectivité des fidèles, qui « ne peut se tromper dans la foi ». Et que nous sommes le Peuple de Dieu qui chemine dans le monde et dans l’histoire.

Quatrième attitude : décider. Pour ce faire, il faut avoir écouté l’Esprit, renoncé au pouvoir et parcouru un chemin d’abaissement, expérimenté une kénose – ce que vit l’Eglise aujourd’hui, « dans une extrême vulnérabilité » suite à la crise des abus et à la Covid-19 –, « être nu, dépouillé, blessé d’amour ». Cependant, a précisé le conférencier, « tous discernent, mais tous ne décident pas ».

Franchir un cap

L’enjeu du synode ? « Régénérer l’Eglise en créant des lieux où expérimenter la prière, la prise de parole et le discernement communautaire » sans oublier la liturgie, « lieu de l’écoute de l’Esprit et de la Parole ». « Nous devons franchir un cap », a ajouté Philippe Becquart, « revivifier les paroisses, discerner les besoins, élaborer une vision et la mettre en œuvre ».

Cela n’existait-il pas auparavant ? Certes, a reconnu le conférencier, mais « il y a eu une rupture dans la transmission, un repli, un rétrécissement ; une nouvelle ecclésiologie s’est mise en place. A nous de faire revivre des lieux où les baptisés ont la parole ». « Il nous faut aussi inventer ou réinventer des manières de donner la parole », a ajouté le curé modérateur, l’abbé Jean-Claude Dunand. La soirée s’est terminée par la récitation d’une prière du cardinal Carlo Maria Martini, puis le verre de l’amitié.

Apprendre l’amour inconditionnel

Le mariage du hockey et de la foi : c’est toute sa vie. L’ancienne ailière de l’équipe féminine suisse de hockey sur glace, Sandrine Ray, est aujourd’hui aumônière en milieu sportif et met sa foi au service de ses pairs.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER, DR

Que fait un aumônier en milieu sportif ?

Il accompagne les athlètes dans les difficultés qu’ils vivent au quotidien. Que cela soit le besoin de parler, concernant les questions existentielles ou spirituelles. L’athlète a tellement été éduqué avec la vision qu’il faut être fort, ne rien montrer… il a donc besoin d’une personne de confiance pour s’épancher. Mon autre rôle est aussi de permettre aux athlètes chrétiens de vivre la communauté en les mettant en lien avec d’autres sportifs croyants ou en leur proposant des temps de prière et d’étude biblique. Je m’intéresse également à toutes les problématiques de l’abus dans le sport. Ils ne sont souvent pas dénoncés à cause de conflits de loyauté. Il y a une réelle peur de voir s’écrouler tout ce qui a été construit jusque-là et de décevoir la famille, le coach, etc. En somme, j’offre à ces athlètes un espace où ils peuvent simplement être humains !

Quels parallèles tirez-vous entre votre foi et le sport ?

Le sport a énormément de notions et de valeurs bibliques : le respect, la solidarité, l’esprit d’équipe, se battre pour cette équipe et le côté sacrificiel. Ce dernier point est très présent dans le sport, ce qui peut amener à de vraies situations de détresse.

En effet, on imagine souvent le sportif comme quelqu’un de fort, qui peut gérer les situations de crise, mais on sait aussi qu’il peut avoir un fort risque suicidaire.

C’est vraiment le paradoxe. Dans le sport, on est dans le tout ou rien. Un jour, tu es en haut de l’affiche, le suivant tout en bas. Tu passes du héros au zéro en peu de temps et gérer cela peut devenir très compliqué, surtout lorsqu’on mise tout sur le résultat. Les plus grandes difficultés de détresse et de santé mentale, de dépression et de risques suicidaires concernent les athlètes qui ont cet état d’esprit dirigé vers la performance. Si ma valeur en tant qu’athlète ne dépend que de cela, il y a des risques de souffrances en santé mentale. Par contre, les sportifs qui trouvent un sens dans ce qu’ils font autre que la performance sont moins influencés par les résultats. Ils surmontent mieux les échecs. Je cherche donc avec eux des objectifs qui ne dépendent pas des résultats.

Quel rôle jouent les médias et réseaux sociaux dans la pression sur les athlètes ?

C’est une pression supplémentaire énorme. Il faut toujours se montrer sous le meilleur angle. Tout est vu et revu des milliers de fois. Le métier d’athlète professionnel est particulier, car vous travaillez pendant des années et tout se joue sur un instant… que tout le monde verra. D’où l’importance de pouvoir se détacher et de connaître sa vraie valeur. Il y a un réel travail à faire avec les athlètes, car depuis tout petit on t’inculque que ta valeur dépend entièrement de ton mérite. Ce système prône le « tu montres et ensuite tu reçois ». Dans la foi en Jésus, cette réalité est totalement inversée, car tu reçois tout avant d’avoir montré quoi que ce soit. Tu es accepté, tel que tu es. Nous devons aider les athlètes à comprendre que leur valeur ne dépend pas de leurs performances. Lorsque j’ai rencontré Jésus à l’âge de 17 ans, c’est cela qui m’a touchée. Peu importe ce qu’il se passait sur le terrain, l’amour de Dieu pour moi resterait. C’est ce qui a fait toute la différence pour la suite de ma carrière. A partir de ce moment, je n’avais plus peur de perdre.

Biographie express

Née à Orbe en 1983, Sandrine Ray chausse ses premiers patins à 4 ans. Hockeyeuse internationale à 16 ans, elle évolue durant sept ans avec l’équipe de Suisseet, dans ce cadre, va aux JO de Turin en 2006.
Elle réoriente sa carrière en aumônerie. Au cours de sa formation, elle a l’opportunité d’aller aux JO de Sotchi avec le CIO (2014) et aux Jo Paralympiques de Rio comme aumônière officielle (2016). Elle exerce depuis 2019 pour Athletes in Action, une organisation sportive chrétienne internationale.

Joli mois de mai…

… propice à une visite à la Vierge dans notre région. Les œuvres d’art la représentant sont partout présentes dans nos églises. Mais je ne suis ni artiste ni historien. Ces œuvres me parlent donc autrement. Sont-elles inspirées? Probablement, vu qu’elles sont inspirantes. Voyons donc ce qu’elles me suggèrent.

PAR PIERRE MOSER | PHOTOS : PIERRE MOSER

Dieu au féminin

PAR GENEVIÈVE THURRE
PHOTOS TIRÉES DES SITES: monastere-geronde.ch et lapelouse.ch

Pour évoquer Dieu au féminin me sont venus à l’esprit les visages de sœurs religieuses qui ont traversé ma vie, à commencer par celui ma tante sœur Marie-Odile (Gisèle Roduit). Elle a été une caresse sur nos vies. Notre diocèse compte quatre communautés de sœurs religieuses, autant de visages de Dieu dans nos quotidiens, présents par la prière et le service.

Donner une voix et un visage à Dieu par le biais des médias: Louis Cergneux, chanoine à Saint-Maurice, a créé en 1906 la congrégation des sœurs de Saint-Augustin. Quelques sœurs sont actives dans le domaine de l’édition à travers la librairie de Saint-Augustin, tandis que les sœurs plus âgées sont actives par la prière et la simplicité de leur vie quotidienne.

«Il n’y a pas de plus grand amour que de DONNER SA VIE pour ceux qu’on aime.»

Maurice-Eugène Gard, prêtre de l’Abbaye de Saint-Maurice, bouleversé par la misère qui l’entoure, en particulier celle des enfants, réunit quelques jeunes femmes qui vont quitter leurs familles et mettre leur vie au service des pauvres.

La communauté des sœurs de Saint-Maurice vit actuellement dans le cadre magnifique de la Pelouse au-dessus de Bex. Leur quotidien est la bible – la liturgie – l’accueil – l’accompagnement – le service aux jeunes.

En 1622, saint François de Sales encourage un groupe de moniales cisterciennes qui fonde le couvent de Collombey. Les Bernardines de Collombey vivent selon la loi de saint Benoît. Elles cherchent Dieu dans la prière, la simplicité, le silence, le travail et l’accueil des personnes. Elles fabriquent les hosties et tiennent une sonothèque.

Rien n’est plus important que de dédier sa vie entière à la louange, mettre de côté tout ce qui n’est pas le Christ. Les premières sœurs de Géronde y sont arrivées en 1935, en provenance du monastère des Bernardines de Collombey. Comme ces dernières, elles font partie de l’ordre cistercien obéissant à la règle de saint Benoît. Elles vivent au sein de leur communauté, à l’écart de la vie ordinaire. L’équilibre de la journée repose sur le travail, la lecture, l’étude et l’accueil.

Après des années vouées à l’éducation des jeunes, la plupart des sœurs Ursulines de Sion ont accueilli une mission en pastorale paroissiale ou diocésaine. Elles s’y impliquent à travers la diaconie, la catéchèse, dans les équipes pastorales et les groupes paroissiaux.

« Se nourrir du pain de Vie, accueillir et servir le Christ dans son humanité », les sœurs Hospitalières de Sion restent porteuses du même désir que leurs fondateurs. Leur charisme s’incarne aujourd’hui dans l’accompagnement de leurs sœurs âgées au couvent. Leur mission d’évangélisation se vit dans la joie du don, dans la prière pour l’Eglise et pour le monde.

Dieu Père et Mère ?

Conformément au Décalogue (Exode 20, 4), les juifs ne se font aucune représentation de Dieu, contrairement à nous. Pourquoi avons-nous choisi de représenter souvent Dieu comme un vieillard barbu ? Ne pourrait-il aussi présenter des traits plus féminins ? Voyons ce que la Bible nous en dit…

TEXTE ET PHOTO PAR ISABELLE VOGT

« Me plonger en Toi comme dans les eaux maternelles. Comme un fœtus, grandir et naître de Toi ; chaque jour, à chaque heure, tirer de Toi l’existence et l’être. Joyeusement tout recevoir de Toi à chaque seconde, dans l’émerveillement et l’adoration. 1»

Un Dieu maternel

Ce cri du cœur illustre bien notre sujet du mois. Pourquoi avoir « masculinisé » à ce point un Dieu qui pourtant, à bien des égards, présente des côtés très maternels ? Ne le voit-on pas souvent « ému aux entrailles » ? Il s’agit du mot hébreu rahamim ou grec splanchnon qui exprime le sein maternel, la matrice, le cœur, les entrailles. En Jérémie 31, 20, le Seigneur dit : « Voilà pourquoi, à cause de lui [Ephraïm], mes entrailles frémissent. 2» Saint Paul reprendra cette expression de tendresse maternelle en Philippiens 1, 8 : « Oui, Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse de Christ Jésus. »

Les symboles féminins du divin dans l’Ancien Testament

En Osée 11, 9, Dieu déclare : « … car moi, je suis Dieu, et non pas homme… » Rien ne nous empêche donc de chercher dans la Bible des symboles féminins du divin pour élargir notre vision. Commençons par la Genèse où dès le début, la présence et l’intervention de Dieu s’expriment par le mot hébreu féminin rouah, l’Esprit, le souffle, le vent. C’est donc le souffle de L’Esprit, féminin, qui est à l’origine de la Création.

La Sagesse occupe une place toute particulière dans l’Ancien Testament. Or en hébreu, tout comme en français,
il s’agit encore d’un mot féminin,
hokmah, de même qu’en grec (sophia) et en latin (sapientia). Ce n’est pas simplement une question de genre des mots, mais
il est important de relever que la figure de la Sagesse est toujours féminine.
C’est le cas également de la Shékinah
(Ex 25, 8 et Es 8, 18), expression de la présence de Dieu, « représentation du Divin féminin telle que conçue dans la tradition mystique juive […]. La Shékinah révèle à la fois Dieu comme Mère et est représentée comme la Sagesse incarnée 3 ». Saint Augustin, dans son traité sur la Trinité, parle du Père, du Fils et de l’Esprit formant une seule Sagesse.

Dieu Père et Mère

Irmtraud Fischer résume bien cette ambiguïté : « S’il n’y a plus désormais qu’une Divinité unique, elle doit réunir en elle tout […]. D’une telle Divinité, on doit pouvoir parler sous toutes les images parce qu’elle transcende toutes les catégories humaines, spécialement celles des pôles opposés. D’autre part, seule une telle Divinité, qui réunit en elle le masculin et le féminin, peut créer l’humain « à notre image », homme et femme. 4»

Pour conclure, une petite réflexion un brin provocatrice : puisqu’au fil des six jours qu’a duré la Création dans les premiers chapitres du Livre de la Genèse, Dieu a progressivement amélioré son œuvre jusqu’à créer l’homme tiré de la poussière du sol (Gn 2, 7), pourquoi ne pas imaginer qu’en créant en dernier la femme, il ait enfin atteint la perfection ?

1 Lydie Michelet-Mariéthoz, Le Visage de Dieu, 1983, Imprimerie Valprint SA, Sion.

2 Toutes les citations bibliques, © AELF.

3 Elisabeth Parmentier, Pierrette Daviau
et Lauriane Savoy (dir.), Une bible des femmes, 2018, Genève, Labor et Fides, p. 17.

4 Parmentier, Une bible des femmes, p. 20.

Au-delà des mots et du genre

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTO : DR

Ma mère n’a jamais vraiment été féministe, mais elle m’a toujours parlé de Dieu avec toutes les caractéristiques que nous pourrions attribuer (à tort ?) à une maman.

J’ai donc depuis toujours fait connaissance avec un Dieu protégeant jalousement de son aile ses petits, qui ressentait dans ses « entrailles » mes propres souffrances et reflétait tout ce que j’étais en tant que fille et ensuite femme, puisque selon les mots de ma mère «j’étais faite à son image».

Je n’ai donc jamais ressenti d’incompatibilité entre prier le « Notre Père » et concevoir un Dieu aux caractéristiques classiquement féminines, c’est-à-dire plein de tendresse et de sollicitude pour moi.

Plus que les référentiels et le langage, parfois étriqués, qui me servent à dire Dieu, l’éducation puis la relation que j’entretiens avec Lui m’ont fait découvrir qu’il est Tout Autre. Au-delà des cases que nous souhaitons (trop ?) Lui attribuer, tout en se faisant semblable à nous.

Réveiller l’espérance

Franchir le cap des angoisses, chercher un emploi, discerner la direction à donner à sa carrière professionnelle ou simplement retrouver le sens du «faire».
La Pastorale du Monde du Travail se définit comme un lieu pour réveiller l’espérance. Rencontre avec Brigitte Mesot.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : BRIGITTE MESOT,
PASTORALE DU MONDE DU TRAVAIL

«Certaines personnes viennent ouvrir leur courrier ici, car c’est devenu trop anxiogène », révèle Brigitte Mesot. Face à un marché de l’emploi de plus en plus compétitif, le chômage, la perte du sens dans l’accomplissement d’une tâche professionnelle ou des difficultés à discerner la trajectoire à donner à sa carrière, certains se sentent démunis et ne savent vers qui se tourner.
«Ces personnes nous approchent, car elles ont entendu parler de nous en paroisse, par une connaissance ou par le site web de l’ECR», détaille la responsable de la Pastorale du Monde du Travail (PMT). Les demandes sont très diverses, mais con­cernent en grande partie des questions de discernement et de sens: «Elles ne sont pas heureuses dans ce qu’elles font, et se demandent si elles pourraient l’être ailleurs…»

Brigitte Mesot décrit la mission principale de la PMT comme une vocation d’écoute et d’accompagnement. «La demande peut être soit d’ordre administratif, spirituel ou psychologique (isolement, harcèlement). Dans ce que nous proposons, il y a toujours un aspect individuel et collectif.» Pour ce faire, la PMT va, au niveau individuel, orienter les personnes dans son vaste réseau de contacts, rencontrer des spécialistes de la migration, de l’emploi, ou de l’aide sociale. Sa responsable a, par exemple, accompagné des personnes lors de rendez-vous avec des instances étatiques. Au niveau collectif, «nous proposons un groupe « Emploi »: lieu d’écoute et de partage pour des personnes en recherche d’emploi et des activités qui correspondent à une demande particulière. En ce moment, nous avons un atelier d’écriture pour retrouver la joie de rédiger. C’est toujours dans une optique de renouer avec le plaisir, quelquefois avec la prière, de discerner où l’on ressent de la joie et de retrouver du sens dans ce que l’on fait. Cela permet ensuite d’aller rechercher du travail, d’écrire des lettres de motivation ou tout autre chose de la vie courante».

«Avec ma connaissance du terrain, je me suis rendu compte que nous pouvions être complémentaires de l’Etat, en étant disponibles comme nous avons la chance de pouvoir l’être grâce à l’ECR. Pour moi, l’Eglise est là, dans cette complémentarité et cette présence. Toutefois, elle doit être présente pour ce qu’elle est. C’est-à-dire afin que chacun trouve sa place et soit reconnu. Lorsqu’on accepte que ce que chacun ressent est vrai, sans le remettre en question, qu’il est seul à pouvoir discerner ce qui est bon pour lui, alors on lui permet de reprendre sa place au sein du groupe et de la Vie.»

Au service, mais comment ?

Une chose que la Pastorale du Monde du Travail accomplit et dont on ne se rend pas compte ?
Brigitte Mesot :
Elle est là ! Un prêtre de Saint-Joseph, Thierry Schelling, parlait de la discrétion de la PMT. Il y a quelque chose de l’ordre d’une présence. Nous incarnons la certitude d’une issu de vie toujours possible ! Ce que je dis souvent, c’est que nous sommes là pour réveiller l’espérance.
Et si nous accomplissons vraiment quelque chose ? C’est par le Seigneur !
Il nous donne l’énergie d’être là, trait d’union là où il y avait rupture…

Quel « service » apportez-vous aux Genevois de manière générale ?
BM :
Une écoute et des propositions à des demandes face à des problématiques professionnelles. Ce sera peut-être d’orienter les personnes vers d’autres ressources, car le travail en réseau est crucial. L’idée qui m’est aussi vraiment chère est de pouvoir accueillir toute personne, quelle que soit sa sensibilité, du point de vue de son vécu ou de son expérience de la foi.

Dieu est-Il homme ou femme ?

PAR MARIE-FRANÇOISE SALAMIN
PHOTO : LDD

Après de longs débats sur le sexe des anges, nous voici devant une nouvelle question: Et si Dieu était une femme?
La première phrase de la Bible se traduit ainsi: Au commencement, Dieu enfanta.
Dans les Evangiles, Jésus nous parle de Dieu en disant Notre Père. Mais dans la béatitude Heureux les miséricordieux… il emploie le terme Rahamim, qui suggère les entrailles maternelles de Dieu. Dieu est miséricorde, c’est sa nature d’être maternel.

Plutôt que de se creuser les méninges pour élucider ce mystère, je suggère de chercher une ébauche de réponse dans le secret de notre cœur. Dieu est Amour. Voilà notre Credo. Pour nous, qui sommes des hommes et des femmes sur terre, il y a plusieurs sortes d’amour : amour matrimonial, amour paternel, amour maternel, amour filial, amour fraternel, amitié… Cela dépend de notre situation dans une famille, de nos rencontres, de nos choix. Ces diverses sortes d’amour s’inscrivent dans un projet. La mère donne la vie, elle protège, veille, soigne, nourrit, rassure son enfant. Elle désire de tout cœur l’aider à grandir et écarter tout ce qui pourrait lui nuire…

Le père aussi veut le meilleur pour son enfant. Il représente l’autre, celui qui va élargir le couple fusionnel mère-enfant, celui qui lui donne un nom, une place dans une famille, qui va l’ouvrir au monde… Il en va de même pour toutes les sortes d’amour. Le projet d’un frère ou d’une sœur est différent de celui qui se tisse avec un ami. On pourrait en parler longuement.

Eh bien, justement ! Dieu est pur amour. Il rassemble tous ces projets que nous expérimentons, et bien d’autres encore, dans son amour pour chacun de nous. Il ne peut pas se restreindre à une seule façon d’aimer. Il est à la fois infiniment père, mère, ami et bien plus encore ! Il nous aime d’une façon totale et parfaite. Il désire le bien, le meilleur, le bonheur infini, la vie éternelle pour chaque être humain.

Un jour, mon fils alors âgé de 8 ans, me demanda comment c’était le ciel. Je ne sais plus bien ce que je lui ai répondu, mais j’ai tenté de lui parler de l’amour infini de Dieu et de son désir de bonheur pour chacun. Et mon petit homme a conclu ainsi: Ce sera plein de bonnes surprises ! Plein de bonnes surprises ! Je me réjouis !

Avec la même confiance, la même joie, ouvrons-nous à toutes les bonnes surprises qui nous attendent…

Dieu au féminin : cinq témoignages

En complément au dossier de la Rédaction romande de L’Essentiel sur le thème «Dieu au féminin» (lire au centre de ce journal), nous avons demandé aux représentantes féminines de l’équipe pastorale et de notre rédaction paroissiale de dire en quoi le fait d’être une femme influençait leur façon d’agir en Eglise. Cinq femmes ont accepté de s’exprimer. Leurs témoignages ci-dessous et ci-contre.

Nicole Monnard, auxiliaire pastorale

«Masculin? Féminin? Les deux à la fois!»

« Pourquoi faudrait-il que Dieu soit masculin ou féminin ? N’est-il pas les deux à la fois ?
La Genèse écrit à propos de la création de l’humain : Dieu le créa à son image, homme et femme, Il les créa. Cette illustration me donne à penser que c’est ensemble, hommes et femmes, que nous sommes image de Dieu. Complémentaires ! Dans notre travail pastoral, je trouve particulièrement riche et nécessaire ce partenariat.
Nous devrions être envoyés en mission deux par deux… et si nos sensibilités sont différentes, c’est tant mieux ! Nous n’en serons que davantage ajustés pour rejoindre nos frères et sœurs en Christ dans ce qu’ils vivent. »

Bernadette von Niederhäusern, ancienne agente pastorale et membre de la rédaction du journal paroissial

«Une femme accueille mieux les émotions ¨»

« Comment puis-je, en tant que femme, apporter quelque chose de différent dans l’engagement en Eglise ? J’ai remarqué que je suis plus attentive à l’accueil, au décor. La convivialité est un point important afin de faciliter la rencontre. Souvent, les femmes préparent un gâteau pour les réunions.
La femme est habituée aux émotions et elle a moins peur de les exprimer. Elle a aussi la facilité de les accueillir. Cela la rend proche des gens. Pour elles, c’est normal, cela fait partie de la vie. »

Marianne Berset, agente pastorale

« Chacun a sa place, nous sommes tous convoqués »

« Depuis de très nombreuses années, je suis femme en Eglise, d’abord comme bénévole et aujourd’hui comme engagée. Je fais partie de cette communion de personnes unies au Christ où chacun a sa place aussi bien les femmes que les hommes car nous y sommes tous convoqués.
Si je me réfère au texte biblique qui m’a portée lors de mon discernement :  » Avant de t’avoir formé dans le sein de ta mère, je t’ai choisi…  » (Jr 1.5), je pense que c’est Dieu qui nous choisit et qu’en vivant ma foi je fais sa volonté. En tant que maman de trois enfants aujourd’hui adultes, je connais la valeur de la vie que l’on porte dans nos entrailles. Avec mon instinct maternel, il est important pour moi de donner ma vie pour ma famille mais aussi pour les autres.
Aujourd’hui, notre évêque est sensible à cette situation et a ainsi nommé des représentantes de l’évêque. Personnellement, je pense que l’important dans l’Eglise n’est pas tant de savoir qui doit siéger à droite ou à gauche (Mt 10, 35-45) mais d’être une Eglise de proximité qui transmet un témoignage vivant et joyeux qui donne envie de rencontrer
le Christ, afin de constituer une communauté fraternelle et heureuse. Et là, le chantier est encore immense… »

Nathalie Angelini, membre de la rédaction du journal paroissial

«Etre une femme ne change pas
radicalement mon rôle»

«Personnellement, je n’ai jamais réfléchi à une déclinaison de Dieu au féminin, car au final pour moi Dieu est TOUT. Dieu est notre créateur, notre consolateur, il est pour moi une immensité rassurante, inexplicable. Mais je sais que croire en Dieu est une évidence qui me rend heureuse. Et en ce qui concerne mon engagement dans l’Eglise ou dans ma vie de chrétienne au sens féminin et au sens plus large, je dirais que l’apport est mon dynamisme et mon amour passionnel pour le Christ, ma fraîcheur et ma jeunesse. Mais finalement aujourd’hui, dans un monde libre où nous avons tous plus au moins l’opportunité de montrer qui nous sommes, je n’ai plus la sensation que d’être une femme change radicalement ce que nous pouvons apporter à la communauté chrétienne ou non d’ailleurs.»

Rachel Jeanmonod, agente pastorale

«Nous avons à décider et gouverner ensemble»

«Quelle place pour les femmes dans l’Eglise ? Majoritairement présentes, engagées, compétentes, disponibles, courageuses aussi… elles sont pourtant absentes des instances décisionnelles. A mes yeux, l’être humain ne peut donner le meilleur de lui-même qu’en présence de l’autre sexe. Nous avons été créés hommes et femmes pour nous compléter. Cette mixité est voulue par Dieu. Nous avons à œuvrer mais aussi à décider et gouverner ensemble. Plutôt que se demander ce que celles-ci ont de plus ou de moins que ceux-ci, demandons-nous ce que la mixité a de si précieux aux yeux de Dieu pour qu’il nous aie créés ainsi. L’équilibre hommes-femmes est à rechercher autant dans la gouvernance que dans n’importe quel autre engagement de baptisé.»

Dieu au féminin

Récemment dans l’Eglise évangélique-réformée de Genève, le débat autour de la question du genre de Dieu s’est envenimé.

Il suffit de coupler ces deux mots pour, souvent, déchaîner l’ire des uns, le rictus des autres. Quand on ne nous traite pas de «féministe» ou, au contraire, de «misogyne». C’est bien que le bât blesse quelque part… Posons quelques arguments, calmement.

PAR THIERRY SCHELLING | PHOTOS : DR

Qu’il soit bien clair : le Dieu révélé par Jésus-Christ n’est ni homme ni femme, mais à la fois tous les deux, et, mieux, les deux ensemble, sans être réductible ni à l’une ni à l’autre ! Car Dieu est Dieu… mais pas éloigné ou indifférent à sa création : l’univers, le minéral, le végétal, l’animal, dont l’expression chérie par Dieu est ce vis-à-vis tant désiré et intime : l’être humain, à qui Dieu a tout confié de sa création, et qui est chemin vers Dieu 1.

Sacré Zeus !

La mythologie grecque s’en est donné à cœur joie pour personnifier le panthéon des divinités sous les traits d’hommes, de femmes et d’animaux, pour les rendre visibles (efficaces ?). Ces anthropomorphismes sont inévitables, car on ne peut pas parler de Dieu sans utiliser un langage… humain, qui peut prendre moult formes : parabolique (les fameux « comme » dans les évangiles, Dieu est comme une femme qui, comme un homme qui), métaphorique (Dieu est un semeur, « Notre Père », une mère qui rassemble ses petits), etc.

Problème de langue

Le langage est un inévitable moyen pour visualiser… l’invisible. Tout le monde comprend le mot « courage » mais comment le définir si ce n’est par une périphrase : « le courage, c’est quand on ressent que, c’est comme… » ? Comme tout moyen, le langage est partiel et partial ; il est à apprendre et à utiliser pour communiquer et il est relatif: au vu des milliers de langues dans le monde, comment prétendre qu’une seule d’entre elles – le latin, le grec, le chinois ? – saurait épuiser ce que l’on pourrait dire de Dieu ? Les traducteurs émérites le savent bien : il y a des mots intraduisibles… Et traduttore traditore 2 !

L’art chrétien a figé la représentation de Dieu comme un homme barbu et grisonnant.
La Mère de Dieu et l’enfant, à Istanbul. Mais la Vierge n’est pas le pendant féminin de Dieu.

De plus, l’art chrétien a exclusivement figé la représentation de Dieu comme un homme barbu et grisonnant : tout le monde a en tête le « Jugement dernier » de la chapelle Sixtine. A relever en passant une certaine confusion visuelle de ce Dieu-là avec les images de… saint Joseph !

De plus, la mariolâtrie – le culte excessif rendu à Marie – a exposé une femme à notre vision, compensant quelque part la « phallocentrie » de Dieu par l’abondante illustration de la Vierge – mais Marie n’est pas son pendant féminin 3 !

Dieu est humain

Il n’empêche, et homo factus est, affirme le dogme chrétien : « Dieu s’est fait être humain », Mensch, diraient les germanophones. Même si nous affirmons que le Christ est le Fils de Dieu, donc un mâle – et il y a peu de doute sur cela ! –, Dieu devint homo (sic !), être humain que Dieu a créé « mâle et femelle… à son image et à sa ressemblance » selon Genèse 1. C’est bien que les deux sexes, chacun pour soi et ensemble, sont les représentations les plus proches de ce qu’est Dieu, sans rivalité entre eux, mais plutôt en dialogue.

Deux articles

Au contraire de l’allemand, nos langues latines ont abandonné l’article neutre des origines, pour ne garder que le masculin et le féminin. En hébreu, l’appellation Elohim pour parler de Dieu est… plurielle ! Il y a donc une variété d’usages due à la grammaire, mais en français, on ne peut dire que « il » ou « elle » pour parler de Dieu, depuis que cette langue a été reconnue comme vernaculaire (sous François Ier, roi de France de 1515 à 1547). Et une société patriarcale a vite fait son choix !

Une Bible en version inclusive.

Option des sexes

Récemment 4 dans l’Eglise évangélique-réformée de Genève, le débat autour de la question du genre de Dieu s’est envenimé de manière impressionnante, voire écœurante… avant même d’avoir commencé la réflexion sur les arguments de tout bord. Cette virulence est-elle l’effet post-Covid où l’impatience est à bout après avoir trop tiré sur nos cordes existentielles depuis deux ans ? Gageons que non. Car les « détracteurs » déraillent avant même que le train ne soit parti de la gare, en exprimant une véhémence qui nécessite de s’interroger paisiblement sur leurs raisons. Pourquoi ? « Cela me gêne à l’oreille », entend-on dire de qui peine avec le féminin utilisé pour Dieu. Est-ce un problème auditif par inhabitude ?

Dieu est belle

Et pourtant, Dieu est aussi femme, Elle est « Notre Mère qui es aux cieux », Elle est féminine, car matricielle 5. Et l’on peut lister nombre de métaphores pour « émasculer », l’espace d’une réflexion, le Dieu mâle qui caractérise notre société et nombre d’Eglises chrétiennes. Car le christianisme est la religion de l’Incarnation humaine par excellence, « Et le Verbe s’est fait chair ». C’est que tout l’humain traduit, transmet, illustre, véhicule le Dieu de Jésus-Christ.

Femme tout simplement…

Alors, on relit d’une part la Bible – compilation de 10 siècles d’écritures tout de même ! – et de l’autre, l’histoire de nos sociétés humaines et notamment de la place de la femme dans celles-là 6. Et on peut découvrir des pistes, des icônes, des témoins, des narratifs où Dieu est aussi… féminin ! N’est-ce pas leur non-usage ou leur oubli qui les a fait passer à la trappe ? Par exemple, le féminin rouah, notre Esprit saint ; l’intriguante présence au côté du Créateur de hokmah, la Sagesse dans le Livre du même nom ; la shekinah, présence de Dieu au milieu de son peuple tout au long de son Exode ; Dieu qui accouche de son peuple dans le Psaume 127… Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas accorder à ces métaphores leur part féminine intrinsèque, en parfaite équivalence des « Notre Père » et autre « Seigneur des armées » bien testostéronés !

Témoins

Des femmes mystiques ont prié Dieu au féminin : Dieu ma Mère véritable (Christina de Markyate), Dieu est tout autant notre Mère que Dieu est notre Père (Julienne de Norwich). Ont-elles été excommuniées ? Non. Et le bienheureux Jean-Paul Ier de conclure : « [Dieu] est papa, plus encore, Il est mère » (Angélus du 10 septembre 1978). So what ?

Dans l’Eglise anglicane, les femmes peuvent devenir prêtres et évêques.

1 Selon le titre d’un ouvrage de G. Daucourt (et al.), Dieu, chemin vers l’homme ; l’homme, chemin vers Dieu, Parole et Silence, Paris, 2006, qui relit le document du Concile Vatican II Gaudium et Spes.
2 Proverbe italien : un traducteur est un traître !
3 C’est un point dénoncé dans le Coran quant à notre « hérésie trinitaire » !
4 Article de L.Vuilleumier dans Le Temps, 16 janvier 2022.
5 Dans la Bible, la compassion de Dieu s’image par le mot rahamim, les entrailles maternelles.
6 Cf. A.-M.Pelletier, L’Eglise et le féminin. Revisiter l’histoire pour servir l’Evangile, Paris: Editions Salvator, 2021.

Stabat Mater

PAR THIERRY SCHELLING

L’œuvre de Pergolesi chantée dans notre église. Emouvante et tellement… actuelle !

Stabat Mater, «la mère se tient debout». Marie au pied de la croix, comme ces mères et ces épouses et ces fiancées et ces petites amies et ces filles qui tiennent debout malgré les outrages des hommes, les ravages de la guerre, la honte du mariage forcé ou de l’infibulation, le désastre du viol, la plaie de la misogynie… Oui, Stabat Mater dolorosa.

Iuxta crucem lacrimosa, « à côté de la croix, pleurant ». Marie pleure à côté de son Fils moribond, comme ces mères et ces sœurs qui ont vu leurs maris, leurs frères, leurs époux, leurs amis mourir, l’arme à la main, dépérir parce qu’en prison, disparaître parce que cherchant un avenir meilleur ailleurs. Et ils n’en reviennent pas vivants, entiers, apaisés… Oui, iuxta crucem lacrimosa.

Dum pendebat Filius, « pendant que le Fils pendait [au bois de la croix] ». Marie contemple l’ineffable, l’impensable, l’irréel, presque : la chair de sa chair, le fruit de ses entrailles, l’expression de son amour de Dieu et pour Joseph, l’héritier de sa douceur et fermeté… son Fils qui se meurt, cloué alors qu’innocent. Un parent ne devrait pas voir sa progéniture mourir, et pourtant : les enfants abusés, ou malades, ou accidentés à vie, ou handicapés, ou orphelins, ou soldats, ou prostitués de force… Oui, dum pendebat Filius.

Victoire, le Christ mort est ressuscité, le Christ est vivant… grâce à une femme, Marie, et à une autre, première témoin, Marie-Madeleine…

Jeux, jeunes et humour – mai 2022

Par Marie-Claude Follonier

Question d’enfant

Pourquoi fête-t-on l’Ascension un jeudi ?
Tout simplement parce qu’elle est célébrée 40 jours après Pâques qui tombe sur un dimanche. Je vous laisse faire le calcul ; on arrive forcément sur un jeudi. Derrière cela, il y a toute la symbolique du nombre 40, temps d’attente et de rencontre avec Dieu au désert – pensons au Carême ou à Moïse – revivifié ici par la Résurrection de Jésus qui apporte du neuf dans notre relation à Dieu.

par Pascal Ortelli

Humour

Un handicapé sur chaise roulante conversait avec ses amis d’infortune au sujet d’une innovation dernier cri rajoutée sur sa chaise roulante électrique. Elle était en effet équipée d’un GPS. 
– Vous voyez, dit-il, si je me trompe de rue, automatiquement, comme pour les voitures, j’entends une voix qui me dit : « Faites demi-tour, dès que possible. »
– Génial ! répartit l’un d’eux.
Quelque temps plus tard, un ami rencontre l’heureux propriétaire de cette chaise révolutionnaire et lui lance : 
– Alors, ton GPS, toujours au point ?
– Non, je l’ai enlevé !
– Ah bon, pourquoi ?
– Chaque fois que je passais devant le cimetière, j’entendais : « Vous êtes arrivé, vous êtes arrivé… »

par Calixte Dubosson

En librairie – mai 2022

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Je me suis laissé aimer…
Brigitte Bédard

« Nous n’incarnons en rien l’image du bon chrétien, si cela signifie être parfait, sans faille et marcher droit. Hugues et moi, nous nous savons profondément pécheurs – la lecture de ce livre vous en convaincra – incapables d’aimer et de se laisser aimer, comme Dieu nous y invite. Ce que nous savons cependant, et qui fait que, finalement, nous sommes de bons chrétiens, dans le vrai sens du terme, c’est l’expérience d’être au quotidien démesurément et infiniment aimés de Dieu. En voici les preuves… » Avec une joie de vivre et un humour débordants, Brigitte Bédard nous entraîne dans le ménage à trois que forme son couple avec le Seigneur. 

Editions Artège

Acheter pour 27.80 CHF

Pourquoi Padre ?
Les prêtres de Padreblog

Qu’arrivera-t-il aux non-croyants après leur mort ? Pourquoi les prêtres ne sont-ils pas mariés ? Comment parler de la Providence de Dieu avec tout le mal qui arrive en ce monde ? Toutes ces questions et bien d’autres, les prêtres de Padreblog (des prêtres actifs sur les réseaux sociaux) y répondent de façon claire et précise chaque semaine sur KTO, avec un succès d’audience qui ne se dément pas. Nombreux sont ceux qui souhaitaient voir ces questions-réponses mises à l’écrit. C’est chose faite : voici un formidable outil de formation personnelle et d’évangélisation !

Editions Artège

Acheter pour 26.20 CHF

Zita, courage et foi d’une impératrice
Gaëtan Evrard

Le destin de la dernière impératrice d’Autriche, qui, à la suite de son mari, pourrait être béatifiée est conté avec bonheur dans cette BD. Traversant tout le XXe siècle avec un courage édifiant, Zita seconda d’abord son époux l’empereur Charles d’Autriche dans son combat pour sortir l’Europe du premier conflit mondial. Veuve à 30 ans, pauvre et exilée, elle se voua à l’éducation de ses huit enfants et soutint la résistance antinazie lors du second conflit mondial. Après un très long exil, le retour de Zita en Autriche, en 1982, fut un triomphe. Une figure de femme à la foi exemplaire qui peut susciter des actions héroïques en ces temps troublés par la guerre.

Editions du Triomphe

Acheter pour 25.40 CHF

Je ne les ai pas laissés seuls
Nicole Gillouard

Dans ce lieu de soins tendu vers l’efficacité qu’est l’institution hospitalière, Nicole Gillouard tente de faire entendre sa note discrète. Elle n’est ni soignante ni prêtre. Sa mission est d’être là, sans objectif, disponible pour celles et ceux qui le souhaitent, à l’écoute de leur demande et de leurs capacités. Avec pudeur et tact, elle dévoile les visages de celles et ceux qu’elle a accompagnés pendant ses dix années de mission au sein du CHU de Rennes. Une expérience humaine intense au contact de la fragilité et de la souffrance, mais aussi teintée d’instants d’une beauté lumineuse.

Editions Nouvelle Cité

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Chrétien dans un monde qui ne l’est plus ?

La société de consommation, les nouvelles technologies, mais surtout le relativisme font qu’il est de plus en plus difficile de diffuser la vérité chrétienne. Dans un monde gouverné par l’émotion, le chrétien peut-il proposer une sagesse qui demande du recul par rapport au vécu?

PAR CALIXTE DUBOSSON | PHOTOS : PIXABAY, PXHERE, FLICKR, DR

«Etre dans le vent: une ambition de feuille morte!» Cette métaphore de Gustave Thibon, écrivain et philosophe français, signifie qu’être informé de la dernière mode et la suivre est une recherche, un désir de quelqu’un vide et sec intérieurement. Autre citation, celle de Sören Kierkegaard, écrivain, poète et théologien danois: «Qui épouse l’esprit du temps sera vite veuf!» Enfin: «A force d’être dans le vent, on finit par attraper des rhumes», ajoute l’écrivain français Jean Dutourd.

Ces auteurs me sont venus à l’esprit en voyant l’évolution des phénomènes sociétaux dans le monde et en Suisse. Lors des votations qui concernent les mœurs (solution des délais, fécondation in vitro, mariage pour tous), il apparaît que l’Eglise ou ses représentants sont systématiquement désavoués. Ce qui donne l’impression que le chrétien qui suit les orientations et les recommandations des autorités de son Eglise vit dans un monde étranger à la société actuelle. Il se sent désorienté et tombe souvent dans un profond désarroi. Est-il en phase avec les réalités du moment? Est-il dans l’erreur quand il affirme ses convictions qu’une étude attentive de la Bible et de la tradition lui ont léguées? Malgré les désillusions et les déconvenues, aurait-il raison contre tous?

Toutes ces questions taraudent l’esprit de celles et ceux qui vont à l’encontre des idées reçues, ce qui fait dire à un paroissien: «L’opinion publique majoritaire regarde les choses de façon superficielle. Prenez l’exemple du mariage pour tous. Il est évident que les gens ne se sont posé qu’une seule question: doit-on permettre aux couples homosexuels de se marier civilement? Bien sûr que oui. Comment répondre non dans un monde qui veut l’égalité à tous les niveaux? Par contre le droit de l’enfant, la PMA et bientôt la GPA demandaient une vraie réflexion que peu ont entreprise.»

«Un abîme plutôt qu’un fossé»

Commentaire de calixte dubosson

Souvent dans mes allées et venues au village, je rencontrais une jeune fille fraîchement majeure. Un jour, nous avons bu un café ensemble au bistrot du coin. La conversation nous amena à parler de la gestation pour autrui.

Je lui parlai de l’animateur français Marc-Olivier Fogiel qui s’est marié avec son compagnon et qui a «commandé» deux enfants nés aux Etats-Unis, d’une mère porteuse, pratique illégale en France. Avant que je puisse dire ma totale réprobation de la GPA, elle m’adressa cette parole qui me laisse sans voix encore aujourd’hui: «C’est inadmissible que la France interdise cette pratique!» J’ai immédiatement compris que nous n’étions plus du même monde et que le fossé qui me séparait d’elle était plutôt un abîme.

Le courage d’être chrétien

«Défendre les principes fondamentaux demande aujourd’hui du courage.»

Mgr Jean-Marie Lovey

«Défendre les principes fondamentaux demande aujourd’hui du courage. Ce n’est pas parce que le vent souffle dans telle direction que toute la barque doit suivre le mouvement»: ainsi s’exprimait Mgr Jean-Marie Lovey lors d’un entretien au Nouvelliste1. Le chrétien serait-il donc un être courageux? Si l’on prend pour modèle le Christ, la réponse ne fait pas de doute. L’épisode de la femme adultère, par exemple, où il fait front contre toute l’intelligentsia de l’époque. Plus encore quand le Seigneur met les pieds dans le plat : « Au temps du prophète Elie, il y avait beaucoup de veuves en Israël. Pourtant, Elie n’a été envoyé vers aucune d’entre elles mais bien à une veuve étrangère de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, alla son chemin.»
(Lc 4, 25-28)

A la suite de son maître, le chrétien est amené à défendre des valeurs. Mais il faut d’abord dire qu’il y a une distinction essentielle à faire avant d’aller plus loin. Le chrétien d’aujourd’hui est très divers. Il y a celui qui se rend à l’église pour baptiser ses enfants ou pour se marier, mais qu’on ne revoit plus dans les autres évènements de la vie ecclésiale. Il y a celui qui s’informe sur les valeurs du christianisme en développant une conscience chrétienne éprouvée. Il y a celui qui s’engage sur le plan social ou sur le plan politique et qui vit sa foi dans un rapport direct avec Dieu sans médiation ecclésiale. Il y aurait encore tant d’autres catégories que l’on ne peut évoquer dans un si bref article. Il semble toutefois que d’après les statistiques, les opinions minorisées par les résultats des votations se trouvent dans le camp des pratiquants réguliers compris ici en tant que fidèles à la messe du dimanche et aux sacrements. Nous ne sommes plus à l’époque où le curé dictait les intentions de vote aux fidèles et c’est tant mieux. Ce n’est donc pas de lui que viendrait l’inspiration principale. D’ailleurs, une de mes connaissances m’a reproché mon silence en vue de la votation du mariage pour tous. Je lui ai répondu que dans mes conversations, j’ai clairement affirmé mon opinion, mais que le faire du haut d’une chaire serait pour moi une sorte de violation des consciences en profitant d’une audience qui n’est pas faite pour ça. Ce serait d’ailleurs plus contre-productif qu’autre chose.

1 NF 08.09 2021.

Le monde actuel

Maintenant que nous avons mieux défini l’adjectif de chrétien, il convient de le situer dans la perspective qu’il vit dans un monde qui ne l’est plus. La philosophe française Chantal Delsol n’y va pas par quatre chemins. Pour elle, nous assistons à la fin de la chrétienté. Le constat est sans appel. Et pourtant, il est teinté d’espoir ou d’espérance pour les chrétiens. Je ne parle pas du christianisme, qui n’est pas une religion perdue et qui continue à se déployer. La chrétienté, c’est la civilisation dans laquelle le christianisme apporte ses lois et ses mœurs. Et c’est ça qui est effacé depuis les années 50… D’après elle, au fil des ans, la chrétienté aurait été remplacée par le cosmothéisme: «Il s’agit d’une nouvelle croyance. Lorsque la chrétienté s’efface, elle n’est pas remplacée par rien. Il reste un pourcentage non négligeable de chrétiens. Mais les autres ne tombent pas dans le néant, ils se mettent à croire en d’autres choses. C’est une adoration du monde. C’est ce qui se développe avec l’écologie, qui est en train de devenir une religion. Cela fait partie des nombreuses tendances qui tendent à remplir le vide.»2

Ce constat semble se vérifier dans les conversations du «Café du commerce». J’entendais mes voisins de table disserter sur l’écologie. Aujourd’hui, ce n’est plus les dix commandements qui nous aident à faire un examen de conscience. Il faudra s’examiner sur le nouveau dogme qui a lui aussi ses règles: tu ne voyageras plus en avion, tu ne laisseras plus couler l’eau quand tu te laves les dents, tu n’imprimeras plus tes documents numériques, etc. Voilà les nouveaux péchés et pour ceux-là il n’y aura aucune absolution. Par contre, tricher, mentir, tromper son conjoint deviennent des péchés secondaires!

2 Chantal Delsol, La fin de la Chrétienté, octobre 2021.

«La chrétienté est finie en tant que civilisation. Je ne parle pas du christianisme, qui n’est pas une religion perdue et qui continue à se déployer. La chrétienté, c’est la civilisation dans laquelle le christianisme apporte ses lois et ses moeurs.»

Chantal Delsol

Relativisme et émotion

Selon le philosophe Zygmunt Bauman, il n’y plus de bien commun, ce qui gouverne la politique est désormais l’émotion.

Un autre constat est posé par Rod Dreher, journaliste et écrivain américain dans son livre Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus?3 L’auteur affirme que le monde n’est plus chrétien à cause de l’avènement de la société de consommation, des nouvelles technologies et du relativisme. «Tout cela fait qu’il est de plus en plus difficile de vivre avec la vérité chrétienne dans le monde. Dans une société de plus en plus individualiste coupée de la tradition, la seule autorité qui apparaisse comme justifiée est le moi. C’est ce que le philosophe Zygmunt Bauman appelle la société liquide. Il n’y a plus de bien commun, ce qui gouverne la politique est désormais l’émotion.»

Combien de fois n’entendons-nous pas dans les interviews, le mot relativement? «Le taux de probabilité est relativement faible. La tendance est relativement en hausse. » Et la réponse aux questions est souvent: «Oui et non.» Difficile dans ces conditions de faire émerger une vérité! Pourtant, si l’on prend la question de l’existence de Dieu, il faudra dire oui ou non. L’un aura tort, l’autre raison. Il n’y aura pas de juste milieu.

Rod Dreher affirme que le monde n’est plus chrétien à cause de l’avènement de la société de consommation.

Rod Dreher ajoute: «Je crois que les chrétiens doivent aller dans le monde. Mais dans un monde postchrétien, hostile au christianisme, je crois qu’il faut avoir une foi solide, appuyée sur une formation intellectuelle. On ne peut pas aller au combat désarmé!»

«Soit on est dans le vent, soit on crée le courant», disait souvent le regretté Mgr Joseph Roduit. N’y a-t-il pas ici un
vent d’optimisme que tout baptisé conscient de sa responsabilité dans l’avènement d’un monde plus juste et fraternel est invité à faire souffler? Comme le dit le psaume 36, 3-4: «Fais confiance au Seigneur, agis bien, habite la terre et reste fidèle; mets ta joie dans le Seigneur : il comblera les désirs de ton cœur.»


3 Artège.

Comment se réjouir de Pâques ?

Dans cette rubrique, L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg,
à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix. Ce mois, c’est Céline Ruffieux qui prend la plume.

PAR CÉLINE RUFFIEUX, REPRÉSENTANTE DE L’ÉVÊQUE À FRIBOURG
PHOTO : CATH.CH

A peine sortis de la pandémie, nous voilà confrontés à une autre violence, celle de la guerre, à deux pas de chez nous. Des temps de désert qui semblent se superposer les uns aux autres, qui semblent s’éterniser, sans porte de sortie. Que faire alors du Carême, cet autre temps de désert? Comment se réjouir de Pâques?

Notre foi et nos rites sont notre essentiel, c’est ce qui nous «reconnecte» à ce qui fait de nous des femmes et des hommes debout, capables de laisser passer la lumière de Dieu à travers soi, capables de vivre chaque nouveau jour comme une Pâques où la vie l’emporte sur la mort. Face à la peur et aux angoisses, face à la violence des hommes, nous sommes pleins d’Espérance et d’Amour. La force de la solidarité, de la prière et de la compassion sont forces de vie toujours renouvelées.

Jour après jour, pas après pas sur ce chemin vers Pâques, nous pouvons changer le monde. Par un regard plein de bienveillance, posé sur cet autre qui pense ne rien mériter, par un sourire gratuit à ce passant ou ce collègue, par un mot qui va relever celui qui est tombé. Changeons le monde! Le Carême ne se comprend qu’en regard de Pâques. Rappelons-nous: «La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ, la joie naît et renaît toujours.»1

Malgré les violences du monde et les difficultés de la vie, nous avons reçu ce don ineffable de pouvoir se laisser sauver par le Christ. Qu’en faisons-nous alors? Pouvons-nous en témoigner dans chacun des actes que nous posons, dans chaque décision que nous prenons? Savons-nous être dans la gratitude et l’émerveillement?

«Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts.» (1 Pierre 1, 3)

1 Pape François. La joie de l’Evangile – Exhortation apostolique. 2013.

Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus?

PAR LE CHANOINE PHILIPPE AYMON
PHOTO : BENOIT BRUMMER

Ne faudrait-il pas d’abord se poser la question: ce monde n’est-il vraiment plus chrétien? Qu’il y ait des régions qui ne l’ont jamais été, c’est une évidence. Mais sommes-nous bien d’accord pour dire que l’Occident, l’Europe, le Valais ne sont plus chrétiens? Ne pensons-nous pas que les reliquats culturels du christianisme font encore de notre société «un monde chrétien»?

En décembre, j’ai commis un sermon qui abordait justement cette question et dont le refrain était : « Le christianisme est mort, mais il ne le sait pas encore. » Le christianisme non pas comme foi et conviction personnelle, mais comme phénomène social. Mort, comme l’était le communisme du début des années 80, alors que l’URSS avançait par la force de l’inertie avant de s’écrouler complètement. Une inertie qui est certainement le « moteur » du catholicisme d’aujourd’hui.

Chantal Delsol, Professeure de Philosophie, a publié un livre intitulé : « La fin de la chrétienté » (Le Cerf 2021), qui dresse un tableau douloureux du fait religieux dans nos sociétés. Guillaume Cuchet, dans une interview qui traite du même sujet, a cette phrase terrible : « Les petits-enfants dans la nef, en enterrant leurs grands-parents, enterrent les derniers chrétiens de la famille. » N’oublions pas qu’il est inutile de s’en prendre à l’infirmière et de casser le thermomètre, sous prétexte que l’on refuse de reconnaître que l’on a de la fièvre !

Pour notre diocèse, la lettre pastorale de Mgr Brunner : « Rencontrer le Christ aujourd’hui », publiée en 2003, nous interpellait sur le même sujet. Comment avons-nous répondu aux réflexions de l’ancien évêque de Sion ? Vingt ans plus tard, force est de constater que la fièvre n’a pas baissé et que le malade attend toujours un remède…

N.B. : Pour aller plus loin dans la réflexion, on trouvera sur le site des paroisses de Sion (https://paroisses-sion.ch), à la page Cathédrale :

– La lettre pastorale de Mgr Brunner.

– Une brève vidéo qui est une interview de Mme Chantal Delsol.

– Une interview de Guillaume Cuchet intitulée : « Quel avenir pour le catholicisme ».

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