Emanuelle Dobler

« Comment traduire aujourd’hui l’Évangile et faire qu’il nous anime ? » Cette question est au cœur de la vocation et du ministère d’Emanuelle Dobler, pasteure de l’Église évangélique réformée du canton de Fribourg depuis juin 2020. Elle est l’une des pasteures qui œuvrent dans le district de la Sarine.

PROPOS RECUEILLIS PAR VÉRONIQUE BENZ | PHOTO : DR

Originaire de Tramelan, Emanuelle Dobler est avenante, souriante et a le contact facile. La trentenaire se livre sans détour sur une foi qui l’habite depuis l’enfance. « Comment est né mon désir de devenir pasteure ? Je pense que je suis tombée dedans lorsque j’étais petite. Mon père était ancien, c’est-à-dire pasteur dans une Église mennonite (courant anabaptiste de la réforme). J’ai grandi dans une famille croyante. »

Emanuelle aime l’étude des langues et envisageait d’abord de s’orienter vers l’enseignement. Puis, en travaillant les langues anciennes, l’interprétation de la Bible lui est apparue essentielle. « Pasteure est une manière de traduire le texte biblique dans un langage d’aujourd’hui, trouver des mots pour dire l’espérance de l’Évangile autant à des personnes qui sont familières à ces textes qu’à d’autres. »

Elle a étudié à Lausanne, Genève et Neuchâtel. Après sa formation en théologie, elle ne pensait pas forcément devenir pasteure, mais l’Église réformée du canton de Berne l’a approchée pour lui proposer un stage. À la fin de son stage, elle a été consacrée en 2016 pasteure de l’Église réformée bernoise. Elle a fait des remplacements à différents endroits, souvent à la frontière des langues (Bienne, Jura bernois, Bâle et Berne à l’Église française).

En 2020, l’Église évangélique réformée du canton de Fribourg a mis un poste de pasteur au concours. Emanuelle Dobler a répondu à l’offre. « Ce qui m’attirait à Fribourg était le bilinguisme, mais aussi le milieu particulier de ce canton très marqué par le catholicisme. Je me retrouve pour la première fois dans un contexte de foi minoritaire. »

Dans son quotidien, Emanuelle accompagne les catéchètes (ndlr : pendant des catéchistes catholiques). Elle assume divers actes ecclésiastiques (cultes, baptêmes, mariages, services funèbres) et s’occupe particulièrement de la pastorale auprès des enfants et des familles.

Celle qui pensait être professeure avant de devenir pasteure est heureuse aujourd’hui d’enseigner la religion dans les cycles d’orientation de la ville. « C’est un privilège, que nous devons à l’Église catholique présente dans l’espace public, que de pouvoir transmettre la foi dans l’école obligatoire. J’aime spécialement accompagner les jeunes de 11H dans leurs questionnements et leurs cheminements. Je suis toujours à nouveau surprise de ce qu’ils savent ou ne savent pas de la tradition chrétienne. » Pour Emanuelle, l’enseignement œcuménique en binôme à l’école enfantine est une grande richesse. « Les échanges entre catéchètes et catéchistes sont féconds, malgré les difficultés qui sont plus administratives que théologiques. »

Emanuelle nourrit sa foi à travers la nature, les rencontres, les enfants et aussi ses élèves. Elle rêve que le Temple de Fribourg, au cœur de la ville, devienne encore plus un lieu d’accueil ouvert où l’on aime venir se recueillir. « Nous pourrions tirer davantage profit de notre situation géographique. » À travers l’échange d’un regard et d’un sourire, je devine que mille et un projets tourbillonnent dans sa tête.

Emanuelle Dobler – 077 510 95 43
emanuelle.dobler@paroisse-fribourg.ch

En marche ensemble…

PAR VÉRONIQUE BENZ | PHOTOS : R. BENZ, PIXABAY

En octobre dernier, le pape François a lancé un Synode sur la synodalité. Il désire une Église ouverte où chacun se sente chez lui et puisse partager. L’équipe pastorale au service des paroisses du décanat de Fribourg vous convie à entrer tous ensemble dans cette démarche synodale. Vous découvrirez les diverses propositions dans l’article de Caroline Stevens.

Le mois de janvier est traditionnellement marqué par la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Dans notre décanat, plusieurs temps de prière et de rencontres sont prévus pour nous permettre de vivre cette semaine de prière. Je vous invite à découvrir le témoignage d’Emanuelle Dobler, pasteure de l’Église évangélique réformée de notre canton. L’église Saint-Paul au Schoenberg, pour sa fête patronale, aura la joie de recevoir une nouvelle icône de saint Paul et celui qui l’a écrite, le Père Jean-Baptiste Garrigou, maître iconographe et prêtre orthodoxe. Prier et partager avec nos Églises sœurs, n’est-ce pas également une forme de synodalité ?

La vie de nos paroisses a été marquée par l’exposition « Vivre et vieillir au monastère ». Le rayonnement des nombreux monastères de notre décanat est un formidable message d’espoir, tout comme l’est la prochaine ordination presbytérale de Ricardo Fuentes. Nous sommes tous invités à porter dans nos prières ce futur prêtre. La prière des uns pour les autres, des uns avec les autres est l’un des premiers signes d’une communauté qui vit la synodalité.

Dans ce numéro, vous allez aussi découvrir le groupe Maranatha, fondé en 2001 et lié aux carmes de Fribourg. Ce groupe de jeunes, comme les divers mouvements et associations de notre décanat, est appelé à prendre part à la démarche synodale. L’une des spécificités de ce synode est d’inviter largement le Peuple de Dieu à y participer. Alors, malgré les entraves qu’engendre la pandémie, osons nous rencontrer pour parler et construire ensemble l’Église de demain.

Il y a un temps pour tout… et aujourd’hui c’est le temps de la synodalité !

Le Synode 2021-2023

Lancé le 10 octobre 2021, le Synode sur la synodalité va durer deux ans. Sa synthèse aura lieu les 9 et 10 octobre 2023 à Rome, au cours de l’assemblée des évêques. Quelques mots sur cette démarche insolite.

PAR CAROLINE STEVENS | PHOTOS : PIXABAY

À l’occasion de la messe d’ouverture du processus, célébrée en la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape François a partagé sa vision d’une Église synodale : « Un lieu ouvert où chacun se sent chez lui et peut partager. »

Dans son document préparatoire au Synode (n° 32), le souverain pontife détaille les différents objectifs de ce temps de rencontre, d’écoute et de communion. Il s’agit avant tout : d’inciter les gens à rêver l’Église de demain, à faire fleurir les espoirs, à stimuler la confiance ou encore à construire des ponts. Tous les diocèses du monde sont conviés à participer au processus. Ainsi, le Synode sur la synodalité se déroule en trois phases de réflexion : locale, continentale et romaine.

Depuis son élection en 2012, le pape François a initié trois rencontres synodales une autour de la famille, une sur la jeunesse et une sur l’Amazonie.

Les paroisses du décanat de Fribourg s’interrogent

L’abbé Philippe Blanc, modérateur de l’équipe de prêtres in solidum des unités pastorales Notre-Dame et Saint-Joseph, explique comment la démarche synodale est portée dans le décanat de Fribourg.

Quelles sont les spécificités du prochain Synode ?

Une des spécificités du prochain Synode est d’inviter largement tout le Peuple de Dieu à y participer. Ce n’est plus seulement le « Synode des évêques », mais une invitation adressée à toutes et tous. Comme l’a dit le pape François : tous doivent participer, c’est un engagement ecclésial indispensable !

C’est aussi un appel, à redécouvrir ce qu’est l’Église : la synodalité comme dimension constitutive de l’Église. Parce qu’elle est par nature synodale, la vie de l’Église implique et demande d’être à l’écoute de l’autre et proche de lui. À l’écoute, cela veut dire que l’on accepte non seulement de laisser l’autre s’exprimer, mais aussi que l’on est prêt à se laisser enrichir par ce qu’il dit. être proche demande de ne laisser personne à l’extérieur et de n’exclure personne a priori.

Le Synode n’est pas un parlement, ni une enquête d’opinions. La première attitude est de se mettre ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu en se laissant guider par l’Esprit Saint, car c’est lui qui nous conduit à la vérité tout entière. Le partage libre et fraternel des idées, des propositions, des suggestions et des critiques, ne vise pas à détruire, mais à construire ensemble ce que le Seigneur lui-même veut pour son Église en ce temps.

Le pape nous invite aussi à redécouvrir le sensus fidei qui est le fruit de la participation de tout baptisé à la fonction prophétique du Christ. Le document préparatoire dit : le sens du cheminement auquel nous sommes tous appelés est avant tout celui de redécouvrir le visage et la forme d’une Église synodale où chacun a quelque chose à apprendre… Une Église synodale est un signe prophétique… Pratiquer la synodalité est, aujourd’hui, pour l’Église, la façon la plus évidente d’être « sacrement universel du salut », « signe et instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (n° 15).

Concrètement, quelles sont les propositions du décanat de Fribourg ?

La feuille dominicale a déjà publié des billets pour entrer dans la dynamique synodale. À partir du temps de l’Avent, elle propose chaque semaine un texte de réflexion pour nourrir et susciter le partage et la prière. C’est aussi une invitation à entrer avec d’autres dans la dynamique synodale.

Une page synodale a été créée sur le site du décanat où on peut trouver les documents qui concernent le Synode.

L’une des propositions serait que dans chacun des groupes ou mouvements, dans tous les lieux de nos engagements, dans nos communautés humaines et ecclésiales, nous fassions l’expérience du dynamisme synodal. À nous, dans la diversité de nos vocations personnelles, de devenir des experts en écoute et des experts en proximité.

Premiers temps forts

Le samedi 18 décembre, toutes et tous ont été invités à un temps de pèlerinage pour effectivement « marcher ensemble » depuis la place du collège Saint-Michel jusqu’à la cathédrale. Cette marche a été guidée par « la lumière de Bethléem ». Chaque paroisse a reçu une lanterne allumée à cette lumière. Il s’agissait d’une démarche « en famille ». Cela nous a rappelé l’expérience du Peuple de Dieu guidé dans le désert par la nuée qui marquait la présence de Dieu. Dans nos déserts actuels, nous marchons à la lumière du Christ. C’est lui la vraie lumière qui vient en ce monde et qui prend chair de notre chair. C’était aussi une invitation à redécouvrir la grâce et la joie de notre baptême et à réentendre les paroles de Jésus : vous êtes la lumière du monde.

Trois après-midi « Écoute et partage », les 22 janvier, 19 février et 19-20 mars, permettront d’échanger et de nous enrichir mutuellement selon trois thématiques : une Église qui se questionne, une Église qui dialogue, une Église qui célèbre. Chacun pourra partager son expérience, faire des propositions, émettre des critiques… dans une ambiance fraternelle et bienveillante, avec le souci de construire ensemble. Il s’agit de vivre ensemble « une expérience » synodale : il n’y aura pas de conférences sur ces thèmes, mais une proposition de cheminement : 
• accueillir la présence de la Parole du Verbe fait chair (sans commentaire) 
• déposer les poids qui alourdissent, qui empêchent la marche 
• faire mémoire de nos propres expériences (joies, difficultés, incompréhensions, découvertes…) 
• repérer et accueillir les appels de l’Esprit pour l’Église en ce temps, en ce lieu 
• comment grandir et avancer ensemble dans notre « être disciple missionnaire », comment poursuivre ce dynamisme synodal pour un vrai renouveau de l’Église ?

D’autres propositions seront faites dans l’année, en particulier pendant le carême : conférences, journée de récollection, pèlerinage…

Démarche synodale dans le décanat de Fribourg 
L’équipe pastorale au service des paroisses du décanat de Fribourg vous invite à entrer tous ensemble dans la démarche synodale initiée par le pape François et relayée par notre évêque Mgr Charles Morerod.

Plus d’informations : 
decanat-fribourg.ch/synode/ 
www.cath.ch/newsf/synode-sur-la-synodalite-la-romandie-se-met-en-chemin/ 
www.ktotv.com/page/synode-synodalite-2023

Trois rencontres* ouvertes à toute personne de bonne volonté afin d’échanger et construire ensemble :
• samedi 22 janvier
de 14h à 18h : « Une Église qui se questionne »
• samedi 19 février de 14h à 18h : « Une Église qui dialogue »
• samedi 19 mars et dimanche 20 mars de 14h à 18h : « Une Église qui célèbre et annonce »

* des informations détaillées suivront, réservez déjà les dates et les horaires indiqués !

Les carmes de Fribourg et le groupe Maranatha

PAR SÉBASTIEN DE MICHEL | PHOTOS : DR

L’histoire du couvent des carmes à Fribourg est liée à celle de l’université puisqu’en 1975 des carmes en provenance de Belgique arrivent à Fribourg pour y suivre la formation théologique de l’université. Ils s’installent en 1977 au Chemin de Montrevers, lieu où se trouve toujours leur couvent. En 1991, le couvent est intégré à la Province d’Avignon-Aquitaine. En plus de la dimension contemplative, les carmes se consacrent à un apostolat qui porte des fruits, parmi lesquels le groupe de jeunes Maranatha qui se réunit toutes les deux semaines au couvent pour un repas, un enseignement et un moment d’oraison.

Repères historiques

Le Carmel naît dans le silence et la solitude de quelques ermitages aménagés sur le promontoire du Mont Carmel (montagne de Palestine surplombant la Méditerranée), « auprès de la source d’élie » à la fin du XIIe siècle. Un groupe de chrétiens venus d’Europe occidentale dans le contexte des croisades s’établit sur le Mont Carmel qui a donné son nom à l’ordre. Ces ermites ne vivent pas dans la tradition érémitique de solitude absolue, mais se réunissent en communautés dans le souvenir du prophète élie, méditant la parole de Dieu jour et nuit. Au début du XIIIe siècle, ils demandent à l’Église une règle de vie qui leur est donnée par Albert d’Avogadro, patriarche latin de Jérusalem. Puis, d’autres ermitages apparaissent en Terre Sainte, si bien que le prieur du Mont Carmel devient le prieur général de l’ordre. Avec l’échec des croisades et notamment la défaite de Gaza en 1239, de nombreux carmes décident de rentrer en Europe et entrent dans le mouvement des ordres mendiants (dominicains, franciscains, carmes et augustins).

Le Carmel en Europe

Au milieu du XIIIe siècle, le Général de l’ordre, saint Simon Stock, a une apparition de Marie qui lui donne le scapulaire (terme désignant d’abord une pièce de l’habit religieux, puis l’habit lui-même) comme signe de salut éternel. Ce sacramental est une manifestation extérieure de la dévotion mariale qui est centrale pour les carmes, aussi connus sont le nom de Frères de Notre-Dame du Mont Carmel. Suite à un déclin de l’ordre, la règle est adoucie en 1435. On parle de « mitigation de la règle ». En 1452, les femmes sont admises dans l’ordre et des communautés de carmélites apparaissent. Après sa conversion en 1554, sainte Thérèse d’Avila reçoit des grâces mystiques et veut revenir à la règle originelle proche de l’érémitisme. Elle a une vision de l’enfer et est très préoccupée par le salut des âmes qui doivent rechercher la perfection en passant par des demeures. À la même époque, saint Jean de la Croix (fêté le 14 décembre) fait l’expérience mystique de la nuit obscure.

Malgré le rôle de ces deux saints proclamés docteurs de l’Église, la séparation entre carmes mitigés ou conventuels (appelés plus tard grands carmes) et carmes déchaussés ou déchaux (de stricte observance) est entérinée à la fin du XVIe siècle. Mis à mal par la Réforme et la Révolution française, l’ordre connaît un renouveau au XIXe siècle, et en particulier à sa toute fin avec des figures comme sainte Thérèse de Lisieux, également docteur de l’Église. Le Carmel rayonne jusqu’en Suisse et en particulier dans le canton de Fribourg (carmélites du Pâquier et carmes de Fribourg).

Le groupe Maranatha

Maranatha est un groupe de jeunes fondé en septembre 2001. Des anciens de la « Frat » (groupe de jeunes chrétiens, né au collège Saint-Michel au début des années 90 et ayant développé des liens avec les carmes) souhaitent passer le relais. C’est alors qu’est fondé un nouveau groupe de jeunes, encore davantage lié au Carmel. Cette initiative répond également à un appel du Père Jean Joseph Marie Bergara, provincial d’Avignon-Aquitaine, qui demande que les couvents de carmes mettent sur pied des groupes de jeunes croyants. Ainsi est fondé Maranatha et la première rencontre a lieu le 25 octobre 2001. Le terme Maranatha (Ap 22, 17-20 ; 1 Co 16, 22) est un terme araméen passé tel quel dans le vocabulaire liturgique des premières communautés chrétiennes (au même titre qu’Amen). Il signifie « Seigneur, viens » et souligne une attente impatiente de la parousie, le retour du Christ.

Contemplation et apostolat

À ses débuts, le groupe Maranatha se rencontre le jeudi toutes les deux semaines et un week-end toutes les trois semaines. Les activités sont variées : veillées de prière, concerts, jeux scéniques, temps d’enseignement et de partage et célébrations eucharistiques. La progression sur le chemin de sainteté est soulignée par les statuts : « Ce groupe de jeunes veut être une véritable école de vie, un vrai chemin de sainteté, c’est-à-dire un lieu de croissance et de construction de la personne dans toute sa richesse et sa profondeur spirituelle et inséparablement humaine. » Comme point d’orgue de ses premières années, le « Festival Maranatha » organisé en septembre 2004, réunit 150 personnes au couvent des carmes. Dans les années 2010 et jusqu’à aujourd’hui, les rencontres bimensuelles débutent par un repas canadien, suivies par un temps d’enseignement sur un thème précis (l’angéologie et l’intercession ont été les thèmes des deux derniers semestres, alors que la Sainte Famille est au cœur de ce semestre) et se concluent par un temps d’oraison. Ainsi, le groupe Maranatha conjugue deux vocations fondamentales des carmes de Fribourg, la contemplation et l’apostolat.

Briser les a priori

En Centrafrique, trois dignitaires religieux se sont unis pour briser la spirale destructrice de la violence. Le documentaire, Sìrìrì, le cardinal et l’imam, retrace le combat de deux de ces artisans de paix pour ramener leurs semblables sur le chemin du dialogue. Entretien avec son réalisateur, Manuel von Stürler.

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTOS : DR

Vous affirmez ne pas être croyant, pourquoi ce film ?

Je suis convaincu qu’il ne faut pas que nous nous enfermions dans nos propres convictions et c’est un peu ce que je déplore ces dernières années. Que l’on soit écolo, provaccin ou anti, de droite, de gauche ; nous avons de plus en plus de peine à faire société. Il est important d’échanger les points de vue, même divergents. Echanger, dialoguer permet de se nourrir, car cette différence est une richesse. M’intéresser à ce que je ne connais pas a toujours été ma ligne de conduite. J’étais assez remonté face aux religions, par histoire familiale et personnelle, en même temps je ne m’y suis non plus jamais vraiment intéressé. C’était une opportunité de passer au-delà des a priori. En Centrafrique, pays ravagé par la guerre, j’ai réalisé que les seules personnes encore à l’œuvre et fortement engagées sont des religieux et religieuses. Cela force le respect.

Avez-vous trouvé une forme de foi en voyant le combat de vos protagonistes ?

Je n’ai jamais perdu foi en la vie. Ces religieux accomplissent un travail au-delà de l’entendement, comme les deux protagonistes du film qui n’hésitent pas à mettre leur vie en danger pour être à l’écoute de l’autre. Là, j’ai pu mesurer l’écart qu’il y avait entre mes valeurs et mes actions. Chez eux il y en a certainement aussi un… mais beaucoup plus réduit que le mien. Ces religieux ont un rôle absolument primordial. Cela m’a donné l’occasion de réfléchir à l’engagement religieux que certains continuent de porter en Europe. On oublie que s’ils n’étaient pas là, qui accomplirait le travail qu’ils font ?

Le point de départ de ce film vient de la rencontre avec le père Paolo Dall’Oglio…

Cela a vraiment été le début de l’intérêt pour cette question de l’engagement religieux et du dialogue interreligieux. Le père Paolo était engagé en Syrie dans ce dialogue. C’est à travers lui que m’est venue l’idée d’aborder ce sujet. Je le voyais aller à la rencontre des responsables religieux en Syrie. Pour lui cette démarche était évidente. Il fallait dialoguer pour permettre le vivre ensemble, cela quel que soit le positionnement politique, idéologique ou de foi. Malheureusement il a été tué en Syrie. J’ai donc momentanément abandonné ce sujet jusqu’à ce que je découvre « les trois saints de Bangui ».

Il y a un intérêt persistant dans le temps pour les religieux. Qu’est-ce qui vous inspire autant chez eux ?

Dans ma vision, a priori, de ces deux responsables religieux, il y a forcément antagonisme. Alors qu’en réalité, ils ont réussi à mettre en évidence ce qui les relie dans les valeurs humaines et ont décidé de se mettre ensemble pour aller de l’avant. J’y vois un parallèle avec d’autres formes de dialogue dans nos sociétés.

En quoi le combat de ces deux hommes peut-il toucher les Occidentaux dont les préoccupations se situent bien loin de la Centrafrique ?

Le conflit centrafricain représente une parabole exacerbée des problématiques du monde : la mise à l’écart des périphéries, le rapport nord-sud, l’exploitation des ressources du sud par le nord, l’infantilisation des pays pauvres, la division permanente pour mieux régner.

La visite du pape François à Bangui en 2015 a-t-elle eu une influence sur le conflit centrafricain ?

La visite a eu un impact énorme. C’était déjà une visite assez culottée en terme de sécurité. La France et les Etats-Unis, fortement représentés en Centrafrique, avaient déconseillé au Pape de venir, car ils ne pouvaient assurer sa sécurité. Il est tout de même venu. C’est un engagement fort de sa part dont l’incidence a été que pendant sept ou huit mois les armes se sont tues. Cette accalmie a permis de mettre sur pied une présidence intérimaire et de préparer l’élection d’un nouveau président.

Biographie express

Manuel von Stürler, né le 29 avril 1968 à Lausanne, est un réalisateur franco-suisse. Il a notamment été primé par l’Académie européenne du cinéma pour son documentaire Hiver nomade (2012).

Une projection exclusive dans votre salon !

Le film Siriri, le cardinal et l’imam relate le combat commun du cardinal Dieudonné Nzapalainga et l’imam Kobine Layama pour la paix en Centrafrique. Vous pouvez découvrir cette histoire « trop extraordinaire pour ne pas être racontée » à l’occasion d’une projection spéciale en e-cinéma pour les lecteurs de L’Essentiel.

Le lundi 10 janvier à 20h15

Pour regarder le film avec un rabais de 50 % sur le prix normal de la séance (Fr. 11.–).

1) Entrez le lien suivant dans votre navigateur https://the25hour.ch/cinema/60/79
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« Cherchons ensemble »

Dans cette rubrique, L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg, à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix. Ce mois, c’est Pierre-Yves Maillard qui prend la plume.

PAR PIERRE-YVES MAILLARD, VICAIRE GÉNÉRAL DU DIOCÈSE DE SION 
PHOTO : CATH.CH

On raconte que c’était la réponse du Père Caffarel lorsqu’on lui demandait conseil. Quand des couples lui partageaient leur besoin d’accompagnement spirituel ou quand des veuves lui faisaient part de leur souhait de se réunir pour prier. « Cherchons ensemble », disait-il et c’est ainsi que sont nées les Equipes Notre-Dame ou les fraternités Notre-Dame de la Résurrection.

En vue du Synode des évêques qui se tiendra à Rome en automne 2023, le pape François vient de lancer une vaste consultation mondiale sur le thème de la synodalité. « Un synode, entend-on parfois, on ne sait pas trop ce que c’est. Quand il s’agit d’un synode sur la famille, on voit de quoi on va parler ; mais un synode sur la synodalité, c’est un peu comme un redoublement de l’abstraction : à quoi cela peut-il mener ? »

En grec, la synodalité évoque le fait de « marcher ensemble ». Comme il l’annonçait dès le début de son pontificat, le pape François souhaite une Eglise « en marche » et « à l’écoute ». Il vient de le rappeler dans son discours au diocèse de Rome : l’itinéraire du synode est conçu comme « un dynamisme d’écoute mutuelle, mené à tous les niveaux de l’Eglise, impliquant tout le peuple de Dieu ». Mais il ne s’agit pas d’une simple enquête d’opinion ou d’un sondage. Avant tout, il faut se mettre ensemble « à l’écoute de l’Esprit Saint… il s’agit d’entendre la voix de Dieu ».

La démarche du Synode se fonde sur la conviction que les projets pastoraux les plus féconds n’émanent pas de la volonté d’un seul, mais d’une communauté attentive à l’accueil toujours surprenant de l’initiative de Dieu. En Eglise, l’alliance précède le projet. C’est ainsi que le Père Caffarel a « cherché ensemble » avec les couples et discerné avec eux l’intuition des END. C’est ainsi qu’on en trouve aussi de nombreux exemples en Suisse romande.

Pour que la phase de consultation diocésaine soit fructueuse, il nous est surtout demandé maintenant une disposition spirituelle, une attitude d’écoute et d’accueil renouvelé de ce que Dieu veut pour nous, pour nos paroisses et nos diocèses. Si chacun cultive sincèrement cette docilité à l’Esprit, le Synode, j’en suis persuadé, portera du fruit.

Force créatrice

PAR SŒUR FRANZISCA
PHOTO : PXHERE

De manière différente de l’espoir, soumis à une notion de temps ou à un objet, l’espérance a d’autres couleurs.

Elle se vit au présent. Non, elle ne donne pas de solutions ni d’explications mais elle a une puissance transformatrice qui renverse les résistances des espoirs humains et égoïstes. Dans un monde cassé où la violence semble omniprésente, l’espérance devient force créatrice. Elle ouvre un passage, fait naître une vision plus large et un dynamisme au service du bien.

Oser espérer !

Oser espérer en une Eglise qui vacille, submergée par tant de scandales…
Oser espérer contre le mensonge et le consumérisme inutile.
Oser espérer avant tout en Celui qui nous appelle à la Vie même si nous ne voyons pas son visage !
Quand tous nos espoirs s’écroulent et que nos piètres résultats nous désolent, vivons l’espérance en l’Esprit de Dieu qui est présent partout, qui fait germer, pousser et naître l’inespéré, l’impossible.
« L’espérance ne déçoit pas… » (Rm 5, 5).

Science et Religion

Aucune institution n’a fourni autant de moyens à l’étude de l’astronomie, liée d’ailleurs à celle des mathématiques, que l’Eglise catholique entre le XIIe et le XVIIIe siècle. Jusqu’au XIXe siècle, la Science ne se distinguait pas de la «philosophie naturelle».

PAR PIERRE GUILLEMIN | PHOTOS : DR

« L’histoire de la pensée scientifique est étroitement liée à celle de la religion et comporte bien plus de continuités que de discontinuités », écrit Tom McLeish, physicien de l’université de York. Rappelons l’histoire de l’évêque de Lincoln Robert Grosseteste qui, au XIIIe siècle, en Angleterre, recueillait les enseignements d’Aristote des savants arabes, faisant figure de pionnier, puisqu’il eut l’intuition du big-bang. On trouve même dans ses écrits l’idée du multivers : une série de fluctuations parallèles à notre propre univers, régies par d’autres lois, d’autres constantes…

Le Collège romain est créé en 1551 à Rome par Ignace de Loyola, une dizaine d’années après la fondation de la Compagnie de Jésus. Ouverte comme école de grammaire, l’institution se développe rapidement et devient, dès la fin du XVIe siècle, une institution académique d’enseignement supérieur couvrant tous les champs du savoir scientifique et scolastique et servant de scolasticat jésuite tout en étant université ecclésiastique. En hommage de reconnaissance au pape Grégoire XIII qui en fut un insigne bienfaiteur, le Collège romain prend plus tard le nom d’Université grégorienne. Sur le mur extérieur de l’édifice, on lit : « Grégoire XIII : pour la religion et la connaissance. » On ne peut écrire mieux combien Science, Connaissance et Religion ne sont pas contradictoires.

Pourtant, nous nous souvenons de Galilée jugé par le Tribunal de l’Inquisition pour avoir remis en cause la théorie selon laquelle la Terre serait le centre de l’univers et forcé à abjurer sa théorie héliocentrique. L’Eglise de cette époque (première moitié du XVIIe siècle) s’appuie sur les travaux du mathématicien grec Ptolémée (Ier siècle après Jésus-Christ) qui décrit les mouvements célestes en considérant que les astres tournent autour de la Terre. Il faudra donc quatorze siècles pour que Copernic d’abord, puis Galilée ensuite, remettent en question cette théorie et élaborent à partir des mathématiques et des observations astronomiques une nouvelle vision de l’univers. Viendront ensuite Képler et Newton (tous deux mathématiciens, physiciens, philosophes) qui décriront les lois de la mécanique classique et de l’attraction des corps entre eux.

Mais ce n’est pas tant la Science contre laquelle l’Eglise s’est opposée mais plutôt la remise en cause éventuelle de la place qu’occupe notre monde dans l’univers et par conséquent pour l’Eglise des XVIe et XVIIe siècles le rôle et la place de Dieu dans ce même univers.

Pourtant, l’Evangile ne rejette pas la Science. Il la transcende par les miracles que Jésus accomplit sans pour autant condamner celui ou celle qui cherche et s’interroge. Deux exemples parmi tant d’autres, illustrent cette attitude d’ouverture de Jésus : la Nativité et la Résurrection.

Selon l’évangile de l’apôtre Matthieu, des voyageurs viennent de très loin lui rendre hommage et le reconnaître. Qu’ont-ils fait pour trouver leur chemin ? Ils ont suivi une étoile apparue dans le ciel pour les guider vers Bethléem. L’apparition de l’étoile est miraculeuse en soi (les astronomes modernes ne sont toujours pas d’accord pour expliquer avec certitude ce qu’était cet objet céleste) mais la décision de la suivre est une démarche scientifique : elle répond en effet à des questions précises pour ces lointains visiteurs comme : quel est le message ? Pourquoi cet enfant ? Quel est cet endroit ? Où allons-nous ?

Lorsque Jésus ressuscite, l’apôtre Thomas refuse de croire, avant d’avoir vu les preuves de la Crucifixion : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous et si je mets ma main dans son côté, je ne croirai pas. » Jésus répond : « Avance ici ton doigt et regarde mes mains ; avance aussi ta main et mets-la dans mon côté ; ne sois pas incrédule mais sois croyant. » Puis : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! » (Jean, 24-29).

La question fait partie de la démarche scientifique : quand, pourquoi, comment… sont typiques des questions des scientifiques. Pour mémoire, la démarche scientifique se base sur quatre règles fondamentales :

• La neutralité.

• La prise en compte des échecs.

• Le doute.

• L’expérience pratique doit confirmer la théorie.

Ainsi, l’apôtre Matthieu adopte une démarche scientifique dans ses questions. Jésus ne rejette pas Matthieu et lui répond sans colère, mais en l’invitant à « voir » au-delà et à croire. Galilée n’est pas en contradiction avec la Religion lorsqu’il écrit : « La philosophie est écrite dans ce vaste livre qui constamment se tient ouvert devant nos yeux (je veux dire l’Univers) et on ne peut le comprendre si d’abord on n’apprend pas à connaître la langue et les caractères dans lesquels il est écrit. Or il
est écrit en langue mathématique et ses caractères sont les triangles, les cercles et autres figures géométriques, sans lesquelles il est humainement impossible d’en comprendre un seul mot, sans lesquelles on erre vraiment dans un labyrinthe obscur. » (Galileo Galilei, « L’Essayeur », 1623)

Deux questions scientifiques actuelles, parmi tant d’autres, faisant écho au message religieux : « C’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles » ou encore « son règne n’aura pas de fin ». La Science actuelle répond que l’univers que nous connaissons n’est pas éternel, notre Soleil mourra (dans quelques milliards d’années), notre galaxie mourra et l’Univers tel que nous le connaissons ou le percevons aujourd’hui a une durée de vie finie. Contradiction avec la Religion ? Non ! L’univers de Dieu n’est pas celui que nous voyons, que nos instruments scientifiques analysent et notre Foi nous invite, comme Jésus le fit pour saint Matthieu, à croire en l’éternité de Dieu ce qui n’empêche pas la recherche ni la découverte afin de mieux comprendre la magnificence de l’univers et de la nature.

Dieu existe-t-il ? Dr Christoph Benzmüller, professeur à l’université de Berlin et mathématicien, est le premier à pouvoir l’affirmer avec certitude dans sa récente publication « A (Simplified) Supreme Being Necessarily Exists, says the Computer : Computationally Explored Variants of Godel’s Ontological Argument », 2020 : « Dieu, dans sa définition la plus répandue en métaphysique, existe nécessairement. On ne peut penser un monde dans lequel il n’existerait pas. » Cette assurance, ce chercheur de l’université de Berlin la tire des mathématiques et de leur cœur même, la logique. Mieux : il la fonde sur la capacité de l’informatique à valider sans erreur possible les démonstrations. Son logiciel a vérifié la justesse de l’argument ontologique selon lequel l’existence de Dieu est nécessaire à tout système de pensée logique. Et l’ordinateur a parlé : « L’énoncé « Dieu existe » est une proposition vraie au sens logique et mathématique », assène Christoph Benzmüller.

Finalement, laissons à saint Thomas d’Aquin le soin de réconcilier Science et Religion en écrivant : « La raison est capable de saisir Dieu dans ses œuvres ; car l’existence de Dieu est révélée par ses effets : on voit Dieu invisible dans ses effets visibles. »

Science et foi font bon ménage

PAR SERGE LILLO
PHOTO : LDD

Ce numéro de L’Essentiel est consacré à la relation entre la science et la foi. Si nous entendons souvent que ce sont deux mondes qui s’opposent, que nous ne pouvons pas croire en Dieu et en même temps nous appuyer sur la science, l’Eglise et bien des scientifiques affirment le contraire.

« Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène » disait Louis Pasteur. En effet, beaucoup de grands scientifiques sont convaincus que l’homme est créature de Dieu ; et ils travaillent toute leur vie pour comprendre Sa création. Ils sont en admiration, comme Thomas Edison, l’inventeur de l’ampoule électrique et qui disait : « J’admire tous les ingénieurs, mais surtout le plus grand d’entre eux : Dieu ! »

Plus proche de nous, Dembski, savant mathématicien renommé, souligne que la science est une tentative pour comprendre le monde : « Le monde est la création de Dieu, et les savants dans leur compréhension du monde reconstituent simplement les pensées de Dieu. Les savants ne sont pas des créateurs mais des découvreurs… La chose importante concernant l’acte de création est qu’elle révèle le Créateur. L’acte de création porte toujours la signature du Créateur. » (William Dembski, The Act of Creation). Ses paroles font écho au livre de la Sagesse : « La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur. » (Sg 13, 5)

La foi en Dieu créateur alliée à notre intelligence nous permettent de nous émerveiller et de comprendre de plus en plus le monde qui nous entoure, comme le souligne Jean-Paul II dans son encyclique « Fides et Ratio » : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître lui-même afin que, Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même (cf. Ex 33, 18 ; Ps 27 [26], 8-9 ; 63 [62], 2-3 ; Jn 14, 8 ; 1 Jn 3, 2).

En d’autres termes, science et foi sont indissociables et complémentaires à la compréhension du monde qui nous entoure.

Bonne lecture !

Un contenu signé par des passionnés

L’équipe de la Rédaction romande de L’Essentiel est composée de journalistes professionnels et de prêtres et laïcs engagés dans les deux diocèses de Suisse romande. Ensemble, ils sont le garant d’une juste présentation de la réalité pastorale romande. Car c’est une évidence, la réalité de terrain n’est pas la même à Meyrin, Echallens, Marly, Neuchâtel ou au Val de Bagnes.

Rédacteur en chef
Nicolas Maury

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Responsable des Editions livres et assistant universitaire en théologie à Fribourg

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Abbé et professeur à l’Université de Fribourg

CALIXTE DUBOSSON

Chanoine de l’Abbaye de Saint-Maurice et prêtre en paroisse, Valais

Abbé THIERRY SCHELLING

Curé-modérateur de l’UP Renens-Bussigny, Renens

AMANDINE BEFFA

Assistante pastorale à Genève

MYRIAM BETTENS

Journaliste indépendante et théologienne

Sans Dieu, la raison me perd

TEXTE ET PHOTO PAR ELSA WACK

Mon père Marc était un scientifique athée et membre de l’Union rationaliste.

Déjà quand j’étais assez jeune, nous nous heurtions à chaque fois que nous conversions sur la religion. C’était un dialogue de sourds. D’ailleurs, il est devenu sourd et ce sera peut-être aussi mon cas.

L’Union rationaliste publia «Légendes juives et chrétiennes », que mes parents achetèrent avec enthousiasme. Mais il n’y avait pas moyen de les lire: elles étaient bardées de commentaires historiques, de remises en contexte partisanes, d’une érudition ou pseudoérudition qui sapait toute possibilité de se plonger dans les récits.

Une légende a toujours un caractère sacré. Si on y réfléchit, c’est peut-être même le cas des textes de fiction en général. Seules les personnes un peu influençables («hypnotisables», diront certains), réussissent à s’identifier à leurs personnages sortis d’on ne sait quelle réalité de l’âme.

Mon père lisait peu de littérature. Pas le temps, sans doute. Il était chimiste, musicien et devait nourrir ses quatre enfants.

A propos de la méthode expérimentale, il nous parlait parfois de l’invention qu’il avait faite un peu par hasard, après s’être rendu compte que les hypothèses que lui dictait son imagination ne se confirmaient pas.

Son opinion des religions et des ésotérismes de tout poil se résumait probablement au refrain de Georges Brassens:

« Je ne crois pas un mot
de toutes ces histoires. »

Pourtant, il aimait visiter les églises. Pour moi, c’était une sorte de sacrilège : je m’y sentais mal à l’aise. Il a fallu que je me convertisse pour ne plus me sentir comme une intruse dans une église.

Son propre père Théophile était beaucoup plus mystique que lui. A l’enterrement de Théo, Marc a dit : « Nous n’avions pas les mêmes idées, mais il m’a toujours témoigné de l’affection. »

Si seulement science et religion pouvaient toujours se comprendre ainsi par le cœur !

Croire n’est pas savoir. Le scientifique expérimente, le croyant témoigne.

Nous sommes des témoins de petits bouts de choses : le grand tout divin nous échappera toujours et il est aussi vain de vouloir prouver l’existence de Dieu que son inexistence. Dialogue de sourds. Pourquoi chercher à expliquer ? C’est impossible.

Mon père m’a donné tant d’amour que la confiance que j’ai envers Dieu le Père souffre un peu de la comparaison ; la rançon du bonheur – sauf quand je considère que l’amour de mon père était peut-être une émanation de l’amour de Dieu.

***

La traduction de chansons est mon dada. Pour dire adieu à
L’Essentiel, dans lequel je n’écrirai plus, permettez-moi de publier ici une adaptation maison d’un chant choral de nos amis luthériens (Psaume 37, 5) :

Inspiré de « Befiehl du deine Wege »

(Paul Gerhardt, J.-S. Bach)

Quand tout te désenchante,
Confie ton cœur enfin
Au Dieu bon qui oriente
Là-haut le ciel sans fin
Les astres au bord du vide
Les nuages et les vents
Sur leur voie il les guide
Il te conduira en avant

Et en écho aux scandales de pédophilie, j’ai envie de détourner la Chanson de Gavroche:

Suis tombé dans le vide,
La faute à André Gide,
Au fond du caniveau,
La faute à Jean Cocteau

(Original de Victor Hugo : Je suis tombé par terre / C’est la faute à
Voltaire / Le nez dans le ruisseau / C’est la faute à Rousseau
)

Apprendre à « marcher ensemble »…

Le 17 octobre dernier, notre évêque a ouvert la phase diocésaine du synode sur la synodalité que le pape François avait lui-même ouvert une semaine plus tôt pour l’Eglise universelle. Mgr Lovey nous invite à y prendre une part active.

PAR MGR JEAN-MARIE LOVEY,
ÉVÊQUE DE SION | PHOTOS : PIXABAY, DR

Pour les croyants, la démarche d’un synode n’a rien de nouveau ni de révolutionnaire. Faire route ensemble (c’est ce que signifie d’abord le terme synode) est une expérience humaine et spirituelle qui coïncide avec les toutes premières expériences du croyant, tant à titre personnel que communautaire. Abraham, le père des croyants, entend l’appel de Dieu: «Va vers le pays que je te montrerai», et il se met en route avec son clan. Moïse, à la tête de son peuple, l’emmène dans une marche à travers le désert. Les apôtres eux-mêmes seront désignés dans le livre des Actes comme disciples de la Voie (Actes 9, 1-2). Faire synode, faire chemin ensemble, suivre la voie. Une marche avec les siens, mais en même temps une marche avec Dieu.

Nous vient à l’esprit et à la mémoire la question de Thomas dans l’évangile de Jean. Lorsque Jésus promet d’aller préparer une place pour les siens et qu’il leur dit: «De ce lieu-là où je vais, vous connaissez le chemin», il s’entend répondre par Thomas: «Seigneur nous ne savons même pas où tu vas, comment connaîtrions-nous le chemin?» Et cette réponse de Jésus fuse comme un sommet de révélation: «Je suis le Chemin» (Jean 14, 1-6). En Eglise, il n’y a pas de synode hors de ce chemin-là! Le synode n’est pas un parlement, ni un congrès politique; il nous faudrait essayer de le comprendre comme un processus de guérison conduit par l’Esprit Saint.

Cette première phase du synode sur la synodalité passe par la consultation de tous les catholiques du monde; elle s’apparente à «une aventure» à laquelle chacun doit prendre part.

Aujourd’hui nous voulons nous mettre en route, avec le Christ Jésus. La marche n’est pas que répétitive. Elle dévoile des horizons nouveaux; elle ouvre à la nouveauté. Nous mettre en chemin, quitter nos certitudes, attendre l’inattendu, c’est déjà être sur le chemin d’une réponse. Ce chemin peut avoir ses difficultés, ses crises, ses épreuves, mais il ne mène pas nulle part. Si nous sommes sur le chemin, ne serait-ce que par le désir du premier pas, de la mise en marche, alors nous sommes déjà dans la vérité et dans la vie.

La participation de tous et chacun est la BIENVENUE !

Vous souhaitez faire remonter une idée, une expérience, une joie, un coup de gueule ? Rendez-vous sur la page d’accueil du site du diocèse où se trouvent toutes les infos et un formulaire réponse ( www.cath-vs.ch) ou adressez-vous aux secrétariats.

«Sommes-nous disposés à vivre l’aventure du cheminement ou, par peur de l’inconnu, nous réfugions-nous dans les excuses du « cela ne sert à rien » et du « on a toujours fait ainsi »?»

demandait le pape le 10 octobre dernier

Le temps est court, mais nous avons jusqu’en janvier pour nous mettre sur le chemin.

Allons-y, à deux ou trois, par groupe, par famille, par quartier, par mouvement, par pa­-roisse.

Faisons remonter le fruit de nos échanges au diocèse, puis par lui à l’Eglise universelle.

Mgr Jean-Marie Lovey

Une Etoile dans les étoiles !

Mirka Dessauges, astrophysicienne d’Aigle

PROPOS RECUEILLIS PAR SYLVIE BLUMENTHAL
PHOTOS : SYLVIE BLUMENTHAL, DR

Qui est Mirka ?

Je viens de Slovaquie et suis arrivée en Suisse, à Aigle, avec mes parents et ma sœur en 1984, où j’ai grandi et étudié. Attirée par le ciel, j’ai profité de la chance d’être proche des montagnes et d’être dans une ville sans trop de pollution lumineuse, pour observer le ciel. Je suis docteure en astrophysique depuis 2003 ; j’ai la chance d’avoir un poste de maître d’enseignement et de recherche en astrophysique à l’université de Genève, tout en habitant Aigle. J’ai ainsi pu rester dans ma région tout en exerçant le métier qui me passionne. Je suis mariée et maman de petites jumelles.

En quoi consiste votre métier ?

Le métier d’astrophysicien, qu’on appelait autrefois astronome, est très ancien. Déjà avant Jésus Christ, les gens observaient les astres dans le ciel pour comprendre la place de l’homme et de la terre dans l’univers. Ils étaient à la fois astronomes et philosophes. Actuellement, on étudie la physique de tout ce qui nous environne – planètes, étoiles, systèmes plus gros qu’on appelle galaxies et la formation et l’évolution de ces astres dans l’univers.

Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir cette voie ?

Vers 10-11 ans, j’ai regardé tout à coup le ciel et j’ai vraiment eu envie de connaître et comprendre les étoiles. De plus, je pense qu’on aimerait bien savoir si la vie se trouve uniquement sur Terre ou non – des questions fondamentales qui n’ont pas encore de réponses aujourd’hui. Depuis la découverte des exoplanètes, on sait qu’actuellement il y a énormément de planètes orbitant autour d’autres étoiles que le soleil et on essaie toujours de comprendre s’il peut y avoir aussi de la vie. Vu leur grand nombre, il y a des milliers de possibilités.

La science place la création du monde à partir du big bang ; en tant que chrétienne, comment arrivez-vous à concilier science et foi ?

En astronomie, ce n’est pas trop difficile. C’est vrai qu’on arrive à expliquer énormément de choses. Tous les phénomènes observés dans l’univers – gravitation, effets quantiques, relativité générale, etc. – sont régis par des lois physiques scientifiquement expliquées, ce n’est pas du hasard. On a aussi des preuves observationnelles d’un big bang. On peut remonter jusqu’à quelques minutes /secondes après le big bang et expliquer ce qui s’est passé ; on ne peut donc pas en douter. Malgré tout, il reste de la place pour beaucoup de mystères ; par exemple, on sait que le big bang a eu lieu, mais pas ce qui l’a déclenché. Est-ce que le temps s’est créé à ce moment ou existait-il déjà avant ? Je dirais que dans ma carrière en astronomie, je n’ai pas de problème avec la foi chrétienne, car il reste ce mystère de la genèse de l’univers qu’actuellement on ne peut pas expliquer et qu’on n’arrivera probablement jamais à expliquer.

Après, au quotidien, la vie scientifique, c’est bien ; mais, si on veut grandir dans l’amour – on peut l’appeler christianisme, taoïsme, bouddhisme, islam, etc. – dans un monde où vivent plus de 8 milliards de personnes, il faut trouver une ligne de conduite, une morale importante, chrétienne ou autre, qui va au-delà de la science. C’est un fait d’expliquer la médecine, la biologie ou l’astronomie ; mais je pense que pour l’esprit humain, on a besoin de plus et cela, la science ne l’apporte pas forcément.

Pour observer les planètes il faut beaucoup de patience. Est-ce que vous arrivez à appliquer la même rigueur dans la pratique de la foi et comment la transmettez-vous ?

J’ai longtemps été une catholique très pratiquante, surtout grâce à mes parents. J’ai même fait partie des Focolari. Actuellement, avec moult occupations et mon métier très prenant, je ne suis plus assidue à la messe. Mais mes filles ont beaucoup de plaisir à aller à la catéchèse. J’essaie de leur transmettre ma foi en les éveillant à l’émerveillement face à la beauté de ce monde, lors de nos balades en montagne ou en observant le ciel, la nuit. On est très sensible au problème de la conservation de cette planète, ce cadeau qui nous a été confié. Comment la préserver ? Aimer son prochain même s’il n’est pas très agréable, trouver cette force dans l’Amour pour pouvoir pardonner, ne pas rendre le coup qu’on reçoit, sont des valeurs importantes qu’avec mon époux, nous essayons de vivre en famille. On se rend compte que pour une de nos filles, c’est important d’avoir Dieu dans la vie – cette tierce personne qui est là, à qui elle parle de ses soucis, à qui elle se confie. Avec Dieu, elle sait qu’elle n’est pas seule, même dans les moments difficiles, car Il est toujours présent.

Préserver la planète : est-ce que cela a un impact au niveau de l’astronomie ?

Non ! L’écologie ou l’effet de la sauvegarde de la planète en soi n’influence pas le reste de l’univers. On peut même dire qu’actuellement, le fait que la température augmente et qu’il y a des effets de serre sur la terre, c’est complètement indépendant du cycle solaire. Il est vrai que sur une très longue échelle géologique, des périodes chaudes et froides ont toujours existé. Mais actuellement, il y a une très forte accélération de ce phénomène d’augmentation de température, non par effet géologique, mais à cause de l’industrialisation et de l’activité humaine. Néanmoins, cela n’impacte pas encore l’observation des étoiles partout sur la terre. Par contre, la tendance actuelle d’envoyer de nombreux satellites en orbite gâche l’observation du ciel en créant des parasites dans nos images. C’est de nouveau l’impact humain, et vu qu’on est majoritairement tributaire de rester sur terre pour observer le ciel, ça peut devenir problématique.

Avez-vous un message à faire passer à nos lecteurs ?

Oui, un message en lien avec l’écologie, la préservation de notre monde. Je suis fondamentalement persuadée que l’univers est suffisamment vaste pour qu’il y ait de la vie ailleurs. Mais c’est impossible d’aller vers ces mondes, car ils sont simplement trop lointains. Même avec le développement scientifique, jamais on ne pourra atteindre une autre planète hors du système solaire et on ne pourra y vivre. Je dirais donc : prenons soin de ce qui nous a été offert et qui est là, à côté de nous, parce qu’on ne pourra pas voyager vers un autre monde. Ceci passe par notre comportement quotidien – le partage, la modération et aussi par une éducation chrétienne. Je crois qu’être chrétien, ça va avec le fait de vouloir rester humble et ne pas abuser de ce qu’on a.

 

Au commencement Dieu

Le progrès est devenu une sorte d’espoir pour l’humanité détachée de la compréhension chrétienne de l’homme. La perspective d’une humanité inscrite dans un monde issu du hasard, mécaniquement orienté vers le progrès, a séduit par son apparent positivisme.

TEXTE ET PHOTO
PAR OLIVIER TARAMARCAZ

Evolutionnisme et matérialisme. – L’idée de l’autonomie humaine qui avance inéluctablement vers sa réalisation est aujourd’hui inscrite dans la pensée de la majorité des contemporains. Il n’y aurait pas de finalité à la vie humaine, il n’y aurait pas de Dieu qui préside à notre destinée. La pensée de Darwin a ouvert le chemin vers une rédemption sans Sauveur : du chaos initial émerge un monde radieux ! Maurice Caullery 1 a mis en cause l’idée d’évolution physiologique dans le règne animal, de même que le principe darwinien de filiation des espèces entre elles : « A l’époque cambrienne, la première dont nous possédions des fossiles un peu abondants, le règne animal a déjà une physionomie qui ne diffère pas essentiellement du monde actuel. […] Les grandes lignes du règne animal sont déjà tracées aux époques les plus anciennes, et les divers groupes sont séparés les uns des autres par des discontinuités de l’ordre de celles que nous constatons aujourd’hui. » 2 Stephen Hawking a écrit avec le physicien Leonard Mlodinow : « La création spontanée est la raison pour laquelle il existe quelque chose plutôt que rien. […] Il n’est nul besoin d’invoquer Dieu pour qu’il allume la mèche et fasse naître l’Univers. » 3 Hawking affirme qu’avant le big-bang, il n’y avait rien. André Comte-Sponville, philosophe, prolonge : « Si rien n’existe que la matière, le bien et le mal, le beau et le laid, le juste et l’injuste n’ont pas d’existence réelle. Il n’y a que la nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise, ni belle ni laide, ni juste ni injuste – la nature indifférente, sans valeur ni sens, sans norme ni finalité. » 4 Le rationalisme comme absolu est une idolâtrie de la raison. Le rationalisme absolu ne regarde pas le ciel qui raconte, qui nous raconte. Il ne regarde pas l’univers comme un espace avec une histoire.

La loi de la biogenèse. – La reconnaissance des lois existantes, la reconnaissance par le monde scientifique d’une origine à l’univers, indiquent que l’existence de l’univers est conditionnée par un événement : le big-bang. Mais quelle est la cause qui l’a permis ? Cette cause doit se situer en dehors du big-bang. La loi de la biogenèse comporte le principe que la vie vient de la vie, pas de l’absence de vie. En physique, il est admis de considérer que rien ne peut venir à l’existence à partir de rien. A la question : « Qu’est-ce qu’il y a avant le big-bang ? », doit-on fermer le rideau, ou accepter qu’il y ait une vraie question ? La rationalité observable dans l’univers, indique que l’univers porte dans sa géométrie et dans sa dynamique, une rationalité, mesurable, calculable, que l’univers n’est pas simplement un amas informe et éclaté, sans coordination. S’il y a un début à l’univers, y a-t-il un prélude avant le début de l’univers – comme il y a une réalité qui précède le moment d’un concert ou d’une pièce de théâtre ? Y a-t-il un metteur en scène qui a mis en scène l’univers ?

La Parole du Dieu de la Genèse. – La Bible répond magnifiquement à cette question, en précisant même le déroulement de la mise en œuvre de l’univers depuis le début. Les lois de la nature sont fondées sur une loi spirituelle : le Créateur est à l’origine des lois physiques, mais il ne fait pas partie des objets observables de l’univers. Il en est l’Auteur. Sa Parole, la Bible, commence par ces mots : « Au commencement, Dieu a créé le ciel et la terre. » (Gn 1, 1) Dans la Lettre aux Romains, il est rappelé : « Depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient dans ses œuvres quand on y réfléchit. » (Rm 1, 20) Le prophète Isaïe pointait déjà l’orgueil de l’homme livré à lui-même : « Mais vous n’avez pas un regard pour ce que l’Eternel a fait, et vous ne voyez pas l’œuvre qu’il accomplit. » (Is 5, 12) La Bible déclare encore : « En Christ se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. » (Col 2, 3) La connaissance repose sur une recherche de vérité qui n’est pas physicaliste. La vie se trouve en Christ. « C’est par lui, Jésus-Christ, que Dieu a voulu réconcilier avec lui-même l’univers tout entier, ce qui est sur la terre et ce qui est au ciel. » (Col 1, 20) Cette parole a une portée extraordinaire dans la vie de toute personne qui accepte humblement de reconnaître que derrière les lois physiques, se tient le Créateur des cieux et de la terre qui dit : « Au commencement, Dieu… »
(Gn 1, 1). Le vrai chemin commence lorsque je reconnais la Parole qui me parle.

1 (1868-1958). Président de la Société zoologique de France en 1915.

2 Maurice Caullery, Le problème de l’évolution, Paris, Payot, 1935 ; cité par Paul Tournier, Désharmonie de la vie moderne, Neuchâtel, Delachaux & Niestlé, 1947, p. 121.

3 Stephen Hawking (1942-2018), Leonard Mlodinow, Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?, Paris, Editions Odile Jacob, 2011, p. 219.

4 André Comte-Sponville, Traité du désespoir et de la béatitude, Paris, Presses universitaires de France, 1984, p. 77.

Montée vers Pâques au Sinaï

PHOTO: WIKIPEDIA

Suivre les pas des hommes et des femmes de la Bible, marcher et éprouver la beauté et le silence du désert, célébrer Pâques et la semaine sainte de manière inédite….

Infos pratiques: du 9 au 19 avril 2022 – Ouvert à tous (max. 30 personnes) – Passeport valable au moins 6 mois après la date de retour – Passeport vaccinal obligatoire – être capable de marcher 5 à 6h par jour – Fr. 2’300.- TTC – itinéraire de Dahab au Mont Moïse.

Organisation: BIBLE OUVERTE Sàrl. Le voyage est accompagné par le diacre Didier Berret et le chanoine José Mittaz. Une rencontre de préparation aura lieu au début mars 2022 en fonction des inscriptions.

Délai d’inscription: 31 décembre 2021.

Renseignements complémentaires: didier.berret@jurapastoral.ch

Bienvenue à Sviatoslav !

Il s’appelle Sviatoslav Horetskyi, il est prêtre marié et nous est confié comme stagiaire pour les Unités pastorales de La Seymaz et Champel-/ Eaux-Vives, pour cette année pastorale (novembre-juin 2022). Laissons-le se présenter:

Photo : DR

Né en Ukraine centrale dans la ville de Zhytomyr, je suis prêtre au sein de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne, une Eglise catholique de rite byzantin.

Après avoir obtenu un master d’ingénieur en mécanique agricole, je suis parti travailler à l’étranger pendant près de quatre ans et notamment en Irlande, dans une exploitation agricole laitière. C’est durant ces années de dur labeur que j’ai senti l’appel à devenir prêtre. J’ai alors décidé de retourner dans mon pays afin d’entrer au Séminaire du Saint-Esprit de Lviv.

Au terme de 7 ans d’études, j’ai rencontré ma future épouse à Paris, lors de l’intronisation de notre évêque – dans la tradition orientale, un homme marié a le droit d’être ordonné prêtre. Ma femme étant Française (Savoyarde), j’ai été amené à effectuer mon service diaconal, puis mes premiers pas en tant que prêtre, dans l’Eparchie (diocèse) de Saint-Volodymyr, le Grand de Paris. Puis j’ai été envoyé en Alsace pour servir quatre communautés gréco-catholiques de l’Est de la France, à Metz, Algrange, Saint-Avold et Reims. On m’a également confié la mission de redonner vie à un ancien centre spirituel ukrainien à Mackwiller.

Au cours de ces cinq années passées en Alsace, j’ai donc exercé mon service pastoral tout en travaillant en semaine à la rénovation et l’entretien de ce lieu. Il y a quelques mois de cela, mon évêque m’a demandé de devenir l’aumônier des fidèles gréco-catholiques de Lausanne, de Genève et de Haute-Savoie. Mon emploi du temps me permet également de me rendre disponible pour les communautés catholiques de rite romain.

Je me réjouis d’entamer ce mois-ci un stage pastoral au sein de l’Eglise locale, où je dois apprendre le rite romain, découvrir et me familiariser avec la vie pastorale de plusieurs communautés de Genève. J’espère ainsi pouvoir vivre pleinement mon sacerdoce au service des chrétiens de différents horizons.

Précisons que Sviatoslav et Justine ont trois enfants de 6, 4 et 1 an et demi : Luka, Anastasiya et Pavlina.

A l’heure où revient le sujet d’un clergé marié dans l’Eglise catholique de rite romain, il conviendrait d’être plus précis :
il existe DÉJÀ des prêtres catholiques mariés – et qui ne sont pas d’anciens pasteurs d’Eglises protestantes ou prêtres de la Communion anglicane ! Car les Eglises dites d’Orient – qui s’étend de l’Ethiopie à l’Inde en passant par le Caucase et l’Irak, sans parler de leur diaspora sur tous les continents – ont un clergé marié tout comme célibataire – des moines qui vivent seuls ou en couvent – depuis des lustres !

Construction de la crèche de Chamoson

Six scouts d’Europe de la patrouille du Colvert mettent généreusement leur temps et leur savoir-faire à disposition de la paroisse de Chamoson pour la construction de la crèche.

TEXTE ET PHOTO PAR NICOLE CRITTIN

Qu’est-ce que le scoutisme ?

Le scoutisme, mot d’origine anglaise
qui signifie éclaireur, lui-même issu de l’ancien français « escoute » signifiant écoute, est un mouvement de jeunesse mondial et compte plus de 40 millions de membres, de toutes les religions et de toutes les nationalités. Le scoutisme repose sur l’apprentissage de valeurs telles que la solidarité, l’entraide et le respect. Le but étant d’aider le jeune à construire sa personnalité tout en contribuant à son développement physique, mental et spirituel.

Pour y parvenir, le scoutisme s’appuie sur des activités pratiques dans la nature et chacun est tenu de respecter une loi et de tenir une promesse. La tenue se compose entre autres d’une chemise beige sur laquelle on trouve le drapeau du pays et en dessous une bandelette avec la mention scouts d’Europe, le drapeau du canton ainsi que la bande de la troupe. On y trouve aussi les progressions personnelles.

La construction de la crèche,

un chef-d’œuvre

Comment construire une crèche avec seulement du bois et comme outils, scie à main, hachette, ciseau à bois et vilebrequin ? Au mois de novembre, les patrouilleurs partent en forêt repérer des hêtres rectilignes d’une hauteur de 2 à 3 mètres, puis enlèvent les branches qui seront utilisées pour le tressage des parois. Pas de gaspillage. La technique scoute
de construction d’installations, mise au point par Michel Froissart, commissaire de district des Scouts de France à Fontainebleau, dans les années 1930 s’appelle le froissartage.

Fin novembre et pendant au moins trois jours, les scouts s’activent pour la construction en enchevêtrant les piliers qui reposent à même le sol. Des clous en bois sont fabriqués afin de maintenir plus fermement la charpente de la crèche. Le tressage des parois est soigneusement effectué avec les branches. Un rouleau de paille est déroulé sur le toit. Des fétus de paille sont agencés à l’intérieur de la crèche qui viendra accueillir la Sainte Famille au complet le 24 décembre. A la suite du prophète Ezéchiel qui voit l’eau jaillir du côté droit du Temple, qui assainit tout ce qu’elle touche (Ez 47, 1-12), les scouts ont à cœur de faire ressurgir de l’eau sur le côté de la crèche. Pour
la touche finale, des sapins et des guirlandes lumineuses sont disposés autour de la crèche.

Vous êtes chaleureusement invité·e·s à venir découvrir ce chef-d’œuvre tout
le mois de décembre dans l’église de Chamoson. Et si vous êtes intéressé·e·s
à rejoindre la patrouille des scouts d’Europe, contactez Nathan Dayer, nathandayer17@gmail.com, 077 425 77 61.

L’être humain dans l’univers. Quel sens ?

PAR PASCAL GONDRAND
PHOTOS : WIKIMEDIA COMMONS

La contemplation du ciel, l’observation et la rêverie ont de tout temps été associées à la science et à la spiritualité. L’astrophysique interroge l’univers. La théologie, pour sa part, explore la relation entre l’être humain et le cosmos. Qu’est-ce que l’univers ? D’où vient la vie ? A quelle fin ? Ces questions font l’objet du programme intitulé « A ciel ouvert – Science et spiritualité », actuellement en cours, une collaboration entre des membres de la Faculté de théologie et des membres du Département d’astronomie de la Faculté des Sciences pour un partage de connaissances au bénéfice du grand public. Une table ronde a été organisée à l’occasion du lancement de celui-ci, dont voici un bref résumé.

Georges Meynet est physicien stellaire. Son travail au Département d’astronomie de l’Université de Genève consiste à étudier les étoiles massives. Sans les étoiles, y aurait-il la vie telle que nous la connaissons ?

Sa réponse, bien entendu, a été : non. Un célèbre astrophysicien américain, Carl Sagan (1934-1996), répétait : « Si vous voulez faire une tarte aux pommes à partir de rien, il vous faudra d’abord créer
l’univers. » En fait, tout ce qui est et existe dans notre univers est issu de processus qui se sont déroulés dans les 13,8 milliards d’années qui nous séparent du big-bang.
La vie et l’être humain sont également
issus de ces processus, de cette succession de maillons. Les étoiles ont un rôle particulier. Ce sont un peu les alambics du cosmos, ou encore, ses pierres philosophales. C’est là que les éléments se transforment. A partir d’éléments légers se forment des éléments plus complexes apparus au cœur des étoiles
puis dispersés par l’explosion de celles-ci dans l’univers. Selon lui, on peut dire que les étoiles sont nos ancêtres.

Il a encore rappelé que, reprenant les vers de Paul Valéry,

« Patience, patience,
Patience dans l’azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr ! »,

Hubert Reeves, astrophysicien, a écrit : « Paul Valéry, étendu sur le sable chaud d’une lagune, regarde le ciel. Dans son champ de vision, des palmiers se balancent mollement, mûrissant leurs fruits. Il est à l’écoute du temps qui sourdement fait son œuvre. Cette écoute, on peut l’appliquer à l’univers. Au fil du temps se déroule la gestation cosmique. A chaque seconde, l’univers prépare quelque chose. Il monte lentement les marches de la
complexité. »

Poussière d’étoiles

Pour Christophe Chalamet, professeur en théologie systématique et doyen de la Faculté de théologie de l’UNIGE, l’univers nous rappelle évidemment notre petitesse, le fait que nous soyons là pour un instant seulement. Alors que l’être humain a tendance à vouloir être au centre de tout. Cela coupe court à cette velléité, à cette hubris, à cette démesure qui est celle de l’être humain, une poussière d’étoiles en quête d’intelligence.

Pour le professeur Trinh Xuan Thuan, astrophysicien, le Big Bang n’est pas un Dieu barbu. Il a rappelé que l’univers a été réglé de façon extrêmement précise dès les premières fractions de seconde après le big-bang. Les étoiles massives sont alors apparues et l’alchimie nucléaire qui conduit à la vie et à la conscience s’est produite. C’est ce que nous nommons le principe anthropique. Bouddhiste, le professeur Trinh Xuan Thuan parie, pour sa part, sur un principe créateur et a tenu à souligner que Bouddha est un être éveillé, mais qu’il n’est pas Dieu.

Beauté de l’univers

L’univers suscite l’étonnement. Et l’étonnement, c’est le début de la connaissance, de la curiosité, a encore fait valoir Georges Meynet. C’est un merveilleux terrain de jeu pour la recherche. Jean Rostand, a-t-il rappelé, disait que chercher était un superbe verbe, bien plus beau que savoir. « Beau mot que celui de chercheur et si préférable à celui de savant ! Il exprime la saine attitude de l’esprit devant la
vérité : le manque plus que l’avoir, le désir plus que la possession, l’appétit plus que la satiété. »

Pour Ghislain Waterloo, professeur de philosophie, de religion et d’éthique, doyen de la Faculté de théologie de l’UNIGE, nous sommes capables de déchiffrer beaucoup de choses, entre énigmes et mystères. Et ce qui est extraordinaire, c’est que plus on déchiffre, plus on s’aperçoit que des questions inattendues, de nouvelles énigmes se posent. Et nous savons que, peut-être, nous ne pourrons pas répondre à tout. Tout cela ne nous donne-t-il pas le sentiment d’être écrasés par cette immensité, aussi belle soit-elle ?

Georges Meynet a répondu à cette question en citant Blaise Pascal (1623-1662), mathématicien, philosophe et théologien : « Par l’espace l’univers me comprend et m’engloutit comme un point, par la pensée je le comprends. » L’être humain est minuscule, ce qui ne l’empêche pas de vouloir comprendre l’univers. Pascal insistait sur ce mot, comprendre.

Ghislain Waterloo a proposé pour sa part d’évoquer Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe, et le sentiment du sublime.

Pour Trinh Xuan Thuan, le vide est plein, le vide n’est pas néant comme on pourrait le penser. Dans la théorie du big-bang, l’univers est parti d’un vide primordial. Mais ce vide est rempli d’énergie qui sera convertie en matière. Et cette matière va être structurée en milliards de galaxies. Il y a bien sûr une vie et une conscience. Un univers vide de conscience n’aurait aucun sens.

Alors, pourrait-on dire, pour conclure brièvement, que notre état d’être conscient nous fait porter la responsabilité de comprendre et de chanter la beauté et l’harmonie de cet univers ? Mais oui, bien sûr !

Cinq jours avec ma fille

Paola m’a accueillie un jour à sa table, pour me parler de son expérience dans le cadre de l’Association Vacances familiales. Vous connaissez ? Il s’agit d’une association martigneraine qui permet à des parents en situation de précarité de partager des vacances avec leurs enfants. Merci à elle pour ses paroles sans artifices ni détours…

PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTO : DR

Ma fille vit en famille d’accueil depuis l’âge de deux mois et demi… J’ai eu des problèmes de toxicomanie et ma santé est fragile. Avec moi, elle n’aurait pas eu une vie de famille posée, avec un papa et une maman et un bon suivi pour l’école. Je vois ma fille une heure et demie toutes les deux semaines, accompagnée une demi-heure (avec une tierce personne présente).

Une fois, j’ai fait la demande à l’OPE * pour passer quelques jours de vacances avec ma fille, c’était trop frustrant de la voir si peu. L’assistante sociale m’a dit qu’il y avait peut-être une possibilité avec les « Vacances familiales ». Alors, la responsable de l’association, Colette Sierro, m’a contactée et depuis ce jour-là, nous avons fait quatre séjours.

Pour moi, le début était tout à fait particulier parce que c’était la première fois de ma vie que je passais des vacances avec ma fille. Cinq jours avec elle, c’était magique ! Je me suis vraiment retrouvée en tant que mère. Je n’avais plus eu l’occasion de vivre vraiment mon rôle de maman depuis qu’elle était bébé. Au fil des séjours, j’ai pu évoluer dans ce rôle, en entendant de nombreuses fois dire « c’est la maman de… ». C’était comme une prise de conscience… C’est à la fois fort, compliqué et formidable ! Et durant ces journées, je découvre ma fille ! Elle est mon rayon de soleil, ma vie, sans elle je ne suis pas sûre que je serais encore de ce monde… Elle est ma raison de vivre !

Notre premier séjour, c’était à la Loutze au-dessus d’Ovronnaz. Dans les activités on commence souvent par un rallye qui se joue par famille. Avec ma fille on se complète drôlement bien. On fait une bonne équipe ! Avec certains jeux, on apprend la confiance, comme quand on doit se guider l’une l’autre. Une a les yeux bandés et l’autre lui dit où aller… Le premier jour, on est tous un peu dans notre petit monde. Le lendemain, quand on prend le petit déjeuner ensemble, il y a des discussions, des partages, ça nous permet de nous ouvrir aux autres. Dans ces groupes, il y a du respect, beaucoup de solidarité, beaucoup d’amour aussi…

Mon lieu préféré, c’est Château d’Œx ! On y a fait deux séjours, et là, c’est vraiment formidable, on joue au babyfoot. J’ai pu apprendre à ma fille à faire du ping-pong et j’étais drôlement fière de pouvoir lui apprendre quelque chose qu’elle ne connaissait pas. Une fois, on a eu l’occasion de faire un vol en parapente, et pour nous c’était tout à fait extraordinaire. On était beaucoup de parents qui n’avaient jamais pu vivre des choses aussi belles avec leurs enfants. Quel super souvenir ! On a fait aussi de la poterie, de la peinture. On apprend ensemble… Avant de le faire, on ne sait pas de quoi on est capable ; on se découvre soi-même ! Les enfants ont aussi des activités entre eux, sans les parents. Ils apprennent à faire connaissance avec les autres jeunes, c’est important…

Ma fille a une super relation avec les éducatrices qui accompagnent les vacances. Elle a même dit qu’elle reviendrait seulement si c’était les mêmes ! Les éducatrices veillent aussi au fait que les jeunes ne s’ennuient pas. Si je veux aller me coucher, je sais qu’il y a les éducatrices qui restent présentes… En plus, elles sont drôles, elles ont de l’humour et des bonnes réflexions.

Le séjour se termine par une activité tous ensemble. Avec Colette on avait fait un photolangage : on fait un grand cercle et on partage nos impressions, nos émotions aussi. Ma fille s’est fait des amis aux Vacances familiales, et elle sait que c’est le lieu où elle peut les revoir. Une fois, on a participé à un week-end et c’était formidable ! J’espère vraiment que cela pourra se refaire, parce que je n’ai jamais ma fille le week-end… Ma vie n’est pas facile : j’ai des problèmes de santé, mais quand je suis avec ma fille aux Vacances familiales, je n’ai pas le temps de penser à mes douleurs. Je n’ai du temps que pour penser aux bonnes choses et ça c’est génial !

* Office pour la Protection de l’Enfance (Canton du Valais).

De Gryon à Beyrouth: expérience d’un jeune bénévole

PROPOS RECUEILLIS PAR FABIENNE THEYTAZ
PHOTOS : TANGUY VACHEYROUT ET PAUL MUNSCH-PFAENDER

Bonjour !

Je m’appelle Tanguy Vacheyrout, de Gryon, j’ai 21 ans et j’aimerais vous parler de mes quatre mois de bénévolat à Beyrouth.

Après avoir commencé des études d’informatique à l’EPFL, j’ai réalisé que cela ne me convenait pas. Les relations internationales et la géopolitique me passionnaient; c’était dans ce domaine qu’il fallait me réorienter. J’ai alors décidé d’arrêter l’EPFL, ce qui me donnait plusieurs mois de disponibilité. Le Moyen Orient m’attirait – surtout le Liban. J’avais également envie de faire une expérience de don de soi, de venir en aide, de me donner totalement à une mission humanitaire chrétienne au Liban. Le curé de ma paroisse m’a mis en contact avec un prêtre maronite de Beyrouth, le Père Hani Tawk.

Je suis parti en mars et suis revenu début juillet 2021. Je suis arrivé sous des trombes d’eau, il faisait froid, tout était inondé. Mais en partant, il faisait très chaud et il y avait beaucoup de moustiques !

En arrivant, j’ai été frappé par le très mauvais état de toutes les infrastructure – routes, pas / plus de chemin de fer, coupures d’électricité et d’eau, etc. Le contraste était saisissant avec la Suisse !

Au port, c’était encore plus choquant, car les bâtiments avaient été soufflés, complètement détruits, comme une zone urbaine exposée à la guerre et anéantie, avec des gravats dans les rues. Il n’y avait que les habitants, des organisations humanitaires et de jeunes volontaires qui s’organisaient pour remettre en état ce quartier. Je n’ai jamais vu d’employés du gouvernement – sauf pour des services minimum (poubelles).

Là-bas, j’ai rencontré d’autres bénévoles français qui vivaient comme moi chez le P. Hani et sa famille. On habitait près de Byblos, en zone chrétienne, à 20-30 km du port. Du lundi au vendredi, nous allions au port avec lui et nous l’aidions – principalement à la cuisine populaire dans le quartier Karantina.

Le Père Hani avait créé cette cuisine au lendemain de l’explosion dans l’urgence pour nourrir les habitants qui avaient tout perdu. Il n’y avait rien ; le Père et sa femme ont réussi à se faire prêter un petit hangar. Ils sont arrivés avec leur matériel puis, grâce aux dons reçus, ils ont pu acheter des tables, réchauds, marmites et autres ustensiles de cuisine. Au fil du temps, elle est devenue cuisine populaire pour accueillir les ouvriers du quartier, sachant qu’il y avait un besoin constant dû à la crise permanente.

Je cuisinais facilement chez moi, mais là, c’était pour 600-700 personnes, avec des marmites immenses et des denrées variant en fonction des apports (dons privés ou de la Croix-Rouge, et aussi légumes du jardin du P. Hani). Les plats servis : pâtes ou riz avec légumes, ou le mugrabié (poulet avec boulgour-blé concassé) ou taboulé (la fête) !

La viande coûte très cher, et avec la crise, c’était exceptionnel d’avoir du poulet – alors que c’était ce qu’il y avait de meilleur marché avant !

Les plats étaient distribués sur place aux personnes venant avec leur récipient et le reste était envoyé dans deux quartiers plus pauvres de Beyrouth.

A la cuisine, en plus de nous, les volontaires, il y avait une équipe de 4-5 Libanais à qui le Père Hani versait une indemnité mensuelle pour qu’ils puissent se nourrir et acheter des biens essentiels.

Petite anecdote : un jour, une délégation de la chaîne Bocuse avec le chef – gardien des brasseries Paul Bocuse – est venue dans notre cantine. On a pu cuisiner avec lui !

Voici notre horaire : on partait à 7h30 de Byblos, on arrivait vers 9h-9h30 au port – la circulation étant toujours très difficile vu l’état des routes et le trafic ! Nous nous mettions aussitôt à nettoyer, éplucher, couper les légumes. A midi, il y avait énormément de travail : distribution de la nourriture aux personnes qui arrivaient, puis préparation et fermeture des centaines de boîtes pour les quartiers voisins. Ensuite, nettoyage de la cuisine ; on terminait vers 14h30 et on distribuait du chou et du pain à des gens du voisinage. C’était sympa et on pouvait communiquer un peu avec eux. On terminait cette tournée vers 15h30 ; ensuite on aidait le Père soit dans ses terres (tomates, poivrons, oignons – poules et chèvres), soit dans son entrepôt, où nous préparions des colis avec tout le nécessaire (huile, sel, sucre, pâtes, féculents, sauce tomate, boîtes, etc). On préparait jusqu’à 50 colis par jour et on les distribuait aux familles qui en avaient besoin – surtout des chrétiens – ceux-ci étant réticents à se présenter à la cuisine ; l’aide passait ainsi par un canal plus discret.

Ceux qui venaient à la cantine étaient principalement des ouvriers syriens musulmans. C’est d’ailleurs le but de cette action interconfessionnelle : donner un message de cohésion au-delà des religions et des cultures – une manière de construire la paix entre tous ceux qui vivent au Liban, ce qui provoquait parfois des tensions dans l’équipe de cuisine et avec les gens du quartier.

Retour chez le Père vers 17h30 ; un peu de temps libre pour apprendre le libanais et lire le journal local. J’aimais bien aller courir, mais la chaleur écrasante et le peu de trottoirs, c’est dangereux ! Ce n’était pas vraiment de la détente, car il fallait toujours être attentif aux voitures et à ce qui se passait (détonations, voitures qui frôlent, travaux avec des choses qui tombent, etc.) Entendre des coups de feu, ça surprend !

Le week-end, nous avons visité plusieurs sites – le Liban a un patrimoine fantastique ! Tripoli, les Forts des Croisés, Tyr, etc. Ce qui m’a énormément attristé, c’était l’état d’abandon dans lequel le patrimoine est laissé – même si cela peut s’expliquer vu la crise et le regard différent des Libanais par rapport aux Européens pour ce genre de patrimoine.

J’ai pu aussi visiter la Plaine de la Bekaa – avec le site historique de Baalbek mondialement connu – et aller dans la Vallée Sainte. Là, j’ai fêté Pâques dans un monastère avec le Père Hani qui célébrait la messe. Et bien sûr, la visite du tombeau de saint Charbel – les Libanais en sont fous ! Tous les chrétiens s’appellent Charbel, Elie ou Georges !

Cette vallée est magnifique du fait que la nature y est préservée. C’était superbe de voir ces beaux arbres après toute la pollution, les déchets par terre, les maisons éventrées de Beyrouth !

Depuis mon retour, j’ai pris conscience de la chance qu’on a, en Europe. On vit dans une bulle, bien isolé de tous ces dysfonctionnements et problèmes d’électricité, d’eau, d’internet, etc.

Je suis revenu avec une vision claire des priorités ; on saisit l’essentiel, comme la liberté, la chance de pouvoir étudier, manger tous les jours, pouvoir faire du sport. Ma foi a été renforcée par cette expérience.

J’ai maintenant entrepris un bachelor en relations internationales à Genève et j’espère pouvoir repartir au Moyen Orient les étés prochains.

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